22 septembre 2018

Le suaire et toute lo'bscurité.

Vu le Père aujourd'hui. Sensation périssable. Quelques heures plus tard ne m'en reste que les accouphènes et quelques mots imprimés bouches, yeux, paysans, détresse ainsi que le halo périphérique de ces mots. 
Ma vie s'effrite. Le spectacle n'est désagréable ni à vivre ni à voir. La ruine a ceci de fascinant qu'elle laisse accroire une magnificience morte. Ainsi, ruiné, tout s'imagine. 
Probablement ne serai-je jamais tout à fait guéri. Aucune blessure d'où la douleur s'échappe. Une moue générale, une indifférence. A beaucoup trop j'ai renoncé et tout autant, un peu plus peut-être, j'ai refusé.
L'abîme se creuse. Pas une tombe. 
Je lis tout ce que je trouve autour de l'événement. Très méticuleusement, d'un travail d'archéologue patient, je tire de terre tous les fragments de temps constituant l'événement. Recomposant le squelette (est-ce moi cet acharnement d'os?) avec une minutie que je m'ignorai. 
Il faut vivre et revivre ces instants et ainsi les transmuter eux lourds d'horreur les faire d'une autre mesure ou d'un écho nouveau.

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Je ne m'en sortirai pas c'est toujours le même regard hagard dont je suis prisonnier. Je revois toutes les images lentes ou prestes se composer devant. En ordre ou en désordre. Dans un sens ou dans l'absurde. C'est moi, lorsque je me lève au milieu de la nuit sans mes lentilles et que je cherche mon visage dans le miroir. Je palpe le miroir comme une matière de méplats. 

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Il n'y a personne. Dans le vide je m'exprime. J'écoute toujours la même musique qui me rassure beaucoup. C'est un chant familier, une origine, une terre natale. Cette chanson me protège forme comme un sas entre la douleur et moi. 

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C'est trop tard. Il aurait fallu prendre le furoncle à la naissance ; ne pas le laisser dégénérer jusqu'à cette forme totalitaire. Désormais je suis sous l'emprise d'un événement face auquel je suis impuissant. Aboulique. Je ne guette pas la mort en vérité je ne guette rien. De temps en temps je jette des mots, des au secours déguisés en rendez-vous. C'est le silence, ce n'est rien. Ces jets là débordent de vie et dans ce mouvement là des doigts parcourant la surface plane du téléphone il y a tout mon désir, toute ma volonté.

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J'essaie de m'éclipser de ne plus me rendre visible. A rien ni personne. M'échapper dans le feulement du sombre. Me cacher, qu'on ne me sorte pas de cette retraite, cette lumière vaincue, ce moi dépéri. J'aimerais que l'on perde le souvenir de moi et ainsi, moi, à ma douleur mourir. Mais le soleil s'obstine à travers le rideau tendu. Alors j'existe. 

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Comment fait-on pour se démettre du monde ? Démissionner pour une promenade de quelques années dans un grand coin de silence et de noir. Une extrêmité à soi. Ce bout du monde ? 
Mais il y a toujours des gens. Je me souviens de ces voyages en rase-campagne où malgré toutes nos précautions des humains surgissaient. Ravis, eux, autant qu'ils me déplurent. Ca grouille. Et les espèces animales, les herbivores, les carnivores, les insectes à huit pattes, les faons et les coléoptères tous, vivants, plein d'un liquide rouge, jaune, vert. Tous et qui me voient, me sentent, me craignent, me désirent, me parasitent.

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Il n'y a aucune solitude.
Je ne guéris pas.
J'envoie mes mots au hasard 
qu'un bruit sourd renvoie
Ce sont des paroles ineptes
Des propositions pour rien en vérité
Rien n'est possible
Il faut prier l'ombre
Le fin fond des Eglises
Espérer sur soi le suaire
Et toute l'obscurité

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21 septembre 2018

Egalemejt.

L'événement que je garde, le nommant génériquement, dans le trouble ne fut pas en réalité un cas isolé. Il m'arrivait mais beaucoup plus jeune. Tout à fait inconsistant en ce temps là. L'événement n'est qu'une redite. 
De le conserver sous ce vocable vague le rend tout à la fois plus impressionnant et moins menaçant.
Il est commun, banal, de vivre avec des blessures de proportion et de profondeur variables. C'est à ceci que l'adulte se reconnait lui-même un adulte. Qu'autrement, tous sauf quelques curieuses exceptions, demeurons enfants ou adolescents tout le long de notre existence. Ne serait-ce ces marques là. Dicibles ou non. Partagées ou non.
Ma tendance la plus naturelle me mène à la dissimulation, au secret et qui sont d'autres métamorphoses du mensonge. Ou, à l'envers, le secret et la dissimulation pentes du mensonge. 
Ce qui me surprend dans mes nuits avec une régularité risible. Ce qui me surprend dans mes nuits avec cette risible régularité mais sous des tas de formes qui ne voilent pas la nature de ce qui surprend.
Et moi, dans la nuit, je fais face au retentissement de mon cri à moi. Du cri qui n'a pas su être poussé lorsque le devoir de la gorge c'était de pousser le cri plus fermement. Dans la nuit où la présence avec une régularité de bourreau me survient j'amorce le cri qui aurait du retentir il y a des siècles et des siècles.

Tandis que je demeure, le soir, à veiller solitaire une grande fatigue m'entretient. Je consulte du bout des doigts les livres posés sur mon bureau ou la table blanche de mon salon. Je feuillette puis m'impatiente. J'oublie régulièrement de boire le thé qui infuse encore dans la théïère. Je m'abîme dans le jour dont je ne vois pas vraiment le jour. Il y a longtemps que je n'ai pas bu d'alcool ni fait la fête. Des serres des serres me lacèrent les chairs à chaque mouvement. A chaque mouvement je vois le thé infusant dans la théière et que je n'ai pas bu et ce liquide très froid et pas parfumé que personne ne boira si moi je ne le bois pas.

Si l'on me demandait l'heure il serait toujours très tard. Je pusillanime dans la nuit. M'aventurant peu loin. Ressassant les drames. L'événement n'étant, et c'est pourquoi on ne le distingue pas d'une majuscule, qu'un événement parmi les autres. Par ceci j'entends événement d'intensité douloureuse plutôt égale.

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20 septembre 2018

Chemin de f(r)oi.

Toutes les nuits je me répète des mots terribles qui font le vacarme des chantages. J'essaie de dissuader un je ne sais quoi par le martelement de ces phrases là.
Le chemin vers la foi s'engage et je sens, déjà, sur ma peau l'eau baptismale. Cette fraîcheur d'imagination comme une blessure du sacré ou le cri du naissant.

Est-ce foi ou est-ce raison que de chercher à satisfaire  l'appétit en plongeant dans Dieu ? Est-ce foi véritable se jeter comme un assoifé dans la prière ? cette faim là cette faim inconsolable dans l'hostie enfin la taire ?
Toujours j'ai grouillé de ce Dieu indompté toujours débordé par des mers rouges
Et désormais que je m'avance moins frêle et plus sûr ? 
Dieu demeure furibond
Et pas encore son visage apaisé je le tins dans mes yeux
pas sa voix de tintement 
Ricanent encore les mots terribles 
qui gardent de l'effroi.


et la prière se murmure malgré moi mon coeur lui-même se met à la supplique. 
Chemin de foi pas à pas déroulé
De plus en plus clairement je sens des formes de Christ (est-ce ceci le saint esprit?) 

Posté par boudi à 02:40 - Commentaires [0] - Permalien [#]