boudi's blog

Un peu d'ordre dans le bordel.

Le post le plus récent se trouve en dessous de ce post-sommaire. 

 

Un jour moi aussi

je serai grand 

j'aurai un 

wordpress

en attendant je garde cette forme antique et la présentation
écrite en 2006 pour me souvenir que je fus, j'étais

 

Projet débuté le 25 Avril : Un roman Twitter, je compose, à partir des # les plus populaires un roman contemporain au jour le jour :

Les vers : 

Recueil en Cours : Le Cheyne et le Roseau

Tentation du néant - vers libres (2018-20xy)

Expérimentations formelles - écriture performative (2017-2020)

Libre interprétation de l'objectivisme américain et propos acides contre le lyrisme et la poésie française (2017-2020 :'( :'( )

Epoque tragiquement lyrique, où je croyais qu'écrire c'était dire je de la plus intense des façons et que pour ce je tout devait être absolu, de la cuvette des chiottes au sourire discret d'une amante. J'ai alors exploré bien des cuvettes de chiottes. Peut-être j'en suis revenu avec l'absolu. Avec la folie c'est sûr :

2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 

  

Des proses : 

Histoires brèves : 

Roman : psychiatrie (2020 - en cours)

chapitre 1chapitre 2chapitre 3chapitre 4chapitre 5chapitre 6, chapitre 7, 

roman 2010 (inachevé)

roman 2009 (inachevé)

Jadis, temps d'antan écriture 2006-2011

Les vieilles choses 

 

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04 mai 2021

Twitter 1-3 mai 2021

Week-end 1-3 mai 

2. 

 

Lana est rassurée, les copines vont bien, en voyant les images de la #manif et la surexcitation de Max devant les gauchos qui tapent sur les #gauchos elle a craint que les trois filles, surtout Chiara qui est tête brulée, ne finissent avec un oeil en moins. 

Sylvie, la mère de Lana, demande à Max de mettre la table il dit lana, tu mets la table

Lana, avant de s’énerver, se souvient du message d’Ophélie il y a quelques jours il fait pas une dépression max ? une sorte de culpabilité sistoriale, une vague nostalgie enfantine remonte, et elle obéït. Max, ne s’y attendait pas. Il hésite entre la remercier et lui adresser un sourire goguenard. Il opte pour le sourire goguenard, merci la féministe.

Lana, soupire, lasse, elle féministe ? quand elle compara à Chiara ou même à Lou…non vraiment pas. Seulement elle relève

c’est pas une insulte féministe hein

Marc, Le père de Max pas de politique à table

Max : papa t’as vu le tweet de #JeanMessiah ? Enorme, il montre le tweet sur son tel

Marc, amusé, voyant Lana qui le fusille du regard : Pas de politique Max

Leur complicité évidente n’a échappé à aucune des deux femmes. 

Le repas finit, Lana demande à son père de débarrasser la table ce qui le désarçonne et, mécaniquement, comme guidé par son étonnement, le fait. Ca amuse tout le monde. Sylvie le remercie et, Marc se trouve d’une grande générosité d’avoir ainsi aidé son épouse. 

 

Dimanche :

 

OUI #SAKEN Lana entend ces cris provenir de la chambre de Max depuis une heure. Il sort dans le couloir son t-shirt #KCORP. Lana sort pour lui demander de se taire…tu pourrais au moins mettre un pantalon. Il crie #SAKEEEEEEEN le #midlaner en claquant la porte de sa chambre. Lana va voir sa mère, vous pouvez pas faire quelque chose ? Son père répond on te laisse faire quand t’écoutes tes…coréens… Lana mais il me laisse pas faire du tout il cogne contre les murs…Il la reprend Oh Lana, t’es vraiment pénible, il a raison ton frère. Lana maman ? Un geste de la main, de la mère, un geste, ce geste que Lana mémorise pour ne jamais le reproduire, avec personne. Ce geste de renoncement, de résignation, ce geste de soumission. Lana retourne dans sa chambre, claque la porte. Son père crie Lana. 

 

(on ne peut pas mettre d’émojis sur le forum il y en aurait dans la conv)

 

Elle écrit à Rayan

Lana : J’en peux plus de Max

Rayan : Il veux pas t’écoute #BTS ?

Lana : Il crie « midlaner » depuis une heure
Rayan : Dinguerie !

Lana : Ouais…

Rayan : Toi aussi tu mate #LOL ?

Lana : ???

Rayan : les #EUM ?

Lana : et vous soulez. 

Rayan : ???

Lana : Fatigue.

 

Rayan regrette d'avoir été aussi con, écrit-il à Anissa, sans bien saisir pourquoi il lui écrit à elle. Cette-fois, contrairement à l'autre, en classe, elle ne se vexe pas. A quoi ça tient ? Elle se sent complice de cette intrigue amoureuse et ça lui va bien. 

 

Lana entend son frère à côté, qui semble parler à des gens sur #discord. Elle l’entend #300k, elle entend #OTP, il parle fort, il prend un malin plaisir, elle le sent, à parler bien plus fort que nécessaire, à prendre le plus de place possible, cette place qui, dans le monde, ne cesse de rétrécir pour lui.

Max, s’il te plaît, t’es ridicule. Il ne l’entend pas. Il a son casque sur les oreilles, son t-shirt sur le dos, sa chambre est sombre et sale. Il a installé de travers des LED violettes. L’ordinateur fait beaucoup de bruit, l’unité centrale transparente projette sur le plafond une rosace de couleur. Elle regarde le spectacle, elle ne sait pas combien de temps. Elle détaille cette chambre qui n’a pas changé depuis tant d’années. Comme son frère. Les mêmes choses, les mêmes objets un peu plus obsolètes, comme son frère.
Elle se souvient de sa chaise #DxRacer neuve, il y a deux ans. Elle l’a aidé à le porter depuis le relais colis, ça pèse 30 kilos cette merde ! Elle le revoit monter l’objet et son air accompli quand il s’est assis depuis la première fois, comme l’aboutissement de quelque chose. La chaise, aujourd’hui, grince et le cuir synthétique, au dos, montre des signes d’usure.

 

Elle écrit à Ophélie pourquoi t’as dit qu’il était dépressif Max ? 

Ophélie n’a pas dormi depuis deux nuits. 

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Twitter 1er mai - 3 mai 2021

Week-End
1er-3 mai
(Première partie)




Les cinq filles ont toutes dormi dans la chambre d’Ophélie, à cause du #couvre-feu qui empêche la circulation entre 19h et 6h mais aussi parce qu’elles aiment la chaleur tendre de cette promiscuité. Le matin, à 9h le réveil de Chiara sonne
Chiara : #Manif !
(silence)
Chiara entonne l’Internationale : C’est la lut-te fin-ale
Lana émerge, difficilement

Lana : Putain !
Chiara : Tu préférerais que je chante #BTS ?
Lana : J’ai trop mal dormi à cause d’Ophélie
Lana à Ophélie : T’avais tes règles ?
Chiara à Ophélie : Tu t’es levée cent sept fois pour aller aux chiottes

Anissa dans un bâillement : J’ai rien entendu moi
Lana, toujours dans le lit, : Ouais toi un teh tu dors tout le week-end. 
Ophélie : Euh…
Lana, toujours au lit, filme les filles
Ophélie : arrête !
Lana : C’est pour Insta
Chiara : T’as fait mille stories toute la soirée…
Lana, toujours sur son téléphone : Oh #1stTasteOfButter
Ophélie : Je suis trop moche sans maquillage !!
Chiara à Lana : Ca veut dire quoi même ?
Lana : Les retours sur l’album !!!
Anissa à Lou : Tellement relou
Lou n’ose pas répondre, elle baisse la tête puis à Chiara : Tu vas à la manif du #1er mai ?
Chiara : GRAVE
Lana chantonne : Like an echo in the forest 하루가 돌아오겠지 아무 일도 없단 듯이
Anissa à Lana : Même tu racontes quoi dès le matin
Chiara à très haute voix : qui vient à la #Manif ? 

Anissa : archi-mort
Lana : la même
Ophélie : Je suis fatiguée
Lana regarde Ophélie avec un air d’une compassion exagérée
Ophélie : Mais arrête !! J’ai pas mes règles
Chiara : Y a rien de honteux
Ophélie : Mais !!
Chiara à Lana : Par contre t’avais dit que tu venais hein
Anissa à Lou : T’es sûre tu veux y aller ?
Lou : Oui
Anissa : Te force pas hein
Lou : Non j’ai envie
puis d’une petite voix à Anissa
Lou : T’es sûre que tu veux pas venir ?
Anissa : Bon, bon
Chiara : Allez ! 
se remet à chanter 
Anissa : Tu casses la tête. Vas-y ok, je viens.
(pause)
Anissa : Je sais pas si je resterai par contre
Lana, sur son téléphone depuis un moment, ne dis rien
Chiara regarde discrètement : Oh, y a Rayan qui a réagi à la story !
Lana : Vas-y arrête
Anissa : Il est vif. 



Chiara participe aussi souvent qu’elle le peut aux #manifs depuis deux ans environ. Elle se méfie comme de la peste des #syndicats, surtout ceux étudiants, elle les trouve bruyants, très masculins et surtout très idiots. Son grand-père, un ancien cheminot, adhérent de toujours au #PCF assommait la famille de discours sur la lutte des classes et l’énième congrès du parti
De ce discours Chiara ne percevait qu’un vague brouhaha où les mots abscons et clairs flottaient les uns à côtés des autres, elle entendait capitalistes, valeurs d’usage, dictature du prolétariat, Mitterrand…

Les discours de papy, comme le communisme façon #PCF, s’enlisaient, n’engendraient rien, sentaient le camphre et le passé gênant.
Les « hommes de la famille » (c’est à dire le père et le grand-frère de Chiara), comme Papy les appelait, accueillaient avec une froideur polie les longues plaintes mélancoliques de Papy. 
Lycéen, le grand frère de Chiara lycée défendait de molles idées de gauche et, désormais, achevant son Master 2 de Finance, défendait mollement l’écologie en lui ajoutant, aussitôt, l’épithète qui l’annulait non punitive.

L'Internationale, Sera le genre humain 
chantait souvent papy et ce chant d’amour pour le genre humain n’atteignait jamais Chiara et, pour cause, comme elle s’en rendit compte plus tard : il ne la concernait pas, le communisme de papa excluait ou, du moins, reléguait les femmes.
Papy ne se privait ni de blagues grivoises au grand désespoir de Manin, sa fille et la mère de Chiara, ni de blagues plus franchement sexistes. Vraiment un truc de bonnes femmes soupirait-il lorsque sa fille ou sa femme le contredisait. 


Il a fallu que Chiara se retrouve par hasard, le 23 novembre 2019, à la marche #Noustoutes pour s’emparer de la politique.
Elle passait #PlaceDeLaRépublique parce qu’elle devait déposer chez un réparateur l’ordinateur portable de son père et c’est alors qu’elle vit l’immense cortège, essentiellement féminin, criant et chantant et, sans s’en rendre compte vraiment, comme par un appel venu d’une profondeur muette ou, plus certainement, d’une frustration longtemps tue, les rejoignit. Elle fondait, en quelque sorte, sa colère dans cette colère géante, répétée 49 000 fois, de République jusqu’à #Nation, à Saint-Etienne, Nantes ou Bordeaux.
L’élan passé elle prit peur au milieu de cette foule, cernée par des #CRS en armes, au regard de haine, une haine qui s’hérite et se transmet de générations en générations de #CRS, le matériel s’adapte, la haine, elle, jamais démodée, toujours intacte, se transmet telle quelle.
 
Un groupe de filles, à chapeau pointu, la voyant paniquée, s’approchèrent d’elle pour la rassurer. Dans son désarroi cette situation parut si irréelle à Chiara qu’elle crut - la panique peut métamorphoser la réalité jusqu’à l’absurde en tentant de lui restituer sa cohérence - se trouver un 31 octobre au milieu des bouteilles de bière décorées en citrouilles, des sorcières et des zombies.
Anna, 23 ans, voyant Chiara encore plus paniquée, lui dit en riant 
T’inquiètes ! On est pas des vraies sorcières 
Ce qui mécontenta beaucoup une autre sorcière qui, elle, pour sûr, affirmait-elle, était une vraie sorcière. 

Chiara eut beaucoup de mal à défaire l’écheveau complexe et contradictoire de ces sorcières. Elle ne saisissait pas bien, à les entendre discuter, s’il s’agissait pour ces femmes là de se trouver une lointaine généalogie de martyres ou se croire, réellement, dotées de pouvoirs surnaturels capable de tordre le monde. Chiara croit que la révolution peut tordre le monde.

Arrivée à la fin de la manif’, avant la charge des #CRS, elle prit le numéro d’Anna qui depuis l’oriente dans son parcours militant et intellectuel. 
Elle lui conseilla quelques lectures et notamment le Sorcières: La puissance invaincue des femmes de Mona Chollet qui, après la manif, fut son deuxième choc militant. Elle lui conseilla aussi différents sites et différents comptes twitter à suivre notamment celui de Valerie Rey-Robert @valerieCG et son livre, qui lui fendit le coeur, une culture du viol à la française à cause de l’écho qu’il y trouva avec sa propre vie. Ces livres, les discussions avec Anna et d’autres femmes qu’elle croisant durant ces deux années, lui permirent de réécrire sa jeune vie. Anna lui expliquait que le féminisme était autant appropriation de son histoire que de l’Histoire. Qu’il s’agissait bien davantage de « s’écrire » que de se « réécrire ». Son dégoût envers les hommes augmenta sans cesse et celui-ci se justifia, souvent. Le malaise qu’elle ressentit devant Melvin lorsqu’il les aborda, Ophélie et elle, se trouva validé rapidement, lorsqu’il lui proposa le shoot sexy. Elle ignorait cependant que Melvin continuait à parler à Ophélie malgré sa mise en garde. Chiara, s’était montrée trop brutale, incapable d’adapter son discours à la situation concrète, à la personnalité réelle d’Ophélie. Ophélie, alors, lui cache sa relation et se trouve, esseulée, abandonnée aux griffes de ce garçon.  

Anna est d’extrême gauche, trotskiste (papi déteste les trotskistes autant que les #CRS) et aujourd’hui, pour le #1ermai, Chiara doit la rejoindre avec Lou et Anissa. Lou, sans en avoir parlé avec quiconque de son entourage, a suivi une trajectoire parallèle, quoi qu’exclusivement numérique, à celle de Chiara. Elle n’eût pas, avant aujourd’hui, le courage de se rendre en #manif mais elle lisait avec avidité tout ce qui lui tombait dans les mains au sujet du féminisme y compris les livres théoriques. Si pour Chiara le premier choc fut celui de la #manif #NousToutes, pour Lou ce fut la rencontre avec Le Deuxième Sexe de Beauvoir. Là où Chiara connut la colère Lou connut l’abattement. Ce livre, au lieu de lui donner de l’entrain, l’écrasait complètement, il la mit face à la nécessité d’une action dont elle se sentait absolument incapable. Au-delà de sa condition de femme, c’est sa condition de Lou, discrète, peureuse, timide qui se réveillait là dans toute sa honte. Elle sentit deux fois palpable sa condition subalterne, portion congrue comme l’écrivait Beauvoir et, à cause de sa timidité, portion congrue de la portion congrue, soit moins que rien. 

Pour se sauver de ce naufrage, elle eut recours, de façon plus frénétique encore à l’écriture là où lui était permis assez de puissance pour vivre. 

Anissa, elle, traînait des pieds pendant la manif, elle ne s’intéresse pas vraiment à la politique, elle fuit tous les discours qui y ont trait et s’énerve quand Chiara parle du voile, défend le voile sans qu’elle ne sache précisément ce qui l’énerve là-dedans. La mère d’Anissa porte le voile et Anissa déteste les racistes comme #JeanMessiah qui la considèrent comme inférieure pour ce motif…seulement quand Chiara défend sa mère, ça la hérisse encore plus que quand #JeanMessiah parle.

Lou avait déjà vu sur Twitter ces cohortes de CRS, armés, bouclier à la main, elle ne s’imaginait pas un tel écart en les affrontant en vrai. Menace concrète qui paraît bien plus parée à l’assaut qu’à la protection.
Anissa veut aller en tête de cortège, Chiara l’arrête c’est pas du tourisme hein Anissa, vexée, boude, Lou demande devant y a les #blackblocs ? Chiara oui, et ça craint, ça se tape de fou, j'ai pas envie de me faire fracasser le crâne. Chiara écrit un message à Anna, je suis avec des copines, c’est leur première manif, on peut vous rejoindre quand ça arrive à #Nation ? 

Les filles entendent des cris, des heurts, des jets de projectile en tous sens et le cri #collabos sort de la foule. Le nuage jaunâtre des gazeuses s’élève Chiara dit putain les SS chargent. D’autres manifestants, qui fuient le conflit, l’entendent et lui disent non c’est le #SO de la #CGT et les #blackblocs qui se tapent dessus. 
Les trois filles n’y comprennent rien. Chiara dit mais non ça doit être les fachos…Le type très sûr de lui, non, non les #blackblocs ils ont tabassé la #CGTRATP et même les sans-papiers. Un type, retraité, sticker de la #CGT sur le blouson Quelle honte. 


2.

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29 avril 2021

Twitter 29 avril 2021

Twitter 29 avril
15h44

Anissa s’ennuie follement en classe, le sort a voulu que de toutes ses amies les plus proches elle soit la seule à se retrouver dans le groupe B. Elle envoie aux filles des messages toute la matinée en les suppliant de la retrouver devant le lycée à midi. Elle écrit surtout à Lana qui est un peu la cheffe, elle structure le groupe, organise les activités communes. Les jours où Lana est malade tout le groupe se grippe et personne, même pas Ophélie, ne parvient à diriger et maintenir l’ensemble. Les filles restent seules ou, au mieux, vont par deux. A 10h30 Anissa reçoit un Snap de Chiara avec un filtre qui la fait apparaître au côté du chanteur #btob. Avant qu’elle n’aie le temps de lui répondre le prof de philo, M. Feumer, aperçoit Anissa sur son téléphone, il soupire, prononce un peu fort son prénom Anissa…elle s’excuse, désolé Monsieur il répond je sais que ce n’est facile pour personne en ce moment, je te demande juste de tenir un peu…pour nous non plus c’est pas simple regarde ce ce #Blanquer…il montre les fenêtres #Blanquerdelair ! On attend toujours les purificateurs ! La classe rit de voir ce professeur, si souvent caustique, se plaindre aussi ouvertement du ministre. Les élèves partagent, vaguement, cette détestation envers Blanquer, il est pour elles et eux, moins un ministre qui parle sur #europe1 qu’un meme Twitter qui joue à la corde à sauter avec des enfants de 5 ans ou rate des divisions sur #BFM.

Anissa range son téléphone avec mauvaise humeur. 

M. Feumer est un prof plutôt apprécié, le #confinement et, surtout, les cours en demi-groupe ont contribué à améliorer encore son image. 
Avec vous monsieur on apprend des vrais trucs avait dit Rayan. M. Feumer l’avait remercié et il avait ajouté, narquois et complice, ce serait bien que tu me le montres dans tes copies Rayan. Un oh le bâtard rieur et bon enfant s’était élevé de la classe puis le cours avait repris, plutôt calmement. 

Anissa n’aime pas trop l’école, elle s’est toujours sentie un peu une intruse dans le système scolaire. Elle n’a suivi le cursus général qu’à cause de l’insistance désespérée de sa mère qui craignait de la voir finir, comme elle, femme de ménage. Anissa s’est battue pour satisfaire sa mère, elle a choisi les mêmes spécialités que ses copines, humanités littérature et philosophie pour ne pas finir encore plus perdue. Elle stresse pour le bac dont elle ne comprend pas les modalités pour cette année, le discours politique change, toujours, comme le #déconfinement dont on ne comprend s’il sera le #19mai en #juin ou #jamais. 
Anissa attend la fin du cours, la fin de la journée, la fin de la semaine, la fin de l’année scolaire. Elle espère rejoindre les copines bientôt, parler de l’album de #Damso avec Lou qui est fan et  d’avance s’amuse autant qu’elle s’agace de la réaction de Lana qui lui sortira les nominations au #BBMAS et la place qu’y occupe #BTS cette année :


-Top Social Artist
-Top Duo Group
-Top Selling Artist
-Top Selling Song

Elle ajoutera il est où Damso ? et #BTSPAVEDTHEWAY

Anissa ne tient pas en place et sort, dix minutes après la remarque du prof, son téléphone, sur lequel elle ouvre #wattpad. Elle lit beaucoup sur #wattpad, elle y écrit encore plus. 
C’est le point commun qu’elle partage avec la discrète Lou. Lou, en seconde, alors qu’elles ne se connaissaient pas avait surpris sur le téléphone d’Anissa l’application #Wattpad ouverte et lui avait dit, surprise de sa propre audace, Oh moi aussi j’adore #Wattpad. Anissa, l’étonnement passé, lui a donné son pseudo afin qu’elles puissent se lire mutuellement. Anissa ne formulait cette proposition que par politesse, elle était mal à l’aise à l’idée qu’on sache qu’elle écrivait et en voulait un peu à Lou de l’avoir ainsi dévoilée.

Le soir, après avoir bloqué une heure sans écrire, Anissa se rappela de son interaction du matin et se mit à lire les écrits de lou des bois comme Lou se désignait sur la plateforme. Elle y passa la nuit. Elle adorait tout ce que Lou écrivait. Ses poèmes, ses nouvelles, ses romans avortés et en cours et une sorte de romance homosexuelle bizarre avec #EmmanuelMacron et une petite frappe d’Amiens nommé #billie.
Le lendemain de sa lecture nocturne, épuisée et surexcitée, elle sauta littéralement au coup de Lou pour lui dire J’adore !! J’adore !! J’adore !! et, avec la démesure propre au manque de sommeil, tu es mon écrivaine préférée !! Lou rougit de honte, ne sut pas quoi répondre, Anissa ajoutait, comprenant trop bien le malaise de Lou, vraiment, c’est génial, j’ai pas encore tout lu hein, mais wah la claque. Lou, reconnaissante, lui promit de la lire aussi. Anissa, un peu sombre, c’est nul tu sais…

A partir de ce moment là Anissa intégra Lou au groupe de ses amies qui, de peur de gêner, prit le moins de place possible. Le jour des vacances scolaires, Lana invita la bande chez elle et parla de 420 avec de gros éclats de rire ce que Lou ne comprit pas du tout, elle les accompagna, préférant largement leur compagnie à la solitude qui fut toujours son lot. L’appartement était vide pour le week-end. Max squattait chez Laure, sa copine, la seule qu’il eût jamais, et les parents ne rentreraient que bien plus tard. Quand Lana se mit à rouler Lou ouvrit grand les yeux, très inquiète devant le geste illégal, et voulut partir mais se ravisa de peur de perdre ses nouvelles amies. Lou refusa de fumer et Lana, défoncée, n’insista pas mais lui dit je croyais trop t’étais une vieille meuf prétentieuse. Le visage de Lou se contracta, elle hésitait entre le sourire soumis et les larmes angoissées qui lui montaient. Anissa, arriva, la prit dans ses bras et dit à Lana, t’abuses !! Lana, rit du rire mou et enroué de la beuh et s’excusa je te kiffe maintenant hein. 

De leur passion pour l’écriture, Lou et Anissa ne s’ouvrent que peu auprès des autres filles, aucune d’entre elles ne l’ignore, évidemment. A cette pratique personne n’assigne aucune valeur positive ou négative, elle est un fait, à égalité avec la passion de Lana pour la #K-Pop ou la pratique semi-virtuose d’Ophélie sur Instagram. Si écrire peut faire l’objet de moqueries ce n’est jamais que pour rire, de la même façon qu’on se moque de la superficialité d’Ophélie et d’Instagram ou du fanatisme religieux de Lana pour tout ce qui est sud-coréen. Chiara, durant l’été 2019, avait envoyé un snap depuis le Barbecue Coréen où elle dînait avec ses parents et, sur la photo où les tranches de viande grillaient, écrivit : le harem de Lana. 


La cloche sonne enfin, Anissa murmure Ya Rahbi Rayan l’entend et mime l’horreur starf une islamo-gauchiste Anissa, en même temps qu’elle prend ses affaires, tu dis starf et tu parles ? Rayan ahahah, je fais #ramadan c’est pour ça. Il lui demande tu fais quoi après ? Anissa rougit un peu et sans la laisser répondre il reprend avec un faux détachement Tu rejoins Lana ? Anissa n’est pas particulièrement intéressée par Rayan mais ça la vexe quand même, Ouais enfin pas sûr pourquoi ? Rayan pour rien, pour rien, juste comme ça. Il va dire quelque chose puis se ravise Anissa demande T’allais dire quoi ? il répond rien, rien t’inquiètes puis agite la main en direction de deux garçons près de la porte ehhh malik ça dit quoi ? Anissa entend le mot #PSG et le groupe des garçons disparaît. 

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Twitter 28 avril 2021


Twitter 28 avril 16h32



Le match de #Benzema avait ravi Max, cte contrôle de la tête bim reprise de volée dans la mère à Mendy. Mais le score ne lui convenait pas 1-1 à domicile c’est la merde…twettait-il dans l’indifférence générale. Ses tweets ne perçaient jamais, un de ses amis, un jour, l’avait raillé à ce sujet t’as 3500 tweets et 75 abonnés…le même ratio que #Werner devant le but. Max n’avait su quoi répondre, la répartie n’était pas son fort et il ne trouvait, dans le meilleur des cas, le bon mot que des mois après l’événement. Max détestait sa soeur Lana il la trouvait superficielle, ridicule, il haïssait la K-Pop qu’elle écoutait à longueur de journée et prenait un malin plaisir à taper contre le mur séparant leurs deux chambres lorsque, invitant une amie, Lana voulait s’ambiancer avec sa copine. Max se montrait particulièrement pointilleux quant au volume lorsqu’Ophélie rejoignait sa soeur, la voix de #Joonie, toujours, se trouvait interrompue par ce martèlement frénétique. Chiara, un jour, demanda à Lana je peux le défoncer stp ? Lana, fit un geste de la main, laisse tomber. De toutes façons y a que quand Ophélie et là qu’il s’arrête pas. Là t’inquiètes.

Un soir, après le départ d’Ophélie, Lana fit remarquer à son frère, d’un air mi-amusé, mi dégoûté, tu la kiffes hein ? Max bégaya, rouge de honte, les yeux haineux, cette pute ? puis il rejoignit sa chambre, claqua la porte, poussa la puissance de ses enceintes au maximum pour écouter #Kendrick. Lana, soupira. Max pensait prouver, par ces coups brutaux, sa virilité, il imaginait que ces gestes vifs et bruyants feraient de lui, aux yeux d’Ophélie, un mâle alpha irrésistible. Elle le faisait fantasmer à cause de son jeune âge et d’une lointaine ressemblance avec #Rina Sawayama. Sur le forum #jvxcom, dans la rubrique sexualité, il rédigeait parfois de longs posts pour demander conseil les kheys la pote trop bonne de ma soeur mineure me fait des avances de fou. Les membres l’incitaient à profiter, quelques uns lui proposaient d’inclure la soeur, d’autres de filmer le tout.

Ophélie trouvait Max chelou et, sans qu’elle ne l’avoua directement à Lana, vraiment malaisant. Ophélie n’en cessa pas pour autant ses visites hebdomadaires chez Lana, Ophélie aimait et admirait Lana, son assurance, cette inflexibilité quant à ses goûts même les plus clivants, sa capacité à dire je ne sais pas ou je m’en fous. Lana donne du courage, par son exemple, à Ophélie et le jour où des garçons de la classe tournait le viol en dérision pour défendre #Moha la Squale, Lana gifla le meneur puis repartit comme une #queen comme le dirent les autres filles de classe. Ophélie puise à ce souvenir lorsque la peur la paralyse et y trouve la force d’agir.

Lana aime Ophélie, sans aucun doute. Lana jalouse Ophélie, elle lui envie son goût sûr et simple, ses longues jambes, son beau visage et se console de posséder, elle, une plus jolie poitrine que celle d’Ophélie. Un jour Lana, un peu défoncée, avait persiflé auprès de Chiara Ophélie, on lui colle un sticker quicksilver ça fait une planche de surf. Chiara ne répondit rien, elle écarquilla ses grands yeux noirs, et le répéta dès qu’elle le put à Ophélie qui pleura beaucoup. Personne n’en tint rigueur à personne, Lana, le lendemain, mouilla le beau visage d’Ophélie de baisers et de larmes, et Ophélie pleurait et ses cheveux étaient humides et Chiara patronnait la scène en pleurant elle aussi. 

Max ne parvient pas à se trouver une place dans le monde, il a redoublé deux fois sa L1 de droit et ne se rend plus à l’Université, il socialisait peu avant le Covid et a désormais une excuse pour ne rien faire. Sa mère s’en désole, son père s’indiffère. Deux fois par an il le traite de parasite. Sa mère cherche des solutions, elle épluche les offres de formation courte et professionalisante, tiens regarde ce #BTS à quoi il répond d’un rire méchant et méprisant tu me prends pour qui ? pour un enfant de #Dole ?
Sa force le quitte chaque fois qu’il entreprend quoi que ce soit de sérieux et durable alors il se laisse entraîner par certaines sirènes, il se trouve intéressant et se croit edgy en défendant Zemmour ou le #soutiensauxgénéraux factieux. A force, ces idées le pénètrent et ce qu’il défendait pour la blague, pour se rendre intéressant, l’enserre ; il se trouve noyé par le liquide où pour rire il s’était immergé. 
Max refuse de regarder en face son état de dépérissement, des éclairs de lucidité peuvent le saisir qu’il noie en s’abrutissant devant les écrans. Il joue aux jeux-vidéos sans réel talent, il aime, en eux, surtout leur capacité à dissoudre le temps, la souffrance, l’échec.
Il passe des nuits entières sur Twitch à supporter la #Kcorp, l’équipe montante formée par #Kameto en se moquant des rivaux nuls de #Solary. Il se croit une force virile lorsqu’il raide, à l’initiative d’un autre streamer, les chaines des femmes en #bikini. Il rappelle, à ce moment là, les guidelines de Twitch qui interdisent le contenu sexuel !!! Il ajoute, au  milieu du brouhaha des raids, je suis juriste. 

Lana connaît à peu près le comportement de son frère sur Internet et sait pertinemment qu’elle ne pourra pas le changer. Elle ne peut arracher Max à sa chute ni même ralentir celle-ci, elle a essayé il y a deux ans, au début, quand Max commençait seulement à déchoir. Il la repoussa avec haine, il voyait en elle quelque chose qui le rendait fou de rage, il traitait l’amour de sa soeur comme une charité humiliante. Alors, l’amour enfantin pour ce frère jadis aimé devint une vague indifférence puis un grand dégoût lorsqu’elle l’entendit défendre la pédophilie sur le #discord consacré aux scans de manga où ils participaient tous les deux. Elle quitta le #discord aussitôt, se souvenant avec horreur des arguments avancés par son frère. Chaque fois que dans l’actualité, une affaire de cette nature ressort, elle pense à son frère, le regarde avec colère, la mâchoire serrée, bougeant de droite à gauche dans un grincement méchant. 


Lana avait pesté contre son frère après la conversation de la veille et le soir elle reçoit un SMS d'Ophélie


Dis, tu crois pas qu’il fait une dépression Max ?

 

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Twitter 27 Avril 2021

Twitter mardi 27 avril 18h51

Lana se réveille à 8 heures comme tous les jours y compris le week-end, y compris pendant les vacances, y compris pendant les semaines de cours en #distanciel. Elle désactive l’alarme avant qu’elle ne sonne, elle ne règle celle-ci que par précaution, au cas où, un jour un rêve trop intense la priverait du rivage de l’éveil.

Aujourd’hui, elle n’a pas cours, le lycée a décidé la veille de diviser les classes en demi-groupes. Son édification reprendra la semaine suivante, puis à nouveau une semaine blanche, puis à nouveau la classe en demi-groupe ; une instruction menée à cloche-pieds (dont on espère qu’elle ne formera pas des boiteuxses et des infirmes). Lana est une élève moyenne et sérieuse de la 3ème à la première sa moyenne a baissé avec régularité ; 1 point chaque année pour se fixer, aujourd’hui en terminale, à 13 qui semble être son plancher. Elle vise la mention Bien au Bac. Elle n’excelle en aucune matière et regrette l’absence de spé coréen dans son lycée, par naïveté géographique et culturelle elle a choisi d’apprendre le chinois. Aujourd’hui, elle conçoit, honteuse, combien la raison de son choix, en seconde, était raciste.
Lana, après le réveil passe une demie-heure sur son téléphone portable à gérer ses différents réseaux sociaux, elle utilise Twitter passivement, retweetant et likant les threads qui lui plaisent, essentiellement liés à la #K-Pop. Elle consulte son Instagram avec une excitation inquiète, elle observe avec attention et perplexité les noms de ceux et celles qui regardent ses stories. Elle s’indigne si une de ses amies manque, plusieurs jours consécutifs, à ce devoir amical. Lana, bien plus que ses amies contrairement à ce qu’elle s’imagine, mesure l’amitié, octroie et retire des points selon une échelle complexe faite de retweets, de likes et de snaps. Quand Rayan regarde ses stories elle écrit immédiatement sur #WhatsApp à Ophélie qui, toujours, lui demande de lui écrire sur Telegram. Lana trouve cette attitude ridicule et lui propose, à la place, de ne plus jamais lui écrire. Lana ne partage avec Rayan que d’étranges platitudes, chaque fois leurs échanges la déçoivent, pourtant, il lui suffit de voir son avatar parmi les spectateurs de ses stories pour lui rendre toute sa puissance sensuelle. Elle n’exprime jamais en termes clairs, ni à ses amies, ni à Rayan, encore moins à Ophélie et ses trop beaux yeux, cette secousse violente que lui cause la présence physique (ou supposée) de Rayan.

Lana gère avec doigté son existence numérique, elle se soucie peu, bien sûr, de la valeur de ses données, de leur encodage ou leur traçabilité. Elle clique sans regarder sur le « ok tout accepter » chaque fois que l’option apparaît, elle ignore absolument ce à quoi elle consent en cette matière. En une demie-heure, elle a pu parcourir l’actualité du monde, c’est à dire de #BTS ou de #Enhypen sur Twitter, et sa vie sociale par Instagram.

A 8h30 elle quitte son lit, elle passe devant la chambre de son grand-frère à quoi elle se promet de ne jamais ressembler, ce geek avec son poster du #Real Madrid sur la porte qui s’affiche sans vergogne et lui fout la honte chaque fois qu’une copine passe à la maison. Elle aimerait le déchirer, son frère l’insulterait, à peine, elle sait quel être craintif il est. Sa mère se montrerait plus sévère, elle tient, absolument au respect de la propriété de chacun. Le père ne prendrait pas partie, il préfère, en tout s’abstenir, sauf au jour des élections présidentielles en râlant contre le résultat, quel qu’il soit. La veille, son père protestait contre les nouvelles mesures sanitaires sans expliquer ce qu’il leur reprochait ni même leur contenu. Au dîner Lana échangeait avec son père


Lana : tu te feras vacciner ?
le père : Et puis quoi encore ?
Max, le frère : ça fait pousser une troisième couille !
La mère : …
Lana : tu sais #lesjeunesveulentlevaccin
Max : pas moi !
Lana : ça te ferait pas de mal plus de couilles…
La mère : STOP
Max : Papa, t’as vu #Zemmour et les #militaires ils vont faire la révolution
Papa : Il est pas pire que les autres
La mère à Lana : ton frère me désespère
Lana : Zemmour il a violé une femme hein
Max : N’importe quoi !!
La mère : Si une élue PS à ce qui paraît
Max : hahaha
La mère : Gaelle #Lenfant je crois
Max pouffe : c’est un pédo maintenant ? 
Lana à sa mère : Ca t’embête si je quitte la table ?
La mère : non ma chérie
Max : c’est ça casse toi ! viol…pff
Le père : #Giroud marquera !!! 
Max : Non #Benzema !!
La mère, sourire : il en pense quoi Zemmour de benzema ?


Vers 9h Anissa lui envoie un message : 
tu seras pas là aujourd’hui :( ? 
Non
Tu viens quand même pour déj ?
Oui
Libanais ?
Encore ?
Bah vazy dis
Le truc des mafés là  
Best Africa ??
voilà
C’est archi-mort
au pire ophélie décide hein
vazy le cours commence biz meuf
on est pas ensemble :’) :’)
connasse !!
bosse !!

 

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Twitter 26 Avril 2021

Lundi 26 avril - 16h00 
état du monde
#ENHYPEN

Il est magnifique le clip #Enhypen, s’exclama Lana au milieu de l’après-midi, lundi. Ses 4 amies et elles mangeaient un sandwich libanais dans un parc peu connu, proche de la rue Doudeauville, dans le 18ème. Lana, répétait : il est magnifique et tendait son téléphone à ses amies qui partageaient, avec moins d’entrain, son enthousiasme. Cette partie là, i n c r o y a b l e, disait-elle en désignant l’écran ce qui fit rougir Ophélie qui, honteuse de sa honte, demanda on a toute eu la même réaction ? Personne ne lui répondit, les autres filles observaient Lana et ses yeux scintillants de lumière bleue. Lana rêvait aux embrassades avec son chanteur préféré et n’accordait ni à la honte ni à la parole d’Ophélie la moindre attention. Si les autres lui parlaient, Lana se contentait d’une molle approbation.

Elle s’abandonnait à la seule activité sérieuse et importante ; caresser en pensées le corps de #Heeseung, là, presque réel sur l’écran animé. Lana, à force de répétitions, de rêveries, de recherches google image connaissait, mieux que son médecin, l’anatomie de #Heeseung. Elle pouvait deviner, malgré le maquillage et les effets spéciaux des clips, l’état de santé véritable de son idole. Elle en pouvait mesurer les moindres variations, s’en inquiéter et envoyer à la boite de production des recommandations douces mais fermes. 

Les images qui traversaient Lana étaient sans contours, inexactes en quelque sorte ; son désir ne se composait pas d’une série de gestes, il consistait en une succession d’impressions et de secousses internes.

Lana quitta brutalement ses amies, déçue, sûrement, de les voir si peu partager son excitation. Elle marcha vite, sans se retourner, comme pour les devancer si jamais, au bout de la rue, #Heeseung devait apparaître. Oui, dans ce cas, Ophélie ne l’aurait pas, avec ses longs ongles peints à la mode et ses talons transparents. Elle prendrait #Heeseung par le bras - ou se laisserait prendre par lui - et l’entraînerait dans les ruelles compliquées de Paris…Au croisement du boulevard Barbès et du boulevard de Rochechouart elle entendit une sorte de clameur s’approcher d’elle qui la figea. Prise par ses fantasmes elle ne pouvait imaginer d’autre objet à la clameur que la présence d’#Heeseung. Ses amies, à ce moment là, la rejoignaient essoufflées et Lana pesta. 


Anissa si on te dérange dis le hein. C’est pas ça, je croyais…Le cortège du #lesbianvisibilyday approchait, chantant et agitant des bannières et des pancartes. 
Voilà d’où venait ce vacarme, au plus grand désarroi de Lana. Lou applaudissait discrètement au passage de ce groupe de femmes qui criaient, riaient, certaines rouges de colère ou de fatigue, d’autres la mine inquiète, jetant à droite et à gauche des regards redoutables. Des femmes aux cheveux longs et des femmes aux cheveux courts marchaient, main dans la main, les mains serrées, plus que jamais, des mains amoureusement accrochées, sans peur, parmi la foule des autres femmes qui tenaient amoureusement des mains. 


Les autres filles de la bande de Lana baillaient, Chiara, petite, brune, sentant bon le cèdre et le lilas, chantonnait You promised the world and I fell for it de #Séléna Gomez. Lana leva les yeux au ciel, activa le haut-parleur de son iPhone et diffusa le premier clip de l’album #Border Carnival en bafouillant les paroles qu’elle n’avait pas encore eu le temps d’apprendre. Tout, plutôt que de laisser la voix impie de #Séléna Gomez couvrir dans son esprit le doux souvenir de #Heeseung. La chanson finie, avant que Lana n’ait le temps de ranger son téléphone ou de changer de vidéo, une pub orange hurla depuis l’application YouTube, le joueur du PSG #Kimpembe hurlait quelque chose de vague à propos de la 5G. Chiara, piquée et piquante, ah, c’est mieux que ce qui était juste avant ça. Sans en rien laisser paraître Lana boue et rit avec Chiara puis se plaint de cette incompréhensible #rentrée scolaire, pour nous les lycéennes c’est devenu incompréhensible. Anissa poursuit…et encore toi t’as pas un frère qui passe sa journée à te parler de foot ou de #Ratchet et Clank. C’est quoi #Ratchet et Clank demande Lana, par politesse. Je sais pas, je sais pas. Les filles rient. 
Lou qui ne parle jamais dit aux filles, je me suis lancée dans l’ASMR. 
Aucune réaction. Lou est transparente, sa voix trop douce, trop timide, transparente comme une séance d’ASMR réussie.
Lou reprend…vous savez qu’aujourd’hui
#tchernobyl
Lana, regain d’intérêt : nan ! y a une nouvelle saison ?? 
Chiara :  t’es trop bête toi
Lana : Quoi je suis bête
Chiara : #Tchernobyl c’est un vrai truc hein
Lana : jure 
Lana : jure la vie de ta mère
Lou a perdu la parole
Lana : Les bougs vraiment ils ont périmé là ?
Anissa : toi à part #BTS tu connais rien
Lana : #Enhypen
Chiara : « #Enhypen » elle dit en moquant l’accent
Lana à Anissa : Je suis sûr tu connaissais pas
Anissa : Si !! C’est comme Fusushimi !!
Ophélie : Oui « FU SU SHI MI »
Anissa ne comprend pas la moquerie, 
Anissa : voilà, voilà, tu vois
Lana : Ouais…

 

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24 avril 2021

Marthe - Viol

Consigne : utiliser le mot marteau, entre autre, les suivants j'ai oublié

la concordance des temps n'est pas respectée parce que toujours les choses se jouent au passé et au futur

 

 

Marthe maniait depuis sa plus tendre adolescence le marteau et la menace. Elle se tenait du côté de la violence et rien, ni son cou de vieille ou le rétrécissement de son bassin passée 50 ans, ne changera sa pratique.


A Ménilmontant, on la connaissait sous le nom de Marthe la forge sans que personne, jamais, ne comprit son métier et elle se plaisait à entretenir le doute à ce sujet. Elle interdisait, seulement, qu’on lui en attribua deux : maquerelle et indic’. Malheur à celle ou celui qui, pour la farce même, lui attribuait ce rôle. Elle sortait, sans précipitation son marteau, et désignait alors l’impertinent qui, très vite, comprenait sa bévue et, se reprenant, la tête basse s’excusait. Marthe, par bonheur, ne savait ni la rancune ni la vengeance et, si elle devait recroiser l’effronté ne gardait aucun souvenir de sa trop folle audace.

 

Enfant, Marthe avait le goût des escapades crépusculaires pour le plus grand désespoir de sa soeur aînée, Sylviane, qui toujours la poursuivait dans les rues et, toujours, la perdait dans quelque secret passage de Marthe seul connu.

 

A sept ans, quand Paris sentait encore le faubourg et le coupe-gorge, un homme viola sa soeur sous ses yeux. La violence avait pénétré dans la maison, velue, à l’odeur de Ricard et à l’oeil masculin de petit commerçant. D’autres enfants, à sa place, sûrement figés par la stupeur seraient demeurés immobiles ou bien, capable d’un seul geste, auraient couvert leurs yeux de leurs deux petites mains. Sa main d’enfant, Marthe l’employa à un autre usage, elle ouvrit le buffet du salon où traînaient, poussiéreux, les clous, les chevilles et le marteau à tête d’acier inoxydable. 

 

Elle saisit le marteau, s’approche du violeur et de toute sa force enfantine, cette force qui toujours ira croissante dans la violence et la menace, l’abat sur le crâne criminel.

 

Le coup atteignit mortellement le violeur. L’air stupide, il tente de protester, s’effondre, inerte, la bouche demie-ouverte, sans bruit. Le sang ne coule pas, le légiste ne trouvera aucune plaie. La mort trop honteuse pour exposer d’elle autre chose que cette masse molle, sans attribut.

 

La mère vivait de débrouille, son portefeuille contenait une petite carte jaune, précieusement conservée, tamponnée par la préfecture de police qui autorisait son activité en rappelant que celle-ci, toujours, s’expose au contrôle administratif. Il fallait, alors, un titre de séjour pour demeurer la nuit sur les trottoirs et se faire extorquer contre des billets de 10 francs et la syphilis  la pénétration de son sexe. 

 

Elle arpentait à petits pas timides les ruelles sombres et insalubres qui bordaient la Bièvre. Elle trouvait du réconfort près de cette rivière puante avant qu’on ne la coule sous des centaines de tonnes de ciment croyant, par là, enterrer la douleur et l’insalubrité. Ces siamoises réapparaissent ailleurs, dans les bois ou d’autres rues truandes. 

La puanteur, hélas, trop répandue se trouve produite en série avec une infernale régularité sur une chaîne de montage qui ne connaît ni grèves ni syndicats. 

 

La nuit du viol Marceline, la mère prenait par le bras plus d’hommes que d’habitude, se montrait insistante, courageuse, désespérée. Marthe venait d’avoir sept ans et Marceline tenait à lui offrir le gâteau d’anniversaire dont elle rêvait. Un an auparavant, à travers la vitrine d’une pâtisserie chic du Boulevard du Montparnasse, Marthe se lécha les babines devant un glaçage parfait, les fruits cueillis à l’heure et confits comme des perles. Elle s’exclama avec son enthousiasme d’enfant : oh ce serait si bon !

Marceline, attendit au-delà de l’aube cette nuit-là pour rentrer au martin les bras chargés du cercle parfait et délicieux dont rêvait sa cadette.

 

Pour les deux soeurs, le violeur avait prévu un présent d’une autre sorte sans qu’il ne s’imaginât le merci sourd et solennel que, dans sa langue d’enfant féroce Marthe lui adresserait. 

 

Au matin, Marceline, la mère épuisée, trouvera à la maison les gens d’armes au regard las et suspicieux. Elle, Marceline, tient dans ses mains la boîte de carton blanc qui sent bon la fête et la joie.

A l’entrée de Marceline, l’inspecteur ne retira pas son béret, sèchement, parfaitement hors de propos, il lui réclama son autorisation administrative, comme il a dit en grinçant. Il la contrôle à fin exclusive d’humiliation. Marceline, sait qu’ici, chez elle, en dehors du trottoir, l’inspecteur ne possède aucun droit elle sait, aussi hélas, qu’elle dispose de moins encore. Elle dépose sur le pauvre petit buffet, avec des gestes précautionneux, comme un vase en porcelaine précieuse sur la boîte en carton blanc

 

Elle cherche, sans trembler, d’un geste accoutumé, le regard fixé sur la boite en carton, sa carte jaune, pas cornée, qu’elle tend à l’inspecteur Philippe tel qu’il ne se présente pas. 

 

Il lui rend le document qu’il ne toucha que du bout des doigts, sans commentaire, soulignant combien ce papier le répugne, puis désigne d’un mouvement de tête les deux filles.

 

Voyez les enfants de la débauche. Si ça ne tenait qu’à moi…Une fille de pas treize ans qui ouvre les cuisses au tout-venant et l’autre…


Marceline épuisée, hagarde, tend à nouveau sa carte, comme si régnait entre l’inspecteur et elle un malentendu, que quelque chose lui avait échappé.

Sans aucune parole elle désigne avec une insistance inquiète le tampon préfectoral comme si la signature républicaine, sainte en quelque sorte, la rétablissait dans l’honneur et la citoyenneté, l’arrachait au soupçon.
L’inspecteur ignore Marceline, elle appartient, à ses yeux, au genre des meubles dégradés, tout juste bon pour la décharge ou les gens du voyage qui, eux aussi, circulent chargé d’une autorisation de déplacement.

 

 

Marceline, tête basse, entend l’inspecteur Philippe déambuler dans l’appartement, examiner le pauvre mobilier du pauvre appartement où logent les trois femmes. Elle ressent une honte immense devant le dénuement où elle se trouve, la paillasse qui lui sert de lit, les fenêtres impossibles à ouvrir. Pas d’homme, il dit, pas d’homme comme si, ceci, ajoutait encore un peu plus d’inhumanité à la condition des trois femmes. Pas de fils. Heureusement. Il continue d’arpenter l’appartement avec dégoût, se gratte le cou qui ne le démange pas. Demande s’il y a des punaises. N’attend aucune réponse. Les deux soeurs ne bougent pas. En présence des représentants de la loi, leur mère, sévèrement, sa seule sévérité jamais, exigea d’elles en les suppliant, les yeux étincelants, de se rendre invisibles. Surtout toi ma petite Marthe, une tristesse immense dans la voix. 

Elle sait trop comme chacun de ses gestes, toujours, aux yeux des gens de loi la condamne ; sa vie même constitue une circonstance aggravante. 

Sylviane, de toutes façons, a perdu progressivement l’usage de ses membres. La vie décroit en elle, à peine agitée d’un léger spasme, toute retentissante, encore, du mouvement du viol, de l’anéantissement qui la visait et l’atteignit. 

 

L’inspecteur Philippe murmure, putains, putains à voix basse mais sans honte, il murmure putains, putains, comme si le mot salissait son uniforme saint. Sylviane entend le pluriel de ce mot, le pluriel qui condamne sa pauvre mère et pire encore, pire puisque ce peut-être pire, le néant où on la relègue, elle. Elle, immobile, inerte, plus inerte encore que le corps tué du violeur déformé, lui, par les gaz post-mortem et le mouvement invisible des premiers vers.

 

Alors Sylviane ouvre la bouche et parle, froidement, durement. Elle trouve, du fin fond de ces eaux marécageuses, sous la pression infâme du mépris administratif, une force, un point de lumière qui ira, grandissant, la gardant toute la vie du néant qui faillit l’engloutir jusqu’au cou. Elle parle et voit le visage honteux de maman, maman, les mains toujours tendant le maudit bout de carton jaune, maman qui ne regarde plus sur le buffet le paquet de carton blanc. Pour elle toutes les odeurs, toutes les couleurs sont exténuées. La beauté décroit. Sylviane, elle sent l’odeur des fruits confits, du Ricard, du viol. Elle voit Marthe qui de toute la nuit sans sommeil n’avait pas relâché d’entre ses mains d’enfant le manche en bois du marteau à tête d’acier, Marthe prête, à nouveau, à tuer. Marthe, le geste tendu toute la nuit comme la corde d’un archer anglais pendant la guerre de cent ans.

 


Sylviane parle et sous ces coups de burin, l’inspecteur rétrécit et pâlit, la honte change de sexe, aucune protestation ne sort de sa bouche torve, il ne parvient plus à dire, son uniforme tombe, il cache son corps nu sous ses mains, il sent la honte qui l’étreint, sa gorge s’assèche. Il murmure, il ne sait d’où vient ce murmure, ce murmure humain, ce murmure de fils, de père, de frère, il murmure…pas d’inquiétudes, pas d’inquiétudes. 

Je suis désolé, désolé, toute la vie, pour geste de contrition, il protégera, discrètement, avec la discrétion qu’exigeait Marceline de ses filles, les trois femmes. 

Il empêchera la presse de relater les événements, à peine un entre-filet de ce qui, sans son intervention, aurait fait les choux-gras d’une presse trop avide de sensationnel.


Sylviane, elle, quittera la France, elle exercera une autre violence que Marthe, sa soeur. Elle posera des bombes, anarchiste débutante puis convertie tardive au communiste. 

Sa soeur méprisa le charme révolutionnaire, les explosions l’agaçaient, la guerre lui en offrit un stock suffisant. 

Sylviane, immigra, avec d’autres, en Union Soviétique où elle conserva une haine féroce contre les flics, y compris la police du peuple. Son histoire disparaîtra dans la toundra, la neige sibérienne ou la perspective Nevski. A son tour elle emprunta une ruelle d’elle seule connue.

 

Marceline tendit toujours sa petite carte jaune même après la disparition des cartes jaunes, elle tendait dans le cercueil et sur son lit de mort la carte jaune, elle désignait, au milieu de l’ultime délire, le tampon imaginaire qui faisait d’elle, à ses yeux, un être humain. 

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06 avril 2021

Temps Gris


Les jours étaient beaux et moi j’étais triste. Le soleil se levait et moi, bien après lui, je me levais. Je voyais sa lumière belle et pure et sa lumière belle et pure n’entrait pas en moi, elle glissait, évaporée avant de m’atteindre. Je demeurais gris



Me reviennent en mémoire ces jours neutres, ce temps sans couleur, sans odeur, ce temps gris qui colle, sans férocité ni pitié, à la moitié de toute ma vie.
 
Mes souvenirs ne m’apparaissent jamais avec la linéarité froide des faits, ils se présentent toujours sous la forme imprécise de sensations et d’impressions ; les événements objectifs n’en constitueraient que l’arrière plan, le savoir dispensable des arrières-cours, la matière réservée aux alibis.


Ma biographie réelle, vécue, souvenue, se tisse de ces fils là : le mal de mer, l’engelure, le velouté, le piquant, le gris et les vagues.


En moi, le sentiment du bonheur varie peu, son apparence ne change pas. La joie me revient comme habitée de la clarté des rêves et de l’étrange lumière du sommeil. 
C’est une sensation peu précise, vive, que j’appellerais, si je devais jamais la nommer, vérité. 


Le désespoir, lui, connait des tours plus nombreux…


Le soleil entre dans la chambre, il traverse le rideau rouge, peu épais trop préoccupé à tenir en équilibre pour filtrer sérieusement la lumière. Le soleil entre, tout est gris à nouveau. 
Je reconnais ce sentiment du gris, tous les ans le même. Un temps comme coupé en quatre, quatre fois la sensation d’une neige noire, sale, mal-fondue sur les trottoirs salés de Paris. 
Ce gris claironne les jours durs, âpres, à venir. Une paresseuse envie de mourir se délasse, en moi.


J’aime tant le gris drôle des toits de Paris, la tôle brillante comme un miroir à mille feux, j’aime tant Paris, l’été au gris éclat, chantant comme un rapace affamé, illumine la vie. J’aime tant ce gris lointain, cette pluie de fer et de bleu, ce gris des idoles au nez droit.


 qui n’est pas le gris de ma mémoire.


Alors, revient le gris, le sentiment du gris océanique, atroce. Une couleur cireuse et inodore qui tire sur le vert comme le teint d’un mort  avant l’embaumement. 


Au printemps 2011, j’attendais mon Thalys à la Gare du Midi et quelqu’un mourait, je me souviens de cette scène, une scène immobile, une scène de l’impossibilité même du mouvement. Ce visage gris, mourant, cette couleur de masque pré-mortuaire couvre mon visage. 


Tout s’engourdit, devient lourd, lent, pénible. 


Je me trouve piégé dans cet espèce d’interstice qui sépare l’automne et l’hiver. Peu nombreux remarquent cet espace, celui de la pire seconde de tout un siècle ; l’instant du gris le plus pur. 
Et cette saison intermédiaire qui ne dure, au pire, pour les autres que le temps d’une expiration, d'une sorte de frisson bizarre aussitôt oublié, en moi s’inscrit, dure, me dévore. 



C’est une saison décharnée et humide faite de brume et cette brume une poussière grise, suffocante, une poussière dense, suspendue comme la poussière ocre des maisons de banlieue éventrée - je repasse des années plus tard, un immeuble neuf, laid, sans personnalité l’a remplacée. 


Ma poussière ne virevolte pas, elle tombe, grise intransigeante, sans remords. Elle couvre tout, s’étend partout ; comme la neige blanche atténue le bruit des marcheuses, cette neige morte atténue la vie. 


Place Blanche, saison intersticielle 2019, le monde autour de moi s’arrête, une bourrasque de gris me percute. Je ne bouge pas, je rejoins l’immobilité du monde, autour de moi, le mouvement reprend. Pas moi.


Dehors, il faisait beau…


le sommeil me vient au matin, peu avant le lever du jour, comme le veilleur de nuit qui, sa tâche acquitée, cède sa place à la lumière sans bavures.


 Je ronfle, mâtines sonnent.

 

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23 mars 2021

Chapitre Roman - Nathalie Quintane - Un livre en trop.

Je poste, régulièrement, des chapitres de mon roman en cours d'écriture. Celui-ci s'appelle Le livre en trop ou la littérature surnuméraire. 
La bande d'amis qui se retrouve ici n'a pas besoin de contextualisation me semble-t-il. 



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Oeil - Vue de Profil -
 Nathalie Quintane – 2017 – 
l’art et l’argent – promotion publicitaire et médiatique – 
Mediapart – un an avant les événements




L’autrice en goguettes :


Ecriture dirigée - Page 2 Capture-decc81cran-2021-03-23-acc80-01.33.55-1


Albane nous parle, avec une moue de dégoût, de Quintane, elle a lu Un oeil en moins un mauvais livre, plein de pathétisme, poème à la gloire des pauvres, dédié aux damnés de la Terre.
Le livre met en scène une demie-bourgeoise. Elle peint, dans les bas-fonds de l’Auvergne ou je ne sais quelle localité rurale, des pancartes, en gilet jaune, pour dire à Macron que ça suffit.



Ecriture dirigée - Page 2 Capture-decc81cran-2021-03-23-acc80-01.37.17-1
L'Artiste en goguettes



C’est autobiographiqueQuintane raconte son parcours effectif, réel, parmi les vilains, les sans terres et les sans dents. durant le mouvement des gilets jaunes qui débuta à l’automne 2018. De Quintane le moment d’intrusion (d’incruste? d’entrisme?) demeure flou, je la soupçonne, à tort peut-être, d’avoir d’abord regardé la jacquerie avec un peu de morgue, genre le rassemblement des fascistes, les nouveaux bonnets rouges, les buveurs de diesel et de picon bière. Avant de se dire, les larmes aux yeux (évidemment) c’est le peuple. ou voilà le Peuple.



Ecriture dirigée - Page 2 Les-dents-de-quintane-1
Dents Parfaites – Nathalie Quintane – 2017 – l’art et l’argent




Dans le livre, Quintane rapporte les paroles des pauvres avec une fascination béate, tout ce qui sort de la bouche des pauvres, semble l’émerveiller. Elle paraît s’étonner même que ces hurluberlus soient doués de parole. Face à l’enfant précoce, articulant (3 ans 1/4) sa première subordonnée conjonctive, j’ai connu moi aussi cet émerveillement.
Elle attife son style de zozotements, craignant sûrement de parler trop compliqué, d’avoir l’air d’une bourgeoise, d’une pas-comme-eux. Elle doit soigner la présentation d’elle-même mieux, plus encore, qu’au bal des débutantes, la toute jeune fille commençante. Elle écrit dans un style idiot, simple elle doit se dire, vrai comme la langue du peuple. Albane n’y voit que mépris et je partage son avis.


Albane et moi nous prenons de passion pour défoncer Quintane. J’ai la passion de l’agon de la lutte excessive. Albane me suit dans cet inévitable vertige. Sélim, nous accompagne, en sortant de son sac une magnifique bouteille de whisky, Nikka Coffee grain dont il détaille avec la science d’un rédacteur technique, la biographie.


Elle a raison, Quintane. Il faut bien agir non ? à la fin…On fait comment ? dit Estelle, interrompant l’ivresse, le délire commun, le massacre en commun.


Je lui réponds, sèchement, pour reprendre rapidement le cours des libations…on ouvre pas sa gueule, on écrit pas un livre.


Estelle : il faut bien faire quelque chose…
Albane : Ouais, savoir de quoi on parle.
Sélim : Vous êtes très chiants…Tiens Estelle, dit-il en tendant un verre de whisky, ils ont utilisé un alambic à café tu vois pour ext…

Moi : Oh le banquier anarchiste ça va…
Sélim : Qui paie ton loyer ?
Moi : La maladie.
Estelle : Quel rapport ?
Sélim : Avec les impôts de…?
Moi : Certainement pas les tiens, le domicilié fiscal du Maryland ou je sais pas où
Sélim, désigne le whisky : 40% d’alcool, 40% de TVA, tu sais ! C’est de l’impôt ça la TVA. Payé, visa diamond, sur l’ongle.
Moi : Adorable, Sélim, offrant le fruit fermenté de son dur labeur aux misérables, t’as essayé d’en proposer aux pauvres de Quintane ?

Albane, soupire, nous regarde, Estelle et elles se sont tues, attendant qu’on finisse Sélim et moi. Estelle finit par dire : c’est bon ? vous avez fini ? Albane ajoute, dans un soupir, : typique des mecs

Pointe d’agacement, dans l’air

Sélim : Ah, les féministes…

Estelle : Oui, hein on peut plus rien dire.
Sélim : Oh, casse-couilles…
Moi : Bref

Albane : Voilà bref.


Albane reprend la parole. Elle analyse toujours très finement les mouvements politiques et les positions sociales des acteurs. Elle comprend très bien les jeux de pouvoir et leurs implicites perversions ; la lutte, in fine, pour le pouvoir, toujours, sert – servira – une ambition personnelle. Toujours (la lutte) vise à s’établir, soi-même, au sommet de la nouvelle hégémonie. Elle ricane, en la présence de Lucile quand celle-ci se lance à cris perdus dans des diatribes anti-mascus. Albane voit bien, mieux que moi, bien mieux que moi, que pour Lucile le féminisme, comme le reste, ne constitue qu’un instrument d’autorité, un nouveau diplôme à faire valoir dans un nouveau champ en germe, à produire dans une nouvelle légitimité produisant de nouvelles hiérarchies (Et Lucile compte bien occuper une fonction de cadre). Une horreur plus juste remplacera une horreur…c’est tout.

Albane : Qu’elle (elle parle de Quintane) écrive un livre théorique ou stratégique genre : voilà comment faire la guerre, voilà la psyché des dominants, voilà comment on mène une guérilla, les tactiques, l’artisanat de la bombe, les têtes de ponts à établir, Bang…A la limite…Qu’elle entre à l’usine (Quintane ne pointerait pas à l'usine elle s’inscrirait) pourquoi pas, les coudes vraiment salopés par les gestes répétitifs…La pauvreté c'est une répétition. C’est trop facile là, le petit atelier de la révolte, dans le petit local mignon, elle doit appeler ça « la masure » un truc comme ça…Ca doit lui sembler poétique. On risque pas la tendinite en écrivant « Mort Au Capitalisme » sur une pancarte.


Moi : Ouais, elle doit se dire un jour la beauté sauvera le monde

Sélim : en prenant un air très concentré genre clitoris vaincra
Estelle : t’es chiant…
Albane : Vous êtes tous des artistes !! Elle doit leur dire ça, en tapant dans ses mains.
Sélim : Ouais une pancarte avec « Nous sommes toustes des artistes » puis sur le point sur le i c’est un pavé…non un clito plutôt.



Plus

bas nous verrons

les mains très intactes

de Nathalie Quintane

Des mains qui.



Moi : j’imagine les SMS qu’elle envoie à ses amis des grandes villes genre « ils sont fa-bu-leux ». Ce truc méprisant, le petit air de supériorité à l’endroit de ses amis au chaud loin du brasier ardent des luttes. Le truc type moi je suis dans le vrai monde, dans le mouvement, où ça bouge. Les gens qui rentrent de manifs sont comme ça aussi avec l’air du j’y étais les larmes aux yeux en se voyant à la télévision…T’as l’impression qu’ils sont entre les blacks blocks et les brigades rouges, incertains encore de la couleur à se donner. D’ailleurs sur le truc ils sont fabuleux y avait une infirmière stagiaire à l’hopital psy elle nous parlait tout le temps comme à des débiles. Tu sais là en allongeant les syllabes, comme si elle sait pas très bien…oui savait, pardon, comme si elle savait pas si on est lents à percuter, malentendant, fragiles ou complètement demeurés. Dans le doute elle faisait Co Ment Ca Va JOO Na Than ? Moi TR èè S bien Merci On va dé jeuu ner ? Oh Je su iiis Con-ten- – – t-e.

Sélim fait une moue, un air, c’est long quand tu parles. Il prend le verre de whisky, le mien, je crois qu’il va me servir, il sert, il le boit rapidement. La flemme de lui dire c’est mon verre. Le souvenir de la pandémie n’a pas laissé trop de traces, heureusement.



Devant son attitude désinvolte de mec pas énervé, juste un peu soûlé qui le laisse voir sans trop en faire…Là, il croise les jambes et me renvoie à moi, ma défaillance… cette lourdeur du mot de trop, de la peur de trop.
J’ai trop parlé
(je me dis en moi-même)


Sélim, décroise les jambes et reprend la parole, il la reprend avec facilité, il efface la lourdeur de mon trop long monologue.
Rien ne semble s’être passé. Il parle :



  • vous savez quoi ? Le seul truc qui l’aurait rendue légitime cette s… (il ne dit pas le mot, le regard d’Albane a comme scié l’injure) c’est de vraiment perdre un oeil.


On est entre nous, personne ne s’indigne, en fait on est plutôt d’accord. Notre silence dit, oui, c’est sûr. Là elle aurait eu le droit de parler. D’écrire « un oeil en moins »


Sélim : parce que son atelier pancarte on dirait de l’art thérapie pour mongoliens.



Lui aussi, le trop…le trop…mais comme…du côté positif, favorable du trop. L’aspect baroque, vers le ciel tandis que moi…des profondeurs. Il dit l’art thérapie pour les mongoliens en recroisant ses jambes. Avec l’air ça n’a absolument aucune importance, allez vous faire foutre.
Sélim adoucit tout ce qu’il approche, ses injures mêmes nous les percevons comme une consolation lumineuse et drôle. L’inverse, l’inverse exact de moi…il n’est pas un trou dans le réel, pas une déchirure. Il désinvente la douleur et la violence. Je ne reviendrai pas sur ses cruautés, nombreuses, qui semblent ne l’entacher en rien. Il est pur du mal qu’il commet, irresponsable, les jambes croisées puis décroisées, comme si de rien n’était, sans dissimulations. Un air d’évidence ; en même temps ; un air d’innocence.


Je le regarde, il est très beau, comme ça, les jambes croisées, la gauche sur la droite, un peu penché en avant, déjà passé à autre chose. Ce mot plutôt infâme, mongolien, ne l’enlaidit pas. Il glisse, hors de lui, comme si une autre entité, d’une ressemblance légère (de moins en moins certaine, plus du tout ressemblante à la fin de la phrase) avec lui, l’avait prononcé.
Pouvoir d’une grâce permanente, intouchée à jamais, une eau neuve, sainte, tous les instants, coule le long de sa nuque, le purifie. Il sent, il sent le clair, le lumineux ; l’encens et le vertigineux. Personne, jamais, ne lui en veut. Même les filles qu’il quitte un peu brutalement, en disant tu m’as déçu. Pour rien. Son absence, toujours, devient une sorte de nostalgie. Il n’a rien de tragique, tout l’inverse même, une figure qui donne envie de croire…une croyance intransitive, sans objet déterminé. Croire.


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Doigts – Nathalie Quintane – L’art et l’argent –

— AN 1 Avant Gilets Jaunes

Chez Quintane, chez des tas de cette sale espèce répugnante d’une certaine gauche (type toilettes sèches, anti-capitalisme – même écologique faut pas déconner – vacances non polluantes, contrôle strict de l’empreinte carbone comme une anorexique sur la balance) s’exprime un truc malsain. Une sorte de fascination pour le corps des pauvres, une fétichisation de ce qui cloche, se tord, dire que ça, cette forme, la scoliose exactement, penche du côté de la révolution…et les dents pourries, le drapeau noir de l’anarchie.

Quintane ne dit pas ce qu’elle pense des complotistes de gauche ou de droite, Quintane ne parle de peuple que fantasmé et idéal celui du pays réel très cher à l’extrême droite, le peuple celui de l’oeil en moins, se confond avec le peuple d’Eric Zemmour et de Radio Courtoise.

Le peuple se trompe de colère, elle devait dire en 2002 quand JM Le Pen parvint au second tour, aujourd’hui elle doit parler de la trahison des élites (le peuple ne se trompe plus) la prochaine fois un truc genre la politique hors les murs. L’élévation dans un coin de néant, vers Laon dans l’Ain, d’une maison-masure-communautaire-everything-friendly retapée (évidemment). En présentant le projet en vue d’obtenir une subvention, ou mieux, en passant par une souscription populaire et citoyenne, elle dira la politique hors les murs ou seulement les murs des pancartes rires. Elle fera mur de tout ce qui fait peuple. Elle présentera le projet entre deux résidences.



C’est l’oeil de qui, en moins ?

L’oeil du peuple ?


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Il y a cette fille, Florina, son visage défiguré, un long compte-rendu hospitalier qui décrit, avec précision – donc horreur – la violence du projectile en caoutchouc, les dommages causés au plancher de l’oeil, le muscle palpébral rendu impuissant par la déflagration du LBD. Florina, prosternée devant la croix gammée, Florina candidate sur la liste de Renaud Camus, l’irr-emplaciste. Renaud Camus l’éconduit de sa liste, il y a des limites au on peut tout dire. Sûrement, a-t-il exprimé ceci avec sa toute feinte raideur. Renaud Camus, en toutes circonstances se tient droit, trop droit, droit comme un bossu.


L’oeil en moins. L’oeil en moins, celui – pas perdu – de Fly Rider et ses thèses complotistes.
L’oeil en moins, celui de Jerome Rodrigues, sa barbe, sa gouaille, son audace.
L’oeil en moins, le poing lesté de Christophe Dettinger,
Les menottes serrées autour des deux poignets de Christophe Dettinger.


Nathalie Quintane, comme Juan Branco, fait commerce et trafic de pancartes et de révoltes. Depuis 2018 Quintane est passée à autre chose, se consacre à une autre tâche littéraire du moins. Elle doit continuer à s’impliquer dans le mouvement, quelque part (à Laon?) une cellule dormante de panneaux révolutionnaires Elle a commis un hamster à l’école. ; à propos des profs…elle a été prof.


Elle reviendra par là
hamster ou souris
comptines ou regards
de l’un à l’autre.
elle repassera par là
une quintane verte
je la montre à la police
lalala


Tout pour elle
la possibilité d’une livre.




Marielle Macé a écrit ce bouquin, Nos Cabanes. Ni son nom ni son livre ne passeront à la postérité. L’écrivant, déjà, je la constitue archive et ruine. J’ai exprimé le désir pyromane d’incendier sa ville imaginaire et, sûrement, refuserait-elle le nom de ville. Marielle Macé ne peut convoquer que le lieu exotique (englouti ou lointain), c’est à dire intact de la barbarie capitaliste occidentale. Son lieu (un nom genre le tiers-lieu) sera inspiré deL’architecture rocambolesque du Machu Picchu, des jardins suspendus de Babylone, la symbiose nature-culture de la vie vraie.
Je les imagine mourir de froid sans le 
chauffage central.



Albane conclut, dit, ces gens ont des gueules de campagne publicitaire, Branco surtout, il ressemble à un affichage dans le métro, il est voûté pareil que les panneaux. Quintane, je lui imagine un tatouage dans le bas du dos genre :

« réalisée par l’agence de pub La Masure rue du Faubourg Saint-Antoine.
Sélim : Vous avez lu le livre vous ?
Moi : Non
Estelle : Non
Albane : évidemment.

Albane, souvent, lit pour nous.

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14 mars 2021

Oasis 21 - HSBC

Décrire dans un style vif un bâtiment




Les blocs de béton, tout est bloc de béton, portail, fermeture, bip, moteurs, tintement du tramway, rugissement électrique, les tramways sont des chatons, des modèles réduits du cri véritable des pétroleuses pétardantes, des locotomitives en zinc gris où le soleil brille et les passagères grillent. 
Continuité, permanence du gris, gris le sol, gris l’horizon, gris jusqu’au ciel comme si le béton gris remontait, à l’extrémité du monde pour tout cerner de gris, de gris morne, de béton, d’une apparence usagée, le déjà-vu immobilier, le trop vu même. L’escalier béton armé, escalier humide, la mousse a poussé longtemps sous l’indifférence générale et chaque marche connait ce tapis végétal. Puis, il y a ce type, les cheveux bouclés, l’assurance mi-feinte, mi-réelle, en construction, en débat, l’assurance comme le béton, en transit, sur le point d’être finalisée, peinte, il manque un peu de couleur, de tout à fait vu, de bien vu. Il passe son badge, une fois, deux fois, une caméra regarde, une caméra bienveillante, elle dit, par zoom et dézoom bienvenue chez toi, bravo, entre-ici, béton vivant tu bétonneras souvent. Bip magique, le bip transforme, transmue, change, sous le contact du bip la porte neuve, transparente, ouvre sur un monde lumineux de baies vitrées de soleil-parjure, Oasis 21, parquet neuf, lumières douces, oranges, lumières tendres fruits murs, lumière liquide, antioxydante, tac, tac, tac, transparence, le doigt désigne, l’open space, les bureaux en tek, les toilettes zéro déchet, Oasis 21 comme sur un fond vert se joue cette pièce, derrière le fond vert, dans le monde autour du fond vert Oasis 21, dehors, par la fenêtre d’Oasis 21 le béton, les herbes folles et mortes de la ville abandonnée à une nature peu ambitieuse, racaille, la nature des terrains vagues, racaille, poussant, chiendent et orties. Par la fenêtre, les grandes baies vitrées exposées plein Nord face au sans-soleil, le tramway au mugissement de chat précoce. Le garçon cheveux bouclés parle à une fille sweat-shirt qui dit feedback qui dit des mots à chemise et tailleur, qui porte un sweat-shirt, sous son sweat-shirt un foulard caché, un chemisier, dessous de la dentelle, dessous encore de la matraque ou les marques des suçons, les soumissions, la griffure, rah, une chatte, un chat. Le garçon cheveux bouclés derrière la chemise rien, transparent, le garçon béton, le garçon baie-vitrée, le garçon Oasis 21 on voit à travers le garçons les végétations, les cordes vocales, les choses pas arrachées, le ronflement du coeur, le cri petit du chaton prématuré. Le parquet ne grince pas, lisse, la lumière se réfléchit, fait comme mille petits lacs où désaltérer l’ombre. 
2.

Attente, le quai, le premier quai, le tramway muet, deux stations, le quai, corps défile en bas, corps défile en haut, circulation, circulation, le corps descend, remonte, bip, tac-tac-tac, alarme, le quai, une station, tac-tac-tac, bip. 

Bip, c’est le bip ou l’alarme le bruit tout est bruit, bip, tac-tac-tac, bip, l’objet en métal dans le revers de la veste, l’objet qui monte dans l’ascenseur au cinquième étage. Au cinquième étage 1000 m2 de claviers de corps d’écran de tac-tac-tac de cris, de sonneries de téléphones fixes, des millions de bonjour sur une année, le plafond très haut, le bâtiment en peau de serpent, le bâtiment couleur de meurtre, le fond rouge HSBC, la cravate rouge HSBC, type meurtre, la moquette rouge, 1000m2 de flaques de meurtre, tac-tac-tac. Badge, bip, rouge sur rouge. Le noeud papillon rouge, la couleur du meurtre, le meurtre, le tapis roulant du meurtre, l’aspirateur l’homme noir la musique dans les oreilles passe l’aspirateur vrooouuumm. Musée du bruit

 

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08 mars 2021

Tokyo - Toilettes Transparentes

Consigne : Décrire un homme qui (a) va aux toilettes, (b) vomit, (c) tue un enfant

 

 

Les toilettes publiques et transparentes ouvertes à Tokyo visent à prévenir le viol. Des hommes se cachaient pour violer. Voilà leur plan contrarié. Le crime n’est pas suspendu pour autant au Japon. Martin Hideguchi, se dit, que la mort illégale encore peut sévir et se voir infligée, le viol pareillement, les toilettes ne constituant qu'un lieu marginal du viol. Martin Hideguchi s'indiffère de la symbolique du monde et de ce que les toilettes transparentes deviennent un symbole d'une société plus protectrice des femmes. 

Martin Hideguchi a souffert de l’extrême opacité du monde, le silence brutal, infligé à chacune de ses prises de parole jusqu’à lui devenir d’une transparence de chiottes. Comme il dit. Martin Hideguchi tremble et sa rage fertile, semblable aux crues génératives du Nil, élève des rosiers monstrueux. 

 

Il se mord la langue très fort, il sent le palpitement de toute sa dégénerescence, le désordre lymphatique, le pantalon plus jamais tendu, les matins à l’érection molle. Il sent dans son corps cette ombre de mort qu’il porte et qu’on lui martèle. Il voit les chiottes transparentes de Tokyo, là, cinq-cents, quatre-cents mètres etc. Il s’approche, trois-cents, deux-cents, transparence.

 

Ses intestins à moitié corrompus malgré le régime draconien de son frustré de père, tel père tel fils dit-il sans rire. Fils de pute, il murmure, en touchant la porte des toilettes qui s’obscurcissent sitôt qu’il y entre. Le silence opaque et ses intestins, la merde répandue, la haine, aussi, la haine jamais partie, la haine liquide, malade. La haine, toujours là, la haine,  son corps qui souhaite abandonner sa fonction de corps, qui se répand là, qui répand sa journée, sa douleur et plutôt que de l’en séparer par cet épandage, la multiplie. La brûlure se fait plus nette, son corps se rend capable de fractures au-delà du monde osseux et caverneux il se fracture, invisible à la radio, autre chose que le fémur et l’occiput et les noms savants des squelettes accrochés, au fond de la classe, 4eC pour souffrance.

 

Lorsqu’il quitte les toilettes, il titube de la haine encore là, du monde qui l’écrase, de ces chiennes de femmes qui jamais ne le sucent, sauf s’il paye, et même s’il paye…il ne peut pas payer pour passer du flasque au rigide, la pression sanguine et ses possibilités génératives. Son corps même refuse sa multiplication, sa division, sa profusion, seule la douleur et la haine connaissent ces stades biologiques de mitose et de cancer.

Il est un cas, un symptôme, il cumule en lui tout ce que le monde se peut de maladies, de virus, de formes mortelles. Il n’est plus que ceci une forme mortelle qui refuse de mourir seule. Alors, il saisit sa haine, la tord, la forge, il lui donne la forme et la force d’une chose fatale, il se lèche les babines de cette mort qui enfle, matérielle, le sang, là, déposé sur le crime, le mot crime devenu criminel même. Il éclate de rire, il est rentré chez lui, avec sa haine à tuer. Pourtant, quelque chose, quelque chose d’enfance survient et crie au secours en lui, crie, non, non et du fond des âges, ce non des maladies, de sa préhistoire humaine, le non du lieu intact du Je pur, d’avant la souffrance, l’écrasement, les érections impossibles,  avant son devenir multiple de coups et d’humiliations. Quelque chose, rond, parfait, enfantin, ce point là, rond, bouche du premier mot, non. Il vomit, il vomit devant ces images, devant son désir, devant son arme, son crime à venir, il vomit devant cet inéluctable, ce lui-même qui va tuer, au hasard, tuer dans la rue les premières innocences venues, il faut que le crime et le meurtre soient les plus atroces, touchent à ces points abjects et sans pardon. Il vomit, il vomit de toutes ses formes et ses fractures, son fémur, son occiput tout trouve bouche et purge, vomir, vomir. Il vomit de partout comme une blessure de bile ouverte en lui d’où coule la haine fanée…Pourtant, il va tuer, il va tuer et l’innocence en lui continue d’hurler au secours, au secours, hurler au-secours face au crime, à l’arme née de la haine…Il se saisit de son crime, ce lourd poignard ou ce pistolet acquis au marché noir, chez les clandestins philippins dont on ne sait s’ils les trafiquent pour se protéger ou pour banditer…Le pistolet est léger et la lame lourde. Il compte les balles, il n’a jamais tiré. Par la fenêtre il entend des cris d’enfant, il vise. Il a tiré. Il est mort. 

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16 février 2021

Novlangage.

Je n'aborde pas l'aspect politique de la langue de façon générale et de la langue inclusive a fortiori. Celle-ci ne faisant plus débat que chez d'indécrottables imbéciles. Il s'agit d'illustrer combien, en rien, le langage inclusif n'est PAS une novlangue. 
Le danger de la novlangue tient, nous nous accordons toustes à le reconnaitre, au rétrécissement du monde qu’elle implique, réduisant, par son étroitesse, nos possibilités imaginatives ; ainsi, certain·es croient voir dans la langue inclusive le danger imminent de la mort du langage et, ce faisant, l’incarnation la plus décisive de la novlangue. 

Rien n’est plus faux. La novlangue, en quelque sorte fait coïncider les mots et les choses ou, plus certainement, permet, dans notre société occidentale, l’adhésion la plus totale entre les nombres-prix et les objets-produits. Ce faisant, deux choses, le langage ainsi appauvri prive ses locuteurices de l’accès à une pensée complexe qui, comme il l’a été démontré par une cohorte d’intellectuel·les plus ou moins lisibles, passe par le médium de la langue et, ainsi privé·es, les locuteurices deviennent inaptes à la critique et donc à la résistance ; aussi, surtout, ce langage ainsi simplifié n’a de telos qu’instrumental, il permet de mettre en rapport une offre et une demande, son seul horizon est marchand. Pur instrument de commerce, cette novlangue existe partout autour de nous, y compris dans en nous-mêmes, elle s’appelle le business english, sans rapport sérieux avec l’anglais, réduisant celui-ci à sa portion pécuniaire et son air d’expert comptable. Les plus chanceuxses, s’accommodent de ce langage, naviguant dans le spread et les closing ; bookant une chambre au Waldorf ou au Hilton - disséminés partout où le business english a cours, sorte de concrétion de cette langue en ****, couettes en plume d’oie, oreillers rembourrés, continental breakfast et room service, touche 0 pour la réception etc.
Danger oui, danger mortel, peut-être vivipare éclosant sous les ailes protectrices des business angels ou dans le chaud cocon des incubateurs à start-up.





Il existe, près de cette langue délabrée, une langue en quelque sorte rivale malgré ce qu’on pourrait leur croire de semblable : le langage informatique, le langage de la programmation qui, si dans son expression la plus basique peut sembler une pauvre combinatoire de symboles peu variés, ne permettant aucunement de nous réconcilier avec la philosophie ou la poésie, il n’en est rien, le langage informatique ouvre l’espace d’une expressivité infinie, nous donne le pouvoir de réinventer notre langue dans les marges des lignes de code et le if, omniprésent dans cette parole informatique, nous assure de tous les possibles. Si…et le monde enfourche le bel esqu-if.


Cette langue peut servir tous les intérêts et tous les destins comme le français a pu servir à la déclaration de guerre du 20 avril 1792 autant qu’à la poésie de Louise Labbé ou au chant quasi-martial de Sonny Labou Tansi. 
Facebook et Wikipedia
Instagram et Philippe de Jonckhere. 


D’autre part :
Certain·es croient voir dans le langage inclusif la novlange et n’ont pas de mots assez durs ni de tribunes assez ennuyeuses pour exprimer leur désapprobation face à ce crétinisme rampant ou, incarnant très bien le crétinisme elleux-même, comparent le langage inclusif à un fascisme certain·es qu’ielles sont que chaque point médian résonne comme le bruit des bottes de Mussollini 28 octobre 1922. Imaginez


Or, pour peu que l’on aime vraiment la littérature, on ne peut ignorer l’aspect exploratoire de celle-ci, on ne peut chasser au-devant de soi, l’inquiétude qu’elle porte quant au sens des choses et de nos usages. Si l’on considère vraiment la littérature non comme un cadavre mais une chose vivante, triomphante toujours, échappant à la barbarie réelle celle-ci, des disruptions - sorte d’éruption de néant couvrant l’âme d’une poussière suspendue - alors on ne peut qu’adhérer à l’apparition salvatrice de cette langue inclusive. Au-delà de sa nécessité politique qui a été traitée avec science et raison - nous savons historiquement combien la raison ne peut rien face à la bêtise qui se pare des habits nobles de la tradition usurpée - j’y vois un potentiel créatif d’une fécondité inouïe ; la même langue augmentée, comme si le français soudain - en mouvement depuis la première geste - connaissait une immense crue fertilisatrice des mots que l’on croyait condamnés à la fossilité.

Mieux encore, nous pouvons manipuler cette foudre nouvelle pour revisiter des formes passées qui, si les réactionnaires tenaient tant à la tradition, susciterait leurs hourrah ; bon retour chez toi, cher sonnet, poésie baroque, formes exténuées n’appartenant qu’au savoir scolaire, aux pupitres gravées des signes d’ennui ; bienvenue à vous toutes les formes condamnées, salut à toi ô l’ode et Homer·e je t’en prie reprends la traversée interrompue et vous aussi les Argonautes et vos suiveuresses. Nous pouvons retrouver, face à cette novlangue infecte du business english, une résistance en redonnant à ces formes négligées une nouvelle nécessité, repenser l’alexandrin et le pentamètre iambique, réinventer le rythme et la perfection plastique de la Pléäide.



Car et c’est bien le travers depuis la nuit des temps des réactionnaires ielles n’aiment rien tant que se poser vigie - bossues - et déplorer de cette bassesse le monde qui finit. Voyant leurs habitudes aborder un nouveau rivage, pleurent la fin de la traversée comme si cette fin signalait le terme ultime, ce sans voir que tout rivage abordé fait signe vers un monde nouveau, riche de fruits inconnus. Et, elleux, gargouilles inertes, meurent du scorbut. 




On peut noter que l’exemple des Argonautes trouvent un retentissement particulier, navire aux pièces changées tout au long de sa traversée et conservant toujours le même nom, ainsi nous le remettons à la mer avec son équipage de matelot·es. 




contenait la fin de tout sans voir que le rivage abordé donne à voir et à explorer une contrée nouvelle, riche de fruits inconnus. Alors ielles meurent du scorbut. 



Et ielles ne se rendent pas compte combien elleux appauvrissent en réalité elleux-mêmes la langue et la pensées qu’ielles pensent ainsi défendre. Ne connaissant plus d’usage que la féroce ironie qui signe toujours la défaite et la résignation, solidaire indissociable de la lose. Voilà que quelques ouvrages ironiques paraissent, quelques vidéos moqueuses d’acteurices à la lèvre torve et nous les regardons avec pitié du rivage nouveau. 

 

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15 février 2021

La fête

Chapitre 9 - Tentative de restitution de l'écho de la fête
Tard, dans la fête, dans une grande maison louée pour l'occasion, on y trouve de tout. Le narrateur et Sélim, un de ses amis, finissent par se retrouver. Déambulation dans le bruit. 
la fête :
donne un soin
je me connecte
le cuir du
 bangladesh
je le vois comme si c’était une part de vous
D’occase’
je vois légère
à sa place
la nouvelle boutique de Laura … 
la nouvelle collection
La marque admise
appris à penser résultat net pas CA
haha
(fa dièse)
dis siri évolution du…
depuis 2009
Le Zimbabwe
L’évolution du Bitcoin et des cryptomonnaies en général
les musulmans les juifs les féministes
sur rouge
oh fuck
E||-----------5--7------------7--|--8---------8--2----------2--|--0---------------0--------|
B||--------5------------5--------|------5-------------3--------|------1-----1--------1-----|
shi shi shi shi
Versets
fais gaffe
chez moi
uber
rien ne bouge
clés de notre vie est dans
la contemplation.
shadenfreunde
to 
dix ans de marketing, un passage par Singapour,
la faillite, le privilège, fooding, beaucoup de travail
heaven
le CICE (note pour la postérité)
Un cré
les profs
je suis
heeeeey devine dans
Le CDI, les paresseux
immobilier
le relou
oh non
méfie toi
hihi
ordel de m
as qui je suis
ques tce qu iest pl usét hi queen tre uncu ir de s yn thès eet lec uir lep lus pr o pre
la scène revient en boucle
souche mutante
pas sûr, je ne suis pas sûr de
à ce qui paraît
…pales 2024
haine amour passsion changement disruption transformation
sous deux formes :
  • Hey ! Je te cherche partout, on m’a dit y a un mec chelou qui se pose à côté de nous…qui dit rien, qui se barre. Je me suis dit, ça peut être que toi ça…
  • Ouais…
  • J’ai suivi la rumeur haha t’as laissé une piste en pointillés de rumeur
  • …pointillés de rumeur tu parles bien dis moi.
  • Oh !
  • t’avais qu’à remonter la piste…facile
  • Facile !
  • Ouais, bravo le chasseur…
  • Merci, merci ! J’aime qu’on reconnaisse mon talent
  • Bon, t’as pas une chienne à chasser là
  • Oh…ouais non…elle m’a un peu fait chier charlotte là…puis je suis plutôt sur Estelle là…
  • Haha mec…
  • Quoi haha
  • Mec…
  • Quoi mec…
  • Bref
  • Non pas bref, vas y exprime toi
  • Vas-y je me barre, t’auras qu’à remonter la prochaine piste les « pointillés de rumeur »
  • Tu casses les couilles là…
  • Ouais, voilà…par contre lâche moi…Sélim, j’aime pas trop quand tu fais ça
  • Euh…je te tiens pas…t’as pris un truc ou quoi ?
  • La vie, Sélim, la vie
  • Haha, t’es trop con…tu parles de mes phrases et tu lâches « la vie Sélim, la vie »
  • Oui, bon, on va pas rester dans le drame…
  • Bref Estelle…
  • Ecoute…vas-y vas te casser les dents, ça me fera rire ça.
  • J’ai bien éclaté le fiak de Lu…
  • C’est pas Lucile, Estelle. C’est une vraie personne Estelle.
  • Pas moi ?
  • Oh mec, viens on va se défoncer ou quoi là tu me gonfles.
  • Vas y fais pas la gueule, désolé…paye moi un taz, on fera des câlins. 

Corps nus indistincts, lumière aiguisée, regards, peaux.
discours scandé je ne parviens pas à articuler la protestation j’entends le discours parasite, là, qui gâche mon extase
Un personnage très iconique et intemporel, qui puise sa force dans un domaine particulier.
Il est là en face de moi. Je le vois comme je vous vois et je sais que c’est une part de vous.La personne, souvent enfant, dans une scène de vie semblant surgir d’un souvenir.
Cette scène revient en boucle, comme si elle était marquée au fond de son âme, tel un leitmotiv.
Très souvent, je vois la personne dans la nature : elle y est exaltée, légère, à sa place.
Quand je partage ces visions, je me confronte souvent au fait que la personne vive en ville, travaille beaucoup et ne prenne pas souvent le temps pour sortir de son environnement direct, loin des préoccupations du quotidien.
Mais Prendre un moment où personne n’attendra rien de vous. Où votre seule mission sera de sortir de chez vous et vous immerger dans le beau.
Marcher dans une forêt, regarder le ciel, nager dans la mer ou gravir une montagne n’est pas juste un hobby, c’est un moyen de vous reconnecter à vous et remettre les pendules à l’heure.
Eté comme hiver, il est important de prendre ce temps.
-
Vidéo : Col de la Bonette, juillet 2020
Musique : Pyramid Song - Voces8 (Radiohead cover)
J'hallucine un cours
de marketing digitial
une conférence
j'hallucine une messe
instagram
- je kiffe

 

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10 février 2021

A toi, le prince des monte en l'air

Cher as de la Cambriole, 

toi l’ouvreur de mon courrier toi celui qui furètes contre ma porte

toi qui déjà me dérobas quelques lettres

je te prie de revoir tes ambitions à la baisse

et d’éviter de pousser ton intrusion jusque dans mon intimité. 

  

Sache que je n’ai pas la miséricorde de Brassens qui, pardonnant, le larcin chantait Stances à un Cambrioleur. Tu ne recevrais de moi qu’imprécations et colère. 

Tu n’aurais, de toutes façons, à ne voler ici que des dizaines de recueils de poésie, un peu de bazar et peut-être un potimarron. Quelque chose me dit que tu ne cherches ni un libraire, ni un primeur ; pour arranger le bazar ne t’en fais pas - merci de ta considération - je m’y retrouve.

 

De même pour mon courrier tu n’y découvrirais que quelques revues de littérature, certaines décevantes, parfois la presse ou même des factures - tu peux t’en acquitter.

Si tu aimes tant la poésie tu peux aller me lire ici proses.canalblog.com on y trouve toutes sortes de vers et même 

un avertissement pour un cambrioleur

Peut-être te reconnaitras tu ?

 

Le plus souvent, je me trouve chez moi - c’est ainsi que je t’ai entendu après que tu dérobais mon courrier - et je sais les gens de ta sorte trop timide pour ne pas craindre les rencontres. Alors…ne viens plus, j’aimerais t’épargner cet embarras autant que le goût du laiton ma canne. Je ne saurais te dire le pire entre ta honte, douleur morale et la douleur physique d’un coup bien visé.

Ton goût pour le risque, ne le pousse pas jusqu’à cette expérience. L’ignorance peut-être une vertu et le savoir un poison. 

 

Je n’aime pas faire la leçon, vois-tu, mais…nécessité fait loi. Et celle-ci a parfois les rigueurs d’une lèvre fendue. 

 

Pas du tout bien à toi,

 

Jonathan

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07 février 2021

Cuisine

Atelier d'écriture : Thème Cuisine. 

 

Tu découvres un jour la mandoline ou le rasoir à légumes. L’économe toujours te faisait perdre ton temps. Il demandait une agilité formée depuis l’enfance et l’enfance tu l’avais passée sur les terrains de football. T’imaginant selon la saison Porato ou Ronaldhino  ; d’autres imaginations te traversèrent, évidemment, jamais celle du maniement de l’économe qui, par jour de disette, faisait office de rapière un peu grotesque pour les bagarres où dix mille Dartagnan s’affrontaient dans le battle royale de la récréation de 10h.
Le rasoir à légumes s’appelle Castor si tu en parles à de plus expérimentés, d’une autre génération, il y a longtemps qu’ils le connaissent et l’emploient sans jamais avoir rien dit de leur secret. L’économe, instrument de torture qui, plutôt qu’à la cuisine saine conduit au McDo. 

 

Comme tu n’es pas parfait, même retouché, tu as commandé le rasoir à légumes Castor sur Amazon. Petit appareil en inox au manche mal fichu…au début, franchement, tu n’as pas été convaincu. Parce que tu l’avais payé, deux euros seulement, certes, tu l’essaies et la peau des légumes, comme pétales arrachés par les prières d’amants, en délaisse la chair. La courge butternut c’est le boss final des peaux de légumes. Tu lis sur Internet, sur le blog d’amandinecooking ou des sites plus institutionnels comme marmiton qu’il faut passer la courge butternut au microondes pour affaiblir ses défenses extérieures et la bête encore chaude y plonger l’économe avec la vigueur de ton dartagnisme d’enfant. Tu vaincs cette croûte, c’est sûr, et à quel prix…Pyrhus ne connut pas de victoire plus aisée. 

Tu fais passer le rasoir à légumes castor, deux euros sur Amazon, le long de la courge butternut et la courge butternut cède comme cède à la flatterie les hôtes de ces bois. Nouvelle fable le castor et la courge, la caresse de métal et l’éclat de l’inox. 

Tu as aussi acheté un set de couteau allemand et un aiguiseur. Tu apprends, avec l’âge, que la longue tige, qu’on appelle un fusil, et contre quoi les cuisineurs bateleurs frottent leurs lames, ne sert à rien. Le fusil redresse la lame sans lui rendre son tranchant. Au final…il ne s’agit que de folklore. Ton aiguiseur impressionne moins, on glisse la lame dans une sorte de gaine et on frotte. Ca n’a pas le charme antique du fusil ni celui de la roue en pierre des forgeries. Minuscule outil qui ne va pas sans honte et qu’on dérobe à la vue. C’est que tu souhaites garder un peu de mystère. 

Comment veux-tu que je te blâme moi qui manie le micro-ondes avec une adresse inquiète m’étonnant chaque fois de ce que

Les micro-ondes sont des rayonnements électromagnétiques1 de longueur d'onde intermédiaire entre l'infrarouge et les ondes de radiodiffusion.

dont le miracle vaut, il faut le dire, l’acharnement inutile de la lame contre le fusil. 

Comment veux-tu moi qui passai ma vie à attendre à table que maman sorte du four ses trois heures de travail et moi qui rouspétait de la tiédeur du plat ou, plus criminel tu me l’accorderas, la surabondance de courgettes.
Maman, pour me faire passer le dégoût des haricots verts, disait du jardin comme si de venir de je ne sais trop quel arrière-cour de je ne sais trop quel arrière-pays m’éviterait le dégoût. Je me demande ce que l’on pourrait ainsi faire sortir du jardin ? Et si devant le juge dans sa douloureuse hermine je disais désormais mon crime venu du jardin ? éviterais-je ma peine ? Le code pénal, peut-être prévoit, une circonstance atténuante ou tout à fait exclusive pour ce qui vient du jardin. Comme l’abolition du discernement vous exempte de toute peine. Ainsi, criminels, gardez toujours sur vous un peu de terre au moment de vos meurtres expliquant que tout ceci, la terre et le geste, vient du jardin. 

Toi, tu n’en es pas là. Tu laves ta planche à découper le soir même, parfois. Le plus souvent à midi en pestant. La table du salon tu la laisse jonchée de restes de la veille. C’est une façon de te dire que tu as un passé, de maintenir de la veille, la réalité de ta performance. Tous les matins, on retrouve les reliefs des repas comme on écrivait dans la littérature du XIXème, tu expliques que ce sont comme des ruines, des témoins et si on t’objecte que ce ne sont jamais les mêmes, que les ruines n’ont de sens que dans la durée, tu rétorques, un peu méprisant, que ce sont des ruines de tes gestes et non de la chose. 

Tu soupires souvent à défaut de roter. Notre culture occidentale admet mal nos existences gazeuses. La civilisation Occidentale est lourde de ses pets retenus. Elle va, péter sur d’autres continents depuis longtemps maintenant, des voyages de Bougainvillier à l’invasion de l’Algérie et les tapis de bombe de la guerre irakienne. L’Occident, ah qui l’eut cru, une indigestion. 

 

Tu regardes d’un oeil la recette du soir. Tu as épluché tes pommes de terre, Belle du Fontenay, tu fais attention aux AOP, maintenant, je ne sais quoi en penser de mon côté, avec ton castor à deux euros de chez Amazon. La recette te demande de les rhabiller, elle dit en robe de chambre et hésite avec robe des champs. Tu enserres la pomme de Terre, nue, puis changée, en une nouvelle toilette. 

 

D’autres parleront avec abondance ou de fromage ou de truffe ou de sushis. Qui, à leur manière, sont des miracles. Miracles trop ordinaires, comme le fusil où étincelle pour rien la lame du couteau. Toi tu as choisi les petites choses qui ne demandent pas d’agilité particulière, les légumes simples du jardin et les tubercules que rien ne gâchent. Tu as fait le même choix en poésie, la chose simple et facile, dire tu à chaque ligne pour charmer l’oreille ainsi qu’on recouvre de sucre certaines fadeurs leur donnant un instant la couleur de l’amour. 

 

 

 

 

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02 février 2021

St. Georges

Saint-Georges
Dimanche 31 Janvier 2021 - 23h21 -
Ligne 12
La ligne 12 traverse Paris du Nord au Sud et se distingue des autres lignes du réseau métropolitain parisien. Contrairement aux autres, exploitées et fondées par la Compagnie Métropolitaine du Chemin de Fer, la régie de la ligne 12 était échue au Réseau de la Société Nord-Sud. Pour cette raison cette ligne 12 - ligne A de l’ancienne nomenclature - conserve des originalités rendant ses stations, en quelque sorte, plus charmantes. On y trouve une multitude de faïences, de petits carreaux colorés dans le style Art Déco - je suis un grand fan - le nom des Stations se constitue de mosaïques tout à fait hors-sujet. Qui se donnent des airs d’une antiquité romaine. Rappel de ce que le métro parisien a bien un siècle et qu’il y a un siècle, déjà, on voulait faire ancien.
Aujourd’hui, lorsqu’on rénove ces stations on leur garde au mieux leur apparence préhistorique pour une mise en spectacle du passé. Restauration d’une autre sorte.
Ici pour qui veut effectuer l’archéologie on trouve l’Histoire en délogeant quelques morceaux secrets de faïence là, le petit sigle NS, qui témoigne d’une propriété caduque, est gravé sous le nom des stations.
Ma présence sur le quai se justifiait : je devais retrouver l’amoureuse dont le train, en provenance de Nice, entrait en Gare de Lyon avec 2h10 de retard. Comme je venais de rater mon métro il me fallait attendre 9 minutes sur le quai alors j’ai décidé, pour m’occuper, de découvrir la station au-delà des mosaïques, des faïences, de l’article Wikipédia et son savoir technique. Au cours de l’entreprise je pus établir un certain état du monde contemporain. Trouvant, dans les éléments divers (pas tant que ça) la synthèse de mon époque.
Ce qui m’a saisi d’abord c’est cet affichage là s’inquiétant du sort des femmes dans les pays francophones et demandant aux gens pareille inquiétude active :
Appeler ceci publicité apporte toujours du trouble. Qu’est ce qu’une publicité. Son statut se définit-il par son objectif : vendre un produit, faire connaître une marque ? Ou par son contexte disons…d’énonciation se retrouver dans le lieu déclaré de la publicité ?
La publicité ce n’est plus aujourd’hui, comme à son origine, simplement rendre public, porter à la connaissance de, mais infléchir et orienter des comportements. La publicité reproduite ici poursuit aussi ce but : orienter des comportements (vers le mieux, l'éthique, la protection).
Autre chose encore m’a intéressé ici. Cette affiche a été investie par des individus sans que très clairement je ne saisisse le sens des différentes interventions. Celle, radicale, en lettres capitales dit « à force de dire aux femmes qu’elles sont faibles elles finiront par le croire » et je ne sais s’il s’agit d’un discours féministe ou, à l’inverse, d’un discours prétendant que les femmes étant déjà assez reconnues dans le système actuel il ne sert à rien de défendre spécifiquement leur cause - il signe au masculin me laissant penser que la deuxième lecture est juste. Une réponse critique et fâchée y est apportée.
Soit.
J’ai décidé d’observer de plus près cette publicité. Non pour fournir une analyse des codes et de la mise en scène qui y commandent mais pour observer ses marges. Ce qui n’appartient pas au message explicitement porté tout en se trouvant bien là, inconsciemment. 
Ici, littéralement dans la marge, on lit le nom du cabinet qui a réalisé cette publicité donne son nom.
Mlle Pitch.
 Mademoiselle cette publicité, qui très clairement s’inscrit dans une dynamique féministe en appelle à une agence dont le nom même contrevient au message. Mademoiselle. Plus loin, encore, est inscrit le nom du photographe : Fred Leveugie. Un homme.
On trouve déjà, ici, une synthèse et un commentaire : une affiche féministe, un débat entre des individus en lettres capitales et rageuses, des auteurs pas si féministes que ça.
On y trouve une autre idée : chaque fois, dans les stations de métro, une des publicités a bonne conscience, qu’elle défende une cause humanitaire, informe sur un désastre, demande des financements.
il faut mettre au jour l'inconscient des formes. 
(ouh)
Alors, j’ai continué ma marche dans la station - 90 mètres pour découvrir un peu plus ce qui habite mon époque. J’ai découvert Tiphaine, 52 ans :
directrice d’une société de 500 salariés en Bretagne. Tiphaine a donné 2000 euros pour réaménager l’espace parents-enfants du centre de santé proche de chez elle.
Puis, le slogan « être Mécénactrice c’est investir pour l’avenir ».
80% des entreprises mécènes choisissent de financer localement des projets sur leur territoire.
On y trouve des choses joyeuses : la mise en avant d’une femme, noire, la solidarité des cheffes 
d’entreprise, l’aspect local des initiatives afin de cibler des besoins particuliers…
Oui.
Mais.
Mais.
Il s’agit d’un centre de santé et sa gestion devrait, doit, absolument, impérativement, exclusivement, appartenir à l’Etat. Ici, on me dit l’immixtion du privé dans le public, on me dit la dépendance du service public, donc de l’accès à un soin de qualité, à des choix particuliers.
Au-delà de la belle histoire de Tiphaine en creux s’annonce l’effacement de l’Etat seul garant de l’égalité entre les territoires…Alors, si dans la Creuse ou en Seine-Saint Denis à l’horizon l’espace parents enfants du centre de santé proche d’aucune Tiphaine continue à se désagréger…
Les stations produisent du sens en dehors des publicités. Face à la mort habituelle et la mise en garde commune du ne pas descendre sur les voies s’affiche désormais le virus mortel qui parasite nos vies. Le nouveau danger échappant à la mort commune se rappelle partout, descend jusque sur le quai du métro et dans la rame. Moins létal que le coup de semonce du métro cependant. Omniprésent.
D’autres publicités parlent du monde qui nous entoure.
Celle proposant une application sportive. Qui dit à la fois la sédentarisation des activités (faire du sport chez soi) la quête de bonne santé, la numérisation de nos pratiques (une application). C’est une publicité de l’air du temps comme en d’autres époques une publicité pour le Yoga, autre mode, autre bien-être.
La publicité pour food chéri s’inscrit dans la même dynamique, mieux manger, mieux 
consommer, utiliser son application tout ça avec la grâce ludique du jeu de mot.
On y trouve aussi le truisme publicitaire, celui qu’on attend les fameuses publicités culturelles, on annonce une production artistique, un film grand public, une pièce de théâtre…Ca nous dit que la création ne cesse pas, que des objets culturels continuent d’être produits et que des manifestations publiques se tiennent - se tiendront - encore. On pourrait analyser le contenu de ces publicités, montrer les trajectoires que prend le cinéma grand public et tous ces trucs qui appartiennent aux professionnels de l’ennui - je ne saurais me compter parmi eux étant chaussé, déambulant sur le quai, de bottes Jeffery West en (fausse) peau de serpent et peuplées de (vrais) clous.
On trouve d’autres publicités à visée humanitaire qui ne manquent de nous serrer le ventre et perdent hélas l’essentiel de leur impact de côtoyer food chéri et fizzup comme si je peux alors éviter de me confronter directement à cet immense violence, distrait que je serais par les couleurs criardes et le ridicule de toutes les autres publicités. Diversion…La fondation Abbé Pierre fait ce qu’elle peut et raconte, elle aussi, plus tragiquement encore, l’échec du Service Public. Des être humains vivent et meurent dans la rue et des associations tentent de toute leur force - jusqu’à la publicité - de les faire durer. Sûrement Tiphaine donne mensuellement ou ponctuellement, avec un abattement fiscal de 66%, une partie de ses ressources à Amnesty International.
D’autres publicités visent - avec homme noir à tresses antithèse du bon citoyen il y a 10 ans - la bonne conscience écologique et nous incitent à mieux jeter ce qu’on a mieux consommer. Une cohérence apparaît : faire du sport, avoir faim, jeter. ô cercle parfait des contemporanéïtés. La perfection moderne, c’est pas des lol. L'exactitude de ce système me donne un instant envie d’y croire et de m'y fondre (voir le PS)
Je crois que cette promenade souterraine m’a beaucoup instruit.
Le métro arrive, je changerai à Madeleine pour prendre la ligne 14, la première automatisée de Paris, celle qui n’a pas un siècle, ne fait pas de bruit. Encore un commentaire du présent. Décidément.
PS : Souscrivez à la banque la moins chère pour la 14ème année consécutive. Code promo en MP et argumentaire de vente pour la souscription d’un contrat d’assurance vie recommandé par Rotschild (52,29% sur 30 ans).
                                                                             

 

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29 janvier 2021

YouTube - expropriation

Au printemps 2017, dégoûté par l’écriture lyrique que j’ai pratiquée pendant 15 ans, j’ai eu le bonheur de rencontrer les objectivistes américains. J’ignore franchement ce qu’a été précisément leur esthétique, s’ils écrivirent ou non un manifeste conceptualisant une démarche, l’inscrivant dans le blabla généalogique. 
Je les interprétais librement par les bribes lues, et faisant, surtout, de leur nom la base de ma démarche.
L’objectivisme s’oppose, littéralement, dans sa dénomination même, au lyrisme. Processus de décentrement, de mise à distance du sujet, repoussant le je - le suspendant à un croc de boucher - aussi loin que possible. Je qui n’a eu cesse de pourrir de ses misérables affects dont il imaginait les miasmes de la dernière importance - il fallait partager la puanteur et Dieu jamais je n’ai été aussi prodigue de ma vie. Alors. Les objectivistes. Pound (qui n’en était pas) Reznikoff (qui en était) me permirent de brûler ce que j’avais aimé - la fougère surréaliste - et, surtout, résidu de feu lyrique et de l’histrion en moi qui ne laissera jamais ses habits de cirque, l’utiliser pour mener la guerre contre les autres auteurices du forum. 
Il était temps de faire feu, j’assemblais en un petit bûcher les gares où les trains ont des mines tragiques et les bagages toujours lourds de secrets et de mensonges - toujours le poème trébuche sur le quai et la valise révèle son imbécile excès - j’ajoutais pour combustible les métaphores insipides - transparentes jusqu’au trouble-ment - qui agissaient comme les bonimenteurs. On fait croire à la foule impressionnable je ne sais quoi, le miracle du produit, le ressenti, puis on réussit la vente, le poème a plié bagage, on s’est fait arnaquer, on fait comme si non - comme après un mauvais spectacle auquel on trouve toujours du miracle parce que la place était chère. Poèmes-trucages. 
L’objectivisme m’offrait aussi - plaisir des vaniteux - le prestige de la nouveauté qui ne va pas sans risque - autre prestige. L’accusation de moderniste - cocasse pour un mouvement du milieu du 20ème - pèse toujours sur les expérimentations, on les disqualifie à cause de ce qu’elles jurent trop, toute l’incrédulité que l’on devrait avoir pour le bonimenteur s’exerce ici. 
Moi, j’adoptais la posture du minoritaire, je dessinais les positions, je traçais les frontières, je plaçais les termes du débat. C’est le luxe du dominer de pouvoir découper l’espace, il manifeste et pose les termes de la discussion, c'est lui qui nomme le eux et nous qui, aux yeux des dominants, est toujours caché, implicite. Le dominé sert de révélateur. La frontière est tracée on ne peut plus l'ignorer. La guerre commence. 
Puis j’ai fait feu. On a aussi fait feu. 
Mon frère l’année précédente m’avait offert un recueil d’un poète que je ne connaissais pas : Xavier Bordes. J’avais négligé le livre dont le titre, dans mon souvenir, était une sorte de parodie involontaire de Celan, quelque chose comme Pierre de Personne - dans ce genre de poésie tout devient Nom Propre comme si Dieu toujours rôdait pas loin et qu'il fallait, par anticipation, préparer la louange.
 
 L'objet tombait à pic.
Pour augmenter le feu objectiviste - crépitement silencieux du pixel - je m’étais filmé lisant certains poèmes de son recueil. Je me tenais très droit, adoptant la posture des lectures officielles, et après chaque poème je déchirais la page qui l’abritait et chaque lecture entraînait une déchirure plus rageuse jusqu’à ce que je me débarrasse par la fenêtre du recueil tout entier. Cette vidéo je l’avais publiée à l’été 2017 sur youtube, accessible depuis un QR code semé un peu partout, y compris sur le blog de xavier bordes. J’écris ceci alors que l’affrontement, ici, sur le forum a expiré - lien mort. A cette violence a fait suite l’hybridation, la synthèse des esthétiques, en somme je suis intégré au canon, on discerne encore la marque de la frontière mais, disons, que désormais nous sommes de la même nation et de régions différentes - frontière comme cicatrice, nous nous souvenons.
J’écris ceci parce que j’ai reçu une notification de YouTube m’annonçant que, parce qu’elle incitait au harcèlement, ma vidéo allait être supprimée sous sept jours, qu’elle avait quitté son statut public pour n’être visible pendant ce temps que par moi. Une sorte de procédure d’expulsion, en somme, on me permet de ramasser mes affaires avant que je ne doive débarrasser le plancher - se pose la question de notre dépendance à des plateformes omnipotentes, juge et partie. Ceci me donne aussi l’occasion de réinterroger, explicitement, mon rapport au je qui, par haine de ce je lyrique, avait contaminé toutes les écritures de soi qui me paraissaient toujours insupportables et bonimenteuses.
"mise en garde"
"supprimé
"cyberharcèlement intimidation"
les termes me terrifient
je suis celui-là rrr
Aujourd’hui, des esthétiques du je peuvent me parler et me saisir. Je n’ai pas encore lu Annie Ernaux qui, si j’en crois ce qui se raconte - et de conteuses fiables - appartient à cette trempe. J’ai lu Marie Calloway et je lis actuellement Maggie Nelson qui rendent au je à l’écriture de soi, quelque chose de vrai, à quoi et qui je peux faire confiance. Le je lyrique est un jeu menteur qui n’a pas la grâce du je rimbaldien, vrai travail, vraie question sur la langue. Pour les lyriques Il ne s’agit que de faire semblant sans l’admettre, de jouer très sérieusement à faire semblant, donc à tromper. Le bobard métaphysique des ronces et des rossignols. Le but c'est d'impressionner et de se flatter soi-même d'être si sensible.
Ce que j’admire chez Mary Calloway autant que chez Maggie Nelson c’est que quelque chose va m’atteindre, m’être absolument intelligible malgré ce qui devrait nous séparer (Maggie Nelson cite une phrase de Wittgenstein qu'elle habite tout au long de son livre "l'inexprimable est contenu dans l'exprimé, elle s'arrange tout au long du livre avec cette phrase). Leur écriture, au delà de sa beauté, fait signe vers moi, va, clémente, jusqu’à m'atteindre moi qui me trouve pourtant de l’autre côté du genre, donc de leur expérience, moi même qui écrit en une autre langue et, parfois, à une autre époque (mediums, au sens mystique?)
Il y a autre chose encore, encore. Ces écritures pensent et se pensent. Se pensent au delà du simple travail formel, se pensent à l’intérieur d’elles-mêmes et se pensent dans le monde, en interaction avec lui. Ecritures responsables (?). Elles questionnent le narcissisme inhérent à toute écriture de soi, elles posent la question, le problème si on peut dire, de la culpabilité intrinsèque liée à cette écriture. 
Quant à s’écrire soi pèse toujours le pénible poncif d’Adorno après Auschwitz fin de la poésie question réglée, au suivant. 
Pourtant quelque chose de juste, de nécessaire, se tient ici, dans cette question, dans ce poncif quelque chose qu’on doit interroger, pour le surmonter ou non. Est-ce que j’ai le droit de m’écrire quand d’autres souffrances, des souffrances qui touchent la vie même, qui touchent la durée immédiate d’autres individus, cohabitent avec moi - ou, même, surtout, ne cohabitent pas. 
ce ?
de la question
le
?
a la forme d’une oreille
(je joue)
il est entente
écoute
?
cette question
écoute
bienveillante
me fait place
?

Camille traite, d’une certaine façon, cette question dans l’un de ses textes sur le forum. Elle travaillait je crois dans une association accompagnant des personnes précaires, d’une précarité extrême touchant, au delà de leur existence purement matérielle - se vêtir, se nourrir, s’abriter - leur présence ici, sur le territoire. Présence réelle, concrète, présence sur laquelle pèsent les centres de rétention, les vols charters, les décisions administratives obligation de quitter le territoire français sous un mois. Non pas la Présence de Xavier Bordes. 
 
(si P majuscule
P de Pré-fecture de Police)
Face à ces situations l’écriture, l’art, au delà du terme un peu stupide d’indécence, se présente dans toute son absurdité. Commettre ce geste, d’écrire, de commenter, de parler de soi quand d’autres, leurs gestes, se dirigent exclusivement vers la survie, la durée, la fuite, quand le sentiment premier, manifeste c’est toujours la peur, la peur primordiale. Et pourtant…pourtant immédiatement après avoir écrit ceci, parler de leurs peurs, les rendre, eux des autres je dis, suis en train d'avouer, dans toute sa totalitaire puissance ma (notre) position de privilégiée. Ces personnes conservent une intériorité intacte - menacée - des rêves, de la colère, la vie toute puissante - attaquée.
L’administration ne parvient jamais tout à fait à les en dépeupler. Même à Auschwitz. Même à Auschwitz. On a pas exproprié la vie et donc le poème. 
 
Ces questions nous concernent bien davantage qu’elleux, nous nous les posons à nous mêmes, c’est nous qu’elles animent et qu’elles déterminent dans, entre autre, notre rapport à l’écriture. Ces questions comptent absolument. Elles sont primordiales, au sens strict, elles précèdent le reste, c’est le je qui en résulte qui nous conserve notre humanité, qui nous distingue du je lyrique, inerte, méchant.
Maggie Nelson traite cette question dans les Argonautes. Elle ne la prend pas directement, en charge et fait parler d’autres autrices. Elle l’énonce de biais, par la voix d’autres femmes, sans qu'il fasse aucun doute qu'elle en soit à égalité l'énonciatrice.
Chose intéressante, ce sont toujours des femmes qui parlent de ces choses, qui les abordent en tant que ce qu’elles sont, là, des choses, matériellement, devant nous, ces vies en périls et font face à notre (leur?) énonciation de soi, de nos (leurs) problèmes, de nos (leurs?) peurs et nos phobies- est ce que cet enfant me ressemblera (elle pose la question), est-ce que j’ai le droit d’aimer quelqu’un du même genre, Trump ou Biden etc - (leurs.)
Derrida a beau conceptualiser, de façon très belle et pertinente, le concept d’Hospitalité, il ne peut s’empêcher d’y ajouter la majuscule qui en fait un lieu inhabitable, inhospitalier qui perd sa réalité. 
 
(Maggie Nelson, lorsqu’elle convoque des Concepts s’appuient essentiellement sur des hommes.)
L’enjeu tient dans cette question, le fait de nous la poser, elle qui nous sidère, qui nous offre le doute, nous épargne la chose la plus toxique : l’évidence. 
Si la question sidère
L'évidence fige rigidité
des morts.
On ne la dépasse pas, la question, on vit avec, comme une conscience, ni mauvaise, ni bonne. C’est ce doute, je crois, qui me donne à vivre leur écriture comme vraie. Qui me fait saisir l’universalité de leur position, de ce qui ne pourra jamais me concerner directement, être enceinte, être harcelée, avoir peur du viol, être libre en étant enceinte, vivre avec le paradoxe de vouloir être libre et vouloir un gosse - question omniprésente. 
C’est ce doute qui donne à ces écritures un je véritable. 
je n’a pas la forme d’une fougère engourdie sur le divan du psychanalyste. 
Je pense ici à 
La phrase de Valéry que cite Miyazaki dans le vent se lève. 
Le vent se lève, il faut tenter de vivre
Je crois que ces écritures, et donc ces écrivaines, tentent de vivre. Les deux verbes comptent à égalité tenter et vivre. 

ici, je suis saisi par mon intellectualisme forcené, l’envie soudaine de produire une analyse de ce qu’un verbe, tenter, est précédé d’un auxiliaire et l’autre infinitif radical. 
Une interprétation qui ne répondrait pas aux règles strictes de la grammaire réelle mais davantage d’une sorte de logique de psychanalyste. C’est à dire extorquer un sens possible et délirant d’un corps qui ne demandait pas grand chose. C’est à dire que je suis un homme et que je ne peux m’empêcher d’écrire Vivre.  
La question, le doute, ne s’expose pas explicitement, à chaque page. Ce doute n’est pas le sujet de leur écriture.
L’une des façons de la dépasser, qu’on observe chez Maggie Nelson - et qu’on trouve chez Foucault qui est aussi un être de majuscules ; les siennes plus pertinentes et Foucault, de façon citée ou non, irrigue Maggie Nelson - c’est d’admettre qu’on ne fait jamais que l’expérience de sa propre subjectivité et, par là, de sa propre douleur ce qui nous mène à la traiter avec le dernier des sérieux. La bienveillance que l’on s’impose n’est pas une discipline moins difficile qu’une Hospitalité abstraite et, ce souci de soi, est, je crois, la meilleure école de la bienveillance et du souci des autres, le laboratoire, en quelque sorte, de notre humanité que l’on répand, ensuite, dans nos livres, nos paroles ou nos gestes. A la fois aux guichets devant la CAF, dans nos rêves et dans notre propre durée qui a, aussi, la valeur la plus absolue.

S’il y a une honte, je ne démords pas, au fond, de ma colère antilyrique, ce serait de ne pas poser la question. Ne pas la poser c’est considérer, au fond, que n’existe réellement que notre propre subjectivité, que notre propre expérience est la seule réelle et valable. 
Je crois, au fond, que je développe une certaine jalousie pour ces écritures, pour ces finesses, pour ces majuscules abolies. Elles me renvoient à ma position qui ne peut qu’interroger abstraitement sans toucher pour de vrai et me contenter de tricher, de donner le change, au fond, ne me distinguant des lyriques que par une lucidité de dernière minute. Parce qu’hélas la conscience de ce qu’on porte de gestes ne nous empêche jamais de les commettre. Je fais l’expérience, douloureuse je crois, de ne pouvoir dire ça. Ou plutôt ça. 

 

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24 janvier 2021

Roman - Chapitre non classé - Trahison d'Etienne

Trahison d'Etienne (passage qui ne suit pas directement les chapitres précédents, les groupes d'amis éclatent toujours, les ambitions et les forces deviennent asymétriques, on ne veut plus la même vie ; on ne la peut plus, surtout)
Il faisait désormais partie des prêts à tout, ses yeux étaient prêts à tout. Son ambition c’était la gloire, devenir BHL, disputer avec Zemmour, écrire de petits opuscules à succès, rempli d’une morale banale et satisfaite. Il avait raison, après tout, mieux vaut être BHL, que l’errant les revues, les petites 
salles de théâtre, le monde misérable, dépouillé, sans caractère. Ce qu'il y a prendre, le prendre, le prestige et toutes ces choses "nourri de grec et de latin, je suis mort de faim" les abandonner. 
Dans son livre "Argent" Christophe Hanna classe, selon leurs revenus, une certaine quantité de gens dont de nombreux artistes. Tarkos est à 407 et ouvre le livre. Lui, ne souhaite qu'une place. La dernière, la dernière encore sur une page imprimée, encore dans la littérature. La dernière. Les yeux prêts à tout, ça veut dire la fête s'il faut les drogues s'il faut, connaître le tour à la mode et s'y exercer. Jamais en avance, surtout pas en retard, pile dans son époque. Les femmes, les hommes. L'éclat artificiel des yeux morts ou désirants, la rivalité avec les autres, les autres au regard prêt à tout. Les flatteurs ratés les robes fanées. Il avait compris assez rapidement, juste assez tôt - toujours à l'heure, pile poil - qu'il ne parierait pas son avenir pour une hypothétique statue de bronze. Il dit, j'accepte ma médiocrité, en riant, il le dit avant de nous dire adieu. Je veux être le champion de l'imposture, le génie de la duplicité. Je suis à vendre, je suis à vendre et on me paiera cher parce que des yeux comme ça, des yeux prêts à tout, ça vaut tout l'argent du présent. 
Aucun scrupule à devenir Yann Moix, à me rendre en séminaire puis en pèlerinage chez Bernard-Henri Levy. Ecrire dans sa revue, la règle du jeu, trouver le ton, le ton pile à l'heure qui sent le foutre distingué et se pourlécher les babines de ce jus de triomphe pour moi aussi, un jour, être du côté des cracheurs...Alors, vous pouvez me mépriser, ravalant votre haine déçue. Je vous aurais oublié, le champagne m'aura donné de l'amnésie. Je ne serai pas triste, je serai accompli. A la fin de ma vie, très satisfait de moi-même, j'écrirai mes mémoires tremblants, racontant, l'air faussement amer, ce tournant dans ma vie. Vous qui n'avez pas su me suivre...Je ne citerai pas vos noms, vous n'aurez pas une minute de ma gloire c'est aussi ça...On la garde chichement, comme tous les riches, on ne partage pas, on est redevable de personne. Sauf de Bernard-Henri Levy.
Il n'avait pas menti. Il a tenu sa partie jusqu'au bout. Génialement, ayant beaucoup d'opinions politiques, passant de l'écologisme tiède au féminisme fade, le quasi-antiracisme et l'air toujours indigné. 

On a pu le lire en nous marrant dans la règle du jeu de BHL ces phrases. Son adhésion totale au cynisme ne laisse aucun doute, jamais il n'a laissé quelque part une trace de la machination...Acteur si parfait qu'il se prît au jeu. 
"Quand Bernard Henri-Levy montre la lune, les rentiers de l'exotisme regardent le doigt"
"Bernard-Henri Levy au secours des ouïghours"
"Bernard-Henri Levy, la planète lui dit au secours"
"Bernard-Henri Lévy consacrait dans Le Monde un long reportage de terrain au Liban, sur les désastres commis par la tripartition du pays. Le texte, ainsi que les images, étaient limpides et accablants."
La signature Etienne Fromant s'élevait partout. Elle avait un prix, se vendait chère. Nous n'avions pas les moyens du moindre rendez-vous. Il nous avait prévenu. 
Seul Sélim aurait pu encore être digne de sa compagnie, après tout. Il la lui refusait. C'était sa seule défaite...Il n'en gardait aucune amertume, il la fit fructifier comme le reste. Seul ami du temps d'avant qu'il acceptait de citer, comme lui reconnaissant une égale dignité, il en parlait comme d'une blessure. Marquait un temps de pause dramatique avant de reprendre la parole une fois qu'il avait dit son nom. 
Il avait un secrétaire qu'il arborait comme une légion d'honneur. Ne lui restait plus qu'à être académicien pour tout à fait appartenir au néant. 

 

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13 janvier 2021

L'homme périmé

Je voulais rédiger le manifeste de l’homme périmé, homme passé-simple dépourvu de langage
l’homme périmé a des douleurs
qui n’ont plus de nom
Je voulus les dire avant de me rendre compte
que je n’avais encore
de colère que contrite. 
J’extrais des fragments de ce manifeste non-né. 
Je me souviens de la violence forcée, ce qu’on exigea de mes poings. Tommy, Nicolas, Guillaume souhaitaient me mettre en miettes, il y avait un jeu, l’humiliation dont le prix, sûrement, était ma peur. Ma peur, je la vendais cher mais trois bourgeois ont beaucoup de moyens. Ils m’usèrent, longtemps. Se distrayaient ensemble et je résistais seul. Un jour, je cédai à la violence physique et j’eus la paix. Il me fallait prouver, pour avoir la paix, que j’étais un homme. A priori on me déniait la qualité de mon genre et, par voie de conséquence, ma qualité d'être humain. Soupçonné de contrefaçon, en quelque sorte, je devais apporter d'épuisantes preuves, sonnantes et trébuchantes comme un coup de poing. 
 
cette douleur c'est le
moi-même
qu'on tente de tordre
et qui ne peut ni plier
ni rompre
qui fait mal
Ce que tu perds ici, à ces moments là, dans leurs tentatives de négation de ton je, de ton je singulier, aussi singulier que possible, de ton je en dehors de considérations raciales, ce que tu perds en dehors de ça, ce que tu perds au moment de cette atteinte à ton je c’est la possibilité d’entrer en relation avec l’Autre. La possibilité de comprendre les règles qui commandent aux usages. L'impossible lien avec le monde, avant le moment de la dispute. Pour rompre il faut déjà nouer une relation. Alors, tu n'apprends jamais le bon usage, les bonnes manières des êtres humains ; plus difficiles encore que les bonnes manières des classes très méprisantes. Au final, on te prive de la société, toi, ta force tu l’emploies à résister, à te défendre, à te battre eux…à savoir. Tu es contaminé par la méfiance. C’est important, on s’en servira contre toi.
Le temps passe, tu échappes aux premières négations :
Tu discernes des mots, ils dansent devant toi, sans former de blocs de sens. Te manque la grammaire secrète des gens populaires. Longtemps tu ne comprendras pas l’ordre des mots de ces phrases là. Tu as le parler préhistorique.
le long du majeur court
la cicatrice remonte
de l’os carpien à la dernière pliure 
du majeur
la cicatrice tourne ici 
à la droite du majeur gauche
insensible au froid
au chaud
au reste
écho ma chair
la plaie du monde 
Tu manques de subtilité, de doigté. Avant de t’exprimer il y a toujours pour toi une opération de traduction, un temps de réflexion qui ôte tout naturel à ton attitude. Te voilà au milieu du monde ta main enrouée d’une impardonnable maladresse, tu es gauche, empâté. Tu as beau mieux connaître la grammaire tu parleras toute la vie cette langue, leur langue, avec un inexcusable accent. 
Ce n’est pas au niveau de la classe. C’est plus profond. Plus profond ton inaccès à l’humanité. Plus profond tu n’en sauras jamais la raison sinon qu’on ne te sent pas. On ne te sentira jamais vraiment. Même après la guérison. Il reste une cicatrice impardonnable. La cicatrice agace le bourreau.
Je me souviens avoir admiré l’aisance sociale de certains, leur inimitable sens de l’orientation. Ils ont passé leur vie à arpenter les lieux dans lesquels ils parlaient la bonne langue. Ils y ont vécu mille expériences désormais sédimentées en eux, de là vient leur succès en tout, leur façon de commander et de savoir, toujours, qu’ils seront exaucés. Leur langue ignore le doute, ils ont arraché à leurs mains le tremblement.
moi 
fracturé 
je
forcé
mis en vrac avant 
de se former
je
recomposé depuis
mal 
à toute allure
matériaux trop bon marché
pour durer
je
effondré
on t'en veut de pencher 
de côté là
ou d'un autre
toi on ne te passera rien
tu ne sais pas quand arrêter
de faire des blagues
de l'ironie alors on se dit
il est odieux ce type
Je pense à Mickael et je pourrais ici penser à moi. Bien plus que moi, Mickael a été mis a la marge et aux décharges. C’est un garçon qui se montre toujours odieux, se contentant toujours du pire. Je le vois mal dégourdi, il fait ce qu’il peut. Souvent, à ces gens, au lieu de seulement refuser de les fréquenter, on prête des essences. Ces essences sont ce que la vie leur a fait.
Les sutures ne me font plus mal
les points de contact autour de ces brisures
les milliers de points de contact
forment amas
de peau 
insensible
Gauthier qui parvint presque à prendre serrer casser entre ses mains mon être et que je sus chasser à son grand désespoir. Violence et j'étais à ses yeux le traître. Violence contre ceux qui m'ayant déterminé une biologie séparée de la leur croyait avoir en même temps établi entre eux et moi une indiscutable hiérarchie. 
Je frappe Thomas dans le plexus qui se courbe en deux de douleur. Je frappe Milan dans les tibias de mes grosses Timberland, je frappe à coups répétés. Jamais la paix, toujours le cessez-le-feu.
Ils ne parvinrent pas à leur fin déclarée, je n’avais pas peur d’eux et je savais me battre. Si…j’ai eu peur parfois, si, j'ai eu peur, j’ai été épuisé, j’ai tenu bon. Ils parvinrent à une autre fin, celle qui met au dehors, en quelque sorte, du genre humain. Celle qui met au dehors pour bien longtemps après leur passage. 
On te met hors du lieu humain où s'apprennent les gestes de la vie. Là-bas ils répètent le rôle à tenir et moi je me cachais le plus loin possible de la scène. Ils répètent et quand tu entres, on finit par entrer, un jour, on te blâme de si mal connaître ce qu'ils répètent depuis la naissance. Il y a pire. On te blâme aussi de ne jouer à la perfection le rôle qu’ils voulurent pour toi. Ta liberté, comme ta révolte, sont coupables et le demeureront.
Subissant la cruauté et croyant que ma propre humanité était à ce prix je suis devenu cruel et cette cruauté me procura du plaisir et me donna du pouvoir ; j’ai joui de ce pouvoir par quoi je me reconnaissais enfin un homme comme les autres. Plaisir fade, pour rien, plaisir qui disait encore le triomphe du monde-qui-brise sur moi-même. Je me croyais au terme du succès en devenant le briseur ; fort de ce côté là de la fissure et de la force.
J'ai désormais quitté ces lieux d’échouage, je crois. Peut-être je me suis trouvé d'autres pays, d'autres mers et peut-être un peu de moi-même.
Tu n’es pas mis en morceaux à ce moment là, quand on t'empêche d'entrer dans le monde, on ne brise pas tant qu’on ne t'empêche, qu’on ne t'immobilise. On te laisse à la traîne et quand tu crois rattraper ton retard, on soupire de te trouver ainsi essoufflé. Tu caches la douleur du point de côté et on t’en veut de ta grimace. Tu entends les mots à voix basse qui disent encore ta mauvaise biologie. Tu ne dissipes jamais tout à fait le soupçon. Je me souviens d’une soirée chez moi, un an déjà, un ami et moi jouions à nous vanner. Quelqu’un intervient, quelqu’un dont la gentillesse et la douceur ne font aucun doute, et me reproche à moi une sorte de mal-essence. Je ne me souviens plus des mots exactement, je me souviens du reproche ontologique, disons, qu’ils contenaient. Quelque chose qui voulait dire qu’à ses yeux, c’était sûr, moi je ne jouais pas vraiment. Plaie, ouverte. Elle a dit peut-être, je ne te sens pas. Elle a sûrement oublié depuis cette parole-en-l’air.
on lit en petites lettres
le mot je
formé
autrement
aujourd'hui
je
qui touche à son but
détour par d’autres apnées
La sueur après la course, le sang caillé de la main juste cicatrisée, l’accent à l’haleine douteuse, toi
je
je moment de dire je
tu es revenu de bien des misères
et quand tu crois enfin qu’on ne te reconnaîtra plus
ains plâtré
poudré
On finit par dire de toi
je ne le sens pas
c’est le contraire 
je sens trop
je sens
la peur
et le pus
qui fuit encore par
moments
d’entre les sutures
les gens les plus tendres
disent et pensent
je ne te sens pas
qu'importe
Si tu fais de ton mieux ou
non
Tu pues du plus profond de toi
de la chose végétale morte née
son interminable pourrissement
Alors j’exhale la plante morte
la vie non-vécue.
les personnalités avortées
les je mis au néant
non en raison
de classe
race
genre
etc

 

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