30 mars 2011

Ma vie

Ma vie est une insulte à proférer partout, contre les corps et les usées.

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Les mensonges de l'aube

« Seul peut devenir un homme, celui
Qui est orphelin de coeur et de corps,
Qui sait que la vie déposée en lui
Est un simple supplément à la mort »

Attila Joszef

Je suis l’annonce des saisons, le printemps, et tu t’en vas, au loin, dans la toiture dorée et repentante de tes cheveux. Les astres parfois se penchent et oublient de se relever. Leurs poitrines brûlent, on appelle le matin la crémation des dieux ; la nuit la moisson de leurs cendres.

Hier soir je t'ai aimée, puis je me suis giflé, c'est horrible, c'est comme une évidence qui nous passe sous le nez, c’est trop ordinaire, trop facile, d’aimer avec des songes les prénoms vivants. Je ne peux pas me mettre dans le danger ordinaire. Dans le danger d'usage. Je ne peux pas me fondre avec les mains. Je ne peux pas essayer.

Quand mes yeux regardent la nuit qui gazouille dans les plantes je me dis : je serai allergique à l'humidité. Partout où il y aura de l’eau j’inventerai un désert. Partout où les éléments mouilleront, il y aura un cri. Le cri d'une femme peut-être. J'avais 6 ans. Je suis tombé dans l'eau. Je ne savais plus en ressortir. Maintenant que je vérifie les gorges des filles, je vois cette même humidité qui glousse.

J’ai passé souvent des journées sans lumière. La nuit mange dans ma main. J’ai écrit une lettre, elle est dans ma poche, elle tressaute à chaque pas, c’est un petit monstre. Cette lettre, est écrite au stylo bleu, illisible. Elle a des mots petits, qui caressent la nuque, et mordent derrière les oreilles. Quand on me pose une question, j’aime répondre en dansant, avec des gestes, dans le langage bruyant du corps condensé. La vapeur du sens. Quand je m’exprime, je suis un enfant dans une écriture d’adulte. C’est ma réponse, il se pourrait bien que mes gestes crachent des cratères de lune, il se peut bien que ça se fonde avec la lumière. A cinq ans, je ne savais pas que la littérature existait, je ne savais que les femmes en pierre des montagnes, je savais Gouraya et ses flancs de granit, ses cheveux de vagues. Je ne savais pas que des hommes se cherchaient un endroit où naître ; une terre à accaparer. Je croyais que ma Montagne, c’était le monde entier. La littérature est un insecte qui me chatouille la gorge, qui ricoche dans mon palais, qui éclate en parfums, c’est un peu comme le serpent de ta langue qui se gonfle de soleil.
Ton souffle, je l’entends jusque dans mes frissons. Il se frotte à mes oreilles, il y fait des étincelles. Je sens que je supporte mal les voix nocturnes, ce brouhaha de paroles étrangères. Quand je dis « j’entends des voix » je veux dire je n’entends pas des propos, je distingue un fracas, un mélange de paroles humaines où les tiennes se glissent parfois. J’entends ta voix à l’intérieur de moi, pour les choses de toi, j’ai fait des cellules. J’ai peint les fenêtres avec des chants d’oiseau, des hymnes de révolution, j’ai dessiné une porte. Quand tu vis en moi, il y a une bouche qui s’éventre, une bouche qui ne parle que d’infini. Mon imagination est une garce. Et je ne la contrôle pas. Dans mes rêves tu joues avec du feu, et tu me dis « C’est une partie de ton corps, le feu ». Je ne ressens pas la brûlure. Tout me retient. Le bruit d'un crayon de bois qui grince sur la feuille de tes songes. La voix de dragées des enseignants. Les ongles mordus des étudiants. Quand tu es proche de moi, j’entends le mouvement de tes cheveux, ce coquillage qui grince. Ton rire. Le pied qui se cogne frénétiquement à la chaise. Mon visage qui prend l’eau. Tout retient mon attention. Il faut qu'elle soit retenue. Qu'elle ne se sente surtout pas libre. Désastre. Dans cette odeur d'haleine fatiguée, la vie a la couleur du zinc. J’effondre ton souffle dans mon regard suppliant

Je n'y suis jamais allé, tout entier dans le sommeil. Mais il faut bien se préparer. Depuis quelques temps on me dit que ça approche.
J’essaie d'oublier dans les accords des violons de Francfort. J’essaie d’écrire dans les fenêtres allumées des maisons en pleine nuit. J’essaie de parfumer dans la peau gluante des nuages. J’essaie de coiffer dans tes cheveux inconnus qui chatouillent mes pensées. J’essaie d'apercevoir tous les prétextes de l’écrire. J’essaie de perdre dans les doigts penseur des hommes. J’essaie d'échapper dans le bruit du papier peint que l'on arrache. J’essaie d'aimer dans le reflet de ma poitrine sur le carrelage blanc de la salle de bain. J’essaie d'essayer dans ces détours milles fois traversés et maintes fois dévorés.
J’essaie d'oublier.
Partout et nulle part.
Je ne te connais pas. Ton visage est une autre langue. Ma voix crie "je suis libre", mon menton qui pend sur mon visage, mes yeux de tristesse joyeuse, tes pommettes de musicienne fanée : ton sourire peint, et tes mains qui fuient comme la lumière blanche des sorties de secours.
Je ne connais plus rien.
J’essaie d'oublier ton ombre qui danse sur la mienne.
Je ne connais plus mes repères.
Je ne sais plus la place de mon bouquet de tournesol sur le bureau.
Je ne connais plus la couleur de ma chambre. Ton odeur de village quand tu reviens du ski, mouillée et heureuse. L'odeur de ma peau après la douche, et la forme de ma bouche quand je me vois partir dans le miroir.
J’oublie, les premières paroles, les premiers mots. J’oublie, les cahiers de mes chagrins. A la première détresse, j’ai écrit « ça fait aussi mal la mort ».
J'oublie la présence de tes yeux dans cette cour grise et ambre qu’est Paris. J'oublie ton sourire gêné quand je te dis que je sais, et que je ne comprends pas. Que l’écriture trace une frontière invisible, une ligne infranchissable. Les états. Le lecteur ; l’auteur. Ca ne peut pas se toucher. Ca ne peut pas s’attacher. J'oublie ton regard quand j’évite le tien. J'oublie la peau veloutée de ta main, quand elle tremble dans la mienne. J'oublie les dents qui mordent de tes yeux monomanes, j'oublie que je suis sauvage. J'oublie la moitié de mon corps dans les regards de la vie. J'oublie la violence de mes haines.
J'oublie le dos vouté de mon écriture qui nettoie la nuit avec tes larmes d’amoureuse déçue. Je pense à mon sourire salé et sage le matin quand je laisse le passage à la joie.
J'oublie mes doigts qui tremblent quand tu me frôles, et mes gestes de fille ratée, quand je marche le pied bot. J'oublie les mots que je n’ai pas dit. J'oublie les peurs quand je brûle une lettre, parce que c’est comme si c’était moi. Le brasier intérieur. J’oublie que je ne tends plus mon corps, je tends mes mots, « c’est comme si c’était moi ». J’oublie mes lèvres de papier, mes pupilles de marge, j’oublie mon teint blanc et mauve. Je ne suis jamais allé à l’enterrement, mais il faut bien se préparer à mourir, alors j’apprendrai à dormir. Pour tout oublier. Jusqu’au bout, ton sourire qui étouffe l’air autour de toi, ton sourire, c’est toute ma joie.


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28 mars 2011

J'ai appris les paralogismes de la folie.

 

Je serai beau demain, j'aurai les yeux noirs de fête et les paupières mauves du baiser infidèle du sommeil. Ah qu'elles iront haut mes folies, ah, comme mon insomnie crèvera de ciels mal faits. Se réciteront les vers bas des poètes teutons, on entendra les fleurs peindre jusqu'aux aubes. "Dans le ciel gris des anges de faïence" "Le ciel était gris de nuages, il y volait des oies sauvages, qui criaient la mort au passage" et moi, et mon insomnie chérie, moi et ma vigueur insoumise, nous entendrons leur "chant triste entrer dans mon être" et nous croirons y reconnaitre du Rainer Maria Rilke. Qu'il est long à frémir le temps du départ, qu'il est loin le temps des aventures, qu'il est sombre le monde naissant avec ses cendres du feu nocturne. Il sera six heures, et le dragon aura déjà "plongé son couteau" dans le coeur de Lola. Pas de casernes, des banques, des banques en ordre, des banques aux écus polis, et je serai là, avec toi, mon insomnie, avec toi ma fatigue, et toi mon dégoût, nous serons là à nous maintenir à la rigueur des rieurs, nous serons là comme les trois mots de notre devise qui ici n'a pas cours. Nous serons les trois frères mêlés du ciment de la République meurtrière. Ah. Paris s'en ira par le ciel, et déjà ses mythes me manqueront, déjà je penserai aux filles que je laisse, aux amours qui y fanent. Je penserai à Emilie, à Marianne, à Margot, je penserai à toutes ces filles aux seins plein de projets, qui "emménagent", et je leur dis "vous me semblez bien jeune pourtant pour déjà vous tuer. Encore un peu de liqueur, mes lèvres peuvent saigner quelques journées de plus, quelques soleils bizarres pour vous descendre dans les yeux.".

Où est le monde à naître.
Il est terrible le petit bruit de l'eau qui coule, dans la forêt des cheveux.
Oui, il est terrible, parce que personne ne l'entend.
Je suis de la poésie consumée, et quand je volerai dans les carénages d'acier, je me demande si par terre de la pluie rousse mouillera le monde, je me demande, si piégé dans une heure vingt d'avions, le monde saura reconnaître l'odeur de l'ultime maladie : l'écriture. Celui qui écrit, n'est pas au monde dans la même dimension ordinaire que les autres, le commun. C'est vrai, j'avais des frères, des voisins, nous étions nombreux, et tous sont morts, l'écriture est une guerre, je suis le vétéran, le survivant, je porte les histoires des copains. J'en ai des choses à dire, des douleurs à vous susurrer. Je ne sais pas si vous pouvez entendre nos vies, le chant qui s'élève de nos plaines voilées, de dehors les brumes, la voix de pagne, des copains, monte, monte, c'est l'accordéon de nos tranchées de café. Nous avons résisté à la nuit qui inondait nos genoux, nous avons tenu bon, sur la dérive et la débauche, et j'arrive, la tête pleine de cartes, de magies, de paysages et les mains solitaires, elles n'accrochent plus aucun corps. L'écriture et le deuil m'auront rendu incompatible à vos réalités. L'hymen s'est déchiré, le sang de mes poumons, c'est l'encre des poésies. Les généralités ne sont pas faites pour moi, je n'ai pas le corps qui sait obéïr, je suis dérangé comme la géologie d'une montagne.


Je deviendrai dans l'avion un opéra fabuleux : je verrai que tous les êtres ont une fatalité de se tromper : l'écriture n'est pas la vie, mais une façon de la gâcher, un énervement. Rimbaud disait « La morale est la faiblesse de la cervelle ». Ce monsieur ne saura pas ce qu'il fait de mes livres: il est un ange posé aux frontières. J'espère qu'il sera là, demain, à la douane, qu'il sortira de mes lignes pour atteindre les paragraphes imaginés entre les pays.

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26 mars 2011

La nuit baisse son pantalon, on y voit rien, il fait trop noir.

 

Tu sais la nuit a la même caractéristique que la vie, on s'y ennuie si on y contrôle tout. Dans la nuit,contrôler, ça veut dire mettre de la lumière dans tous les recoins, doubler l'ombre des chênes d'un lampadaire naïf. Moi je préfère, quand je reviens de mes promenades, imaginer que ce chat au pelage strié de rêves, c'est toi qui court, jusqu'à t'essouffler. La poitrine haute, gonflée du jour à venir les pieds pas tout à fait bien droits, la marche de plus en plus rapide, et tes cheveux nageants que tu essaies d'attacher dans ta course, pour ne pas qu'ils te brûlent la nuit.
Tu étais jolie, cette nuit, tu sais, une petite fille jolie, qui rugit dans la récréation humide de la Seine. Mais ensuite, je t'ai vue trébucher. Je pense que je suis le seul, à t'avoir vu, peut-être t'es tu prise les pieds dans un des corps invisibles de la nuit, sous le décor translucide de nos scènes d'insomnies. Je t'ai laissée te relever, reprendre ta course, tes genoux neufs, ta peau pas tout à fait maquillée. Ton soir. Tu sais, ce week-end je m'absente de l'écriture, j'ai des activités à dissimuler, j'ai des gens à recevoir, des habitudes à peigner avec des rosaces de crème. Je n'écrirai pas, samedi, je n'écrirai pas dimanche, ni lundi, ni mardi. Je mettrai du silence, dans la littérature. « L'art est un cri ; l'époque aphone ».
Je tombe deux fois, trois fois, je joue à la marelle avec la chute, je ne sais plus faire un pas autrement que dans la chute, qu'en dévalant, je tiens tête aux hauteurs, je brusque le béton avec mes genoux. Je ris. Je ris toujours quand le sang frissonne sur ma peau. Je remonte mon visage, et j'ai l'impression de rehausser un buisson, je déguste chaque feuille que la nuit permet de tenir, en haut de son grillage de bois, je goûte ces feuilles, elles ont le goût du sureau, le goût de la folie douce. Quelle est la raison de la course des gens ? Je crois que c'est l'odeur de ces buissons, le parfum du fruit vert qui trébuche de la branche du mancenillier. Je tourne, autour, d'une idée, d'un corps en éther, que j'absorbe jusqu'à l'idiotie. Tu sais, je vais faire quelque chose que je n'ai plus l'habitude de pratiquer, quelque chose qui va me sembler une douloureuse apnée après la noyade. Je vais dormir,pour voir le corps que tu prendras dans mes rêves,pour savoir l'espace que tu y occuperas, si je peux t'aimer avec tes dents bien formées, et ton regard qui efface l'objet que tu suspends. Je vais dormir, je t'avoue, je n'y vais pas gaiement. J'ai l'impression de me rendre à une guerre, où je vais perdre des copains, parce que je sais que je vais rêver d'inconnus, que j'aimerais ces inconnus, mais que le réveil sonnera le deuil, le crépuscule de ces existences démentes et solennelles. Toi tu dureras, après, tu conserveras le matériel de pierre de ta vie. Tu peux vieillir, je crois que tu as plus que ma part de bonheur, tu as aussi ma capacité à vieillir, à flétrir, à pouvoir passer. Je suis sûr d'être invincible, j'ai refusé le temps, et il est parti vendre ses particules ailleurs. C'est un marchand de fleurs ambulant, c'est un marchand qui entre dans le restaurant, et je dine avec la vie. Toujours avec, sur, jamais, dans la vie. La vie et moi, sommes des confidents, mais nous ne nous confondons pas. Je la porte, je lui montre des directions, je tire sa manche d'adultes. Tu sais. Je ne vais pas écrire, et c'est à dire que tu ne pourras pas rire, et pas avoir peur, dans ta journée de samedi, tu ne pourras pas te dire « oh, il n'écrit pas sur moi » ou « ouf il n'écrit plus ». Je voudrais apporter à ton ombre qui trébuche sur la céramique peinte un ballon multicolore. Il ne faut jamais accepter les cadeaux plein d'air, on ignore toujours les cris qui les gonflent. Je ne comprends pas, certaines choses. Je ne comprends pas ces gens qui s'aiment avec des gants. J'aime par en dessous, j'aime en dessous de la peau, j'aime avec les roucoulements poussifs de la terre, j'aime depuis le nerf, depuis le frisson, j'aime avec ce qui est dangereux. Chaque fois que je suis amoureux, ce que je mets au péril de la fusion, de l'acclimatation, ce que je risque, c'est toute ma vie. Bon courage camarade, je vais essayer de savoir ce que tu dis dans mes rêves. Est ce que nous y aurons des voix ?

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25 mars 2011

tu es belle comme la nuit à venir

 

"Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l'amour infini me montera dans l'âme,
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, - heureux comme avec une femme."

Arthur Rimbaud - Sensation

 

J'écris le crime que nul n'a commis. Vivre. Mon écriture n'est pas une écriture qui espère, pas plus qu'une écriture qui réclame. C'est une écriture qui n'attend pas, une écriture qui marche. Mon écriture est vivante, elle a des gestes, des veines, des muscles, un foie,un cœur qui centralise les particules de peste, et les dérive dans les pulsations. Mon écriture, n'est pas une écriture mendiante.

Aujourd'hui je suis ce môme de 5 siècles. L'éternité c'est ma colère, l'Histoire mon caprice, l'amour mon fantasme. Ne t'étonne pas si j'aime le scandale. Parce que je ne fais que l'aimer, je ne le provoque pas, je n'en ai pas la force. Il faut être bien fort pour scandaliser. Quoi que mon visage scandalise les reflets. Quand je suis à la table, avec Julia, quand elle sort d'une séance de photographies, quand elle monte sur le podium que je dis « c'est ma petite amie »les garçons-mannequins, s'étonnent. Quel goût étrange. Je leur dis, c'est le goût du scandale. Pensez, je suis les rimes infâmes, dans les draps, mes doigts remontent des mottes d'enfer, et ma caresse dépose en sédiment la salive du diable.
Je suis un garçon et pourtant je suis enceint du scandale. J'ai regardé par l'entrouverture, la fente des filles, pour espérer savoir le repli des enfants. Tu sais. D., aussi distant que soient ton image et ton corps réel, pratique, celui qui s'exprime dehors, et celui que j'imprime dans moi, aussi irréconciliables qu'est ton ombre que j'éprouve dans mes songes, dans mes textes, et ton existence incertaine, flexibl, j'adore tes yeux, je les adore, parce qu'ils ressemblent aux dents forgées illégalement dans le gypse, aux incisives désaxées d'une bouche orpheline, à des pierres qu'on a voulu distinctes. Ton regard est trouble et je me dis que le tailleur de précieux qui te les enfonçait dans les artères, se disait, «toute cette beauté, je dois la différencier, je dois en faire deux frasques deux vers, deux rimes ». Tu me fais penser aux strophes incertaines, où l'alexandrin précède un hexamètre. Tu as le regard inégal. J'adore tes yeux, si je ne craignais pas d'effrayer tes airs de chatte suave, je les regarderai toujours, avec les miens fatigués d'encre. Sans intention dedans.
J'arrête souvent de respirer, quand je me cache dans mes mains, j'ai l'impression que l'air autour devient de l'eau, que si j'ouvre la bouche pour capter l'oxygène, j'inonderai mes poumons du liquide salé des marais. Je ne veux pas être surpris en flagrant délit, de vivre. Ce crime que nul ne commet.
Je suis plutôt grand, et quand je te regarde, je sens que ma taille écrase, qu'elle est lourde de pierres. Mes talons font cinq siècles. Je connais tout. Je connais tout de ce monde. Plus rien ne m'étonne ; pourtant tout m'effraie, à commencer par toi. La seule façon de survivre à l'année, aux marécages, à la lie, c'était de t'aimer. J'ai eu besoin de courage. Et si je vis, si je continue de commettre le crime de mon existence, là où les gens s'épuisent, rares, je te le dois en partie. Je voulais vraiment mourir, plusieurs fois, une mort négligée, comme ma coupe de cheveux, une mort de celui qui se laisse faire par une voiture, par un couteau, par une violence. Puis j'ai écrit. Depuis que tu as commencé à lire. D'abord je n'étais pas sûr, je savais seulement, depuis le cabinet, entre deux ennuis, puis j'ai su tous les autres moments. J'ai gardé le haut à mal littérature. Un haut de coquelicot. J'ai peur que mes écrits aient une poitrine féminine,alors je fais garder le haut pudique à mes gargouillis.
Je connais tout, mieux que personne, mais ça, jamais on le saura.Parfois, on le devine.
Je suis doué ?
Douée ? Qu'est ce que ça veut dire ? Pourquoi ?
Non, moi, je m'appelle, le désespéré heureux.
Pourquoi ? je n'en sais rien.
Marguerite était nue en bas. Ma littérature gardait le haut.
Peut-être parce que je me faufile, et que je passe inaperçu. On dit des choses de moi, que je suis cruel, idiot, prétentieux. J'ai la littérature prétentieuse. Que je suis stupide, étrange et méchant. Tu le dis aussi, peut-être, et je ne t'en veux pas. Les insultes, je les colle sur moi, ce sont des timbres. Voilà, je suis affranchi. Les autres ? Esclaves.
J'aimerais relever les cheveux sur ta nuque, j'ai l'impression que ton visage est un drame, ou un théâtre, j'aime écrire que je secoue le varech doré de ta chevelure, c'est un rideau d'un ton mat, jaune, qui brûle les yeux, qu'aucun frottement ne peut alerter. Même pas mes cris. J'aime que tu sois inaccessible, que je puisse dire « D. , c'est qui ne s'atteint pas, c'est juste derrière ton ongle le plus long, sous la courbature de ton muscle tendu, c'est la fièvre dans mes coups sur le parquet, c'est les mots sur la feuille timide, c'est la famine de mes paumes, c'est le visage qui abrite mon rêve dans la douceur de son rythme de coquillage enfiévré. D.;c'est le lointain, l'espoir qu'il y a a sa lèvre, sous le maquillage mâle dessous ses yeux, dans ses cils qui donnent à ses yeux la forme d'un oeillet. D., c'est loin, celle que je ne touche pas avec les mots, que je ne veux pas troubler, que je caresse avec des secrets, que je dépose en pensées,dans velours beige de l'aurore. D. C'est la neige qui brûle mes nerfs, et dans laquelle je trace les signes de mon indigénat, c'est l'indignation la plus célèbre du monde, quand mon corps prend l'évidence des caprices, c'est le goût simple et compliqué des fruits de l'automne.

J'aimerais te dire, de ne pas bouger, que la vie, va te frotter la peau, te laver les sens, et te montrer mes souvenirs vieillis. Souvent, la nuit, je voudrais m'assigner un serment, mais je ne sais pas prier, je répète seulement ton prénom. On m'a dit, quand tu dis ce prénom, on dirait que tu portes un pagne de romain, que tu pries des statuettes immobiles. C'est plus que ça, j'adore l'ombre, tu ressembles à la nuit déifiée. Je sens la peau d'après l'amour, j'ai un peu honte.
Parfois, je pense ne plus connaître ce qu'est le froid, le chaud.
Tout résonne tiède.
Depuis quelques siècles les hommes deviennent tièdes.
Pour moi, pour eux. Peu importe. Ce ne sont que des mots. Pour toi.
Je vagabonde.
Je vagabonde.
Je suis un enfant, un peu oubliée, mais ce n'est pas grave, je ne sais pas ce que c'est que d'être vivant, depuis que j'ai treize ans. J'allais dans une école de surdoués, mais ma peau a porté un crime. Un crime d'amour.
J'ai 5 siècles et le souvenir de Marguerite devant moi qui veut se baigner dans la baignoire prend son temps. J'ai cinq siècles, j'ai tellement de temps à lui offrir.
Je voudrais apprendre à prier, je voudrais faire des messes inquiétantes. Je sais, à mon âge je devrais retrouver mes amoureuses, ou penser à des choses sérieuses et distrayantes, à des amours graves avec des gestes de saintes et des morales de putain. Mais je ne peux pas. Quand, je dis « je suis fragile » c'est le seul jour où je ne rigole pas. J'ai l'impression, que si l'on me frôle, on me fêle. Je n'ai pas la barrière du corps pour protéger mon âme. Lorsque l'on me touche -et je te supplie de ne plus le faire- l'on brutalise mes nerfs, mes émotions, l'on secoue, et c'est en désordre après, il faut tout retrouver, les souvenirs, tout retrouver les larmes, et les sourires. Je ne supporte pas l'ordinaire. Pendant un an et demi, j'ai tenté. J'ai fait des stages, eu des amours équilibrés, je suis sorti tout le temps. Et je suis fatigué, je pensais aux livres, je pensais à l'amour et je pensais surtout à l'écriture. Aujourd'hui, si je recommençais à me chasser de moi, même, des pensées j'ajouterai, « je pensais à D. ». J'aime la vie, si fort, que je ne peux l'échanger contre aucune imitation, je suis ce buveur de café à l'hôtel de la gare en 1942, qui refusait de boire l'ersatz, et finissait la journée, tremblant de fatigue « les imitations je les laisse aux poètes ». Tu devrais voir ce que j'ai écrit dans mes carnets, je t'ai fabriquée avec une tresse de princesse troyenne. A la fin, tu brûles de gloire. Tu as des reflets miraculeux, qui te sortent des yeux. A quoi je joue avec mes mains ? A écrire. Personne ne voit ce que j'écris, parce que j'ai voilé mon identité sur la couverture, sur la pochette,depuis cinq siècles j'écris le même mot, un mot amoureux, un décor.
Pourquoi devrait-on faire de moi un petit garçon normal ? Je suis un caprice, une colère, je suis un scandale calme, une passion indifférente, je suis la mer légère, qui parfois secoue les cales qui l'assombrissent. Depuis cinq siècles je suis la marée haute, pourquoi devrait on me faire partir de l'autre côté des réalités, des perceptions. Vos vies ordinaires ne m'intéressent pas. J'ai essayé, pendant un an et demi, je m'y suis abîmé presque jusqu'à vous ressembler. J'aime tâter la vie avec les yeux, je me suis souvent pris le regard dans les portes. Maman dit de faire attention. K'ai besoin de quelqu'un pour veiller sur moi, parce que je ne sais pas le faire. Je vais insulter les gens dangereux, je vais menacer les bandits, traverser où il ne faut pas, m'arrêter au milieu d'une phrase importante parce que ma tête sera secouée d'une idée folle, d'une idée de littérature. Partir d'une chambre d'hôtel, dans la nuit, parce que c'est moite un corps inconnu. J'ai besoin de quelqu'un qui veille sur moi, et ton ombre m'enveloppe et calme mes rages de nerfs. Je t'aime, je t'aime, je ne sais pas prier, et ce ne sont que des mots. Ah. D. comme j'aime le soleil de cette après-midi. Presque autant que la nuit à venir.

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24 mars 2011

Perso - L'aube roule dans les doigts des prisonniers jusqu'à la braise des cigarillos.

J’аim’ pаs lеs gоnzеss’s à lоrgnоns
Qu’y z’оnt dеs guеul’s d’institutricеs.
Jе vоudrаis pаs qu’еun’ pаr cаpricе
М’оbligе à lui sucеr l’ trоgnоn.
Lеurs pаrеnts quаnd qu’а z’étаiеnt mômеs,
Lеur оnt pаs fаit d’fеssеs еt d’nichоns
Маis lеur оnt fоutu dеs diplômеs.

Jehan Rictus - Les gonzesses à lorgnons


J'ai l'argent en ennemi alors je vole, je dérobe, je dérobe avec mes
manières de galant celles qui ont des gravités de Madame. Je fais des
politesses humides, je fais ricocher mon corps comme les verres à
cocktail, je dis oui, oui, je ne dis que oui, et je cache mes vols sous
mon sourire. Quand je parle on m’écoute, tout le monde murmure "regardez
comme ça parle un incapable, un fou, regardez" et quand je reçois des prix
ils trébuchent sur ma peau comme des crachats, des aumônes, je suis un
porteur de blé flamand qu’on endommage.

Plus tard j'irai dans les couloirs de Paris hurler de grands poèmes
inspirés par ma misère. Je dirai à la foule "Je suis le XIXème siècle,
avec sa faim, son froid mais aussi sa révolte, je déclame ici pour ne rien
perdre de l'éloquence des Révolutions. Faites attention à vous, tous les
pauvres s’y mettent, ils sont dans tous mes gestes"

"J'irai tailler des roses de marbre, et souffler des fleurs de verre. La
première sera un palais que les barbares pilleront sans percevoir de
senteur ; la deuxième sera un miroir où Narcisse se blessera et tachera
les pétales; la dernière aura les corolles des jupons fébriles et invitera
les mains d’homme entre ses humides rosées"
Les forgerons d'éclair pleureront les saveurs de fer quand ils graveront
des fleurs de cuivre, à nouer à ta boutonnière, à fondre dans tes ailes en
morceaux.


J'aimerais leur dire "Regardez comme un poète meurt aujourd'hui"
Mais les poètes ne peuvent plus mourir, ils n’ont nulle part où naître.
Mon talent est accroché dans le ventre de ma mère. Je sais, il mourra,
comme moi, avec elle, cette vermine adorable, dans le ventre, et je sais,
qu'il ne sera pas plus grand écrivain que moi, que vous tous, et moi.
J'aimerais être simple. Parfois. Pour voir. Tu vois, je ne dis presque
plus ton initiale, tu es toute entière dans le tutoiement. Je m’adresse à
toi, encore comme si tu étais là, voisine de la ville.


Je pense tout à coup à la création. Ton visage en bois ou en granit, à la
saveur d’ananas que je mords par inconscience dans mes rêves, ô D., les
rêves sont courts, dans mes nuits précaires, qui tiennent en équilibre sur
le pouce de Dieu. Je n’ai pas retrouvé la raison, j’ai soulevé des pierres
raisonnables, des pierres d’Eglise, j’ai soulevé des livres, des pages.
Nulle part. Comme la liberté. C’est une hallucination. Je pense à mon
visage même, qui lorsque j'avais onze ans, m'avait été offert par un
miroir. Je m'étais arrêté sur cette figure ridicule et effrayante, en
pointant le doigt vers le ciel et en éclatant de rire, tout en tendant mon
corps, de plus en plus vers le haut. Quand arrivé sur la pointe des pieds,
je ne tenais plus, surpris par la douleur, je lâchais l'effort, et me
laissais tomber à côté de mon reflet étendu que je me perssais
d'embrasser. Je repense à toi, quand le soleil me couvre. Je repense à ces
moments où je me dis que je suis bien plus ivre que le reste du monde pour
commettre ce genre de suicides permanents, pour m’imposer des
humiliations. J’ai trop peur de moi, trop peur des jeux que je peux
entreprendre. En écrivant ici, je les prive de force.


Je fais mon chemin, je le gratte, dans mon propre corps. Il faudrait que
l'on m'explique comment ne pas s'essouffler. Je me trouve beau après
m'être essoufflé. Parfois, je me souviens de ces étés, où je courais dans
les graviers de l'allée Carnot, pour ensuite fouler les escaliers à grande
enjambé, et m'admirer dans la glace, essoufflé, rouge, suant, les cheveux
maladroits, le sourire frais des fruits défendus. Je crois que c'est à peu
prés l'image que j'ai de moi après l'amour. Après mes nuits. Après mes
attentes. Je me souviens des miroirs, gigantesques, que je scrutais en
contemplant ma bouche humide qui s'ouvrait et se refermait, s'entrouvrait
à intervalle régulier pour observer mes pommettes comme des abricots pas
encore tout à fait mûrs, et froids, mes cils subitement mouillés, comme
des gouttes de pain que l'on appliquerait sur le ventre visqueux de
l'hippocampe. Pour regarder ma poitrine haletante, et mes cheveux
sauvages, cette buée, ce souffle, lorsque l'on s'approchait un peu trop
prés pour admirer la beauté de mon corps fatigué et essoufflé. Il n'y a
d'ailleurs que dans ces moments là, que je me trouve beau. Qu'après avoir,
creusé l'effort dans le ventre.

J’ai crié, un cri si pur, si violent, si douloureux, si amoureux, que
toute ma jeunesse est passée avec lui. Quelqu’un devrait partager les
mêmes idées que moi, entendre les mêmes voix intimes que moi. Quelqu’un,
ailleurs que sous l’écorce de mon crâne pour prendre ma part de fièvre qui
me brûle le sang.

Je suis en colère. D'une colère d'un calme enviable. Je suis la colère
même. Je suis la colère sous la forme d'un corps. Une rivière endormie.
Une ombre dessinée, délirante et muette. Un jour je verrais passer devant
moi, tes formes animales. Comme quand tu m’infirmes. Je suis la colère
perturbée. Je crois en la beauté. Je l'ai vu passer. Depuis, je l'aime.
J'ai entendu la voix de ma silhouette. On m'a demandé "mais tu n'as pas
peur de devenir fou ?". Martyr volontaire. Je suis ma calme colère. Je
suis la couleur du sexe différent. Je suis l'épiderme de l'hérisson. J'ai
besoin d'une révolution en moi, chaque jour. Je suis le voyageur immobile.
On m'a dit que j'étais. Et je dis "je fais seulement semblant" Mais la
lumière de la voisine lorsqu'il éclate de rire, m'éclabousse de bonheur.
Je recule ma langue dans les oreilles d'un arbre. Je suis la colère
délicate. Je crie "Non, non!". Je suis les corps de mon propre corps. Je
suis les amours de mes propres colères. J'aime dire "Je suis affamé" après
avoir jeûné. D'où vient cette fascination des sentiments, le goût de
l’amour qui tue, abime. J'ai le silence gonflé des saintes dansant sur les
mains, dans une salle de prières à l'atmosphère légère du début d'été qui
aspirent mes deux lèvres fines et qui entourent mon visage. Souvent, je
pense que l'écriture est une forme de folie.

"Il faut un cri, un cri amoureux pour vivre, je vais me marier avec mon
écriture, avec mon écriture qui aura des yeux d’aquarium. J’aime toujours
dire que je suis coupable. J’aime toujours qu’on me regarde inquiet, que
les yeux qui passent remuent, ce n’est pas possible, ce n’est pas
possible, j’imagine qu’on se détourne de moi, que la vie soit la mer
rouge".


Il faut le savoir, je ne peux aimer vraiment que dans l’écriture. Entre
deux poèmes, deux rimes, deux textes, je cesse. L’espace entre un point
final et une majuscule a une taille de tombe. Mon amour a la pulsation
lente, a chaque battement de silence. Je n’aime plus.


Quand j’écris des lignes de rupture, je la signe "L'amour est un jeu" et
je l’envoie en huit morceaux j’ajoute "j’espère que tu y trouveras les
morceaux absents de ton coeur". Je sais que c'est en voulant éloigner les
gens de ma bêtise, qu'ils me trouvent génial et fascinant. Maintenant je
voudrais ponctuer mes phrases par Adieu. Adieu. Pour dire la stance
muette. Le même silence que la vie sur ma peau, le silence que je retrouve
après l’amour sur ma peau moite. C’est fou comme c’est facile de porter un
masque. En vérité j’ai l’œil de la nuit. Souvent, à l’Université, on me
déteste pour ce que je ne suis pas. Pour ce que je pourrais être. Quand
je veux consoler un corps, je le fais pleurer à nouveau.


Je peux creuser l'imagination. J’aime trop avoir des regrets, je le jure,
et en écrivant ici ces deux derniers jours, je les ai tous mis à ma
couronne.
Je veux effacer les secrets, je veux que l’on me retienne quand je tombe
de travers dans le sommeil.

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23 mars 2011

La perspective

j'ai les lèvres amères, elle me piquent. Comme si le baiser sur l'écorce des arbres du square avait dérapé. J'écris pour en rire. J'écris pour me dire "que c'est étrange tout ça, cet amour". J'écris parce que je n'ai pas le choix.

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Perso - Dans le jour je creuse encore la nuit. Et je dis "j'aimerais que ce soit le soir"

Mercredi, Il suffit toujours d'un détail, et peu importe lequel, il suffit
seulement d’un pigment pour que mon cœur s’empourpre, pour que mes bras se
crispent, pour qua ma tête tourne. Ma sensibilité est dérangée, complexe,
contradictoire. Dans des veines indifférenciées coulent un sang fragile,
venu d’artères vénéneuses. Dans mon corps s’affrontent le silence rieur et
la douleur sèche pour former ce visage de paradoxe. J’ai l’indifférence
amoureuse. Je sais que rien, ni personne, ne sent ce que moi, je crois
ressentir. Un jour, j'aurai mes propres mots, j'aurai mes paroles, j'aurai
mes cheveux, qui frotteront les séismes. Un jour, on comprendra, que ce
n'était pas des hallucinations, mais qu'il y a bien un renard, qui gémit,
dans le coin droit de mon œil gauche, qui gémit sur la poitrine de mes
cils, et qui se met à perdre l'équilibre à la moindre larme. Un jour, on
comprendra, peut-être pas n’importe qui, après tout.

Je ne sais rien des corps de l’Avenue de la Grande Armée. Parfois, j'en
croise un, qui m'est familier. Et alors, je l’évite. Les corps connus
m’embarrassent. Ils demandent toujours si mon coeur va bien. Mon coeur se
met parfois à s'agiter, à glousser, alors je comprends qu'il rit. Et je me
mets à rire aussi. A mon tour. Quand, certain que mon cheveu est défié, je
me mets à jouer. Je joue, je suis comédien, costume, je suis l'été, je
suis malade. Je me mets à jouer de cette couverture, et je souffre,
parfois, que l'intérieur de ce corps, soit orageux, affamé, calme, secret.
Je me mets, pour les regards de ce corps inconnu, à faire danser mes
entrailles dans un calme paisible et tragique, à sourire, timidement, à
faire des signes, à embrasser, à vivre, aimer, je me mets, à faire toutes
ces choses, en laissant, un soupçon du parfum qui règne dans mon ventre.
Quand, enfin, je sens, que le corps inconnu, se met à détourner les yeux,
je sais alors, qu'il a compris. Je sais qu'il a vu. Et je sais, qu'il a
su, qu'il ne pouvait rien y faire. Que c'était moi. Je sais, que je l'ai
découragée par mon silence, quand on m'écrit et que je fais celui qui n'y
comprend rien, qui répond sérieusement à des mots qui demandent, qui
attentent. Il y a des mots difficiles à prononcer. Facile à écrire. Il y a
des mots, horizontaux et immobiles. Mais aucun ne sont inoffensifs. Tu
vois, D., je ne t’écris pas, j’aurais trop peur de pouvoir t’atteindre, de
pouvoir me rendre, si je t’écrivais vraiment, que je te montrais, que je
disais, regarde maintenant, c’est ça une agonie, regarde encore, c’est ça
une douleur. De te dire, la guerre elle se vit tous les jours dans ma
peau, loin des livres d'Histoire, j'écris une alternative. J’aurais trop
peur de t’écrire, trop peur que tu puisses un jour où tes sens seront
fragiles, céder à la littérature et son corps d'angoisse. Je ne veux pas.
Tu sais être heureuse, ça se voit dans les baisers qui gercent dans ta
nuque, dans l'alcool qui sèche ts yeux t'empêche de mettre tes lentilles.
La littérature c’est l’interdit, la barrière rouillée où les ballons
d’enfant se percent, les ronces, la littérature, les chemins hors-piste,
on en revient différent. D. Je ne t’écris pas, je me contente de t’aimer,
et c’est déjà beaucoup de feu, de flammes, beaucoup d’incendies à regarder
défaire le monde, je te protège de moi-même. Si je t’écrivais, sûrement,
tu ne verrais rien, tu sourirais, tu dirais, c’est beau, mais tu
n’entrerais pas dans la littérature, tu continuerais à marcher toute
droite, toutep etite. Mais peut-être que si, tu entendrais le chant triste
qui entre dans les figues, et c’est ce peut-être insupportable qui
interdit à mes mots de franchir le store des conventions. Je ne veux pas
que ma lumière te tache. La lumière du risque. Ma lumière douloureuse,
épaisse comme du sang. Sûrement, tu ne peux pas m’aimer, mais peut-être
peux tu aimer les mots, et nous confondre les rimes et moi, nous sommes
presque jumeaux. Ils sont à peine plus vivants que moi. Alors, je ne
t’écris qu’ici, je tutoie ton absence, je déshonore ta présence. Je t’aime
toute entière, je te garde de la littérature. Mon silence-gantelet est ton
mantelet. J'ai le goût de l'arme cirée dans la bouche. C'est ta voix douce
D. "Ce sont les autres qui inventent nos peurs". J'apprends à tout voir,
j'apprends à tout entendre. J’ai peur que tu me dises "Tu fais vivre ta
propre vie en l'écrivant". Je cherche la forêt. Où embrasser tes
agissements. Je pourrais me mettre à genoux, et je n'en ai pas honte. Oui,
je te cherche. Mais quand tu approches, je veux partir, très loin, sous
d’autres ciels, quand je te vois dans tes habits noirs et que je
n’attendais pas, que j’avais donné rendez-vous à la musique à place des
Etats-Unis, et que tu arrives toute habillée de soies sombres et de
garçons amoureux, je veux partir hors de l’imprévu. J’espère que tu ne m’a
pas vu. Mon corps est recouvert de villes écarquillées de révolutions. La
colline sainte, où la révélation se fait, je sens l'archange Gabriel
piétinant mes rigueurs. J’espère que mon silence t’a faite détourner le
regard. Je suis un enfant, ce n’est pas pour rire. A 13 ans Marine était
l’amoureuse, Marine qui demande à Cyril, si je peux venir la voir,
derrière les algecos. A 13 ans, Marguerite m’avait appris l’amour, l’amour
adulte, vieux, l'amour des manies, des intentions, des gestes, des
colères. Je ne voulais pas voir Marine, je me disais "comment peut elle
vouloir les mêmes images, comment peut elle vouloir un corps, des yeux, un
regard dévissé, comment, pourquoi, veut-elle me faire crier, me faire
peur, mettre encore des cauchemars dans ma tête. Il n'y a plus de places
dans ma nuit pour les accueillir, les cauchemars en plus, la nuit n'est
pas assez longue pour souscrire à toutes mes larmes. Non. Non. Non.
Marine, je ne t’aime pas, c’est laid comme ils font les amoureux. Laiss-
moi retrouver des cris innocents comme des genoux écorchés, rieurs, où le
sang brille de graviers. Des cris de jeux. Je ne veux pas que tu vois ça"
Et pourtant, D. quelques minutes après, en te croisant dans le couloir des
arbres, j'ai aperçu dans un sourire des ailes de renards qui s'ébranlaient
dans la gencive du ciel. Une dent de lait.

Il y a des gens, qui en lisant, ce qui se passe ici, ont dit : "…" je n’ai
pas entendu. Pourtant, je sais que je peux porter à confusion, mais mon
coeur, est certainement, bien plus, du côté des cratères vivants. Et bien,
que je ne puisse écrire autrement, que je continue à parler de silences,
de D., ou des douleurs, de cette manière, que je continue à vivre dans
cette marre, et bien, qu'il soit bien clair, que je ne pense pas avoir de
maladies. Et que ça ne regarde personne.

J'aime bien profaner les bruits intérieurs de mon corps. Parfois, je me
bouche les oreilles rien que pour les écouter résonner.

Je pense qu'il y a des corps, qui peuvent prendre la forme molle de pleine
lune, et qu'il y'en d'autres, qui sont fous de nature.



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Perso - Sur la place des Etats-Unis, j'ai vu un Etat, l'état de la folie.

"Il a passé sur moi des heures et des heures
Je ne remuais plus tant j’avais peur de toi
Je me disais je meurs c’est moi c’est moi qui meurs"

Quand j'ai croisé l'Université au milieu de mes folies les fruits ont
cessé de gonfler leurs jus, de tendre leurs peaux, j'ai senti ma peau
frémir de colère. Un être dérangeait la musique bouleversée de dedans mes
artères....
" Que tu me déplaises n’est pas mon plaisir" le mot est charmant, élégant,
presque. Mais je ne me plie à rien que la littérature, mes mots sont
sales, ils roulent dans l’enfance, roulent, roulent, se retournent mais ne
veulent pas résorber, séduire, plaire. Je déteste le mot. Plaire. C’est le
mot des tortionnaires soumis, des équarisseurs. J’aime les clous des
martyrs. J'aime ma solitude. "Déplaire est mon plaisir"
La visite dans le square Thomas Jefferson : C'était une sorte de grande
bibliothèque où je lisais dans des gens toute l’existence couleur pruneau.
Une sorte d'entrée rétrécie comme des yeux usés de livres, avec des lampes
aux abats jours de jupes nègres, et une odeur de partition de Beethoven.
Tu parlais, j’imagine. Sur un ton impressionnant. Avec des mots sans
surprise, des mots que tu refuses au destin tragique de la poésie. Lire
n'est pas une consolation, je ne m'invente pas un monde en lisant ou
écrivant. Je retrouve le mien, qui je le sais, a déjà été un peu bâtit par
des mains fragiles mais belles. Inspiration personnelle, émotionnelle, et
philosophique. L'art de tes yeux, je ne le songe pas, je ne l’hallucine
pas, je suis ballonné de visions, mais ça, ton regard je ne l’invente pas,
je le mystifie, je l’abstrais, je le peins, mais la substance, l’évidence
première, le savoir originel, vient de toi, c’est ta vague que je capture
dans mes mots, l’impatience de ton sourire D.. Je veux reconnaître mon
visage dans la salle sombre de ton ongle peint avec une civilité d’enfant.
On m'a dit : " : "tu dois être possédé par les mots pour écrire en
marchant". Je me trouve stupide. D. n'aime que les voix neuves, et la
mienne est piégée de rythmes d'antan. La mienne rappelle que nous avons
vécu. Je ne lis pas d’écrivains modernes, pas plus que je n’enregistre les
numéros de téléphone des gens, je dis "je ne garde en mémoire que les
certitudes, les gens précaires, ceux qui accidentent la vie, je les
épargne" je ne sais plus la vie d'aujourd'hui. Vous savez, il n'y a plus
aucunes révolution qui vaille aujourd'hui, avant, on savait, et puis, je
suis une jeunesse qui avait beaucoup de choses dans le ventre. On pouvait
faire pousser deux beaux figuiers sans les abattre ensuite. Edgar Poe
avait un joli téléphone, sur lequel il a mis une chaussette noir, et
ensuite, un hibou mort, et depuis, je me suis mie à lire. Je lis, parce
que je ne sais plus. Je ne sais plus d'où vient le ciel. S'il y'a du vent.
L’Abstraction Lyrique et romantisme du suicide, la littérature a été pour
moi, une survie à laquelle j’ai sacrifié ma santé mentale. Le non
figuratif. D. tu sais, je suis malade, je vois des choses qui n’existent
pas, des choses sacrilèges, des dieux païens comme ton prénom, j’ai vu
quelque chose qui n’existe pas : la liberté. Il faut que l'enfant
réfléchisse la couleur. Vous aimez peut-être vous, mademoiselle, les
palettes de couleurs, vous avez une allure à vouloir vous intéresser à ce
qui vous entoure. A l'époque, l'art abstrait n'impressionnait pas.
Aujourd'hui, regardez-moi, j'impressionne car j'en possède. Quand on le
voit pour la première fois, un tableau abstrait paraît n'être qu'un
fouillis de lignes, de formes et de couleurs. Mais il faut se rappeler
que Borduas ne cherchait pas à peindre des sujets concrets. Il
recherchait plutôt un point de vue nouveau, libéré des conventions, sur la
culture et sur la société. Il tentait de peindre une autre réalité, celle
des émotions, des sentiments et des sensations.

"Tu dois te faire une raison". Souvent l’on me dit ça. Oui, une raison. Ca
se forge où ? Je n’ai pas l’outil utile.
Je prends deux lacets, je fais des nœuds, je danse et piétine sur mon
corps. J'écoute la musique des religieuses humides. Puis j'imagine des
guitares endormies qui se brisent contre des miroirs. Je mords ma lèvre
inférieure, en suçant un noyau d'abricot. J'ai l'odeur des matins heureux.
Je mets les lacets au poignet en guise de bracelets. Je plonge mes dents
dans ces fils. Et je me ballade, ainsi, accroupi, voûté, dans la rue. Je
sens que l'on me regarde, je m'en fiche : Je me suis fait une raison.

J'aimerais dire, ajouter, redire, remercier, D.
J'aime sa façon de me lire sans en parler, de se moquer de moi sans que
j’entende son rire, je le sais, parce que j’apprends tout. Il y a une
présence dans mes mots, mon corps est tous les objets inertes de
l’univers. Je décrète les droits de la folie, au square Thomas Jefferson.
C’est une indépendance.

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22 mars 2011

La poésie coeur prothèse des impotents.

« Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers, au loin, les suivent
Comme des soleils révolus »

Louis Aragon - Bierstube magie allemande

 

Quelle tristesse que ce serait qu'être réduit à sa nécessité, à son utilité pratique, concrète, sans admettre les qualités de sa réalisation égoïste, celle qui vient nier l'autre, toute sa substance refusée par le catégorique cri, le primitif rugissement romantique ce « moi ». Quand je dis « je » j'occupe un espace dont je prive le reste, je retranche à l'existence du reste, des communs, et des foules un vaste Etat, je mets mes membres dans un désordre de gestes, je saccage tout de cris, je repeins avec mes rages tout le paysage, je rabote les montagnes, j'humecte de salive les cyprès, le temps est au rythme rêveur de mon pas qui soulève les poussières des chemins et enfin, la voix, la voix et la musique que je siffle entre deux feuilles rigides des térébenthines. Mon vagir de Panzer investit la géographie, dessine sur les cartes des capitales. Tant qu'il en est suffisamment dans l'espace pour que chacun y prenne place, y fasse corps, j'épargne des guerres. Mon intransigeance, sévère, divise en invincibles légions chacun de mes déchirements. Mon « je » est une étendue aux progressions de désert, il se porte par le vent de Gobi, des tempêtes de sable, je me dépose en caprice sur les vergers plaints et sur les langes des jungles. Je suis le caprice lâche, qui devise des amours, de très en dessous du risque, je suis sous la mer, sous les roseaux, et quand tu passes, je t'épie, D., je ne supporte aucun silence, aucune violence, tout me défait, me déplace, me dévisse, et mes rivets mal noués, virent au loin passer mon futur, et il fallait quitter la cachette, la mystique, les odeurs, les fragrances de vanille. Je t'aime d'ici, de sous les eaux plates des vallées, avec le goût de café, béquille de mes nuits. Je t'aime, comme ça, sans rien attendre, sans désir ordinaire, je t'aime à l'extérieur de la chair, et ton corps je le croque en pensées, mes pages se mâchent, voilà l'eucharistie. Je boirais demain mon chagrin, pour faire ce vin des noces que nous ne ferons pas. Je suis un couard, depuis que je me sais mortel, que ma vie est fragile, que mes nerfs bouillonnent comme des folies. D, ton pas griffe les rodéos de mes effrois, tu froisses ce petit papier quand tes yeux bleus battent et secouent le vent. J'aime, la tragédie qui se joue en moi toujours. J'attends la liqueur tonitruante, son cri d'orgue quand sa libation vibre dans ma gorge. Je suis mortel, et je t'aime, tout en délire lointain. Ma voix s'en va, c'est un pas qui fuit la guerre. Je suis effrayé par les yeux percés de l'aiguille d'une pupille, et tu me changes dedans, la couleur. Aux dernières couleurs, tu ajoutes l'odeur, et à l'odeur tu couvres le goût, enfin, les dégradés. J'aime dans tes yeux le soupir de mon amour. Je vis très bien de loin, ma solitude est un silence recherché. J'ai des manies de poète, disait Marguerite, et dans ses mots émus, elle disait ça comme une qualité. J'ai des doigts déformés de rimes, et Marguerite ne sait pas, ce empêche de vivre. Je ferai une autobiographie comme un crime contre ma race, comme un suicide. « Ecrire » voilà le titre. Ecrire, pour ne pas voir la vie qui passe et sa carriole d'images, comme certains travaillent et peinent. « Ecrire » sans la peur du songe bariolé. Petite D., tes yeux me seront l'émotion pianiste, la gamme chromatique, et quand tu t'en iras à ton futur, que je serai sorti du destin. Les notes de ce coeur qui battait sans cesse, demeureront gravés par la pédale enfoncée, et se libérera, l'effluve piégée dans les corolles de la fleur ouverte par l'orage. J'ai deux lèvres, deux yeux. Je suis l'indifférente passion. Je t'embrasse avec cette bouche. Cette lèvre de mort, cette lèvre d'enfant. Je ne sais pas le goût de mon baiser, certainement la commissure de mes deux rougeurs prononce la vie. Je te regarde, aveugle. L'oeil borgne de l'indifférent ; l'oeil ébloui de l'amoureux.  

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