24 mai 2013

La nuit du boxeur

Je viens ici hisser mes hurlements
Très anciens et fameux jadis
(prisonniers de missels hérétiques
on les murmure encore parfois
aux bûchers prisonniers des 
Songes)
J'ai été habile crieur (écumes, morves et pitié)
et piètre rieur
Arrachant à l'infini les
Pourrissantes fleurs d'agonies
Aux parfums de pluie et de rimes
Piétinées.

Je reviens depuis très loin, depuis derrière la nuit très amère. Ma mère peut-être ou mon enfant mort-né, la nuit. Je viens exposer mes lèvres brûlées, mon langage saccagé de bonheur (couleur des matins d'hiver, de la bûche trop vite dévorée par le feu de la Noël).
Depuis un an, je vis dans la lumière, la lumière fameuse du Gel (l'ombre) et de Dieu (le corps). La lumière calme, pâle murmure de la mer insomniaque.

Je viens ici pour retrouver ce mot minuscule, imbécile : écrire. Je viens le trouver avec toutes ses chaînes, ses boulets, la fureur, le chagrin, l'alcool jamais assez.
Je viens ici vous prendre votre part de nuit, votre couleur de cerne, votre goût de manque.

Je cherche la nuit où mon âme (yeux crevés, crucifiée à la grande ourse, lueur impossible du cauchemar) se tord et gémit.
Je cherche la nuit, la nuit immense, sans espoir. La nuit des sortilèges manqués, des amants trompés, la nuit impatiente (vierge de soleil). 
J'avancerai, craintif mais heureux jusqu'à atteindre le point le plus sombre, le plus cruel de la Nuit, fut-elle la Mort impudique. 
J'avancerai dans la nuit oubliant le matin.
J'avancerai dans la nuit à la recherche de l'obscurité, des ténèbres de la légende
J'avancerai dans la nuit jusqu'à mon anéantissement.
Je suis de ceux dévorés par les dessous de velours
De la nuit.

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23 mai 2013

Le sexe d'Antonin Artaud

Quand Artaud emploie le mot "Sexe" une odeur criminelle, absolument criminelle s'en dégage. Quand il utilise le mot "Vierge", aussi, celle-ci n'étant que le crime à rebours. La vierge d'Artaud, fausse-sainte, putain en gésine, crucifie la chasteté originelle.

Sexe lorsque moi je le dis, je veux alors signifier l'important l'essentiel, la chair par où elle compte et non toute la matière excrémentielle : ongles peints, cheveux teints, dents vernies.
Je dis "sexe mutilé"
et je dis encore, cette fois avec des mots souterrains, "sexe méprisable" et donc encore mutilé mais mutilé autrement, par une autre forme de rage.

Les rêves sans sexe sont des rêves sans
Images
Des rêves muets, éteints, gris
Etendue de néant, préface de la
Mort
Où le sexe absent
Rampe dans le Rien.

Sexe a chez moi un sens particulier qui pourrait s'approcher de celui de "virilité" s'il n'était exclusivement masculin. Sexe, je le prononce toujours à regret, afin d'indiquer l'absence, la grande zone calcinée de l'être humain non fait de ciel.
Je dis Sexe, comme je pourrais dire : Coeur.
Sexe, voilà, une façon de Coeur Obscène.

Coeur après minuit, mon sexe

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