J'ai fui tant de bras qui faisaient si mal quitter la nuit, qui ne menaient que médiocrement au jour. Tous les amours se désagrègent dans le concept de leurs voix, cheveux, odeur. Je déteste ces amoureuses dont le coeur est pareil à ce mortier dont on fait les théorèmes  Quand tu trouves le théorème d'une amoureuse toujours il faut partir. 

Si un jour la lumière de la nuit se trompe en se posant sur moi et pour le temps qu'elle dure me fait femme. Si elle me fait mon sexe le chant heureux des nymphettes. Si la nuit pose sa magie incrédule sur mon front et me charge du parfum mystique de toutes les démentes. La poésie est un travesti élégant, qui porte une robe fendue et un dos-nu et rit toujours en fumant de longues cigarettes d'ombre. Tu viendras cette nuit là ? Quand le crépuscule m'aura mal fléchi-fichu et que mes bras ficelles feront le piège d'horreur que tu veux ?
Je connais  les baisers dérisoires comme des mains polies. Des baisers plus humides que tendres et la bouche à peine émue. Ceux-là je les hais et tant de fois j'ai voulu dénoncer leur plaisir dérisoire...mais ce sont les complices des lois et de l'ordre et pour te dire "non" le poésie te mouille les levres de la pluie fade des siennes. 
J'ai souvent apres l'amour un gout de feu glacial sur la langue dont je ne sais me défaire qu'en me mordant les levres jusqu'au sang. 
Moi je voudrais embrasser avec la langue froide de mes ongles
J'ai tant parcouru de mains imbéciles. Tant vu de gestes imités. Tant connu ces tendresses de faux émoi. Ce brillant insignifiant d'une peau peinte par un artiste maladroit. 
J'ai trouvé quelques jours des baisers magnifiques ils avaient l'arome des noyades. Le gout informulable de la douleur. Je me souviens à cette bouche imprécise j'étais beau et triste comme un naufragé. J'entendais le bruit de suçon de la mer et le carnage heureux de ses bras. J'ai connu quelques jours des baisers fabuleux, des bouches marines comme un coquillage fané. Quand la mer t'appelle de ton prénom d'étranglé. Ces filles qui disent je t'aime comme un râle d'etrangle.
J'ai attendu immobile la main timide. La main humide. Celle qui te ressemble et t'imite. 
Le fard ne masque pas les tremblement de ta voix