30 juin 2010

les coeurs retroussés

Tu auras le cœur retroussé comme la manche sur le bras du forçat, il aura des marques de cuivre et des traces de souffrance. Tu auras le cœur tétanisé comme le muscle brusqué par l'effort, et tous tes amours, tous tes hommes et toutes tes femmes à adorer seront un ailleurs, une sorte d'indistinct paysage que tu verras au loin. En te retournant, dans le pas léger des petites filles tu verras marcher vers toi ta jeunesse et sa couleur d'opale, tu verras dans le lointain des corps qui seront des dunes de la même manière que dans un désert pleine d'eau miraculeuse et ta soif même sera un mirage, et ton appétit une impression, et des pièges marécageux. Tu pourras boire à la bouche de ces passants au corps de majesté, et ton corps s'emplira du sable des mirages. Tu te seras désaltérée de poussières.

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29 juin 2010

CCCCC

Emplis le miroir de toi-même, infiltre toi dans les rejets de la lumière, cache toi dans les vins.

Je suis un métal qui ne souffre aucun alliage.

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27 juin 2010

Wendy.

Avant de mourir j'avais relu tes mots pour me donner du courage. Pour en extraire le poison essentiel. Pour en avaler la magie infernale. Avant de mourir, j'ai relu tes mots qui commençaient ainsi "Je n'ai plus aucun respect pour toi" et qui finissaient dans un espoir de terre et de cimetière.

J'ai souvent pensé aux cimetières et à ce qu'ils pouvaient entretenir de joie. Je me suis imaginé une prostituée qui se tenait près des endeuillés et toussait un peu plus fort que leurs gémissements. Je me suis imaginé des veufs qui avaient un chagrin à déposer par saccades, qu'il ne suffisait plus de larmes pour fluides, pour expulser la meurtrissure du dedans.

Je me suis demandé si papa pleurerait moins fort que les talons qui butent sur le vice et l'angoisse.
Je me suis demandé ça tandis que je mourrais.

Tu n'as plus peur la nuit parce que tu y reposes avec des joues pleines de couleurs. Les miennes avaient blêmi ce jour là, blêmi devant l'horreur qui se soulevait de moi, blêmi sous la voix étrange et maléfique qui heurtait mes tympans intérieurs. J'étais devenu un corps entier à l'intérieur de mon propre corps, un homoncule de sens, de nerfs et de douleur remuant dans moi.

Le plus grand reproche que l'on peut faire à mon existence c'est d'avoir une trop haute idée des choses ou plutôt de leur croire toujours une noblesse nécessaire, une inspiration soudaine qui remplacerait le sang. Tout désir doit être majesté, et sans lui il n'est qu'instinct et donc vulgarité. S'il n'est qu'expression, s'il est sans faculté, alors il ressemblerait à un corps inerte, à un squelette de salle de classe qui ne tient que grâce à la ficelle qui le suspend. Il faut des muscles au désir et à l'envie ; il faut une grâce au geste.

Je t'ai déjà écrit que j'aime tant la beauté du geste que je me fiche de sa conséquence, que de voir son mouvement s'épanouir et fleurir dans le jour, se départir du corps qui l'enfante suffit à ma joie. Il est ainsi des mains d'assassin que le meurtre a brûlé et dont j'oublie qu'il est de meurtre, ce geste, qu'il est une fin, un chaos en lui-même, j'oublie même de la paume ses linéaments noircis par la flamme, j'oublie la chair dissoute par le crime. Je ne vois rien de l'infirmité que pose la morale sur les poignets du condamné, je ne vois que des bracelets qui brillent au soleil, je ne vois rien d'autre qu'une parure et même une noblesse, une sorte de chevalière. Je ne vois pas ce poids qui les leste, de leurs dos courbés par la loi se croquent des pays, des ébauches d'endroits, et la promesse de voyages en des endroits "poivrés et détrempés". Un monde de poèmes.

Je t'aime toi, dans la cruauté dont tu m'as étourdi, et j'aurais mieux aimé qu'il n'y ait que des tendresses, que loin là bas, l'horizon s'enfonce mollement dans la mer. Ca ne se fait pas, de voir un horizon qui soit un ruisseau, il est une cascade que la pierre tranche. C'est ce qui s'est passé, ça a coulé de tant de couleurs Wendy.

J'ai accouché de la mort et personne ne le sait, j'ai accouché dans des draps blancs, dans les mains d'un médecin, j'ai accouché par la bouche et j'ai vomi l'âme dans ces endroits. J'ai trébuché dans la mort, j'ai courbé la tête, j'ai visité des salles interdites, je me suis enfoncé dans un noir qui est plus noir que la nuit des forêts, j'y ai marché des heures à la recherche de la lumière de l'évasion. J'ai marché dans mon propre décès, j'ai parcouru les sentiers de ronces, j'ai cherché les fourrés d'orties pour que la lumière de mes sangs éclairent la mort, je me suis jeté contre des silex pour les voir frémir de feu.

Je n'ai rien vu, et pourtant je suis mort et tu m'as tué. Tu m'as tué deux jours durant, et deux jours j'ai erré, je croyais qu'il fallait descendre pour venir te chercher. J'ai parlé au diable qui ne te connaissait pas, j'ai parlé à des flaques de lave qui t'avaient vu, croyaient-elles, danser sur les roches en fusion qui sont leurs yeux. J'ai vu des épines frémir à l'idée de ton nom, et murmurer qu'elles sont tes cils, qu'elles en ont accroché tant des hommes sans figure, tant des femmes sans corps, qu'elles en ont vu tant passer, qu'elle n'avaient plus assez de pointes pour les compter.

Je suis descendu si bas, si bas, que je ne croyais pas l'Univers si profond, et qu'à chaque pas, qu'à chaque marche j'en découvrais mille de plus qui tourbillonnaient vers l'infini et y faisaient un nouveau précipice. Qu'à chaque mètre parcourue ce que je croyais être la ténèbre me semblait un ciel lumineux, la nuit réinventait le crépuscule.

J'ai cherché, fouillé, gratté fabriqué avec la terre meuble des clochers pour espérer faire sonner l'angélus et le voir ramener le jour.

J'ai vécu mort.

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18 juin 2010

JHAf

Je croyais, idiot, que la révolution était un acte de haine alors que c'est un acte d'amour.
On n'arrache que des ruines à la nuit bourgeoise lorsque l'on hait et constelle son idéal de taches indélébiles de vanité.

Quand Caïn dit qu'il n'a pas d'amis, qu'il n'a que des frères, je m'inquiète.

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14 juin 2010

Et l'on voudrait crier Mais l'on ne peut que fuir.

Quelque chose était au milieu
Entre nous
nos deux solitudes
Qui ne se rencontraient pas
Qui ne se saisissaient pas
Et se cherchaient
En vain,
Paroles.
Et entre nous
Nos deux solitudes.
Entre nous
Cette chose
Noire, Grise
Onyx ou Mauve
Cette chose
nuit, jour
Qui ne s'éveillait pas
Et entre nous
Nos gestes, tendresses
Ne pouvaient plus se voir
Et cette chose que l'on veillait
Ne sursautait plus
Elle était là
Chose
Inorganique
Pierre
Minéral
Bleu
Brun
Métal
Et on ne voyait pas à travers
Et on ne se trouvait pas
A travers cette chose
Qui était le temps
Le temps posé au milieu de nous
Le temps invisible
Qui nous absente
Le temps
Qui forme
Des jardins
Avec des cils
De sable
Et des paupière
De roche
Monte
Des fleurs
Des parfums
Mais on ne voit pas
L'étoile ambulante
Sur son corps
La plaie que font mes ongles
Sur les cuisses des filles
Et la suture, le fil
Qui tient
La cloche des jours
De cuivre
D'iguane
On ne voit pas
Et cette chose
Entre nous
Qui nous empêche de nous saisir
Et ma bouche ne rencontre ta bouche
Que sur les lèvres
Tu ne sais plus
La langue
Tu oublies
La parole
L'herbe nous monte sur le corps
La peau doucit
Au milieu le langage
S'efface
Le silence
Les cris
Les deux
Unis
Le silence et puis le cri
Qui font une même voix
Qui font une même absence
Sur la parole coincée sur cette chose
Entre nous
Qu'on ne libère pas
Cette chose qui gémit
Qui devient vivante
Cette chose
Qui sont tous les amants
Tous les amours
Cette chose qui est
Tous les souvenirs
Qui nous éloignent
Mais ne nous séparent pas
Qui est le jour qui ne deviendra plus la nuit
La pierre d'où l'on arrachera
Le mot
De loyauté
l'éclat du marbre
Qui formait la superbe
De la morale.
Et l'on voudrait crier
Mais l'on ne peut que fuir.

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10 juin 2010

Eaux pâles

Tes yeux sont les opales
Que blanchit l'eau bé-
nie du crépuscule.
Eaux pâles et profondes
Que boivent la terre
Glissent sur sa surface
D'argent
De fragments ; et
Dessinent tes traits.

Ton visage parallèle
Au mien
Semblable aux rails
De la nuit
S'y tient comme celui de la flamme
Epuisée
Qui
Constelle dans le ciel
Ton corps fracassé
(Mon envie)
En poussières de noir.
J'embrasse les miettes d'étoile
Pour trouver le doigt béni
Que je suce
Ton sexe d'homme
Que tu as pris des amants
Me va au fond de l'abîme
Je ne vomis plus
J'avale
Avec ma bouche de femme
Que j'ai apprise
D'un amour.



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07 juin 2010

W.

Et mon amour se tient dans la pièce voisine, et ses yheux ne peuvent plus me voir,les yeux c'est quoi, c'est ce qui reçoit la lumière et quand on est un corps d'ombre, de satin livide, qu'on est doux comme une disparition, qu'on est tendre comme l'absence, et bien, et bien son amour même e voit plus, il a des exigences pour vous, et il n e voit pas que votre peau rouge ne peut brunir quedans l'eau basse et claire de ses yeux, qu'avoir échappé aux souffleries de l'enfer c'est déjà beaucoup mais qu'il faut maintenant sur ce corps brûlé et marqué de plaques de fers, de plastrons de cuivre, de breuvages profanes, mettre les maisn.
J'en ai baisé  
J'en baiserai encore
mais c'est quand la dernire caresse, la femme qui était une femme et pas un corps, qui était une présence, et pas une chose, objet, décomposition, vomissure, tache de vin qui me coulait du corps, et me vidait les sens. Quand, la dernière lmain qui passait dans le dos comme une ceinture d'amour, qui y t attachait des tendresses et vous mettait des baisers aux fers qui vous ont toujours agenouillé, j'ai mon amou r à côté qui ne m'aide pas à chercher mon corps, mn amour qui dort sûrement et qui a poublié que je pouvais avoir un corp,s une chair, un matière. Enfin, quelque chose qui souffre, et que la nmusique seule (cest Grieg là) peut soulager peut vider, peut purifier, je suis une eau sale, malade, que la musique tamise, que la musique éclaire.

 

J'ai mon amour qui exige que je me tempère, mais j'ai déjà si froid mon amour et tu ne poses pas tes moans pur me tenir chaud

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03 juin 2010

Le roman sans titre.

Elle défaisait dans cette pièce ses cheveux à l'odeur de printemps et de lilas. Et d'avoir si fort cette odeur, le couloir devenait de lilas et de printemps. Dans son sommeil, j'ai tiré les tiges fragiles et les pétales odorescents. J'en embrassais la saveur lourde d'absence, la brise de printemps qui en moi faisait un poumon perforé ; un soleil d'émeraude étrange. Je partais dans ces rues qui sentaient l'urine des statues de bronze et de torture en emportant le printemps. Ces statues qui avaient été posées là par l'Histoire, un jour d'alcool ou de fièvre, pour se souvenir de la fureur des hommes qui désirent la marquer. Oh pauvre esclave, l'Histoire, pauvre esclave invincible, qui traverse dans les chaînes d'orgueil les existences de ses amours.
Ils ont voulu l'avilir ou l'honorer. Et qu'importe, elle les a tous enterrés, ces hommes, et elle en baise le front sur Paris, place de la concorde, quand elle voit des autos embouteillés qui forment le bicorne de Napoléon, où les marches forcées de César, elle rit l'Histoire de toutes ces femmes qui la défièrent dans la grâce, de Trébénéïa -brûlant d'or- qui voulut la gloire et n'en supporta pas la lumière, qui se tient debout sur le ventre de l'Histoire, a une petite place, un minuscule éclat comme les muses, les Chimène, les Roxane, à l'étroit dans des poèmes, toutes celles qui ont des points d'argent dans les cheveux, des cendres de diamant à la lèvre. Petites lépreuses, dit l'Histoire à son scribe.

Je pars. Il est l'heure, que l'ennui cesse enfin. J'ai dîné, tout de même, j'avais vingt ans, je ne les ai plus, j'en ai donné un morceau -la moitié- à Tina, à Tina qui me jouait avec les doigts Chopin, qui en cherchaient la note bleue pour se la mettre aux yeux, en faire un fard, de la note, et la maquiller, et la voir danser de cyan, d'azur, enfin, de tout ce qui peut rendre vivant.

Tina avait trop de nuit en elle ; trop d'années aussi, à nier qu'elle était née furieuse, fumée, ombre, tout ce qui de la vie est bouleversé. Les torrents, les tourbillons, les tornades, la Terre vue du ciel quand les nuages se massent et forment une étoile sans pointes, une simple trace de vie, forme engendrée par l'Univers un jour de colère.


J'étais trop pauvre d'abord pour voyager, pour découvrir les
continents et me prêter/m'offrir un destin d'aventurier, de marins à la bouche édentée et aux gencives énormes du scorbut ; il me fallait commencer en d'autres voyages, d'autres découvertes, des bateaux de fortune, des radeaux instables. Mes haines justifiaient ma lâcheté. Je crachais au bourgeois l'argent qui pouvait lui offrir tous les courages, tous les départs dont le crédit faisait un fil d'Ariane. Ces cris de haine paralysaient mes départs.

J'ai commencé autrement.

Je vais chez R, A, V, C et dans cette géographie d'initiales, de prénoms, il y a du voyage. Chacune est un État dirigé par un tyran derrière sa porte, celle de ses origines, de la rocaille de la voix, du r roulé qui tombe comme la mer sur le torse des bateaux, comme la pierre de l'avalanche dans les chemins qui montent au ciel.

De Frida, c'est l'Allemagne, les bottes en caoutchouc, et le pas haut des soldats, les frontières qui s'en vont et, plus loin que les frontières, c'est l'Histoire qu'elle forme dans ses yeux, dans sa voix, dans la langue « oh encore un souffle, dis moi « Guerre », et quand elle prononce Krieg, je vois dans le ciel des armées sortir des souffleries du ciel -d'éclair- se fendre les côtes, je vois, je vois oh, une cerise sur sa voix qui se tait et disperse les images. « Annexe-moi ; Anschluss » et je l'annexe. Toutes ces ombres d'Histoire. Il y a Nastasha au prénom de tsarine, à la peau blanche, et quand sa voix tombe avec son geste qui monte, quand elle me raconte au milieu des cendres du jour -la nuit- le bruit de départ que firent ses parents quand ils entendaient la rumeur des Révolutions, quand elle devenait la voix du peuple, la Révolution je crois que je cherche à la tuer, à lui faire chanter l'Internationale dans chaque cri d'extase que je lui arrache. Chaque porte est un pays ; et chaque pays un instant. J'ai mille États souverains, des qui ont disparu même de la géographie officielle et survivennet dans le souffle des historiens, je cherche avec la main, quand j'embrasse Songul, l'empire Ottoman, et je ne trouve sur le Bosphore que la Turquie, je ne trouve dans les Balkans qu'une nuée de petits États plus faibles que mon biceps.

Putain.

J'ai faim, il me faut trouver quelqu'un où m'inviter, quelqu'un qui sera heureux de me recevoir, qui dansera. Je vais appeler Guillaume, je vais le visiter, avec son nez qui s'allonge toujours plus que son sexe. C'est un être désincarné, il est science -et donc juif- parce qu'il est presque verbe. Le verbe est un cartilage, une articulation, le verbe c'est tout ce qui n'est pas comestible de l'être humain, tout ce que l'animal affamé jetterait s'il découvrait un homme dans sa famine. Et Guillaume n'est que ça ; intelligence sans corps, un adjectif : génie. Pas autant que moi. Moi, les mains des êtres me traversent quand elles le caressent. Mais Guillaume, Guillaume va me donner un bout de pain, et ce bout de pain, de mon corps transparent risque d'échouer sur la place Attila Jozsef, de me traverser.

J'ai mes vingt ans qui ne sont déjà plus vingt à offrir à des mères qui n'en veulent pas ; et si personne ne les nourrit je les avalerai pour en digérer vingt de plus. J'ai vingt ans qui s'épuisent de froid dans des parcs, des avenues, et se lassent d'être libres s'il faut avoir faim. J'ai vingt ans qui ont la tuberculose et crachent du sang sur les peaux de celles qui n'ont rien à m'offrir qu'un peu d'Histoire, une miette entre les dents.

Je vais rencontrer d'autres passés dans les rues.

Tiens. Salut Mikhaïl, il me raconte, comment il a la bouche plein de musique, et dans son pas lourd je vois qu'il a échangé la danse, je vois sa cuisse gonflée, je vois son corps qui grandit, je vois tout ce qu'il a éteint de lui-même pour être si plein de ce chant. Il n'a pas trouvé Wagner : il en serait revenu ébloui ; il n'est que bruyant. Bruyant Mikaïl, qui me dit, ce qu'il a visité de femmes et d'hommes, et tant qui l'ont aimé. Les hommes comme un orgueil de plus, qui viennent s'ajouter à ce qu'il pourrait appeler « morale hésitante » et qui est déjà trop morale et n'a d'outrance que de bégayer assez pour refuser la vertu. Elle ne dit pas « oui » au vice, elle n'a seulement pas le temps de dire « non » à orgie, qu'elle l'a déjà pris, et qu'elle danse sur des tables minuscules, avec les bras d'envie, avec les seins de luxure, et paresse est sa morale, et tous ces archanges noirs dont il me conte les baisers.

J'ai faim, et ma faim me fait briller dans le noir, elle me rend visible à tous les passants qui s'inquiètent d'un être pareillement phosphorescent. C'est que je brûle, regardez moi, regarde-moi, toi qui ne brûle pas, comment c'est d'avoir vingt ans et d'avoir faim. Regarde, comme j'ai faim, regarde comme mon ventre est rond de désir pour toi, comme il est prêt à se vendre, comme mes vingt ans peuvent t'offrir leur jeunesse pour un lit, un drap, pour un chiffon, pour un os à moelle. Laisse moi goûter le sucre qui coule à tes pieds, qui baigne ta bouche, qui s'égare dans la ville. Je vois le jour qui grimpe dans ces traînées de sucre qui y scintillent.

Et cette faim, ce bruit, cette voix, tout ça est mythologique, je veux dire la mythologie c'est l'habit de lumière de la réalité, c'est la croyance, la mythologie, c'est son obsession, son évidence, c'est la peau noire de l'esclave ; la jaune des mathématiques. La mythologie, c'est la poussière et le fracas qui nimbe la balle qui s'échappe du pistolet, c'est le cri que pousse l'agonisant, c'est tout ce qui est hors du corps, hors de l'Histoire, c'est tout ce qui prend de la place dans la bouche et n'en occupe pas dans la mémoire. Ce qui la sépare de l'Histoire, qu'elle nous habite le corps et abandonne l'intelligence. La mythologie, c'est la beauté du monde, c'est ce qui lui permet de durer, c'est enfin, quoi, la musique qui s'est soudain levée comme un vent pour porter les tambours de Napoléon et prendre Arcole ; c'est celle qui s'éboulait -soulevée par les Walkyries- sur les corps des génocides. Celle dont on se demandait, pourquoi elle ne s'est pas tue, pourquoi l'horreur l'a tant nourrie, pourquoi elle avait faim de drames, la misère, de violences, d'âmes brisées et de corps décomposés. Pourquoi la musique -l'art- est un tel charnier.

J'ai faim, je vois Anne pour. C'est déjà fait. Elle me met les yeux sous le nez, et me dit « regarde comme ils sont beaux » et elle adore ses yeux qu'elle montre comme des boucles neuves, comme deux immenses vanités. Ses yeux ce sont deux pierres bleus, des opalines, minéraux morts ou alors  cristaux de voyant. Je n'ai rien vu, d'avenir, de passé, d'émotion dedans. Elle me tend les yeux, et c'est comme si elle les caressait, ses yeux, comme si elle me disait touche comme ils sont doux et profonds,on dirait des sources -taries. Et je lui rétorque amusé, que la seule profondeur du monde est le sexe des femmes. Mais elle insiste, elle veut que je lui touche les yeux comme les hommes touchent, que je dise la naïveté.

Je ne l'ai pas dite.

Je préfère les prostituées, elles sont muettes. Muettes comme un criminel. Je crois que c'est ça, le crime rend muet. Il censure la parole inutile, puisqu'il y a un geste, un acte, ô un acte sublime, qui suffit pour parole.

J'attends le criminel qui ne parlera pas mais dont on saura qu'il a voulu parler alors qu'il assassinait, violait, pillait lorsqu'il s'est mis sous l'ombre de la Cour d'Assises qui finit toujours par s'étendre assez pour coincer la fuite avec l'aide du jour. Je veux qu'il dise qu'il voulait parler, mais qu'il était trop lourd de crimes, qu'il l'avait déjà en lui et qu'alors il ne pouvait rien dire, que sa bouche, refusant d'articuler, ne pouvait que mordre.

Je veux l'entendre -sans un mot- indiquer qu'il devait parler et qu'il devait le faire de tous les moyens, par tous les gestes, qu'il devait soulager son muscle du crime qui le tétanisait.

Alors il a tué. C'était sa voix. Ce geste. Son langage de signes.

Qu'il dise ça, enfin, sans un mot. Et que je l'entende.

La parole ne sert pas les gens beaux, qu'ils ouvrent la bouche pour lécher, embrasser, ce sera bien assez pour ceux que la poésie a déformé ou que la fortune a élevé. La beauté, chose muette, statue, qui jonche les jardins de rois.

(La belle bavarde)

Elodie, est une femme dont on se demande pourquoi elle n'est pas née en marbre ou figée dans le bronze qui moulait parfaitement son corps. Pourquoi merveille de chair et de formes était capable de mouvement, d'abandon et d'exercice -factice- de volonté ? Son corps ne devait être rien d'autre qu'un objet posé sur son socle de pierre -désir des hommes, qui traverserait le temps dans sa matière brute, dans son cristal primitif et éternel, dans la nuit blessée qui y coule comme une bouteille d'ivresse cassée sur son crâne, et ruissele de sa beauté violente. Ce devait être une autre nuit, une nuit basse, qui monterait de la Terre, tandis que la nuit haute y tombe. Elle devait être fleur -rose et pissenlit- mais se pensait humaine, croyait aux choses du bonheur, aux bassesses que sont les yeux des garçons, abandonnait vertus et vêtements dans des draps -mes draps- jusqu'à en devenir spectrale/vieille. J'ai connu sa peau et  mon cou a gardé la brûlure de ses lèvres. Elle était puissance et toute sa puissance était corrompue par ses tentatives d'esprit. Son humanité l'avait avilie. Quoi qu'elle fut elle a fini de l'être. (ici=gangrène ?)

Le crime dessine des muscles et sublime ; le remords défigure. Combien j'en ai vu d'amoureux, les jambes nouées à la place de l'accusé ? Combien sur ce trône, sis dans la majesté qu'exhalaient les regards réprobateurs des curieux, qui abdiquaient dans l'aveu. J'ai vu la couronne lourde leur tomber du crâne et l'hermine leur glisser des épaules, j'ai vu leurs traits se creuser, j'ai vu que le regret était la première ride dans la beauté et la beauté -qui n'est beauté que parfaite, inaltérée- était fatalement atteinte par le sillon (peut-être décomposée, lèpre, ou autre chose, qui défigure, comme l'empoisonnement aux radiations, quelque chose dont on peut dire qu'il fait «  tomber le visage » qu'il rend « humain », filer dans l'idée qu'il y a de beauté que dans tout ce qui n'est pas humain, que les plus beaux ont la cruauté des animaux, des plantes, des prédateurs, qu'ils ont leur appétit)

(intégrer mon truc sur mes yeux de bile ici qui recouvrent le monde)

Les avocats de la défense, quand le criminel avoue, ont un geste d'humeur qui n'est pas celui- vulgaire- d'avoir perdu une affaire, d'avoir taché une réputation ou envoyé en enfer un innocent mais celui de n'être plus amoureux, d'avoir aimé une grâce qui était faiblesse, faille que le juge, frappant de son marteau, fend. Les avocats ne défendent pas des clients mais des amants.

Je vais aller voir des criminels, des rangées, légions, bougres et bougresses, raides de principes et/puis voûtées de gloire. Ceux qui ont des trésors de papier journal ou, pour les plus agiles, de photographies en noir-et-blanc du jour où le jour les a révélé, où la nuit, lasse, a cessé de garder leurs corps et ceux dont on a trouvé aucun corps, que la justice a poussé d'une main plus faible en prison -et qui savent la séduire, de leurs muscles toujours là, qui lui remontent le bras, en baisent la main, et bientôt recommenceront.

Je veux visiter des prisons, m'égarer dans ce « corps social » où chaque être est déjà une cellule, je veux voir ce bâtiment gris qui fait un automne/une aumône à la ville où il a poussé, et toutes les caresses que s'adressent les prisonniers, ces caresses où personne ne fait la femme, mais où l'un des amants fait le mort. Comme les prostituées que j'aime tant de leurs silences qui se disloquent en autant de larmes, ces larmes qui ne percent pas, qui ont durci sur la peau, pour en faire une autre peau, douce mais rugueuse, à laquelle s'accroche les mille envies du monde.

Je suis en prison, dans mes nuits, et je sens la brutalité vile d'un homme trop grand, trop imposant, et je me sens fleur qu'abîme le gland qui chute de l'arbre, qu'écrase le pas sauvage. J'ai peur de sentir son envie qui traverserait la réalité. Peur, de sentir le sexe qui se dresse, peur que tout ça devienne une histoire, où le sperme lactescent qui jaillirait me crèverait le poumon et m'asphyxierait le coeur.

Je n'aime pas les hommes ; je désire des criminels, je désire ceux qui sont jetés là par la vie ou même parfois, par la seule pulsion primitive d'être nés siamois avec ce crime qu'ils ont attendu de réaliser, et qu'ils réalisaient déjà dans l'imagination, qu'ils ont commis cent fois d'un plaisir décroissant. Combien d'images et de corps fantasmé ont péri dans leurs bras avant que ne s'abattent le premier corps, avant que ne s'écrase la première victime.

J'essaie de leur ressembler parce que je voudrais être beau, j'essaie de me distinguer, de me farder les yeux de petits brouillons de crimes que sont les ruptures brutales, les adieux cruels, que sont les départs en sursaut des corps amoureux. Souhaiter avoir le poing qui serre un crime qu'on ne montre pas.

Je n'ouvre plus les doigts, je ne montre plus ma paume, parce que s'y tient un crime, que j'étouffe, et s'il se libérait, s'il venait à percer, à montrer son dos, ses épines au jour ferait tourner trop de têtes, évanouirait trop de corps. Je le chéris, jusqu'à ce qu'il dévore/crève ma main, que le crime m'honore de sa première souillure.

C'est ce qu'il faut dire au procureur qui énumère les victimes comme un mauvais comédien, c'est qu'il en manquera toujours un, que la police lui a remis un mauvais manifeste, que le décompte est erroné, il me manque « moi ». C'est secouer la tête en entendant le silence qui suit la prononciation du dernier péri, et reprendre avec tendresse ce pauvre acteur de boulevard. Lui dire « ce n'est pas grave ».

Et les criminels s'ils avaient encore une voix, une parole, le dirait. « Je suis le premier sang, la première blessure, la première plaie de ce crime qui gémissait en moi. Il faut le nourrir ce crime, celui dont on est enceint, qui jaillit de nous, plein de barbarie. Devrait-on laisser mourir de faim son enfant pour sauver l'humanité ? »

Il faut désirer.

Mais ces nuits s'épuisent ; et je m'endors la paume serrée sur un secret, le ventre tremblant contre le corps d'un prisonnier.

Aujourd'hui il me faut visiter un ami, savoir combien il me doit, recouvrer toutes mes créances pour partir, pour visiter la Hongrie et avoir faim et apprendre cette langue qu'un peuple fit sienne en entendant le diable tomber du ciel. J'accumule des centimes, des petits océans de monnaie qui se cherchent des affluents impurs.

Je pars. J'ai mes vingt ans, quelqu'un là bas en voudra, ou bien au moins de mon accent français, ou bien au moins de mon élégance, ou bien au moins, parce que j'ai un cul et une bouche, je n'aurai pas faim.

Je vais voir les amantes, avant, je vais m'habituer aux voyages, à l'Histoire que je connais de ces endroits, de ce pays qui se tenait -jusqu'à mon départ- derrière cette porte, rue Gallienni, Kristina est hongroise, et je vais savoir le bruit lourd des Csikos -qui sont déjà une poésie- dans ses mains qui m'attraperont le ventre, dans ses soupirs, dans nos corps mutualisés, dans ses cris. Dans quelle langue elle jouira ? J'en apprendrai les mots,  les sons, pour quand ce sera mon tour, là-bas, de jouir. Kristina s'endort ; le rouge l'abandonne avant moi. On dirait une morte. Une petite fille que le sommeil éteint, un néon essoufflé. Je lui murmure des mots doux ; puis des mots durs. J'attends une réaction, d'être sûr qu'elle est déjà plus loin que la réalité, quand je m'en assure, je me lève. Je fouille ses poches. Il y a des restes de panique dans mes gestes, et c'est pourquoi je me suis allongé sur son flanc, pourquoi j'ai souillé de vomissures son corps d'aube, pour apaiser mon corps, pour épuiser dans sa bouche tous les bruits qui me révéleraient. Les crimes se commettent de nuit parce que le noir va mieux au criminel. Je compte l'argent, fragmentés en pays -c'est un premier voyage- pounds, dollars, yen, yuan, dinar, pesos -et des taches de sang- les bijoux, je vole les diamants et tout ce qui brille -ce qui m'évite de lui prendre ses yeux. J'ai les poches pleines d'elle ; ses reins plein de moi. « Ô Balances Sentimentales ». Premier pas dans le crime, au nom doux à l'oreille : « délit ». Je fouille, je cherche, je racle, pour des trésors ici, une richesse, quelque chose qui luira, fera un plastron quand la faim tentera de me fendre l'estomac, quelque chose qui me rendrait immortel et vivant si je n'ai nulle part où dormir, si les bancs se dérobent, et que la prison me refuse son étroitesse. Je cherche une noblesse, une distinction. Un solitaire, là, pour manger, une chevalière frappée de grandeur. Oui. J'ai le corps mou de l'or chauffé pour que s'y impriment tous les blasons du monde...

Je suis obsédé par l'idée d'exister. D'apparaître au monde et m'assurer de n'être pas impropre à la réalité. C'est pourquoi il faut fréquenter dans les endroits de la foule qui pense faire du bruit et ébranler le monde quand elle y bruisse. Je couche avec C, que j'ai rencontré chez G., et le craquement qu'elle produit sur mon corps me fait penser à celui des feuilles mortes que je foule. Elle est l'automne sur lequel a marché l'hiver. C, A, V, F, D, sans poésie, ni musique.

Ça me facilite le silence, l'absence d'aveux, de commettre un crime dans une langue que je ne parle pas. J'ai la bouche cousue de l'assassin ; ouverte de l'affamé. J'ai trouvé cette noblesse chez Pauline à la bouche si close qu'elle ne s. pas.

Anthony, que j'ai appris dans le bruissement des foules, est le seul que je peux évoquer sans l'odeur de dégoût qui émane de moi ; sans l'odeur de désespoir qui émane d'elles. Il est une image de la sainteté en tout ce qu'elle a de naïve, de grand, de tendre. En tout ce qu'elle a d'immaculée, comme si toutes la sournoiserie du monde ne pouvait l'atteindre qu'il errait là, dans le monde, avec un corps qu'il savait expérimenter, mais sans que jamais, ce corps ne devienne une trivialité qui justifie la déliquescence. La malice du monde lui glisse sur l'âme comme les mains de l'homme sur le corps saphique. 

Posté par boudi à 07:11 - Commentaires [1] - Permalien [#]