26 octobre 2018

Tu te caches dans les nuées et ma main jamais ne surpasse la distance.

Tu te caches dans les nuées et ma main jamais ne surpasse la distance.


Dieu s’engendra en moi de par la croyance toute naturelle de ma mère. Il y avait Dieu qui coexistait d’avec toutes les choses du quotidien. Il se plaçait là, objectivement, au milieu de mon existence matérielle.
La croyance de ma mère est la plus simple de toutes les croyances. La religion y sert de prétexte, donne une forme concrète au simple de sa foi.
Elle prie régulièrement tel que le lui enjoint la religion qu’elle s’est choisie ou, du moins, la religion dont elle ne s’est démise. Celle qui s’engendra en elle-même comme en moi-même. Simplement. Dieu que nous héritons depuis mille générations.
Par maman j’ai cru en Dieu et ce pour la majeure partie de mon existence. Un Dieu progressivement échappé de tout dogme. Présence et chaleur ce Dieu là.
Enfant ma croyance s’exprimait en la même forme que maman. La nuit j’apprenais la profession de foi, la chahada qui suffit à devenir musulman. Incantation magique dont j’ignorais le sens tandis que j’en modulais le son. De la chahada je me souviens encore tandis que les autres, celles apprises plus tard, celles au final plus religieuses je les ai oubliées, je les ai oubliées jusqu’à leur nom. La chahada c’était dieu, simplement, que maman m’apprenait avant le coucher et que je redisais dans le lit superposé.Sur le point de transcrire phonétiquement la chahada je perçois l'ineptie de la démarche et me contente de chuchoter la prière à cet endroit du texte. La chuchoter pour moi-même avec un accent impropre avec des illisibilités.
La prière, cette prière, parce que je n’en comprenais pas le sens (la traduction on me l’a donnée mais je crois qu’elle ne m’intéressait pas) m’impressionnait et comme alors je trouvais pathétique tous les « notre père » ces pauvres mots qu'on pouvait trouver à l'identique partout. La chahada c’était la magie, c’était Dieu, c’était toute une Eglise.

Récitant la prière je retrouve un peu de ma foi d’enfant, le merveilleux qu’il y a à croire si simplement. Je souris.

Petit, à mon adoration de Dieu se mêlait un goût pour le diable ou plutôt pour le danger que représentait le diable. La menace permanente qu'il faisait subir à Dieu. Et lorsque je priais ce dernier avant de m’endormir au diable je rendais un hommage bruyant au diable. Plus vociférant que la prière.

Dans la nuit ce murmure « j’adore le diable » murmure involontaire murmure malgré moi voix qui me prenait moi murmure né en moi sans moi murmure qui prenait l’apparence de moi pour menacer Dieu en moi.
Diable qui était l’impossibilité de Dieu. Et la crainte que faisait naître en moi ce murmure ! La peur non pas des châtiments la peur de la mort de Dieu à cause de ce qu’il fallait choisir Dieu ou le Diable et que la voix du dedans choisissait. Choisissait pour ma plus grande horreur ce que je ne voulais pas choisir mais que je choisissais. Et j’étais effrayé moi de combien l’imploration diabolique dépassait en volume la prière. Comme elle était grande ma peur alors et ma peur interdisait à la nuit de devenir le sommeil. Et comme il fallait un grand effort pour pousser jusqu’au gigantesque l’amour de Dieu. Le sommeil c’était Dieu retrouvé. Et la bagarre toutes les nuits recommençait. 
Le diable, à 7 ans, j’en suis sûr me parlait. La nuit, il venait et me parlait, et je me cachais sous la couette en imitant le sommeil. Comme je m’en souviens. Il suscitait la même crainte en moi-même que celle mieux connue des cambrioleurs. Je le devinais non pas au grincement du parquet non pas au bruit métallique comme une porte qu’on force. Non, lui se devinait à cause de ce que les paupières closes je le voyais encore. Et j’avais peur et jamais alors je ne me soutins du secours de la prière. Et quelle prière eut-ce été alors ? La sienne ?


Puis je suis devenu vieux et mon ciel s’est dépeuplé et l’enfer s’est vidé. Je suis devenu pauvre pour de vrai dans ce matérialisme involontaire. Qui est comme l’objuration d’antan ; celle de malgré moi. Je pense souvent avec regret à ma foi toute facile. Il arrive qu’elle me revienne en pleine journée. Comme un éblouissement mais la lumière retrouve sa rigueur d’habitude et moi l’objectivisme.

Posté par boudi à 01:56 - Commentaires [0] - Permalien [#]