24 octobre 2009
Je n'ai fait que fuir
Toujours être ailleurs. S'en aller.
Ca
m'agace la foule. Encore.
J'ai ouvert mon moleskine. C'est
amusant qu'aucune ne le devina sous mes épaisses poches, dans mes
valises, sac, ce petit carnet de 10 cm de haut, plein de mythes, de
minuscules lettres, des déliées à peine formées. Je l'ai ouvert,
et j'ai trouvé des dates, des amusements.
2 juillet 2007 :
6h37
J'attends à la gare de Lens mon TGV. Le brouillard
de Loison fit une cape autour de mes épaules. Le temps est complice
de mes fuites, il me nimbe de sa grisaille. J'ai volé la mastercard
de Jean, celle d'Emilie. Je n'ai pas trouvé celle de Sophie. Le
chien a aboyé. J'ai tourné la clef, lentement, dans la serrure
pour ne réveiller personne, j'ai descendu les escaliers à genoux
pour ne pas les faire ployer. Que le bois soit muet et les murs
sourds. Je suis parti, avec de l'organisation dans les poches.
J'arrive à Paris. Je suis bac+1.
17 juillet 2007 :
J'ai
craché tout mon mépris, tout ce que j'avais dans le ventre,
d'ordures à la gueule d'Elodie, tout l'uranium digéré, toute la
saleté qui me fait dedans des caprices ravageurs. Je lui ai mis
dessus comme mon foutre sali, comme la noirceur de tous mes sens.
Elle a chialé. Je m'en tape. Pauvre conne.
Décembre 2007 :
Wendy est venue chez moi, en silence, dans des pas de laine.
Papa était devant la télé, Papa qu'elle crut mort, que je
déguisais, avec des parfums de poussière, d'absent, que je
glissais du vide sur ses yeux. Papa était par terre, et je lui ai
dit à Wendy, pas un bruit, des esquisses de mouvemnt, du mutisme,
vas-y allonge toi. "Marion..." "Tu m'as tué chéri".
Pardon, c'est l'habitude de simuler, dissimuler, le texte,
l'oreillette, l'absence multiple. Chut, tais-toi, tu n'existes pas.
Samedi - printemps/été 2008 :
Je suis parti
doucement de la chambre, sans faire craquer le lit. Wendy était
nue, sur son flanc, endormie. Les images de la télévision
brésillaient, coloraient. Il y avait du bleu pâle au plafond. Elle
n'a rien vu, rien entendu des mouvements saccadés de ma fuite.
Quelques secondes avant, quand las, déjà, quand las trop de fois,
je me réfugiais dans mes silences, elle avait mis ses doigts autour
de ma bite, que le sang circule, que le sang me jaillisse dessus.
Qu'elle sache un peu comment ça fait, de vivre, d'avoir le sang
tout contenu, des règles qui vous saignent dans le désir. Ca a
marché à demi. Elle a des vertus que j'appelle des vices, la
mignonne.
00h30. Je prends les clefs de la chambre que je dépose
dans la salle de bain humide, je les dépose là pour que sous
l'auréole de pluie, de gel, il y sue des larmes. Qu'au réveil elle
les trouve toutes trempées, dessous de l'eau qui coule, circule, de
l'eau qui gémit un peu. Elle se réveillera et je ne serai plus là.
J'ai ouvert sa sacoche, très précisément, j'ai pris 25€. Devant
son appareil photo et son ipod j'ai hésité (comme elle hésitât
un jour) puis j'ai eu peur, peur de son père, peur de son noir. Je
me suis imaginé son père que j'imagine avec une voix de tambour.
Certains poètes sont des lyres, des accordéons, des violons, lui
je l'imagine acteur époumoné, tambour. J'ai pris un peu de son
argent, oublié Maggie Cassidy, laissé sa richesse technologique.
Qu'elle vive de son bruit, sa prétention, ça ne me regarde plus on
ne se reverra pas.
Août 2008 :
Elodie, ma belle
Elodie est toujours là, malgré les cris, malgré mes rages. Elle
m'attend, elle est venue à Paris "un peu pour toi". C'est
fou. Je la croise avec Marion, je la file, je l'organise, je la
fragmente en petites cellules qui s'intègrent à l'emploi du temps.
Jardin Du Luxembourg-Ophtalmo--Palais de Tokyo-Marion-Père
Lachaise-Maison d'Elsa. C'est fou, ces gens qui restent, qui
demeurent, comme si j'avais en moi une lumière invisible et
nécessaire.
Mars 2009
Avec Marion, c'est fini, je
me le dis depuis un moment, il faut juste faire rompre ce qui trop
plie, ce qui met du terne, du gris dans mes yeux. Elle m'ennuie, je
dois organiser la fin, la structurer, mettre de l'architecture, du
planifié soviétique, de la charpente aride pour tout soutenir les
au-revoir. Son père n'est pas là. Nous avons les clefs, nous y
dormirons. J'ai tout pensé. Avec un bruit de rasoir, quand elle se
touche sous la douche, j'ai volé son GPS. Sans scrupules, aucun,
jamais. Je l'ai pris, rangé dans mon sac à dos vert-fond cuir. Je
le vendrai (note du présent : 219€). J'ai déjà récupéré mon
Rimbaud, je sais que c'est fini, mais moi je ne quitte pas, pas
vraiment, j'attends que les choses meurent, qu'elle serpe le pied de
vigne, vendangés les vins de l'abandon.
Avril 2009 :
Avec
Wendy on s'est revus, plusieurs fois, avant. Malgré ce départ la
nuit que j'ai dguisé de mes névroses, que j'ai travesti en alcool.
Fiole à purin. J'ai violé l'hôtellier. Je suis parti sans payer,
sans rien retirer d'argent, certes. La dernière fois -avec Wendy
encore- je l'avais escroquée la pauvrette de 65€ d'une nuit que
je ne payai jamais. Marion m'a quitté avant, quand elle découvrit
trop nettement les passions qui m'unissaient avec Christine. Dont
elle ne devinait pas le quart. Tant mieux, elle est mieux seule,
surtout mieux après moi. Je l'ai transformée, en mieux, elle doit
en être ravie. Wendy, je l'ai volée, ses jeux (revendus) ses
livres.
Eté 2009 :
J'ai un peu troqué sa bouche contre
du fric. C'est sale le pognon, des dommages et intérêts à ses
douleurs morales. Voilà. J'ai clos deux ans, la mâchoire cousue.
Je ne l'ai pas rappelée, ça frétillait sur mon être, mes os
ployés de fruits las, de branches coulant, liquides et juteux. Je
n'ai pas rappelé.
Pourquoi m'aime-t-on ?
Je n'ai fait
que fuir, m'en aller par les routes qui ne croisent rien. Je crois
que je n'existe qu'à peine, sur les ventres, les seins, les yeux et
quand aujourd'hui je n'ai de désir que cimetière, je fais quoi ?
Je vis où ? Quel désert ?
Narcisse défiguré.
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