30 mai 2009

De Anne à Wendy.

Tu as les jambes si courtes qu'elles s'usent sous tes pas. Et quand tu tentes le grand écart par delà les frontières tu t'arrêtes toujours à Lille. En bordure. Tu ne peux pas descendre plus bas où tu te claques ta fragilité. Tu as les jambes abîmées qui dansent sur les murailles sans les franchir. Tu as les jambes courtes qui fondent sur les pistes. Dis moi combien c'est triste de voir s'en aller les points de l'horizon fuyant ? De s'être rêvée étoile quand on est que ciment ? Ton acide c'est le monde qui dissout tes guiboles. Un jour peut-être que tu auras pied au fond de l'Atlantique. C'est pas demain NYC. Peut-être que tu as une ville à ta mesure, sans grands écarts, cernée de barrières linguistiques ? Ne dépasse jamais. Tu n'aurais pas pied. Je sais bien que tu ne sais pas nager. Ni dans tes yeux ni dans tes boucles qui sont des vagues de blé. Tes jambes suent la peine. Tu voudrais aller plus vite. Le dernier tramway est parti. Tu arriveras trop tard dans la vie. Tes jambes se désagrègent, elles ne franchissent plus aucun pont, elles sont pendues sur des canaux secs. Tu soulèves ta robe et tu mouilles de terre ton collant troué aux cuisses. Tu as des marques sur la vie et des jambes qui s'éteignent. C'est une lumière qui s'en va, une allumette finissante. Ou deux. Deux fines jambes blessées. Les lassos sont rongés. Tu ne pleureras pas. Ta peau disparaît, c'est un squame. Tu fermeras tes boutons à pression, tu noueras tes lacets et tu feras, au bruit du déclic, du blouson qui se ferme, la ponctuation entre le jour et la nuit. Tes jambes sont des solstices d'hiver, le soleil le plus terne, le plus bas, le plus court de l'année. Tu as quatre jours de retard. Tu es un vingt et un décembre née le vingt cinq. Il n'y avait plus de tramway, plus d'horloge accrochée au placenta. Tu auras toujours quatre jours à rattraper. Tes jambes sont courtes comme des journées d'hiver, et tu es la seule ici à chasser ton ombre. Elle a les jambes que la lumière et le contraste grandissent. Elle te montre la suie, le monde, en silence. Faut bien l'écouter pour savoir. Qu'est ce qu'elle chuchote quand ses pas bruissent contre le sol ? "Tes jambes s'épuisent, suent et se dissolvent". Tu es un météore dans l'atmosphère, un diamant forgé en périphérie des astres, et quand tu tombes sur terre, tu es poussière et carbone. Tes jambes sont trop courtes, les taxis pour les galaxies sont en panne de mercure. Un jour, j'irai avec toi visiter des tombes, tu monteras sur mon dos, on attrapera ton ombre. T'es bien Wendy l'échappée belle de chez Barrie, tu sauras la recoudre. T'as appris ça dans les livres à images.

Posté par boudi à 22:26 - Commentaires [1] - Permalien [#]


29 mai 2009

Dépressif mon ami.

Ce qu'il y a de détestable chez les dépressifs c'est l'inclinaison propres à certains d'entre eux a ériger la dépression en groupe social et le mal-être en lien social exclusif de tous les autres. Aujourd'hui on est dépressifs comme on est de droite, de gauche, anorexique ou rocker. C'est une pose.

Posté par boudi à 04:21 - Commentaires [9] - Permalien [#]

26 mai 2009

Elodie.

Snapshot_20090502

Elodie a les yeux noirs comme des sabres. Des yeux que j'ai fait fondre d'errances en déshérence. Je l'ai faite larmoyer sur l'évier, sur l'émail, sous la douche. Je suis prédateur et j'ai faim de ces miettes de kilos en moins, de son corps sans gras qui pointe comme une pyramide. Elle a des seins qui vous font des vertiges insensés, des gouffres et des vaux. Elle a une ville sur le corps ma Elo, comme une trainée de poudre et de cendres qui se glissent du nombril à la gorge. C'est une vague qui gonfle, un souffle qui étreint, Elo. Quand je la prends sur la pellicule numérique donc fictive, que j'allonge mes sens sur sa bouche, je me sens nourri d'une puissance séculaire, des arches, des murs, des barrières, du Berlin, du Jérusalem. Les autres...Les autres, ont toujours été là pour combler les creux affamés que tu laisses en partant rejoindre le Sud, Béziers, Montpellier, ça fait trois ans que je cherche assez d'étroitesse pour combler ta bouche, tes reins et tes seins. Trois ans que je cherche dans de blondes chevelures à t'effacer, à braiser ta nuit sur leurs crânes immondes. Trois ans qui roulent sur ton corps, et le mien. Sur Tokyo l'été dernier et son palais fou. Le six juillet 2008 au jardin du luxembourg, où l'adultère naissait dans nos deux bouches, dans notre instant, ce message parti pour elsa qui m'arrivât "il est génial, on s'est embrassés". Qui me fit sourire à dents perdus et crâne chauve. C'est ta bouche et tes yeux pesés en galaxie. Dans un lit de plomb qui s'enfonce dans la mer des lianes. J'ai toute la nuit fumer sur ton corps l'herbe neuve de l'attente. Cent parchemins en sanscrits, sans psaumes, sans mantras qu'on récitait toute la nuit sur la tombe de Morrison sous l'oeil étourdi des morts. On a fait l'amour sur The End. C'était notre éternité morte de faim qui périssait. Le ciel étranglé et le coeur en vrac. Tu te casses au Vietnam pour quinze jours. Et j'espère de toute ma force quantique que ton avion aura une heure cinquante neuf de retard. Qu'une nuit de promesses s'ouvre encore, que ses jambes coulées à la cire s'écartent pour notre chemin, humide et visqueux. Je sais qu'après Florence tu m'offres le gîte, le couvert et ton sein. L'art pour l'art, les visites encore et les détours. Je passerai l'été à dissoudre mes mains dans ton lac. J'attends que tu rentres, qu'il sonne douze juillet à mon almanach, que tu m'attendes les yeux déchirants sur le quai qui m'abrutira. J'ai joué avec bien des coeurs en papier en t'attendant, j'ai fait la marelle sur des corps en limaille, des gras, des secs, des plats des gonflés abrutis. J'ai sali le tien en bien des fuites couardes, bien des départs brusques, des frappes au menton. c'est ce que je suis, un tigre à l'âme de brebis. J'ai besoin de toi, de ton retour. Mes nuits sont trop noires. Et si je sais faire face au tumulte du monde avec morgue et superbe, j'ai jamais su affronter le silence des âmes. On s'est croisés toute la vie, on a ricoché l'un contre l'autre, le temps d'une nuit, d'une soirée. Le temps qu'elles me laissaient, elles aux prénoms délébiles. Les appels en secret, à t'aimer dans les chiottes et sous la douche. Mes nuits sont trop noires, et je t'attends. J'ai ton corps, et cette photo qui s'épuise comme un mystère. J'ai passé vingt ans, les certitudes sont des os brisés.

Posté par boudi à 18:00 - Commentaires [1] - Permalien [#]

Florence.

Cet Ete je visite Florence. C'est une femme et une ville. Je verrai le premier mendiant de l'Histoire de la peinture peint par un jeune homme aux cheveux d'argent. Consumé par le génie Masaccio. Ce n'était pas un remède, mais un venin qui lui brûlat le sang. Je visite Florence. J'ai un pied à terre à Venise. Ce qui peut être amusant quand on sait que la ville se navigue. Je vais voir Florence, les doigts humides, et les mains pressées. Je crois que je pourrai m'étourdir devant le David, ce David rêvé, violant d'érotisme endormi. Je vais voir Florence et ce sera la Renaissance entre les paumes, qui passera comme l'eau de l'Histoire dans mon creux. J'aurais aimé avoir des reins de femme, j'aurais aimé l'anatomie délicate et innonder de liquide pleural et séminal. Je vais voir Florence la jaspée. Florence l'éternelle. Je vais faire des détours dans l'alphabet. J'avais déjà descendu l'Europe. De Bruxelles à Toulouse, c'est un quasi tour du monde, un A à Z qui commence au B et s'éteinT. Je visite Florence...C'est un peu dire, je prends l'éternité contre mes flancs. Ce sera sans adultère, Florence. Ce sera dévoué mais pas dévot. Et le plomb de la ville braisé par l'été filera dans tes cheveux blonds et bouclés Florence. Ce sera un tableau comblé. Le génie de Vinci. Peut-être même Donatello. Oh, Donatello. Qui aurait fait plus beau ? Qui aura mieux piétiné le futur ?
La Renaissance. Cette époque qui redéfinissait la place de l'homme dans l'Univers. Avec Dieu, mais malgré Dieu. Florence. C'est la ville lumière des arts plastiques, des formes et des mouvements. Toutes les femmes s'inclinent et se voilent. Toute la beauté est figée. Elle dure. Là Bas. Florence, j'aimerais y mettre le feu du fond de mes pupilles. Etre le dernier spectateur de l'immense. Etre ton tombeau, ton suaire, et ta terre. Florence.

Posté par boudi à 01:56 - Commentaires [0] - Permalien [#]

22 mai 2009

T. Ton prénom

TTes yeux bleus qui font comme des corniches pour les fous, où s'asseoir baigner de lumière d'océans éclatés.  Y a dans ton regard du parlé langoureux, de la mer qui s'écrase en hâte dans des criques encaissées. C'est un peu exotique ton regard, ça cause espagnol et mille symphonies à genoux. Avec un peu d'attention, c'est à dire de sens tendus, on peut sentir le battement de tristes moulins vaincus d'être passé d'époques, dévorés par les mécaniques entrailles de la modernité. La délicieuse et incantatoire modernité qui se pose partout, sur l'art et sur les faces des gens. Tout le monde a perdu de ce charme antique, discret et élégant, racé et violent qui s'épanouissaient jadis. Moi, tu vois, j'appartiens à un fragment de passé, j'ai du romantique mystique, tu sais, de l'amant épistolaire et secret, caché derrière de bien aimables lettres. De la graphie déclarative, c'est un peu Babel écroulé et toutes les paroles envolées que j'essaye de t'envoyer, -je frissonne-. Donc, j'appartiens à un fragment de passé, avec mes airs qui poétisent vulgairement les charmes de tes yeux (mais pas uniquement !) tout en demeurant anonymes. J'écris des mots blottis de noir. C'est de l'investissement le noir, de l'obsession investissante. Ca m'obsède, c'est mon obsession avec tes yeux, donc le bleu. Le noir. La nuit. Elle a du calme envoûtant, du mystérieux appel la nuit. Le lycanthrope ce n'est qu'un homme qui se laisse emporter par ses magies, qui vient mettre un peu de mystique à son âme sans foi. Mais, dans le verbe je t'oublie, il est total et il engloutit même les objets qu'il doit décrire. C'est qu'il est mâle le verbe, mâle-habile, tu vois, avec des doigts rêches et courbés qui ne font plus sortir aucune musique qui ne soit pas automatique, sténographiée. Tu me fous un peu de , un peu vulgaire certes, dans les doigts, ça éjacule du littéraire quand j'écris tes charmes que j'effleure seulement pour lors. Pour lors, j'en parle avec délicatesse, comme une jeunesse s'épanouissant, comme une jeune fille faite femme en une nuit. Tu vois, si je t'écris, si j'ai le courage de transcrire la houle qui chavire tout, même dissimulé sous un pseudonyme, c'est grâce à la nuit. Je n'ai pas dormi. Et elle a infusé toutes ses senteurs, toute son envie, en moi. Mes veines ont noirci. Tes yeux ont bleuï dans ma tête. Et si je t'écris, et si je t'espère ce n'est jamais qu'en lettres muettes, qu'en silence martelé. La beauté a besoin de silence pour déployer son immensité. Et d'inconnu, beaucoup. Tu es belle et ce n'est pas pas question de forme, et de régularité des traits, c'est de l'indicible, de ce qui ne se triche pas. Probablement, comme chacun, une douleur qui ressurgit, qui maquille le regard, l'ourle d'une ombre salvatrice. La douleur, la cicatrice, ça m'obsède ça aussi, je la guette au rebord de la rupture, sous la paupière qui chancelle, dans le mot qui hésite et qu'on ravale à la limite dans de la ouate insonore, je la cherche moi comme un augure dans le mouvement du sang, son passage ventriculaire. Ouais la douleur consubstantielle à toute beauté. Finalement. Mais je me disperse. Tu vois, dans, il y a comme mille grottes insoupçonnées, mille détails endormis, c'est un prénom château-fort. J'ai toujours appris à me méfier du bruit, cette suie moderne. Le bruit qui dévore tout, la douleur, la pensée, le bien, le mal pour laisser là assourdi avec cette illusion d'ouïr. Le bruit, la foule, ça manque de poésie, de sublime. J'ai un refuge, une grotte, un ermitage au sommet d'une montagne de paille, pour observer et décrire, faire de la poésie goguette sur mes toits. Et puis toi, aussi, je t'ai comme je veux, c'est à dire selon mes termes, mes souhaits crachés, je te recouvre dégoulinante de poétique. Et c'est beau, ça fait des voyages stellaires, des parcours monstrueux autour d'une Terre carrée sur laquelle on trébuche pas. Ca fait des équilibres debout sur des planisphères cartographiés, des voyages allongés sur l'Histoire T'as quelque chose qui me me fond sous la bouche, qui m'étouffe dans la gorge, et c'est beau comme un langage oral, oral et maladroit. Qui s'exprime muet, sur le clavier, dans toute l'habileté de son infirmité. J'ai la bouche verrouillé, le langage qui coule comme il peut, comme il a envie. Je poétise en vulgarité, et je pourrais bien faire rire les siècles, rentrer l'emphase du bout des ongles, mais je ne veux pas, je ne veux pas chanter moi, je grince, je grince la passion de tes yeux. Et c'est beau comme du violon parfois, de grincer. Comme des charmes balbutiants. Et tous ces mots, je les tourne dans la bouche. Ma langue Sept fois dans la tienne

Posté par boudi à 00:56 - Commentaires [1] - Permalien [#]


20 mai 2009

La seule du planisphère.

Comme si tu savais pas quand même que t'étais la seule du planisphère. Toutes les huit minutes à hurler ton prénom. te chercher Cisailler la terre, le vent, la nuit, la soif, toutes les quinze secondes. C'est que j'aime chiffrer moi. J'ai de la mathématique dans les artères. Quantifier. Peser. Mesurer. T'embrasser. Je crie toi toutes les huit minutes dans le noir. Pour déchirer un peu son voile de femme soumise. Coller de la lumière liquide à ses intestins fatigués. Un peu, oui, trier le feu. Lier mes veines fines et poreuses qui ne filtrent pas le poison de toi. Dans mon corps, j'ai l'estomac en plomb. Ca me rend saturnien. Et pas divin extraterrien. Plutôt camisolé isolé. Je suis fou, de toi d'abord mais tout court déjà. Malade le corps titubant, le manque qui râpe. Ecorche. Dépêche toi, de venir. J'ai envie de décrire la nuit sur ton ventre. De l'écrire les ongles courts sur ta peau. Si je t'aime autant c'est parce que tu me fais penser à la nuit. Délicieuse, fatale. Dangereuse comme une éclaboussure. Une épée fendante. C'est vrai, tu me fais penser à la nuit, parfois malade et blême. Violente comme un accent du sud qui frapperait aux portes de la littérature. C'est à ça que tu me fais penser, la nuit avec ses doigts bleus et sa bouche pétrie de couleurs endolories. Prêtes à surgir quand la mer aura recraché le jour qui s'y est fait dévorer. J'attends moi que les fuseaux horaires, que les fusains célestes te déposent le corps à l'aéroport. Qu'on fasse rimes qui danseraient sur le parvis de tes reins. Un peu comme une farandole de papier qui aurait mis Rimbaud en ombres. J'ai envie de ça, moi. Refaire l'Univers, sur ton sein. Y dessiner les astres dansants d'un lendemain que j'attends. Quand tes yeux de nuit feront l'aube. Que tes cheveux de soir tisseront les lendemains...

Posté par boudi à 20:58 - Commentaires [3] - Permalien [#]

L'ivoire.

C'est l'ivoire de ta peau que je veux dépecer toujours.

Posté par boudi à 12:00 - Commentaires [0] - Permalien [#]

13 mai 2009

Papa est mort.

Papa est mort. Il a avalé cent huit somnifères. Le réveil est éteint. Papa les a accumulés au fond du verre. Le whisky ne dissout pas la solitude. Ni la douleur. Papa est mort. On m'a appelé. Je buvais soutenu par la nonchalance, un peu de légèreté. J'ai demandé cinq verres de fête, pour infuser la nuit dans mon corps, qu'elle recouvre la surprise et l'étouffe. Cinq petits verres à renverser mettant un bandeau au regard de la douleur. Je n'ai qu'un permis pédestre. Une autorisation d'errance. Ok, Papa est mort. Et après. Cent mille licenciements prévus. Cent mille morts à crédit,  cent mille désespérés et combien de pendus à dix huit pour cent taux variable selon la conjoncture économique, dans nos châteaux blindés, nos coffres tremblés. La rue s'allonge et le soir grogne. C'est le crépuscule qui s'annonce dans le ciel délayé, les couleurs affadies, la foule vomie, étourdie. La nuit enveloppe déjà tous les bruits de la ville, déploie ses divertissements au néon dans les cafés et les bars. La musique gronde. La lumière compense On ne s'entend pas, se voit pas à peine. Les gens s'endurent et ne se supportent pas, s'effleurent sans se toucher. Les contacts sont gantés, hygiéniques. Je m'assieds. Pour capter le bruit. Ce sera ma cartouche. J'écoute. On formule du bruit à gauche. A droite aussi. Le langage c'est un bruit qui ne pense pas, une excuse pour meurtrir le silence, qui effraie. La musique s'interpose. Juste au cas où. Mauvaise. Mes jambes en terrasse. Chauffée. Faut bien entretenir toutes ces petites usines humaines qui fument, expirent. Ca rassure sur l'état économique. Demain on aura qu'à titre "La relance en terrasse". Je suis tout seul, à vomir des lettres. J'aurais aimé voir à quatre yeux, autour de moi que du bruit. Mes lunettes sont perdues. Merde. Peignons myope. On danse je crois. Une vieille croute montmartienne, musette en mini-jupe. Les solitudes ricochent, pas de deux, l'oubli se ménage. Il faut bien vivre. Je suis rue Descartes, maintenant. Pour causer aux grands hommes. Chacun son tombeau. Rousseau. Il en a des choses à raconter depuis l'enfer. Maman veut savoir où je suis. Sur répondeur. Dommage, ici le parfum de l'Histoire, du bois pourri. Personne pour fouiller le creux de la nuit. Quand elle remonte sa braguette, qu'elle éjacule ses flèches argentées, personne pour voir. La nuit tien des prisonniers. Les gens passent sans les voir, les meurtris. La symétrie est la beauté des architectes. Faut croire qu'ils sont tous un peu oeuvres, bâtiments, tous parallèles à coïncider. Sourire, maquillage, jupe, jeans, pantalons. Ce doivent être des esthètes, pas moi. Je garde le cheveu fou. Ca évite de se confondre, de s'esquinter. Ca préserve un peu de toutes les renonciations commodes, de toutes les habitudes à l'échec.

Posté par boudi à 21:07 - Commentaires [8] - Permalien [#]

09 mai 2009

Château à la dérive.

Tu me rends héroïque de l'écriture au fond de mon lit. J'ai l'impression de fendre mille créatures merveilleuses en t'écrivant. balayer des maisons de géants étudiants, d'écraser des hydres resplendissantes. Percer des armures de métaux inconnus. Dompter des porcs qui ont dévoré des pays entiers, des porcs qui depuis l'Amérique mangent et déversent les ordures sur la carte, se repaissent de misère. J'ai tout ça dans les doigts, et ma tribune métaphore pour assaillir, pour étourdir les lettres. T'es un harcèlement sexuel et une guérilla sensorielle. Tu saurais me dire pourquoi je t'ai dans la peau. Tes pas légers. Musique sur mes os. Courent le semi-marathon de Paris près des côtes flottantes de mon anatomie. T'es libre dans la vie autant que captive dans mon imaginaire, comme toutes les femmes que j'happe. On lui permet tout à l'imaginaire, de séquestrer la beauté, la cloisonner, la pervertir, la sévicer. L'imaginaire, il a tous les droits, il ploie l'Univers, efface le code pénal, c'est la toute puissance, l'encrier de la nuit déversé sur les pages neutres de la loi. Dans l'imaginaire j'ai ôté les yeux du monde, pris un scalpel de verre pour opérer les syncrétismes, nouer deux religions, deux religieuses lesbiennes. C'est marrant dedans, on a tous les talents, on hurle debout dans un monde en papier journal, on essore le sel du hareng-sot dessus. Dans l'imaginaire on déploie tout, on déforme à l'infini la flamme qu'on fait devenir humaine "Salut, ça va, flamme" ? Et tu peux lui causer, la faire danser dans ta paume, l'articuler et la résumer, la flamme. Ca rend fou l'imaginaire, c'est une camisole d'images, de rêves, de parfums et de saveurs, c'est joli comme un théâtre d'ombres, ça fait briller des guirlandes colorées, l'imaginaire. Et même qu'on peut y être un peu heureux, neurasthéniquement heureux, dans l'imaginaire où l'on vit d'une solitude habitée et exaltée. L'oeil noir brillant, quasi-anar. On vit dans un demi-tombeau trois quart enfer. C'est qu'on cause avec des morts, qu'on parle à Rousseau de l'infini de sa plume, et de Céline on emprunte le voyage, on se range dans la cale de la nuit, dans l'ombre de Céline. Il nous voit pas, il nous voit plus. Il raconte son Histoire et on voit les gens mourir entre ses doigts. Il a tout dégluti, tous assassinés Céline, alors c'est le plus beau, alors c'est le vainqueur sur l'Univers. Il a beau être enterré, on viendra bien chialer sur la disparition. Une mort à crédit, bien humide le crédit, bien liquide pour sûr. On rembourse avec intérêts quand on chiale clairement, dessus. Ils doivent tous être satisfaits à hanter mon imaginaire. Appelle moi chateau à la dérive...

Posté par boudi à 21:09 - Commentaires [1] - Permalien [#]

05 mai 2009

Luit la Nuit.

Et la nuit descend sur le bruit de la ville, elle enveloppe les murmures et les cris. Elle emporte le mouvement du jour avec le soleil dont elle se rassasie. La nuit descend brumeuse sur la ville qui bruisse encore. Elle imprime le sommeil sur les visages burinés d'ennui. La nuit qui descend lentement, avec ses habits de neige, recouvre très loin la ville. Elle commence par ensevelir les toits des Eglises et glisse son ombre pour étouffer les buildings. Dans les villes la nuit est violette, pâle et malade. Elle recouvre de son obscurité délavée les tous petits et les  clochers, les mairies et les écoles. Dans la ville la nuit est blême et sage. Elle attend devant les vitrines du bruit et de la fête. Elle n'engloutit plus rien, et sa brume affamée, son corps engourdi, se penche sur les gouttières. La nuit n'a plus de royaume, que des mares d'ombre. Elle attend que la lumière s'épuise, que la danse s'essouffle. Dans la ville la nuit n'attend qu'août qui éteint le bruit, et tait la lumière. Elle attend la nuit, avec sa patience et son meurtre entre les seins. Elle attend. Et alors il n'y a plus d'écrivain, plus de nuit. Que des plumes sèches de bile, la nuit génitrice meurt en couches et rien ne sort. Que des embryons avortés. On le dira pas au pape.

Posté par boudi à 18:56 - Commentaires [4] - Permalien [#]