03 septembre 2009
Romançons.
Chaque fois que j'entrepris de conquérir le corps d'une femme je lui suggérai que son coeur recélait d'insoupçonnés trésors, de sortilèges que seuls mes yeux hyperlucides pouvaient leur révéler. Je plongeais la main contre son sein pour en retirer de fabuleuses images, des à la faire danser contre sa propre imagination, à faire corps avec son propre corps ! Elles n'en pouvaient plus, les pauvres, de ce visage neuf qu'elles crurent voir dans mes doigts agiles qui bientôt, descendant plus bas, leur montreraient d'autres extases.
Chaque fois, j'agissais avec sournoiserie, probablement bus-je enfant à la même coupe -empoisonné par le christianisme- qu'Eros. Me voilà aujourd'hui rendu vicieux, avec les membres durs comme le coeur. Mon verbe qui se cognait à leurs lèvres n'avaient qu'un dessein, les violer, leur jouir à la bouche et pour se faire je sapais leur identité, la confiance qui tremblait déjà dans leurs yeux. Les lettres de fièvre que je leur envoyai ne se destinaient qu'à les engourdir par la poésie à la manière des meurtriers antiques qui plutôt qu'assassiner par de violents poisons l'Empereur à déchoir, lui suçaient toute énergie par de légères aspirations pile contre les facultés -les courtisanes excellaient en la matière. Si bien, que l'Empereur ainsi affaibli, débilisé, incapable de tenir en main son sceptre métaphorique, tremblant en évoquant cet Empire qui s'étendait de frontières toujours renouvelées, finissait par être chassé du trône et du Panthéon.
Mes femmes, ces femmes, toutes qui pareilles à Narcisse
cherchèrent à se mirer -et donc à s'aimer- dans le reflet de mes pages
finirent frappées d'un aussi triste sort. La marée du verbe est plus
surprenante que l'on peut supposer, et il s'y déchaine parfois la
fureur d'un torrent qui engloutit tout, toutes les forces, tous les
espoirs qu'elles réunirent en vous, cette peau neuve qu'elles
admirèrent, que j'avais aimé chez d'autres. Elles ne nommèrent que les
fleurs qu'elles perdirent.
C'est ainsi que je guidai mon existence, de corps en corps, comme
des barques stygiennes, avec des manières d'escrocs à faire passer les
écrivains américains pour sincères, à faire passer leur style immonde
et vénéneux pour l'expression de la plus pure émotion.
Voilà, ma vie, elle débuta contre le sein d'une femme, ma mère,
pour toujours errer contre la pâleur d'une autre. Mon corps glacé, de
ce sang-froid qui me prive d'énervement et n'offre à mes ennemies que
des colères sobres et méthodiques comme le canon d'un pistolet, pour se
réchauffer devait chercher la chaleur de ces corps. J'allumai des
brasiers, deux flammes rougissantes aux pupilles, juste pour que la
nuit soit moins effrayante, que j'y trouve le réconfort d'un foyer,
d'un foyer qui changeait de formes de jour en jour, qui changeait selon
l'appétit de mon ventre. Chacun se fie à la boussole qu'il peut, la
mienne était taillée dans l'excitation et la pulsion, elle me guidait
de femmes en femmes, de corps en corps de décadence, toujours la
décadence, en orgie. Je l'appelais ma bite.
Je goûtai tant de charmes, tant de délices répétées, identiques que ma bouche pleine du sel et de l'Océan des femmes finissaient par vomir, par vomir de son propre désir. Ma bouche gonflait, rassasiée, prête à rompre de séduire de si infâme manière.
Chacune se crut unique, et j'enfilais avec le même étonnement -feint- le même masque sur dix milles visages. Les hiérophantes de l'étique médicale, eux qui babillaient sur les travers du clonage, ne surent rien de mes sauvages manipulations. J'offrais un corps impalpable à des femmes qui réclamaient d'exister ! Elles devenaient l'Univers toute une nuit et ma bouche, ma bouche chantait la formation des planètes, les explosions stellaires, elles sentaient la gravité leur remonter du bas-ventre, et leurs seins se gonfler d'envie, elles y voyaient des galaxies jusque dans leur nombril tandis que de cette cosmogonie s'échappait des râles, mes râles, les râles de mon extase, de mon sexe que j'enfouissais partout, qu'elle suçait pour en retirer des mots, encore des mots, pour se voir belle, d'une beauté puissante, d'une beauté qui leur faisaient tomber amoureuses d'elles mêmes. Elles ne couchèrent jamais avec moi ; seulement avec mon verbe -et ce corps que je leur prêtais. Le verbe eut droit à toutes les faveurs, à leurs vertus salies, vendues pour entendre un mot, un phonème sauter de ses hésitations. « Une virgule pitié » que je les entendais supplier pendant qu'à genoux je les immaculais.
Ces femmes ignoraient le calice qui me contaminât, elles ignoraient ma solitude et les dents de loup qui garnissaient la bouche du poète. Toujours prêtes à marquer, à enfoncer chaque millimètre de leur envie dans les chairs féminines, à les soumettre. La poésie est bondage. Je les assassinais à chaque minute qu'elles passaient réfugiées contre mon torse adolescent, désespérément adolescent. Je tatouais mes souhaits enragés sur leurs seins. Je les rangeais : classées, comme un éleveur organise avec fierté son cheptel. J'étais fier, moi, avec mon visage unique, imaprable, inchangeable, de mettre des belles à quatre pattes, de les faire sentir le parfum de mon vice, de ce vice qui hante toutes mes nuits sans elles.
Je voulais échapper à tout ça, à ces nuits qui m'arrachaient des sanglots silencieux encombrés d'un corps inutile -et je ne parle pas du mien. Je parle de celles-là, des rages que je partageais avec elles sans qu'elles surent grimper aussi haut que moi dans la haine. Elles n'avaient que des défauts, c'est à dire un vice sans ambition, un tout minuscule vice à la voix d'adolescent en mue ! Je voulais échapper, moi, à ce trou noir qu'ont les femmes, aux mensonges. Mais la solitude, la solitude, celle qui ferme votre porte à clé la nuit, celle qui vous colle du silence artiste dans les yeux pour vous empêcher de les clore, qui vous permet de suffoquer plutôt que de respirer, celle là est terrifiante. Elle est hantée de fantômes, de démons geôliers. C'est d'un enfer véritable dont je vous parle. Elles n'y crurent pas, elles, quand mes yeux perdus, ivres, tournoyant, jurant que j'avais vu le Styx, que j'avais vu des monstres cousus de blasphèmes. Alors je devais dérouler ma langue, les inviter dans ma tête. Et quand je le fis, chaque fois que je le fis, celles qui n'étaient alors que des victimes innocentes devinrent folles compulsives prises de soubresauts, elles hoquetaient de douleur à chaque seconde, elles crachaient, éructaient contre ces images que nous partagions désormais. Je n'offrais pas d'alliance à mes femmes seulement mes cauchemars. Pour les subir il fallait être vide d'âme. C'est contre elle que leur appétit se jetait le premier, farouche, ardent, il dansait avec ses fourches, avec ses têtes cent fois réinventées, avec la peur carnassière contre l'âme acculée, contre l'âme effrayée qui avait clos ses yeux déjà, qui se savaient bientôt gésir à l'intérieur du corps ennemi.
Je peux l'écrire. J'ai tué pour de vrai, juste avec des mots et mon sexe. J'ai tué pour de vrai, juste pour éjaculer dans la gorge d'une blonde.
La solitude, celle que je fuis dans leurs yeux d'automates -mes automates- m'effraie. C'est une hydre changeante, qu'on ne peut risquer de décapiter sous peine d'être assailli de milles peurs nouvelles, puissantes d'autres facultés, de légendes que vous ne saviez nommer et qui vous tue malgré tout.
La solitude, la nuit, me laisse les traces de nos combats sur les doigts. Mes mains sont pleines de cicatrices, de celles que je lui inflige avant des les arracher. Je n'ai jamais perdu contre la nuit, je me garde d'elle méfiant, avec des corps étrangers, des corps inconnus qui irradient la pièce de leur pâle luminescence. Je me protège, ainsi, avec de la chair nue. Je ne baise que des blanches aux yeux clairs, pour qu'elles chassent toutes les ombres qui m'envahissent. Ce sont mes briquets, mes lucioles qui virevoltent interminables contre mon ciel, le ciel très bas, voûté de ma chambre.
Je n'ai jamais pu dormir la nuit. Quand la paupière tremblait, je sentais les pas de la nuit menaçante, je la sentais avec son odeur d'agression, je respirais le sang de ses victimes déjà. Alors je sais, je sais tout d'elles, l'heure de son lever et celle où le jour lui succède épuisée de n'avoir su m'emporter.
Commentaires
Ne te penches pas trop Narcisse!
"E péricoloso sporghesi"
COMME EN SON
Ecrire au présent
Comme une respiration
Sans avant ni après
L'espace d'un éclair vers
Ou d'un vert très clair
Un peu comme rattraper
Le mur du son
Qui stationne en double file
Sur un corset délacé
Ou un corps délaissé
Puisque tu essaies de prouver que tu m'es supérieur (mdr)chéri, tu devrais déjà savoir que ton numéro de petite pute ne me contaminera pas. Moi, je porte mes couilles, comme dit Jonathan de S.S.
merci de ce commentaire sur paper or plastic...c'est toujours touchant de savoir que l'on fait du bien.
Tout ça pour dire que tu niques en mentant aux filles. Bref tu n'as rien inventé, sache tout de même que je baise en disant parfois la vérité... :-)
Surtout que j'ai cette intime conviction, que se sont là les pures rêveries d'un masturbateur imberbe !
Amicalement "tienne"
Définitivement j'en croise des psychologues, des voyantes, des géomanciennes. Tout ça sans bourse délier ! Merci de l'analyse. On peut voir ici, à condition de fouiller avec attention, quelques unes des blondes et brunes qui me passèrent dessus. Les preuves ont toujours fatigué la vérité.
"Surtout que j'ai cette intime conviction"
Vous avez essayé ces gels douches pour ces parties là du cerveau ? J'en ai entendu le plus grand bien, ça fait sauter la crasse, la bouse, et la gadoue.
Parce que j'ai été sortir ma mitraille sur votre blog vous passez de pâmée à paumée ?
Ce texte surtout, est la page qui me vaut d'avoir pu faire gicler mon nom sur un contrat avec Grasset. C'est un début de roman, ça a sa part de fiction, parce que je t'assure, promis, promis, je n'ai pas encore vu de bêtes cornus. J'ai lu quelques horreurs, les tiennes pour l'exemple, mais pas encore saisi l'effroi d'un visage aussi ennemi.
Enfin, où voyez-vous du mensonge ? Je ne leur mens pas ou pas comme vous l'entendez, ce n'est pas à moi que je prête des vertus, c'est à elle que je forge une nouvelle identité, c'est de mon verbe puissant que je sors de nouvelles chairs à leur greffer.
Allons, de la bonne foi, pitié, admirez moi sotte.
Je suis toujours pâmée...
Tu signes chez Grasset, je te félicite.
Mon premier long métrage sera tourner par EuropaCorp, réalisateur Pierre Morel. Tu vois il arrive de belles choses partout et j'en fais pas des gorges chaudes, alors descend un peu de ton escabeau.
J'aime ton écriture sinon je ne serai pas ta lectrice.
Cortisone.
Ton commentaire grinçait sur ses gonds, moi j'aime ça, tu vois ça me fait claquer des formules. Ca m'est bien utile qu'on tente de m'écraser.
Nous sommes tous artistes, c'est tant mieux, mais entre nous EuropaCorp, Pierre Morel, c'est pour rire, non ? Je veux dire EuropaCorp c'est le truc du gras imbécile de Besson, et Pierre Morel après un bref détour par sa page wiki n'a fait que des bouses et pas encore de gadoue.
Je n'en fais pas de gorges chaudes, mais quand on vient -pas vous spécialement- et je pense à l'un de vos lecteurs piaillaient contre moi, j'enrage assez !
Allons, tant mieux, pâmée c'est une preuve de goût.
Je le dis avec une feinte forfanterie. Je suis un excessif très modeste, j'ai l'humilité enragée mais je ne supporte pas les imbéciles (et avant de monter dans les tours je ne parle pas de vous).
Et je passe du tu ou vous, du vous ou tu, tutti frutti.
Claque de la formule j'adore ça !
Entre nous c'est pas pour rire, je suis scénariste du moins j'essaie...
J'ai aimé ton intervention sur mon blog, tu as été provocant, pugnace, querelleur, d'une arrogance monstrueuse, mais j'aime, vas comprendre !
Tout ça n'est que litre et rature ! Mais au moins on se gondole !
Tout ça n'est que litre et rature ! Mais au moins on se gondole !
Et bien tu aimes parce que ma prose est entière, parce que je ne souffre pas de petites compromissions, qu'être haï m'indiffère autant qu'être aimé non ? Qu'on lance cent fatwa contre moi je resterai droit dans mes bottes de S.S (encore une formule).
Vrai,j'ai été arrogant sur ta page, mais c'était drôle. PAr contre je suis toujours de fièvre, c'est à croire que l'utérus de ma mère qui m'hébergea et me forgea brûlait toujours d'un feu d'enfer. J'ai toujours le corps froid, mais le reste, le dedans ardent, flamboyant.
ca commence etrangement a ressembler au mur des lamentations chez toi....dommage..
Je souhaite que vous concrétisiez avec Grasset.
merde
Je me demande si à jeun et de jour, tu pourrais continuer à écrire ce tas de merde sans queue ni tête. Tu te relis des fois ?
Eh bien, Boudi, je remarque que certains de vos copains ne sont pas plus sympas que "les miens" :-)
Les anonymes aiment répandre leur fumier sur les rosiers; c'est à ça qu'on les reconnaît. Ailleurs, on les voit faire les coqs chez quelques délaissées dans l'espoir de tremper leur biscuit. Les pirates ne sont plus ce qu'ils étaient. Aujourd'hui, ils naviguent sur l'amer (des sarcasmes).
J’aime lire ici. J’aime lire partout la tragédie qui ressemble à chacun de nous. Ici, sans doute, un peu plus qu’ailleurs. C’est toujours réconfortant la tragédie des autres.
Si si, je persiste et signe. Les textes de ces blogs sont un patchwork de tout ce qui passe, vue sur le nombril du monde et ton trou du cul, mais certainement pas de vrais textes qui racontent quelque chose, une histoire.
Et puis ne viens plus laisser de comm' sur mon blog, je supprime aussi sec.
Tu aimes bien laisser ta merde chez les autres et faire le petit saint ici. Pauvre chou, tes copains croient que t'es une victime, oulala...
je parlais des commentaires..lamentables..sans interet..bref..
No need to a title
Pas besoin de titre... pour dire que j'aime beaucoup ce texte, que je le trouve sensible et ressenti.
L'écriture est fluide, les images sont originales et bien trouvées... pas de poncifs (enfin, pas trop mais je ne rentrerai pas dans ces quelques menus détails), on prend du plaisir à lire...
Pour pointer tout de même des aspects négatifs (nul n'est parfait) : si le style est fluide, il est assez quelconque voire plat par endroit... il me semble que cela vient de constructions grammaticales plaquées qui ne cadre pas toujours avec le sens du propos. Il y a aussi pas mal de verbes incolores qui cassent un peu la force du propos...
Mais je pinaille, je pinaille... j'aime beaucoup, et ce texte est globalement très au dessus de ce que l'on lit dans la médiocrité de la blogosphère...
Je m'aime pas! mais ça ne m'autorise pas à en dire du mal. Je n'ai pas qualité à m'ériger en juge. Et je comprend fort bien que d'autres puissent aimer. Continuez, cherchez, vous trouverez. Mais cependant attention faire de soi et de ses névroses l'unique source d'inspiration est parfois bien dangereux quand il manque une mise à distance. c'est cette mise à distance qui crée la hauteur. Bien cordialement.
jfg
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