03 juin 2009
Aux Inconnues Avenue des Invalides.
Ca fait des siècles que je marche sur la corde des pendus. Je
t'écris à toi, toi qui t'en fous avec tes yeux de tristes océans, de
marées noires endormies. Je vais mourir, je veux mourir. C'est parce
que tu t'en fous que tu flottes légère que je te l'écris, que ça ne
parasite pas les organes. C'est d'un étranger à une étrangère. Sans
charmes, comme un accident, une rencontre sur un bateau qui tangue.
Voilà, le propos liminaire. Mourir, c'est un peu comme abréger les
phrases, casser la ponctuation introduite par la morale des autres,
mourir, périr, c'est s'en aller au bout du mot, juste derrière la nuit.
C'est vraiment ça, et tu t'en fous alors ça me plaît, à moi, de te
l'écrire, de montrer que je mets mes points de suspension à la place
des virgules, qu'au lieu de bégayer mes envies je me jette dans les
fosses. J'y aspire. Je l'inspire. Ce n'est pas de la C. Je ne meurs pas
comme les adolescents vivent, dans l'idiote déchéance. Faudra autre
chose qu'un corps piétiné par la poudre. Je te l'écris. J'y vais en
même temps. Je fume un pétard au vide qui a des saveurs de nulle part.
C'est agréable, ça retourne le dedans, la fumée qui s'enfonce dans les
os. Je te l'écris parce que tu t'en fous. Que quand même dans tes yeux
j'ai vu de tristes espoirs, la lassitude qui est la grâce des gens
désordonnés. Je l'ai vu, ça m'a suffi. Tu t'en fous et c'est heureux.
J'ai vu des bourreaux, sur tes pommettes, la généalogie des assassins
conventionnés. On peut pas vraiment dire que tu sois belle, avec ta
tristesse qui t'effiloche le regard, mais t'as ce truc, cette came à
l'esquinte qui me rend dingue quand en hiver je peux imaginer la
couleur de ton souffle dans l'air glacé. Y a cette chose silencieuse,
c'est le mal, le bien, le cul, le coeur qui respire dans un autre
univers à vingt-six dimension et demi. Et demi. Parce que c'est l'art
de l'équilibre. Tu vois, moi je m'en vais et je te le dis parce que tu
t'en fous, je suis fatigué de jouer le funambule sur la même corde
séculaire, fatigué de la voir rétrécir sous mes pas usés. T'es pas
vraiment l'extase, parce que dedans ça pourrit, on a la gangrène de
l'époque, toi ce sera la solitude, la solitude meublée. Comme un musée
baroque qui abriterait de l'art romantique, tu vois, ta vie c'est une
antithèse. Ce n'est pas du langage prophétique c'est parce que moi
aussi je m'en fous. La dernière volonté des mourants, de ceux qui
épuisés traversent des fleuves asséchés c'est de s'en foutre, aussi.
C'est agréable la destination, la mort ça peut être un voyage, avec ses
étapes, ses ivresses, ses déceptions aussi. Je cartographie la mort. Tu
crois qu'on y voit quoi ? Des souvenirs en attendant qu'on se tarisse
dedans, que le sang s'en aille pour nous assécher de saveurs, de pensée
? J'aimerais croire être autre chose qu'un agrégat de molécules
savantes, c'est faux. Je péris. Tu vois je t'écris et je disparais.
Comme un fantôme, un prénom délébile, avec le jour toute ma peau
phosphorescente s'en va. On ne me voit plus, je me laisse gorger de
noir, de nuit, d'ombres et d'abstrait. je m'en vais et je te le dis
parce que tu t'en fous, que ça ne pèsera pas sur tes yeux aphtiques.
Nous sommes tous en sursis. Je suis le soufflet et la joue, la tête et
la hâche, le bourreau et la victime. C'est ça le suicide, l'autolyse.
Pfuit, disparu à l'heure du poète...Je m'en vais. Je mettrai bien un
billet à Saint Pierre pour ta solitude, que quand même, dans tes yeux
passent autre chose que des fantômes, des disparitions et de l'ennui
sinueux, qu'on roule et qui s'effrite, s'en va et s'expire.
Adieu camarade.
Commentaires
Manifestement le peuple est toujours vivant.
A quoi bon "camarade", si elle s'en fout...
Oui, c'était trop plagié sur Murat l'ancien titre, il a jarté.
Camarade parce qu'elle n'existe pas, j'écris rarement sur du concret. Je prends des yeux anonymes que je plie comme du métal quand j'écris, que je presse sur la feuille. C'est comme ça que je tente de traduire. Il n'y a que rarement de véritable gens. Il y a Elodie et c'est la seule toujours vivante. Wendy est morte. Mentalement. Tout ça pour dire. Que l'écriture c'est abstrait, les gens n'existent pas, et je me fous trop du contact humain pour m'intégrer dans l'interaction.
s'évaporer dans des silences d'oiseaux de nuit..
noir sur fond de brumes..envolée majestueuse..
dormir c'est mourir un peu..je lis beaucoup, dors tres peu..
...
"je me fous trop du contact humain". Tu peux remercier Jean-Foutre, il est à ce point présent sous ta plume qu'elle semble ne pas arrêter de pleurer après ce contact humain dont TANT tu te fous, à moins que toutes tes idées ne viennent de cailloux...
Savoir écrire, je me suis bien souvent demandée ce que ça faisait, c'est pour cela que je me permets de "perquisitionner"... un peu. Mais qu'est-ce que savoir écrire, en fait ! C'est comme avec l'Art, qu'est-ce qu'un beau tableau en fait ! A partir du moment on l'on sait pertinemment que les "critères" sont une formidable supercherie, tout paraît plus bancal.
Ecrire sur l'homme ça ne veut pas dire s'intéresser à l'homme dans son individualité. J'écris sur un Homme (une femme, en réalité) abstraite ou concrète. Abstraite dans sa composante morale, intellectuelle, superbe de grâce intérieure. Concrète dans les idiotes aux traits réguliers, à la poitrine gonflée de certitudes. C'est aussi cynique que tragique.
Les critères ne sont pas une supercherie, ce sont des indices. C'est une lampe de poche. Voilà tout. Les frères Carrache répondaient à beaucoup (tous ?) les critères de leur époque et pourtant leur oeuvre est fade, sans âme. Parce qu'il y a quelque chose dans la création d'indicible, qui ne se commente pas, qu'on suppose transcendantal. Parce que la sensibilité, l'inspiration ne se quantifie pas, elles n'ont pas de rationalité.
C'est marrant, inattentif que je suis et en lisant de biais ton blog je pensais que tu étais un mec. C'est peut-être parce que tu es féminine que tu ne sais pas ce qu'est savoir écrire :)
"Parce que la sensibilité, l'inspiration ne se quantifie pas, elles n'ont pas de rationalité." C'est bien ce que je laisse entendre, vu sous ce sens, les critères sont une supercherie, puisqu'ils sont basés sur une impression qui nous est propre, sans "rationalité".
"C'est peut-être parce que tu es féminine que tu ne sais pas ce qu'est savoir écrire"
Facile, c'est le "savoir" qui pose problème, et lui tu le quantifies comment ? Cela revient à ce que je disais dans un autre com, la recherche effrénée du style tue le Style. Ce qui est bien, vois-tu, avec "une femme" qui ne "sait" pas ce qu'est "savoir" écrire, c'est qu'elle se permet beaucoup, non pas les seins gonflés de certitudes mais de doutes et la tête aussi. Le doute me permet de remettre en question vos certitudes de mâle Monsieur Boudi :) C'est chouette non ?
A la limite tu vas me dire que tu n'as aucune certitude, mais si, tu en as au moins une quant à TON écriture et c'est malheureusement la plus encombrante.
Je pense que le beau est objectif mais qu'il s'apprécie subjectivement. Qu'il y a un beau qui nous dépasse nous dans notre appréciation conventionnelle, normée.
Mon écriture est ce qui est le plus aléatoire au monde, je n'ai aucune certitude, j'ai la vérité du tâtonnement quand j'écris. C'est de l'instinct raffiné (donc déjà plus de l'instinct).
Je ne connais pas de femmes artistes ou que de plates et médiocres (c'est pour contrebalancer la poitrine gonflée, j'imagine). C'est au delà de l'histoire j'ai une conception très phallique de la création dont j'assume l'extrême machisme. C'est purement subjectif, c'est que ma création, le petit beau que j'éjacule comme un gosse de douze ans découvrant son liquide séminal, vient du bas-ventre matérialisé, pas abstrait, pas enfoui, mais concret, fluctuant.
Bon là j'en fais volontairement trop, je me caricature, ce n'est pas ma pensée.
C'est hallucinant comme tu deviens con. Tu vas finir par mourir crevé sous tes provocs inutiles, tant tellement que je me demande elle est où la putain de faille.
Con ? Provocation Qu'est ce que tu racontes ?
Tu me m
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