11 juin 2009
Pleure Mon Fils.
Aux impétueux une vie entredévorée. C'est que le sablier n'égrène pas
ses secondes de la même manière pour toi et pour moi. Je n'ai le temps
que d'aller vite, et ce ce qu'Einstein dénommait "relativité", le temps
qui circule aléatoirement de mon corps à ton corps, qui est un frimas
dans le sang que l'été fait fondre. Voilà, le temps, il passe
lentement.J'ai l'intelligence qui décompose ses mouvements, ses
rotations, ses plates révolutions. Je le vois tomber, silencieux, le
temps quand il trône dans les salons, en salle d'examen, quand
l'attente le fait couler, 1,2,3,4,5,6... les bergers ont tué tous les
moutons et le sommeil ne viendra pas cette nuit. Je me mens parce que
je suis en verve mais qu'aucune fée verte n'est venue m'abreuver de
lettres saignées, extra-territoriales. J'étouffe ici, et c'est la
France occupée, c'est mon Paris ruiné aux frontières serrées. Ma vie
est une poitrine de femme corsetée, étouffée, étreinte et bien
camisolée. Nous sommes fous en suspens, sans images. Je déblatère, des
bonjour au revoir. Je suis un muet de la poésie cette nuit, un MUET,
m'entendez vous, j'ai le verbe qui me coule sous la peau mais qui ne
sort pas. Je suis hermétique à la parole, et mes doigts ne figent rien,
ils sont des mouvements que le temps laisse filer, le temps relatif qui
traîne sur la vie courte ses spliffs, ses ivresses. Moi je suis sobre
même à 4h37 c'est gentil de demander, et si je m'injecte de l'interdite
substance c'est que mon imagination l'a créée, elle donne des rêves à
deux sous, des pavés et des creux à faire des farandoles à Moscou. Tu
t'imagines, en moi, dans mon écriture il y a de quoi faire danser la
Crimée et les îles Sakhalines, dans ma tête il y a cette substance
visqueuse qu'on appelle rêve et temps, qu'on essuie avec le papier
buvard de la nuit. C'est moi la NUIT, elle se gorge de moi, et quand je
suis épuisé, quand je suis livide de m'être essoré l'intelligence sur
mon droit des sûrétés, civil, administratif des biens, que je suis
gardé à vue par mes libertés publiques, que je manie l'oxymoron comme
le sabre qui découpe en égales parts les saisons. Quatre allant deux
par deux s'occupant de trois mois par année. C'est de l'équité, de la
pure comme on dirait cocaïne. C'est gentil, mais ma paille ne plonge
que dans des verres sucrées à m'en pourrir les dents. C'est la vérité,
j'écris les crocs rouillés, bouffés. Ma plume est cariée, elle me lance
et j'en jouis moi, de pouvoir écrire sous la contrainte des douleurs.
Je sens que je virevolte, il faudrait transmettre l'étoile qui me passe
dans les yeux, la faire descendre de la langue à l'écran. Et puis non.
Je la garde, mon étoile-faucheuse, vous ne l'aurez pas, ou qu'en creux,
qu'en silence obscurci. J'ai mis le feu à tout ce que j'ai fumé. Et je
fume du papier à lettres rosi par les flammes et noirci par la cendre.
J'aime faire que les souvenirs vous restent sur la peau, mes poignets
sont brûlés, c'est un souvenir comme un autre. J'ai des traces sur le
corps, tout le corps sculpté de maux et de joies. Il y en a des filles
à m'être passées dessus, des Hélène, des Wendy, des Millie, des Elises,
des Marion, des Elo, des quelconques et des encore là, parce que je
suis irréstitible, mes doigts sont agiles. Je suis le virtuose des
extases secrètes, des dénichées sur des trèsors de laideur, des grasses
et fines, des sur qui je sniffe l'odeur de pays oublié. Elodie en a un
sur ses seins, elle, des pyramides à vous faire trembler de penser que
l'Egypte s'est éteinte, elle en a des histoires romaines, des Cléopatre
sous Antoine et des Antoine sous Auguste. L'Histoire est une partouze,
ne l'oubliez pas, ma prose un bordel. Tu payes et je te suce la moelle,
puis tu te casses. Ici je prends et je ne donne pas. Tout fluide et
tout liquide. Séminal et fiduciaire, je suis comme ça. C'est que mon
temps passe lentement, et mes journées font trente deux heures. On m'a
dit étranger à moi même, je dirai que je bois la corde des pendues,
celle qui a durci sur les tables en verre, la blanche poudreuse, la
neige des oubliants. Je dirai que je la bois, et que mon sang éternue.
C'est comme ça, je suis né le sang pâle, blanc, et j'aime qu'il coule.
Ce sont mes menstruations à moi, de le voir couler, saigner, pleurer,
rager, pester, mon sang, ce sont mes règles, et c'est là que j'enfante.
Quand je ne saigne pas de fièvre et de textes, que tout est retenu, que
les veines gonflent comme des tempes douloureuses, quand je sens la
saturation du venin, alors j'éjacule à l'intérieur, pression sur le
sexe. Et j'enfante, j'enfante des royaumes désenchantés, des pleurs de
jeunes filles voilées, j'enfante moi des pays de sucre, de miel, des
Israël christiques et vous savez pourquoi ? Parce que baignée de Mer
Morte il l'a ressucité, lui, il s'en fout, tout le monde c'est Lazarre
maintenant, et tout le monde a la lèpre, alors il est là avec ses mains
thaumaturgiques, il est là pour tout guérir la sclérose en plaque qui
est la lèpre moderne et le reste. Il s'en fout, lui, quand il voit la
partouze de l'Histoire il fera pas dire aux nuages qu'il faut cracher
le feu du ciel, il s'en fout, il est apostat Jésus, il a renié Dieu
quand le clou lui filait le tétanos.
- C'est terminé cette histoire, mon dieu ?
- Oui mon fils. Paradis ? Mais c'était là bas, il fallait jouir et vivre
pour le mériter toujours. L'enfer ce sera pour ceux qui n'ont jamais
joui du cadeau qu'était la vie, l'enfer ils l'ont vécu au paradis, d'avoir privé
sa chair, ma chair des délices terrestres, des femmes et des hommes, du
sucre et de l'ivresse. Le crime originel, mon fils, c'est d'avoir fait
de la Terre une vallée de larmes."
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