31 octobre 2019

Que ne s'en est il fallu que je sois bandit au visage de bandit

 

PS : je vois quelqun passer sur cette page et uniquement cette page. Comme si c'était la page par défaut. or il en est d'autres  bonne lecture (non)

Si la nuit je parle à des garçons venus des cités, des trafics, des banlieues toujours je m’interroge. A quoi cela tint que je ne me trouve avec eux non comme intrus, un olibrius ? A quoi cela tint mon usage tranquille du passé simple ou du subjonctif imparfait ? Mon impertinence quant à la concordance des temps ?

 

A 6 ans environ, ma mère m'avait laissé dans la cour de la cité de l’Europe avec Valérie (dont les deux parents moururent du sida peu après). Cette cour se situait au centre de la cité, entourée par les immeubles d’habitation formant cercle, comme clôture de béton et de misère. 

Ma mère pouvait sans peine du balcon veiller sur moi et notre insagesse.

Après avoir joué, je ne sais quel brigandage d’enfant, chat à deux, la course à cloche pieds…Sur la proposition urgente de l’un de nous nous partîmes, quittant l’enceinte étroite de la cité pour la ville, les routes, les voitures.

Ma mère, par la fenêtre, criait du 6e étage « najib najib » (c'est mon autre prénom et ce n'est pas moi qui ai choisi de m'appeler Jonathan au civil, à l’école, en boite de nuit mais mes parents quand j'avais 3 ans, par crainte - hélas mille fois confirmée du racisme partout. A la maison ils continuent cependant de m'appeler najib) je ne l'entendais pas. C’est elle qui des années plus tard me le rappelle encore. Le cri, adouci par les années passées, devenu rire. 

Nous partîmes. Pour rejoindre le supermarché Champion (aujourd'hui ces magasins la s'appellent Carrefour et celui de ce temps là existe, toujours ; maison d’enfance des urbains) et au milieu des rayonnages de bonbons, du haut de nos 6 ans bien trempés, nous nous assîmes, éventrant les sachets plastiques plein de biscuits ou de bonbons. Plein. Les mains. Débordantes. La bouche pareille. Rattrapant je ne sais quel temps perdu, anticipant les privations forcément. Celles infligées tout à la fois par les règles morales édictées par les parents et celles plus tristes, contraintes, matérielles. Dans le dépouillement des emballages, dans le « crunch crunch » avide. 

Soudain. La voix familière grande d’autorité. La voix qui rentre tard le soir du travail dur usant. Rugissement de mon père. Hurlant.

Avec ma mère, par je ne sais quel instinct curieux, ils s'étaient répartis la ville visant juste. L'un à Leader Price l'autre a Champion (a croire que chez les pauvres toujours chercher la liberté c’est trouver le lieu de l’abondance consommatrice)

Ce Champion nous le connaissions bien. A quelques dizaines de mètre de Jules Ferry, l’école où nous apprenions à lire. Un peu plus haut cependant, après une légère inclinaison du béton. Chose amusante, ça, une école au supermarché coalescente.

 

Surement ça s'est joué ce jour là. Que ma mère s'inquiéta et que c'était fini la possibilité d’errer ; ne restait que le passé simple.

Posté par boudi à 12:55 - Commentaires [0] - Permalien [#]


29 octobre 2019

17 MAI

La colère te prend depuis 13h17 environ, le 17 mai exactement ça a commencé. Tu ne te souviens pas, on te le raconte pas. Tu en sûr cependant. Ca a commencé exactement à ce moment là. Le jour de ta naissance, le 17 mai, il faisait 2 degrés à Tours. Ce n’est pas là-bas que tu es né, deux cents kilomètres au nord, mais ce froid tu l’as senti. Le cri, pour se réchauffer.

La noyade tu y tiens chèrement, souvenir, de l’apnée amniotique. Ophélie ou s’en sais-je, dérivant algues marines ou déchets urbains.
En attendant tu dors plus longtemps que prévu. De la journée comme du ventre maternel tu sors après terme.

Posté par boudi à 12:36 - Commentaires [0] - Permalien [#]

28 octobre 2019

Abou

on m'a dit
j'adore ton sourire
cette joie ironique
cette façon
de plisser tes grands yeux ronds
un peu trop rapprochés
ça te donne des yeux comme ça
un air d'animal étonné
pas traqué
tu laisses
cet éparpillement
à Abou
qui connut
il n'en parle jamais
le naufrage
le bateau renversé le au secours
dans sa langue natale
qu'il ne veut plus parler
ce qui lui reste de son pays là bas
loin
où les noyés en sursis
happent le désert
ce qui lui reste
de sa mère de son père
du village
c'est l'au secours
l'au secours poussé en vain
qui
qui
quand l’eau tiède de la mer Méditerranée
gèle le corps
about qui crie au secours
dans sa langue plus nulle part
en rêve surtout pas
au secours il disait
au secours
ce n'était pas un chant
ce cri c'était un cri le cri
s'il fallait trouver au cri
la forme initiale
instable
le cri le premier cri
le cri du nouveau né
cette fois-ci extrait
du monde aquatique
rassurant
au secours
un nourisson
abou

Posté par boudi à 18:41 - Commentaires [0] - Permalien [#]

27 octobre 2019

Le rocambolesque

tu as passé l'âge du rocambolesque pour rien
tu ne détestes pas vraiment ce que tu es devenu
contrairement à ce que tu aurais cru d’ailleurs
même tu en tires une certaine fierté
on peut le dire tu t'épates toi même
tout n'est pas toujours facile
tu vis tu aimes tu bois tu danses
plus important que tout
tu ne travaille pas

la liberté tu la conquières
patiemment
tu ne te jettes plus pour rien
la poussière a perdu de son attrait
pas ton insubmersible désir
c’est ce qui t’étonne le plus
n’avoir pas perdu le goût du merveilleux
4 h du matin
obsédante rengaine
tu murmures du bout des doigts
4h du matin
seules cloches vaillantes

si tu entends quelqu'un dire
« je ne crée que dans la destruction »
tu souris
tu compatis presque
ce n'est pas vrai
« je ne crée que dans la destruction »
c’est faire une phrase pour rien
voilà tout
se donner un genre pas cher

pour le style pas besoin de ces artifices là
rue saint-lazare tu peux acheter une pochette en soie
multicolore
une jupe plissée un col claudine
alors les phrases…

tu ne crois pas à la nudité crue
au principe de sincérité et d'honnêteté
la vérité te paraît toujours trop précaire
pour être une affaire sérieuse
peut-être qu'un jour tu ne mentiras plus
tu te seras trahi, tu crois, ce jour-là
tu ne sais pas

quelle heure est il ?

Quand il n'y a plus de bruit
tu imagines que c'est 4h du matin
tu es heureux comme jamais
comme un fou on dit
un homme de vingt piges
on serait tenté de dire comme un fou
un adolescent
tu guettes tu tends l'oreille
ce bonheur tu le connais
tu sais ce qui le brise
la première note du premier geai
le matin
combien de fois ce chant strident
n'a t il heurté ta vie
ce bec s'enfonçait
dans ton cœur vrillant
puis c'était le jour
autre assassin
nouvelle blessure

4h du matin c’est ce samedi d’octobre comme il ne s’en fait plus guère
nous étions au printemps forcément
moi davantage que toi
d’ailleurs

quelques feuilles vierges
tombées des arbres
la poésie s’achève avec la pluie

Posté par boudi à 16:08 - Commentaires [0] - Permalien [#]