D'abord on se dit c'est qu'un coup de blues, ça passera, l'euphorie pour toute la vie ça pouvait pas durer. Ouais le cafard voilà, on dit ça comme ça au début peut-être le job celui-ci vraiment ça ne convenait pas, y avait rien à faire, des tâches mécaniques, boulot d'usine pour bac+5 y avait de quoi désespérer. La dépression, faut pas exagérer, un petit coup de blues, ça passera ça doit bien passer hé. Se laisser abattre pour si peu franchement, non, puis l'anxiété, la phobie sociale non non, quand même pas jusqu'à ce point, un peu de timidité certains jours la peur panique l'incapacité à regarder droit dans les yeux n'importe qui, ok c'est pas grave, c'est comme ça. Au boulot, quel jour je me rappelle pas, appeler un "collègue" pour s'assurer la conformité des opérations à la législation en vigueur, le tremblement, quand faut y aller faut y aller. Il commence par une blague la finance c'est potache genre mort de rire. Moi je comprends pas, est-ce qu'il m'a donné la bonne information, merde, rappeler, prendre l'air contrarié "mais mec le boulot c'est du sérieux avec ça je déconne pas". C'était l'action Parmalat y a de quoi se méfier, la mafia Berlusconi tous ces trucs qui tournent autour.
Après sept mois prisonnier de cette gangue je n'ai plus pu y remettre les pieds, avec ce goût théâtral qui toujours m'a caractérisé (parce qu'ainsi mon tremblement non-visible me garde de la honte), la mise en scène de l'absence oui des projets littéraires, les contacts avec un éditeur, à deux doigts d'être publié, oui un à-valoir pas grand chose 1500 balles, une traduction en chine, une soirée au Shangri-La. Que dalle, quarante pages grand format, puis plus rien on dit "la veine tarie" n'écrivez pas tout ivre d'inspiration parce que lorsque ça cesse tu te retrouves à mi-chemin entre la démence et l'envie d'en mourir, on a vu mieux comme équilibre ; mais faites pas de schémas narratifs les personnages circonscrits la psychologie fouillée les fonctions délimitées et lieu établi ce sera Paris 1994 tu connais pas Paris 1994 ni Etienne, ni Maurice du Sentier pas plus Marie-Lou ou Suzanne alors arrête. Raconte-toi joue ta vie dans les bistrots les cafés l'audace ça sert à quelque chose, écoute la vie, sa palpitation qui contient la mort, l'amour, le vent Gilbert le Comte et le nouveau roman. Sois sur tes gardes ça va jaillir du percolateur brûlant et sans goût.
prends pas ces façons de tailleur de pierre, de fabricateurs de cathédrales. Nan, pousse pas, hé plutôt pas-écrivain que non-écrivain comme ça. Tu vois bien ça mènerait à rien, laisse le costume de poète, le foulard élégant, la prose ou le vers lyrique, ça raconte rien de ton temps, fais pas comme #### ni comme ######, ######## à la limite ok, ça cherche à dire quelque chose son noir a beau ne pas être ton noir, tu l'accepterais presque "petit pantin d'épines" ok, ok, c'est presque vivant. J'ai eu les larmes aux yeux en lisant ; je les ai eues aussi devant toute comédie romantique.
La colère, c'est fou cette colère jusqu'aux pleurs. Anthony qui serre son poing, c'est au présent que je raconte ça à peine 6 mois, la rage contre tout, contre tous, la colère plus la colère la haine, l'envie de tout renverser pourquoi pas la force d'une armée dans son verbe, Adolf Hitler ce que tu veux mais marche dans la neige, comme une fin du monde, écrabouille, ta parole fusée V2, hurlement des Stukas, tes panzers les écraseurs de villes et de vies.
MAis c'est rien, ça va passer, l'an prochain les études de philo-lettres ce sera super, les livres enfin plutôt que l'atroce atmosphère angoissante de la bêtise généralisée, oui le mépris en plus de tout ce qui n'est pas moi, mais de tout ce qui, dans le même sens me chasse et m'interdit à moi moi-même. Le brouillard plus épais pourtant, dormir chez la mère qui ne dit rien, maman qui prépare toujours le repas, range la maison, la honte rétrospective, cet égoïsme si au moins...si j'avais...rien qu'un peu d'argent, un peu de force... peut-être plus vite sorti de cette horreur. Jamais debout avant 14h parfois 15h, 18h même à ne rien comprendre à ma propre vie, toute la nuit des jeux vidéos, des mangas sur l'ordinateur à s'en éclater les yeux, pas bouger, le dos en miettes, pas de sport, grossir à peine les économies conservées. Boire, de temps en temps. Les coups de bite, Hervelyne défoncée, le vice, gamine de 14 ans son cul son sexe jouis dans sa bouche bouffe sur ses seins à peine nés. Je t'ai appris l'horreur sale petite pute-objet. T'as bien pleuré j'espère toute la vie, vengé-je sur tous les corps pour leur malheur séduit, oui, les mots, la bite-poème jouir dans la bouche voilà merde je peux pas jouis jouis dans l'ascenseur branle toi sur Chloé t'as mal ? t'as mal ? Et moi plus mal que toi, la douleur physique ne vaut rien face aux douleurs morales, cette aristocratie de la souffrance, reste à quatre pattes et bouge pas. Bouge pas je te dis, ta gueule, proteste pas. "J'ai mal" envoie Marion je jubile ouais tout casser mais quoi rien de fort sadique de rien du tout.
Il faut bien dire ce que c'est la dépression mais non, allez la MDMA apparaît la fête les amitiés les amours des baisers langoureux toutes les inconnues aux pieds ah voilà la vie donc c'était possible et l'amour surgissant dans ce désert on va y boire on va y boire et briser cette vie de malheur, voilà un coup au milieu que ça cède comme une porte merde.
Faut bien faire quelque chose son corps minable là périssant épuisé allez Master 1 droit public à Paris 1 ça a de la noblesse la chose publique, le droit des collectivités, ça en jette tellement a priori. Pas trop venir en cours une fois de temps à la fin c'est validé pas brillant, rien foutu, on se console avec ce qu'on peut/ce qu'on a. Le brouilard même épaisseur les vacances pas de fric on fera avec errant l'amoureuse loin Grenoble ça fait chier.
Nouveau Master 2 droit public allez vasy encore le brouilard lourd concret un stage dans une administration toujours la même merde dormir au bureau un voyage à Brxelles pourquoi ça dure ce désespoir l'envie de crever obsédante rester dans le lit espérer ne plus jamais se réveiller. Pas faire son mémoire, la deuxième fois déjà, pas validée ou trop mal.
Cette angoisse depuis 2011 d'une molécule dispersée, un comprimé hors de la plaquette bonjour miracle bonjour la vie tout qui remarche mais sans effort cette fois-ci.
On ne se laissait pas, sois plus indulgent. Je me suis sorti dix fois de l'enfer, mais la cheville, mais la grippe, le genou, l'aine ou l'adducteur je sais plus, quelque chose la jambe droite, la contracture, ça allait, les livres lus, Foucault je maitrise bien les notions de pouvoir puis à nouveau la chute ta vie une asymptote bravo. Allez fonction linéaire ajd f(x)=x+1 pas grandiose mais comme ça on peut vivre.
L'amour regéneré trempé dans la source pure et retrouvé intact elle ne meurt pas la beauté se dissimule dans la brume épaisse puis soudain soudain visible on dit toujours ce sera toujours