Ils s'entretenaient de banalités.

Salut comment ça va
Pas mal et toi
Oh tu sais...


Et sans fin le bavardage cause toujours. La vie plus jamais la même depuis...depuis rien, peut-être c'est le pire, pas de deuil, pas de ruptures brutales même pas le licenciement économique, vieillir comme tout le monde, la tête pas entre les bras et la drogue à peine pas l'héroïne surtout pas la veine percée, le poison en quantité très policées. Modestes angoisses changées à force de redites en névroses. 

Il arrange sur la table le pain de campagne et jette à la poubelle toutes les miettes. Chaque matin, toutes les miettes et chaque nouvelle miette de chaque matin jetées dans le sac plastique noir, toujours la même marque, avec les deux poignées pour être fermé sans difficulté, avec deux mains comment on ferme l'autre avec sa bande rouge de merde. Il reprend son geste, le même geste modulé. 
La capsule de café dans la machine coulant dans la tasse nespresso, vendue avec, ou achetée séparément pour aller avec les chromes et le plastique. Surtout le plastique. Les dents brossées, le bain de bouche et le fil dentaire. A partir d'un certain âge a dit le dentiste ce devient nécessaire, non vous n'avez pas ce certain âge mais on sait jamais haha vieillir vous savez regardez moi oui pas si vieux mais je me préserve un verre de vin rouge tous les soirs et du sport on est pas docteur pour rien haha oui bonne journée à vous aussi, n'hésitez pas à prendre rdv avec ma secrétaire pour votre prochain détartrage.
Ca devient automatique la vie comme un bonjour, les mêmes attentes, les samedis soir à boire plus que d'habitude. "Encore un et je va encore un et je vais". Elle rencontrée au hasard corps-lèvres jointes jusqu'à quel point toujours le coeur emporté à ce moment là. Comment pouvait-il deviner qu'à lui aussi ces gestes et ces nuits possibles. Mais le matin seul et la langue pâteuse se débarrasser des miettes sur la table, des miettes dans le lit.
Toutes les elles.

La démence commence n'importe comment, petit détail. 
Le corps pas ensanglanté, il ne faut pas croire la démence jusqu'à ces points là et le geste banal ne se saisit pas, rarement ou jamais, du couteau à pain pour l'enfoncer dans le malheureux.e pour la nuit. Dans la solitude mal comblée. Non, rien. Au-revoir, oui je te rappellerai, tu sais j'ai pas mal de travail, non je dois vraiment bosser aujourd'hui, une prochaine fois, appelle moi si tu veux, mais je vais à NY bientôt, le boulot tu sais, ouais c'est emmerdant.
Combien de fois dans toute la vie ces rencontres
cette pacotille sable poussière rien
rien à force de recommencer
le même geste.

Mais y a de la beauté autour de toi arrête de penser comme ça merde tu l'as lu pas dans le figaro arrête les clichés arrête le mauvais esprit qui t'entend de toutes façons tu baisses les yeux plus souvent qu'avant la beauté elle est où Orsay, le Louvre, Bella Tar Rimbaud ok ok pas assez pas l'extase. Il marche, boulevard Saint-Michel ou rue Monsieur Le Prince et dans n'importe quelle ruelle étroite. La boutique "bail à céder" passée de mode les K7 passée le magnétoscope et la bande à rembobiner oh ce sera pour la prochaine fois et la prochaine pester. Le DVD aussi pareil passé et le Blu-Ray tar ta gueule t'en as plus pour longtemps. VOD et puis quoi ensuite, quoi après ? 

Non, cette lassitude, ce ciel gris vraiment faut le lâcher. Alors séance d'U.V, dans chaque cabine une vieille conne, une beurette, pourquoi ce mot là, ce racisme sans y penser. Beurette pour fille superficielle aux origines maghrébines. Bizarre ces mots dans sa bouche ou au moins dans la tête. Pourquoi aussi loin qu'il étende la main ce même sentiment d'absurdité. La coke ok, la MDMA plus trop possible ça lui fait dégueuler le coeur aujourd'hui. La coke ça fait baiser comme un Dieu, la bite, ma bite toute la nuit une masse à enfoncer dans la bouche, regarde moi dans les yeux quand tu suces voilà comme ça, vomis pas. 

Tout ne peut pas être si horrible, je réfléchis moi, hors de cette vie si souvent vue. Pourquoi s'attarder sur ces instants, il y a bien eu les rires ordinaires peut-être pas gigantesques, pas folie furieuse à s'en tordre. D'accord, mais la bière au bar, Ghislain qui balance le pot à cacahouètes dans le dos d'un grand renoi. Le match de foot et la pizza juste pour rire du cliché, plus avant les parties de console. La fille que j'ai aimée et que tu m'as prise un jour salaud et celle que tu aimais et que je t'ai prise, salaud. 
Comment on fait pour se désaltérer de l'horizon nul ? 
La poésie amoureuse la création de fleurs imbéciles ça va lui moi tous les autres on a donné, on a passé l'âge de ces conneries quoi.

Il me regarde dire ça. Il me regarde et se dit, c'est sûr il se dit ça, putain c'est vrai. Ca ne doit pas être que ça la vie, rappelle toi avant de quoi tu rêvais ok la F50 mais ça t'est vite passé. L'amour, l'absolu, la révolution. Voilà on tient quelque chose, ce qui nous dégoûte c'est le pas assez, c'est notre racisme congénital d'avoir partagé le monde en deux en nous rendant nous dans le si petit groupe qu'on se défend avec violence. Oui, ok, on exagère pas le ghetto de Varsovie, tranquille la vie, on fume des clopes, on boit du vin. Pas trop pauvre, toi en thèse, toi presqu'agrégé, moi du fric, ok. Mais ce vide inacceptable dans les yeux des autres et on, et je, et il à nous innacceptable. La négation sentie alors la révolte, la révolte contre ce goût de merde, contre les sacs Dior, contre Instagram, comme le creux le néant. Pourtant lécher les chattes des filles haïes on a fait, on a fait, pour se dire voilà, j'ai ça moi aussi. Les hôtels cinq étoiles, les lignes de coke soufflées par Dan au Bus Palladium. Quoi leur prouver.

Il faut partir la détresse, pas la détresse, rien, cette indifférence. Sauf le vendredi soir, sauf le w-e prolongé, sauf à se branler. Déjà le mot. Se branler. Il appelle les potes, il a des amis et des livres de poésie. Merde, c'est con, de revenir à l'idée du tremblement adolescent, à l'idée de l'amour moins que l'amour physique et le baiser hésitant et la main enfin saisie mais moite de peur. Il doit bien exister une vie non-poème, une vie, la vie quoi. Pourtant ces visages il en voit bien le masque, la facticité ce sourire là imité, truqué, il a appris à les reconnaître, au début il y croyait, il les fantasmait il voulait être comme eux. Puis à force de vieillir, trente, quarante ans, entraîné ce sourire là, ce visage là devant le miroir. Le monde peuplé de plus d'acteurs, d'acteurs sans scènes, sans caméra que l'on croit. Alors pourquoi, pourquoi pas un Christ là tout de suite, un Christ pour briser le monde-image et rétablir chacun dans sa vérité originelle, chacun devenant sa peur profonde, son espoir endormi, chacun pour retrouver enfant le goût des voitures, des trains, maman tu seras ma femme, papa salaud arrête de la toucher comme ça. Mais déjà célébrer l'enfance c'est pareillement con que de se plaindre de ce plus tard ridé. Non, il existe le bonheur, elle existe la vraie vie derrière le voile bête, derrière la révolte pour rien. Mais donnez le, donnez le vous qui savez, vous avec votre air de rien à foutre, écrivant sur les monts et les vaux, pataugeant dans la nuit. Pour lui la nuit calme n'existe pas. La nuit c'est les néons, la fièvre et les flashs dans la boite de nuit. C'est les corps heurtés jusqu'au cri plaisir douleur indifférents et on s'en fout. Juste le cri à ajouter au chapelet des cris à raconter comme une victoire sur l'autre, l'autre sexe, l'autre humain ou même non-humain. Cette pute, ce que je lui ai mis, haha, elle m'envoie des messages d'amour, la conne. Ouais elle suce pas mal, je l'ai baisée comme une salope. Blablabla.

Donnez à voir la nuit cette nuit profonde celle des soleils en vous ancrés douces peut être et violentes parfois berceuse d'avant gonflant et rugissant dans ces lieux de solitude. J'imagine vous les bienheureux marchant sur des plages vides et laissant dans le sable mouillé l'empreinte de votre passage. eT je voudrais renifler vos pas, je voudrais lécher cette trace de pierre disloquée de sel et d'ongles. 

Il avance toujours, Saint-Germain des Près et il devrait retrouver l'espoir devant la dame 60 ans et les lunettes de soleil, devant la négation du dedans par l'excès du dehors. Il va citer Hegel puis il se retient et il ne l'a jamais lu si sérieusement, une ligne pour faire bien comme ça. Alors quoi comment trouver dans le béton et le métro cette beauté dont on me parle. La douceur.

La haine revient
la haine enterrée une seconde sur cette plage imaginaire 
qui est votre plage réelle
Il se rappelle
se rappelle le grondement sourd
le vent mangeur de falaises
l'herbe courbée par le cri
se rappelle ces amants menteurs
la nuit allongée dans le lit
à se raconter l'amour
mais l'amour trivial
regarde l'étoile du plafond
regarde ce qui va naître de nous
et le mot d'amour espacé de plus 
en plus touche de clavier coincé
tu reviendras oui je reviendrai
la bite et les poils encore
odorants de X.Y.Z. collège
amie mais c'est rien pour moi
les excuses on reste ensemble
l'enfant né ah le cantique des
contiques. 

Mais il espère, il espère les doigts enfoncés dans le visage que ça se transforme, il cherche dans la rue Saint-Guillaume la pierre creuse où tout se brise, l'édifice factice, si factice alors point faible, alors la flamme tout emportera. 

Non.
Rien.

Ne nous parlez pas d'espoir, ne nous parlez pas d'ailleurs
les morts pour lui et pour moi les morts de partout
qui nous entrent dans le coeur ce n'est pas pour rire
pas un jeu dix balles à médecins du monde vous faites
du bon boulot alors laissez ma haine vous haïr laissez
nous hurler puisque notre hurlement est la seule
preuve d'amour valable la seule souffrance
même souffrance que ceux partout
dans les chaînes sous les bombes