19 décembre 2009
Du latex à mon vice.
Personne n'imagine ce que c'est que de
vomir de douleur à chaque virgule, à chaque exclamation. Oh, oui
certainement il faudrait que je me recalotte l'écriture avant que
d'être syphilitique, d'avoir le cerveau nécrosé, et le talent, les
petits bouts de talent flottants, errants qui me traînent sous la
langue carbonisée. C'est un conseil joyeux qu'il me donna, merci BT,
je vous aime mais je suis circoncis. Et puis, il y a Guillaume qui
veut que je cesse d'escroquer les petits garçons, vas-y moralise moi
avec tes yeux de consanguin et ton nez qui peut sniffer jusqu'au bout
de la table. Guillaume enfile du latex à mon vice que tout me gicle
dessus, dorénavant, que toute mon habileté de monte-en-l'air,
d'aigrefin, de nez creux ne fasse que m'épouiller moi-même, me
vider des bêtes, des minuscules bestioles qui s'accrochent à ma
queue, qui se balancent selon son mouvement. Vous voudriez que je
débande ? Fatigués que vous êtes d'avoir ce sexe droit, dressé,
marmoréen à sans cesse branler, à agiter, ouf, je vous épuise en
mouvements inconséquents, en lectures. Ma langue est asexuée, ma
langue n'a pas de couleur, pas de bas-ventre, tout ceci c'est de
l'allégorie, et d'une femme j'en crache une autre au même visage, à
la même bouche. Vous ne savez pas, vous ne savez pas combien j'ai
mal de cracher du sang à chaque ligne, du noir, du visqueux, du qui
racle la gorge, j'ai mis de mon ADN plein les pages. Guillaume me dit
que l'ADN a une mémoire génétique "tout est substance"
et Lara, la petite Lara sociologue junior n'est pas d'accord. Quand
je les vois discuter j'applaudis, lui avec Calais et l'intelligence,
elle avec l'instinct et les maladies endormies. Elle était folle, je
lui ai tout pris sa folie à Lara, j'ai tout aspiré en devenant son
ami -j'ai quelques amis-.
J'ai des lecteurs, ouais, qui savourent,
oh quelle délectation petite bourgeoise qu'un gosse du ruisseau
comme moi vomisse dans le caniveau. Je viens mettre du rire à leur
aube. J'habite un vertige, vous savez ça ? Et j'y cherche une muse,
dans ce studio, dans cet habitat sans barreaux. Je flotte à la
frontière de la lumière, juste debout sur la frontière, sans
identité, entre deux pays : le jour et la nuit, qui ne veulent pas
de moi. J'ai beau enfiler des haillons de couleurs, mettre du fard à
mon ventre, du législatif à mon discours ! Refoulé à la douane de
la vie, juste en bordure, c'est mon Ceuta, mon Melila à moi la
vie.
Vous savez, vous tous, je vous connais par coeur, je vous
connais, je sais votre existence. Moi. Vous êtes tous des médiocres
suffoqués. Il y a des lois bruyantes et d'autres silencieuses,
sournoises. Des prisons pour délinquants et des murs invisibles.
Vous êtes l'architecture du pénitencier, c'est votre morale, vos
réprimandes -et je suis un juriste affirmé- qui forment le béton
des prisons. J'ai le corps cellule, viens donc t'y enfermer
mignonne, viens donc y mettre tes vertus dans mon coffre aux misères.
Tu sais, tout fond dans ma lave, dans ma nuit, dans ma nuit toujours,
viens y dissoudre les comètes de tes yeux.
Viens, faire un tour avec moi, visiter Paris la ville à genoux, on entendra peut-être les mécaniques du Panzer sur les champs. Quelle extase, de sentir du belliqueux au fond du langage, du borborygme rythmé par un tambour. J'aime l'Allemand, c'est la langue des violents, des vrais assassins. Je pense que l'on devrait, avant de tuer, lire une phrase du Faust de Goethe. N'importe laquelle. C'est ça l'aristocratie du crime, le faire en poème.
Mais viens dire que je n'ai que des conneries, des larmes, à écrire, viens donc faire rouler tes mots contre mon feu, faire tourner ton barillet contre mon fusil à deux coups. Que je te piétine un peu, je n'ai pas cette superbe qui permet de mépriser sans écraser. J'ai eu le choix : haïr ou pleurer. J'ai choisi. Faites attention à vous, à votre dos, veillez votre ombre que la mienne ne s'y soit pas glissée avec son envie toujours frénétique de tirer. Je lui ai sculptée un visage dans l'ébène de la haine, dans le bois de la colère. Tous ces tambours, toutes ces armées, toutes ces campagnes que je mène dans mon crâne, tous ces boulets qui déchirent la terre, qui creusent, qui assèchent vous surgiront par traitrise. Je suis sournois, toujours traître et vicieux.
Bien sûr que je vous viole quand
j'écris.
Je marche au milieu de la route.
Celle qui vous effraie.
Je marche nu.
Commentaires
Paul Celan
Je comprends mieux. Je comprends qu'il sera difficile de circoncire l'incendie.(Merci ;)
Votre texte, jeune homme, évoque à plus d'un titre une écriture cri, un peu à la manière du cri que poussait Antonin Artaud en son temps.
Puis il y a eu d'autres cris. Là, je songe à celui, étouffé, que poussait Paul Celan en détournant le cours de la langue allemande. Le cri d'un homme qui s'était plongé dans les mots des assassins pour en extraire le poème: " la mort est un maître venu d'Allemagne".
De guerre lasse, il s'est noyé, lesté de ses mots, dans la Seine, en se jetant du Pont Mirabeau. Ultime métaphore.
Ps: ne perdez pas trop de temps quand même à flinguer les conformistes, les médiocres qui bâtissent autour d'eux d'invisibles murs. La belle langue classique a vécu. Une autre renaîtra, plus tard.
LE SOURIRE DU VICE
Tant qu'il est un choix
Il est un juge
Le choix du sourire
Est un cadeau
Où les dents s'abrogent
Laissant juste l'émail
Ruisseler de candeur
Pas un truc de midinette
La nudité
C'est l'intégrale du rien
Une équation à une inconnue
Dont la danse est un luxe
Artaud oui. Il y a Genêt aussi. Bloy que vous évoquiez ailleurs. Ce sont ceux que je brûle la nuit. C'est un reste de Genêt croisé avec Kafka que d'immoler ses idoles. Chez le second les horloges tournent à l'envers, chez le premier les mots n'ont pas le sens qu'on leur prête, les attitudes non plus. L'on peut vénérer ce que l'on brise et respecter ce que l'on préserve.
J'ai cette violence nécessaire, celle de ces écrivains. Je vais être très prétentieux mais j'ai l'humilité de le reconnaître. Je criais avec la voix de Genêt avant de lire Genêt pour la première fois de ma vie. J'ai hérité de ses cordes vocales, pour la sexualité, j'ai fait à l'inverse. C'est encore Kafka et ses aiguilles qui tournent à l'envers (vous ne me suivez pas ? C'est à dire que vous m'avez compris).
Celan, l'admirable Celan qui dépassa le mot fameux (et injustement compris diront certains) d'Adorno qui décréta la mort de la poésie. Celan c'était un peu Antigone allant contre la loi des hommes pour satisfaire celle des dieux.
"Lait noir de l’aube nous te buvons la nuit".
Je suis allaité par le même sein que lui. Espérons qu'il garde les mêmes vertus.
Ah oui ! oui !!! Encore !
On peut bien se moquer, la gratuité semble bête, et la méchanceté dans la moquerie est gratuite. Toute moquerie a la capacité de blesser, même avec le sourire, donc toute moquerie est une méchanceté potentielle. Se croire « intelligent » et se moquer. L’intelligence est très souvent « bête et méchante ». Le monde se retourne sur lui-même. Les moqués prennent les armes. On est tous le « moqué » d’un autre, mais parfois aussi, on a l’habitude d’être moqué. Cette habitude-là, on ne s’y habitue jamais.
Je me sens souvent moqué, avec le temps cela devient une humiliation qui me fait perdre la foi. J’irai moi aussi, m’acheter des armes. J’espère bientôt découvrir que j’ai une maladie incurable, par lâcheté, et par ressemblance.
Fini la différence, je n’aurai plus d’espoir moi non plus, et enfin, je me laisserai aller à la vengeance. Je me lèverai un matin, je jetterai à nouveau un œil sur ma liste, et je sortirai de chez moi pour la dernière fois. Cette journée sera un enfer.
Je tuerai sans hasard, tout au long de ce dernier jour né pour moi. Le soir, je ferai la une des journaux, mais je serai déjà ailleurs. Je suis un psychopathe, c’est ce qu’on dira pour éviter de vivre son propre sentiment de culpabilité.
On ne vit pas dans la peau de l’humilié sans faire de victimes. J’aurai bientôt une maladie incurable. J’ai déjà une maladie incurable, je suis misanthrope. Je serai bientôt cancéreux en dernière phase, et psychopathe.
Enfant, je n’étais pas haineux, j’étais différent. La différence mène au suicide ou à la haine. Je ne me suiciderai pas tant que je ne serai pas condamné. Et pour cela, je me condamne. Je suis un « faux imbécile », un con damné.
Je vis mon cri, on se moque, on aime le silence et la tranquillité. On dit que je suis un aigri. Moi je trouve que bien souvent je suis un nez fin.
J’ai dépassé l’existence possible de Dieu. Il traîne la savate derrière mes pas. Il ne peut plus me rattraper. Je n’ai pas su, ici-bas, m’emplir de méchanceté raisonnable. Je n’ai pas appris à temps le vice. Dieu a créé le monstre que je deviens. Je n’ai jamais su être trappeur.
Je ne voulais pas pourtant, en vouloir à quiconque, mais je vis dans un monde où il n’est pas d'une grande anormalité de marcher le soir, sur les pieds de celui à qui on tend la main le matin.
J’irai moi aussi, m’acheter des armes, et je les utiliserai aux abords du médiocre supermarché de l’humanité. J’étais bien dans ma grotte, mon ours mal léché dépecé afin de réchauffer mes épaules.
J’étais bien dans ma grotte. J’en peignais les parois en plongeant mes doigts malhabiles dans un crâne d’ocre.
J’étais Neandertal et j’aimais la vie comme ça. Homo Sapiens m’a découvert, et immédiatement s’est moqué. Toutes les histoires se ressemblent depuis l’aube de l’inhumanité.
Une amie m’a demandé un jour si je n’avais pas peur, au final, d’être terriblement déçu ?
Je lui ai répondu que je ne le pensais pas, mais que dans ce cas, le pire, je trouverais une fois de plus ce qu’il me resterait à enfreindre. La vie me dégoûte ? J’enfreindrai donc ce que l’homme appelle la vie.
Certains auteurs ont préconisé le suicide, en toute légalité.
Moi j’appelle au meurtre de mes mains, sans prendre connaissance de la moindre loi.
Je suis psychopathe, je me sens en dehors des lois.
J’ai voulu aimer quand même, mais je n’en ai récolté que la haine, de plus en plus proche de moi.
Non on ne m’aime pas ! Il est vrai que je n’aime pas. Qui a commencé ?
J’ai la mémoire vive, et chaque soir, ma vie et mes espoirs un peu plus vides.
Neandertal dans la crasse, Homo sapiens en concessions aux cadastres !
Et les seconds ignorant qu’ils ne sont plus que des cadavres.
Je n’ai jamais appréhendé l’histoire autrement qu’en imaginant ma place et ma part de vie.
Tout se meurt, je suis l’instable sacrifié. On se gave sur mon dos, pire, on rit de ma mauvaise humeur. Trentenaire et Neandertal, Papy boomer a organisé mon désastre.
On me demande de voir un peu plus clair alors que je suis né dans une nuit infinie.
Trentenaire, j’en ai bien assez maintenant, je vais passer mes nerfs dans une dernière tuerie définitive. Je suis incurable. J’attends d’exploser le score sur mon bilan de métastases !
Je ne cherche plus à discuter avec ma génération. Des crétins pardonnant à leurs pères et mères de n’avoir pas droit à la vie ! Même les moutons sont devenus des brebis !
J’ai la gale moi, et mes miroirs me le rendent bien. Je me paierai, enfin, une journée à être heureux. Je verrai le désarroi dans un premier regard que je sacrifierai. Je prendrai goût à la douleur et à la peur ainsi exprimées. Je rirai comme un fou de cette folle journée !
Je goûterai le sang de mes hôtes décevants.
Je serai le psychopathe de mon dernier jour, et leurs vies continueront, mais avec plus jamais, la débâcle hirsute de mes jours imposés.
J’ai voulu aimer quand même, mais je n’en ai récolté que la haine, de plus en plus proche de moi.
Non on ne m’aime pas ! Il est vrai que je n’aime pas. Qui a commencé ?
J’ai la mémoire vive, et chaque soir, ma vie et mes espoirs un peu plus vides.
Cribas 2006
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