boudi's blog

29 novembre 2011

Perdre la vie

Je suis parti mourir mais je n'avais pas pris ma vie.

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11 novembre 2011

Tara

Tara a des yeux bleus, on dirait que l'infini est venu y mourir.

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04 octobre 2011

Poète, ta gueule.

Le poète n'a pas de jolis yeux, mais des doigts étranges. Son visage réel est tout entier contenu dans ses paumes.

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27 septembre 2011

Un songe, un songe/

J'ai allongé l'orgueil sous le voile peureux de mon premier amour, est venue l'aventure et tous les prénoms sans détresse. Lucie, Camille, amusées, à se mettre dans l'ombre de ta migraine, à se glisser dans la trace des cris ici noués. Sans rien entendre des gémissements ici bénis. Des cris, des caresses sous lesquelles les corps étouffaient, plusses épais que l'eau dangereuse où les marins suffoquent. J'ai toujours dans ma toux des restes de ta tendresse et de ton adieu, toujours, dans mes bronches et dans ma voix cette ombre que ton amour d'un baiser soufflait.


Tu me manques. Tu manques à mes gestes qui se perdent dans ce vide des fantômes étreints, tu manques à ma peur qui ne sait plus sur quel flanc s'abandonner. Mon sommeil par toi toujours bafoué te réclame, il acceptera tout. Les éveils, la nausée d 'une nuit blanche et les cauchemars de te voir disparaître dans le rire d'un amant fortuné. Il peut tout prendre les angoisses et le sang blêmit par l'attente. Alentour de moi, dans cette pièce où tes pas frivoles riaient de tout, ce sont désormais des marionnettes insolentes, des cœurs légers qui ne battent qu'une fois dans la nuit.

 Quel matin sans cesse cherchais tu pour toujours jaillir du sommeil dans tes souliers d'orage ? Quelle vie, quelle vie poursuivais tu de ta fureur et de ta pluie ? En poudrant ton visage de tous les octaves du jour à naître, de la lumière timide encore ? Je me souviens ton corps bredouillant tes mains. Avant de devenir l'aube, tu cherchais, minutieuse, dans le miroir le reflet à donner au monde, quelle couleur mettre aux heures de l'aujourd'hui, et quelle saison aux arbres pendre?

 Tu me manques. Je ne trouve plus au matin mes psaumes, de tes cheveux de ronce, écorchés. Il n'y a plus cette crainte de te sentir disparaître pour tes furies, pour ton destin. Il n'y a plus rien ici.

 Tu parlais un langage de mime étrange : le claquement des portes, le ruissellement de l'eau contre l'émail. Tous les bruits du mobilier te sont paroles. Tu disais par le parquet qui chante faux, tu disais par la clé qui tourne vers le bonjour, tu disais par la colère du vin renversé. Et toujours un seul sens à ton murmure, toujours ce mot d'adieu coulé dans ces mille façons de cris.

 Je ne me souviens plus de ton être, ta voix, ta respiration et l'écho de ton cœur dans ta gorge puis dans tes veines. J'ai tout oublié les sons qui bruissaient dans toi, qui par toi jaillissaient. Mon vestige, il y a les ruines de toi et nos soupirs. Débris de ce qui fut. Le robinet fuit, la porte grince, le parquet ne chante plus sans public. Tout est moins haut.

 C'est déjà plus tard. Quand déjà le destin t'a prise dans son charme, quand déjà tu as donné la main à la fortune, au plaisir en glissant hors de ton doigt cette rime qui te fiançait.

 Pauline entre dans cette chambre maintenant et t'imite. Elle retient son souffle. Je ne lui dis pas que tu y fermais toi les yeux, avare de l'infini de sous tes paupières.

 Où vas tu faire naître le jour désormais, quelle course folle, et pour où ? Pour qui te tais-tu ? Pour qui mon Héloïse, viens tu jouer du décor du monde. Orchestre de pas, de courses. Sous ton talon le trottoir joue du tambour, les flaques d'eau de l'accordéon...

 Que reste-t-il . Un songe. Un songe...

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26 septembre 2011

Ce prénom qu'entrechoquent les enfants.

 

 

Oh ma petite, oh tes yeux doux, oh la douleur qu'il y a dans qui à ton cou s'éteint, s'éteint et il y balbutie une lumière étrange. C'est ta peau qui bleuit, c'est tes veines qui s'y montrent. Et cet argent à ton cou dans sa maille frissonne et de ce teint malheureux on comprend tout ce que tu as captivé de sourires étrangers. Pour cet éclat, oh petite, oh petite, combien de rires se sont tus ? Combien de salives frelatées ont mouillé leurs lèvres-mères ?

Tes talons sur le parquet du monde inondent, inondent, buée de sortilège, et tu entends, c'est le point du jour qui éclaircit sa voix, c'est l'orage dans l'enclume qui libère son cri. Dans la poussière du matin. La brume, la brume, c'est la poudre qui titube du visage maquillé de l'aurore. Oh, ton prénom, oh ton prénom, souvent je le fais hurler à qui n'entendra pas. Ton prénom que je murmure dans le mouvement de mes doigts fins, de ces gestes de poésie amaigrie, dans le balancement de mes mains adroites de t'écrire. Ma vie je l'offre, je l'offre à la nuit, aux yeux sobres, je l'offre à qui n'a rien vu du miracle et du rugissement muet dans toi, aux rouages plaintifs, aux veines pleines de fleurs incertaines et de larmes incrédules. Et toute ma faiblesse dans le croassement de mes paupières.

Je veux que tu détaches de ta lèvre cette perle que le baiser, je veux que tu brises ce collier d'amour trop bien tressé, cette nudité de manuel. Décoiffe ta vie. Décoiffe tes façons, laisse toi faire par l'hystérie du jour neuf. Ta peau gorgée de mythes, j'y croque ce que tu voiles, j'y bois ce que tu saignes. Liqueur secrète par la colère tirée. Tu découvres déjà comme ça peut fondre vite une vie sur la langue d'un amoureux. Hostie humaine, miette de couleur.

Si tu te lèves de la politesse, tu peux tout faire. Tu vas, déranger le paysage, dégrafer le corsage des constellations et les faire pour nous s'écarquiller les flancs -ardents. Défais de ton rire tout ce qui n'a jamais puisé au désordre, je dis les arbres, les professeurs, je dis la science et les jours sages de septembre. Pleure dans ce lointain. Tu affaisses du mouvement grave de ton œil trahi, l'horizon. Il penche comme le bout du monde où la joie bascule dans le noir et s’enténèbre. Où les mains tâtonnent et butent sur le vide. Je veux voir cette autre lumière que le monde prend si tu y entres, si tu y hurles si tu y aimes. Donne lui un fragment de la vie que tu abuses, donne aux roses contrefaites les saveurs amères de tes cheveux teints de siècle, entre dans les Eglises les mains chargées de magnolias, et annonce la vraie nouvelle. Tu es là, et tu vas, sur toutes les bouches croyantes, mettre un baiser, sur tous les visages endormis, les cernes immenses de la littérature, dessiner.

Et moi, quand tu feras tout ça de ta vie, quand toute ta grâce irritera le ballet, quand toute ta vie aura pris sa note à l'Opéra, son teint à Chopin, moi, moi, et bien je me rangerai avec la nuit dans le réduit où elle apprend son texte et sa larme. Je me mettrai à ses côtés pour travailler les pleurs, pour devenir la peur, le silence et puis cette ombre, cette autre que toi même. Je dirai, quand toute la gloire t'aura fait une robe de mariée, qu'autour de toi l'aubade des merles te fera une traîne, je dirai regarde moi s'il te plaît. Tout le monde t'écoute vivre, alors il faudra me voir suffoquer. Et je mettrai à mon agonie toutes les fleurs tristes que la rosée ignore, je ramasserai la peur des orphelins, je gonflerai ma voix et mon cri des lois qui assèchent l'enfance. J'emplirai mon poumon de ces eaux malades où périssent les noyés. Jusqu'au bout je serai un spectacle qu'on insulte, jusqu'au bout je serai une scène qui outrage, et, de transformer l'estrade en catafalque, le scénographe muera en curé. Jusqu'au bout il faudra me regarder m'étonner sur le parquet invisible de la mort, regarder mon corps atteindre la transparence. Trois fois, trois fois de mon agonie le râle jaillira, et trois fois la marée avec moi engloutira le ciel. Trois fois les arbres pencheront les doigts dans la nuit . Trois fois, ton prénom dans moi resplendira.

Tu sentiras toujours bon maintenant. Tu sentiras le vent frais de la nuit, l'haleine de l'excès, tu sentiras le vin renversé de la fin des noces. Tu iras dans toutes les fêtes, tu ouvriras tes grands yeux plein d'impressions hirsutes, petit cinéma muet. On y verra le sexe tendu de Jean Genet, et les vieilles filles diront « c'est de la pornographie » et tous les autres auront dans le soupir ce mot insensé, et personne ne saura que tu es petite fille dans des pose de Madame.

C'est déjà la fin. Le parapluie se referme. L'eau fait briller le trottoir.  C'est déjà la fin. Et dans cette chanson le destin venu se mirer part sans un mot esquisser. Et il devra leur dire pourtant à tous ceux qui veulent encore un nom. Il devra leur dire ces enfants changés en pierre au toucher du désir.

Son pas n'est plus rien. Son pas qui était fredaine, qui était insolence. On le trouve déjà, sur ce banc, dans ce jardin enclos, à mendier, il a faim d'espoir, le destin, le ventre si vide qu'il gargouille de peur.

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25 septembre 2011

Jean Genet, tu bandes, tu bandes, mais est ce que tu aimes ?

A six heures, si j'ouvre la fenêtre c'est pour entendre le chant du matin que font tes talons bas sur le parvis du jour  A six heures si je fouille les sons de ce débarras de lumière c'est pour espérer le filet humide de ta voix. A six heures cinq, je ferme les yeux pour entendre ta foulée qui s'en va dans le rire de la rue. Je sais faire bien des pas de mon cri et toujours tu mets ta vie hors de ma course, dehors de mon chant . La laisse de ma langue est trop courte. Les mots trop corrects.

Tu vas sortir. Tu vas danser. Tu vas exister. Tu vas te montrer dans cette lumière où je n'existe pas. Où je n'apparais pas. Tu vas faire avec ton corps tout ce que mon corps à moi ne sait pas faire, ne peut pas faire de sa chair de fiction, de ses nerfs en papier. Tu vas. Regarde, tu vas. Et le vent, le vent t'ouvre la vie.

Voilà ta joie qui débute, tu mordilles ta bouche pour imiter le parjure du soleil qui au crépuscule saigne sur la ville, et tu ris en soulevant ta jupe, pensant à l'aurore qui mouille tes dessous. Tu refuses d'abîmer les belles coutures. Ô ma désirée mes gestes sont trop timides. Les enfants jouent aux billes avec ton prénom. Les filles à la marelle se disputent ta grâce.

Tu finis tes mouvements souples sous tous le logis des hêtres républicains, tous ces soldats immobiles, tous ces fanfarons d'écorce. Taillés pour te célébrer, et la liaison de leurs racines taillés en fourche, six fois, six fois pour dire deux fois les trois syllabes de ton existence.
Tu arrives devant le porche déjà, tu arrives toujours un peu en retard. Parce que les octaves de mon chant trouble ton empressement, parce que partout où tu trébuches c'est mon ombre qui s'amuse des obstacles de ton parcours, c'est mon ombre qui avale tous les pas maladroits, qui désajuste le pavé de ton rythme. Va, dans le hennissement de ma toux. Va, dans le contre-jour de ma vie. Je te rends ton enfance, ne te presse pas, elle passe si vite. Regarde, déjà tu franchis les grilles de la cour et les serres de l'âge adulte sur tes yeux d'absinthe se ferment. Gerfaut, temps qui passe. Oiseau jamais rassasié.

Qui y sait dans cette salle de craie et de cheveux blancs ce que tes yeux savent. Qui sent sous la pudeur de ta paupière cette langue de morte qui ne dit sa peur qu'en un latin craintif. Ton balbutiement dans les œillades qu'à ton cahier vert tu fais. Qui sait, qui sait ce qu'il fallut de crimes pour donner à tes yeux et puis ce jade et puis ce jaspe là. Tu ne dis rien. Et celui-là te regarde, il te fait signe, et tu tournes la tête à l'intérieur de tes songes. Comment sera demain ? Tu deviens et s'il mettait du pourpre et s'il mettait du gris ? Tu l'attends, demain c'est le seul rendez-vous où tu seras à l'heure. Tu entends les cloches tinter, et à l'intérieur de ce corps adulte tu penses à la Pâque, au chocolat et à toutes les larmes de l'enfant aux pieds écorchés. Toute la solitude du monde dans cette alarme. Tu sors.

Ils sont passés ici les amants et les tueurs. Ils ont vu tes yeux et la poésie qui venait y couper sa frange, ils ont vu l'eau trouble nettoyer les mains rouges de Jean Genet. La musique y montrait son habitude, cette autre nudité, plus crue, plus hostile. Et tu sais, tu sais, tu as déjà des rides parce que tu sais ce que les enfants ne savent pas. Tu sais la lèvre menteuse des amants, tu sais l'eau méchante dont il mouille la lèvre de l'amoureuse. Tu sais déjà ce que moi je ne sais pas. Tu sais ce qui creuse les joues, tu sais ce qui fonce le regard, ce khôl naturel.
Je garde, je garde, ce que vieillir vous prend. Je me défendrai contre les jours qui fleurissent autour de moi, je me défendrai contre les parfums, les charmes, les chants. Et je garde au cœur cette fleur fragile que le vent disperse. Ce végétal hirsute : naïveté. Mon amour je le tendrai sans fin à qui a les yeux clairs, je le tendrai à toutes les saisons, je l'offrirai les manches décousues, je le tends à qui sait tendre les lèvres. Je vous dis. Et toi aussi. Vous vieillirez sans moi. Mon âge, je vous le cède. Faites en talons, salon. Moi je garde la vie.

 

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24 septembre 2011

Nous sommes passés, que pouvions nous faire d'autre ?


Tous ces prénoms grotesques je les ai sur la peau gribouillés et pourquoi sinon que m'en faire une stèle de chair et de voix. Cette effluve incolore d'amours qui n'en furent pas. Ces idées trop mal-élevées pour sortir de la rue.

J'ai vieilli et je croyais dans les joues des filles mettre par mes dents, ma vie, je croyais par mes actes mettre deux fois mon nom dans l'Histoire. Être certain d'avoir été. Rien. Rien. Rien. Et trois fois ce mot revient dans la marée. Rien. Rien. Rien. L'eau se fiche de tout ça. Les gloires suffoquent là-bas dans le large, le phare les ignore. La mer les couvrira de ses baisers pâles, de ses langes de deuil. Rien. Rien. Rien. Nous n'avons rien été.

Déjà il est très tard dans ma vie, et derrière moi qui peut dire ce passé ? Mes yeux se sont usés sur ces corps balbutiants le plaisir et le courage. Il fait si noir qu'on ne trouve déjà plus la trace de ma vie, mes souvenirs. Il reste l'éclairage public, la mémoire publique, et tous ces corps qu'interroge la froideur du regard. Qu'est ce que je fus ?qui peut le dire, mon corps est trop vieux, mon cou est trop dur, je ne peux déjà plus me retourner. Quelle certitude d'avoir été, quand la jeunesse est un mirage. Quand mes vingt ans sont un regret. Ce n'est plus ma rue ; ce n'est déjà plus ma vie. Et ce chemin ne se fait qu'en un sens qui vous courbe le cœur.

Tout le long de la course nous entendions rire des ombres. Et la vie, et la fête, et nos semelles en voilaient l'obscurité . Nos pas ont ralenti ; Nos rires ont baissé. Tous, moins nombreux.
Ces ombres suivent ma solitude. Je ne comprends pas leurs yeux. Ils sont incrustés, joyau maudit, dans mon souvenir.

Que reste-t-il de nos rages ? Des yeux aveugles, des mains fébriles, et la peur quand le vent ridé secoue nos volets. Le silence ne sursaute plus à notre passage. Nous étions fiers ; nous sommes misérables. Que s'est il passé ? La vie, la vie, la vie. Trois fois, et ce n'était pas assez que vivre si fort.

Ce n'était donc que ça d'avoir des idées, que ça que d'agir. De se rendre là-bas, sans jamais se rendre. Nulle part, nulle part, nulle part. Et c'est pour ce devenir là que nous avions serrés nos poings, barricadés nos joies ? Et pour nos songes combien de larmes, combien de crimes pour un seul rêve, pour un matin qui n'était qu'un soupir, qui n'était qu'un répit. Pour devenir de cet âge là, immobiles dans la nuit.

J'ai couru dans la vie, et ma course renversait les petites filles fragiles, les joues de porcelaine, combien j'ai rué pour arriver là où je suis aujourd'hui presque de l'autre côté de la vie, à l'autre extrémité du silence, où la nuit se racle la gorge et apprend son texte.

Et nous avions des voix je crois. La vie nous les a prises. Reste ce murmure, cette bouche morte, ces lèvres fines, diminuées, de tous les cris poussés. Ce cri devenu le gémissement, gémissement et c'est tout notre corps qui te traîne. Nos genoux, nos lèvres, nos paupières et nos doigts te récitent. C'est mon avenir que tu entends se rompre quand une syllabe monte plus haut qu'une autre. Nous avons fini de croire. Je plie le genou. Tu entends un crépitement. Nos espoirs brûlés.
Que reste-t-il ? Le sang à nos paumes même s'efface...l'encre de nos idées est toute bue. Il nous fallait une dernière ivresse. A Grenade, à Paris, dans nos cafés, dans nos chambres, sous nos uniformes, nous l'avons bue et nos lèvres pourtant n'ont pas changé de couleur . Nous avons attendu une longue nuit que le soleil de la victoire nous éblouisse. Nous avons attendu d'être aveugles. Et nous le sommes devenus. La nuit a posté son ombre alentour de nous. Nous tremblons sans plus l'excitation de nos premiers périls, nous tremblons de cette nuit, de son gros doigt posé sur nos bouches tombantes. Qu'il est triste d'avoir cru, qu'il est triste de ne plus croire. Demain se fera avec d'autres idées, d'autres révoltes, et ceux-là encore attendront ce soleil que nous ne vîmes pas, et ceux-là encore ne pourront tourner la tête à l'heure noire. Nous ne serons pas là pour leur dire qu'il est vain d'attendre, nous ne leur pourrons rien transmettre de n'avoir été rien.

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11 septembre 2011

Avec élégance.

J'ai assez  de costumes sur mesure, de chemises bien coupées, de  veston parfaits et  de bouteilles de  champagne pour être élégamment malheureux.

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09 septembre 2011

Emotions.

Je suis comme ceux-là, j'ai pris l'amour pour faire passer la nuit, et puisé dans les clairières dessous les sourcils, le sommeil en patience. Au minuit de ma journée, je sors mes pantoufles de poème, sur la pointe des rimes je passe dans le caniveau de la strophe, je bois les eaux immondes où se fertilise l'ordure. Il y a des puits pour toutes les soifs, et les yeux aigus y tracent des filets de songe.

J'ai mis toute ma vie en risque pour aimer une seconde, j'ai tout jeté le poids du vêtement, de la fonction, tout jeté les livres, les espoirs, les craintes par la lucarne nocturne pour échapper au poids des ans. C'est qu'il y a ma nationalité fissurée en deux, par des misères, des origines, cette voix de pierre qui ruisselle quand la pluie bavarde sur les roches bougiotes. Chaque pas que je formule, se masse hors de ma jeunesse. Chaque pas m'échappe de ma force, tire à ma vigueur sa nourriture, et toujours si je vais c'est retranché de moi, c'est arraché non en substance, non en essence, mais en rythme en voix. La nuit passe plus douloureuse quand ma bouche prend forme de dernier ; mes dents de carillon, laisse à la poitrine amoureuse deux cicatrices rondes comme des globes.

Les refuges d'ivresse, les regrets incrustés de baisers et le matin dans les mains tout le plaisir qui fume et s'efface. Vie de neige, eau de larmes. Que suis-je ? La suie de mon visage, la brume d'oraison, la nuit dans tes cheveux et le rêve qui perle de ta lèvre enfantine. Mon amour qui es tu ? Je dis ton nom qui absorbe ton relief, je ne sais tes traits sous ce voile d'attente, je ne sais ta voix qui ne sait traverser et ma détresse et mon phare.

La nuit a ses récifs lumineux, aigus de la voix de petite fille qui les pousse hors du paysage. Traversez mon ciel gris, ô supplices du tard, traversez ma peur, ma crainte, filez par le chas des blessures, faites y vos sutures.

J'ai bu les promesses des astres. J'ai bu les tortures des jolies. J'ai bu les liqueurs infernales, bu tes larmes et tes joies. Je suis habitué à l'émotion.

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26 juillet 2011

L'adieu - 17 juillet 2011

Je ne sais si tu lis encore, et si tes yeux de mésange assombrie s’ouvrent encore assez pour en faire passer les miettes de chant. Si entre ses ailes la poésie enroue toujours sa silhouette. Je ne sais plus ton visage, odeur que je perds. Mais je sais les mots qui prennent la forme de toi. Cette argile humide où tu peux imprimer toutes les forces inusées de tes yeux d'amande, où la couleur mendiante des pumas mexicains est tombée dans ton cou pour te faire une écharpe de cheveux. Je peux réciter les caractères sacrés de cette messe que je ne t'ai pas célébrée, ces manuels calcinés, reliés par du fil à coudre. Je mâche ton souvenir, goût d'écorce amère.

Il y a ces existences dont on sait mal ce qui un jour les fit assez proches pour que le souffle devint une même masse, ces existences qui n’ont de commun ni le sexe, ni la voix, ni le théâtre et qui une pourtant, à l’aitre d’une fuite, se mirèrent dans la même nuit, grelottèrent du même froid. Sous les pas de la montagne, le poumon de la ville crevait de songe. Le fleuve coulait dans le chant des oiseaux endormis. Nous étions seuls, et la ville baissait la tête dans le silence, les puits de sommeil creusaient nos yeux. Mes cernes faisaient un peu du jour qu'imitent les viennoiseries du demain.

Ces vies je les aime trop voir disparaître et les espoirs se fâner, pour en prendre dans moi le soin utile. Il y a un cloître plein d'odeurs fascinantes et que mon désordre agace en un pré d'herbes folles, de fleurs mauves et cruelles. Il y a des arbres dont les racines plongent jusqu'en enfer pour boire l'eau des fleuves d'oubli, c'est de ce malheur que je veux faire un jardin, ce sont ces parfums qu'à ma boutonnière j'attache dans un nœud compliqué. J'ai des médailles de cette féerie, des lustres, des brillants et un peu du bleu de toi, que je pille quand tu tournes la tête, si tu y laisses une trace dans ta nuque.

Nous eûmes et toi et moi, une nuit (quelle nuit ?) la même stupeur qui nous perlait dans le visage, les doigts paysans retournant nos timides façons, des plants incréés et mûrs nous dissimulaient de leurs ombres paresseuses. J'ai bu l'ombre des vignes pour m'enivrer de soleil. J'ai bu à toi le jus de cassis du tard. J'ai bu la panique au fond de la gorge.

D'avoir relu nos échanges, je me dis "je suis ainsi qu'un aveugle, je ne vois jamais rien de ce qui, évident, se dit timidement". Mais j'aime ces choses de défaites, j'aime ces plaines de brume où le pas aveugle marche sur son amour en le voulant sauver. Et doucement, les voix balbutient de crépuscule, on souffle dessus et la petite boule de chaleur qui leur brûle encore au front s'en va, s'en va, s'en va, il n'en restera dans l'air plus que le fantôme. Nous en ferons des rêves. Il reste la nuit. La terre du poète. Sa solitude.

Je sais mal ce qui aurait pu être de toi, je vois mal les minutes d'après l'instant présent et le ciel qui viendra plus tard couvrir la nuit de ses baisers. Je ne sais pas voir plus tard que maintenant, et de chérir les corps imprécis de l'incertitude, je ne sais ce qui se peut. J'aime ces roches informées, ces endroits que je ne connais pas et qui auraient pu être, ce fleuve où mes cheveux se mélangent aux tiens nulle part mieux que dans mes songes. J'aime ce qui n'est pas, ce qui n'aurait pas pu être. C'est-à-dire toute l'imagination, cette berge de rêves, où les mains des passantes sont lourdes de magnolias, où les enfants jouent avec des billes de Rhin. Où ta bouche s'est détachée en sourires, où elle s'est allégée du cri qui fardait jusque tes yeux pour mon agonie à venir, pour les journées où, immobile, sous un porche, je résiste comme une digue à la mer des souvenirs qui me fendille d'oubli. Je ne sais pas ton passage indifférent près de moi, ni si ta robe m'aurait frôlé ou tes doigts ignoré. Je ne sais pas, et j'ai la tête qui tourne des disputes que nous n'eûmes pas, du reste de tes ongles dans mon cou après que la nuit furieuse se range dans ce fantasme là. J'ai pour ces blessures là des pansements d'enfant. Ton rire.

Il y a l'adieu auquel je me prépare, j'aime tant les adieux que souvent je les fais longtemps remuer dans la gorge, je les secoue, je les corrige, je les avale par minuscules foulées, j'en croque tout l'autour et laisse le cœur frémissant, nu, de son biscuit protecteur. J'entends le vent qui s'y mélange, et d'un dernier murmure, avec le muscle d'un nouveau-né, je l'expire, l'adieu. Il y a encore le temps, mais déjà dans le couloir étroit de l'existence nos pas s'oublient, je ne sais pas le "la" de tes talons, tu ne sais pas les notes graves de mes semelles de vent. Je marche sur des périples, il y a une jungle ici, dans laquelle mes doigts jouent, la musique est sévère, c'est le crochet d'un serpent malade qui écoule dangers par dangers le venin de son écaille.

Adieu, il y a plus de jour dans ce mot qu'au 21 juin.

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19 juillet 2011

A Sim Reap je pose le corps

Quelle chance tu as. D’avoir un corps si ample qu’il peut accueillir autant des détresses masculines, féminines qui dans le monde se tendent au bout des pleurs. D’avoir un corps qui a le poumon si grand qu’il a bu à tous les airs des gorges expirées. D’avoir tant de matière que tu as dansé sur toutes les scènes que sont les autres corps. Je le dis sans ironie, sans moquerie. Je le dis sérieusement. C’est un bonheur que je ne me sais pas. Partout si je me palple plutôt qu’un corps je me trouve une névrose, une idée, un drame. Ce que je mets à l’expérience des autres, au péril du regard étranger, de la caresse amicale qui prolonge trop loin les yeux des filles que je chéris, c’est une déraison. Une masse de nerfs lourde. Je me dis, me voilà, moi mais je n’apparais pas, je suis ainsi que ce « corps sans organe ». Si je ne suis pas catholique de n’y croire pas, dans cette absence, une chose coupable, l’héritage sacrilège d’un péché primordial, je ne me sais pas un corps comme le tien, à l’autre bout du sacré –et toujours sacré, j’insiste, je ne moralise pas- entre les deux, dans l’amplitude du corps supplicié et du corps jouissant, et du corps jouissant et du corps supplicié confondu, je ne me trouve pas. Voilà une cosmogonie sans ma planète, je ne me cherche rien de plus qu’à peine de lumière pour avoir chaud dans le noir, pour y voir rouler les cheveux des belles, à peine de terre friable pour y écrire ce grand cri que sans corps je ne peux pas pousser.

Mon corps, souvent, de le sentir en tant qu’il est une absence, en tant qu’il ne m’appartient pas plus que mon extérieur, s’efface. J’oublie de manger, de dormir et de baiser. Je peux avoir les belles formes du repas de noces, ou la nocée elle-même, que mon corps absent au monde, absorbé par des figures qu’on ne voit pas ici et qui pourtant ont de grands yeux farouches, des dents qui quand elles se rencontrent chantent un « la » grave et qui, étreintes de peur, peuvent faire monter de dedans la mâchoire des fugues belles comme le dernier verre du condamné à mort, délaisse. Je peux avoir toutes les tentations du monde et n’y pouvoir succomber de ne les deviner que sous l’entrave de toute cette mystique poétique.

A la négation de mon corps, je me suis fait, avec des anonymes que je rencontre quand il est tard et que mon être a passé dans tous les chas de l’ivresse, un jeu idiot qui les insulte, si la raison leur vient. Si j’arrive avec mes reliquats d’attention à me glisser dans leurs vies. Si je franchis poliment le seuil de leur chez elles, plutôt que les embarrasser de baisers, plutôt que m’agiter dans la danse frénétique qui à la même heure se fait cent mille fois au moins dans Paris, je sors de ma poche de petits papillons adhésifs multicolores, et je les dépose sur le corps de cette promesse aux endroits du plaisir. Sur chacun de ces post-its je note le nom d’une action, là « baiser », là « toucher » là « mordiller » et de m’écrier, devant la stupeur qui la gagne, « c’est la poésie qui te fait l’amour cette nuit ». Oui, la poésie qui n’a pas de corps, qui flotte là dans son habit de fantôme, de rimes incertaines qui pendent au nadir de la nuit, qui balancent dans le vide de l’alexandrin s’il se faut des vers nationaux, bien réglés. Si l’amante sans corps de la nuit a le prénom de France. Demain, demain, je baiserai avec un sonnet.

Alors, oui, tu as de la chance, d’avoir le corps assez léger pour qu’il ne casse pas dans le monde, et assez dense pour qu’il y apparaisse, qu’autour de tes doigts les sexes se durcissent, que dans ta bouche ils dénouent leurs joies si minutieusement préparées pour s’éclore en lys blancs écrasés. Je t’envie, sincérement, de pouvoir faire de ton corps et le jeu, et la vie, et le sérieux, et de passer, selon l’éclairage, d’une voix à une autre, de pouvoir participer à tous les sortilèges du monde, grimper sur toutes les estrades, et t’écrier d’un corps unique « je suis multiple ». Quel bruit fait un corps qu’on piétine avec son propre corps ? J’ai déjà alourdi des pas aimants de larmes, j’ai déjà fait gonfler une poitrine tendrement éprise de cris horribles, mais ce n’était jamais par mon corps, que j’aimerais dire « mon scandale », c’était par mon absence, par cette mort permanente qui ne peut que tourmenter. Je porte bas mes cernes, j’ai des choses à cacher. Elles sont compliquées comme un maquis. J’ai le corps parfois réel, et s’il est réel je le crois sordide, le désir me complexe, et cette maladresse d’être, cette étrange façon de se comporter dans un autre corps que soi-même me pétrifie. A peine me consolé-je de trouver mon propre corps, que j’en apprends les complexes mécaniques que déjà je dois débrouiller dans un autre changé, exigeant. J’ai baisé mille fois, et ce fut toujours la même pitié. Je n’ai de virilité que mes rimes, c’est heureux, le corps ne m’humilie pas, et pour consoler la toute belle je lui raconte « ce n’est pas ma faute, je suis un enfant, je ne l’avais pas dit ».

 

Ma chambre est ainsi que moi, dénudée. J’envie ces gens là qui peuvent s’approprier un espace tangible et à travers lui posséder un autre corps, une autre silhouette, une émanation d’eux que voilà. Peut-être n’en est ce qu’une odeur, une impression, une rémanance, mais c’est quelque chose d’eux, quelque chose depuis le corps, qui a pris appui sur la chair humaine, mobile, mouvante, qui vient du mouvement des doigts, du tintement des mains. Tu as un corps et mille attributs pour ce corps.

 

Je n’ai que le rêve ; l’infini j’en ai fait le tour.

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17 juillet 2011

Mes rimes ont les cheveux blancs

Je n’ai jamais eu peur de la mort. Malgré tous les attributs dont on la pare ; ni sa voix qui résonnait dans les contes avec des râles de cauchemar, ni la soie livide qui déguisait son visage, ni son pas pesant de soldat haineux. Je n’ai pas peur d’elle. Ni de son arrivée imprécise, ni de son imminence. Depuis petit je me suis habitué à elle, j’ai appris son pouls régulier, son geste imparable, sa démarche de marée, ses cernes. Pourtant, quoi que sans crainte de son apparition je ne veux pas mourir tant que l’illusion de n’avoir pas tout organisé de mon désordre ne se sera pas dissipée. Je suis trop bien élevé. Je ne sors pas sans avoir rangé ma chambre ; je ne meurs pas avant d’avoir mis mon existence en ordre. J’ai une œuvre à faire endurer au monde.

I



Je suis un échoué, j’ai du sable plein la bouche. Aucun des bancs ne me permet le repos. Chaque fois que je m’assieds sur un siège qu’on dit à plaisir, qu’on dit à profit,qu’on dit à ennui je n’y rencontre qu’une absence. L’absence de moi. Je ne me rencontre ni par-delà le sommeil, ni par delà la conversation. Mon corps est une chose impalpable, irréelle, absente au monde et que les autres, pourtant observent; rencontrent, affrontent, il est autour des épithètes d'individus qui s'y viennent trouver de quoi se former jusqu'en phrases. Ce corps, cette absence de corps me fait une névrose qui me sert d’interface aux autres, c’est à travers une déraison que je me manifeste, je deviens concret de la médiation d'une folie. Je me prétends toujours un destin d’écrivain, je l’imagine gai s’inscrire dans toutes les bibliothèques, j’ai vu déjà cent fois mon geste se crisper avec scrupule sur un billet offert de félicitations. Je sais déjà le sort que je réserve à ma gloire, tous les soirs je m’endors de ce crime dans la pensée. Je la sais cette vestale incréée prête pour moi à toutes les crémations, j’ai déjà creusé dans ma paume les caresses à lui nouer, les ailleurs à lui montrer. Je cultive dans l’intime, le houx et les ronces à attacher à sa gorge, le matin du poète pour faire frissonner ce que j’imagine demain ses boucles de soir. Je me sais déjà une gloire plus grande que la gloire permise par les sociétés littéraires, par les qualités toussantes des particules du prix. Si l’on me fait un honneur, demain, je monterai à la tribune. Je déchirerai toutes les pages du discours. Je scruterai l’audience, je déchiffrerai bien tous ces corps, et j’en désignerai un, celui-là le plus certain, le plus égoïstement regroupé sur lui-même, parce qu’il prendra le mieux à l'incendie. Je le regarderai et je m’adresserai à lui. Je lui dirai « M., ce discours je vous le dédie, ce prix je vous le dois. Ecoutez moi, avant de vous rider d’un sourire, écoutez moi. Votre prix je n’en veux pas, pourquoi m’en soucierai-je, moi que l’Histoire attend. Elle serait bien fâchée d’apprendre que vous fûtes de mon entourage, que vous désignâtes mon être de ces lèvres tombantes dont elle n’aura retenu ni la voix, ni le prénom, ni le vulgaire. » En attendant la gloire, tous les jours on m’appelle pour faire se disperser ma solitude, pour me mélanger à la fureur des corps qui se choquent et se bousculent. J’ai le bonheur silencieux, un bonheur de messe, un bonheur sacré, qui a des pas limpides et légers. Mes amis ou plus justement, les gens que je fréquente ne peuvent l’entendre. Ils aiment à me voir dans ces endroits où je deviens, avec la fatigue, avec le péché d’ivresse un autre que moi, ou d’un pas audacieux je peux soudain me rapprocher de leurs certitudes aux cheveux lisses, plaqués en mèche sur le front. Mon comportement devient de leur ordinaire, ma grâce timide se scelle sous les baisers de l’orgie. Il m’est arrivé dans ces nuits imprécises de me découvrir, au matin, l'encre d'un prénom féminin à demi-effacé d’angoisse et de sueur. Un prénom de n’exister plus qu’à peine d’avoir toute la nuit vidé dans le cri son existence, son plaisir et sa honte. J’ai sur le drap de mon corps des taches de couleur, des restes d’yeux bleus coulés là dans un murmure. Je me réveille avec un parfum qui semble réciter une prière d’abandon, une incantation vieille de trois millénaires pour clore la bouche des fantômes qui la nuit sur un lit se sont trouvés des rires ou des joies. Le dimanche l’angélus ne vient pas changer les couvertures que je dérange. J’ouvre la porte lentement, je ne fais pas de bruit contre les portes encore battantes de la nuit. Dans le ciel le rouge n’a pas encore tout bu du sombre, il reste dans le fond du ciel de cette couleur mignonne qui force toutes les audaces. J’ouvre la porte, toujours du même geste insatisfait qui n’a vidé de moi aucune horreur. Tous les monstres, je veux dire toutes les pensées, toutes les forces avec lesquelles je suis venu au matin se distraient toujours sous mes paupières. Je recoiffe mes cernes dans le reflet incertain que me propose la vitrine des premiers commerces. Je veux aller dans cette nouvelle journée avec tout le charme de mon désespoir, avec toute l’élégance possible de mes manières de déshérités. Là, voilà, le maquillage de la détresse, cette lèvre fendillée par les dents de la nuit, ces yeux profonds d’avoir pris au cauchemar son hurlement.

II



Je vais pouvoir me rendre à la rue heureux de mes dépits, et fondre ma voix dans le chant des cloches matinales.

J’ai l’angoisse des années qui passent. Je regarde mes vingt-ans, je les poudre, je les parfume. Le matin je passe le rasoir sur les poils trop drus pour me garder la douceur innocente d’une puberté neuve. J’ai peur dans le miroir de mon visage qui se brise, des traits qui de lassitude s’estompent et se durcissent, forment des lignes fières, entières, comme les frontières barbelés d'un Etat militaire. A la sortie du lycée je viens regarder les dix-sept ans des adolescents avec des yeux jaloux. Je me trouve partout des parodies. Je murmure dans moi-même « voilà ce qu’on en fait de mes dix-sept ans ; une imitation ». C’est avec mes gestes de dix-sept ans que je vais ramasser dans mon corps de vingt-deux les jolies enfants qui toussent leur cigarette sous le porche du lycée et étouffent comme dans une mer profonde, dans l'écume de la bière. Elles ont toutes mille histoires à raconter et que j’aimerais leur faire vivre, donner à leur bouche menteuse, l’amertume de la vérité. Plutôt qu’offrir, quand nous fuirons le groupe de ces demies-innocences, des roses, des fleurs, des parfums, je lui donnerai à sucer l’aubépine en fleur, et mâcher l’écorce difficile des racines exotiques. C’est le goût de la vie, c’est l’odeur de tourment que tu trouveras partout, après que ton âge ne te sera plus l’excuse de rien. Hervelyne est une toute petite que j’ai déchirée avec les dents. Elle portait ses yeux bleus comme on porte le scandale. Le premier jour que je l’ai vue, dans la rue A., elle lisait Dostoïeveski avec toute la concentration possible de ses yeux angoissés, ses genoux se touchant pour faire au livre un support, et son dos plié, faisant deviner une bosse dessous son cou replié. A ses joues d'avoir, comme les jolies filles, de le pratiquer régulièrement, souri au crime, ses joues se paraient d'un écarlate coupable. Ses yeux, relevés de sa lecture, des petits caractères en désordre, disaient la culpabilité, le remords, l’angoisse du vivre et cette prison intérieure qu’avant même que la police ne vous entrave les poignets, que les juges ne vous jettent dans leurs officielles cellules, vous garde et vous retranche du monde.

Hervelyne, ô tes larmes, fontaine de jouvence. Merci pour tes dix-sept ans, je les ai tout bus. Si tu fanes de sécheresse, si tu sens tes cheveux qui cassent comme l’algue des basses marées, c’est d’avoir vieilli. Le temps de tes sortilèges doucement s’éteint. J’ai bu ta liqueur, j’ai fait rouler toutes les gouttes de ton âge dans moi, j’ai pris à tes maladresses des forces et des formules, sur ton corps sans douleur j’ai puisé le repos, les forces, les scintillements de moi si rares qu’on les dit éteints. Je me suis baigné de ton âge. Ma colombe éventrée.


III



J’entends dans l’escalier ce pas qui au matin m’éveille en joie. Qui diminue discrètement quand je mime de ne pas l’entendre, ce pas qui se dépose sans poids au parquet, qui enjambe les grincements du bois. Ce pas toujours couvert de la discrète inquiétude des amoureuses. Je l’entends, et j’en sais toutes les variations, je le connais mieux encore que la parole qui, de fatigue, s’étiole en murmure. Je le sais dans son intensité maladroite des joies à partager, je le sais mieux que tous les sons de la ville, de ne l’avoir qu’à moi dès huit heures du soir, et d’en apprendre le silence quand l'ampoule du salon balbutie moins intensément.

J’entends ce pas que trop souvent j’alourdis de pleurs ; j’entends la minutie avec laquelle elle déplace son corps jusqu’à l’entrée. Je ne quitte pas la chambre, je suis à demi-couvert, j’imite la posture du sommeil. J’entends la porte qui s'entrouvre, la ferrure qu'on claque délicieusement. Le jour qui se retire de la chambre. Ses talons qu’elle déchausse. J’entends ses soupirs, la fatigue d’une journée inutilement gâchée au dehors, pour quoi déjà ? Elle n’en sait rien, elle a rencontré des hommes, des femmes, elle a feint l’engouement quand ses interlocuteurs balançaient les bras et les idées, quand les chiffres dans leurs bouches s’animaient avec plus de vigueur que le baiser des jours de mai. J'entends. J'entends. A mes sens musique charmante, plus encore que l'opéra à l'ouïe du musicien.

Elle entre dans la chambre. C'est la nuit.

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06 juillet 2011

Le jus s'écoule obscurité de nos secrets.

 

J'ai des amours aux prénoms courts d'un soir. La nuit efface le frisson qui me guide à leurs détours. Les fleurs que je tiens, dans le vase de mes reins, éclatent sous la rivière amoureuse. Son courant geint de l'étreinte. Le rivage de nos lèvres est trop fragile pour le souvenir. Il s'y noie, le poumon gorgé de l'eau trouble du baiser. La porte grince, résolue déjà d'adieux. Il y a dans ces draps des idées et nul destin.

 

Déjà, demain ne se souvient pas : le jus de nos rires trempant la rue, les ombres où nos gestes maladroits d'alcools dérangent le sommeil jusqu'à la trêve. Déjà demain a le parler machinal de ces nuits d'avant l'écarlate aux mains, les rides aux muscles, déjà ces sueurs communes, ces fatigues se dispersent, chaque course s'oublie dans sa mesure.

 

J'ai connu ces amours aux paraîtres nostalgiques, le crachin des baisers oublieux y forme les pigments de l'intime et répètent accordés « J'ai la couleur de l'oubli. »

 

J'ai su ces stupeurs matinières de faire pencher mon bras au rebord d'une habitude de solitude et y découvrir le gésir d'un corps plein des cheveux des muses. Je n'ai jamais au réveil les bons ciseaux pour y découper les rimes. La poésie saignera sur les poitrines de ces abandonnées, le café gâchera le reste de leurs parfums. Les oiseaux suffoqueront le matin par la fenêtre, et sur la branche tordue de dimanche et sous leurs plumes il y aura une voix, la voix rauque d'un amour visité de la mélancolie du minuit. Déjà je ne sais plus les yeux de qui souffle le vers. Déjà à l'hémistiche transparent j'entends un autre invisible.


J'ai oublié des prénoms dans des lits de murmures. Des prénoms légers et humides comme l'eau fuyante d'une averse. L'ordinaire boit à ces nuages là. La morale en vide le bassin. L'esquisse de la voix s'atrophie jusqu'au silence. Déjà nos pas ralentissent et n'iront pas jusque demain. Le futur ne vous attend pas, amour d'un temps déjà usé. Vos goûts de mûres et de myrtilles ne laissent que des reflets d'indigos. Le jour me happe.

 

Mes amours cueillis dans le tard sont des fleurs fragiles ; le matin les fane.

 

Il y a des peurs souterraines qui les poussent hors de la terre muette. Le pleur d'une nuit où la grâce ne se gâcherait pas dans les bras d'un poète, où la paupière de muse ne libérerait pas son poison en les bouffées de son frémissement, ricoche dans la Seine. Si vous cherchez les éphémères syllabes que le soupir éteint, dont les voyelles brûlent en un soir, se cassent en un cri, suivez les psaumes inquiets du samedi, la liturgie des verres entre eux heurtés. A la corniche de ces joies le passant voit des prénoms aux yeux tristes d'amante trompée. Et les yeux obscènes se cachent sous leurs sourcils.

 

Des colères de tous les âges cassent dans les berges mortes. Les noyés y rient, les péniches y baignent. Et tous ces sentiments remuent dans le courant disjoint des joies de Paris..

 

Mes amours sont américains, ils n'ont pas d'Histoire.

 

Je voudrais, détourner la pâleur de matin enneigé qu'on trouve dans tes yeux, monter de mes rimes régulières des digues légères, durcir les argiles de dessous le silence, unir des gestes abandonnés en des hauteurs suffisantes pour irriguer ces fleurs maussades que j'abrite dans moi, que tu leur offres ce teint indien qui sous tes yeux soulignent un peu du futur que je délaisse. Tu chantes avec ton flot de détresse, tu danses avec tes iris bouclés de chaleur, tu meurs enfin, avec le sommeil qui t'entrave et prive ta beauté du mouvement qui la parfait. Et tout ce corps détaché des pudeurs adultes, des politesses légales, et tout ce corps rendu à sa cruauté primitive, j'attends que sous l'ombre de ma crainte d'enfant-loup, tu l'oublies. Je le dévorerais avec des mots gentils. Je leur mettrai des ongles de fille-sages, et des bouches de nourrisson. Je te ferai les délits doux comme la grêle fondue, tu pourras y frémir si le mot de soleil ne perce pas trop fort le grillage de tes cils.
Il y a des pays qui naissent sous le soleil des mirages, qui réfléchissent contre les bosses de mercure les symphonies muettes que poussent les songes. Je t'ai rencontrée souvent dans ces Eglises que je fais avec les rares pierres de mon sommeil, je t'ai salie la main jusque sous la nef, et la lumière, à travers le vitrail changeant, jetait ses mythes d'enfer, des angelots rapiécés par des pages de cantique te faisaient une gloire. Ils renversaient les sacrements pour toi, les réunissaient dans la splendeur de leurs voix tachés de péchés. Contre tes habits mouvementés l'orgue jouait, le lierre s'éveillait et tes tourments résonnaient sacrés comme l'heure des messes des Pâques. Agenouillé, j'attendais ton doux murmure. Cet adoubement trois fois sacré.

 

Je peux t'aimer avec mes caprices d'enfant, défaire ta tresse, mordre dans tes joues. Te dire des mots si fragiles, que tu nous serrerais eux et moi sur toi, nous rendant de ta chaleur humaine.

 

Reste le monde, c'est si peu.

 

Pourtant, il faut déjà que je te laisse à la nuit, au sommeil, à ces paysages qui te jappent les yeux et dont au réveil tu me décomptes les sortilèges, les charmes, les manières, et les figures d'hostilité qui s'y figent. Autour du feu de ton corps, crépitent les images exhalées du songe. Dans les mouvements de ton visage, ses stupéfactions, ses pétrifications, ses hurlements sans bruits, se désordonnent toutes les légendes, toutes ces rencontres, et ces amis qui pour une nuit vivent dans les replis de toi, que le rêve anime depuis la subtile matière de tes imaginations.

 

Je te laisse à cet hiver que je ne sais pas. S'il te plaît n'y prends pas froid. Je vais à mon paysage immobile que la fatigue écarquille, que mes doigts secouent, je ferai tomber de ces arbres des fruits invisibles, j'en croquerai l'écorce, je t'en laisserai la chair. Le jus fera de l'obscurité à nos secrets.

 

 

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04 juillet 2011

M.

Je t'aime comme un enfant ; un enfant doué.

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02 juillet 2011

qui a les yeux clairs me chante sa vie.google7a14aed599f1f409

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30 juin 2011

N'a plus peur du voyage qui aime en silence.

 

Tu as une odeur de poudre et de plomb en stase, et dans tes veines, dans le bain de tes muscles, c'est le vin des victimes qui trempe et qui s'écoule en fredaine, c'est le cri de martyr, c'est la couverture du condamné à mort qui grelotte de froid dans un coin de la chambre. Mes mains, sur ta nuque, se serrent amoureusement. C'est la forme de corde d'un pendu mon étreinte. Tu donnes aliment à la nuit quand tu t'abandonnes à la fête, à l'alcool et aux jours en bouton.

Sous tes paupières le jour impressionné ne bouge plus. Tes dents claquent et déposent de l'écume de lumière. Ta chambre est un matin raté quand entre les stores de tes dents le soleil d'hiver veut s'y faire une place. Il a bu à des étoiles impotentes, il a bu des lueurs stridentes pour t'être reflet. Pour être au miroir même miracle que tu es à la vie.

 

J'ai vu avant toi bien des choses, et je les disais des amours, j'ai cru leurs yeux de poèmes, de rimes et de strophes et je ne savais rien la couleur délicate des filles de sacre, de la peinture d'huile farouche qui te monte sur le teint, des tons qui te dissolvent, qui te dilatent, et le blond, le bleu, l'auburn, les polissures des cheveux à ton cou, agenouillés à tes lois et pour ta grâce dociles.

 

Chaque matin, ce qui m'éveille, avant le balbutiement de l'aube, avant le ricanement des tramways, et les poumons d'encre des oiseaux, chaque matin ce qui m'éveille, qui me surprend dans mon sommeil,c'est la joie de te savoir faire de ton pas des gestes de peintre. De puiser dans les forges enrouées de Jijel des actions et des mouvements. Dans ta voix est venue la note primitive du chant grégorien, dans l'étuve de musique de ton corps, du sanglot sacristain de ton foie, avant que les rossignols ne viennent déranger la nef de nuit, c'est toi qui parjure le jour, toi qui couvre d'une eau neuve le sifflement brun de l'angélus..

 

Tu es à ma bouche le tourment des langages oubliées, le caractère muet du sanskrit. Cette sorte d'asile où mes hurlements à tes seins capitonnés bondissent, se résorbent, se réduisent, tu es mon audace malade où la folie diminue, s'éclaircit comme un ciel en juillet. Dessus les lèvres, la peau se couvre du duvet d'espoir, la truelle du peintre répand sur la palette les couleurs du bientôt, quand la confluence de l'encre et des larmes creusera un lac de doux matin. Que les pigments arrachés de soir quitteront les saisons pour faire des flanelles une demeure où l'on ne vit qu'à l'étroit. Tes yeux devinent tous mes gestes, les crachent lentement, les caresses je les donne mille fois, dans le désordre de mes cheveux fiers, je les donne en aveux, je les donne en prophéties, je les donne en effroi.

 

Je me souviens des lundis d'avril, tu faisais succomber la folie publique, avec tes rires soyeux. Sous tes semelles j'ai trouvé des baisers d'enfants interdits et des hommes étonnés de ne t'avoir ralentie, tu as marché dans tant de villes, que tes pas craquent du paysage toscan, on entend des murmures flamands dans ta course, et un peu du tambour d'Arcole. Tu fumais des Craven A et tu disais dégarnir tes poumons de la vie lourde à garder, tu voulais en raccourcir la natte pour la porter plus légèrement. Parfois tu tendais un verre de miracle, et je croyais que tu y avais pleuré. Je le buvais comme un vin de messe, psalmodiant les prières qu'on lit bien, les yeux étonnés d'absinthe. Au liquide consacré tu offrais ton mégot, pris d'ivresse il jetait son masque d'aurore. Le vin déboutonnait ton chemisier, les cigarettes rendaient tes doigts d'audace. Et moi avec des reliquats d'enfance, je tournais la tête, je disais « je crée, je crée, s'il te plaît  je crée, je dois fermer les yeux pour jeter des images de rêve ». Ce monde inerte, accompli, fatal, tu l'as transmuté en un espace de possible, enchevêtré au sommeil, pris dans une ronce de délire. Avec tes airs de garçon manqué, tu t'es mise en moi, tu as gonflé de morsures mes petits pas timides. Je crois, tes dents sont de rage. Tu es en moi, je suis incrusté de nuit, ça se soupire longtemps cet amour, ça fait de longues foulées autour d'un monde perpétuellement rénové. Qu'est ce que sont les kilomètres quand on sait s'aimer en silence...

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29 juin 2011

Marianne a les yeux bleus pour que je l'aime.

Andrew a des yeux bleus, c'est pour imiter le rire des oiseaux.
Andrew fait danser du verre sur ses lèvres pour boire le sang du matin, au lieu du stick ordinaire qu'on dit à lèvres, elle choisit des trombes luisantes de ronces. Sa trousse de beauté, elle la prend au paysage, dans les fleuves, les forêts, les aubes et les couleurs, les parfums des genêts, le chant du rossignol. Andrew, voit tourner des petits enfants sur ses pommettes, qui lui chantent les berceuses d'antan. Souffle dans ses cheveux le vent juvénile aux doigts maladroits. Il se jette dans son front, et la décoiffe quand elle se rend dans la ville pour le plaisir obligatoire d'une robe à fleurs. Le parvis se souvient bien, des gestes machinaux pour remettre le désordre à son front de sacre. Les empereurs y sont venus à genoux pour espérer un baiser qui les ferait dignes. L'hermine, c'est sa caresse. La couronne sa bouche offerte. Elle a la peau d'une neige pénitente de Canossa.

Andrew a les yeux bleus, où se perdent les matins ratés de la mer, braconne le roulis des vagues en froufrou, et dans ses yeux, on croirait la houle froissée tandis que le monde y entre, impoli brusque comme un garçon méchant.

Elle fait danser sur le pont de sa voix des matelots hagards, elle tremble de silence, quand la liesse l'enlace ; quand les bonshommes de salpêtre la salue du « je t'aime » qu'on répète en foule le dimanche. Andrew, a les yeux de brumes qu'on dit peureux, ils fondent dans la main d'un poète comme une nuit mal formée. Le jour dans son corps, la lumière dans sa gorge, éclosent les boutons de joie. L'absinthe est en crue pour décorer son ventre de miracles oublieux, le soleil sèche la gloire sur ses cils. Jules, en a fait ses lauriers.

Andrew a les yeux bleus, ils sont faits pour des vérités paresseuses, pour des nacres sans l'effort de la carrière, et quand elle ouvre les yeux, le matin y vient. Des insomniaques de vingt ans patientent à l'argent de sa fenêtre, les premiers balbutiements de lumière qui l'étouffe. Ses yeux pèlent le jour.

Sa voix c'est le secret sous la vapeur des fumeurs d'opium, et la même ritournelle savante se fredonne par la nuque, sans qu'on en devine le cratère. Il n'y vient que sa silhouette. Son relief.

Ses cheveux blonds, s'ils sentent encore la nuit, tombent en grillage devant ses yeux, et plutôt que les ranger dans la petite boite bourgeoise d'une natte, elle secoue la tête. Ses yeux s'y plissent comme de l'encre sèche.

Son corps est timide comme sa voix, il ne s'échappe de lui nulle poitrine, pas de formes. On se demande encore, si elle casse la boite à tumultes quand sur le pavé son pas déclame la litanie immobile, sûrement sa pudeur lui offre des silences de fantôme malade. On dit que son ange gardien a un bâillon sur la bouche, qu'il veut la garder des ricanements des hommes, mais qu'il n'a pas les muscles formidables pour défaire le lien ) son brouhaha.

Andrew a les yeux bleus qui boivent des fées toute la nuit. Et sa voix, je la connais, c'est celle du verre qui casse quand il est vide, une voix à l'allure de l'alcool qui saccade dans l'invisible et bondit dans l'estomac, plein de son danger, plein de ses visions.

Andrew a les yeux bleus qui gonflent de cotillons et regardent les garçons pour leur engourdir les bras. S'ils ont une amante, leurs nerfs se fatiguent, leurs liens se défont. Autour de la taille de l'amoureuse d'alors flotte le vide d'une étreinte oubliée. Andrew a les yeux pour la solitude des autres, dans le fond de la pupille, dans ce désert de sombre, des voix décroissent jusqu'à trébucher de silence, ce sont les vies de tous les amoureux aux poitrines muettes, tous les membres de ces faillis de la juxtaposition déposés dans son creux, dans la seule tâche d'ombre qui s'abandonne en elle.

Andrew a les yeux bleus qu'elle pose sur ses amoureux plein d'angles morts.
La tristesse dans la calomnie bleue et jaune de son crépuscule crache des printemps solides, des blocs épais de saison qui ne tiennent pas au ciel. Dans ses mains on peut jouer l'été à plusieurs, elle fera toujours les astres. Elle laisse aux garçons le rôle des algues mortes et les filaments de lumière qui s'accrochent à ses yeux en la coiffe d'une Méduse de Soleil.
Elle va parler, demain, et vous verrez le bruit grimper, monter, pour s'achever en un souffle iridescent, concentré, du râle exquis que fait le silence déniaisé.


[i]Il est six heures moins la pluie. La lumière vient, sûrement ouvres-tu les yeux.[/i]

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28 juin 2011

La soie des fiancées.

 

Des femmes en draps rouges sortent d'entre les planches, elles invitent le ciel, ont des grands yeux d'oiseaux poignardés, et des sentiers exotiques en bas des hanches. Elles viennent de si loin, qu'on croirait de l'Histoire ou des mythes. Elles disent adieu à la pudeur dans un verre de liqueur, elles boivent par petites gorgées le plaisir et les bouches des hommes s'ouvrent comme la fenêtre sur le jour. Quand elles finissent leurs verres de courage, elles croisent les jambes sur les canapés de couleur, et elles attendent qu'un suivant les invite, lui présente l'alcool qu'il aime, et l'oubli qu'il cherche en vain dans les boissons assermentées. Elles ont, dit-on, l'amnésie entre les cuisses et de la tendresse glacée à offrir pour couvrir de brumes les détresses des garçons. Elles peuvent couvrir avec leurs corps maigres, l'étendue du désespoir. En attendant qu'un autre vienne, elles dansent des mêmes gestes, se suivent comme des enfants dans le mouvement. Elles posent les mains bien à plat sur leurs genoux si brillants qu'on dirait de l'ivoire. L'agitation régulière de leurs jambes est le temps vivant. Si vous comptez correctement, il faut vingt-quatre hochements de genoux pour faire une minute. Il y a des habitués, des nouveaux, des arrogants, il y a des écrivains, des poètes, des évadés et des libérés sur parole, il y a toutes sortes de délinquances ici qui cherchent à gâcher l'énergie que la lumière de midi met en eux. A expulser ce poison de vie, d'ennui et de fureur qui leur incline le nez en la courbe du crime.

Si c'est pour la première fois que votre crime vient disposer ici de son déshonneur, Anna, vous prendra par la main, vous fera danser tout près de son corps de fleuve ensanglanté. Elle saura habituer à la vaporeuse flanelle des charmes d'ici, pour s'accoutumer à la magie de ces corps fébriles, aux râles du plaisir.
Anna connaît tous les tours que le corps fait, et peut les agiter un bâillon sur les yeux. Anna, est une amie de Mirjam, elles se sont connues un soir d'agonie, Anna, avait les habits déchirés et le bleu de ses yeux lui coulait sur les cuisses, sur les bras. La lune se détournait même de ce visage charmant et brisé. La nuit montait doucement jusqu'à leurs mentons, ils ont en pu boire des litres, et des litres à noyer les poumons. Les hématomes n'ont pas duré, l'amitié et les cernes si. Mirjam, l'a invité dans son réduit à oublier le corps, à boire à la coupe des illusions. Elle verse dans un calice en plaqué en or, gouttes par gouttes, un vin rouge, marqué, caractériel. Sous ces toits hongrois, communiaient deux femmes, les femmes libres avaient leurs messes.

Anna, marche avec courage, sous les yeux de Mirjam, son pas est inégal, des vieilles blessures sortent de la mémoire pour y censurer la grâce diurne. Mais Anna, porte le vin, fait des tours, et baisse la lumière pour oublier son pied bot. Et quand elle danse, en plaçant délicatement ses mains à la taille tremblante d'un tuberculeux de désir, personne ne voit plus rien de son sourire triste. Le malheur est retiré, et les algues sèches, ne retiennent pas même les roulis de la mer.
Quand elle met ses sandales, elle laisse la mélancolie sur le comptoir, et si un poète veut se servir, qu'il la boive, elle en a encore dans sa mémoire pour tout ce qu'il lui reste de matins pervers à susurrer. Anna danse, et Mirjam rit. Personne n'oublie que derrière les lustres en faux précieux, il y a des chambres étroites, avec une fenêtre toujours de poussière, la lumière est mauvaise pour le plaisir tarifé, elle y donne goût de tourment.

 

Les lampes sont espacées de façon à rendre visible l'essentiel des formes, c'est à dire la poitrine fière, vibrante sous les cuirs, les culs prêts à succomber tout en dissimulant ce que la vie fait aux corps qui s'y trempent trop profondément, trop souvent. Anna, a les doigts toujours parfumés de vin, elle dit « je reviens de la messe, j'étais pressée, le sang a sauté jusque ma robe, j'ai essuyé avec les mains. Mais allez viens me faire ton langage des mimes, et si tu sais pas, je peux t'apprendre, j'ai des jambes qui ont dansé jusqu'en Espagne. Si tu les secoues on entendra bien le flamenco nous guider, nous réinventer ».

L'excentricité est une révérence que l'on fait à l'entrée du lupanar. On y cherche rien, on ne lui réclame pas. L'excentricité c'est ce visage triste maquillé en clown, cette liqueur de cassis dans une bouteille à la forme étrange, vrillée comme de l'Art moderne qui aurait trop bu, et dont on peut dire « on consomme avec les yeux » et on a la même nausée qu'après du mauvais alcool.

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27 juin 2011

J'ai des manières de loup poli.

 

Si le cœur se soulève, c'est que la nuit baisse dedans.

 

Si le cœur veut voir dehors, s'il veut explorer les fossés d'un autre corps, alors, laissons le faire, laissons le voir, ce qui se passe à l'extérieur de ces digues de matière. Laissons le regarder les fragilités des saisons qui à peine font tomber le temps, déjà se renient.
J'ai vu, des hommes avoir froid, et couvrir leurs mains d'un drap de folie, sur les motifs imprimés, l'histoire mâchait des mots anémiques. Le langage, c'est pour le cœur, une autre façon de battre. D'avoir les tourments, qui dans une minute frissonnent comme les ailes d'un angelot.
Ah. Le cœur a des devoirs, il faut aimer obligatoirement les beaux yeux d'une reine, il faut commander avec le sang, aux genoux de rompre sur le passage d'une tyrannique saveur.
Ah. J'ai des crampes aux gestes qui restent suspendus dans la saccade jouissance, d'une veine qu'on sectionne dans la tranchée des batailles oubliées. Je promène promptement les drames de la civilisation, dans la soie dangereuse d'un enfant sacré. Enfant sacré parce que mort. Avec son front tout ponctué de blanc, tout imbibé encore des mains maternelles qui se détachant le laissèrent suffoquer. Il a dit « j'ai respiré l'air du dehors, sans le filtre d'amour, d'une aimante, j'ai respiré les images de la vie, et l'orphelin ne savait pas les supporter. Mes paupières sont des bourgeons, que le jour ignore. Je suis aveugle ;».


Nous avons disparu, me dit ma jeunesse. Nous sommes partis, faire ailleurs, avec nos particules, nos ressentiments, et nos désirs, un autre monde, loin du visible et de l'invisible, nous avons sacrifiés aux impotents du sensible la vue pour sertir nos cous, nos fronts, et nos poitrines de ce cristal atroce, rouge, et brûlant qui balbutie dans la gorge, encore. C'est avec la bouche que nous vivons, c'est avec la bouche que nous agissons, c'est par là que s'exfiltre de nos prisons intimes les coups, les corps, et les envies. Si j'ai un futur il est depuis le parler muet que je fais dans la friction intense d'un corps amoureux.

Je ne sais pas, d'une description faire jaillir du plaisir. Si je raconte, le jeune homme qui dépliait dans l'arrête noire de la ville, la soie recouvrant les biscuits secs qu'il volait, qui entend son geste trempé d'inquiétude comme s'il était un matin se débarrassant, goutte par goutte de la rosée frileuse ? Qui sait, que dans son cœur des milliers de petites bulles craquent la membrane fragile qui les forme, et que le toucher du biscuit, fait à sa faim une tentation nouvelle et peureuse, qu'il a le souvenir de la voix de morale d'une mère quand il enfonce dans sa bouche l'hostie du forfait, qui peut comprendre en regardant la scène pourquoi ses lèvres sont toutes bleues des larmes du souvenir ? Qui peut comprendre, dans les quelques lignes froides d'un légiste ce qu'il y a de tragédie pour armer le bras qui dans l'étal marchand, vient prendre la nécessité, qui saisit les membres à nul autre pareilles qui se crispent de désir, de famine, et de dépit sur le vin qui fera un trépas aux fatigues ? Pourquoi décrire, ces événements sourds qui, dans chaque sensibilité, fêlent autrement les actes ? Pourquoi, vouloir, mettre à des hommes sensibles des prénoms insensés, pour faire qu'on se souvienne d'eux quand dans nos habitudes nous croiserons un voleur à la bouche si belle que nos gestes ne pourront retentir d'aux secours.
Ecrire, c'est savoir passer sur la grisaille d'un ordinaire, les mots des sensations, c'est à une photographie de presse, appuyer assez fort pour faire jaillir le sang, pour faire frémir la peau, et tout apprendre des yeux baissés, incolores sur une vie que déjà des anonymes condamnent aux prisons étroites de leurs lois, de leurs mépris.
J'ai des haines particulières pour ceux-là qui refusent de se souvenir, qui se détournent des images qui rappellent, qui sont pleines des alarmes puissantes, des boutons, et des blessures dont l'on sait qu'elles ont fait des orphelins et des injustices. J'ai une haine particulière pour ce métier d'assassin civilisé qui parce qu'il accélère le pas, fait sous son soulier des morts déshonorés. J'ai du mépris pour la vie, encore, que l'on force à durer avec cet acharnement médical quand la volonté a cassé ses souliers, que le mort même prie en fantôme sur ce corps et qu'il ne sert à rien, sinon aux obsessions, de se muer en tombe mouvante. Laissons aux morts le mouvement impavide, la fin des ricochets obligatoires sur le pavé des vivants. J'abandonne le monde, à ceux qui n'ont rien senti, ferai-je inscrire sur ma pierre tombale, et ce sera ma seule œuvre littéraire valable.

N'est ce pas assez d'avoir un souffle, un poumon, des organes, d'y avoir introduit l'amour, le vertige, l'odeur des femmes, le pleur d'un orphelin, la détresse du deuil ? Non, ce ne peut être assez, si cet amour ne chante pas, si ce cœur ne brûle pas, toutes ces choses des sens, tous ces émois, doivent se couvrir d'une nappe d'étoiles. La littérature ne décrit pas elle, elle couvre, elle voile, elle masque. Le corps exhale une odeur qu'il dissimule.

 

Pourquoi la littérature s'accroupit au-dessus des banales sensations, quand il faudrait s'acharner à trouver dans les replis d'une peur, la couleur du mot ? Invitons Novembre à la table du drame, je peux servir de bas aux monstres, aux personnages, couvrir d'insultes les limites. Inviter Novembre et le chapelet des fantômes qui avec chaînes et boulets illuminent le silence de leurs cris d'insulaires, de refoulés de l'autre bord du noir. Novembre ne part jamais, Novembre attend les pas des enfants-loups, pour leur glisser à l'oreille les secrets des avants. Il en est certains aux yeux plein d'images, et qui ne voient plus le monde autrement que de la couleur grenat d'une aube.

Si un livre n'éveille pas le tonnerre dissimulé dans soi, si la littérature ne fait pas s'indigner le jour, se secouer les ouragans, fleurir les lucioles que nous portons dans nos vestiges intimes, dans nos crépuscules internes, dans nos bouillonnements de sève. Alors, alors, ce n'est rien qu'un objet d'étude à disséquer, un cadavre pour légistes universitaires. Ne s'étudie que ce qui est mortel et la littérature est morbide, elle ramène dans la lumière les hontes de chacun, elles nous assombrissent les tempes, elles nous noircissent le sang. L'encre inonde la cave, couvre la berge de raison, l'encre avec ses lierres, ses fumées, ses parfums, avec ses sauvages, ses sagaies, ses drapeaux noirs, ses silhouettes maigres.

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25 juin 2011

l'Univers tient dans une strophe mais pas mon cri.

J'ai visité le crépuscule, les lèvres compactes d'une enfant-pie baisaient sa lumière. La lune tapie dans le nid de paille d'un automne, se croit l'oeuf du soleil. Le compagnonnage des muses enseigne la folie. La cathédrale des loups a bavé dans son sommeil le symbole rond d'une vierge enceinte. L'enfant viendra demain, les paumes en sang. La table du menuisier ne croit pas en Dieu.

Le prieuré se fâche avec la liturgie.
 

L'aube nouvelle me disait « Jeune homme, tes boucles à ton cou, on croirait de la nuit qui mousse. Le gloussement des vagues insolentes contre la gorge opaque de la nuque transparente. Mal'heur de vingt ans, tes cheveux sur ma bouche gisent avec les restes d'une femme par l'amour déchiré. Le vent sur toi se devine quand la musique bondit, quand la masse des noirs qui te teint le front tressaille. Tu as à la bouche un peu de cet éclat des baisers qui ne savent que resplendir ».

 

La rosée a les yeux de mon silence, et me regarde passer en riant.

De mes mots je fais des poèmes, des chants, des échos d'ombre de lumière. Leurs failles au désespoir secrètes. Nul bras pour la mélancolie dans la crue de ce fleuve. Ni par le bruit du torrent, ni par le saut des saumons. Et le désespoir ne sait quel pan de ma robe déchirer pour percer l'aurore.

 

J'ai dans le ventre la littérature des fleurs sauvages, des minéraux gercés, des astres immobiles, et des mensonges du ciel.

 

J'ai mis dans mes livres le désert des hommes. On y entend ruisseler le chant d'oiseau qui gonfle les cactus, et rien que le silence d'eau d'une ville habillée par le deuil. Si vous y croyez sentir une voix humaine, méfiez vous, ce sera celle d'un fantôme laissé là par le sommeil. Si les fleurs en bouton éclatent, paraissant un murmure, si des voix de fillettes vous prennent par les doigts, fermez les sens, c'est l'ourlet marin des muses qui s'assigne. Il entre dans la peau, il entre par la main, fait de la fierté du matelot l'impotence du poète. Plutôt qu'épuiser la vague, l'allonger dans l'encre...

Tout l'Univers peut tenir dans une strophe, mais il manque de place à la rime pour nos deux silences. Paul Celan, nous attend en haut du pont au change, il a deux tickets de théâtre qu'il n'utilisera pas cette nuit. Tu peux tendre tes mains pleines de pleurs et de pluie, il ne craint plus l'eau depuis avril soixante-dix et le vent mortel dessus le pont Mirabeau. Méfie toi des bourrasques, un soupir vient si vite de la voix d'un poète.

 

Je ne serai pas Nina A. ni Charlotte D. à coller mon visage sur le papier à musique pour composer avec ma peur des sonates et des berceuses, je préfère jouer de l'ongle sur la corde d'horizon, attacher à mon luth les efforts de la mer. Dans ma voix vous pouvez deviner l'humeur d'un Océan strié de morts. Parfois y gronderont les monstres d'antiquité. Souvent montera la plainte de l'animal mythique qui pouvait renverser des continents, mais qui pourtant voulait boire aux étoiles. La littérature est une échelle de songes, elle fait visiter les signes invisibles, goûter des nectars sans parfum...Voilà une misère, pour les heurtés du vrai. Un monde soulevé de jardins à l'odeur de papier, les fleurs y brûlent bien. Et ignifugé fond dans la flamme du briquet. L'étymologie n'a pas de sève. Le sens sécrété de l'encyclopédie n'a pas fait bouillir le coeur.

 
Ma poésie avait les veines pleine d'un peuple on aurait dit les fleuves d'une capitale. J'ai coupé la membrane, et dans le susurrement de blessure, les voix se sont penchées comme le blé de la moisson. Vous ne trouverez personne dans mes pages que des jonquilles malades : la mélancolie de Narcisse est mon pays. J'habite un vertige bleu. Faites attention en soulevant les paupières, vos yeux me sont un soleil navrant.

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