17 février 2017

Abrégé de la fin du monde.

l a grandi l'incendie en toi
tu l'appelais du nom que tu pouvais
le lyrisme tu y crois encore au fond
comment se passer de son passé
ce qui te poursuivit presque toute la vie
15 ans la première fois le pantalon
vite enlevé tu te prends les pieds
dans l'ourlet tu ris pour t'excuser

Assez de ce temps là le lyrisme
au passé honteux tu as changé d'âge
arraché le foulard et la soie
FLEURS TA MERE
COEUR PEPERE 
Rime pauvre
Bois ta honte

Tu prends le langage à rebrousse-poils. Cette fois ce sera (ce doit être) la bonne. Tu ne te laisseras pas avoir par tes sales manies cette façon de désinvolture comme si tu ne croyais à rien, nihiliste de pacotille, regarde toi les doigts crochus, avide de toutes choses. Tiens voilà que tu retrouves la ponctuation, Bastille remontée en un clin d'oeil. Tu n'es pas Beckett sinon pour le costume flottant ce vendredi de février, tu marchais où il marcha ; lui démontrant l'absurde de sa démarche saccadée...et toi pour rien, toi marchant seulement pour marcher, pauvre de toi. Ce que tu cherches maintenant c'est te déposséder de la langue maternelle te retrouver dans le froid polaire ; enfin atteindre cet anti-liquide amniotique, tu vas le trouver ce glacier.

Cette fois par la métamorphose (transubstantation tu n'oublies pas d'où tu viens les gaulois, la fille aînée de l'Eglise, Avignon ça vient bien de quelque part ce grommellement) de ta langue en toute la sagesse populaire. Proverbe, dictons, il te les faut tous. Tu mets un point pour débuter ton entreprise de démolition, l'apprentissage méticuleux de ce langage de province. Pierre angulaire, Par Toutatis et tu recommences tes invocations d'imbécile, ta barbe a trop poussé, ridicule à jouer encore l'adolescen, hé, regarde ta photographie c'était au photomaton du bus palladium tu n'as pas honte 2 Euros pour ça, c'est ça ta gueule. 

Tu y arriveras si tu plonges les mains dans la crasse. Tu le sens bien ce quelque part cybernétique, cette désagrégation de plus en plus rapide, la puanteur qui monte mais plus la puanteur physique des choses dégradées, une puanteur venue du concept bouilli, l'obsolescence programmée : la barrette de RAM, le micro-processeur, les cristaux liquide ; tu le sens bien que c'est ici, par le milieu, que tu dois parvenir. Après le proverbe lentement approprié rentre dans ton siècle. Bouffe le ton siècle. Cette matière inorganique, ces minéraux forgés par la main d'homme. Potier l'ingénieur.

N'écoute pas l'autre tu n'es pas d'accord
Il peut dire ce qu'il veut avec ses médiations
Son langage performatif ce bruit de sirènes
Dans la langue Roland Barthes n'importe quoi
C'était ok dans/en 1993 ; 1994 si tu veux donner
à ta poésie un air d'année scolaire le lycée
1ère L allez je te fais cadeau de ça mais crois moi
On en a terminé avec tout ça, alea jaecta est
(et je reprends le dosage des formules en latin
ça ne change rien même banalité pleine de vérité)
Ne t'obstine pas, détache toi de ce qui te lie

Les morceaux inutilement éparpillés, bouts de miroir
Où ne traine aucun reflet abandonne ta putain d'image
A quoi ça sert de se voir du dehors ligne du nez d'accord
C'est bien tu as deux yeux des pommettes plutôt pas mal
la nuit quand la voiture de police à toute allure gyrophare
allumé te frôle presque le plus beau en marchant tête
basse vers où tu ne le diras jamais toujours tu reviens
c'est à croire qu'il n'y a rien nulle part rien à rapporter
un caillou tiens il a la forme primitive de je ne dirai pas

Abrège ton poème abrège tes leçons de morale
Suffisent tes maximes d'un village du fin fond
de la Bretagne jusqu'à La Bruyère quelques mètres
même pas Strasbourg

Nous te reprendrons où l'on t'aura laissé
vieux fauve on t'a dressé ouf le lyrisme éteint
il s'en fallut de peu que tu reprennes 
silex vidé de ton feu ta gueule à jamais.

Posté par boudi à 02:04 - Commentaires [1] - Permalien [#]