boudi's blog

13 novembre 2019

Paris - Taxi

J'ai été, ce soir, pris d'un terrible désespoir. Insoutenable comme si la nuit voulait à tout pris écraser la nuit. Face à cette absurde douleur, ce voisinage (même poils pubiens) de la mort ; j'ai quitté mon appartement. Fermé la porte à double tour. Descendu en rafales les marches.
Puis j'ai parcouru mon quartier. Les rues connues. La place de l'Eglise Notre Dame de Lorette et, plus haut, la paroisse affidée où je voulais devenir catéchumène. Puis, comme tous mes projets conçus durant une phase maniaque, l'idée s'envola ; dieu mourut ; le christ redevenait cette pathétique et maigre idole.
La douleur ne me quittait pas. Malgré le vent presque du givre dur sur mon corps pas assez couvert - je voulais sentir la vie.
Alors.
Remontant place Pigalle j'ai hélé un taxi je lui ai dit de conduire et d'aller où il voulait tant qu'il demeurait dans Paris.
Pour lutter contre la nuit.
Les phares du taxi
La radio qu'il écoute
contre le silence
dru sec
de l'appartement
(      ) c'est toi
il a filé longtemps comme ça
avec son luminaire taxi
en rouge
maintenant
(je ne le vois pas)
(vert tout à l'heure)
filé sur les ponts de la seine
les pavés
la place de la concorde
qui me tord le coeur
filé filé mettant à des kilomètres de moi
le silence
et la nuit
j'ai appuyé sur la petite lumière
pour les passagers
"s'il vous plaît, non"
"j'en ai besoin"
"pourquoi"
"c'est comme ça"
"pfff"
je regardais mes mains
aux ongles coupés hier
(absente, toi, de mes caresses
sans traces)
il m'a laissé porte de vanves
rejoignant une station de taxi
puis je suis rentré
avec le vent
toujours
dur givre
à la maison j'ai ouvert une boite de thon
je l'ai arrosée d'huile d'olive
puis je t'ai appelée
j'ai lu un peu tsetaieva
pourquoi je ne sais pas

je n'étais plus triste
l'argent
avoir de l'argent
ça sert à ça aussi
à balayer les soucis
dans la rue
hélant
brisant la douleur
dans le claquement
de la portière
le verrouillage automatique
la direction assistée
le bonjour monsieur

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Ton absence

C’est toi je ne sais si tu t’y reconnais. C’est malevitch qui t’as peint je crois.
Tu n’étais pas venue danser non plus avec lui.

Résidus de lyrisme - Page 5 White_on_White_%28Malevich%2C_1918%29
C'est un carré blanc ?
Bah non
C’est toi
Bah non, enfin
C'est un carré blanc
Mais si
Le nez
Regarde enfin le nez
C’est le nez exactement ton nez de quand tu n’es pas là.

 

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12 novembre 2019

La surécriture

tu cherches la faute d’ortaohap

de
frappe


la faute d’ ortapgre c’est la réussite de la langue


la faute d’orthographe
son cousin solécisme
l’autre
lbarbarisme
(attila passé dans le grévisse)

dans cet écart là
où tu t’assures
que ta langue
vit bien

cet écart là
où la langue
uniquement
vit


c’est cet écart là
dans cet écart là que la langie est vivante


Quasi-objectivisme - Page 3 Img_2810

la porte 
engourdit
c
du silence

la mauvaise image surréaliste
pain rassis
trop dur
sans miettes
même
inutilement
dur


comment ils sont les os d’andré breotn depuis le temps
tu te demandes

si les os de sa mâchoire
excommunient 
les os de ses mains

ce qu’il pense
d’avoir fini un
Cadavre
breton
comme l’exquis
Desnos



as tu cherché jamais autre chose que ce point de vue du  néant
ce contraire exact
exact à l’opposé
du vide

si tu devais tracer
à nouveau 
les figures du lycée
répartir sur le graphe 
les ordonnées et les abscisses
tu te trouverais
exactement
de l’autre côté
dans le miroir 
fêlé

 de

ces choses là

ce goût qui va
aux choses
vivantes
da$


l’aspect pourissant
tu ne sais pas
peut-être c’est ça une ville
ce qui te plaît tant
dans le béton hurlant

cette espéce de dégénérescence
la contamination en suspens
-
ne fondra pas
de ton vivant

c’est un risque gratuit

ne t’endo


yghbbhgyhygb
zzzzz

zzzzz
z
rs
sur l'écran


‘c’est moi qui danse la surécriture


La sur-écriture.





oiu l’criure m’évanouitytggfvbnjqsdfghjmlkjhfdsazsdfkzsedhtjfvntvtx,hb

tu te multiplies



Quasi-objectivisme - Page 3 Img_2811

dans la contagion contagion contagion contagion contagion contagion`
contagion contagion contagion contagion contagion contagioncontagion contagion contagion contagion contagion contagioncontagion contagion contagion contagion contagion contagioncontagion contagion contagion contagion contagion contagioncontagion contagion contagion contagion contagion contagioncontagion contagion contagion contagion contagion contagioncontagion contagion contagion contagion contagion contagion

hhhhc est le stylo qui ecrit ivi au hasard sese re volte contre onnesait quoi



 l zptitde a se fzie umin le psse semanfe tu meiss

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09 novembre 2019

Voyage sans initiales.

J’écris
au bureau 
donné par M.
Après son déménagement
rue de R.
(qu’elle faillit me voler
après le don
le donnant
à C.
qui finalement
n’en voulut pas
dont je recueillis
de justesse
le don
qui faillit se faire
trahison)

J’écris
Sur le siège
donné par
M. 
Parce que V.
l’avait abandonné
dans la chambre
que M.
occupe désormais
Place Ch. D.
Avec P.

M.
préfère
les chaises
petites et robustes
qui ont la forme
selon lui
parfaite
de l’étude
étroite et dense


Dans le salon
Nous mangeons
Sur la table en verre
Que M.
A laissé
Après avoir quitté
l’appartement
Pour vivre
à S.
La table
trouvée dans la rue
des M.
ou rue de C.
dont la chaîne
de transmission
se coupe



Il nous arrive 
de nous asseoir
sur les petits poufs rouge
en velours
offerts à M.
avant qu’il ne parte
à S.
Qu’il n’emporta pas

Ou bien
assis
sur les chaises
où je m’asseyais jeune homme
ces chaises
données
par ma mère

Nous coupons
les légumes et la viande
sur une planche à découper
qui n'est pas une planche
à découper
donnée un soir
par hasard
par ma mère

Les livres du salon
occupent la bibliothèque 
verte
fabriquée
puis offerte
par le grand-père
de
M-A

La vaisselle
se lave
par la brosse
achetée par E.
à ---
rapportée
en train
ou 
bus
je ne sais pas.

Les volumes de la pléïade
dans la bibliothèque verte
héritée par M-A
s’héritèrent
aussi


M-A
Travaille
sur le bureau
que M.
(quand il quitta P.
Pour O.
Avant de revenir à P.
D’abord Rue P
puis place CH.D)
a laissé

Bureau
Que M. qui
vit à S.
tâcha
de mille
matières étranges
Dont on retourna
la Planche
Pour retrouver
intacte
l’odeur
de bois neuf 
le parfum
intact
de la thèse
laissé par M.
avant son départ à O.
repris par 
M-A
chargé
d'une nouvelle odeur
grimoire

Dans le frigo
le fromage apporté
d'Italie
par O
revenant en train
De R.
Arrivant Boulevard B.
Sur l'étagère
un pot en verre
sauce à la truffe
Dans la bibliothèque
les étoiles de la faim
fromage
et truffe

J’ignore ce qu’il advint
de la serviette
un jour oublié
(ou abandonné)
Par R.
qui pourtant venait 
de l’acheter à Monoprix
Comme Diogène
je crois
c’était sa façon
de fuir les fleuves
où l’on se baigne

M, M, M, R, C, E, O
dormirent
dans le lit 
de la chambre
désormais
d'amis
qui est leur place
naturelle


Vous retrouvant
tous, 3xM, R, C, E, O etc
chez moi
Non fantômes
choses
donc
êtres
réels
quotidiens
avec
vos odeurs
vos gestes
je vous vois

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08 novembre 2019

Je suis né vraiment de ta lèvre

Je ne sais pas ce que tu vois en moi.
Si mes épaules s’arquent pourquoi parfois je te manque
c’est quelle partie de moi qui manque quand tu écris
je t’aime, j’aimerais que tu sois là
suis-je cette chaleur absente dans le plein hiver
cette forme recroquevillée sous la couette
si tu t’exténues dans les trains rapides
le tracé rectiligne des voies ferrées
lyon aix lille

je ne sais pas


si je veux tout briser c’est toi exceptée
à nouveau le goût dangereux du trop d’alcool
de l’excès intempérant
2h30 du matin en bas de chez nous
(samedi octobre 2019)
cracher dans la voiture
les phares endoloris
parce que par la fenêtre
on m’injuriait je ne sais pas quoi l’injure
par quoi je répondais ainsi 
dangereusement
courant rejoindre
clément et cie
dans la rue henri 
monnier
tu dormais
21 rue clauzel
j’espère le crissement des freins
la lumière hirsute des phares
le raclement de la gorge
j’espère ne gênent ton sommeil

si tout poussière et néant
tout
sinon toi
que je veux
si la veillée mortelle
que tu dormes
du sommeil humain
sourde au fracas 
où tout gèle

dors dors mon amour
si je crache et danse
ma peau frôle blessure
esquive de justesse
comme mes dents
ma langue quand
je mâche le kouglof
à la fleur d’oranger
avec toi

 

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07 novembre 2019

Misère des courtisans.

Avec fascination j’observe / l’état de mon compte en banque / déchéance
double fiduciaire des météos / contemporaines - températures négatives ô nos promises
de mon humeur toujours fléchie
toujours plus bas
à forer dans les abîmes
(aucun espoir de pétrole cependant
mais le noir, c’est sûr)

 

 

Quasi-objectivisme - Page 3 Img_2711


Fascinantes inscriptions, chiffres traduisant tout en même temps 
moyens de subsistance plaisirs émerveillements détresses. Que selon la couleur (rouge, alerte) ou verte (soin, tendresse) ; selon le signe apposé (négatif comme le rhésus rare) il faille respirer ou conter son apnée (positif tu seras sauvé)

Quasi-objectivisme - Page 3 Img_2712Quasi-objectivisme - Page 3 Img_2713

Apnée, pour sûr.
Dans la misère entrebâillée
la part d’ombre grandissante
ta poche vide
le chauffage
coupé
(comme
du soleil
le cou)

Se souvenir Carver :
"J’ai 45 ans aucun emploi
imaginez le luxe que c’est
essayez d’imaginer."



Quasi-objectivisme - Page 3 Img_2714




Etais-je heureux ce mois de mai 2018
Il me semble que oui
je l’étais
heureux

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06 novembre 2019

Bruno A.

Bruno A. est un artiste
diplômé des arts déco
Bruno A.
Vit au-dessus de mon appartement
son atelier c’est son salon
et mon plafond à la fois
depuis quelques heures
un bruit haché répété
chronique
comme une sciatique
bébébébégaie
crée-t-il
ou
baise-t-il
ce sont les gémissements
du parquet du plafond
ou de l’autre inconnu-e
indéchiffrable
à cause de l’épaisseur 
qui nous sépare
crée-t-il 
pour les salons
les ventes privées
ou
crée-t-il
cette chose humaine
pour l’école maternelle
si



son goût amoureux
sensuel
va aux femmes
sans contraception

mon dos me fait mal.

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04 novembre 2019

V, novembre.

Dimanche d’octobre plus que jamais à dimanche d’octobre semblable

titubant, gris.
Sans but.

Hier, échec de la soirée. Je ne sais trop comment. Assoupi, las, vers 22h.
V.
qui ne répond pas
joue à la mort
rien ne m’ennuie plus, je crois,
que ces attitudes funèbres.


Mon oeil se déplace, les pages

le blanc

le vide

Ton absence, ce soir là, bruit
sourd du pain rassis
qui ne rompt pas

aheurté
ni en mon coeur amoureux ni non plus en mon corps désirant
pourtant bien en moi même
en ce coeur en ce corps
la douleur


Effacée la colère
dans ton parage engendrée
de ce côté de la Seine
j’y croyais reconnaitre
la tienne
Effacée la colère

demeure le froid de décembre
la pluie
anticipant 
la neige

as-tu gardé ta rage sereine ô
Pasteur
as-tu gardé
la mienne
regarde
rage sénile

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03 novembre 2019

Xanax J.

xanax

 

Du Maroc, C. et J. m’envoient une boite de Xanax (photographie ; main de J.) ; de cette classe de benzo banale dont nous sommes familiers (pratiquants ou spectateurs).

Mais de venir du Maroc, le familier (re)devient étranger. Le connu trop connu, basculant, soudain - par la magie de l’alphabet arabe - dans le méconnu, l’inconnu, le moins connu.

Ce clair-obscur s’emplissant (peut-être) d’une spiritualité toute neuve, rétablissant la chose dans son mystérieux secret. Posant à nouveau une question. 

Cette familiarité brusquement étrangère s’étend au monde alentour ; à tout le quotidien usagé ; ces environs (bureaux, collines, blog) lentement, progressivement, fonctionnalisés. Et donc perdus en tant qu’eux-mêmes, rétrécis, réduits à leur usage c’est à dire à leur surface ; dit autrement : leur non-être.

(ce

jusqu’à soi

devenant

fonction

et

surface)

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31 octobre 2019

Que ne s'en est il fallu que je sois bandit au visage de bandit

 

PS : je vois quelqun passer sur cette page et uniquement cette page. Comme si c'était la page par défaut. or il en est d'autres  bonne lecture (non)

Si la nuit je parle à des garçons venus des cités, des trafics, des banlieues toujours je m’interroge. A quoi cela tint que je ne me trouve avec eux non comme intrus, un olibrius ? A quoi cela tint mon usage tranquille du passé simple ou du subjonctif imparfait ? Mon impertinence quant à la concordance des temps ?

 

A 6 ans environ, ma mère m'avait laissé dans la cour de la cité de l’Europe avec Valérie (dont les deux parents moururent du sida peu après). Cette cour se situait au centre de la cité, entourée par les immeubles d’habitation formant cercle, comme clôture de béton et de misère. 

Ma mère pouvait sans peine du balcon veiller sur moi et notre insagesse.

Après avoir joué, je ne sais quel brigandage d’enfant, chat à deux, la course à cloche pieds…Sur la proposition urgente de l’un de nous nous partîmes, quittant l’enceinte étroite de la cité pour la ville, les routes, les voitures.

Ma mère, par la fenêtre, criait du 6e étage « najib najib » (c'est mon autre prénom et ce n'est pas moi qui ai choisi de m'appeler Jonathan au civil, à l’école, en boite de nuit mais mes parents quand j'avais 3 ans, par crainte - hélas mille fois confirmée du racisme partout. A la maison ils continuent cependant de m'appeler najib) je ne l'entendais pas. C’est elle qui des années plus tard me le rappelle encore. Le cri, adouci par les années passées, devenu rire. 

Nous partîmes. Pour rejoindre le supermarché Champion (aujourd'hui ces magasins la s'appellent Carrefour et celui de ce temps là existe, toujours ; maison d’enfance des urbains) et au milieu des rayonnages de bonbons, du haut de nos 6 ans bien trempés, nous nous assîmes, éventrant les sachets plastiques plein de biscuits ou de bonbons. Plein. Les mains. Débordantes. La bouche pareille. Rattrapant je ne sais quel temps perdu, anticipant les privations forcément. Celles infligées tout à la fois par les règles morales édictées par les parents et celles plus tristes, contraintes, matérielles. Dans le dépouillement des emballages, dans le « crunch crunch » avide. 

Soudain. La voix familière grande d’autorité. La voix qui rentre tard le soir du travail dur usant. Rugissement de mon père. Hurlant.

Avec ma mère, par je ne sais quel instinct curieux, ils s'étaient répartis la ville visant juste. L'un à Leader Price l'autre a Champion (a croire que chez les pauvres toujours chercher la liberté c’est trouver le lieu de l’abondance consommatrice)

Ce Champion nous le connaissions bien. A quelques dizaines de mètre de Jules Ferry, l’école où nous apprenions à lire. Un peu plus haut cependant, après une légère inclinaison du béton. Chose amusante, ça, une école au supermarché coalescente.

 

Surement ça s'est joué ce jour là. Que ma mère s'inquiéta et que c'était fini la possibilité d’errer ; ne restait que le passé simple.

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29 octobre 2019

17 MAI

La colère te prend depuis 13h17 environ, le 17 mai exactement ça a commencé. Tu ne te souviens pas, on te le raconte pas. Tu en sûr cependant. Ca a commencé exactement à ce moment là. Le jour de ta naissance, le 17 mai, il faisait 2 degrés à Tours. Ce n’est pas là-bas que tu es né, deux cents kilomètres au nord, mais ce froid tu l’as senti. Le cri, pour se réchauffer.

La noyade tu y tiens chèrement, souvenir, de l’apnée amniotique. Ophélie ou s’en sais-je, dérivant algues marines ou déchets urbains.
En attendant tu dors plus longtemps que prévu. De la journée comme du ventre maternel tu sors après terme.

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28 octobre 2019

Abou

on m'a dit
j'adore ton sourire
cette joie ironique
cette façon
de plisser tes grands yeux ronds
un peu trop rapprochés
ça te donne des yeux comme ça
un air d'animal étonné
pas traqué
tu laisses
cet éparpillement
à Abou
qui connut
il n'en parle jamais
le naufrage
le bateau renversé le au secours
dans sa langue natale
qu'il ne veut plus parler
ce qui lui reste de son pays là bas
loin
où les noyés en sursis
happent le désert
ce qui lui reste
de sa mère de son père
du village
c'est l'au secours
l'au secours poussé en vain
qui
qui
quand l’eau tiède de la mer Méditerranée
gèle le corps
about qui crie au secours
dans sa langue plus nulle part
en rêve surtout pas
au secours il disait
au secours
ce n'était pas un chant
ce cri c'était un cri le cri
s'il fallait trouver au cri
la forme initiale
instable
le cri le premier cri
le cri du nouveau né
cette fois-ci extrait
du monde aquatique
rassurant
au secours
un nourisson
abou

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27 octobre 2019

Le rocambolesque

tu as passé l'âge du rocambolesque pour rien
tu ne détestes pas vraiment ce que tu es devenu
contrairement à ce que tu aurais cru d’ailleurs
même tu en tires une certaine fierté
on peut le dire tu t'épates toi même
tout n'est pas toujours facile
tu vis tu aimes tu bois tu danses
plus important que tout
tu ne travaille pas

la liberté tu la conquières
patiemment
tu ne te jettes plus pour rien
la poussière a perdu de son attrait
pas ton insubmersible désir
c’est ce qui t’étonne le plus
n’avoir pas perdu le goût du merveilleux
4 h du matin
obsédante rengaine
tu murmures du bout des doigts
4h du matin
seules cloches vaillantes

si tu entends quelqu'un dire
« je ne crée que dans la destruction »
tu souris
tu compatis presque
ce n'est pas vrai
« je ne crée que dans la destruction »
c’est faire une phrase pour rien
voilà tout
se donner un genre pas cher

pour le style pas besoin de ces artifices là
rue saint-lazare tu peux acheter une pochette en soie
multicolore
une jupe plissée un col claudine
alors les phrases…

tu ne crois pas à la nudité crue
au principe de sincérité et d'honnêteté
la vérité te paraît toujours trop précaire
pour être une affaire sérieuse
peut-être qu'un jour tu ne mentiras plus
tu te seras trahi, tu crois, ce jour-là
tu ne sais pas

quelle heure est il ?

Quand il n'y a plus de bruit
tu imagines que c'est 4h du matin
tu es heureux comme jamais
comme un fou on dit
un homme de vingt piges
on serait tenté de dire comme un fou
un adolescent
tu guettes tu tends l'oreille
ce bonheur tu le connais
tu sais ce qui le brise
la première note du premier geai
le matin
combien de fois ce chant strident
n'a t il heurté ta vie
ce bec s'enfonçait
dans ton cœur vrillant
puis c'était le jour
autre assassin
nouvelle blessure

4h du matin c’est ce samedi d’octobre comme il ne s’en fait plus guère
nous étions au printemps forcément
moi davantage que toi
d’ailleurs

quelques feuilles vierges
tombées des arbres
la poésie s’achève avec la pluie

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16 septembre 2019

Désert

Tant de désert

une seule

gourde

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13 septembre 2019

Fou, fou, fou

Je préfère dire fou il y a dans fou une grâce demeurée 

 

Je préfère dire fou et disant fou sortant le fou du monde pathologique et clinique 

De l’entretien individuel et personnalisé aboutissant à l'ordonnance

au parcours de soins coordonné

à la médecine ambulatoire

dire fou et sortant le fou

Du parfum brutal de l’hôpital des blouses blanches et de la chimie néfaste, produite en grandes et inutiles quantités par l’avidité (vraie maladie psychiatrique nécessitant traitement de choc crucifixions enfermements ou pire châtiment : psychanalyse) de grands groupes privés (toujours scandaleux)

Dire fou nommer fou, le fou,  pour rendre grâce au fou, celui qui par tous les autres sera, quoi qu’il en décide, quoi qu'il en sache, dénommé, connoté et par là, du simple fait de cette interpellation insulté, mutilé, diminué
Handicapé non de sa condition objective ; non même de son ressenti, handicap non de ses mains, non handicap, le fou, de la vision de ses yeux ; handicapé, alourdi du mot-croix ; du jugement-faix. La déflagration que c'est "malade".

 

L’arracher a l’humiliant jargon des enfermeurs légaux ; l’arracher autant aux communautés imbéciles et satisfaites ; à cette mode nouvelle de dire, pour neutraliser la folie : neuro atypique(jamais neutre, la langue, rien, nulle part, neutre, transparent invisible, nulle part, sauf le sperme translucide des trop masturbés et des stériles) ; « neuro-atypie » comme si cette singularité conceptuelle, ce pas de côté ce renoncement total à la voyance (la possibilité soi-même de devenir soi-même Simon le Mage -simon le fou - volant très haut au niveau des coucous, des ailes brûlées et des aigles étonnés) comme si ce mot rétrécissant comme si ce mot diminuait, ce que le fou le mot fou désespérément dans un effort insensé de pure raison démente agrandissait. 

Rapatrier, en réalité, le fou dans l'usage ordinaire de l'existence. Le sortir de son enfer pour l'envoyer à l'autre enfer. Celui de tous les autres.

Clore cette paupière qui ne savait se clore ; rendre à l’iris son mécanisme biologique, son programme typique. Celui. Qui. Veut. Que. Lumière. Rétrecisse. Iris.Que. Obscurité. Agrandisse. Iris. 

Le fou, le fou avec son regard mental, le fou et son regard mental - yeux du dedans, disent poètes de jadis - se refuse à ces obéïssances et ces bassesses et que toujours, surtout dans la pleine lumière d’août, fait l’iris se dilate au-delà des possibles. Sa raison, sa raison de fou, la seule raison véritable, le fou sa raison toujours sous le feu dansant des foudroiements ; raison dansante l’enfer, qui n’est qu’un excès de lumière, et la vie.


Et lorsque je dis fou, je dis moi.

Disant moi je dis nous.

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07 septembre 2019

Je ne suis que présent.

(...)

    Et pourtant, regardant en arrière, je m'aperçois que cet été, comme toutes les choses de mon passé, m'apparait fictif. Comment croire en ce passé tandis même qu'ont disparu les émotions, joies, douleurs, qui en faisaient la certitude. Seules demeurent de vagues images que, pour les distinguer des fabrications humaines (oeuvre d'art etc), nous nommons souvenirs.
   Cet été, comme maintes choses de ma vie (toutes en réalité), ne m'appartient pas. Chose distante, rattachée à moi par un pur effort de raison. Cet été non ressenti profondément, non la vérité de la sueur et du vertige. Cet été qui n'est plus sensation, simple événement identifiable à moi-même selon une connaissance scientifique ; application d'une règle logique voulant que ce qui arrivait à Jonathan le 23 juillet soit, en quelque façon, consubstantiellement lié à Jonathan écrivant ceci (et ce Jonathan, écrivant ici, ressentant, hésitant, déjà, lui aussi, pour plus tard, un autre disparu qu'il faudra, par effort et logique, rattacher à cet inconnu, ce Jonathan, bientôt, survenant).
   Sûrement, comme certaines grâces n'apparaissent qu'en pleine lumière, je n'existe qu'au présent. Ainsi cet été, comme les autres virtualités, retrouve mon étagère bien logé entre Duras et Faulkner. 
(ce texte disposait de son propre passé non relaté ici et lui aussi, sans sensation, plante sèche ou malade)

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01 septembre 2019

Petit essai sur la mémoire et la poésie.

C'est amusant. Il m'arrive régulièrement - mais peu fréquemment - (une fois par an) de retourner lire et constater mes premiers écrits en portant sur eux un regard superficiel (comparé au tien), tantôt étonné, tantôt amusé. Sans jamais, cependant, avoir pensé à produire autour d'eux une sorte de divagation consciente. Sans les ramener, à des jugements tantôt moraux, tantôt esthétiques ; jugements qui réactualisant les poèmes les constituent en un nouvel objet. D'une certaine façon (absolument même) ils seraient réécrits d'être présentés là, maintenant et réécrits profondément d'être abondés par un commentaire de soi, maintenant.

Très intéressante, donc, cette démarche de les ramener au présent et d'apparenter (selon moi) ces poèmes réels à des fictions et les rattachent, involontairement (mon point de vue) à des poèmes fantômes. Prolongeant (élevant?) cette expérience parce que troublant un peu plus le rapport entre la diégèse et le réel (et je sais qu'on ne devrait pas dire diégèse ici, et je voudrais étendre le sens de ce mot, et le forum, à sa façon est un univers diégétique).

Fantômes parce qu'il s'agit de traces presque évaporées, ne demeurant que dans une matérialité creuse  d'avoir perdu l'intention qui les avait engendrés. Sans intention, donc, celle-ci ne pouvant pas être retrouvée (même pas approchée), juste reconstruite aléatoirement, avec tout ce passé qui s'est mis, entre-temps, entre ces écrits et son exégète et dont a du mal à croire (l'auteur y compris) que les deux "je" qui parlent puissent se confondre et dans le même temps aucun étonnement à voir que c'était "moi" qui disait "je.

Ce trop loin dans le passé (dix ans, seulement, pourtant) nous interroge, en même temps, sur la place de la mémoire dans nos biographies respectives, sur l'angle que l'on choisit lorsqu'on se présente (c'est à dire qu'on se reconstitue, qu'on se "refabrique", qu'on se "remonte") aux autres, au miroir, au journal, à soi-même. 


C'est un questionnement qui m'importe et je remarque que l'on se présente toujours aux autres dans une approximation cohérente qui nous fait - sans mentir pourtant - éluder certains aspects trop paradoxaux de nous-même, certains que nous ne parvenons pas à intégrer à cet ensemble (disparate, toujours, soi-même). 
Entendons nous bien : rien de définitif à ces reconstitutions, au contraire, parce qu'elles se refont, différemment (quoi que plus ou moins semblabement) à chaque moment, dans chaque contexte, à chaque interaction. Maintes raisons à ces manières là : certaines choses demeurent dans l'obscurité, inexplicables à soi-même, comment pourrions-nous (même au médecin du cerveau) les exprimer à d'autres sans faillir ?

On doit donc faire un choix et s'y tenir (plus ou moins) dans chaque contexte, dans chaque époque, avec chacun. Un choix qui de billets en billets changera. Constituera, si nous remontions le fil quand il sera plus peuplé, des "je" paradoxaux, contradictoires mais tout en même temps unis et cohérents. On s'étonnera d'avoir été "ceci", ce "je" là et on s'étonnera ensuite - et encore davantage - de s'en étonner.

Par exemple ici il est assez courageux de tenter de se rappeler de ce regard d'antan, de dire ce qu'il dissimulait à lui(soi?)-même (entreprise toujours injuste, on a tout à la fois une grande sévérité pour cet adolescent que nous fumes et toujours une très grande tendresse). Pourtant nous nous rappelons toujours de travers. Rendant imparfaitement compte de toute la finesse des processus alors à l'oeuvre. Cette simplification de son ancien regard est aussi une façon de se(le) liquider.  N'est-ce pas, justement, fixer le passé (dans ce contexte poétique, dans ce contexte social de la communauté d'écriture) et donc, par cette inscription, s'en débarrasser. Les choses fixes sont plus rassurantes pour l'être humain (mais devrait, pour prendre une position très mystique, inquiéter le poète)

Souvent, aussi, le poème devient un prétexte à dire quelque chose de plus général sur la poésie. D'inscrire aussi la poésie comme champ d'interactions sociales (les gentils bolosses, l'entre-soi) mais c'est un aspect qui m'intéresse moins parce que je le trouve assez peu opportun rapporté au reste.

Je conçois bien que c'est une façon d'étendre, le plus possible, le discours qui peut être tenu sur la poésie et donc, y compris, la poésie ici, conçue comme commune à tous, comme champ social avec ses règles tacites et ses injonctions. Comme toutes les règles celles-ci viennent avec des défauts que le temps rend de plus en plus rédhibitoires, parce qu'on ne finit par voir en elles que ce qu'elles empêchent et non pas, le reste, ce qu'elles permettent et ce dont elles nous préservent.


Et je me rappelle, replongeant, dans mon propre passé du pouvoir magique des mots. Certains, très précieux (pourtant cailloux et briques comme les autres), leur effet de déflagration, leur immensité. La jubilation et l'appréhension avant d'écrire "exutoire" qui était le mot le plus parfaitement chargé de sens, chargé de poésie, enceint de tout ce que je souhaitais dire et qui se disait malgré moi, dans le mot.
Certains mots étaient le monde, se confondaient exactement avec lui ou, parfois, le dépassait et l'enveloppait. Comme certaines images, plus tard, deviendront à leur tour le monde et son excès. La recherche obstinée, en ce temps-là (pour moi) du mot juste. Juste, non parce qu'il était le plus précis pour rendre compte d'une sensation, non parce qu'il était le plus adéquat à la réalité. "Juste" comme dev(r)ait l'être Dieu. Tout tournait autour de ce mot là, tout aboutissait à lui. Ce mot là était nombreux. Exutoire, insatiable, ineffable. Les mots de la poésie, de la vapeur, mais pas seulement, les mots durs et rares. 
Et quelque part, retrouvant (me souvenant par une sorte de rêverie qui devient suspension du maintenant) des frémissements de ce temps-là, il y a comme un regret de cette naïveté obstinée, de sa croyance toute suprême et enfantine en la force du mot. Comme plus jeune la toute puissante savante des parents, comme, encore plus jeune, la célébration amoureuse d'Allah, comme, plus tard, l'amour. Cette idée, dissoute (dissolue) d'absolu. Nous sommes environnés de ces fantômes, de ces ruines, de ces traces et que nous convoquons, avec mélancolie, espoir, envie dans notre maintenant.

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28 août 2019

Les voisins.

Les voisins.
Mes voisins s'agacent de me voir régulièrement nu. Et perpétuent cet agacement en un froncement de sourcils qui les ride ; ce, tandis même que je fais l'effort de dissimuler ce qui, dans la nudité, choque. Choque, du moins, hors des chambres à coucher aux lumières mortes qui sont le domicile de trois quart des amants - toujours, lumières, trop vives ; lumières pour la vie banale, les devoirs sur le bureau, la lecture du journal ; nulle part lumières pour l'amour ; douces lumières lumières exténuées ; où l'odeur de cire comme vestige d'aimer ? -
Ceux-là ignorent, donc, l'effort que me coûte d'enfiler ce putain caleçon avant de me rendre dans ma cuisine. Celle-ci fait face à leur cuisine et c'est donc par la fenêtre de leur cuisine qu'ils aperçoivent mon corps tout splendide d'être nu.
Geste répété moi quittant ma chambre à coucher - lumières closes lumières d'amour - mettant mon caleçon, m'affairant dans la cuisine à je ne sais quelle tâche nécessaire à ma survie, quittant la cuisine, retrouvant, nu, la lumière d'amour. Recommençant. 
Désormais je ne suis plus jamais nu, sauf négligence, si je leur fais face. Pourtant c'est le même agacement perpétué sur les mêmes fronts aux mêmes rides. Comme si le traumatisme de ma nudité - et quel traumatisme ?  ainsi je suis né ainsi je pourrirai - dominait la vision objective de MOI et se substituait à mon apparrence véritable. 
Verrai-je, un jour, ma voisine couper, l'air rageur, j'ignore quoi symbolisant mon sexe honni (et pourtant, désormais et à jamais, invisible) ? Faisant passer par cette délicate attention un message très clair que, bien entendu, je déchiffrerai avec peine et, à cette injonction sur le ton de la menace, je ne me soumettrai pas. Eunuque déjà serait de céder ainsi à ce chantage symbolique.
Et il nous arrive, à tous, de nous voir faire reproches de ce qui pourtant est notre effort le plus suprême
Jamais eux ne voient le chemin que nous parcourons pour atteindre ces gestes qu'ils négligent comme du dernier banal ou de la moindre des politesses.
Ce chemin coûteux et coupant pour nous autres les plus distraits, les plus maladroits
mais aussi nos frères et soeurs
Différant de nos maladresses et nos distractions
notre famille, pourtant, ceux en colère
qui retiennent violence et colère mais colère et violence toutefois
jaillissant et combien retenues ces deux-là
Chez nos frères et chez nos soeurs ayant contenu des minutes qui pour tous les autres
seraient des siècles nos frères et soeurs pareils à nos êtres distraits, maladroits, à nos gestes gauches et parfois douloureux - main ouverte quand débris du verre que la main gourde laissa à un destin de paillettes -
frères et soeurs abattant le cri retenu parce que la colère les emporte
tous les tiers s'en fâchent comme s'il s'agissait du plus pur exercice de leur bon plaisir
non pas (ce que nous devinons) cette pulsion qui les tord.
N'est ce pas manque cruel de charité ? Nous faire ainsi porter le blâme de nos maladresses de nous charger du faix de nos colères nous
tout à l'effort de les retenir et si les chevaux s'affolent est-ce la faute du cocher ?
Il faudrait qu'en sus de mon caleçon, et constamment, je portasse de quoi couvrir le reste de mon moi-même ?
Ne voient-ils pas ce que déjà je sacrifie ? L'intensité, même, de cette écorchure que je porte et qui me tue.

 

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16 août 2019

Deux-pièces quelque part en Bourgogne.

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Une annonce offre à la location un appartement meublé. Deux pièces. Dans une ville perdue de Bourgogne. Autan, autain, le nom m'échappe désormais. La voyant. Voyant le salon, me projetant, moi, dans ce salon décoré avec le plus moyen des goûts ; me projetant dans cet appartement dont je n'ai besoin ni envie. Me projetant moi, là-bas, un sentiment d'échec m'envahit. Echec, vécu, ressenti, par empathie démesurée pour le coupe qui y emménagera. L'impression que déposer ses valises là-bas. Signer le bail c'est renoncer à la vie. Au dehors. A son intériorité. 

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Pour éviter aux garants de s'engager sans mesurer les conséquences de leur engagement la loi impose un formalisme strict : il faut inscrire, manuscritement, la mention "je prends connaissance des conséquences de ma signature". 
Les candidats à la location de cet appartement, au moment, de signer le bail, doivent-t-ils, eux aussi, se soumettre à un formalisme rigoureux et recopier cette formue : "je comprends que je renonce à la vie, au bonheur et à l'estime de moi-même" ? 
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Et je ne peux m'empêcher, moi qui toujours, frôla la catastrophe ; moi vivant dans sa lisière à cause de ma très grande maladresse ; moi impossible de ne m'imaginer défaire mes malles. Sortir, tristement, tragiquement, mortellement, mes haillons et mes livres en poussière. Et je n'ai ni haillons ni poussières aujourd'hui. Ni malles qui sont le propre des vagabonds d'avant ; occupant, tristement ou non de minuscules garnis. Certains finirent pendus, d'autres poètes et quelques-uns les deux.
Voyant ce lieu il me raconte un moi possible, dégradé, un moi de justesse n'étant pas moi. Possible au passé, possible, de tout ce qui presque me fut mortel mais qui ne me fut pas mortel. Ces trébuchements à quoi j'échappais, tombant, si je tombais, sur sol mou ou, rattrapé de justesse, par des bras aimants ; où, la gravité, voyant avec pitié ce sort tragique qui m'attendait, ne trouvant pas que, moi, tragique, déjà, je méritais de tomber si-bas que j'atteindrai Bourgogne désenchantée, la gravité appitoyée retournant sa force et à la limite du précipice, de toute sa force, men sauva.
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Repose, dans ce salon, une tragédie du quotidien. Y poussent, sûrement, l'inceste et les violences conjugales. Encore même que ces atrocités nécessitent de leurs auteurs un peu de vie. Putride énergie certes, mais énergie tout de même. Comme le bois malade peut encore faire des esquifs. 
Peut-être cet appartement est hanté, hanté par la mort lente et verte. La mort inutile et contagieuse. Une forme analogue à l'angoisse qui vous maintient chair et enveloppe en vous privant d'un autre essentiel : vivre.
Cet appartement
Comme un désert
brûlant
Gobi, projeté en pleine Bourgogne,
asséchant toute la vie
Récifs, rivages où la mort nulle 
les péris de la joie naufrage
allumant feux exténués
pourtant

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07 août 2019

4h

Où ivresses d'antan s'épousaillent 
Souviens-t-en les temps d'avant 

 

la main glissant, éventail, 
le doigt pour dire encore
assurément le garçon
saisit du geste le sens 
unique 

aujourd'hui ton champagne et ton nikka sont passés de mode
on préfère les jus de tomates ou de concombre
ivresse de ton nombre sur la balance
non mon ombre sur verre
L'été pour toi avait un goût de terrasse
tu buvais sans en démordre
croquant le fruit accidentellement glissé
dans le cocktail
long Island 
fortement 
alcoolisé
combien de verres descendus dans telle ou telle capitale
d'Europe de l'Est où 
malgré leurs prémonitions de givre
l'été ressemble à l'été
Soleil haï des lendemains d'alcool
ces nuits qui n'en finissaient pas
l'horloge, tu regardes, c'est 4 h du matin
à chaque fois
et tu t'étonnes de cette précision diabolique
qui achève le jour ou plutôt le débute
tu dis à haute voix "il est encore 4h"
et c'est ta vie et ton espoir
tu dis aux fantômes qui t'habitent
"4h, c'est encore 4h"
qui se meurent à cette heure
4h du matin rue Pierre Sémard
combien souvent tu l'as remarqué
en t'étonnant 
4h fatidiquement 4h
l'été tu guettes 
tu entends déjà
les roucoulements
tous 
les cris
du merle et du martin-pécheur
souvenirs de tes insomnies
les oiseaux aquatiques
aux becs percés
4h bientôt
tu finis par redouter
cette heure
qui annonce déjà
le catastrophique à venir
le dévalement
des heures
qui pour toute la vie
seront d'autres heures
4h du matin ne survient plus.
et tu ne bois plus
ton ventre ton amour
ne te permettent plus
de boire
comme tu as bu tous les étés
l'alcool grelottant
qui fait des taches
à ton tremblement
comme tu as bu tous les étés
tu ne bois plus
plus jamais tu ne 
dis
à n'importe quelle ombre
"4h, il est 4h"
ton caleçon perdu
toujours
l'attente
fatidique heure matinale
Tu ne connais plus que l'éprouvant scintillement de 4h de l'après-midi. Cet espèce de parjure.

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