24 février 2020

Chapitre 2

Mon Master 2 se déroulait dans le cadre de l'apprentissage. Je bossais dans la banque, dans la finance précisément et sur les champs Elysées. La vie qui se dessinait devant moi, morne mais financièrement heureuse m’horrifia un jour. La maladie prit sur moi son avantage. Et plutôt que me rendre au travail, j’avais pris une place dans un des cinémas du 5e. C’était un film de Fassbinder, je ne me souviens pas le titre. Par un amusant hasard le personnage, lui aussi, abandonnait son poste qui lui promettait pourtant une vie matérielle confortable mais lui promettait, tout comme à moi j’imagine, le désespoir et l’asséchement interne.
La maladie, que je ne nommais pas à l’époque, qui apparaissait comme le spleen, le burn-out, une petite dépression fut bien sûr l’une des sources de ma disparition. 




A la suite de mon départ l’un de mes professeurs qui se pensait littéraire et spirituel , avait choqué toute la promo en s’esclaffant « s’il préfère se faire enculer en lisant Rimbaud »
Son rire, cette sorte de rire de traître, je l’imaginais parfaitement. Je lui avais déjà entendu maintes fois. 
Ce type appartenait à la catégorie fort répandue des médiocres qui, pour paraître brillants, humilient les autres, souvent plus jeunes, plus timides en somme plus faibles.
Sa carrière académique ne valait pas grand chose. Il avait pu obtenir un poste de MCF en droit, ce qui peut apparaître comme un accomplissement tout à fait honorable. Le connaissant nous savions tous combien ceci ne lui suffisait pas. Dans sa discipline il demeurait un inconnu, un nain. 
Ne produisant rien d’éminent, n’engendrant aucun tournant conceptuel. 
Il était, chose honnie par lui, banal. Alors, pour s’en consoler, comme souvent les frustrés, il humiliait les autres, passait ses nerfs sachant son autorité et son magistère sur les étudiants.
Ses bons mots ne valaient franchement pas grand chose ; blessants, cruels…ouais. C’était tout.
Ni Voltaire, ni Foucault…lui uniquement lui ce qui devai le satisfaire au plus haut point et tout autant le désespérer.





Lorsque j’appris son injure (qui se doublait, belle grâce, d’homophobie) nous échangeâmes. 



T(rès) W(éhément) - Réaliste - Adulte Captur47



T(rès) W(éhément) - Réaliste - Adulte Captur46




Que savait-il au fond ? Son mail, tout empli de cuistrerie, mon dieu. Que savait-il au fond de ma détresse profonde, de l’envie de crever, l’impression chaque matin de me lever les yeux crevés devant les peindre dans l’apparence de la vie. Que savait-il lui qui avait raté ce qu’il convoitait. Lui, qui ne savait rien de ma détresse à moi et m’insultait tandis même qu’il savait ma maladie. J’avais déclaré, ignorant les subtilités du mal m’abîmant, une dépression. Sa basse cruauté, il devait encore l’exercer contre moi. Elle ne m’affecta pas. Le ridicule de sa rédaction, son style laborieux qui se voudrait fin le disqualifiait. Il ne pouvait rien contre moi - et pourtant faisait planer une menace si lui avait pu décider contre moi alors j’aurais vu ce que j’aurais vu


L’enfer, c’était la banque. Les petits rituels grésillant en moi, malgré moi, négateurs de moi. J’avais les cheveux longs, broussailleux, assez peu admissibles dans ces lieux là. Tous les matins, je les passais sous l’eau pour leur donner une forme à peu près conforme. Tous. Les. Putains. De. Matin.
La banque, Eglise merdique, nous inventait d’autres rituels. Traçait dans notre journée des points de passage et ce dès l’entame de celle-ci. 
En arrivant les employés étaient soumis à une procédure de sécurité très semblable à celle des aéroports. Je déposais mon sac sur un tapis roulant. Un agent de sécurité contrôlait son contenu grâce aux rayons X.
Puis je passais sous le détecteur à métaux. 

Par lassitude et parce que tout ceci m’apparaissait ridicule, je glissais souvent dans mon sac des sex toys et un coupe papier qui sous le scanner avait l’apparence d’une lame affutée. Ils étaient embarrassés mais me laissèrent vite en paix. Je crois que j’espérais toujours un nouvel agent. Je scrutais sa mine surprise. La façon compliquée dont il avait l’air de tourner les phrases dans sa tête avant de m’interpeller. Il ne pouvait pas prétendre n’avoir rien vu. Alors me demandait de quoi il s’agissait. Je lui proposais de les sortir. Il refusait.
L’enfer c’était la banque, ces rituels discrets mais sévères.
Le déjeuner se donnait dans un autre bâtiment, à une dizaine de mètres. Le principe voulait que le repas soit pris en commun. Je ne crois pas que les notions de team building furent évoquées. Elles transparaissaient cependant. A ce déjeuenr commun je ne parvenais à m’astreindre. Les conversations me coupaient l’appétit, l’angoisse, terrible, toujours me saisissait. Alors, très vite je me suis abstenu. J’errais les rues, les cafés. Souvent je prenais le métro dans un sens, puis dans l’autre pour lire. Tout ce qui me séparait de la banque me sauvait. Me refusant à cette discipline du repas commun, on me regardait comme un paria, un étranger, un type bizarre ce qui, à n’en pas douter, j’étais. 



Les vendredis nous devions faire un reporting de l’activité financière de la semaine. Je m’y collais. Il fallait imprimer des documents pour les ranger dans une immense salle où dix années de documents étaient stockés. C’était une obligation légale, on disait. Ce reporting. Il fallait tenir à la disposition du régulateur des marchés financiers, l’AMF, ces reporting. Sans tenir de registre je voyais mal quel type de surveillance pouvait être exercée.

Le contrôle. C’est le mot du travail. Discret, invisible, habituel. Pourtant, inévitablement soumis. Dès l’entrée. Dès le premier geste. Les cadres ne pointent pas. Payés au forfait il n’est nul besoin de mesurer leurs temps de présence. Mais la banque ne pouvait abandonner son pouvoir de contrôle sur les corps. Alors elle installa ces portiques, ces reportings, ces mots de passe, les déjeuners en commun. Ecrasés, définis par les objectifs, le rétro-planning. 





Les employés des boutiques de luxe, des parfumeries, des galeries prestigieuses lorsqu’ils quittent, à la fin de la journée, leur poste sont passés à la fouille. On s’assure qu’ils ne dérobent rien et, dans le même temps on leur rappelle leur position éminemment subalterne. Le soupçon intangible pesant sur les pauvres « vous êtes des voleurs, nous le savons et nous agissons en conséquence, ne le prenez pas contre vous, vous n’y êtes pour rien en tant qu’indivdu c’est votre nature on ne dira pas classe, classe ça n’existe pas vous savez, c’est fini ce temps là des classes » c’était ce langage des signes, les mouvements du vigile sur les corps.
Devant le client leur est imposé un style distingué, un dress code sévère qui les fait paraître, de l’extérieur, du dernier raffinement. La boutique close, sous les mains attentives de l’agent de sécurité, leur condition leur est rappelée. Brutalement. Sèchement. On les dépouille du chic artificiel. Les voilà si tôt la journée achevée renvoyée à leur condition de pauvres, de suspects renvoyés à leur salaire de misère. Renvoyés, pour les employés parisiens, à la grande banlieue. Tout signifie « vous n’êtes pas d’ici » vous êtes tolérés 35 heures par semaine. Ils ne sont absolument pas d’ici. Qu’ils s’estiment heureux.
Dans le job.

On les revêt un instant des atours du luxe et certains d’entre eux se prennent au jeu et agissent, dans la boutique, avec l’attention exquise qu’on leur exige. On les paie en symboles. La petite broche dorée de Sephora ou de Nespresso coûte moins cher qu’une augmentation de salaire, qu’une prime de fin d’année.
Il existe maintes formes de contrôles. Celui double, ici, du tailleur et de la fouille.

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Moi l'animal.

Voeu-x, porter les peaux de léopard vrai
Ensanglanté-es encore un peu 
De la chasse séchée
un peu de poudre ou-ù 
le froid métal laissant dans la peau l ' incision 
précise
par quoi butor
enfon$a profonde
lame
où balle
de
marines
avant de smuggle
tel carnivore 
dans la soute
rugissante
d’un coucou à hélice
je m’imagine paré ainsi des atours
du meurtre
devenant moi fauve
des villes des ponts
des chaussées
 
moi animal de l'animal
dos du crime le porteur
emprise féroce ouvrir
non mains et paumes
plutôt
à la bouche le désir
n
Vu : 23:26
Fin de la discussion
Écrivez un message…
Je n’ai plus rien à dire
comme les droits de la défense
me le permettent et même le prescrivent
je garde désormais silence

 

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20 février 2020

Un début de roman ou une nouvelle achevée

Lorsque le papier lui arriva par la poste il ressentit un grand soulagement. L’angoisse, qu’elle que soit la réponse, cesserait. Il avait sollicité la MDPH pour obtenir une évaluation de son état psychique et, si celui-ci entraînait une « restriction durable à l’emploi », l’obtention de l’allocation adulte handicapé d’un montant de 900 euros, augmenté, à Paris, de 180 euros versés par le CSVAP. Ce qui lui permettrait de quitter la précarité terrible où il s’enfonçait depuis quelques années, devant vivre de rapines dans le supermarché du boulevard de Rochechouart, du RSA et de quelques combines maladroites et inquiétantes. Il n’avait pas le goût de la frugalité mais s’en accommodait sans difficulté. Il ne fumait pas mais tenait dans le revers de son manteau un paquet de sobrani, cigarettes multicolores au bout doré. Prodigalité, malgré la pauvreté.  
   La réponse, positive, le rassura. On lui ouvrait des droits jusqu’à 20 mars 2023. Il avait le temps, un peu d’argent, l’aspect matériel de l’existence moins angoissant. Il maintiendra une certaine quantité d’illégalisme dans son existence. Pourquoi s’en navrer ?
   Il s’agit, au fond, de s’aménager des interstices de liberté face à un ordre économique scélérat.
Difficile à croire, ceci, que certains, par quelle étrange intériorisation du droit (et son assimilation avec le bien ; ou la crainte fictive de la matraque) se refusent à seulement imaginer le vol. Les riches, souvent, par l’ingénierie fiscale et la dissimulation, duplicité de leur nature, trichent et détournent la loi. Le font avec l’impression d’être dans leur bon droit, considérant le droit, lorsqu’ils en sont l’objet, spoliateur et injuste. Alors ils se font justice face à un ordre scélérat. 
La conscience claire et fière. 
Du côté des employés, des cadres moyens, de ce qui reste du monde ouvrier et des paysans. De ce côté là, la plupart du temps règne l’auto-censure, l’auto-contrôle. On ne triche pas et si on le fait c’est avec à la fois le vertige des excès et la culpabilité des repentis. Ne pas faire de vagues. Avoir honte. Leçon bien apprise. 
   Face à la procédure de surendettement qui les vise, les parents de Pierre refusent de mettre en oeuvre toute l’étendue des moyens juridiques à leur disposition. Honteux, ils préfèrent se taire, ne rien demander à personne. Craignant que leur situation soit connue de tous. Humiliés et offensés.
   Le père de Pierre s’est cassé la santé sur les chantiers. A la limite de l’accident de travail en permanence. Ne se faisant pas arrêter, à cause de l’abnégation qu’intègre bien les pauvres, la croyance ultime au mérite, le travail ça paie. Pourtant, malgré son dos cassé, les efforts à crever qu’il fit, il n’a rien. Il appartient à ceux-là dont on dit qu'ils ne sont rien. 
   De la dépouille de la sécurité sociale - de ce qu'on a pas encore dépecé - il obtient quelques infiltrations quand la douleur le cloue sur place. Comme ce jour où, seul à la maison, voulant se déplacer vers sa voiture la douleur le foudroya. Son téléphone, trop loin. Il dût attendre deux heures que la douleur se tasse pour se déplacer, en rampant, appeler le 15. Voilà ce qu’il a gagné.
Pas de vagues.
   Il devait chercher un emploi, on l’incitait à chercher un emploi. Il fallait.
La médecin, la psychiatre s’il faut le dire avec précision et dégoût, ne pensait qu’à son insertion professionnelle. Il allait toujours assez bien, son état suffisait toujours pour sortir du protocole de soin et des aides sociales afférentes. L’emploi, contre-point matériel à la chimie bizarre du traitement. Touche finale de l’hygiène mentale. Cerveau lavé, poncé.
Il pensait à ingérer toute une boîte de Xanax.
« Insertion professionnelle » ce syntagme répété à l’infini comme seule issue possible et durable à la démence progressive. Insertion professionnelle, répétée avec toutes les inflexions possibles. Autoritaire, douce, encourageante. Mais. Insertion professionnelle. Par une sorte d’acte manqué institutionnel, la structure vers laquelle on le dirigeait s’appelait SPASM. Il ne concevait pas le travail autrement.

   Insertion professionnelle. Il se plaignait aux autres thérapeutes de l’insistance de la psychiatre. Tant la stupeur lui paraissait grande, tant sa détresse le privait de toute initiative et on lui disait, pourtant, trouve un travail, un travail, un travail et le mot, l'objet lui provoquait désormais de violentes attaques de panique.
   Comme si le travail, le travail salarié constituait l’objectif absolu de tout individu civilisé. Comme si, déjà, le travail s’assimilait au travail salarié qu’il n’en existait d’aucune autre sorte (et le bénévolat ? et l’art ? et le travail domestique ?).
Comme si aucune activité ne pouvait s’investir avec une même énergie, aucun autre mode de vie se proposer, s’ouvrir, se créer.
   Comme si entre la dépendance économique aux minimaux sociaux ou aux aides sociales, comme si entre la solidarité nationale et le travail n’existait rien. Ou, éventuellement, un lieu périlleux qu’il fallait à tout prix éviter.
Une de ses amies, instable psychiquement, à laquelle n’était officiellement attribuée aucune pathologie mentale avait reçu :

Obsession. Partout. Les mêmes prétextes pour encourager au travail, sans prise de distance. L'environnement humain d'un hypermarché E.Leclerc où les pauses, mesurées à la seconde près, font quelques caissières se pisser dessus.
Là où ça sent l'urine ça sent l'humain.
   En rentrant, il passe à la bibliothèque municipale. Se dirige vers le rayon poésie. Rangée de crève-la-dalle, de délaissés, de paranoïaques pourtant ici, bien ordonnés, cornés, tachés à force d’emprunts.
   S’il avait fallu croire dès ce temps là les psychiatres, les normalisateurs nous vivrions dans un monde d’ingénieurs et de techniciens. Nous aurions peut-être des voitures volantes peut-être une colonie sur Mars mais de musique que le vrombissement des fusées en partance et de littérature seulement les affichages publicitaires.
   Il faudrait se résoudre à cette croyance absurde ? Se résoudre, jusqu’à sa propre négation, que la détresse peut se dissoudre dans le contrat de travail ? Que le salaire viré le 27 du mois sauvera de la détresse ? Que le CDI protégera des démences, que désormais aucune corde ne pourra s’enrouler autour du cou désormais ; qu’aucune lame ne pourra plus trouver la veine ; qu’aucune association médicamenteuse ne peut plus tuer.
 
Ce qu’on lui promettait c’était la mort à pas lents. L’ennui fonctionnel, le pourrissement attendri. Il ne s’agit pas, dans son cas, de moraliser le travail, d’avoir sur lui un avis général et péjoratif.
On lui exposait du travail une certaine nature et lui, connaissant sa fragilité mentale, la rejetait. 
   Antoine, lorsqu’on lui disait que tout travail était affreux, répondait que tous les mois, la somme sur son compte lui disait le contraire. Peut-être c’est vrai. Peut-être le bonheur commence le 27 du mois. Que le docteur ne veut que mon bien.
   Toutes les démences ne méritent pas l’internement psychiatrique. Il existe des structures ambulatoires appelées « hôpital de jour ». Les patients, après un entretien avec un docteur, peuvent s’y rendre. On leur propose des activités culturelles ou ludiques. Des repas collectifs. Une sortie au cinéma, la visite de musées, des jeux de société…une sorte de centre aéré des malades (pas trop atteints). Certains patients alternent leur présence entre l’hôpital de jour et l’hôpital psychiatrique en dur. Celui de l’enfermement, de la privation de liberté, de l’absence totale de moyens et des violences plus ou moins grandes plus ou moins constatées. 
   Bertrand, le visage long, les lunettes sur le nez, deux mètres, cent kilos collectionne les étiquettes des bouteilles de coca-cola. 
Je lui demande s’il continue sa collection il me répond oui il me dit aussi qu’il les a jetées à la poubelle. 
   La collection ne consiste pas, pour lui à constituer un stock d’étiquettes, mais seulement de collecter. Il n’entasse pas. Sa collection tient dans le geste de collectionner.
Il vit dans un foyer dédié aux personnes mentalement déficientes - on devrait dire neuroatypiques. Des éducateurs, formés à la gestion des adultes, organisent la vie du foyer. Un jour Bertrand m’annonça tristement "l'éducateur a pas voulu me donner l'étiquette pour ma collection" 

Je ne comprends pas ces cruautés gratuites.
De l'hôpital de jour la tranquille tiédeur menace.
Danger, demeurer là en ces endroits où l’on prévoit pour vous, où l’on organise pour vous vos relations sociales et vos repas vos sorties et vos distractions. 
 
– “Au dessus des citoyens s’élève un pouvoir immense et tutélaire qui se charge seul d’assurer leurs jouissances et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux”
 
Mais un danger pire, plus insidieux, d’une autre sorte en vérité : se confondre avec la maladie. Devenir, ce que j’appelle contagieux à soi-même faire se multiplier le mot de la maladie à l’intérieur de soi, se laisser envahir par elle et se présenter, désormais, avec elle. Comme un titre. Comme Docteur mais en fou. 
Contamination accrue par cet environnement consacré exclusivement aux soins psychiatriques. Où l’on vous simplifie à l’extrême où vous voilà classé, rangé irrémédiablement du côté de la folie...sauf en cas d’emploi salarié.
  • Je crois que c’est prématuré…parler d’emploi quand parfois j’ai envie de crever, quand mon humeur instable me donne des nausées…ou bien une énergie à renverser le monde
  • Mais sans projet vous êtes dominé par vos variations d’humeur. S’inscrire dans le temps long…ça permet de plus être conditionné par ça. Ca fait deux ans et de ce côté là on voit aucun progrès.
  • y a pas eu six mois de continuité dans ma vie depuis dix ans. L’absence de progrès…oui dans mon humeur pas dans mes projets
  • le travail pourrait vous l’amener. Le travail c’est la continuité. Une responsabilité envers les autres. L’insertion.
  • Oui mais ça c’est un discours que j’ai surentendu. J’ai déjà bossé et on m’expliquait que la dépression serait atténuée par le boulot, la répétition, l’ordinaire. Et moi je me suis barré après 17 mois. Sans prévenir personne.
  • Ici vous êtes accompagné, c’est plus progressif…il y a de l’aide en cas de secousses.
  • Ce n’est pas la question. Vous avez de bonnes raisons d’y croire. On a toujours de bonnes raisons. Tout le monde a toujours de bonnes raisons. Oui, dans une structure de soins on imagine bien des techniques plus adaptées… je suis pas le premier patient concerné ni le dernier à être en résistance…ça oui je le sais bien.

  • Bon nous en parlerons une prochaine fois.

   La douleur de l’affaire c’est de se sentir considéré comme une statistique à déplacer d’une catégorie à l’autre. A qui fait on face ? Une soignante ou une conseillère pole emploi rémunérée au taux d'employabilité de ses patiemployés ? L’importance c’est quoi ? Guérir ? pouvoir vivre ? ou occuper un emploi, c’est à dire avoir l’apparence de la rémission. 
Le projet ce n’est pas de rétablir les aptitudes du patient afin de lui permettre de s’auto-déterminer et de choisir patiemment, précisément ce qui lui conviendrait ; il ne s’agit pas de le réétablir dans son libre-arbitre mais de le faire dégager de là...
   Comme s’il ne fallait pas personnaliser le soin apporté, comme s’il ne fallait pas considérer un individu mais une donnée à faire basculer de la catégorie anormal à à peu près normal.
Ces discours n’ont rien d’originaux on les retrouve, à peu près identiques, à la CAF pour les bénéficiaires du RSA ou à pôle emploi pour les chômeurs. Il y a toujours urgence. Urgence à s’en sortir, par n’importe où, par n’importe quoi. Urgence à n’être pas ici.
   Urgence infiniment plus douloureuse au malade, au suffoqué, celui qui croit qu’il n’y arrivera pas, celui pour qui demain demeure une incertitude angoissante. Lui, son urgence, sa seule urgence est vitale ; sa survie.
 
C’est à se demander ce qu’il adviendrait s’il avalait une pleine fiole de poison. Que penserait-elle ? Que c’est toujours l’urgence le SPASM, le CDI, les ailes retrouvées ? Se sentirait-elle coupable alors de ce corps mort ou ayant tenté d’être mort ? 

   Beaucoup de malades comme beaucoup de pauvres ressentent une honte immense à leur situation. Il est rare que les patients indiquent leur « titre » de malade et aussi rare qu’il le leur soit demandé par d’autres soignés.
   Comme souvent, la honte force les patients à accepter des propositions insupportables, déplorables et inadaptées. On envoie Corinne, qui est intelligente et débrouillarde, en ESAT. Structure de réhabilitation par le travail, à ce qu’il parait. Elle voudrait apprendre la couture. Se former à quelque chose qui lui plairait un minimum. Elle emballe des paquets pour Amazon. C’est ça qu’on lui propose, par ça qu’on veut la réinsérer. Elle a un poste aménagé c’est à dire qu’on l’éprouve moins que ses collègues, je crois que ses journées s’achèvent plus tôt et qu’on lui permet davantage de pauses. Je suppose qu'un encadrant l'accompagne dans ses missions
 
   ConditionnementC’est ça le job qu’elle fait. Du conditionnement. On croirait parfois que la langue nous jette de grands signes de phares, conditionnement, spasm et nous ne voyons rien de ces alertes.
Alors, main d’oeuvre bon marché, subventionnée, plus ou moins efficace mais on s’en fout. La loi oblige les entreprises à intégrer un quota d’handicapés de personnes en situation de handicap…alors toute chose comptable mesurée c’est rentable. Corinne est le produit de ses calculs. Elle
emballe les paquets Amazon.
Elle se convainc que c’est pour son bien mais tous les deux mois elle revient à l’hôpital. Je me demande comment ces variations de situations sont traitées administrativement. Si on la rerange dans la catégorie ratée, s’il en est une spéciale  "presque" 
pour ceux qui échouent de justesse ou si on s’en fout, on fait comme si de rien n’était. La langue administrative connait bien des tours pour dissimuler la réalité. 

Je lui fais écouter Booba :
Tu voudrais que j'taffe pour le SMIC ? Garde la pêche !
En voulant chercher une citation du poète Raymond Carver, j’ai tapé sur google : « 50 ans aucun emploi poème » qui étaient les mots approximatifs du poème. Tous les résultats ou presque menaient au travail, à comment avoir un travail après 50 ans. C’est le destin, encore une fois, de l’être civilisé. Après 50 ans cependant, l’emploi parait chose un peu plus inaccessible…un accès restreint. 



« J’ai 45 ans aucun emploi imaginez le luxe que c’est
essayez de l’imaginer »
Voilà la citation.

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15 février 2020

Booba.

il s’est    é 
dans l’étang
il y a peut-être écrit : néant                                        
il avait sur lui quelques papiers formels, une plaquette de photographies tirées par le photomaton de la défense.
Sur les 5 visages Il en manque un. A la place un rectangle vide.
Ou bien ceci, le vrai visage à venir, ce vide en bas à droite, après cette répétition de 4 fois le visage du pareil au même.
Il tenait dans la main
son C.V sur lequel, à l’aide d’un trombone, il avait attaché sa photographie. Qui colle d’un peu de salive.
pourtant son corps jeté là
immobile
on ne     t
   
sa raison ni pire son                ge
c’était un choix.
 
 
le pourtour blanc semble étouffer
ce visage immobile
4 fois répété
muet
la bouche enclose
de fleurs lacunaires
ni jeu ni pardon
le corps étendu
de ce soupir pour jamais
retenu
la photographie n’a pas de voix
le CV ne rend compte
de personne.
c’était l’étang près du bois de boulogne
où les moustiques mutilent
et zozotent
à toi je parle désormais
toi qui hante et hante
l’interligne
toi 
      
c’est
      
rituel
<<>><<<<<
prends soin de la mort en toi
elle te chérit plus que tous les professeurs
certifiant tes aptitudes à poursuivre d
   gues     des
la mort en toi t’attend patiente
te profondeur
s’étend
mains froides
pourlèche
ta bouche
ne juge pas 
mains aimantes
toi aussi
tu connaissais l’amour
  ois pas
ne te dis pas de tout le délaissé
le chien abandonné le 27 août
le 88 888e animal 
de l’année 2019
toi aussi tu sais
l’amour mâche
la terre prépare toi au baiser heureux
de boue de cendres prépare toi
au bois usé doucement
ta douce caresse
d’éternité
....
...
..
.
-
vois poignée de terre par poignées de mort
tu es couvert
jusqu’à
éternité
poids suspendu
dont tu hérites
ta richesse
toi aussi tu aimes c’est pour quelque
h
o
s
e
 

la mort
n’a pas d’yeux
sans visage
n’est pas
le SMS reçu
le 15 février
annonçant la mauvaise nouvelle
tu bouchais tes yeux tes oreilles
en vain
la terre meuble
déblayée depuis des jours
tombe tombe eau
du déluge
l’étang
bourdonnant
pas ternaire des coureurs à pieds
pam-pam-pam pam-pam-pam
l'entorse des chaînes des vélos
sur le poignet
le tatouage
un petit oiseau
triste et bleu
les cyclistes tournent dans le virage
eux aussi porteurs de la mort à venir
l’ombre des pinèdes
quelques morceaux de verre
le soleil dépasse
              ges
        de  on salaire  ‘  t    r as  rance vie oh
    a - b   lbi

 

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13 février 2020

Des goûts.

Le frôlement de l’alcool, je me l’épargne depuis deux semaines et demies aujourd’hui. L’alcool n’est pas pour moi une dépendance particulièrement marquée. Son absence ne me pèse pas, j’y pense parfois, l’évoque et deux semaines et demies pourtant passent. Pourtant, j’écris ceci a alambic où circule le mot-ferment. Qui n’est alcool d’aucune sorte.

 

A l’ivresse, lorsque sa possibilité se présente à moi, je ne résiste pas. Aussi et surtout du refus, absurde exercice, de retenue et de tempérance. 

Regardant avec dépit celui et celle qui se donnent à peine le mal de mer, disant, avec ridicule je suis pompette. Le mot même dissuade de se maintenir dans l’état de ce mot là. Pompette et que peut-on dire de pire parlant de soi-même. Pompette et l’on a entaillé profond, profond, l’estime à porter à soi-même. Pompette et je croyais désormais la honte et l’humiliation choses révolues et pourtant ce mot là les concentre. Pompette.


Je vais plus loin, dépasse le mot pompette, loin, l’évite même.

J’ai goût de l’aventure et des Amériques, je crois que sûrement, Collomb et la bande traversèrent autant l’Atlantique que des tempêtes de rhum.


A l’alcool je pense cependant douleur, ni atroce ni petite, ni frustration autre que celle énoncée à mes proches pour la farce et l’attitude lorsqu’eux boivent.

 

Ce week-end, sans le remarquer, je suis demeuré à la maison, dans la chambre, passant au salon à l’heure des repas, à la cuisine pour remplir ma bouteille d’eau, dans le bureau, un peu, pour ouvrir Là de Robert Creeley. Mais dans la chambre surtout. Inutilement immobile, attendant que le temps passe.

 

La coutume était de faire la fête et danser jusqu’au matin deux jours par semaine et voilà que, sans alcool, ce désir et cette habitude s’éteignent, exténués, indésirés. Devenue, la fête, consubstantielle à l’ingestion sur le comptoir des alcools forts ou des cocktails parfumés.

 

Sans alcool on peut très bien s’amuser, aucun doute à ce sujet, mais je ne le veux pas.

/

Ce par habitude et pour le goût du désordre que j’affectionne tant.


La nuit, ces nuits là, je ne me change pas autre mAais moi-même extrême et très indifférent. Trouvant grâce Ce geste, retenu, sobre, non par pudeur et peur, mais par la maladresse excessive des non-hallucinés.

On trouve dans l’alcool harmonie ignorée : niée par trop souvent. Sorte d’adéquation temporaire entre le geste et la pensée. La forme et le reste.

Des autres, alors, je m’indiffère. Pas du genre à 

me fendre de grandes déclarations d’amour envers les potes et les anonymes rencontrés dans le hasard des rues ou des miroirs.

Je ne juge pas qui prend ces pentes. J’ai d’autres chutes, recherche d’une forme de silence - le mien.


Quelques inconnu-es me parlent et je leur demande, souvent, de ne pas le faire. Sans morgue, en souriant. 

 

Si je vais au fumoir, seul lieu souvent où l’on s’entend, c’est pourtant davantage pour être vu, être avec les autres, que véritablement y fumer ma cigarette. Ce n’est pas être avec les autres mais près des autres.

Dans ce lieu là s’est inscrit quelque chose de très rituel et très ordonné malgré l’état de dépravation dans lequel je me trouve.

Je sors, avec délicatesse mon paquet de sobrani, cigarettes colorées, qui s’ouvre comme, du temps d’antan, la boîte d’étain où les cigarettes brunes poliment se rangeaient.

Puis j’insère la clope au bout doré dans mon porte-cigarettes, dont je ne manque jamais de préciser qu’il est en argent, serti de grenat, depuis la main d’un artisan d’Erevan. Souvent c’est la seule parole que je prononce.


Près pas avec.


Puis, c’est au tour de mon briquet saint-laurent ou des mes allumettes du Ritz de produire de mon geste la flamme finale. 

 

Lorsque Catherine s’approche de moi pour me demander mon prénom, K. s’agace et s’exclame « mais en plus ça marche » non que l’enjeu d’être regardé soit d’être ainsi abordé puisque je ne souhaite pas converser. Pourtant cette situation m’intéresse pour la sorte de sexisme de K. qu’elle éclaire. Où les femmes, encore, se conquièrent par artifices, trucs, que tout geste soit geste de cette finalité. 

 

 

La promenade de mes doigts, le mouvement du porte-cigarettes à mes lèvres, tout le rituel concerne autant mon libraire, Julien, que Catherine ; ma soeur que ce type d’1m90 qui m’aborde pour médire des grévistes, croyant, sûrement à la vision de mon apparence que macère en moi la même mauvaise matière qu’en lui, aigre, tourne, tourne.

 

(en boite de nuit je me méfie toujours des hommes en chemise et je vous conseille de faire de même. On les décompose en deux types, ceux très ivres dont on peut imaginer qu’ils fuient je ne sais quoi et portent mal la chemise, accostent bruyamment et méchamment les femmes ; les autres, toujours sobres, au premier cocktail, l’oeil toujours pernicieux et perçant, en chasse et répugnant. Ceux-là ce sont les pires, vautours voyant en la femme très ivre, charogne. Méfiez-vous de celà)

 

Errance. C’est au milieu de ces visions, moi (pour)suivi avec érotisme ou sans, que je me déplace. Je n’existe que sous ces lumières cernées, peintes ou pas, ébahies ou non.

(je suis un effet d’optique)

 

De moi je suis assez satisfait mais je n’y prête pas une grande attention et ceci fait partie de mon jeu. Faire croire à ma très grande habileté au soin extrême de ma démarche, on croit mon négligé chic et ce n’est que négligé. Mes chaussettes ont des trous aux extrêmités.

 

 

(suis-je sauvé par tant de cris auparavant passés, de ces nuits sans sortie, errant petit chien perdu, suis-je sauvé d’avoir expiré, au final, dans les cris, les larmes tout le poison qui me hantait, déguisait ma gêne en arrogance, me faisait passer pour tout autre chose. on parle souvent de manque de coordination pour les maladroits faisant sur leur passage tout déchoir et j’étais en ceci disharmonique me présentant mal à cause de la grande peur en moi et mon apparence trompeuse me faisait subir des autres ô les quoilibets )

 

Avec l’âge j’ai acquis une grande aisance sociale qui fait ma mise en scène la plus désintéressée du monde. Son objet et sa destination ce sont les yeux et mon paraître. Je m’arrête à ce rebord là, il me constitue pure matière, pure Apparence. 


La très grande confiance qui m’anime diminue d’autant le sévice de ma prétention - je suis ce que je prétends. 

Je me démontre en m’exposant. J’existe, ainsi. Je suis lumière trompeuse, comme très souvent les choses passagères, et la foudre impressionne par la brièveté de son éclat

 

Pour rire, en dehors de la fête, je proclame souvent que je suis devenu de la plus totale superficialité ne m’intéressant désormais qu’à mon extérieur, mes yeux peints, délicatement, au crayon noir, relevé du geste épais du mascara. De cette grande farce moi aussi je suis le joué, le dupé, cette extravagance à moi même piège ô étreinte de mon foulard rouge en soie tout autre chose multicolore.



Et puis quoi ?
Je ne veux excéder ma forme physique. Face aux intellectuels et aux débats intelligents et rigoureux désormais je m’ennuie. Je les trouve artificiels et inutiles. Sans extase et dévitalisé comme les dents très mortes - et les matelots atteints du scorbut en savent quelque chose, ce sont les pires, ceux qui débattaient sûrement sur le Santa-Maria de la légitimité de la monarchie espagnole.


Lorsque très heureux je me disais matière.
Je m’espérais alors, et je vous souhaite un jour de connaître le même espoir, étendue de peau pouvant absorber sur une plus grande surface tout le vent vivant.

 

 

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09 février 2020

Auto-Commentaire

Je commente mon dernier poème.
Puisque m'a été fait la remarque et que j'aime apporter des précisions, j'ai une tête de quatrième de couverture.

Ca formait un duo d'avec mon poème qui portait ce comentaire en lui (était programmé pour le recevoir) ; un peu comme le feu pâle de Nabokov sauf qu'au lieu de s'opposer à un écrivain fictif l'opposition réside sur la dualité texte/voix (langage écrit/langage oral). Qui est un autre dédoublement, autre hétéronomie, plus métaphysique.

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06 février 2020

Ce soulagé

Ce qui a sonné ce soir à ta porte

ce qui s’est brisé comme la planche en bois

une absence

sous le couteau à pain

tu as poncé la table brune

les sciures les copeaux de bois

clair

tu as vu dans les sillons

des visages

nombreux

passés présents

d’autres inconnus

à venir pour sûrs

tu les reconnaîtras dans la rue

tu diras toi je t’ai vu-e sous le frottement

du papier de verre

le regard un peu borné

ce pas décidé

de ces rouleaux

fins de bois

comme

une bouche

timide

 

ce soulagement parfois de la place vide

cet espace à ton côté

le vent nouveau trait sans trahir

transparence de la 

matière

frottée

le corps

frotté

jusqu’à l’usure

la transparence

l’érosion par les vers

par les vents

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