19 octobre 2007

Marche et crève.

Il marche. Un peu. Jusqu'aux réverbères un peu usés. Jusqu'à croiser les amants d'un soir ou d'une vie. Le regard compatissant, le grincement des dents articulant :

  • Vous trichez sans espoir...

L'amour porte une estampille : « mensonge collectif ». Précisément, un rêve terne baignant dans une cuve brassant milles couleurs artificielles. Brillantes au soleil, avant de se délaver dans le tambour des disputes et des vérités brisées. Parce qu'en amour, les certitudes sont marchandes de solitude, l'on s'invente des doutes. Ils se nouent à en étrangler la relation bancale. La séduction est une danse de canards boiteux. Un bal masqué. Une mascarade comme on les appelait jadis. Comme j'appelle l'amour aujourd'hui. L'amour s'objectivise. Il y a un idéal type, une feuille à critères, aux cases vierges. A chaque rencontre l'on coche. S'il dépasse la moyenne, l'aventure est tentée.  Avec retenue, toujours, sans jamais écouter son coeur puisqu'il ressemble à des viscères éventrées. Sinon, l'on jette. L'illusion amoureuse est vouée à l'échec. L'autre, celui qui viole la bulle trop perméable a souvent louché sur la feuille d'idéal-type négligemment abandonné aux regards charognards. En étant vrai, la séduction est accidentelle. Elle permet d'espérer un bout de chemin à deux, d'offrir surtout un flot intarissable de réconfort. Qui coulerait comme une larme le long de la relation. Sans plus craindre l'avenir, sans non plus en bâtir un radieux et rayonnant sur lequel la plupart des couples s'immolent, incapables de survivre aux incendies de la passion. Incapables d'aimer autre chose qu'un statut, qu'une vague impression cueillie sur la bouche de l'autre. En public toujours. En privé les ébats ressemblent à des déjà-vus, des redites de redites. Un mauvais film amateur qui prétend utiliser les ficelles de leurs idoles porn star. Les femmes, la plupart de celles fidèles, ont la sexualité d'une rombière. Elles font jouir leur mari entre leurs cuisses avant de les abandonner au sommeil. Sans avoir joui. Ce sont des étreintes flashs qui n'aveuglent pas de violence soudaine. Brassens était un théoricien. Les hommes sont les praticiens. « 95 fois sur cent la femme s'emmerde en baisant ».

La séduction est une danse, et sur la piste seuls les handicapés moteur se trémoussent.

Quelle tristesse, de voir la grâce assassinée sur chaque pas. La légéreté se tient dans les pointes qui abiment le pied, pas dans des mouvements ankylosés. L'infini ainsi donnée en pâture à des cadavres accrochés aux déambulateurs que sont les marques. Ils ont besoin d'elles pour exister, ils existent à travers elles. Les marques, celles qu'on porte sur les vêtements aussi bien que celles, stigmates d'insomnies et de mal-être - souhaités et enfin exaucés- sont devenus l'intermédiaire de toute relation sociale. Le groupe s'intègre non pour sa valeur intrinsèque, moins pour la source qu'il pourrait être à l'accomplissement personnel que comme un vulgaire outil de valorisation individuelle. Le groupe est cette identité abstraite où les visages ne se ressemblent pas, contrairement aux masques. Ce sont eux qui déterminent l'apparrence et qui au final font les cases étroites dans lesquelles l'on s'empresse d'ordonner l'humanité. Incapables de voir que la même est multipliée à l'infini. Avec sa géométrie variant selon le lieu de naissance et surtout le portefeuille des parents. Tu traquais l'originalité ? Tu n'es que le fils taré du système. Son digne héritier, et tu dois savoir par toi même combien ce rôle est indigne d'un humain, combien tu courbes l'échine et pourquoi ton psyché où tu aimais tant te mirer est dès alors recouvert d'un voile pudique. Tu ne supportes plus ton obscénité. Tu ne te supportes plus.

Posté par boudi à 15:24 - Commentaires [7] - Permalien [#]