C’est toujours l’Italie : Rome, Turin ou Palerme tout débute par quoi finit.
Les proses, les vies les amours tous en des bouges latins.

C’est l’Italie
Sous la neige, sous la ruine, sous la cendre. Turin, Rome et Palerme. 
mais non le glouglou amer de Venise qui n’est d’Italie mais de partout ; comme tu disais et Ruskin après toi.


La vie reprend C’est l’Océan dévorant la Manche. C’est Frescati couverte de suie ; c’est un éclat de rire de Palermo.
La vie reprend ;
 

C’est toujours l’Italie où l’amour se défère où l’amour se déferre.
Il y a le Colisée ce labeur d’hommes ; il y a ce labeur inhumain d’Etna et de Vésuve. 

Dans Rome antique l’homme vainquait l’homme et le lion le chrétien ; dans Rome Antique la colline engloutissait Pompéï.

C’est toujours l’Italie ?
C’en est fini d’apprendre le bridge et de jouer à la belote, c’en est fini des chemins de fer et les longues traversées marines elles aussi finies. C’en est fini des amours écarquillées par un mal de mer ou une chute au wagon-bar. 
C’est un peu moins l’Italie cet avion à la signalétique rigide. Un peu moins l’Italie la voix polyglotte qui parle au micro. Un peu moins  l’Italie ces visages qui ne sont pas vos visages.

 

C’est l’Italie ! L’odeur de chaud, les olives, le vin de Sicile ; pour commencer un verre et toute la bouteille de Nero d’Avola même ! C’est l’Italie le taxi où le chauffeur arrange son rétroviseur pour vous voir baiser.

C’est la fête, l’amour sur les brasiers des rues, sur le sable aïe si tu as enlevé tes sandales, la mer toute salée, le sable encore aïe si la serviette glisse ; l’amour dans la chaleur de la chambre, dans le tremblement glacé du climatiseur réglé sur trop froid.

L’odeur d’olive et de sexe qu’on laisse dans la chambre, la robe portée sans sous-vêtements, d’autres gestes de plus neufs et de très antiques. Et les tomates et le vin encore et l’amour encore tout l’amour hé ! d’autres lieux, d’autres mémoires ! La langue descend le long du corps immobile ! l’amour ! Amore ! Cette voix de toutes les langues ! Les lanières et les marques discrètes sur les corps ; et les traces moins secrètes au revers des cuisses. Les soirées alanguies quand toute l'imagination y est passé et qu'il faut attendre demain...

Et ce coin corné de soi-même qu’on défroisse
et son étendue t’étonne toi-même ainsi c’était ça
Le coeur et pas ce rabougri qui était tout son avoir
à ce demeuré de Paris

C’est l’Italie brûlante des peaux conjointes
Le sable plein les cheveux, alors
l’amour infini te montera dans l’âme
et vous irez loin ! bien loin comme des bohémiens par la nature
heureux comme avec une femme !
Italie, Italie hurlait Aragon


C’est toujours l’Italie et sous la cendre d'Etna un peu de Rome à peine de Venise et tout Frescati engloutie il n'en restera pas même les statues de Pompeï.


Et ici, encore, même ici oui, quand de retour. Ce sera toujours l’Italie, l’Italie pour toute la vie. Métaphore ou double astral du bonheur. L’Italie au secours des crises demain. L’Italie ce jour d’un baiser sans la langue pour jouer les prudes devant l’italien aux yeux vagues. Et cette vie comme une marée qui prend et ne rend pas. Cette vie comme une marée qui secoue et fait vivre. Dans les eaux salées la dernière goutte de passé se dessèche et meurt.. Ainsi il reste la vie, enfin. 


Moi ?
Je lis un livre ridicule « les 5 blessures qui empêchent d’être soi-même ». Il s’y raconte la blessure d’abandon prenant, pour se voiler la face, le masque de la dépendance. Dépendance ainsi traduite : les mots employés « absent ; seul ; je ne supporte pas » la définition «  Fusionnel, besoin de présence. Voix d’enfant. Pleure facilement. Un jour joyeux un jour reste. S’accroche physiquement aux autres. Psychique. Vedette. Aime le sexe. Plus grande peur la solitude. »

Moi, donc, je lis cette imbécilité d’un freudisme trépané - :). Aujourd’hui, comme très régulièrement j’ai envie de mourir. La mort, le suicide disons les choses clairement, ne m’effraie ni ne me fascine. Le suicide, bien sûr, exerça sur moi comme sur tous les poètes de ma trempe une attirance quasi-sexuelle. Voilà dans quoi le génie se réalise tout à fait, sa fin ultime, son oeuvre la plus grande.
Ah, on se consume brûlant mieux que dix soleils révolus dans cette mort. Conçu comme un sacrifice, quasi. Finito, baste. Sacrifice à quoi ? Au sacrifice lui-même.
Le suicide me dérange un peu en tant qu’il ressemble à un travail ; disons une opération de chirurgie très banale. Une appendicite d’où on retranche l’être plutôt que l’extrêmité infectée.

Cette fatigue d’un protocole afin d’assurer la réussite maximale de l’opération. le plus dur dans le suicide ce n’est ni la résolution ni la réalisation mais les préparatifs.

Donc, le suicide m’habite. Sans obsession, sans urgence mais nécessaire et inévitable. Si je devais m’en choisir un ce serait celui de Woolf. 

Celui de Woolf me va très bien. En costume trois pièces les poches alourdies de liqueur marchant dans n’importe quel eau jusqu’à ne plus y faire glouglou.
Je me sens carcasse. Privé pas d’un membre mais d’un fluide. Très asséché et la vie faillit prendre le dessus or j’ai refusé catégoriquement de sortir de ma survie pour tenter la vie.
Ainsi j’ai choisi ce lieu de mort définitive puisque je ne me vois pas d’autres sorts, à court terme, que la pompe funèbre. 

 


La Normandie s’était changée Bretagne. Rome et Venise devenant cette fois-ci Palerme la toute brûlée. 
C’est toujours l’Italie. 
 L’Italie survolée et de la lumière aveuglante sur les vitraux des Eglises et pour commencer de l’avion.