26 août 2013

L'angoisse

On sort de l'angoisse
Comme d'une pièce étroite
Fermée du double-tour
De l'imagination et de l'oubli

On sort de l'angoisse comme d'une cage
et
le gêolier, distrait par l'été peut-être
Ebloui par la foudre, oui,
N'en a pas tiré la chaîne

On sort, un matin, sous le ciel neuf
Et des bottes de sept lieues à chaque
Battement de coeur
Font entrer le bonheur
Dans la vie

On sort de l'angoisse
Comme d'une caserne
Une permission offerte
par on ne sait quel lieutenant
Invisible
Mais on ne s'échappe qu'un temps
de l'uniforme


On sort de l'angoisse
Comme l'agonisant,
Parfois s'arrache à la douleur de son mourir
Et adore ces quelques secondes comme un Dieu

Il
Hurle les mots, les mots du miracle
et des pages déchirées
Jette toute sa force un instant revenue
vers le ciel
Enfin miséricordieux
Et ne se doute pas alors écarter par chaque geste
Les bras
Comme pour mieux retrouver
La croix

On ne sort qu'une seconde de l'angoisse
Comme le rêve n'échappe à la vie
Que le temps du sommeil

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19 août 2013

"Que m'importe les délices du monde ; je sens en moi toutes les Douleurs de l'Univers" Jésus Christ

Il y aura bientôt pour moi aussi une
Espagne des miracles

Au monde je suis déjà le spectateur d'un
Guernica moral
Une toile lacérée où
Les visages fument entre-espacés
Par de grands morceaux de vide
Une habitude dit-on, cette mitraille invisiblement
Tombée d'un interminable or-
Age
Toutes les figures ont perdu le sens du mur-
mure.


Je bouge devant la grande grande grande peinture
Cette lanterne magique, le monde
Cette gare bondée
Où sur les écrans publicitaires
la même image; toutes les secondes, reparaît :
Et l'on entend le survol des avions allemands
Les paniers renversés par la hâte
Des femmes raides, belles
Comme des forêts brisées par le

Feu


Les enfants à peau mate
Souriants
En chemin vers la mort
La drôle d'agonie
Pareille à la première extase

La ville transpercée
Le front malade
De l'aube

Et


Le poème mis en cendres
Avant d'avoir été écrit
Comme fermer les yeux
A l'approche des miroirs
Pour ne jamais voir 
Le reflet raté
La rime d'être.

(et d'autres disent
Comme fermer les yeux
A l'idée d'exister)

Il y aura pour moi aussi un
Chili

J'entends dans la mer les R roulés, 
scandés
L'accent souleveurs de jupe des buveurs de mezcal
Le mot amor tourmenté par une vague
J'entends sur la mer
Les pas
De ce Christ pour rire
Ce réincarné du sable et du sang
D'Atacama
(étonné par l'ombre gigantesque d'un Rio Brûlant, il lève la tête et découvre son visage gigantesque, mais habitué qu'il est à se mirer dans le ciel, à peine la surprise passée, le voilà à nouveau dans la poussière du monde)
Ce pélerin des grandes étendues gelées
Ce marcheur dans la toundra moderne
Parcourant le coeur humain, cette
Sibérie de marécage, tremblant
En ses paumes gelées il croit sentir
Les clous de l'an trente trois ressuscités avec lui
Et lui-même charnel encore et mortel encore
Mais à l'instant de la mise en croix
Alors se dit-il
"A nouveau l'immense chemin"
Et la foule revenue 
reconnaissable à cette puanteur toujours la même depuis
Deux mille ans
L'enfer même n'y changea rien.
"Mon père pourquoi m'as-tu abandonné"
Et il ne peut être le sauveur ; il n'y a plus rien à 
Sauver
Pas même moi.

 

J'ai le sens du

Destin

Et

Les boucles du 
Christ

Cette toute puissance étrange que
"JE"
Inquiet seulement devant les miroirs
brisés,
La mystérieuse prophétie
du reflet
Cet autre soi-même
Mis en miettes


Que m'importe le monde
En ce moi-même changeant
Prisonnier du chant et de la fable
L'Univers 
Mue Rampe Reflue
Bouge
Interminable
D'images

Je serrerai les dents cinq ans peut-être et quand l'habitude croira m'avoir pris à son piège, quand le monde entier, ce Guernica comme j'ai dit déjà tentera de me donner un rôle dans la difformité, quand tout sera asséché par tous les COMME IL FAUT du présent, quand tout aura l'air enfin à sa place et que la pièce -cet étroit chemin qui se jette dans une mer d'ordures- débutera, je m'en irai loin là-bas, dans mon
Espagne miraculeusement sortie des flots de l'âme.
Avec la marque solaire des vivants
Le coeur battant.


Cinq ans, j'étoufferai la voix, j'étranglerai le chant, cinq ans durant s'accumulera en moi la haine des plus pures altitudes. Cinq ans, je serrerai les dents aux railleries des copains qui diront "alors, ça y est, tu es là bas" cinq ans j'entendrai ricaner ceux qui diront "alors tu vois, finalement tu es comme nous, viens ici lécher nos bubons infections, partager nos perversions, te repaître de l'horreur confite". Cinq ans durant, oui, je serai exilé de moi-même, cette seule Patrie valable, où tout depuis toujours m'étonne et m'enchante, cinq ans j'irai hors du refuge de solitude, hors mes dents de loup, hors mes ongles de carnage, hors, hors moi-même pour aller au monde dépouillé de ma chaleur. J'irai oui, hors du naufrage intérieur pour accoster ces rivages sevrés de prières, pour toucher les pierres desséchées et inutiles des hautes chose, dans un monde où l'on ne bâtit de cathédrale plus que pour sanctifier les choses banales.


Cinq ans oui, et qu'importe le cérémonial du temps qui passe, le tic-tac, les points lumineux dans les cadrans, les chiffres digitaux, le rituel, les pages froissées des almanachs mais ah on s'est trompé d'époque, les commutateurs célestes -non des pièces au plafond bas!- tournés, je dis cinq ans parce qu'il faut désigner dans le ciel une étoile, je dis cinq ans comme une quantité mesurable et c'eût pu être une quantité de soleils, de précipitations, de cheveux, de larmes, de désespoirs, de théâtre mais quand débute le décompte, je perds l'instrument des mesures sensibles : mon âme. Cinq ans durant, je délaisserai l'âme (et elle ira son chemin profond, raviné, rencontrant peut-être d'autres formes infinies, le Dieu enfui du ciel depuis si longtemps et caché par un long manteau pour regarder les nuages nus -Dieu aussi a ses perversions. L'âme creusera le monde souterrain et muet aussi proche de la mort et du silence que de la nuit, découvrira au rebord de chaque instant des endroits dangereux, découvrira peut-être ce lieu d'obscurité totale imposée par la poésie élémentaire. Et l'âme reviendra en moi la peau brûlée des gemmes du ciel, les mains dures comme une pierre fervente, l'âme reviendra en moi, agrandie, blessée, immense amoureuse) (oui, je laisse à mon âme les yeux où se versent les soleils aux muscles brutaux : où marchent les pluies odorantes ; où la menthe fraiche pousse et rafraichit le rêveur un instant menacé par ses songes).
Le calendrier en voilà une chose comme il faut et sa face de notaire. Lui aussi , je le trahirai, et avec quel courage. Enfin, je trahirai avec le corps présent, je trahirai comme Christ se sacrifia, comme il se jeta sur la croix je me lancerai dans l'abîme, par ma chair vivante, mon hurlement et ma colère. J'imagine, dans cinq ans, la face des hommes contrefaits, lorsque dans un éclat de rire ou peut-être par un baiser sur le front, je dirai Voilà l'Espagne, et pour être compris de tous, j'emploirai les mots officiels selon la religion "Adieu, Démission, Meurtre, Suicide". Personne ne comprendra jamais (sauf, l'AMoureuse, mais elle est dans ce monde intérieur, elle vit en moi, sans aucune parole, et son absence, ah torture sensible, mais cinq ans durant j'aurai une complice muette, une AMoureuse, toujours présente dans le complot immense tracé dans une écorce inexistante) et l'amitié à l'inverse de l'amour ne confond pas les individus en une substance unique, ne les mêle pas en un seul nerf sympathique, ils demeurent déterminés en leurs individualités hostiles, en leurs puanteurs propres, en leurs haleines inutilement différentes, distincts toujours, distants hélas (et cette distance infranchissable est celle qui séparera toujours le juge de la justice ; la distance d'un baiser. Le juge n'a pas de lèvres)
L'amitié s'apparrente à l'entrée d'une pierre dans l'eau calme ; l'ami alors est le cercle concentrique le plus proche du point de pénétration mais sans jamais pouvoir être confondu ni avec la pierre, ni avec "l'endroit brutal du choc" (c'est à dire respectivement l'être du dehors et l'être du dedans). L'ami le mieux intentionné, né d'un heurt ancien dans une source toujours neuve ne comprendra pourtant jamais tout. Parce qu'il ne peut, étant lui-même, pierre, c'est à dire "JE" admettre qu'un autre choc, qu'une autre force, qu'un autre poids, entre dans le monde avec un fracas au moins égal et le produise lui, ami, comme conséquence alors qu'il est convaincu depuis toujours d'être la cause de tout, la pierre dans l'eau. Enfin, l'incompréhension tient à ceci que chacun, même le moins violent des hommes, pénètre dans l'eau à sa façon, avec sa forme sensible et son poids particulier lourd ou creux de toute une Histoire propre. Toute substitution est rendue impossible, par cette seule spécificité, et l'empathie entre des choses si différentes par leur nature, leur force, leurs allergies, devient impossible. Et le baiser, seul apte, à tout réconcilier n'est plus possible depuis si longtemps qu'on se demande si les hommes ne s'embrassèrent jamais.


Alors. Cinq ans durant, les camarades pris comme des soi de rechange (un soir qu'on crut de pleine lune, mais on y voyait seulement grâce aux pierres blanches, semées partout), s'écarteront en mots en gestes, leurs visages s'entrecouperont de ces sortes de rides qu'ils croiront eux des paroles et des gestes, mais que je saurai moi entendre comme la forme concrète de leur incompréhension. Le cercle concentrique le plus lointain fut un jour le plus proche. Cinq ans, je répondrai et se peindront sur leurs lèvres droites tendues (la forme épaissie du mépris) une espèce de dégoût inspirés par ce qu'ils nommeront je crois UNE TRAHISON.
Tandis. Que je n'agis ainsi (le mouvement a débuté en moi, et je vois la couleur tiède des changements envahir le matin, avec son front d'enfant malade) que pour l'infini le plus haut et je trouve des indices de l'infini dans ce monde infect, A SA PUANTEUR MEME, JE TROUVE DANS LES EGOUTS DANS L HUILE USAGEE UNE TRACE DE LA BRULURE PRIMITIVE.
Mais je n'agis jamais qu'en moi-même
Pour moi-même
Afin de satisfaire toutes les images
Oui
Accueillies, offertes, Douloureuses
Quand les Narcisses de Pacotille s'admirent dans les miroirs minuscules du poudrier
Je vais me mirer
Dans l'Océan
vidé
(tout est découvert)

Cinq ans pour fouiller tous les désordres tranquilles, trouver la force incroyable, cinq ans pour arracher à ce désert de la vie le mirage puissant, l'eau du cactus nourri de songes et l'ombre des femmes empoisonnées. Cinq ans, je boiterai comme tout le monde, claudiquant de l'âme, de la parole et du destin. Digne d'Espagne, je m'inspire des pas mortels du toreros et à la fin le sang m'éblouit.
Quand il faut crier, je tremble. Je sens en moi cette révolte du sang, la tension de la force. Cinq ans, oui, je serai un misérable, une de ces formes soldées du vertige, je grimperai par l'ascenseur la falaise imitée pour arriver au plus vite à cette hauteur FALSIFIEE, et au sommet je l'éboulerai sur le monde qu'elle toise. Le néant écrasé par le néant. 


Cinq ans, pour trouver
Mon Espagne
Partisane
Fasciste
Que m'importe
Tant que l'Univers remue encore

Eclate en deltas profonds
Se sépare
En branches chargées
Des couleurs d'amour

Tant que l'Univers dévale les monts calmes
jusque dans le Je, infini
Torrentiel

Mais la jeunesse renaîtra autrement
J'en ai gâché la première forme
Qui me tomba dans les mains
Sans que je ne sus quoi faire
De toute cette beauté desespérée
Mais l'Espagne, dessine doucement
Sur la carte mentale
Ses frontières nouvelles
Et la jeunesse, ma jeunesse
Se forme
Dans cinq ans l'enfant aura la force
Du voyage
A travers le grand désert
Des âmes

 

 

 

 

 

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15 août 2013

A l'horizon, ., ton image

J'exige les baisers cruels
jamais offerts
ou
Si parfois, peut-être, dans une vie à ce point oubliée
Qu'en se penchant pour y voir
La nuque se tourne, douloureuse et
La vue vient à manquer

Des baisers
d'il y a si longtemps
Qu'on ne s'en souvient plus que par les
Photographies

 

L'eau chante dans la bouilloire, l'expression te ressemble, elle a ton âge
Et le percolateur (ou l'amour) t'est aussi familier qu'à moi-même
Le café instantané

Le temps a emporté les nuits de ta jeunesse
Hors du monde et de ta mémoire
Hors du monde et de ta mémoire
Tes nuits démolies, démodées
Ont été emportées par le temps.


Tandis qu'en moi
L'inspiration
monte, monte comme une nuit vengée, un crépuscule sauvage
Les crocs du fauve dans le langage
La grande carcasse du ciel
La crinière tachée
de mélancolie parfois
De grêle et de fleurs demain.

 

Ici, le sang s'arrête un instant. Tout à l'heure, autrement métamorphosé, il reprendra l'histoire. 
Tout à l'heure, les mots paraissaient la mauvaise herbe d'une mémoire, la pierre effritée des vies trop longues, les mots semblaient...mais
Les voilà changés par la maladie ; la mauvaise saison débute où tout se change en désert. Une suffocation. La toux tonne dans tout l'acte et les tuberculeux, en retard, enfuis du sanatorium prennent la place vide du choeur. Enfin, de la musique.

 

 

Je reconnais ton odeur et je remonte la piste avec les doigts mais déjà tu te méprends tu imagines à mon geste je ne sais quelle intention
frivole
comme si une
Caresse maladroitement
Prononcée
déliait mes phalanges

Tu imagines mon doigt parcourant l'espace entre nous
A la recherche d'une réalité
D'un de ces débris,
un mot de tendresse
le langage cal-
-caire
Tu imagines tout ceci
Parce qu'un jour tu m'as entendu
Demander le retour de mon enfance partie dans je ne sais quelle foule
Avec mes premières dents
Tu m'as entendu demander les gestes de la sensation
Pure
Tu as cru tout comprendre
De mon vouloir des baisers cruels
Mais je les exige exaucés par des lèvres
De drame
Une bouche
Tendrement bleuïe par la marée
des songes
je veux cet instant de toi
Où tes paupières changent
en la pierre
Stricte des Morts

J'aime l'odeur dans tes yeux, cette pourriture extrême qu'on appelle
L'âme humaine
Une eau bénite
Dans une Eglise déserte


et toi accroupie dans ce silence lointain, toi dans cette nef sans bruit,
tu n'entends pas le froissement de mes os contre l'idée de tes mains
Tu n'entends pas ma prière sans cesse interrompue par l'aube
Ni la nuit errante, pourchasée par le jour.


J'ai suivi ton parfum jusqu'en

La fin étrange du monde

Cet endroit de miroir, infranchissable
Eau close à la force, la colère et toutes les chaleurs
A l'infini encore je bute sur l'ombre de moi-même
Reflet de vivre
Triste reliquat d'exister
Un "Je" manqué.

 

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11 août 2013

N'être au monde qu'une chanson passée

Oui. Je suis comme ça. Les mains tachées de feu
Un volcan pour rire

Ma voix arrachée de l'écorce terrestre
Du noyau brûlant, du langage paniqué
Prononce des mots de fièvre
Et d'angoisse



Abandonnez par pitié ce port de tête instable, cet air souvent que vous prenez comme si vous n'étiez au monde que pour passer. Solitude, peste de notre siècle, épidémie mentale. J'ai vu dans tous vos yeux mes épouvantes et je connais je crois le tremblement de vos nerfs, le murmure comme une prière païenne au lever des cauchemars. La neige fanée, rosée étrange des paniques, coule sur le front ; à cette heure des aubes et des ombres, la saison la pire, le froid mortel comme un adieu, hante la vie. 

Mais c'est toujours la solitude arrangée de miroirs, augmentée de reflets, ces pauvres Narcisse sans danger -une bosse contre l'eau dure du psyché.
La lumière contrefaite des amours qui ne sont pas toi (et les deux premières lettres d'AMour, ton prénom pris au piège des diffractions), drôles de bougies ces corps froids, lumière glacée, plus inquiétante parfois que la nuit enfantine.

En ta présence
Hurler
Hurler
Passer sur les lèvres amantes
Les morceaux épais
Le métal dur
La pierre sèche
De la vie
Ces formes connues
De ferveur



Vous parlez de vous comme muni d'un pouvoir incroyable, mais votre pouvoir immense c'est le sable inutile des déserts.
La lumière imbécile des cages d'escalier, l'alcool et la voix aiguë.
La nuit à pas bruyants il vous semble entendre des mots d'amour. Des paroles hurlées. Vous dites. De vos gorges enrouées. Vous prononcez l'angine blanche. On appellerait HURLER cet appel au secours ? HURLER. ?
Vos voix me paraissent le cri des gibiers traqués. Un coin d'ombre et de chaleur et vous le nommez Amour. J'ai nommé moi aussi ces caves insalubres, ces déserts sensibles, ces flaches d'eau croupies, j'ai nommé moi aussi les ombres de ces lieux du nom, oh prenez pitié, d'amour. Je prenais un râle d'égorgé et le claquement des fouets pour l'Opéra. Ah, je croyais reconnaître dans le faux accord des muscles, le point incandescent du langage. Qu'était-ce ? Du temps perdu. Et le temps perdu porte des prénoms oubliés, des initiales mal effacées -les rides de plus tard.

(sur le visage des vieillards se déchiffrent des prénoms enlacés, les caractères du temps perdu)


Jadis les cailloux trouvés dans le noir sentaient bons le chant des fleurs recluses
Mais aujourd'hui est un champ de parfum, un grand ciel et toute la
Nuit
Entrecoupée de foudre
Et de mer heurtée

(comme on se souvient des mensonges du temps passé ; ces marques inconnues dans l'argile sèche, ces miroirs de plâtre, ce monde de verre brisé, de douleurs apprises par coeur et récitées le souffle court. Un mauvais livre vaut mieux que ces amourettes)

Vous êtes seuls. Seuls dans la décadence et seuls dans la peur. Seuls seuls, seuls, seuls dans le grand vide des mots, dans la soif féroce des images. 
La poésie tombe d'un autre ciel ;
En orage de grêle

Mais pauvres bourreaux, le "JE" par vous traîné à la torture. 
Votre narcissisme étroit, blasphème 
On l'entend aimer le
Reflet d'un miroir de poche


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09 août 2013

Tu entends

Tu entends ? 

On dirait le ciel
Qui marche 
dans le miroir
Comme dans une mer
Hantée

Il est comme je serai tout à l'heure
Quand cet étrange moi sera né
Ce reflet tiré
de l'eau heurtée par la foudre
et le feu
Ce moi-même dans les songes
Accouché par l'orage
Surgi
des nuages pur-
-gés

Tout à l'heure quand j'irai parcourir l'absence de toi,
Le désert dans la tête et les mille formes de sécheresse
Et seulement les sources où tu te mires désaltèrent cette sorte de soif
Tout à l'heure comme parfois je croiserai la sensation de la mort

Tu entends ?
La pluie très tardivement tombée
Comme un pas somnambule
Foulant le silence
Tu entends ? 

Un bijou détaché
Un cristal perdu
Un foulard dénoué
Les songes forcés

 

 

 

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03 août 2013

sans rugir

je ne peux sans rugir laisser dire que vieillir comporte ses avantages comme je ne pourrai le laisser dire des pires saisons avec leurs sapins bariolés, leurs fêtes, leurs solstices de noir ; il y fait un froid de missel, un froid de croyant comme dans vieillir.


Je me fiche de la lumière dans les yeux des vieillards et ma vocifération prend ce tour là ridicule pour toujours, cette outrance de cabotin. J’aime les brûlures, le ventre cerclé de rouge -je porte entre le nombril et le pubis un signe d’amour, une marque fragile ; souvenir banal d’une conjurée- par le bavardage calciné de l’enfer.
Je serai
Un grand incendie dans un minuit de janvier et de gel
Changé en brasier je tolérerai 
L’existence nocturne la moins miséricordieuse.

(mais tout ceci ce sont des mots et quoi choisir entre deux mauvaises herbes ; entre la parole et le tremblement. Laquelle aux flammes obscènes et laquelle mêlée aux chardons ? Qui peut ? On se trompe toujours. Je ne suis pas un paumé, je suis un désespéré heureux. Dans la vie je flâne et je paresse, longtemps j’ai cueilli les fleurs inutiles ou recluses, longtemps j’ai trouvé beau les cailloux parce qu’un instant ils retinrent le regard d'une amante. Précieux, précieux de ses yeux décomposés).



Vieillir...
Mais moi je suis devenu fou, fou terrible il y a quelques années déjà quand autour de moi chaque personne se changeait en adulte comme si une épidémie de la peste la pire ravageait toutes les jeunesses. Et les âmes, les âmes flottaient comme des angines blanches, s'agitaient tourments insolaires.

Moi avec mes yeux de fou je les imaginais se lécher leurs bubons infectieux, se transmettre en baisers leurs salives perverses et leurs secrets contagieux.
Je les voyais vieillir
C’est à dire
Sûrement
Vivre sans rage
Guéris de la tempête primitive
Le coeur joli et dangereux
Prisonnier
Comme un lion de dompteur
Dans le cercle de feu



A quelle vitesse, avec quelle hâte n’ont ils atteint les abysses hantés de l’habitude. Se lestant le cou pour y parvenir au plus tôt, et à ce point de vase, prononcer les formules d'une religion inconnue. Dire une langue stérile, de pierre, d’édifices publics dire pour les fantômes. 

Mais j'aimais avant de devenir fou le mot d'amour
Le mot d'amour bruyant
Et son fracas
Son sable
De mouvement
J'aimais le mot d'amour
Dévié par le regard
De D.


J’aimais Diane d’un amour dangereux parce qu’elle avait les yeux les plus étranges de ce temps. Un loup peut-être, mais assoiffé alors et malade d’une maladie de loup -et peut-être suis-je écrivain mais vétérinaire certainement pas, alors je dis une maladie de loup, une maladie avec des dents ébréchées et le pelage un peu râpé comme d’avoir marché longtemps dans une forêt étroite de pins et de branches ; aux arbres toujours plus bas semblable à une nuit tombante -et la forêt ce sont mes cheveux et le loup de ses yeux s’y est promené, emmêlé, écorché, entêté.

Vieillir, vainc jusque dans ses mains. Vainc oui avec cette sorte d’orthographe  à la mèche défaite.

C’était un soir, une presque nuit, et nous dînions. Ils organisaient des dîners, eux, les adultes et j’y participais. Et ce jour dans mon assiette je vis comme une espèce de cartilage et dans mon verre un bâillement éventé. Mais personne ne protestait et mes yeux horrifiés personne non plus ne les remarquait. Le langage sénile persévérait dans l'incontinence. Et moi, moi, je me suis senti mal comme au bord de mourir, comme au rebord d'une autre vie, comme debout, là, sur une falaise, mais sur une falaise sans vertige, une falaise qui donnerait non pas sur du vide, non pas sur du néant, une falaise qui donnerait sur l'absence.

Je suis parti. Après tout ça, je suis parti pour fuir ce monde de rides, de pièges, ce monde d’ennui.


Je suis parti en Asie quelques mois, suspendant mes études, abandonnant la langue. J’errais dans la jungle tropicale, sur les plages, je me peignais en presque soleil avec les couleurs trempées de mousson. Mais je ne vivais pas non plus. 

J’ai revu Diane il y a quelques semaines, ce que je raconte c’était il y a deux ans, il y a deux ans j’haletais mimant l'effort de l'acteur, je souffrais avec quelles pâleurs oubliées..


J’ai revu Diane et oh visage de carnage
Vitrail brisé

Ô ma très sainte Diane saccagée 
Par ah je sais très bien l’hérésiarque
Le poing sacrilège traversa de haine contractée
Le souvenir

Et l’on peut dire d’elle présente
déjà

«elle dut être belle»

Mais les miroirs déjà n'en ont plus qu'un souvenir
Un certain port de tête peut-être
La rondeur encore neuve des épaules
Mais le reste comme un naufrage
Un navire couvert d'algues rutilantes
De coquillages pétrifiées
Gigantesque avarie.

Ce visage comme il a plié sous les pas d'oubli, de l'oubli lourd comme un soc, l'oubli entré profondément dans cette vie toute couverte de tourbe et d'argile fanée. 

 

J’avais juré au plus triste de mon amour -longue, longue et inutile chanson- de la préserver intacte dans la mémoire.
J'avais juré sur les lettres d'amour de garder en moi-même son visage vierge des outrages mignons
Promis, promis d'ignorer les paroles des miroirs volages

Promis promis de résister mieux que l'encre des photographies
Où le portrait déjà a couleur bleu 
et sévère.

J'avais cru ma folie l'ambre la plus précieuse
Mais je croyais aimer
Et ce n'était que le mot d'amour.

Aujourd'hui voilà comme résonne aimer :

 

Mais pour déchiffrer ce langage il faut d'autres yeux.

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Pour le mot d'amour

Par amour

pour le mot d'amour en vérité

C'est à dire
Le ventre altéré
Les mains affamées
Toute la douleur concentrée en un seul point
La bouche ou bien le regard
Ou plus en détail
Les lèvres et les yeux
Ou plus sensiblement
Dans l'odeur bruyante
Du cri des pleurs
et de la haine.

Regarde

Ma peau a passé de mode
Mes yeux sont d'un autre temps
Anaïs hier m'a parlé 
De sa mort prochaine
J'écoutais émerveillé cette matière précaire
Ce corprs délabré, pourrissant, ce corps à ce point crépusculaire
D'eau morte, gelée, d'eau noire, de tourbe
Emerveillé
Comme enfant imaginant le bruit menaçant des stukas sur la campagne française

Les femmes abusées et leur air de morte

Les enfants troués par une mitraille au hasard semée


Les officiers allemands au moment de jouir
Beaux et sévères

comme leurs cousins
Bourreaux du peloton d'exécution

avant de faire
FEU

 


Mais j'ai perdu le temps présent
et
le mot d'amour
Je remonte la pousisère méntale
La farine des jours
l'effort de la meule
Sur la vie
La parole broyée
Sur les blés et l'orge
rongés

 

J'en étais à je ne sais quelle syllabe déjà perdue
De mon gémissement de jais
Je te parle à toi oh il y aurait à dire encore
Pour ton air noyé, quand tu te couches dans les draps
A la recherche de la mer
A te dire, quand tu t'apprêtes à 

Mais un je ne sais quoi t'arrête
Un souvenir peut-être
Qui te fige comme une peur

 

Pour le mot d'amour, moi :

J'ai traversé des étendues de désastre, des chemins de cendre, des années entières de neige. J'ai traversé des époques d'angoisse. Toute la France et le monde en entier. J'ai parcouru j'allais dire le vaste vaste monde comme s'il était tout un, le vaste monde des objets et le monde aussi intérieur des douleurs. J'ai parcouru toute l'étendue du langage ; j'ai atteint l'abîme du silence.


J'ai marché contre le miroir, buté sur le miroir, fasciné par paysage réflechi mais ce n'était que la lumière contrefaite, que la faïence de la salle de bain mal comprise par la surface polie. Ce n'était pas les seins de Marion, pas les yeux de Diane, pas les mains d'Elise, pas, pas, pas. Ce n'était qu'un mot d'orgueil. Une sensation, un reste crédule lentemant fanant dans ma barbe.

Dans le mot d'amour
Miroir falsifié

J'appelais cet autre-moi, ce double tronqué, cet être de froid 
Marion, Diane, Elise
Et j'aimais du reflet cet

air de jeune homme éternel 

Sa pochette de crises

Pliée dans la poche

Ou froissée peut-être

mais comme une

croyance

J'aimais, j'aimais

Ah ses cheveux, ses yeux, et le bruit de foule dans ses pas

Je voulais être celui-là

Narcisse de pluie fine

Etranger, je me suis plu étranger.

 

J'ai cru comme toi ah moi aussi
Mesurer mon amour au sonomètre


Exposer brûlures et décibels
Gorges enrouées des lendemains 

De haine
Comme  preuves d'amour.

 

L'amour qui n'est pas un mot

cette chanson sans paroles.

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23 juillet 2013

Le désert d'Atacama

Je suis volage jusqu'aux plus absurdes compromissions et mon coeur bat et bout dans cette poitrine de carnage, d'incendies ou de suffocation. Aujourd'hui la peau tâchée de mort du code de procédure pénale, ses cheveux teints en sang, son langage d'incandescence, de chiffre, d'angoisse. Son interminable litanie d'être et ses mille façons de pute bourgeoise me paraissent la parole enfin déchiffrée d'une amoureuse. Je suis une femme frivole et la robe noire de ces presques nonnes, ah comme je la vois bien se soulever dans la poussière de nos procés-flamenco intentés au ciel pâle, aux anges de poussière et de miséricorde. Je me vois devant les miroirs dans l'habit de ces tragiques, tragiques seulement dans ces Eglises pour de faux -et les plaintes des condamnés unies aux pleurs des victimes, orgue vivante de nerfs, tonnent comme le cri d'un Dieu crucifié-

Par bonheur hélas, bientôt je longerai les ruines douloureuses d'Amérique. Loin de l'Europe où l'on sait trop bien mourir.
J'irai parcourant les crevasses du Mexique, ramassant le sable meurtri par les pas des pumas. J'irai crever de soif, piétiné par la course des mirages du désert d'Atacama. Les nuits dureront peut-être couleur d'insomnie, dureront peut-être glacées et dangereuses comme le cerne d'un poète.

Dans ces contrées sans dompteur, je réécrirai la loi pénale. Je désignerai le ciel immense, vide ;  je désignerai l'océan profond, abandonné ; je désignerai le désert interminable, dépeuplé. Je tracerai avec mes pas dans le sable chaud et innocent des prénoms d'amoureuses, je jetterai à la mer des pierres peintes d'initiales, je lancerai vers le ciel un soleil neuf et pur. Je dirai de toutes ces choses vierges, voilà le code pénal de désormais. Réformé pour tous les vivants, les tremblants, les peureux. Voilà un monde pour vous, de signes étranges, de balafres belles. Voilà un monde pour les réprouvés, les criminels, voilà le monde des bagnards déchaînés, des crimes peints en blanc par le baiser d'un amour. Voilà la cage de Dieu, crachez en passant, du fond de vos poumons, du fond de vos mémoires, crachez, crachez votre peur de mourir et toute votre espérance. Crachez, crachez; il y a ici des siècles pour s'aimer. alors crachez, crachez.

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22 juillet 2013

Comme le temps passe et bourrelle

Dieu comme tu as changé
Je me dis à moi-même
Etrange murmure de solitude
Ces traces sur ton visage
L'air vieilli de tes yeux
Tes lèvres presque fânées
Couleur d'un rose d'antan
Je me dis à moi-même
Etrange murmure de solitude
Comme tu as changé
Et ce visage presque laid
porte les marques de mon oubli.


J'ai oublié oui, sans faire exprès, un matin de désordre.
Les cheveux si mal peignés qu'on aurait pu croire que je sortais
Du fond des âges pour la destruction, la honte ou l'amour.
J'ai oublié d'abord ton nez, les grains de beauté de ton dos
Ah comme on se souvient bien en prononçant "j'ai oublié".
J'ai oublié, la forme de tes seins
La longueur insatisfaite de tes cheveux
Ton regard destabilisé
Lorsque le soleil sèche si lentement
Dans le ciel d'automne.

Comme le temps a passé sur toi et ton visage n'est plus déjà le visage de mes poèmes
De :
Mes crises
Mon hystérie

Ma frénésie

Mon lexique psychatrique inventé pour déchirer
Ton ventre
Dans un mouvement compliqué
De haine.
 

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20 juin 2013

Comme un estomac

Dans cette longue nuit qu'on prend parfois pour la vie
Nulle voix pour arracher à la terreur, un peu de lumière.
Il est trois heures

j'ai très faim

j'ignore le nom du repas pris si tard.
Peut-être déjà est-ce le matin
Un matin d'hiver, dehors il fait noir, et la lune brûle 
sans bruit
Etrange combustion
du silence.

C'est le matin peut-être
mais d'une autre saison
et j'ignore toujours le nom 
de mon geste inconnu
Parcourant la nuit tiède
Humide
Solitaire
Comme un estomac

Affamé.

 

 

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