boudi's blog

16 septembre 2019

Quand l'aspirateur CompaXx de Bosch ressemble à l'amour.

est-ce que quand vous achetez un produit électroménager (genre un aspi) vous avez un sentiment, quelque peu, d'accomplissement ; cette satisfaction (coupable) de faire face à ce vous devenant adulte ; et le plaisir en même temps du neuf (du nouveau) et des possibles ainsi ouverts ? Il y a toujours de l'inconnu dans les performances de ce nouvel aspirateur compaxX de chez Bosch et qui, pendant les quelques première secondes de son utilisation, transcende sa condition générique "aspirateur".

Le déballement produit effet semblable à n'importe quel Noël, les mêmes ciseaux tranchent le scotch, découpent la boite. Plus fragile - plus beau donc ? moent ; ceci la forme la plus obscure, peut-être, de l'obsolescence programmée ; celle du sentiment.


Tout ceci ressemble à l'amour.

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Désert

Tant de désert

une seule

gourde

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13 septembre 2019

Fou, fou, fou

Je préfère dire fou il y a dans fou une grâce demeurée 

 

Je préfère dire fou et disant fou sortant le fou du monde pathologique et clinique 

De l’entretien individuel et personnalisé aboutissant à l'ordonnance

au parcours de soins coordonné

à la médecine ambulatoire

dire fou et sortant le fou

Du parfum brutal de l’hôpital des blouses blanches et de la chimie néfaste, produite en grandes et inutiles quantités par l’avidité (vraie maladie psychiatrique nécessitant traitement de choc crucifixions enfermements ou pire châtiment : psychanalyse) de grands groupes privés (toujours scandaleux)

Dire fou nommer fou, le fou,  pour rendre grâce au fou, celui qui par tous les autres sera, quoi qu’il en décide, quoi qu'il en sache, dénommé, connoté et par là, du simple fait de cette interpellation insulté, mutilé, diminué
Handicapé non de sa condition objective ; non même de son ressenti, handicap non de ses mains, non handicap, le fou, de la vision de ses yeux ; handicapé, alourdi du mot-croix ; du jugement-faix. La déflagration que c'est "malade".

 

L’arracher a l’humiliant jargon des enfermeurs légaux ; l’arracher autant aux communautés imbéciles et satisfaites ; à cette mode nouvelle de dire, pour neutraliser la folie : neuro atypique(jamais neutre, la langue, rien, nulle part, neutre, transparent invisible, nulle part, sauf le sperme translucide des trop masturbés et des stériles) ; « neuro-atypie » comme si cette singularité conceptuelle, ce pas de côté ce renoncement total à la voyance (la possibilité soi-même de devenir soi-même Simon le Mage -simon le fou - volant très haut au niveau des coucous, des ailes brûlées et des aigles étonnés) comme si ce mot rétrécissant comme si ce mot diminuait, ce que le fou le mot fou désespérément dans un effort insensé de pure raison démente agrandissait. 

Rapatrier, en réalité, le fou dans l'usage ordinaire de l'existence. Le sortir de son enfer pour l'envoyer à l'autre enfer. Celui de tous les autres.

Clore cette paupière qui ne savait se clore ; rendre à l’iris son mécanisme biologique, son programme typique. Celui. Qui. Veut. Que. Lumière. Rétrecisse. Iris.Que. Obscurité. Agrandisse. Iris. 

Le fou, le fou avec son regard mental, le fou et son regard mental - yeux du dedans, disent poètes de jadis - se refuse à ces obéïssances et ces bassesses et que toujours, surtout dans la pleine lumière d’août, fait l’iris se dilate au-delà des possibles. Sa raison, sa raison de fou, la seule raison véritable, le fou sa raison toujours sous le feu dansant des foudroiements ; raison dansante l’enfer, qui n’est qu’un excès de lumière, et la vie.


Et lorsque je dis fou, je dis moi.

Disant moi je dis nous.

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07 septembre 2019

Je ne suis que présent.

(...)

    Et pourtant, regardant en arrière, je m'aperçois que cet été, comme toutes les choses de mon passé, m'apparait fictif. Comment croire en ce passé tandis même qu'ont disparu les émotions, joies, douleurs, qui en faisaient la certitude. Seules demeurent de vagues images que, pour les distinguer des fabrications humaines (oeuvre d'art etc), nous nommons souvenirs.
   Cet été, comme maintes choses de ma vie (toutes en réalité), ne m'appartient pas. Chose distante, rattachée à moi par un pur effort de raison. Cet été non ressenti profondément, non la vérité de la sueur et du vertige. Cet été qui n'est plus sensation, simple événement identifiable à moi-même selon une connaissance scientifique ; application d'une règle logique voulant que ce qui arrivait à Jonathan le 23 juillet soit, en quelque façon, consubstantiellement lié à Jonathan écrivant ceci (et ce Jonathan, écrivant ici, ressentant, hésitant, déjà, lui aussi, pour plus tard, un autre disparu qu'il faudra, par effort et logique, rattacher à cet inconnu, ce Jonathan, bientôt, survenant).
   Sûrement, comme certaines grâces n'apparaissent qu'en pleine lumière, je n'existe qu'au présent. Ainsi cet été, comme les autres virtualités, retrouve mon étagère bien logé entre Duras et Faulkner. 
(ce texte disposait de son propre passé non relaté ici et lui aussi, sans sensation, plante sèche ou malade)

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01 septembre 2019

Petit essai sur la mémoire et la poésie.

C'est amusant. Il m'arrive régulièrement - mais peu fréquemment - (une fois par an) de retourner lire et constater mes premiers écrits en portant sur eux un regard superficiel (comparé au tien), tantôt étonné, tantôt amusé. Sans jamais, cependant, avoir pensé à produire autour d'eux une sorte de divagation consciente. Sans les ramener, à des jugements tantôt moraux, tantôt esthétiques ; jugements qui réactualisant les poèmes les constituent en un nouvel objet. D'une certaine façon (absolument même) ils seraient réécrits d'être présentés là, maintenant et réécrits profondément d'être abondés par un commentaire de soi, maintenant.

Très intéressante, donc, cette démarche de les ramener au présent et d'apparenter (selon moi) ces poèmes réels à des fictions et les rattachent, involontairement (mon point de vue) à des poèmes fantômes. Prolongeant (élevant?) cette expérience parce que troublant un peu plus le rapport entre la diégèse et le réel (et je sais qu'on ne devrait pas dire diégèse ici, et je voudrais étendre le sens de ce mot, et le forum, à sa façon est un univers diégétique).

Fantômes parce qu'il s'agit de traces presque évaporées, ne demeurant que dans une matérialité creuse  d'avoir perdu l'intention qui les avait engendrés. Sans intention, donc, celle-ci ne pouvant pas être retrouvée (même pas approchée), juste reconstruite aléatoirement, avec tout ce passé qui s'est mis, entre-temps, entre ces écrits et son exégète et dont a du mal à croire (l'auteur y compris) que les deux "je" qui parlent puissent se confondre et dans le même temps aucun étonnement à voir que c'était "moi" qui disait "je.

Ce trop loin dans le passé (dix ans, seulement, pourtant) nous interroge, en même temps, sur la place de la mémoire dans nos biographies respectives, sur l'angle que l'on choisit lorsqu'on se présente (c'est à dire qu'on se reconstitue, qu'on se "refabrique", qu'on se "remonte") aux autres, au miroir, au journal, à soi-même. 


C'est un questionnement qui m'importe et je remarque que l'on se présente toujours aux autres dans une approximation cohérente qui nous fait - sans mentir pourtant - éluder certains aspects trop paradoxaux de nous-même, certains que nous ne parvenons pas à intégrer à cet ensemble (disparate, toujours, soi-même). 
Entendons nous bien : rien de définitif à ces reconstitutions, au contraire, parce qu'elles se refont, différemment (quoi que plus ou moins semblabement) à chaque moment, dans chaque contexte, à chaque interaction. Maintes raisons à ces manières là : certaines choses demeurent dans l'obscurité, inexplicables à soi-même, comment pourrions-nous (même au médecin du cerveau) les exprimer à d'autres sans faillir ?

On doit donc faire un choix et s'y tenir (plus ou moins) dans chaque contexte, dans chaque époque, avec chacun. Un choix qui de billets en billets changera. Constituera, si nous remontions le fil quand il sera plus peuplé, des "je" paradoxaux, contradictoires mais tout en même temps unis et cohérents. On s'étonnera d'avoir été "ceci", ce "je" là et on s'étonnera ensuite - et encore davantage - de s'en étonner.

Par exemple ici il est assez courageux de tenter de se rappeler de ce regard d'antan, de dire ce qu'il dissimulait à lui(soi?)-même (entreprise toujours injuste, on a tout à la fois une grande sévérité pour cet adolescent que nous fumes et toujours une très grande tendresse). Pourtant nous nous rappelons toujours de travers. Rendant imparfaitement compte de toute la finesse des processus alors à l'oeuvre. Cette simplification de son ancien regard est aussi une façon de se(le) liquider.  N'est-ce pas, justement, fixer le passé (dans ce contexte poétique, dans ce contexte social de la communauté d'écriture) et donc, par cette inscription, s'en débarrasser. Les choses fixes sont plus rassurantes pour l'être humain (mais devrait, pour prendre une position très mystique, inquiéter le poète)

Souvent, aussi, le poème devient un prétexte à dire quelque chose de plus général sur la poésie. D'inscrire aussi la poésie comme champ d'interactions sociales (les gentils bolosses, l'entre-soi) mais c'est un aspect qui m'intéresse moins parce que je le trouve assez peu opportun rapporté au reste.

Je conçois bien que c'est une façon d'étendre, le plus possible, le discours qui peut être tenu sur la poésie et donc, y compris, la poésie ici, conçue comme commune à tous, comme champ social avec ses règles tacites et ses injonctions. Comme toutes les règles celles-ci viennent avec des défauts que le temps rend de plus en plus rédhibitoires, parce qu'on ne finit par voir en elles que ce qu'elles empêchent et non pas, le reste, ce qu'elles permettent et ce dont elles nous préservent.


Et je me rappelle, replongeant, dans mon propre passé du pouvoir magique des mots. Certains, très précieux (pourtant cailloux et briques comme les autres), leur effet de déflagration, leur immensité. La jubilation et l'appréhension avant d'écrire "exutoire" qui était le mot le plus parfaitement chargé de sens, chargé de poésie, enceint de tout ce que je souhaitais dire et qui se disait malgré moi, dans le mot.
Certains mots étaient le monde, se confondaient exactement avec lui ou, parfois, le dépassait et l'enveloppait. Comme certaines images, plus tard, deviendront à leur tour le monde et son excès. La recherche obstinée, en ce temps-là (pour moi) du mot juste. Juste, non parce qu'il était le plus précis pour rendre compte d'une sensation, non parce qu'il était le plus adéquat à la réalité. "Juste" comme dev(r)ait l'être Dieu. Tout tournait autour de ce mot là, tout aboutissait à lui. Ce mot là était nombreux. Exutoire, insatiable, ineffable. Les mots de la poésie, de la vapeur, mais pas seulement, les mots durs et rares. 
Et quelque part, retrouvant (me souvenant par une sorte de rêverie qui devient suspension du maintenant) des frémissements de ce temps-là, il y a comme un regret de cette naïveté obstinée, de sa croyance toute suprême et enfantine en la force du mot. Comme plus jeune la toute puissante savante des parents, comme, encore plus jeune, la célébration amoureuse d'Allah, comme, plus tard, l'amour. Cette idée, dissoute (dissolue) d'absolu. Nous sommes environnés de ces fantômes, de ces ruines, de ces traces et que nous convoquons, avec mélancolie, espoir, envie dans notre maintenant.

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28 août 2019

Les voisins.

Les voisins.
Mes voisins s'agacent de me voir régulièrement nu. Et perpétuent cet agacement en un froncement de sourcils qui les ride ; ce, tandis même que je fais l'effort de dissimuler ce qui, dans la nudité, choque. Choque, du moins, hors des chambres à coucher aux lumières mortes qui sont le domicile de trois quart des amants - toujours, lumières, trop vives ; lumières pour la vie banale, les devoirs sur le bureau, la lecture du journal ; nulle part lumières pour l'amour ; douces lumières lumières exténuées ; où l'odeur de cire comme vestige d'aimer ? -
Ceux-là ignorent, donc, l'effort que me coûte d'enfiler ce putain caleçon avant de me rendre dans ma cuisine. Celle-ci fait face à leur cuisine et c'est donc par la fenêtre de leur cuisine qu'ils aperçoivent mon corps tout splendide d'être nu.
Geste répété moi quittant ma chambre à coucher - lumières closes lumières d'amour - mettant mon caleçon, m'affairant dans la cuisine à je ne sais quelle tâche nécessaire à ma survie, quittant la cuisine, retrouvant, nu, la lumière d'amour. Recommençant. 
Désormais je ne suis plus jamais nu, sauf négligence, si je leur fais face. Pourtant c'est le même agacement perpétué sur les mêmes fronts aux mêmes rides. Comme si le traumatisme de ma nudité - et quel traumatisme ?  ainsi je suis né ainsi je pourrirai - dominait la vision objective de MOI et se substituait à mon apparrence véritable. 
Verrai-je, un jour, ma voisine couper, l'air rageur, j'ignore quoi symbolisant mon sexe honni (et pourtant, désormais et à jamais, invisible) ? Faisant passer par cette délicate attention un message très clair que, bien entendu, je déchiffrerai avec peine et, à cette injonction sur le ton de la menace, je ne me soumettrai pas. Eunuque déjà serait de céder ainsi à ce chantage symbolique.
Et il nous arrive, à tous, de nous voir faire reproches de ce qui pourtant est notre effort le plus suprême
Jamais eux ne voient le chemin que nous parcourons pour atteindre ces gestes qu'ils négligent comme du dernier banal ou de la moindre des politesses.
Ce chemin coûteux et coupant pour nous autres les plus distraits, les plus maladroits
mais aussi nos frères et soeurs
Différant de nos maladresses et nos distractions
notre famille, pourtant, ceux en colère
qui retiennent violence et colère mais colère et violence toutefois
jaillissant et combien retenues ces deux-là
Chez nos frères et chez nos soeurs ayant contenu des minutes qui pour tous les autres
seraient des siècles nos frères et soeurs pareils à nos êtres distraits, maladroits, à nos gestes gauches et parfois douloureux - main ouverte quand débris du verre que la main gourde laissa à un destin de paillettes -
frères et soeurs abattant le cri retenu parce que la colère les emporte
tous les tiers s'en fâchent comme s'il s'agissait du plus pur exercice de leur bon plaisir
non pas (ce que nous devinons) cette pulsion qui les tord.
N'est ce pas manque cruel de charité ? Nous faire ainsi porter le blâme de nos maladresses de nous charger du faix de nos colères nous
tout à l'effort de les retenir et si les chevaux s'affolent est-ce la faute du cocher ?
Il faudrait qu'en sus de mon caleçon, et constamment, je portasse de quoi couvrir le reste de mon moi-même ?
Ne voient-ils pas ce que déjà je sacrifie ? L'intensité, même, de cette écorchure que je porte et qui me tue.

 

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16 août 2019

Deux-pièces quelque part en Bourgogne.

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Une annonce offre à la location un appartement meublé. Deux pièces. Dans une ville perdue de Bourgogne. Autan, autain, le nom m'échappe désormais. La voyant. Voyant le salon, me projetant, moi, dans ce salon décoré avec le plus moyen des goûts ; me projetant dans cet appartement dont je n'ai besoin ni envie. Me projetant moi, là-bas, un sentiment d'échec m'envahit. Echec, vécu, ressenti, par empathie démesurée pour le coupe qui y emménagera. L'impression que déposer ses valises là-bas. Signer le bail c'est renoncer à la vie. Au dehors. A son intériorité. 

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Pour éviter aux garants de s'engager sans mesurer les conséquences de leur engagement la loi impose un formalisme strict : il faut inscrire, manuscritement, la mention "je prends connaissance des conséquences de ma signature". 
Les candidats à la location de cet appartement, au moment, de signer le bail, doivent-t-ils, eux aussi, se soumettre à un formalisme rigoureux et recopier cette formue : "je comprends que je renonce à la vie, au bonheur et à l'estime de moi-même" ? 
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Et je ne peux m'empêcher, moi qui toujours, frôla la catastrophe ; moi vivant dans sa lisière à cause de ma très grande maladresse ; moi impossible de ne m'imaginer défaire mes malles. Sortir, tristement, tragiquement, mortellement, mes haillons et mes livres en poussière. Et je n'ai ni haillons ni poussières aujourd'hui. Ni malles qui sont le propre des vagabonds d'avant ; occupant, tristement ou non de minuscules garnis. Certains finirent pendus, d'autres poètes et quelques-uns les deux.
Voyant ce lieu il me raconte un moi possible, dégradé, un moi de justesse n'étant pas moi. Possible au passé, possible, de tout ce qui presque me fut mortel mais qui ne me fut pas mortel. Ces trébuchements à quoi j'échappais, tombant, si je tombais, sur sol mou ou, rattrapé de justesse, par des bras aimants ; où, la gravité, voyant avec pitié ce sort tragique qui m'attendait, ne trouvant pas que, moi, tragique, déjà, je méritais de tomber si-bas que j'atteindrai Bourgogne désenchantée, la gravité appitoyée retournant sa force et à la limite du précipice, de toute sa force, men sauva.
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Repose, dans ce salon, une tragédie du quotidien. Y poussent, sûrement, l'inceste et les violences conjugales. Encore même que ces atrocités nécessitent de leurs auteurs un peu de vie. Putride énergie certes, mais énergie tout de même. Comme le bois malade peut encore faire des esquifs. 
Peut-être cet appartement est hanté, hanté par la mort lente et verte. La mort inutile et contagieuse. Une forme analogue à l'angoisse qui vous maintient chair et enveloppe en vous privant d'un autre essentiel : vivre.
Cet appartement
Comme un désert
brûlant
Gobi, projeté en pleine Bourgogne,
asséchant toute la vie
Récifs, rivages où la mort nulle 
les péris de la joie naufrage
allumant feux exténués
pourtant

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07 août 2019

4h

Où ivresses d'antan s'épousaillent 
Souviens-t-en les temps d'avant 

 

la main glissant, éventail, 
le doigt pour dire encore
assurément le garçon
saisit du geste le sens 
unique 

aujourd'hui ton champagne et ton nikka sont passés de mode
on préfère les jus de tomates ou de concombre
ivresse de ton nombre sur la balance
non mon ombre sur verre
L'été pour toi avait un goût de terrasse
tu buvais sans en démordre
croquant le fruit accidentellement glissé
dans le cocktail
long Island 
fortement 
alcoolisé
combien de verres descendus dans telle ou telle capitale
d'Europe de l'Est où 
malgré leurs prémonitions de givre
l'été ressemble à l'été
Soleil haï des lendemains d'alcool
ces nuits qui n'en finissaient pas
l'horloge, tu regardes, c'est 4 h du matin
à chaque fois
et tu t'étonnes de cette précision diabolique
qui achève le jour ou plutôt le débute
tu dis à haute voix "il est encore 4h"
et c'est ta vie et ton espoir
tu dis aux fantômes qui t'habitent
"4h, c'est encore 4h"
qui se meurent à cette heure
4h du matin rue Pierre Sémard
combien souvent tu l'as remarqué
en t'étonnant 
4h fatidiquement 4h
l'été tu guettes 
tu entends déjà
les roucoulements
tous 
les cris
du merle et du martin-pécheur
souvenirs de tes insomnies
les oiseaux aquatiques
aux becs percés
4h bientôt
tu finis par redouter
cette heure
qui annonce déjà
le catastrophique à venir
le dévalement
des heures
qui pour toute la vie
seront d'autres heures
4h du matin ne survient plus.
et tu ne bois plus
ton ventre ton amour
ne te permettent plus
de boire
comme tu as bu tous les étés
l'alcool grelottant
qui fait des taches
à ton tremblement
comme tu as bu tous les étés
tu ne bois plus
plus jamais tu ne 
dis
à n'importe quelle ombre
"4h, il est 4h"
ton caleçon perdu
toujours
l'attente
fatidique heure matinale
Tu ne connais plus que l'éprouvant scintillement de 4h de l'après-midi. Cet espèce de parjure.

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05 août 2019

Du racisme et de la bonne conscience

Yannis me racontait avoir subi du racisme lorsque, collégien, il étudiait à Passy Saint-Nicolas Buzenval. Quelques remarques me parvinrent, certes, particulièrement après l'attentat du 11 septembre 2001. Jamais beaucoup plus et, rarement, du moins en l'enfance, je fus renvoyé à cette condition "d'autre, d'immigré, d'arabe". Je ne dissimulais pas mes origines et m'en revendiquais lorsque, en classe, nous abordions des problématiques religieuses. Cet état fut transparent, incolore et inodore aux autres ; ne suscitant presqu'aucune réaction. Il arrivait, qu'en creux, l'on manifesta de ce racisme généreux : "tu n'es pas comme les autres" traduisant, en vérité, la perception - négative - que ces énonciateurs se faisaient des "autres" (arabes).

Plus vieux, il m'arriva d'y faire face. Par des détours rhétoriques qui ne changeaient rien à la naturel réel du propos. Ici racisme est interchangeable avec n'importe quel type d'oppressions. De la même façon femme, homosexuel ou trans, mutatis mutandis, pourraient remplacer arabe et noir. Le procédé, toujours semblable, ressemble à ceci :


- Une identité vous est assignée par un tiers. 
- Cette identité est porteuse de valeurs négatives ; ces valeurs n'ont pas besoin d'être précisées ; elles appartiennent à une sorte de bons sens ; simplement être renvoyé à cette identité vous dégrade. Dire arabe, dans certains contextes, c'est sous-entendre : terroriste, voleur. Il arrive que l'on fonctionne par synecdoque pour dire et disqualifier arabe on passera par "racailles" par exemple. 
- La valeur négative de cette identité doit être connue par tous les acteurs et conçue comme représentative de ce que pense la société. Celui ainsi assigné (donc insulté) sait ce qu'on dit de lui quand on lui assigne telle identité ; celui qui assigne (donc qui insulte) sait ce qu'il traduit en assignant. L'assignateur, en quelque sorte, convoque "la société" et asseoit son discours sur l'horizon culturel qu'il sait partagé ; partagé, pour l'assigné, parce que l'ayant subi dans sa chair ; partagé pour le raciste puisqu'il l'énonce. La possibilité de l'énoncé dit que le raciste est raciste.
- Par exemple : arabes=voleurs ou noirs=esclaves. Il n'est pas besoin de démontrer ces affirmations. Leur énonciation suffit à les performer. A l'inverse : on ne dira pas, pour l'insulter, à un blanc qu'il est un esclave ou un voleur. Ce n'est pas partagé par le blanc ; pour autant l'arabe, le noir pourrait, historiquement, fonder ce discours : le blanc/l'occidental a pillé le monde. Pour autant cette valeur historique (mieux établie que arabe=voleur pourtant) n'a aucun poids dans l'injure. Parce que la raison de l'injure, comme en matière d'humour, ne se démontre pas ; il faut que ce soit immédiatement compris ; donc reposant sur un substrat culturel commun. Que "tout le monde" (un tout le monde abstrait mais néanmoins "vraissemblable) croit la même chose.
L'étonnant, en la matière, c'est que ce ne sont pas des racistes officiels qui le plus souvent vous rapatrie (ou vous exile) dans ces identités dégradées, non choisies ni sollicitées. Pensant même, le plus souvent, n'être pas racistes (homophobes ou sexistes) et jouant sur le tableau de "la blague" ou "la colère". S'excusant par l'émotion ou le second degré et répétant avec force que ce n'est pas vraiment ce qu'ils croient (mais, nous pensons et disons, que c'est un peu ce qu'ils croient ; et que par ce "un peu" nous voulons dire : beaucoup)
Ne concevant pas que le fait même de produire ces discours et ces associations humililantes témoigne d'un racisme ancré en eux ; culturellement fixé. 
Ce ne signifie pas que ces gens, lustrant leurs bottes, souhaitent ouvrir des camps d'extermination ; ce signifie, seulement, qu'ils appartiennent à une société raciste qui les imprègne ; que ces gens, par ailleurs, refusent de se purger de ces sédimentations là.

L'exemple du blanc=voleur en est une criante illustration. Il ne viendrait à l'idée d'aucune de ces personnes traitant un arabe de racailles (et donc tout l'arrière-texte qui recouvre ce discours) d'insulter un blanc de voleur ; c'est à dire de quelque chose qu'il ne saurait pas être, à quoi PERSONNE (encore la société abstraite que l'on conboque) ne l'identifie pas. Lorsque l'on dit arabe=racaille ou voleur on dit que l'arabe, quelque part est vraiment ou peut vraiment, être un voleur ; et l'arabe, s'il est touché outre l'évident racisme, c'est parce qu'il sait qu'il est CONNU en tant que ça et qu'on le force à se reconnaître. On admet l'idée qu'une identité puisse exister entre ces termes d'arabe et de voleur. Il y a un principe de pertinence dans le langage ; et celui qui pour la blague, même, celui qui par colère, même : produit ces associations est un raciste. Pire, parfois, parce qu'il s'ignore.

L'important, en la matière, c'est d'identifier ces mécanismes et, à l'avenir, de se dispenser d'actualiser ce racisme intériorisé par la blague ou l'injure. Or les gens de bonne conscience ne le font pas ; le plus souvent s'énervent non parce que, pris en faute dans leurs propos polémiques, il se défendent à cause de la honte avant de revenir à de plus honnêtes sentiments ; parce qu'ils ont l'impression que ce sont eux qui sont injuriés ; qu'il est honteux, même, qu'on puisse leur attribuer ce mot là de raciste. Raciste, pour eux, a un sens étroit et navigue d'Adolf Hitler à Marion-Maréchal le Pen ; sinuant bien loin d'eux cette navigation.

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30 juillet 2019

Je suis ce lent fléchissement vers le néant.

Ma santé ne cesse de se dégrader. Des résultats, divers, m'apparaissent et c'est un reflet de ma déliquescence. On m'appelle. Pour me traduire les différentes lignes que je ne saurais interpréter par moi-même et qui ont fait suite à des insertions d'aiguilles dans mes veines, passage de ma tête dans un scanner, biopsie etc.


Je sombre, lesté de diagnostics peureux. Tous les jours je me bats pour retrouver de la joie et, si j'y parviens, une nouvelle plus atroce que la veille me brise en deux ; m'ouvre par le milieu. Prostré, je demeure. Perdant l'envie de tout. La retrouvant le lendemain par je ne sais quel effort surhumain de volonté. Mon traitement psychiatrique, j'en suis sûr, me maintient à flot. 

Je m'abîme, je me dégrade. C'est une pourriture qui monte en moi et m'empoisonne.
Pour autant sans mourir, je dépéris et m'use. La vie, comme un vent violent, un vent marin, portant embruns, me dévore et me ronge ; m'amaigrit. 

Rares sont les jours sans vertiges. Vertiges de 4 ou 5 heures et qui me pétrifient. Je me force, bien sûr, et tente de me montrer sous mon jour le plus ordinaire. Riant aux éclats. Et ma force s'use de cette normalité feinte. Et cette normalité feinte c'est aussi ce qui me reste de vie. Hier, j'ai pu dîner dehors. Sortir. Aujourd'hui je ne puis rien qu'écrire et ce geste d'écrire. Ce geste retrouvé. Douloureux lui aussi.
En mon corps marqué, en mon esprit brisé.
J'écris, j'écris pour me souvenir
Me marquer moi et demeurer malgré ce moi
Qui s'efface dans des cris muets
Mais
N'étant pas mortellement atteint ni prisonnier de la terrible bourgeoise zurichoise
Je n'écrirai pas
"je suis jeune et riche et cultivé ; et je suis malheureux, névrosé et seul"
Vivre me coûte de grands efforts. Et si je m'aventure dans les sous-bois, marche des kilomètres j'en paie le prix d'une immobilisation de deux jours. Non parce que les courbatures auraient raison de cette chair paresseuse ; je suis usé dans toutes les articulations et qu'elles brûlent, le lendemain et pour deux jours, comme une vengeance assouvie.

Si je me retourne je ne puis même pas m'exclamer "tu as bien profité". J'ai toujours eu peur et du plaisir, même, me suis tenu en lisière mais cette lisière m'écorcha et ses arbres avaient le pouvoir néfaste des mancenilliers. Et je suis aujourd'hui ce tas de matière tremblotant. 
Attendant, sans angoisse, les appels téléphoniques mesurant mon état de dépérissement. Le diagnostic toujours s'enrichit et la vie, elle, s'amenuise. 






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29 juillet 2019

Retour au pays natal

Valentine est revenue. 
Dire, revenue, rend trop mal compte de ce qu'ici on voudrait traduire.
Rentrer ? Valentine est rentrée ?
Elle s'en est retournée ?

Il y a, dans ces expressions du retour, un ton définitif impropre à la situation. Un retour qui ne connaîtrait plus lui-même de retour. Un retour qui ne tournerait pas sur lui-même.

Valentine dont je voudrais traduire la présence ici, actuellement, alors qu'elle fut ailleurs, neuf mois durant. Rapporter, en un verbe, une expression, cet éloignement géographique et social qui fut le sien. 
Combien cette distance ne se décomptait non seulement en kilomètres ou en années (ou alors des milliers) mais aussi en une sorte de distance symbolique et magique.

Valentine est revenue
et je voulais rapporter
son récit,
je voulais dire
qu'elle vivait à la Borie
d'un nom commun (qui veut dire plus ou moins corps de ferme ou domaine agricole, lieu de pierre ou étendue cultivable)
ils ont fait un nom propre
un lieu, une ville
Dire
(     )

Je voulais mais
je bute à la simple évocation de son retour
la présence physique
sa matérialité, lorsque Marie-Anaïs et moi l'écoutions,
au jardin des plantes, nous raconter
la Borie

Je voulais rapporter
en vers 
clairs et concis
l'expérience de celui qui n'a pas bougé
transmettre et dire
ce qui ne se dit
ni ne se transmet

Et je bute déjà
pour dire "elle, ici"
impression que je ne connus pas
au retour de Mehdi
qui passa pourtant un an
à Oman
comme si le but clair qu'il s'était fixé
et nous avait rapporté :
étudier les Omanais pour sa thèse
comme si d'avoir, a priori, circonscrit un objet théorique
rendait moins invraisemblable et son départ et moins encore son retour
je peux dire de Mehdi, qu'il est rentré
parce que Paris ou la France demeurent son chez lui
qu'il n'est parti qu'à concurrence d'une tâche à épuiser.

Valentine, partant (et le verbe partir souffre moins de problèmes que revenir ; par contre, celui de repartir, lui, bute sur la même chose) est-elle revenue vraiment ? 

Valentine, ici, par quel miracle de la langue, par quelle torsion verbale 
le dire
le dire dans quelque chose
qui voudrait dire
mais ne parvient à dire
demeure imprononcé

en lisière
comme
un mot
suspendu dans les lianes
accroché
à quelques branches des Cévennes
dans la cabane qu'elle habitat quelques jours
un mot dans la zone 
la poussière
entre les couvertures en laine
les matelas jetés au sol partout
un mot
qui ne passe pas la frontière
que la première autoroute
disloque entre les plaquettes de frein

"Revenue de loin"
et mal ajusté ce syntagme
à "elle, ici"
revenue de loin
qui
toujours fait signe
vers les expériences atroces
vers les femmes battues
ou les malades condamnés qui en réchappèrent
les soldats revenus de ce qu'ils ne pourront jamais décrire
revenue de loin
Valentine n'est pas revenue de loin
ou de plus loin
qu'être revenue de loin.

 

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Quand tu parlais de suicide.

Wendy me disait, il y a une dizaine d'années maintenant, que jamais je ne me suiciderai. Par cette assertion elle entendait que mon désir de suicide - j'en parlais souvent - ne reposait que sur une superficielle intention. A se yeux, sûrement, je ne souhaitais guère vraiment mourir mais être suicidé et, quelque part, jouir, vivant, de cet état là : suicidé. Comme s'il portait en lui le plus insigne des honneurs et qu'aucun autre statut vivant ne pouvait l'égaler. Ma détresse, réelle, et la maladie, déjà (inommée, alors, mais présente et contagieuse à moi-même), me rendaient inaudible la justesse de son argumentaire. Parler de suicide, alors, c'était se souhaiter des ressemblances avec d'illustres prédécesseurs (négligeant par là le grand nombre des anonymes qui périssent atrocement, sans faire d'éclats, dans les baignoires, les draps, les lits d'hopitaux, les fleuves et les coups de feu) ; ce n'était pas souhaiter mourir.


A mon désir, artificiel, de suicide elle opposait celui plus réel et convainquant de Jean-Baptiste (que nous appelions Jibé). Non, parce que son désespoir était le plus impressionnant ; presque à l'inverse ; parce que la vie lui paraissait indifférente, qu'il la négligeait, s'y promenait avec un certain bonheur et assez peu de réussite. Ce n'était pas, dans son cas, le malheur qui rendait crédible la possibilité du suicide mais ce détachement face à la vie - recelè-ce une douleur ? Wendy l'imaginait bien, un jour d'ennui, saisissant son coupe-papier pour ouvrir, comme tous les jours, son courrier ; voyant la boite aux lettres vide ; continuer son geste et l'adresser à son poignet pour que lui, Jibé s'achève dans un flot de sang indifférent. 

Jibé, aujourd'hui, n'est pas mort. Il écrit dans différentes revues. J'ai connaissance de son actualité parce que nous sommes amis sur facebook. Il aime la musique et en vit. 
Aujourd'hui, pour moi, la mort et le suicide ont changé de formes. Détaché de mes amours adolescentes pour les poètes maudits ; découvrant, avec l'emprise de la maladie et la dureté de la vie, le suicide dont me parlait Wendy et dont Jibé était le titulaire. Mon rapport au suicide a été, ces quelques dernières années, celui de Jibé. Au milieu d'insupportables crises d'angoisses, il m'arrivait de retrouver l'ancienne forme, le geste brûlant et désespéré et l'envie brutale d'en finir (mais pour une autre raison, parce que la douleur, non poétisée ni poétisable, me dominait tout entier ; parce que je souhaitais l'extinction et non le rattachement à je ne sais quelle ignoble généalogie nervalienne). La plupart du temps, quotidiennement ou presque ces dernières années, mes envies suicidaires reposaient sur ce détachement face à la vie. Un ennui généralisé face à la répétition, grotesque en apparence, de ce qui m'attendait pour toujours et que l'on ne pouvait moduler qu'à la marge. Que tous les jours comprennent une trop grande quantité de gestes incompressibles (dormir, se brosser les dents, manger, parler, se réveiller etc)

Wendy avait raison, sauf peut-être, dans l'éternité proclamée de son jamais. Celui que j'étais, s'il s'était maintenu dans son obscure fièvre, alors peut-être, oui, jamais n'en serai-je mort. Mais j'ai changé. Et j'ai changé encore, aujourd'hui, dans l'amour toujours renouvelé pour Marie-Anaïs qui me préserve de cette mort ennuyée. 

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28 juillet 2019

La nuit et l'hiver.

Courbé·e plus que jamais courbé·e et la nuit batifole avec d'autres ; courbaturé·e cette chair incivile. Ma matière et mon bras traînant, impuissants à étendre le froid. Je m'évapore, je crois que je m'évapore. Débordé·e par frères et sœurs de chaque côté ; débordé·e, exclu·e. Moi qui me croyais lea plus fort·e. Ah nostalgie. J'aimerais dire à la nuit qui m'abandonne déjà, la nuit, sale nuit qui me délaisse, j'aimerais dire, souviens-toi des grands gels du passé, souviens-toi des pôles que l'on givre. Et je suis courbé·e et pour d'autres tu me trahis. Pour Été qui pourtant s'abîme dans le jour. Pour la mer, même, et les abysses ; obscurité dans laquelle tu crois te retrouver toi-même.

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27 juillet 2019

Tout parait

J'avais les cheveux sales pourtant je m'étendais à perte de vue. 
J'étais blond et multiple et la sueur coulait d'un de mes fronts et les abeilles butinaient mes mille autres apparences. J'étais divers et le soleil me donnait des soeurs ; tournesol parmi les tournesols ; j'éclatais en ma multitude formelle ; là, inclinée, flore dyslexique, toujours à rebours de soleil ; dépérissant. Ici, martial, résolu à vaincre pucerons et pluies acides. Tournesol au milieu des tournesols ; bourdonnement des ailes et du vent ; et les lointains aboiements des chiens de garde. 
Et si je faisais un geste ample, au-dessus de ma tête, un geste du bras droit, tendu, partant de la gauche et remontant, comme une crête, au dessus de ma tête ; alors je suis tournesol incliné et martial ; tournesol rompu, triste et heureux. 
Si j'agite mon bras alors, tout à fait, je descends du soleil, et tout parait à nouveau possible.

 

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26 juillet 2019

Tournesol parmi les tournesols je suis.

je crois que je suis assez ému de voir que malgré mon inactivité criante quelques lecteurs fidèles demeurent. Je me remets à écrire. La vie nest pas toujours facile et plus souvent qu’on ne croit risque de nous échapper. J’en reprends enfin  le cours. Tortueux, forcément, mais vers l'avant. Une photo de la vie retrouvée. Photo de famille : tournesol parmi les tournesols

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19 juillet 2019

Vie revenue.

Paris possédait une rivière. Elle s'appelait la Bièvre, trouvait sa source dans les Yvelines, à Guyancourt et s'achevait - devenait- dans la Seine. La Bièvre traversait les XIIe et Ve arrondissements de Paris et, de cours d'eau où pouvaient s'ébaudir jeunes enfants ; où lessiveuses s'acharnaient à leur tâche ; de la joie qu'on imagine aux rivières ; la Bièvre vite devint insalubre. On y jetait excréments et pourritures ; les arrêtés municipaux n'y changeaient rien ; les rigueurs de la loi, impuissantes à changer un millénaire d'habitude, ne purifièrent pas la Bièvre. L'eau stagnait et pourissait ; on connaissait de plus sains marécages. La Bièvre puait des Gobelins à la rue du Carnidal-Lemoine. Plus personne ne passait que le nez bouché ; et qui, dans ces parages là, vivait à rez de chaussée vivait à fleur d'ordures. Eau épaisse comme une boue, immobile surface empoisonnée. Plutôt que changer le comportement humain on l'ensevelit. On couvrit de béton - l'entreprise dura 70 ans - la Bièvre. Sous certains pavés, pas la plage peut-être, mais la Bièvre c'est sûr.

Moi semblable à l'eau immobile puante de la Bièvre
Où la vie trop inquiète avait fui.
Charogne, soi-même, portant sa charogne future
Recouvert des apparences de la mort
La figure très pâle 
Soi revenu du voisinage des angoisses
Tordu, le visage, comme de s'être aperçu lui-même
Du fond du néant
Où ayant vu le néant dans la glace
L'ayant pris, le néant, pour sa propre figure
Visage
Mon visage, ce moi-même, ce je de traits
D'angles, de pomettes
Ce visage-néant
Exposant aux autres
L'angoisse ni furieuse ni violente
L'angoisse toute pure de la mort
A venir
De ce venir certain
Qui vous la fait retentir dans chaque chose

Moi, semblable à la Bièvre 
Qu'aucune pluie jamais ne régénère 
Moi, la vie me reprend
Je ne sais quel travail de la surface plane Ni
l'activité sous-terraine 
D'où nait ce jaillissement
La vie revient dans ce visage
Craquelé par l'angoisse
Fissuré par tant de cette douleur 
Qui ne savait passer
Tant de fissures comme 
pierre fendue par l'hiver
Vie revenue filet étroit 
luttant toujours
étroit filet craignant
sécheresse aride

Je retrouve à mes doigts des gestes heureux. Incertain et maladroit usage du bonheur. Débordement, de celui-ci, qui lui fait prendre chaque journée de soleil pour un signe de destin. L'été contoure mon visage, mes bras, dans le V des chemises, là où la peau s'expose entre les poils, une grande marque d'été.

. Le soleil, omniprésent, suivi, traqué par moi. Soleil, suivi, flairé, le soleil, partout, comme une chienne reniflant la boue pour retrouver les petits égarés. Soleil. Débordement, moi, de la vie retrouvée. Journées, où, les livres déplient enfin leurs pages ; où les mots inconnus provoquent des angoisses, mais, tournant la tête du côté des baies transparentes, retrouvant le soleil chéri ; montrant les dents, le soleil ou bien moi. Trouvant, cette lumière fraiche et fatidique, du soleil, l'angoisse s'exténue ; le mot regagne les régions rassurantes du sens et des définitions. 



Tard, j'attends, dehors sur toutes les places
Cette mort subite du soleil
Ce mélange dans le ciel
Des gaz d'échappements de la ville
Les fumées, invisibles, des réacteurs nucléaires
De Nogent sur Marne
Des morceaux de soleil, d'uranium.



 

 

 

 

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10 mai 2019

Turpitude.

Je découvre, non sans délectation, la douceur de la turpitude. Longtemps je suis demeuré très ennuyé face à la culpabilité. Ne la rencontrant que sous son autre forme ; dans l'étrange détour du reproche et, de son effet, la honte. Connaissant l'ombre et la détestant je ne m'imaginai pas me sentir si joyeux au moment de rencontrer la chose. C'est avec un plaisir immense que je me repais de culpabilité. Cette pointe douloureuse qui, à la façon d'un regret, traîne. Ceci, peut-être, très semblable à la Passion. Semblabe, à ces coups qu'infligeaient à leurs corps éminemment coupables tous les mystiques. Ceux issus de Christ mais les autres aussi. Les martyrs (symboliques) chiites revivant dans leur matière vivante la douleur d'Hussein assassiné.


Et ceci, culpabilité nouvelle, pour choses passées ou, pour la mesure ordinaire de la morale, choses sans valeur. Mais délice, toutefois, pour ce trois fois rien qui en moi cependant engendre beaux cris.

Ainsi voilà ma joie ce jour.

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26 octobre 2018

Tu te caches dans les nuées et ma main jamais ne surpasse la distance.

Tu te caches dans les nuées et ma main jamais ne surpasse la distance.


Dieu s’engendra en moi de par la croyance toute naturelle de ma mère. Il y avait Dieu qui coexistait d’avec toutes les choses du quotidien. Il se plaçait là, objectivement, au milieu de mon existence matérielle.
La croyance de ma mère est la plus simple de toutes les croyances. La religion y sert de prétexte, donne une forme concrète au simple de sa foi.
Elle prie régulièrement tel que le lui enjoint la religion qu’elle s’est choisie ou, du moins, la religion dont elle ne s’est démise. Celle qui s’engendra en elle-même comme en moi-même. Simplement. Dieu que nous héritons depuis mille générations.
Par maman j’ai cru en Dieu et ce pour la majeure partie de mon existence. Un Dieu progressivement échappé de tout dogme. Présence et chaleur ce Dieu là.
Enfant ma croyance s’exprimait en la même forme que maman. La nuit j’apprenais la profession de foi, la chahada qui suffit à devenir musulman. Incantation magique dont j’ignorais le sens tandis que j’en modulais le son. De la chahada je me souviens encore tandis que les autres, celles apprises plus tard, celles au final plus religieuses je les ai oubliées, je les ai oubliées jusqu’à leur nom. La chahada c’était dieu, simplement, que maman m’apprenait avant le coucher et que je redisais dans le lit superposé.Sur le point de transcrire phonétiquement la chahada je perçois l'ineptie de la démarche et me contente de chuchoter la prière à cet endroit du texte. La chuchoter pour moi-même avec un accent impropre avec des illisibilités.
La prière, cette prière, parce que je n’en comprenais pas le sens (la traduction on me l’a donnée mais je crois qu’elle ne m’intéressait pas) m’impressionnait et comme alors je trouvais pathétique tous les « notre père » ces pauvres mots qu'on pouvait trouver à l'identique partout. La chahada c’était la magie, c’était Dieu, c’était toute une Eglise.

Récitant la prière je retrouve un peu de ma foi d’enfant, le merveilleux qu’il y a à croire si simplement. Je souris.

Petit, à mon adoration de Dieu se mêlait un goût pour le diable ou plutôt pour le danger que représentait le diable. La menace permanente qu'il faisait subir à Dieu. Et lorsque je priais ce dernier avant de m’endormir au diable je rendais un hommage bruyant au diable. Plus vociférant que la prière.

Dans la nuit ce murmure « j’adore le diable » murmure involontaire murmure malgré moi voix qui me prenait moi murmure né en moi sans moi murmure qui prenait l’apparence de moi pour menacer Dieu en moi.
Diable qui était l’impossibilité de Dieu. Et la crainte que faisait naître en moi ce murmure ! La peur non pas des châtiments la peur de la mort de Dieu à cause de ce qu’il fallait choisir Dieu ou le Diable et que la voix du dedans choisissait. Choisissait pour ma plus grande horreur ce que je ne voulais pas choisir mais que je choisissais. Et j’étais effrayé moi de combien l’imploration diabolique dépassait en volume la prière. Comme elle était grande ma peur alors et ma peur interdisait à la nuit de devenir le sommeil. Et comme il fallait un grand effort pour pousser jusqu’au gigantesque l’amour de Dieu. Le sommeil c’était Dieu retrouvé. Et la bagarre toutes les nuits recommençait. 
Le diable, à 7 ans, j’en suis sûr me parlait. La nuit, il venait et me parlait, et je me cachais sous la couette en imitant le sommeil. Comme je m’en souviens. Il suscitait la même crainte en moi-même que celle mieux connue des cambrioleurs. Je le devinais non pas au grincement du parquet non pas au bruit métallique comme une porte qu’on force. Non, lui se devinait à cause de ce que les paupières closes je le voyais encore. Et j’avais peur et jamais alors je ne me soutins du secours de la prière. Et quelle prière eut-ce été alors ? La sienne ?


Puis je suis devenu vieux et mon ciel s’est dépeuplé et l’enfer s’est vidé. Je suis devenu pauvre pour de vrai dans ce matérialisme involontaire. Qui est comme l’objuration d’antan ; celle de malgré moi. Je pense souvent avec regret à ma foi toute facile. Il arrive qu’elle me revienne en pleine journée. Comme un éblouissement mais la lumière retrouve sa rigueur d’habitude et moi l’objectivisme.

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22 septembre 2018

Le suaire et toute lo'bscurité.

Vu le Père aujourd'hui. Sensation périssable. Quelques heures plus tard ne m'en reste que les accouphènes et quelques mots imprimés bouches, yeux, paysans, détresse ainsi que le halo périphérique de ces mots. 
Ma vie s'effrite. Le spectacle n'est désagréable ni à vivre ni à voir. La ruine a ceci de fascinant qu'elle laisse accroire une magnificience morte. Ainsi, ruiné, tout s'imagine. 
Probablement ne serai-je jamais tout à fait guéri. Aucune blessure d'où la douleur s'échappe. Une moue générale, une indifférence. A beaucoup trop j'ai renoncé et tout autant, un peu plus peut-être, j'ai refusé.
L'abîme se creuse. Pas une tombe. 
Je lis tout ce que je trouve autour de l'événement. Très méticuleusement, d'un travail d'archéologue patient, je tire de terre tous les fragments de temps constituant l'événement. Recomposant le squelette (est-ce moi cet acharnement d'os?) avec une minutie que je m'ignorai. 
Il faut vivre et revivre ces instants et ainsi les transmuter eux lourds d'horreur les faire d'une autre mesure ou d'un écho nouveau.

///

Je ne m'en sortirai pas c'est toujours le même regard hagard dont je suis prisonnier. Je revois toutes les images lentes ou prestes se composer devant. En ordre ou en désordre. Dans un sens ou dans l'absurde. C'est moi, lorsque je me lève au milieu de la nuit sans mes lentilles et que je cherche mon visage dans le miroir. Je palpe le miroir comme une matière de méplats. 

///

Il n'y a personne. Dans le vide je m'exprime. J'écoute toujours la même musique qui me rassure beaucoup. C'est un chant familier, une origine, une terre natale. Cette chanson me protège forme comme un sas entre la douleur et moi. 

///


C'est trop tard. Il aurait fallu prendre le furoncle à la naissance ; ne pas le laisser dégénérer jusqu'à cette forme totalitaire. Désormais je suis sous l'emprise d'un événement face auquel je suis impuissant. Aboulique. Je ne guette pas la mort en vérité je ne guette rien. De temps en temps je jette des mots, des au secours déguisés en rendez-vous. C'est le silence, ce n'est rien. Ces jets là débordent de vie et dans ce mouvement là des doigts parcourant la surface plane du téléphone il y a tout mon désir, toute ma volonté.

///

J'essaie de m'éclipser de ne plus me rendre visible. A rien ni personne. M'échapper dans le feulement du sombre. Me cacher, qu'on ne me sorte pas de cette retraite, cette lumière vaincue, ce moi dépéri. J'aimerais que l'on perde le souvenir de moi et ainsi, moi, à ma douleur mourir. Mais le soleil s'obstine à travers le rideau tendu. Alors j'existe. 

///

Comment fait-on pour se démettre du monde ? Démissionner pour une promenade de quelques années dans un grand coin de silence et de noir. Une extrêmité à soi. Ce bout du monde ? 
Mais il y a toujours des gens. Je me souviens de ces voyages en rase-campagne où malgré toutes nos précautions des humains surgissaient. Ravis, eux, autant qu'ils me déplurent. Ca grouille. Et les espèces animales, les herbivores, les carnivores, les insectes à huit pattes, les faons et les coléoptères tous, vivants, plein d'un liquide rouge, jaune, vert. Tous et qui me voient, me sentent, me craignent, me désirent, me parasitent.

///

Il n'y a aucune solitude.
Je ne guéris pas.
J'envoie mes mots au hasard 
qu'un bruit sourd renvoie
Ce sont des paroles ineptes
Des propositions pour rien en vérité
Rien n'est possible
Il faut prier l'ombre
Le fin fond des Eglises
Espérer sur soi le suaire
Et toute l'obscurité

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21 septembre 2018

Egalemejt.

L'événement que je garde, le nommant génériquement, dans le trouble ne fut pas en réalité un cas isolé. Il m'arrivait mais beaucoup plus jeune. Tout à fait inconsistant en ce temps là. L'événement n'est qu'une redite. 
De le conserver sous ce vocable vague le rend tout à la fois plus impressionnant et moins menaçant.
Il est commun, banal, de vivre avec des blessures de proportion et de profondeur variables. C'est à ceci que l'adulte se reconnait lui-même un adulte. Qu'autrement, tous sauf quelques curieuses exceptions, demeurons enfants ou adolescents tout le long de notre existence. Ne serait-ce ces marques là. Dicibles ou non. Partagées ou non.
Ma tendance la plus naturelle me mène à la dissimulation, au secret et qui sont d'autres métamorphoses du mensonge. Ou, à l'envers, le secret et la dissimulation pentes du mensonge. 
Ce qui me surprend dans mes nuits avec une régularité risible. Ce qui me surprend dans mes nuits avec cette risible régularité mais sous des tas de formes qui ne voilent pas la nature de ce qui surprend.
Et moi, dans la nuit, je fais face au retentissement de mon cri à moi. Du cri qui n'a pas su être poussé lorsque le devoir de la gorge c'était de pousser le cri plus fermement. Dans la nuit où la présence avec une régularité de bourreau me survient j'amorce le cri qui aurait du retentir il y a des siècles et des siècles.

Tandis que je demeure, le soir, à veiller solitaire une grande fatigue m'entretient. Je consulte du bout des doigts les livres posés sur mon bureau ou la table blanche de mon salon. Je feuillette puis m'impatiente. J'oublie régulièrement de boire le thé qui infuse encore dans la théïère. Je m'abîme dans le jour dont je ne vois pas vraiment le jour. Il y a longtemps que je n'ai pas bu d'alcool ni fait la fête. Des serres des serres me lacèrent les chairs à chaque mouvement. A chaque mouvement je vois le thé infusant dans la théière et que je n'ai pas bu et ce liquide très froid et pas parfumé que personne ne boira si moi je ne le bois pas.

Si l'on me demandait l'heure il serait toujours très tard. Je pusillanime dans la nuit. M'aventurant peu loin. Ressassant les drames. L'événement n'étant, et c'est pourquoi on ne le distingue pas d'une majuscule, qu'un événement parmi les autres. Par ceci j'entends événement d'intensité douloureuse plutôt égale.

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