08 décembre 2008

Une vie d'ouvrier.

Exonératoire.
J'imaginais ce mot comme une machine en bralnle, les rouages édentés, mordus, tremblants au mouvement des rivets. Le son, remontait des entrailles mécaniques, ronronnant comme un gros chat de boulons et d'acier qui bientôt muera en mer de fer mugissante. L'ouvrier epuisé tape frénétiquement sur le métal brûlant, qu'il tord, froisse comme une feuille dansante sur l'enclume, faufilé entre les gouttes de sueur, les coups rythmés, assassins, insensés et le métal choit sous cet été vissé à un manche de bois. Le bout de métal informe, plie, se recroqueville, menacé par ce début d'automne qui jaunit sa pointe, embrase sa tige. La feuille d'acier, ses nervures saillantes et son squelette robuste. Et l'ouvrier d'asséner, d'abattre son outil et sa fatigue sur son labeur. Le tumutle réveille les bêtes endormies sous les rideaux de fer qui bientôt dérangées dans leur cercueil d'habitude viendront rugir, mâcher, dévorer et ruiner des économies. En attendant, sous les heurts qui gonflent, un crime mue. Gronde. Elle ouvre sa gueule, l'usine, elle ouvre ses écoutilles pour entendre les doléances jalouses. Elle va gueuler, l'usine dans la nuit, elle attend l'accident déguisé. La maladresse. Patiente sous son velours gris, ses chantilly noirs, crachées. Elle regarde. La lassitude perchée sur l'épaule de l'épuisement qui l'endort, la soûle des coups...Il tombe. Il tombe, et continue de frapper dans le vide, les mains nues, il frappe les yeux mi-clos rêvant de volcan qui carbonisent tout, et devant ses yeux il confond les mécaniques qui laminent ses chairs d'avec les mouvements lascifs de celle qu'il rêve sous sa grosse robe. L'ouvrier meurt ici, dans le cri strident de la peau et des os broyés, dans le ventre manufacturée, ivre, vomissant dans sa bile de fer un cadavre humain. Si peu humain. Si privé de son humanité. Un homme qui n'avait plus peur, qui sur le tapis roulant où s'aventurait les bibelots de fer qu'il devait tordre, a péri. Tordu, mâché, vomi un marteau d'air, de vent dans la main, qui frappe, réguliérement. Il est mort comme la pluie qui tombe, égale, sèche, impitoyable sans nuages. Il n'a rien vu venir, il n'entendait pas les rouages se tordre d'impatience, son ouïe il l'avait perdu en gueulant, en cognant, en buvant. Son ouïe il l'abandonnait contre le poinçon de l'usine.

Posté par boudi à 19:57 - Commentaires [0] - Permalien [#]