10 mars 2017

Tu te tus

Quelque chose doit arriver
tu te dis à toi-même
cette nuit et depuis
combien de nuits
quelque chose arrivera
et tu guettes dans le
remugle des jours
cet instant là
tu l'as raté tant de fois
dans ta vie
cette seconde qui t'échappa
mais pas cette fois
tu te tiens prêt
tu as durci tes paumes
rongé les ongles
pour saisir ce que ce sera
chant baiser l'étendue de langage
des fins du temps
le moment d'apocalypse
à toi seul rendu

tu attends toute ta vie
sur ce seuil pas besoin
de mobiliser ici
cheveux gris
mains ridées
lèvres vierges depuis
longtemps de baisers
toi seulement résume
toutes les varices
vieille âme
crevée
haha

Tu saisis un objet le premier venu
accumulé tu ne sais trop d'où
La Guyane où tu te rendais par ennui
vivre la vie des forçats et humer
dans la jungle le balancement
d'AK47 à la hanche des orpailleurs
ou bien au bas de la rue Henri Monnier
le jour
de ramassage des encombrants
tu ne vivais pas très loin
la place Pigalle pas très
étrangère à ton alcool violent

ta main elle serre comme jamais
recroquevillée on dirait que tout
va partir de ce moment là vers
ce néant toujours là toujours
partout ce néant là qui ne t'a pas lâché
ce départ retenu un jour le train non-pris
ni l'avion ni rien tu sentais bien
se refermer la ville-prison
toi assiégé par toi-même
mais le train parti
l'avion trop cher
de toutes façons

Le quai d'une gare où tu ne fumes pas de gauloises. Le quai d'une gare, tu cherches dans ton sac l'un de ces livres commencés mais jamais finis. Tu tournes les pages et tu espères, comme ça, d'un coup saisir tout le sens et tout le but des pages écrites. Trouver ce je ne sais quoi qui les mis au monde et reprendre ce geste là. Tu passes sur ton téléphone portable les photos de tes vingt ans, cette fête pour rien qui te remémore les cris brutaux dans les bouches de métro et tu croyais que c'était la vie alors ce cri tout puissant ; ce pas grand chose à peine une manière de dire regardez moi j'existe et regardez comme j'existe mieux et plus que vous si vous riez c'est d'être nul plat grossier. Ouais, tu retombes dans ce passé là d'une photo. D'autres tu ne veux pas voir, les horreurs que tu as commises et l'orgueil pourtant qui t'y menait. Je l'ai fait et pourquoi sans goût sans volonté.

Buenos Aires, Quito, Santiago de Chile même avec l'accent sud-américain tu saurais les dire et même tu aventurerais ta prononciation jusqu'à Mexico et les charniers de Santa-Teresa.
C'est peut-être regardant en arrière et chiffrant cette quantité de regrets que l'on peut dire vraiment qu'on a vécu. Ce malgré tout et ce pourquoi pas non franchi. Peut-être tous vous moi et lui sommes de ce point du monde infranchissable. Cette décision ravalée.

Ai-je déjà voulu autre chose que vouloir ?
As-tu déjà fait un seul acte par conviction
parce que tu le sentais grouiller au plus profond de toi
le geste non-capturable le geste celui qui te dépasse
non, jamais tu n'as connu cette folie furieuse tu regardais
les autres vouloir vouloir pour toi parfois même
tu ne te laissais pourtant pas faire ta vieille main
et ton corps changeant tu n'as suivi personne nulle part
seul sans ailleurs

comment ont-ils fait tous pour polir la vie lui donner cet air bien propre tous les jours sortant du hamman, du spa ou du bain moussant.
Mais ta vie pas beaucoup plus crade. C'est ce que tu regrettes le plus je crois, de n'avoir pas été dans ces abîmes qui devaient t'être patrie, mère et destin. Tu as regardé le fond des fonds sans oser franchir la barrière, Saint-Augustin gardait la porte et timide comme tu étais tu n'osas pas demander ton chemin. Demeurer propre, ne brûler aucune bagnole, ne cracher sur personne, le casier judiciaire à peine une goutte d'encre dessus.
Alors rôdant tu te tus.
Tu te tus à vie.

Posté par boudi à 00:00 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,