28 juin 2012

Asylum

Diane, Charles, Anthony, comme il existe des enfants lunes, sont des êtres solaires : ils n'existent que parmi les volcans.

Je porte quelque part leurs brulures : comme un signe de baptême les jours que je suis Saint ; comme un stigmate les soirs que je triche aux jeux de l'amour...

Je l'ai déjà dit : la lumière peut me crever les yeux -et je la laisse faire- si d'abord elle m'a ébloui. Je suis une femme publique et la beauté me prend comme elle veut « tu peux tout me faire si d'abord tu me payes en sentiments. Mon plaisir est compris dans mon salaire »

 Je veux me nourrir de tout ce qui vous a donné la couleur des alcools immaculés et des animaux imminents. Donnez moi à dévorer vos vies, vos cartilages, tous les fluides de vos peurs. Je veux tous vous habiller avec des blessures inventées, des angoisses ophidiennes, vous couvrir non pas de myrrhes comme tous les faux-messies des livres en papier-bible, mais de bouffés de MYTHES.

Je veux connaitre celui qui a marché toute la nuit, inquiet l'air de chercher partout sa montre -ou l'heure ce qui revient au même, parce qu'il croyait que c'était lui qui, par ses gestes brusques le soir, avait perdu le jour. Qu'il l'avait fait tomber de ses poches en courant très tard pour rentrer chez lui avant...il ne sait même plus avant quoi.

Les gens de cette espèce, avec des cheveux fins comme l'espoir -bleu et gris comme lui, que je connais parfois et que j'oublie très souvent, je les espère atteindre la transparence. Non pas la transparence commune, banale des morts, mais celle naïve des vivants, à travers laquelle on déchiffrerait des os plein de chansons et des veines empoisonnées par la mousse des siècles qu'ils ne savent pas avoir connu, et mieux que connu, engendré.

 Je veux tous les boire. Vous boire. Parce que c'est vous que j'aime, vous qui m'affamez.

 Je veux connaitre cette nuit douloureuse et informelle contre laquelle on me met en garde et d'où N. semble l'évadé ou bien l'envoyé. Je n'ai jamais su distinguer entre deux inutiles : séparer l'uniforme du bagnard de celui du soldat. Ce sont les mêmes forçats (un trousseau de clé ne fait pas la liberté, elle ne désigne rien).

Je veux savoir pourquoi certaines paupières ont pris la geste des saules
Donnez moi tout ce qui a fait vos tremblements, vos spasmes, vos psaumes.
Toi tes yeux de corail séché et d’émeraudes immobiles
Toi ta peau où le vent et le soleil se superposent comme pour fabriquer un instant de ciel
Toi qui sait te mettre en colère d'une façon que je croyais le privilège du sable
Racontez moi ma peur du noir
Les longs cheveux du rire et sa pulpe

Donnez moi le jus de vos soupirs, la racine trempée de vos crises, tous les bégaiements de la mer qui un jour font la marée et un autre les dents écorchés des fous. J'ai tellement besoin de toutes vos existences non pas pour les bien ranger dans une bibliothèque modèle mais pour les lancer dans ma nuit pour vous donner plus qu'un éclat : une odeur et l'apparence de la Grande Ourse.

Vos cheveux s'il viennent dans ma vie, j'en fais des plumes impérissables, des flèches mystiques et une ivresse primitive.
L'automne ne les fera pas tomber ni l'hiver ou l'argent blanchir.

C'est ainsi qu'on me donnerait vraiment sa vie, pas par le sacrifice inutile et démodé de ses gestes et de son sang mais par le legs de sa mémoire et de tout son répertoire.

Quand je vous vois et que je vous connais. Quand vous devenez de la race des immortels je me dis « quel beau pays ce serait le livre où vous vivriez tous. Un peuple aux reflets d'olives et de neige »

 Oh, je nous donnerai un hymne : le bruit d'une serrure à l'instant qu'on la brise, du feu qui prend en fin, un autodafé. Tous les grands acouphènes de l'espoir ! Pour langage, nous aurions le chant, et qu'importe les paroles ! C'est par le rythme et la mélodie que nous nous comprendrions. Les muets parleraient par le bois qui grince, les portes qu'on ouvre. ce serait un pays fait de portes toujours à ouvrir. Qui n'existeraient que pour cette destinée là « être ouverte et chanter ».

Nous serons comme des aveugles, il fera jour pour toujours.
Nos tombes seront le chant d'espèces animales éteintes.

Je suis tout l'inverse du peintre. Pour vous représenter j'ai besoin de vous observer mouvants, toujours changés, jamais figés. Un portrait c'est forcément un tourbillon, une contraction, un pouls. Les peintres, les sculpteurs fabriquent dans leurs religions des paralytiques et des gisants. Moi je veux un pays de forcenés, d'agités, de déments. Et si à l'étranger de nos frontières, si les douaniers, l'appellent asile. Alors. Tant mieux. C'est un joli titre « Asylum ».

 

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21 juin 2012

Plus lourde que le ciel de Santiago de Chile

Si tu savais comme je tremble de rage. D'une rage d'enfant tourmenté par des mains adultes. Mais les bourreaux ce n'est plus de ce siècle, et moi j'ai des dents et des ongles pour me défendre, je ne me laisserai blesser par aucune de tes bagues sans postillonner en retour.

Il y a des juges cruels qui imaginent manier discrètement le marteau et le couperet mais viennent en vérité sur mon nom, sur ma vie, sur mes photographies à pas bruyants et pénibles. Je n'ai pas besoin de vos façons, de vos arrêts inflexibles. Vos visages je les ai déjà vus et déjà mille fois je les ai refusés. Ils ne me font plus rire malgré le ridicule qui sans cesse s'attache à leurs voix.

Aux yeux de ces gens là, parce que j'ai une bouche légèrement cramoisie par la rime, parce que j'ai porté dans mes doigts des yeux bleus brûlants comme des éclairs, parce qu'aussi j'ai nagé dans l'abîme, je suis "louche". L-O-U-C-H-E. Qu'est ce que ça veut dire ? Tout ce qu'on a de différent, une voix, un rire, une joie. Je suis en entier moi-même, et c'est très rare quand on se contente le plus souvent dans les cette liturgie de mourir, d'être en quart, en tiers, d'être en tranches. Mais parce que j'ai étudié très longtemps et dans une école un peu moins ridicule qu'une chose post-bac, parce que j'ai fait moi ma prépa à Paris je peux rire et d'un rire méprisant et glacial. J'ai gagné par mes études, mes efforts, par le prestige de ce que je fis, le droit à l'indifférence, le droit à ce qu'on ne me juge pas, ou alors qu'on me juge bien, qu'on instruise pour de vrai ce dossier autrement qu'avec des interrogations déjà orientées, avec des vérités contrefaites, du même mortier dont on fait les Dreyfus et les Trotsky. Mais parce que vous en serez toujours incapables de faire autre chose que me préjuger, parce qu'à chacun de vos pas doit se mêler l'injure et le reproche, par pitié, faites tomber vos paupières à mon passage. Ne me pensez pas. Je suis hors de vos limites, de vos cadres, de vos façons d'exiger du réel qu'il rende sa monnaie. Moi je ne suis pas un appoint. Je n'ai pas à ressembler à vos clichés de la réussite et du savoir. Tu peux déchiffrer comme tu veux mes dents et mes cheveux, ce n'est pas une langue qu'on t'apprend à l'école.

J'ai assez fait de droit et de finance pour tout savoir mesurer, tout savoir compter, tout savoir juger proprement. Alors qu'on vienne avec des assertions grotesques, avec de minuscules préjugés comme longtemps j'en ai souffert parce que mes cheveux étaient de la longueur de mon génie (Hé Samson à notre temps aurait lui aussi été louche) je n'en ris pas vraiment. Louche. C'est presque comme dire "différent" et donc menaçant. Ce que tu ne comprends pas toi tu le chasses, les comme toi ça en a fait des charniers mais moi je ne suis pas de cette matière tombale.

Je m'en fiche de vos yeux mais je ne m'en fiche pas sans montrer mes dents rutilantes, sans montrer ma mâchoire dramatique. Je suis poli, je rends les coups. Je connais ce regard de procureur -le tien- qui rend coupables tous ceux qui ont ont dans les yeux un cheval cabré et dix mille soleils en fuite, qui rend coupables ceux qui ont à leurs paumes du miracle et de l'insensé et dont toujours on a fait des pendus, des assassins, des criminels quand même ils n'aimaient que le ciel. Et le ciel s'est déversé en moi pour les venger. J'ai étudié pour me défaire de vous, pour que jamais les gens de cette...religion ne m'empoisonnent. J'ai étudié des choses très difficiles et reconnues pour être libre de votre fausse morale, de vos faux dogmes, de toute votre réalité en contre-plaqué. Vos artifices, votre poudre, votre fard, votre rouge et tout le simili-cuir de vos sac-à-main. Je suis désolé, j'aime ce qui brille d'un pur éclat. Alors j'aime la poésie, j'aime la peinture et la musique, je joue du violon et je tremble en regardant Persona. J'aime la beauté avant toute chose et quand bien même elle doit me brûler les doigts, tant qu'elle m'a ému, je la souffre. Je ne crains pas les peines d'amour. Je n'ai pas peur de vivre. Je ne suis pas un fichu hippie, un grotesque incapable qui aurait le goût des clichés et des choses inertes, j'aime le progrès et j'adore mon siècle malgré ses travers. J'aime les yeux bleus et les mains tendres, j'aime exister et ce même si parfois on ne le peut qu'avec douleur. Avec douleur ces jours que la maladie nous fige en gémissements ou ces autres jours plus insupportables encore parce que des gens qui ne vous connaissent pas n'ont cesse de vous mutiler, de vous exiler sous des soleils méchants. Des soleils "louches". Je ne m'énerve jamais, si je crie c'est que forcément je vais chanter. J'ai étudié, et surtout, et pour ça seulement, tu ne devrais rien dire, ou alors attendre avant de dire, de trouver ma réalité et non pas cette invention que tu fais à partir de mon ombre, de mes cheveux et de mon teint. Je vaux plus que ce pantin de théâtre. Je suis bien plus haut que qui tu crois, plus beau, plus fébrile, plus heureux et aussi plus fort. Je ne suis pas un gentil qui dit "oui" et se soumet parce que les méchants ont des mèches blanches, ou un salaire. Parce que moi aussi j'ai trouvé parfois dans ma mémoire des cheveux blancs, parce que j'ai eu moi aussi un salaire. J'ai mon avis, et parce que je l'ai réfléchi il vaut bien le tien que l'âge a taillé d'une forme qui te plait et moi me déplait.

Alors que l'on vienne avec des airs de serpent venimeux, qu'on vienne moi doucement m'atteindre et faire de mon silence, de mon ombre enfler des défauts que je n'ai jamais eus, même les nuits de fête, voilà qui m'exaspère et que c'est bien légitime d'être exaspéré parce qu'on me roue l'âme, qu'on me bourrelle et qu'on me tourmente. Je suis fatigué de retrouver ce corps brisé par vos piètres valeurs, vos yeux massues et toute la mousse de la méchanceté. Je me défends quand on a vissé mon coeur à des tréteaux. Je m'agite, je m'en libère, je suis agile comme tous les maigres. Parce que je suis encore mystérieux et secret, que tu n'as vu mon visage qu'arrangé pour l'objectif, tu te méfies, et bien ce n'est pas ça être juste, ce n'est même pas ça être adulte. Ca c'est être cruel, mesquin et indigne c'est être méchant, bas et ça me fait rire, mais d'un rire d'orphelin, d'un rire tragique. De ce rire qu'on a trouvé la première fois au Dom Juan de Byron.
A l'heure où tout le monde est là hirsute, bruyant, médiocre, moi je suis discret et voilà qu'on me dit que la discrétion c'est un travers, qu'il faudrait se montrer sous un air de cristal de roche arrangé pour faire des bagues en faux-précieux. Mon éclat est véritable et si ma pierre est noire et qu'elle te déplait de briller d'une façon qu'on ne t'a pas appris à aimer, j'en suis désolé, mais je ne changerai pas mes facettes pour toi, ni ma façon de boire au soleil. Mon brillant c'est moi, mon reflet ne changera pas parce que tu ne m'aimes pas. C'est tant pis pour toi, c'est toi qui y perds. Matzneff parlait des mères "cette race immortelle" et il le disait amer. J'ai à la lèvre, la même aubépine en fleur. Cesse de me faire fléchir moi du poids d'un vice qui n'appartient pas aux gens de mon genre, cesse de m'éployer sous un geste qui n'a jamais convulsé dans mes muscles. Je suis imparfait, j'ai les troubles de ma jeunesse, l'emphase de ma langue, la gesticulation incessante de mes doigts, mais mince, je suis de la race des volcans, je suis surtout de la race des nuages incapturables. Je ne me laisse faire par aucun vent.

Moi je n'en peux plus de deviner cette marée corrompue et les voix d'échoués qu'elle porte. Ce babillage incessant et vulgaire, parce que c'est vulgaire de juger qui on ne connait pas. Est vulgaire tout ce qui est banal, et je te l'apprends c'est banal. Je l'ai vu pendu à tellement de bouches ce reproche qu'aujourd'hui je pousse ce long soupir. Encore se justifier, parce qu'on déplait, et que ces gens jamais n'ont lu Cyrano autrement que pour être prétentieux. Je n'ai pas à vous ressembler, je n'ai pas à correspondre aux attentes d'un monde sans culture, sans goût de la tragédie et des sommets. Longtemps pourtant je me suis tu, parce que je suis poli, et que je parle très bien, j'ai la voix gentille des enfants bien élevés. Tu pourrais m'appeler pour t'en assurer. Parfois le verbe un peu haut c'est vrai, mais seulement parce que mon père entend très mal et que depuis j'ai pris pour habitude de m'exprimer quelques tons au-dessus de la norme, et c'est comme ça toujours que j'ai vécu, quelques tons au-dessus de la norme. Au départ ça peut effrayer, je t'assure, ce n'est pas si fréquent, je suis bouillonant, toujours quelque chose à dire, et pas des clichés infantiles, des schismes imbéciles du "bien/mal" de ceux comme toi qui votent à droite ou comme les autres qui vivent à gauche. Parce que je ne suis ni de droite, ni de gauche, je suis mitigé mais ce n'est pas à dire tiède. Moi la réalité je l'accepte complexe, insurmontable alors très modestement je lis avant de me prononcer. J'ai beaucoup lu, je pourrais te dire qui, mais est ce que tu connais Rancière ? est ce que tu connais Huntington ? Est ce que tu connais ? Todd ? Foucault ?  Kierkegaard ? Je veux bien, mais tu les connais ? Moi je lis pour être sensible.

Pourtant déjà j'ai vu plus de choses que la plupart qui me jugent depuis le monticule minuscule de leur âge. Quelle sagesse ? Celle d'avoir vieilli et d'être devenu très laid ? J'ai fui un pays en sang à dix ans, j'ai appris les langues étrangères, j'ai ri en stage, d'abord, puis en CDD dans la banque (UBS et HSBC, promis je me fais un profil Linkedin, bientôt pour qu'on cesse de venir grouiller ici) à gagner assez d'argent pour désormais vivre quelques années sans me soucier de ce que les moralisateurs en tous genres, ceux qui ont des soutanes invisibles mais des dents insupportablement déchaussées, qui n'ont rien compris à la vie et croient le cri la plus belle façon d'être vivant tandis que c'est le chant, évidemment, en pensent. J'ai connu les hôtels les plus merveilleux du monde et parce qu'on fouille si allégrement la vie que je laisse à disposition sur facebook, on peut le voir, j'ai parcouru des suites luxueuses sans compter rien d'autre que ma joie. Nous avons entendu à Amsterdam, Bangkok, Phnom-Penh, Venitian, Hô-chi-min Ville, Kuala-Lumpur, New-York, Chicago, Séville, Madrid, Oxford, Béjaïa, Oslo, Munich, Cologne, Paris, Lyon, Bordeaux, Berlin, Londres, Avignon sonner les petits deniers dont vous êtes si prodigieusement fiers. Moi je gâche. Ma fortune c'est ça : une forme de beauté. On le voit très bien, je dîne souvent de caviar, et une note de restaurant de mille euros ne m'effraie pas. Je bois du champagne et du très bon vin.

J'ai acquis le droit de m'en fichtre, de ne dépendre en aucune façon de vos petites normes, de les regarder avec le rire insolent, avec la dérision bouleversante de ma jeunesse. La jeunesse c'est un orgueil et tu aurais beau être la plus orgueilleuse de toutes les choses vivantes et bien celui-là tu en es privée. C'est tout qu'on perd à devenir suspicieux, ne se fier à rien, et on commence par perdre ceci : la jeunesse. Tes rides c'est ta méfiance, et voilà comment on devient vieux, à tout peser, à se faire de toute chose le comptable, l'épicier, la balance. Moi je suis plus léger, parce que très facilement je me déleste, du baiser et de l'amour. Je suis généreux de la grâce, je ne garde rien pour moi, je partage, je n'accumule pas et pourquoi faire ? Je préfère être heureux à être comptable. Le bonheur est un sacerdoce exigeant. Attention, je ne dis pas que je vais vivre d'amour et d'eau fraiche, je dis que pour l'instant j'ai et que tant que j'ai, et bien je vais vivre et jouir, et quand je n'aurai plus je trouverai un moyen, on trouve toujours quand on est courageux et malin et puis diplômé. Comme moi, tu vois ! Je retournerai à la finance, ça ne fait aucun doute, mais cette année, j'ai mis toute ma force à aimer, désirer, à voyager, j'ai vu tant de choses avant que mes yeux s'usent, avant d'avoir des yeux sévères, des yeux austères, avant d'être vieux, je me suis promené, et j'ai appris la leçon des manuels calcaires, de l'encre des fleuves, des images solaires...

La vie a porté son long manteau trise et me l'a offert. J'ai été à bien des endroits, vu bien des paysages, j'ai tout peint tout effacé. Je peux tout recommencer. Je connais tous les continents et je sais qu'ils sont chacun bordés du sentiment. J'ai étudié toutes les roches, tous les visages, et désormais j'en aime un que tu connais, qui a pris sa couleur à fleur de montagne, la belle couleur d'éclipse de son regard. Mais pitié cesse tes petits gestes, c'est de la discrétion des détectives de Série B qui épient à travers leurs journaux celui qu'ils filent. J'en ai assez de souffrir de ce jugement inique. Parce qu'au procès on peut se défendre plutôt que d'être éclairé par une seule lumière et cette lumière tu l'as décidé sans moi, et partout dans ses particules minuscules elle répète "coupable, coupable, coupable". Ta lumière de mauvaise inspectrice, ta lumière méchante. Finalement être rendu coupable par une "mauvaise lumière" n'est ce pas une façon d'atteindre la beauté du saint martyrisé ? Et je ne suis coupable que pour des lois mal faites parce que je suis né innocent. Jamais tu ne m'as entendu dire, jamais tu ne m'as vu agir. Tu crois me deviner avec quatre mèches de cheveux et dix rimes amusantes. Tout tu remets en cause selon ce que toi tu as déjà vécu mais qui ne me ressemble pas. Je suis d'un autre temps et presque d'un autre siècle. Regarde ma figure pour de vrai autrement qu'à travers tes lunettes dérisoires. Je n'ai pas cet air infect des sacrilèges, j'ai au pas l'élégance que Paris met, je m'en suis chaussé tant de fois, si tu savais, tu m'aimerais. Tu peux crier, pester, allez, je m'en ficherai toujours parce que j'ai passé l'âge d'avoir besoin de toi, d'être dans la dépendance d'une belle-mère. Mais tu crées une atmosphère étouffante et pourtant j'ai connu le ciel qui ne crève jamais ses lourds nuages gris au Chili. Je te le dis, tu es pire que lui. Alors s'il te plaît, suspends ton jugement, attends de me connaître, ou n'attends pas et seulement fais comme si je n'existais pas, parce que celui que tu crains, que tu décris, il n'existe que dans ton illusion, dans ta fantasmagorie, moi je ne m'y reconnais pas. C'est trop mal peint ce portrait, trop mail taillé ce buste. Je suis plus mignon et plus dangereux que lui.

Tu me fais penser à cet entretien que j'eus à Paris-Orléans-Rotschild et ce type qui me demandait de me couper les cheveux pour travailler avec lui. Moi j'ai refusé. Je n'ai pas à ressembler à vos attentes. J'ai assez de talent et d'intelligence pour n'être compromis par aucune de vos iniquités, de vos partialités et peut être que pour moi le pouvoir se fera plus long à atteindre, mais les détours ne me gênent pas. En Savoie nous ferons de la randonnée, j'en ai beaucoup fait au Cambodge, je me fiche d'arriver le plus rapidement possible à ma destination, parce que le bonheur est au terme de toutes les routes pas encore tracées, de tous les chemins à vivre.

Je te dis tout de même que ça me fera plaisir de te rencontrer, mais que tu ne me verras pas un air de biche craintive, que je peux partir dès lors que tu te seras montrée désagréable, injurieuse ou trop peu diligente. Je ne te dois rien et je ne te devrai jamais rien. Je n'ai pas dix-huit ans, j'ai passé l'âge de me soumettre, mes chaînes ont eu la voix cassé le jour que j'ai franchi mes vingt ans. Si tu ne te souviens pas la couleur de ce pays moi je veux bien te raconter, j'ai la voix de cet ailleurs, la voix des mythologies.

 

 

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15 juin 2012

Désormais que je sais ce que trahir veut dire.

Quand je lis « A la mystérieuse » je sais que Desnos t'a connue et pas uniquement connue, mais aussi aimée et désirée et qu'il l'a fait avec mes yeux et mon rire, avec ma peur et mes soupirs, ma voix, mon chant et chacune de mes mains. Quand je le lis je sais ce qu'il crut de le croire plus souvent qu'à mon tour et tout aussi souvent, d'en douter. Et désormais je sais sa clameur du dernier jour de vivre, ton prénom-testament formé autour de ses lèvres pour les envelopper de mourir. Moi qui ne suis pas encore poète, moi qui seulement les imite, enfin avec ton rire j'ai trouvé la dernière rime de ma vie.

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07 juin 2012

Parfois, je termine la nuit avec un café noir.

Si vous voulez une toise ne cherchez pas mes mains pour outil, je ne donne par elles que tendresses, déchirures et miracles, vos précisions malades et forcenées allez les traquer dans votre codex, vos casernes, tout votre état civil du réel. Ah, vous en avez fait de générations en générations des petits génocides marrants, des papillons à crucifier et pourquoi? Il fallait absolument classifier, ordonner la nature, vous ne pouviez pas la laisser vous bouleverser il fallait qu'elle soit profitable, rangée comme une chambre d'enfant docile. Que tout soit à sa place et même la peur ! Dans vos cinémas, vos légendes minuscules. Partout où il y avait de la nuit vous allumiez des torches effrayantes, vous avez fait la lumière très petite pour oublier qu'autour de vous c'est l'abîme, l'abîme, l'abîme rauque et incorruptible. Je me souviens de terreurs nocturnes formidables, de cauchemars qu'aucun éclairage public n'aurait pu diluer. Quand nous sortions la nuit nous promener en forêt sans autre lueurs que nos pupilles dilatées, sans autre vigueur que notre effroi. Chaque bruit, chaque pas, chaque mouvement était l'impensable ! Laissez la nuit tranquille. Arrêtez de la vouloir apprivoiser, l'incroyable laissez le tout seul, il ne sera jamais au calme, jamais en paix, c'est un tumulte incessant, un grand ouragan de violence et d'éternité.

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05 juin 2012

Infranchissable jeunesse

Ma jeunesse est un insurmontable pouvoir. Je ne franchirai pas sa frontière, je ne passerai pas son seuil à faire comme tous ceux qui jouent à l'adulte depuis qu'ils ont dix-sept ans à s'arranger leurs visages juvéniles pour dîner de peccadille, se faisant les mains rauques comme des muets sérieux. Comment peut-on changer de pays, quitter cet endroit où le soleil insubmersible brille comme un œil aimé, bouge comme un serpent repu. L'ambition... vieillir c'est de l'ambition et ça en a perdu ça dans son marécage des générations de poètes pour les faire minuscules, infirmes, et quand on coupe le costume on arrange aussi l'homme, on lui raccourcit l'âme, on ne sait pas y faire le col qu'il faut, la manche en trop. Je veux vivre longtemps dans ce même âge et de cette façon que j'ai aiméeC'est la moindre des choses d'étendre ce grand sentiment à ma vie, de prolonger ce geste à tous les objets à toucher. Toujours le drame mais jamais la gravité, la gravité c'est âgé, ça se racle la gorge, ça sent le parfum très cher et prétentieuxje ne me change pas le cœur je l'agrandis, je l'affermis, j'en fais le siège de mes actes et de mes pensées. Par lui j'organise toute mon existence. J'aime, j'ai aimé, j'ai été brisé. Ce sentiment à quoi d'autre peut-il servir que vous donner le vermeil de la peine ? Je suis fait pour souffrir Mon visage a déjà pris ses marques dans la douleur.

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04 juin 2012

Acteur baisse les paupières c'est ton rideau et tes yeux ton art.

Je me suis souvent imaginé acteur de théâtre avec cette vie entière pour scène et entendant dans tous les bruits ordinaires une rumeur de public. Dans les grands éclats de voix des trains le bavardage des critiques. Si au dernier jour, parlant de ma vie, on pouvait inscrire sur mon front-épitaphe « Quelle mauvaise pièce, mais quel acteur ! ». A tout le dramatique je me suis essayé, toutes les voix dans ma bouche je les ai portées et pour ce faire tant de lèvres goûtées. Des sucrées comme si elles avaient dix ans, des amères comme de l'aubépine en fleur, des austères aussi qui jamais n'avaient pu dire « je t'aime » autrement que par les mains. J'ai goûté des bouches mutines et des marines si belles que je les appelais coquillages fabuleux. Tant j'ai vécu, tant ma vie a suivi sa route à sa déroute. A faire quoi d'autre que ce grand chant longtemps, toute cette matière sonore à inventer dans le grand rire content que mon cœur battant. Toujours dire « vivant » à chaque pas, à chaque fois que la démesure devait remplir mes paumes de frémir et de cédilles. J'ai gardé les mains ouvertes pour accueillir tous les visages, tous les yeux de cruautés. Tous ces orphelins de la beauté par mes phalanges désunies leur faire demeure. J'ai bu un vent si pur que je l'ai oublié comme un alcool trop gai. Vivre, vivre, vivre toujours et partout, j'ai suivi mon destin compliqué jusqu'à son terme, je me suis élevé bien haut et j'ai retenu la leçon, le ciel est rigide comme une paume sévère; aimer est l’extrémité de mon balbutiement.

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02 juin 2012

Cheveux couleurs de forêts sauvages

Comment un fantasme si solide, une idée si constante, si furieusement dessinée ne peut réaliser un corps tangible? Il faut que les pensées restent dans leurs cloisons d'imaginaires... et qui enfin trouvera la clef pour les libérer, pour déverser tout son penchant, tout son monde intérieur dans le pays des formes ennuyeuses ? Animez vos pulsions. Faites tomber en cascade vos yeux d'incendie. Donnez leur des paupières, des mains, des gestes si vous ne trouvez rien pour les arranger aussi bien que vous même. Greffez votre délire à ce réel infirme.

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La valse des vingt ans forcément

Qui comprend que le REVE c'est d'abord un foyer. Qu'on le bâtit de la Pierre de nos ongles, du précieux de nos voix Que vivre se débouche à vingt ans et se vide d'un coup. Garçon encore à boire ! Toujours à voir. Vingt ans ça ne s'entretient pas comme un meuble de vestige. Ça se gâche dans des batailles épiques. Ça ne soupire pas. Vingt ans. Ça halète comme une mer jalouse.
Changer. Changer de corps de visage. Changer par le maléfice de vieillir ? Rien n'est forcé ! L'amoureuse dans le miroir choisit son fard et bien à mon tour je décide la lumière qui tombe sur ma vie ! Vous en gênez l'exploit, le parfum ! Allez garçon apporte moi de quoi aimer ! Vingt ans Ça s'exprime avec une voix d'excès et qui veut en faire des paragraphes bien argumentés dans une coiffure est un imbécile. Qui se coiffe, se prépare n'a rien compris à sa jeunesse, à son devoir impérieux de désordre. Vingt ans ça subjugue tout et pour toujours. Ça sent toutes les fleurs, toutes les patries, c'est sont quant à soi, ce moment parfait où j'existe pour être -enfin- terrible. C'est ton âme que tu dois porter en loques pas ton jean, délaisse le conforme et l'inconforme ce sont des souliers trop serrés qui donnent mal à la fureur. TA COURSE ! J'ai balayé les mentions inutiles, préfixes, suffixes, terminaisons, racines, tout ce qui n'est pas crier je l'ai mis dehors de mes lèvres, à l'extérieur de ma bouche. Alors j'embrasse et si je crie forcément moi je chante, parce qu'à vingt ans ma vie ne peut pousser rien d'autre qu'une canicule de baisers Ah. J'aime l'hystérie de mon âge, cette hyène affamée qui ressemble à un enfant mal-élevé et fait ma voix. Il y a dans mes mains un sauvage qu'aucun alcool ne viendra avilir, il y a dans mes pais ce primitif contagieux qui va vous dévorer la peur, qui va vous rendre les maladies perdues. Ecoutez la folie quand elle va bouger.

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Je me souviens...

Je me souviens en couleurs. Plus précisément : en gris et en saison. De grands moments de ma vie sont une déclinaison de tous les automnes possibles. Ma jeunesse je l'ai passée à éclaircir la tristesse du ciel, à tenter d'y faire émerger un soleil. Quel dommage qu'il faille vieillir pour enfin connaître le bleu du ciel. Voilà qu'enfin la lumière y geint mais je n'ai plus mes yeux d'enfant, les seuls capables de s'en émouvoir.

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