21 octobre 2012

j'écris avec le clou des crucifixions

Je suis de l'espèce des volcans inviolés.

J’écris avec le clou des crucifixions :




Soudain, j'avais assez souffert.
Je m'en étais défait. Enfin ! Je m'en étais défait, en cris inégaux, en gestes dépareillés -peut-être y mettre de l’ordre dans un roman, un jou Je m'en étais défait. Et comme le primitif qui fit le premier feu -et feu pourtant forcément pitoyable- je regardais incrédule mes doigts et ce qu'ils venaient de rendre possible. Mes chers doigts... Je l'avais quittée ! Avec ce geste calqué sur la nuit, démesuré et précis. Ce dont je me croyais incapable je l'avais commis ! A l'instant même ! Ce mouvement excitant et maladroit récité des heures et des heures face à mon miroir et que, pour lors, elle ignore en entier. Geste secret gardé à l'abri de tous les regards étrangers -et de certains miroirs connus pour leur indiscrétion. Geste...geste à décrire cent fois, geste comparable aux manières de l’évadé, aux façons du tricheur à la table de jeu. Geste saint mais geste trompeur : un catholique se signe, voilà mon geste.
Dans sa tête, à ce moment là, les pensées banales qu'on a à dix-huit heures quand on ne se doute de rien : le repas du soir, le teint du ciel, le week-end à venir, peut-être un sourire par la magie de se souvenir. Elle viendra -elle vient déjà, j'entends dans ma tête le pouls de ses pas, je reconnais le « mi » très précis de son talon butant sur un trottoir imaginaire «ton coeur ?» «non pas mon coeur»-, l’œil ordinaire, prendre son courrier et ma stupeur -pleine du parfum familier des regrets, lui sautera au visage. Il y a cette lettre qu'un baiser oblitère, cette lettre où son initiale dans sa majuscule grave -presque vivante, vivante forcément ; écrite avec mon sang- s’affole ! Je lui ai préparé cette grâce, cet adieu-diadème... Et elle ira sans moi porter sa vie, ses mains précieuses et toute sa fragilité aux fêtes où l’on rime entre soi, où tout est toujours poli -vaisselle, alcool, miroirs. On rime entre soi dans ces endroits, sans les poètes, ça a les ongles longs et les mains sales -pleine d’encre ; pleine d’infini. Elle viendra, sans méfiance, comme toutes les victimes qui l’instant d’avant encore, n’étaient que des passantes. Ma lettre sera tapie -serpent prêt à mordre. Mon geste l'attend plein à ras-bord de son pouvoir définitif. Ce Geste - hors de ma force, impossible à retenir, plein de sa fureur à lui- libérera sans moi son parfum, sa lumière, fera tout ce qu'il peut de tragique. Sans moi il ouvrira sa paume et découvrira son secret. 


Tout à l’heure je rentrerai, je raconterai ma matinée, mon front pâle, mon front de mutilé de guerre, front de cimetière, honoré de roses mortes - toutes les roses mortes du monde - et d’alcool serein.

Tout à l’heure :



Le vent, partout, seulement, le vent, ffff. Soupir de maître d’école le vent.
(...)
Après l’amour il ne reste que la détresse.
«Post coïtum animal triste» et pas seulement.

Le clou des crucifixions



Enfin, j'ai pu dire « je t'aime » et de la même foulée, trop dérangé par cet aveu d'impuissance, je l'ai résorbé dans l’adieu. Je l'aime, oui, et je m'en vais. Mieux, je l'aime, alors je m'en vais. Et pourquoi ? De n'en plus pouvoir de dire son prénom comme un prénom banal, de quitter son chez elle en murmurant trois fois, inaudible, « je t'aime » à sa porte. « je t'aime » discret, «je t’aime» de désert, « je t'aime » de soupirs, de buées, de givre. Mais «je t’aime» fatigué du secret gardé pour de faux, trahi mille fois.
Qui encore était dupe ? tous mes gestes depuis longtemps pesaient de cette nuit là, tout mon corps était chargé de cette odeur là. Elle n’a pas les yeux crevés -quelle tragédie pour les miroirs et les hommes qui n’ont pas encore aimé ce serait ; elle sait, elle savait déjà. Partout déjà elle avait pu déchiffrer les signes de mon amour. Mimant de n’avoir rien vu, revenant à moi dans la cordialité d’une ignorante, d’une innocente cruelle.

N’est ce pas tu savais tout, tout, tout, depuis le début, depuis que j’avais récité devant tes yeux Baudelaire -pourtant je le hais, lui, ce faux-galeux, ce vrai chien, j’avais parlé de tes yeux avec ses vers à lui, et par ses rimes à lui et dans ma bouche à moi j’ai vu ton regard mûrir, devenir malade d’une lueur inaudible et contagieuse. Et à cause de ses vers tes yeux se sont posés sur ma langue et moi je n’ai pas pris garde à ce moustique instable, je n’ai pas pris garde à sa maladie pire que toutes les maladies tropicales. C’est à moi, devenu voix récitant Baudelaire, qu’ils ont pris ce pouvoir de bourreau, ce sortilège de sorcières. C’est Baudelaire qui a relâché toute la force, que tu ne te savais pas, Baudelaire avec ma bouche à moi, ma bouche d’assassiné -sale mort Baudelaire, sale mort.


Des mois durant, voleuse malhabile, fausse discrète, elle est passée lire ce que je laissais d’aveux – qu'importe le lieu et comment elle y eut accès, elle s'y rendit, me le dissimula, et tout ça je le sus. Je décrivais alors mon Amour-initiale : «D.», cheveux longs(I) tombant sur ses épaules(a) comme un renard piégé, yeux de folles(n), clavicules mûres comme le coeur(e)...C’était elle. Mille évidences la désignaient. Elle le savait.

Alors, ce matin, je me suis révolté contre cette fièvre, je me suis saisi de tous mes souvenirs, de tout mon amour, et de toute ma tristesse, je me suis saisi de toute mon impuissance, toute ma lâcheté, tous mes sourires à moi et tous les siens, et de cette masse compacte de noir, de ce chant de pie, de cette barbe jamais taillée j’ai fait mon aveu, mon adieu et ma lettre. 

Me voilà moi, les yeux sales d’insomnie, les cernes comme des baisers commencés dans les rêves et jamais finis au concret, moi qui hurle avec toute ma peur, moi qui hurle pour les poètes et les morts avec mon foie, mes reins, avec mes ongles de naufragé, mes cheveux de péri, avec toute mon intimité moi qui hurle de toute mon intimité, de tous mes organes.

Assez de dire « bonjour » comme on dit « bonjour » à tout ce qui ne compte pas vraiment, à tout ce qui n’est pas l'invraisemblable - toi. Assez de trembler par tous les membres à l'heure de te croiser, assez de tout cet effort vain pour priver ma voix de sa panique quand tu me rejoins - et me surprends, même à l’heure que je t’attends - pour un café désespérant, un dîner ennuyeux ou tout l’insignifiant, tout ce qui va amoindrir le ciel. Assez de ce souffrir banal et quotidien, ce pain noir d'habitude. Je renverse la table, je renverse tous les mets fanés, tous les bâillements comestibles. Assez du vertige minuscule. Ce sera l’Univers ou rien.

D'un mot on croit pouvoir calmer toutes les douleurs. J’y ai cru avec cet adieu, j’ai cru à son pouvoir pareil au suicide entre les mains d’un désespéré.


Mais je ne peux pas t’haïr, depuis le premier jour je n’ai pas pu, pas su peut-être alors ai-je du t'aimer. Parce que je ne laisse personne en dehors des grands sentiments, et ma haine, ma haine elle allait à toutes les choses, à ce qui fait que le temps passe, que c’est la nuit, qu’on est demain, qu’on est vivant. Mais pas à toi, tu étais hors de ma haine et alors hors de ma force, tu as traversé ces marécages, ces pièges, mon empire sans t’en apercevoir et sans le vouloir tu t’es trouvée là, à l’extrémité de moi, où seulement je peux étouffer.

Et ce mot d'amour, et ce mot d'adieu comment les avais-je poussés ? En agonisant, en faisant barrage à ma raison. J'ai regardé mes doigts se rendre, regardé ma bouche, ma bouche pitoyable, ma bouche effarée abdiquer. J'ai pris les mots aux parfums désastreux, uniquement faits de terminaisons et de suffixes, point calciné du langage réel où les éclairs ont frappé. J'ai choisi la plus belle des façons et la plus belle des façons était aussi -par bonheur- la plus lâche. Combien il est commode de faire des aveux muets, combien il serait plus aisé de croire en Dieu avec les gesticulations propices à son adoration si prier n'était que gestes silencieux, paroles nécessaires. Correspondre... Mais il faut dire, confesser, chanter, gaspiller sa voix dans les «Pater Noster» comme autant de témoignages du mal. Dire...Toute cette fragilité qu'on montre de soi, qui nous franchit par les lèvres malgré nos dents fortifiées par l'hygiène...la voix cette faiblesse que jamais on ne rattrape qui partout nous dépasse. On est toujours béant par le parler, on laisse tout voir, et dans ce tout, hélas, notre culpabilité Toi qui bégaie, toi qui doute et puis qui ment, mais toi aussi que je reconnais et qui hurle. Ta colère c'est toujours ta faiblesse. Ta voix forcément c'est coupable. Si j'avais pu naître muet, jamais je n'aurais pleuré.

Adieu, mot impuissant, faux frère du suicide...ou peut-être jumeau, siamois, peut-être qu’après le suicide rien n’est calmé, seulement figé. Douleur immobile, unique, permanente. «Adieu» mais on a rien quitté, on est toujours le même, aussi faible, aussi inquiet, aussi hanté. Bien sûr. En un instant les muscles sont libres, le geste est exécuté, les spectateurs - les témoins- sont ravis...Bravo, rideau...mais dans les nerfs, dans les coulisses de soi c’est autre chose...tout hurle encore la même panique, la même rage. On ne dépose pas sa mémoire avec un mot ; on ne supprime pas les motifs d’un cri en criant.


A l'heure de partir je me tiens là, Dans le hall de son chez elle. Prêt au désespoir. Il vient de se passer ceci :

Rétrospectivement



Mes mains pour faire ma bouche. Je reconnais son nom sur la muraille des boites aux lettres et je le prends pour son corps. « Enfin je vais t'effleurer ». Enfin Je vais dire ce que trop j'ai tardé à dire mais que déjà pourtant elle sait -tu sais. Celle qui me hante me bouleverse, dans ma chair, dans ma pourriture intime «Ton coeur ? Non pas mon coeur». Tout ce bégaiement affranchi d’un seul gémissement. Gaspiller d'un seul spasme, d'un seul verbe, tout mon fardeau, tout ce que j’ai de nuit polaire. Voilà ce geste tant et tant entraîné qui me quitte. Un muscle, c’est un muscle que je dépose ici. «Le coeur ?» «Ne dis pas n’importe quoi, inconscient». Je glisse dans la fente, au-dessus de ce nom tant chanté, mon long pleur contrarié. Cette lettre d'amour qui, pour ressembler à ma tragédie, pour devenir miroir et reflet, est aussi une lettre d’adieu. C'est une chose amusante -j’arrive encore dans cet état critique à rire, désespéré heureux, va- et qui lui donne un air de patronyme ; patronyme d'aimer. Je n'arrive plus à les imaginer autrement qu'ainsi fiancés « je t'aime-adieu » Comme un grand auteur, comme on ne sépare plus jamais « Victor d'Hugo » ou « Émile de Zola ». « Avenue je t'aime-adieu » dans les villes mal famées de l’amour. Je l'ai dit voilà, « je t'aime et adieu ». Synthèse de la longue orgie des douleurs et des luttes, abîmée dans un seul cri, dans un seul gouffre...

oui, je t'aime, et j'en meurs, et chaque seconde de ma peau est réglée sur ton méridien, je suis le mystère vaincu par la science, le soleil humilié par la nuit et la nuit surprise par l’électricité mais tu ne pourras jamais me dominer. Je suis un ciel évadé. J'ai la couleur des matins étroits. Oui je te dis je suis ton esclave et je viens vers toi. Je viens avec ces chaînes qui me brisent et que j'ai mis pour être beau, pour ressembler aux fiancées. Mais moi, paré de douleur, je ne vais pas obéir, pas me soumettre, moi ainsi paré je suis encore un poète, encore un rebelle, et je me jette dans la nuit, dans le vide, dans ce qui va m’aspirer. Toi tu es le sable, je me détourne de ta berge, je m’enfonce dans l’eau froide, profonde, je m’enfonce dans cette nuit liquide, insondable et tu vois s’effacer ma main. Enfin noyé, je te reprends le pouvoir que tu avais cru recevoir de mes «je t’aime». J'abolis tes mains, tes gestes, toute ta tyrannie par mon naufrage. Je suis esclave dans l'amour et affranchi dans l'adieu.

La lettre


Tu te souviens ? Toujours je voyais à tes yeux allumés par la démence cet air de folle que tu n'as jamais su détromper avec ta bouche pleine d'arguments et de la logique raisonnable des insensés. Alors voilà, je te joins la « folle amoureuse » de Morand. Je le fais pour donner à ma lettre un air littéraire qu'elle n'a pas, pour te tromper en même temps que je te quitte. Quel amoureux ridicule je fais, je n'ai jamais connu tes bras et déjà je les ai trahis, et déjà je les ai fuis. 

Cet immeuble je vais le quitter, encore tremblant de mon acte. Ah c'est donc ainsi qu'on se sent après le crime ? Voilà comment sûrement Dostoïeveski a pu si bien tromper le monde avec son Raskolnikov. Tous, crédules ne comprirent rien à cet assassin de papier. Au jour de construire les ongles rongés, les nerfs détruits, la panique humide au front de son inventé que fit-il l'écrivain ? Il se contenta de recopier les quelques lignes de son journal à l'heure d’abandonner une amoureuse. Moi je suis amoureux et moi je suis poète alors moi je ne suis pas dupe.

Ce geste, ce geste..ce geste fabriqué de moi-même, ce brouillon de grandiose, ma fierté secrète...quand enfin on a dit qu'on aimait et qu'on laisse le sentiment pour dernier mot, pour limite du langage. L’étoile pour pierre tombale ; le ciel pour mausolée. Ce silence de la vie, quand elle soupire libérée de sa crampe immense «Le coeur ?» «Non pas le coeur». Un sentiment inavoué c’est comme une mésange d’ombre, ça n’a jamais chanté, ce n’est pas vraiment beau, mais après, après, il ne faut plus rien dire. Son merveilleux est à ce prix, au prix de sa bouche scellée. Ma bouche bavarde, prétentieuse, ma bouche qu’on a vu tout à l’heure convulser, enfin consolée et par quoi ? Par son impuissance à venir. Je t’aime et pour garder tout ceci à hauteur de vertige, pour y effacer toutes les traces, tous les pas de la réalité, je promets de ne plus rien te dire. Aucune trace de la morsure...des dents, rien que l'absence, l'absence immense. Ce « je t'aime » que j'ai voulu dans son habit de deuil, délicat dans ce magnifique jupon d'adieu qu'avec mes lèvres je lui mets. A-t-on vu souvent des « je t'aime » crêpés de noir, des je t'aime en soie livide ? Belle veuve ma passion. Mon triste « je t'aime » mon enfant de la catastrophe ! Splendeur deux fois et splendide surtout par son drame ! Enfin j'avais pu trouver un sens à ce cœur porté partout douloureux et malade, ce coeur mené à bien des paysages, bien des opéras, gonflé d'artifices et de vraisemblable pour un jour l'offrir, repu de la réalité, enfin crédible. Voilà, soudain sa vérité éclatante, sa lumière déchiquetée : souffrir. Toute la vie je m'étais préparé à aimer, comme tous les maigres j’y cherchais mon appétit, ma force, ma colère. Je savais tous les risques, mais qu’y peut-on quand on a le goût du miracle, qu’on joue depuis enfant à basculer sa chaise en arrière à la recherche du point du prodige, où le coeur retient son souffle, où le ventre brûle de formidable et la mère hurle «Encore à te balancer sur ta chaise, c’est dangereux» Je m'y étais préparé avec ce soin de l'actrice dans la loge quand elle sent à ses mains faibles, ses joues creusées, ses seins fatiguées que c'est pour la dernière fois qu'elle joue. Pour ce dernier acte, de sa gloire, elle rallume ses gestes et ses yeux. La voilà qui se lance dans le feu, elle n’est plus que brûlure. 

C'est comme ça que je la quitte ma voix dans mes mains effritées. Comme ça. Je ne peux pas faire plus simple, j'ai trouvé toujours le banal et l'ordinaire vulgaires Ma vie je l'ai embarquée dans ce grotesque de l’extrémité, dans cette soute pleine à ras-bord de désastres dans tous les orients à toutes mes décisions j'ai donné le fracas d'une catastrophe même au banal d'avoir froid l'hiver je devais mettre un plein ciel de safran, un tremblement d'obsèques. Alors à aimer, à cette confluence de toutes les canicules comment peindre ses ongles d'une autre couleur que celle érodée de démence ? Quel sacrilège serait-ce alors de dire « je-t-aime » seulement comme on déposerait son cœur dans le bocal de la grammaire. Dans l'ordre bien mis de la syntaxe honnête, ce dispositif des processions funèbres, cette détresse de défilé.

J'ouvre la porte de chez toi, celle qui donne sur le dehors, sur le vide, celle qui donne sur ton absence.

Je me suis souvent imaginé acteur de théâtre avec cette vie entière pour scène et entendant dans tous les bruits ordinaires une rumeur de public. Dans les grands éclats de voix des trains à suicidés le bavardage des critiques. Si seulement au dernier jour, parlant de ma vie, on pouvait graver à mon front épitaphe « Quelle mauvaise pièce, mais quel acteur ! »... Partout où il y avait du dramatique je me suis essayé, toutes les voix dans ma bouche je les ai portées et pour ce faire tant de lèvres goûtées. Des sucrées comme si elles avaient dix ans, des amères comme de l'aubépine en fleur, des austères aussi qui jamais n'avaient pu dire « je t'aime » sinon à la messe . J'ai goûté des bouches mutines et des marines si belles que je les appelais coquillages dérisoires. Tant j'ai vécu, tant ma vie a suivi sa route à sa déroute. A faire quoi d'autre que ce grand chant longtemps, toutes ces matières sonores à inventer dans ce grand rire content que mon cœur battant. Toujours dire « vivant » à chaque pas, à chaque fois que la démesure devait remplir mes paumes de frémir et ma gorge de cédilles. J'ai gardé les mains ouvertes pour accueillir tous les visages, tous les yeux de cruautés. Tous ces orphelins de la beauté, par mes phalanges désunies leur faire demeure. J'ai bu un vent si pur...un alcool merveilleux d’air. Vivre, vivre, vivre toujours et partout, j'ai suivi mon destin compliqué jusqu'à son terme, je me suis élevé bien haut et j'ai retenu la leçon, le ciel est rigide comme une paume sévère; aimer est l’extrémité d'un balbutiement. Si jusqu'à ce pleur longtemps contracté dans ma paupière et qui l'attendrit, j'ai donné un masque de tragédie c'est de ne connaître de suprême raffinement que dans le souffrir, de croire même souffrir le plus bel honneur aux belles, la plus belle fleur de son jardin intime, celle dont les racines plongent jusqu'en enfer. Tiens, colchiques de braises, chardons exécutés, botanique de lave...

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16 octobre 2012

J'écris avec le clou des crucifixions

J'écris avec le clou des crucifixions /

 

Aujourd'hui maman est morte. Je te l'écris et tu dois te demander pourquoi. Aujourd'hui Maman est morte, et pour moi, la moitié des femmes est partie avec elle. Voilà. Voilà pourquoi je t'écris, parce que j'ai perdu la moitié d'un sexe, la moitié de toutes les femmes. Tu comprends ? Tu es ce qui reste des femmes....La Femme maintenant que je suis orphelin.

Ne me réponds pas, s'il te plaît, en énumérant toutes celles que tu as croisé la veille, et toutes celles que tu vas croiser tout à l'heure, quand le coupe-papier t'ouvrira le coeur et les lèvres. Celles-là, ce sont des ombres, des restes, la portion congrue. Une foule de maigres, d'invisibles.

 

 

 

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