30 mai 2010

Walkyries.

J'aimerais déposer mes mains sur tes hanches qui y feraient comme une hanse ou un vase d'où s'éleverait ton corps en fleur magnifique, en rosier bleu et blanchissant dans le jour. J'aimerais y poser les doigts qui feraient dix griffes, dix marques aux tailles différentes, dix traces de peau et de muscles où s'abandonneraient, brisés, mes abîmes sur ton abîme.

Quand la nuit tombe au hasard sur ma peau, qu'elle masque mon visage, qu'elle y fait une capuche aux allures de cataclysme, quand les garçons me parlent et que les filles -comme la nuit- se coulent sur ma peau et y durcissent, je pense à toi. Quand A. me prend la main, et la fait pleuvoir sur ses cuisses, et remonter en vapeur de paumes, qu'elle érige entre le monde et nous des murs et des serrures, je prends peur. Soudain. Quand sa peau brunit sous la lumière d'un lampion mon corps y disparaît, j'ai la main qui la touche sur ses vêtements, et la main qui sue son crime, sa haine, et sa honte, j'ai la main qui tremble de peur plus qu'une fille qui jouit.

Hier, quand tu m'écrivais ton drame, quand tu m'écrivais l'immonde que la nuit avait gémi près de toi, j'allais coucher avec une fille, et sûrement la faire plus jouir que toi, et sûrement y être maladroit, avoir le corps du marbre des statues, des tombes ou de palais, enfin le marbre dur, viril, agressif, qui brille, réfléchit où sémillent des lumières pâles et tremblantes où s'y découpent les extases à venir. Je n'ai pas pu, parfois c'est comme d'avoir une morale en plus de toi, une morale qui serait un autre être de moi, une entrave, une maladie qui enraye le geste, qui le stoppe avant qu'il soit définitif. J'ai eu peur, ou j'ai eu honte, et je suis parti, alors qu'elle me tendait de quoi protéger nos vices, de quoi ne pas trop les répandre, de quoi en faire un peu de l'immobile d'où grimpe l'odeur que j'associe au drame. Je ne pouvais pas la baiser alors que j'avais le sexe encore plein de ton odeur, je ne pouvais pas la baiser alors que j'avais sous les ongles des restes de peaux mortes, des carcasses de cheveux qui s'y dégradaient en paix.

Tu m'as rendu impuissant, et de cette impuissance j'ai un rond de latex comme souvenir et le mépris de ces yeux. J'aimerais savoir te faire l'amour comme je baise les autres, comme Lucie me rappelle l'éternité que sont mes instants de rage, quand elle m'écrit « baise-moi le temps d'un film » et que je la baise le temps qu'Hamlet meure, ou que le vent se couche sur Londres. Je n'ai jamais su avec toi, je ne saurai jamais, mais tu m'as rendu impuissant, alors j'aurai des excuses pour les extases moyennes, pour ne pas me sentir et jouir, et venir. Quand j'éjaculais en toi, hier, je ne jouissais pas, il y avait moins de cri, de parfums, de vie, que de soulagement dans ce liquide, c'était comme de saigner, de fuir en toi, sans contrôle, mon corps n'était pas mon corps, et je n'ai rien senti de sexuel, j'ai senti ta peau contre ma peau, j'ai senti ta chaleur et un peu de ta déception, mais c'était bien, et c'est tant pis pour l'orgasme pour le tien, pour le mien, ce sera dans une autre dimension, où mon corps est mon corps.

Quand j'écrivais la nuit et que tu visitais les caves de ton inconscient -mer de la conscience, qui recouvre la grève- je finissais par « réconcilie mon corps et mon être » et je croyais que te faire l'amour y suffirait pour les rassembler, pour défaire l'immortelle blessure d'où je me perds. Ce sera un peu plus compliqué.

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18 mai 2010

Luxure.

J'ai eu besoin de te chasser pour avoir à te réclamer. De te mettre hors d'atteinte de mon ombre, de mon sexe, et de mes doigts. De tout ce qui de moi est fleur, jardin et odeur, de t'éloigner de corps qui se brise en tige fine et parfumée, en suavité comme une femme de légende changée en roc sur la proue d'une île, et qui se brisant laisse apparaître des mondes aux contours de troubles, aux visages émaciés, où l'on se croirait dans tes temples de barbarie, où les flutes ne jouent que des marches funèbres, où l'on mène des peuples en moi, et les menant en moi les accompagne au charnier. Comme les larmes qui ne crèvent pas encore et se tiennent au rebord de la paupière sont un funambule transparent de grâce et d'hésitation, comme le condamné à mort qui attend sur les barreaux de son cachot que le verdict lui tranche la gorge, lui empoisonne le sang, lui brise la nuque ou bien lui leste de trépas les poumons, je t'attends.
J'ai besoin de te chasser pour avoir un peu mieux la cicatrice du criminel qui me part du cou, pour avoir de toi après que tu sois devenu un crime, crime majestueux, fille rose devenue blanche morte par le secours de mon être, en poussières de cristal, en brume, en souvenirs. Tu es, non la blessure que fait la balle qui s'anéantit dans le corps de l'assassiné, mais la poussière que soulève la balle, l'araignée de verre qu'elle laisse dans le miroir, la tâche brune, l'odeur de chair brûlée, le bruit du cristal qui tremble, du vent qui secoue, enfin, tu es un ensemble de choses qui se tiennent avant le sommeil, dans ce pays où tout est inconsistant, meuble, boue diamantée qui gicle sur le visage du rêveur, où tous les objets sont des mollesses, faits dans la matière du songe, avec un corps de fantôme abolissant tout désir, toute envie. Où l'on porte ses lèvres sur des monstres de vapeur, où l'on baise des souffles, où l'on aime des voix.

Tu n'es pas quelqu'un, et de ne pas être un individu, tu te confonds avec l'obsession, jusqu'à y prendre toute sa place, à remplacer dans mon lexique, mes définitions, mon dictionnaire, son mot, son terme, son évocation et sa puissance, tu y es installée comme la fièvre dans le front du pestiféré, tu as un empire de verbe, d'un verbe, qui se conjugue qui s'allonge, et où tu peux montrer tes jambes blanches, ta chair de peu, où peut tourbillonner toute ta salive, tes glaviots -tu voulais être, dans une autre vie, un homme, un bandit- qui forme dans le ciel une constellation où s'attache d'autres étoiles, planètes, cailloux, enfin cosmogonie du désespoir. Ce désespoir est parent de fortune, il en a la souplesse, le bassin tordu comme une hanse, un ventre. Il enfantera des fils terribles, aux mâchoires de fer et aux reins de pierre, et l'on appellera "malheureux" ceux que ces fils de nuées frôleront. Ils embraseront ce qu'ils toucheront, non pour en laisser des braises fumantes, mais pour voir la cendre qui leur succède. Et ce désespoir engendrera de sa bouche féconde trois-cent ombres douloureuses qui envahiront un ciel bleu devenu bas, un ciel qui plongera dans la mer pour survivre aux taches de feu qui y montent comme un lierre sur un mur abandonné.

Dans le terme d'obsession, que tu recouvres de tes boucles blondes, où tes yeux bleus y soufflent comme un vent et y changent comme un matin. Dans le terme obsession il faut comprendre ce que tu as d'ignoble, et d'ignoble que j'adore, comme ces gens que l'on fusille d'avoir vendu leur pays et où le plomb fait des belles plaies d'argent, comme Tarpeïa qui donna Rome aux Sabins et qui mourut lumineuse écrasée sous le poids de son avidité -brillante- et de leur or -baume. Tu es dans ma mémoire comme le bijou dérobé que glisse le receleur dans la poche du saint et finit par la trouer de culpabilité. Tu es plus lourde en moi que le pistolet arraché de la ceinture du maton et qui pèse tout son poids dans la cellule du prisonnier qui deviendra l'évadé. Lourde comme le sceptre que tient la main butée de l'enfant-roi, et la couronne qui lui broie le crâne. Plus lourde encore que la souillure bénie dans la bouche de l'enfant de choeur, plus lourde enfin que la pierre décrochée du ciel qui s'abime dans la mer, où plus lourde encore que Christ sur la croix coupable, croix gémissante, terrible d'akinésie, et qui voudrait libérer ce corps dont elle s'est épris, cette chair parfaite, parfumée de dieu, et aux yeux de nuit. Elle ne peut pas, la croix immobile, abandonner ce corps sublime que des mains d'ange -anges sans sexes, désirs, passions, anges comme des formes impropres à la réalité, ont gravé dans un muscle humain, ont soupiré dans une vie, comme je ne pus abandonner le tien. Et mes bras dépliés avaient cloué les tiens, comme un corps changé en monstre de pierre et qui ainsi durcit figerait tes vertus.

Il faut que tu comprennes, l'âge, l'ambition te tordent la grâce pour te rendre belle, pour te figer en formes invincibles, en sœur d'éternité. Et ce qu'il y a de grand dans ce corps neuf qui craque de partout et qui fuit des yeux jusqu'au ventre -pour répandre le jour, c'est la main de l'assassin et le tremblement de l'innocent. C'est la peur de l'un et l'envie de l'autre. La crainte de la pureté et l'espoir du vice.
Mais tu ne sais pas que les barreaux sont des roseaux de métal que ma bouche sait courber, et où s'enroule tous les espaces, toutes les mains gémissantes, tous les gestes altérés. La poésie les incline, et libère tout un jardin de criminel, des roses, coquelicots, épigées, lys, sexes, pétales, flétrissure, étamine, enfin tout ce qui jaillit à fleur d'eau, là où poussent les tiges des cellules.

J'ai besoin de te mettre hors de moi, de mon ombre, hors des rameaux que font mes cheveux si les mains froides du temps les assouplissent, hors du poison qu'exhale ma bouche, hors des victimes qui partout jettent leur fine pluie et dont j'accouche sur des lits de pierre. Je tiens dans mon ventre une comptabilité de morts, d'incertains, d'êtres aux allures terribles que le vent balance -comme le criminel étourdi sous le prêche de l'abbé, et qui ont toussé leur agonie dans mes poumons, agonie dont je sens la caresse aimable.

Il faut que tu restes à la périphérie de moi parce que je t'étranglerai, et tu rejoindrais ces tombes que j'honore de souvenirs tous les matins et où j'espère traîner des amantes, un jour, et y déposer sur l'épitaphe des rires semblables à des chrysanthèmes fanées.
La vie est bien trop grave pour être sérieuse, pour s'endeuiller et ne porter que des volutes noires, des chiffons sombres qui digèrent la lumière.

Il y a quelque chose de fantastique aux photos que je prenais de nous malgré mon manque évident de talent. Elles sont l'érotisme, la sexualité, avec son désespoir et ses joies, avec son regret et son vice, avec ses taches et ses couleurs. Elles montrent le désespoir et la violence, elles montrent ton visage qui a honte d'être abattu sous des muscles, sous des os, sous la verge de l'autre qui durcit, et que ta faim ne peut t'empêcher de serrer dans la paume ou d'embrasser avec toute la bouche. Tu as une pulsion au lieu d'un sexe qui durcit, et c'est ainsi qu'est ta queue, en forme de pulsions et d'invisibles. Tu as un sexe d'homme immatériel.
Tu as des pudeurs que tu masques sous l'appétit.
Tu es l'obsession ; tu es aussi l'avidité
J'étais le vice amputé de luxure.
Puis je t'ai trouvée.
Puis je t'ai perdue.

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16 mai 2010

Troué de foule.

Aujourd'hui tu es trop petite pour moi.
Il y a trop de gens qui font la cour humaine, et qui te saluent, d'un geste, d'un regard, d'une voix.
Je ne sais pas votre langue de ne m'exprimer que par parfums, que par l'odeur de désespoir qui s'élève de mon corps alors que je me sépare d'un autre corps.
Je suis trop vieux pour toi, aujourd'hui.

Il y a la nuit qui tombe en morceaux sur le trottoir
et qui baignent mes pas et chaussent mes pieds
De la pantoufle d'ombre qu'elle croyait mettre au ciel
Assoupi.

Tu es un précipice, et ton pays d'être si bas, si plat, ne connait que des vallées, la terre n'y monte pas, mais elle y descend, c'est comme voir un monde qui décroît.

J'ai besoin de ces dépendances, de savoir qu'il y a quelqu'un dans cet univers qui peut m'inspirer le geste, qui peut, alors que je froisse les draps -et je n'en froisse presque plus, j'ai perdu tout magnétisme, apparaitre en mouvements, en parfums, en expressions.
Je revois Elodie aux reliefs parfaits, aux traits de fusain, à la peau brune et à la voix sombre que fait sur les corps le soleil du Sud. Je la vois, et je l'embrasse. Il y manque la coalescence.
Tu es là, dans le cou des blondes qui transpirent, et transpirant abandonnent mon corps, mon être et ma saveur.
Ma haine est toute ma grâce, et je deviens poli. Je sais dire merci à la fin des phrases, je connais la ponctuation mondaine, les manières, les courbettes et les flexions qu'on peut trouver dans le langage.
Je n'adhère pas au reste des être, elles s'échappent, elle passent comme des fantômes vaporeux, des êtres immatériels que j'étreins et dont je replie les mains de tulle sur ma poitrine. Tu n'es pas là.
Quelque part, en toi, doivent surgir les même pensées, que le minuscule prestige de tes vingt ans écarte. Tu entends un toussotement qui est un pleur enragé et tu n'entends pas le bruit des fleurs qui éclosent, de ma main qui s'ouvre, de mes doigts qui s'allongent, tu n'entends pas mes ongles qui enlèvent la peau d'une plus grande que toi, d'une plus fine que moi.
Tu entends, les cahots des corps quand ils s'affrontent, quand leurs transes s'écoulent lentement en toi ; quand leurs liqueurs -tiédis de l'abdomen- s'écoulent lentement en toi et qu'ils viennent, ces corps, d'être ainsi vidées nous empoisonner le coeur.
Tu sais pleurer ; je suis sensible.
Je suis celui qui voit dans la couleur des membres, dans le bruit que fait l'extase par courte saccades, le venin qui passe dans la peau.
Les sexes qui se dressent sont beaux comme des lys vénéneux qui d'en trop approcher le nez nous souillent les lèvres.
Je voudrais qu'il y ait mes doigts qui jouent sur ta peau, la mélodie psalmodique qui s'en échappe.
Tu as sur le vent la note du chant des damnés, celui qu'on récite en balançant le corps comme sous un prêche.
Tes bras m'ont allumé les yeux.
Ils ne s'éteindront pas.
 
Avant que tu meures dans les bras d'un autre que moi, avant que l'on t'enseigne un nouveau corps de douleur, j'aurais du t'aimer comme tu me le demandais, en douceur, sans t'assassiner contre les murs des chambres d'hôtel qu'on fréquentait -combien d'écumes, de baves, de pleurs, de voix, de sang, y avons nous abandonné- mais te prendre sur mon corps nu qui serait l'ilôt dont tu espérais qu'il te fasse respirer. Au lieu de ça, je secouais ton corps, fragile esquif, contre les rochers barbares du mien.
Tu as coulé dans mes bras.
Tu coules dans ceux d'un autre.
D'autres coulent dans les miens.

J'aurais voulu encore savoir me replier autour de toi comme le filet de pêcheur abandonné au milieu de la mer et qu'habille une algue violette. Mais je ne sais pas faire, pas supplier, pas protéger, j'ai le corps trop frêle et les épaules transparentes. J'ai la nuque raide que la brise légère brise.
Je n'apprends qu'à disparaître, à m'échapper. Rendre ma peau incolore, inodore, insipide, pour que les gens me traversent sans frissons, qu'ils passent et ne sentent rien d'avoir pourfendu un être vivant. Je fais des armées d'assassin. Un régiment entier. L'on peut mourir mille fois.
Ma chair n'a plus que les apparences de la vie. Je t'écrivais, que nous nous croisions sans nous rencontrer. Nous n'évoluons pas dans les mêmes dimensions, chez moi, chez moi tout est odeur, musique, couleur. Il y a le bruit des sifflets et des hourras, le même quolibet qui est le vivat d'une foule, et je n'ai pas peur. Je n'ai pas peur, mon corps ne sue presque plus de peur, il ne connait plus la froideur de l'effroi qui roule en gouttelettes fragiles, en bruine glaçante sur la peau. Je ne connais que la tiédeur des gens qui me passent dedans. Je ne suis pas de leurs dimensions qui indolents me transpercent.
Je suis troué d'une foule.

Nous ne sommes qu'un orage.

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09 mai 2010

Mon bateau ivre.

Je voudrais que le soleil se couche dans tes yeux, qu'il y charge ses teintes. Dans l'océan des couleurs, sur le cercle chromatique au centre duquel tu danses, j'imagine une main qui vient les secouer, les disperser et mélanger l'aurore au crépuscule, les lisières aux grottes obscures. Je voudrais toi, dans mes bras, et ta peau de soie, ta peau blanche comme les foulards qu'on attache aux cous des veuves pour absorber toute ma tristesse. Je veux la voir qui sèche et bleuit sur ton cou, ma tristesse, mon malheur. Les taches de vin.
Je t'ai envoyée loin de moi, plus loin que les kilomètres qui déjà faisaient entre nous une citadelle imprenable de distance, plus loin que ces douves, ces herses, ces piquets, sentinelles meurtrières qui jonchent nos deux états "léthargie et transe". Tu es derrière mon monde, en-bas de la réalité.
Pourtant.
J'ai la poitrine lourde comme une bouche d'enfant, j'ai la poitrine lourde de dents qui vont pousser dans les gencives, les muqueuses, qui saignent et qui cassent. J'ai la main qui tremble. Je suis encore malade de toi.
Je saisis mon téléphone, et je compose les chiffres de ta voix.
00324956...et ma mémoire oublie les autres, les autres chiffres sont bien cachés, bien masqués, bien voilés. Alors tu me manques, et je ne t'appelle pas. Je n'entends pas ton murmure plaintif, je ne te récite pas les poèmes que je brûle pour toi, je ne te raconte pas la forme d'arabesques de mes mains, ni les voyelles qui s'y plient, ni les coups de l'enclume sur le fer des bouches ennemies, non, je ne t'en dis rien. Je suis un silence.
Parce qu'il faut tenir cet adieu, il faut lui donner un poumon, une force qui ne soit pas qu'une rage, il lui faut de la puissance pour passer dans les reliefs du monde, pour survivre aux laves et s'enfoncer dans les sables. Il lui faut des mollets d'ivoire et des souvenirs qu'il tiendra dans un serge de poussière. Afin de les garder du temps, je les isole en bouche, ils y murissent comme des acides.
Alors je ne compose pas la fin de ton numéro.
Je vois des 4 qui y dansent, je vois 5 et 6 qui valsent et je ne les adjoins pas, je me dis que si je les empruntais, que si une minute j'avais la faiblesse d'entendre la musique qui les fait bouger dans mes yeux tu me tueras.
Je voudrais qu'il y ait, dans mes bras, toutes les larmes de toi qui s'y épanchent et forment des routes, des voies larges comme tes reins quand la passion les ouvre. Je me souviens de ton corps qui avait la forme d'une agonie croquée dans la nuit, je me souviens de ton corps que je faisais, comme tant d'autres avant moi, trembler contre les murs de nos soirs. Je me souviens, de ton abdomen comme d'une géographie d'échecs, comme une accumulation de reliefs impropres, de côtes mal dessinés, de phares aux miroirs fendus. Je me souviens de ton corps qui brisait le mien, je me souviens de l'écume salée de ta bouche et la lumière de sémaphore qui, délicate, y courrait. Je me souviens de toutes ces fleurs empoisonnées qui germaient de toi quand tes vêtements fanaient à tes pieds. Je me souviens de mes mains qui s'ouvraient comme d'autres fleurs sous l'orage de tes larmes, de tes cris, sous le plomb de mon indifférence, je me souviens de mes mains sauvages dont chaque doigt était un pétale vénéneux.
Je ne sais plus qui a empoisonné qui.
Mais je crois que tu as gagné. Je crois qu'il y a dans ce chapelet de perles indiennes, dans ce chapelet qui te fermait le ventre et t'ouvrait les cuisses une perle de pacotille dont les rayures forment mes initiales. Je suis quelque part dans les cicatrices de ta verroterie.
Un jour, il faudra que je ferme la bouche à cet adieu, que je la ferme si fort qu'on entendra ses dents se briser, qu'on verra ses lèvres coupées cracher un sang bleu. Ce sera les vins que nous ne bûmes pas, et qui nous attendaient, ce sera les bougies dont il ne reste rien que la cire durcit sur des parquets de bois vieux.
Je suis malade.
Il ne me reste plus longtemps à errer, à calculer la trajectoire de mon corps qui s'écrasera dans son tombeau. Je veux viser juste, tu sais. Mais je ne peux pas sans ton souffle qui me gerce les yeux, je ne peux pas sans tes mains qui montent, et qui descendent.
Mon bateau ivre.

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08 mai 2010

Prêtre catholique

Et maintenant lorsque qu'on arrêtera un pédophile on pourra titrer dans la presse "il faisait des choses très catholiques"

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04 mai 2010

Tu sais qui.

Elle croit encore en des dieux tapageurs, en un salon bruyant qui engendrerait de ses sons, de son vacarme et de son fracas des arts, des mélodies et des sonates. Elle ne saura pas se garder silencieuse au milieu d'une foule et n'aura jamais ou l'intelligence ou le talent de soutenir le "non" qui y enfle ou le "oui" qui s'y éteint. Elle espérera mille fois plus du bourdonnement des mouches venimeuses, avides de sang, qu'en l'esprit qu'il y a dans la pluie. Elle ne créera pas avec son sang et n'en connait la couleur que de le perdre de son "immortelle blessure" trois jours par mois. C'est un fleuve impur et sans profondeur qui s'abîme contre les quais de pierre. Quais de pierre qui sont des hommes et qu'elle croit "amours". Oh, la pauvre pauvre petite chose, qui se cogne sur le béton des corps de garçon, sur les muscles et les os qui font des barreaux. Il faut lui dire que ça ne suffisait pas que sa vie soit une prison il lui fallait aussi la cellule. Alors toutes les nuits où elle ne sort pas, toute la nuit où elle arrête d'être une artiste bruyante, elle entend tomber de son plafonnier des voix d'affamés, elle entend comme un lustre de cristal que le vent secoue et qui de se cogner contre lui même, devient un bruit, un murmure, enfin une parole. Et c'est trop bas pour elle, c'est trop bas le silence qui s'habille de nuit. Alors toutes les nuits où elle ne sort pas, toutes les nuits sans corps masculins à étreindre, elle a peur. Ce n'est pas souvent. Mais ça arrive. Elle a la main vague qui déchire des mouchoirs dans ses poches, elle fait des petits bouts de carte avec ses larmes. Des chemins d'eau, de cendres, enfin quoi de son fard qui se délaye et durcit sur ses joues.
Elle a le masque des invivants.
Elle croit au tapage, au vacarme, elle croit qu'il faut du désordre dans le pas du danseur pour qu'il soit danseur. Elle s'imagine toujours sur son cou que surmonte sa vanité qu'une bouche d'amant deviendra une bouche de passion. Elle ne sait pas qui ils sont, ceux-là, qui peuvent d'un baiser laisser une brûlure qui dure l'éternité. Elle ne sait pas les garçons, mes frères, mes soeurs, qui n'ont pas deux lèvres mais deux morceaux de fer que les forges de l'enfer tordent et modèlent. Elle ne sait pas de ces baisers qui continuent d'empoisonner les vies. Moi je ne veux plus je ne veux plus ouvrir mes mains qui sont comme des fleurs vénéneuses qui éclosent, sur les hanches des amantes dont je n'aimais que les yeux ; dont je n'ai pris que le corps.
Je refuse d'être un fantôme, une apparence de la vie qui sera un écho, une loi de la mémoire pour asservir la faiblesse de l'autre.
J'ai une morale mais pas la vôtre, mes lois sont des jardins où les fruits ont la chair humide, où les peaux s'éffeuillent où les bouches dechirent avec la langue le parfum. J'aime regarder mourir la rosée dans l'herbe neuve, ça me rappelle toutes les filles éplorées, toutes les larmes primordiales que leurs yeux de matin clair abandonnaient.
Les jeunes filles en pleurs sont des fleurs que la rosée vieillit.

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03 mai 2010

Solitude.

Marianne veut coucher avec moi mais sa morale lui barre le corps. Je lui ai dit que je la libérais de moi comme j'ai libéré toutes les autres. Mes bras ne sont pas d'étreintes ils sont des chaînes qui pendent et oxydent le corps pâle et invisible à demi.
Je lui ai dit à Marianne que de moi ce qu'elle cherche avec ses sens aveugles c'est un visage de rage. Le visage qu'elle sent prisonnier de ses reins, contenu dans son corset qui déborde de vertu. Tu cherches ma face ou la colère a embrasé les yeux.

Je l'ai embrassée sur la bouche pour lui dire adieu d'un pieux baiser, un qui n'a pas de langue, en soupirant d'entre mes lèvres "Tu sais que je brûle mais de mon feu tu veux la fumée et non la flamme".

J'accumule les adieux ces jours. A travers des mensonges bénis. A travers de l'indifférence sans corps. J'en ai un monticule qui s'agglutine sous mes doigts. Encore combien d'amantes à briser ; d'amours à oublier. Combien de corps à voir se mélanger aux spectres des souvenirs.
En voilà une étoile morte de plus qui s'échoue dans mon ciel, en voilà une constellation qui compte un poignard de plus.

Je veux
La solitude.

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