31 décembre 2009

Destin.

Si je suis seul, c'est que je ne me crois pas de futur, c'est que je me forge un destin, qu'il n'y a pas assez de place, dans un destin pour accueillir une autre solitude que la mienne, le destin ça se forge à dix doigts, des pas mutilés, des entiers, des longs qui découpent la nuit, l'avenir, le passé, qui mêlent, qui mélangent, qui font tomber sur des dos animaux vos mains, vos doigts, vos caresses, comme la frondaison. Le destin, mon destin, que je me rêve, que je me forge me jaillit des doigts, je ne le comprends pas, mais je le sens en moi qui s'arque, me blesse, et fais couler sa lumière. Je le sens comme une caresse qui voile les blessures d'un dos nu, qui habille l'impudeur d'un baume délicat, je sens le destin me couvrir, me REcouvrir d'une cuirasse trempée dans les baisers saints d'un amour du passé. Aux destinés, tous les amours sont perdus, toutes les fleurs fanées, toutes les couronnes rouillées, il n'y a pas de futur, pas de rêve, il y a une conquête, il y a du sang, des larmes, du feu, on sent les chaumières aux toits de paille fumer, et on sent toutes les brindilles des vivants s'enfoncer dans la peau des quelconques. Je n'ai pas de place, entre mes bras trop maigres, pour serrer plus que mon destin, ce destin au visage d'impressions, ce destin, aux reins de feu, parfois aux yeux bleus. A la détresse immense. Mon destin, naufrageur, allume sur les récifs des feux de joie, pour jeter tous les veules, tous les fuyards, tous ceux qui vivent en écarquillant la peur, contre ses dents d'aciers. Et moi ça me repaît, ça me fait des repas de gémissements, ça me fait des prières, comme celles que je fais quand je caresse le destin. Que mes deux mains disjointes s'abattent, mutuelles, parallèles, contre la colonne vertèbrale, qu'elles s'égarent sur les vertèbres.
Mon destin, est solitaire, il marche la nuit très tôt. Et il murmure comme ça "les chiens vont en meute", et on les reconnait, avec des matraques dans la poche, avec des accents sans paroles au larynx, on les reconnait au bruit que font leur bottes quand elles frottent contre le crépuscule. On les reconnait toujours, les chiens, qu'ils soient en bleus, ou en kaki.
J'ai un destin, qui n'a de place que pour moi, qui dans l'étroitesse de son véhicule, rejette tout bagage, tout souvenir, et n'accorde de sens qu'à l'oeuvre, qu'à la création, ce sac, au noeud défait, d'où s'échappent des vipères qui me mordent, qui me remuent dedans. J'ai un destin, un destin, comme un souffle dans un poumon plein d'eau, un destin, comme l'éducation d'un immigré, comme la rage d'avoir eu honte, et comme la honte d'avoir été lâche. Oui, dans mon destin il n'y a que moi, moi et mon reflet de Narcisse défiguré. On s'entend pas mal, on prend de la place, nous avec nos ailes et nos briquets, il n'y a pas de place, même pour la plus petite des petites, ni pour l'amitié, ni pour l'amour. Il n'y a de la place que pour mes égoïsmes.

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26 décembre 2009

La foule.

Si je m'exclus de la société des hommes, ce n'est pas tant pour me garder de sa médiocrité, c'est aussi pour me préserver de ma propre vanité.

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19 décembre 2009

Du latex à mon vice.

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Personne n'imagine ce que c'est que de vomir de douleur à chaque virgule, à chaque exclamation. Oh, oui certainement il faudrait que je me recalotte l'écriture avant que d'être syphilitique, d'avoir le cerveau nécrosé, et le talent, les petits bouts de talent flottants, errants qui me traînent sous la langue carbonisée. C'est un conseil joyeux qu'il me donna, merci BT, je vous aime mais je suis circoncis. Et puis, il y a Guillaume qui veut que je cesse d'escroquer les petits garçons, vas-y moralise moi avec tes yeux de consanguin et ton nez qui peut sniffer jusqu'au bout de la table. Guillaume enfile du latex à mon vice que tout me gicle dessus, dorénavant, que toute mon habileté de monte-en-l'air, d'aigrefin, de nez creux ne fasse que m'épouiller moi-même, me vider des bêtes, des minuscules bestioles qui s'accrochent à ma queue, qui se balancent selon son mouvement. Vous voudriez que je débande ? Fatigués que vous êtes d'avoir ce sexe droit, dressé, marmoréen à sans cesse branler, à agiter, ouf, je vous épuise en mouvements inconséquents, en lectures. Ma langue est asexuée, ma langue n'a pas de couleur, pas de bas-ventre, tout ceci c'est de l'allégorie, et d'une femme j'en crache une autre au même visage, à la même bouche. Vous ne savez pas, vous ne savez pas combien j'ai mal de cracher du sang à chaque ligne, du noir, du visqueux, du qui racle la gorge, j'ai mis de mon ADN plein les pages. Guillaume me dit que l'ADN a une mémoire génétique "tout est substance" et Lara, la petite Lara sociologue junior n'est pas d'accord. Quand je les vois discuter j'applaudis, lui avec Calais et l'intelligence, elle avec l'instinct et les maladies endormies. Elle était folle, je lui ai tout pris sa folie à Lara, j'ai tout aspiré en devenant son ami -j'ai quelques amis-.
J'ai des lecteurs, ouais, qui savourent, oh quelle délectation petite bourgeoise qu'un gosse du ruisseau comme moi vomisse dans le caniveau. Je viens mettre du rire à leur aube. J'habite un vertige, vous savez ça ? Et j'y cherche une muse, dans ce studio, dans cet habitat sans barreaux. Je flotte à la frontière de la lumière, juste debout sur la frontière, sans identité, entre deux pays : le jour et la nuit, qui ne veulent pas de moi. J'ai beau enfiler des haillons de couleurs, mettre du fard à mon ventre, du législatif à mon discours ! Refoulé à la douane de la vie, juste en bordure, c'est mon Ceuta, mon Melila à moi la vie.
Vous savez, vous tous, je vous connais par coeur, je vous connais, je sais votre existence.  Moi. Vous êtes tous des médiocres suffoqués. Il y a des lois bruyantes et d'autres silencieuses, sournoises. Des prisons pour délinquants et des murs invisibles. Vous êtes l'architecture du pénitencier, c'est votre morale, vos réprimandes -et je suis un juriste affirmé- qui forment le béton des prisons.  J'ai le corps cellule, viens donc t'y enfermer mignonne, viens donc y mettre tes vertus dans mon coffre aux misères. Tu sais, tout fond dans ma lave, dans ma nuit, dans ma nuit toujours, viens y dissoudre les comètes de tes yeux.

Viens, faire un tour avec moi, visiter Paris la ville à genoux, on entendra peut-être les mécaniques du Panzer sur les champs. Quelle extase, de sentir du belliqueux au fond du langage, du borborygme rythmé par un tambour. J'aime l'Allemand, c'est la langue des violents, des vrais assassins. Je pense que l'on devrait, avant de tuer, lire une phrase du Faust de Goethe. N'importe laquelle. C'est ça l'aristocratie du crime, le faire en poème.

Mais viens dire que je n'ai que des conneries, des larmes, à écrire, viens donc faire rouler tes mots contre mon feu, faire tourner ton barillet contre mon fusil à deux coups. Que je te piétine un peu, je n'ai pas cette superbe qui permet de mépriser sans écraser. J'ai eu le choix : haïr ou pleurer. J'ai choisi. Faites attention à vous, à votre dos, veillez votre ombre que la mienne ne s'y soit pas glissée avec son envie toujours frénétique de tirer. Je lui ai sculptée un visage dans l'ébène de la haine, dans le bois de la colère. Tous ces tambours, toutes ces armées, toutes ces campagnes que je mène dans mon crâne, tous ces boulets qui déchirent la terre, qui creusent, qui assèchent vous surgiront par traitrise. Je suis sournois, toujours traître et vicieux.

Bien sûr que je vous viole quand j'écris.
Je marche au milieu de la route.

Celle qui vous effraie.

Je marche nu.

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03 décembre 2009

Des putains et des saintes.

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Marie-Madeleine putain du ventre jusqu'aux mollets, Marie-Madeleine Sainte, du ventre jusqu'au voile. Des hanches qui se découpent dans la lumière et des reins taillés dans des chutes' d'ombre. Marie-Madeleine, lèche les plaies de Christ qui fument, et s'écoulent en glougloutant de sa mortelle blessure. Et les larmes, ses larmes qui d'un oeil roulent impies, qui de l'autre tombent sacrées, font un baume luisant sur les os crucifiés. D'elle s'en va un fleuve grec, fragile, d'eau étroite où l'on guérit de tout. Elle a déposé le sang de Christ dans la mare des larmes, le sang qu'elle a mis sur sa langue comme une onction, comme un baptême de ses vertus. Elle l'a bercé sur ce Styx plat pour qu'il revienne. On ne sait pas qui il a vu là-bas pendant trois jours, dans les pleurs de la sainte, dans les gémissements de la putain. S'il a écouté Orphée jouer de la lyre, s'il a vu les beaux habits, les beaux jardins incrustés d'ombre et de nuit qui sont la fierté du diable. On ne sait pas s'il entendait Marie-Madeleine à genoux, moitié-pute moitié-sainte, prier et puis hurler, hurler et puis prier, confondant les deux faces d'elle-même. L'alliage de ce corps virginal et profané, profané et virginal. le métal de cette peau tendre, qui guida Christ jusqu'en dehors des ténèbres. Marie-Madeleine qui déroula ses cordes vocales, qui se fit Ariane pour rappeler son amour dans ce long chemin qui nous évade du noir. Elle ne savait plus, si elle était putain ou sainte, elle ne savait plus rien de son sommeil, de ses verticalités, de son ventre où grouillait et l'enfer et le paradis. Marie-Madeleine, c'est notre guerre à tous, notre croix de papier...

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