13 juin 2013

Et la bouche des blasphèmes

Déjà j'ai sacrifié à l'au-delà du miroir, une ligne de trop. J'en reviens au pouls de l'Univers. JE infect et beau comme l'amour trempé d'Avril.

Mon narcissisme, plus courageux que toutes les choses béates dont on pare les héros, suffoque et désespère HEUREUX (il est trop facile d'avoir de grands gestes sur le champ de bataille, au rebord de l'abîme, dans la chute des falaises et il est autrement moins aisé de s'arracher à la tourbe, au monde lent, enfin, d'aller gesticuler dans la poésie, quand le ciel est si bas. Dans un monde de carnage, de cendres et de bombes, de choléra et d'infection, l'infini tombe de lui-même dans les paumes du dormeur. Le ciel se dresse comme un condor, s'éploie gigantesque.
Aujourd'hui tout le monde nous assomme d'écologie, de réchauffement climatique, de couche d'ozone raréfiée, mais le ciel dans sa clôture, l'infini à l'asile et l'enfer au ban ah, ça personne ne s'en soucie, même on est soulagés. On a des guenilles de ciel, de manuel scolaire pour en parler).



Je ne crains pas l'obscurité des hommes, cette grande solitude au bout de toutes les nuits, quand chacun déjà somnole d'avoir cherché -en vain, toujours- son âme. Cherché dans l'alcool, dans les regards étrangers, au terme d'une caresse, au nadir d'un baiser, au zénith d'une parole, dans la haine du désir. Cherché nulle part et tout figure pourtant au même lieu prisonnier des songes, reflet tranquille, mer démontée des images. 
Je me fiche des cages, des prisons, des solitudes terribles, des grandes pestes physiques et des incendies humains, si me demeurent les miroirs. Peuple de verre, de quartz brisé, de roches transparentes, peau des morts, un monde de moi-même ; de moi-même mis en miettes, en cendres, en poussières, moi rayé, violé, brisé, fendu, entier, double et triple, moi poussé à toutes les extrémités, brûlé à la bouche, enflé jusqu’à l’enfer, rompu à la première neige. Univers de mon âme en souffrance, galerie des «JE» sensibles, palais des enfances mortelles.
Je ne m’enferme dans nulle case, je m’en vais dans les miroirs, derrière les paupières. Je suis libre pour toujours si je peux fermer les yeux, parler à moi-même à l’instant fragile de sommeil, à l’instant de la longue peur.

Puis je sens la haine, le corbeau malade

 

Et la bouche des blasphèmes, pria

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24 mai 2013

La nuit du boxeur

Je viens ici hisser mes hurlements
Très anciens et fameux jadis
(prisonniers de missels hérétiques
on les murmure encore parfois
aux bûchers prisonniers des 
Songes)
J'ai été habile crieur (écumes, morves et pitié)
et piètre rieur
Arrachant à l'infini les
Pourrissantes fleurs d'agonies
Aux parfums de pluie et de rimes
Piétinées.

Je reviens depuis très loin, depuis derrière la nuit très amère. Ma mère peut-être ou mon enfant mort-né, la nuit. Je viens exposer mes lèvres brûlées, mon langage saccagé de bonheur (couleur des matins d'hiver, de la bûche trop vite dévorée par le feu de la Noël).
Depuis un an, je vis dans la lumière, la lumière fameuse du Gel (l'ombre) et de Dieu (le corps). La lumière calme, pâle murmure de la mer insomniaque.

Je viens ici pour retrouver ce mot minuscule, imbécile : écrire. Je viens le trouver avec toutes ses chaînes, ses boulets, la fureur, le chagrin, l'alcool jamais assez.
Je viens ici vous prendre votre part de nuit, votre couleur de cerne, votre goût de manque.

Je cherche la nuit où mon âme (yeux crevés, crucifiée à la grande ourse, lueur impossible du cauchemar) se tord et gémit.
Je cherche la nuit, la nuit immense, sans espoir. La nuit des sortilèges manqués, des amants trompés, la nuit impatiente (vierge de soleil). 
J'avancerai, craintif mais heureux jusqu'à atteindre le point le plus sombre, le plus cruel de la Nuit, fut-elle la Mort impudique. 
J'avancerai dans la nuit oubliant le matin.
J'avancerai dans la nuit à la recherche de l'obscurité, des ténèbres de la légende
J'avancerai dans la nuit jusqu'à mon anéantissement.
Je suis de ceux dévorés par les dessous de velours
De la nuit.

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23 mai 2013

Le sexe d'Antonin Artaud

Quand Artaud emploie le mot "Sexe" une odeur criminelle, absolument criminelle s'en dégage. Quand il utilise le mot "Vierge", aussi, celle-ci n'étant que le crime à rebours. La vierge d'Artaud, fausse-sainte, putain en gésine, crucifie la chasteté originelle.

Sexe lorsque moi je le dis, je veux alors signifier l'important l'essentiel, la chair par où elle compte et non toute la matière excrémentielle : ongles peints, cheveux teints, dents vernies.
Je dis "sexe mutilé"
et je dis encore, cette fois avec des mots souterrains, "sexe méprisable" et donc encore mutilé mais mutilé autrement, par une autre forme de rage.

Les rêves sans sexe sont des rêves sans
Images
Des rêves muets, éteints, gris
Etendue de néant, préface de la
Mort
Où le sexe absent
Rampe dans le Rien.

Sexe a chez moi un sens particulier qui pourrait s'approcher de celui de "virilité" s'il n'était exclusivement masculin. Sexe, je le prononce toujours à regret, afin d'indiquer l'absence, la grande zone calcinée de l'être humain non fait de ciel.
Je dis Sexe, comme je pourrais dire : Coeur.
Sexe, voilà, une façon de Coeur Obscène.

Coeur après minuit, mon sexe

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15 avril 2013

Sors de ton corps.

Ci dessous : 
Artaud in fragments oubliés
ce sont les écrits sortis de sa mémoire lorsque les docteurs posèrent sur son crâne leurs électrodes dangereuses
ici on a pu récolter le langage prisonnier des décharges
et on le restitue tel que
avec son odeur d'orage
de mort
de torture
et de foutre

 

 

Vous haïssez la Vie (sanguinolente à l'extrême ; c'est à dire sensible)
Avec vos mots qui sont aussi vos âmes
Précaires
Et vos corps
Insalubres 
Parfaits pour des âmes comme les vôtres 

 

 

On trouve dans votre bouche l'état le plus avancé, le plus forcé de décomposition
Une forme de putréfaction intime
Cette maladie mentale, la morale et 
Votre langage suinte le
Sommeil
le sommeil atroce, lent, morceau choisi de la mort votre sommeil
Loque d'éternité
Mutilé de son sexe, de ses songes et de ses peurs.

 

Lâches, incapables d'assumer cette progéniture, votre langue, vous inventâtes en place de généalogie mot plus criminel encore
Etymologie
Le dictionnaire : coffre de votre saleté

Saleté
Gardée, protégée,

 


Je remplace toute langue par le cri funeste, l'immense hurlement, la sainte mélodie : JE JE JE JE JE JE JE JE.
Te-Deum des miroirs et des incendies ; des livres ouverts à l'endroit d'exister
Je écrit en tout à fait sang, en brûlures et soleils.


Je suis pour la vie émue jusqu'au
Mal et son ombre le diable
Pour les lèvres douloureuses de tous les amoureux
Trahis
Puis
Trahis
Encore
Et
Enfin
Pendus


N'avez vous jamais envié l'angoisse du ciel
Le soleil humide comme un coeur brisé
A l'instant de crépuscule ? 

Jamais ? Comme ça vous ressemble, ce mot, jamais. Jamais on dirait tes mains, ton visage, ton sexe. Toi et toute ta famille, ton étymologie.
Chaque fois qu'il fût question d'infini vous mîtes entre lui et vous une croix, un désert, une constitution, vos deux mains obstacles et toute votre perversion. Chaque jour, pour exister, vous creusez de nouveaux et très originaux charniers.
(certains dit-on tentèrent d'y enfouir le soleil, le saisir de leurs mains insensibles, mais lui agile s'enfuit très haut dans le ciel)
J'y ai gémi plus qu'à mon tour, moi exilé de toutes les terres
Banni du ventre
Maternel.

Moi


Apprends toi-même ton propre hurlement c'est je crois la maxime de Delphes, déformé par les siècles et les philosophes.
Allez. Remue de l'âme, sors de ce corps, cette rue, cette
Impasse.

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22 mars 2013

L211-1

Aujourd'hui l'on guillotine avec des mots
Mais on ne trouve plus de vivants nulle part
Pour tromper leur ennui les bourreaux jouent entre eux
Le rôle des fantômes Le rôle des victimes
Assis sur le billot, dans le panier de Mort

Quelquefois on entend se débattre le Temps, la Nuit
On devine
L'Aristocratie du crime et quelques gueuses
On reconnait croit-on la République
Non, dit l'Amour, ses souliers sont trop propres.
Sa bosse trop exemplaire
"C'était le Vice, son demi-frère."

Et éclatent de rire les guillotines
Peuple de ce désert Etrange
Nommé jadis La Vie
Ou Le Sang.

 

Nous allons être avocats
Toi, tu seras -comme il faut toujours en droit et dans la vie- notre témoin.
Toi, désigné par mon Toi, tu es le ciel mourant ; un monde d'algues inquiètes.
Toi ce sont toutes les heures alentour de moi
Paniquées de ne pas parvenir à me briser.
Les heures fauves étranges
Aux dents ébrechées
Aux rugissements éventrés
Aux crinières brûlées par la cire des bougies (au XVIIème siècle quand tant de chefs-d'oeuvre se firent par les flammes ; je ne dis pas à la lueur des mèches, mais en Enfer, ainsi est devenue bien plus tard une oeuvre d'Art la main de Van Gogh cette immense brûlure trempée dans la lumière)

Nous allons être avocats.
Il faut chaque fois une sainte, demie-traînée (demie signifiant ici "pour rire" car on y entend glisser par on ne sait quelle ruse le même air qu'il y a en disant "Dieu") très ébouriffée et ce sera toi. Prends, si tu veux jouer bien ton rôle dans cette grande scène sans lumières, ces gueunilles, ces baisers. Je veux dire alors par tous ces mots étranges, prends la marque, fissure de mon coeur, cet éclair tombé à l'endroit du désir, toujours à courir et toujours revenant sur ses pas. Interminable routine de l'orage.

Les concepts et les mots trouvèrent ma Chair Infaillible close à double tour, marquée par les caresses du diable
Je suis l'Intact aux yeux purs ; les étoiles un jour d'Enfer -ces jours où tu pleures, toi, et où toi aussi, et où toi tu meurs parce que tu ne savais pas durer- vinrent me les crever de leurs "NOIRS BRASIERS" (ici tintent les éperons d'une homophonie étrange)


Trop pur hélas, je ne puis te donner tout ce que tu mérites, le pus d'un destin, les maladies vénériennes (le mariage, la pire de toute). Ces armoiries de l'amour.
Ni la vie ni la mort ne tournent plus autour de moi leurs doigts ensanglantés.
Un temps où "je" se disait de toutes les syllabes du mauve, une main creusa dans moi jusqu'au refuge d'ambre de la vie et de la mort (traquées me dirent-elles par les religions, et on entend derrière elles remuer les ombres inquiétantes, les torches de la Saint-Jean et les mains iconoclastes de la Mecque). Main si belle je ne pus m'en défendre. Et les lèvres de la vie et de la mort pour la première fois se délièrent, articulant l'Homme, le Mal toutes les gargouilles qui depuis Dix Mille Ans hantent le monde et les cimetières ( à l'entrée desquels on aura peint à l'encre sympathique : sortie de secours)

Nous allons être avocats.
Epuisé, dans cette forme solennelle de l'Homme aux yeux cernés, je dis : MERDE.
Je me prépapre au jour des serments à réciter cette prière des regrets. A prononcer ce sédiment de vie et de mort ; les injures de vivants, des bruits de foudres (qui sont des bruits d'invasion), de feu refleurissant.
Merde dirai-je devant ce peuple de disparu qui ne me fera pas face.

Mes lèvres ce jour là peintes en presque soleil
Où l'aube revenant de sa promenade des bords de Seine
Se promènera encore.



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10 mars 2013

Les Majuscules

Ainsi par exemple parce que nous sommes poètes et poètes exclusivement de tout autre genre (citoyen, ouvrier, condamné), nous n'avons ni Patrie ni Nation nous avons la Majuscule. VINGT SIX quand nous sommes éveillés, plein de l'alphabet législatif et cent-soixante-dix-neuf au plus profond de nos sommeils stupéfaits

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20 février 2013

Diane-Sarah-Lise ; je désastre

L'amour s'achève avec la pluie (c'est Aragon qui chante). Et voilà tes mots d'averse sur mes pauvres mains ; sur mes pauvres mains mouillées tes deux lignes de misère.
It’s cloudy (c’est toi, Diane H., qui parle ; je retrouve ta voix à l’instant).
Tu aurais pu faire l’effort de venir à moi dans un drôle de suaire, ceux ensanglantés et très purs de dedans les songes et les sanglots. Tu aurais pu venir à moi en apercevant au miroir tes yeux fardés d’une couleur homicide et, étonnée de trouver à ton visage cette beauté pénale et forcée, poussé un petit cri, un cri tout à fait neuf, un cri d’animal traqué –le cœur, le mien du moins, est de ceux-là ; petit monstre poétique. Voilà tu aurais pu me raconter ce cri, ce trois fois rien, un tradéridéra, plutôt que ce bêlement humide. Après le crime...
Oui, tu aurais pu venir les lèvres peintes, fendues et corrompues comme sous la pression de baisers véritables, ceux inventés par les doubles de neige et de nuit.
Mais non. Deux lignes misérables de toi, Diane H. (écrivant ton nom, j’essaie de t’y trouver, mais je n’y parviens pas) et L’amour s’achève avec la pluie (Aragon, marche et siffle sans prendre gare aux flaques, à l’instant il couvre d’eau sale son costume rose « Yves-Saint-Laurent »).
Tu ne demandais rien, certes rieni, et fus peut-être même contrariée de tous mes spasmes cette agonie pour rire, et encore était-ce toi, ton double de verglas, ce drôle d’incendie ton reflet ? Qui peut dire ? il fait dans mes yeux une canicule d’images où voisinent l'eau pure et les mirages. Quand bien même c’était une autre si je te disais « tu » ; quand bien même…tu aurais pu te draper d’un soupir autrement plus élégant que ce tailleur vulgaire : tes deux lignes…et aujourd’hui mes mains ne t’aiment plus.
(et je sais, je sais depuis le premier jour -bien avant toi-, combien je remplis mes hurlements de fiction et comme mon cœur est coulé dans des songes ; comme entre le monde et moi se dresse cet obstacle gigantesque, cette falaise de cris, de cauchemars. Entre la réalité et moi cette fresque de rimes et d’énigmes ; d’égorgés et de pendus. La belle affaire Prométhée le voleur de feu, la belle affaire ; j’ai volé moi la brûlure devenue tout mon être ; mais cette vérité soudaine « je suis aussi fait de ciel » m’arrache à l’incendie d'exister quelques heures par jour. Je ne pouvais pas te dire à toi, toi exacte, circonscrite par le périmètre des pronoms, écrasée sous les toises, je ne pouvais pas te dire à toi, à ta réalité d’état civil, je ne pouvais pas dire à Diane H. « je t’aime », c’eût été trahir toutes ces autres présentes dans mon amour, cette jumelle de fièvre, cette étouffée à ton miroir par exemple. 
Je suis habité de spectres, d’épouvantes, et les images me battent tant…jusqu’au sang, jusqu’au poème « et je suis la rime abominée du sonnet » (c’est moi qui chante). Tant, surtout, je sentais combien tu étais étrangère à tous mes déserts ; mes désastres. J’ai pensé parfois à toi en des termes cruels –mais je te confondais alors avec Elvire et la médiocrité de ses drames : « Bien entendu, si tu amènes une de ces quelconques ici, à l’infini, je veux dire. Elle cherchera frénétique un miroir, et s’étonnera de n’en trouver aucun. Elle te reprochera l’infini «c’est donc ça ? Je préfère mes cabines d’essayage.». Passage injuste. T’aimer, fut un délice l’idée de toi écarta souvent de ma mémoire les souvenirs terribles de mes douze ans –quatre lettres forment pour moi le visage de toute horreur-, j’ai dormi souvent blotti dans la chair froide et glacée de ton fantôme, à l’abri près cette image sainte : ce vitrail. Je m’adressai à toi dans la pénombre mentale de quatre heures du matin, contre ces heures dures comme de la pierre ton image me calmait. Je n’ai rien pu écrire qui n’était pas toi pendant si longtemps… J’aimai ton air de théâtre grec, ton visage fait pour les larmes, et j’ai souri en te sachant Sarah à midi, souri en pensant à Sarah Bernhardt. Elle vécut pour vous deux l’effroi et les insomnies comme de pleines saisons d’hiver. Ne t’en fais pas, ton prénom connait la nuit et la peur ; le h final et muet de Sarah c'est une façon, la tienne, fort élégante de porter des cernes -comme une lingerie fine et transparente.)
Je refuse tout à fait la vie des pauvres gens et leur parler banal. J’ai poussé mon langage à cette obscurité, à ce crépitement de crainte –et c’est d’un effroi terrible dont je te parle, un effroi d’enfant face aux gestes interdits ; les quatre lettres- oui de crainte de vivre comme tout le monde si je venais à parler comme tout le monde.
J’ai passé vingt ans et deux prénoms à suffoquer d’angoisse. A chercher le ciel, mais partout c’était le naufrage, le naufrage, le naufrage et tous ces corps gonflés, dérivants, horribles à se croire vivants et brûlants. J’ai voulu mêler à mon sang les eaux stagnantes, pâles des gens heureux l'eau de cologne de leurs yeux lugubres –dans les veines des pauvres gens coulent mes larmes et l'eau de la Seine. Mon cœur n’admit jamais de se mettre au pas de ce pouls là, austère, ce pouls citoyen (j’ai découvert dans mon âme une antonymie inconnue des étymologistes : poète et citoyen). J’ai imité souvent, j’ai ajouté à mes gestes d’enfant les grands mouvements rauques des pauvres gens. J’ai imité oui, je me suis couvert, des parures, des grandes façons. J’ai arrangé mon visage, j’ai plié la bouche ridé la joie et on a dit « qu’il est poli ». Ah voilà le visage des soumissions, le visage scolaire. Pourtant, j’ai dit « bonjour », et j’ai tenu la porte une fois aux passants–je crois du moins.
Je suis profondément tragique. Les choses simples, banales, mortes, les tâches quotidiennes et, disons-le, grossières me sont incompréhensibles, langue cryptée, administrative. Je comprends tout Mallarmé ; rien des panneaux signalétiques. Je n’ai jamais pu me faire à la réalité, ni aux corps, et j’ai du amplifier mes gestes, les porter jusqu’à ces chairs, ces seins haïs ces bouches, ces langues, ces sexes, ces théâtres absurdes en gage de bonne foi (et je t’ai haïe toi un jour, où sans prendre garde à la pourriture de ces mots tu les mis dans ta bouche et dans mes sens ; tu qualifiais de « bonnes » ces filles de je ne sais quel Master de droit, recrutées sur cette seule qualité et ce mot avec viol et cent dix mille autres me donne la nausée)
Comme font les professeurs «pour aller plus loin» et mieux comprendre mon dégoût ; mon âme :
« Ainsi glissons-nous à l'efféminé. L'inversion psychique n'est pas totale. Il y a plus de femme que d'homme dans l'inverti-psychique. Il y a plus d'homme que de femme dans l'efféminé, mais les éléments féminins donnent le ton. L'efféminé a le plus souvent une sexualité normale. Il n'est pas bi-sexuel, il est bi-psychique. L'efféminé est moins un arbre qu'un arbuste et son écorce est de soie, de mousseline. L'efféminé a l'air tendre, timide, paraît ne pas oser, se laisse prendre aux suggestions, devenant vite enfant en cas de chagrin, de maladie où il aime à être dorloté, à se blottir, parfois dans une vague incurvation fœtale. Artiste, délicat, heureux de toucher des soieries, des bijoux, de draper des étoffes, de choisir les robes de sa mère ou de ses sœurs. Ayant du goût et du plus fin pour le choix des couleurs, d'une décoration, d'une disposition de meubles. Lecteur, musicien, peu sportif. Il y a de l'esthète en lui. Il a des antipathies et des adorations. On le convainc aisément. Il sait être snob. Il porte des vêtements de coupe étroite, des souliers fins aux semelles légères, se fait les ongles, se poudre volontiers. Il plaisait aux femmes hier plus qu'aujourd'hui, par ses manières délicates. Elles le trouvent encore charmant, mais leur attachement ne va pas plus loin.
Il n'ignore rien des musées, des poètes, des mélodies. Il n'est pas femme, il y a de la femme en lui, éparse, vaporisée, un peu agaçante. Du charme, toujours du charme ; mais qui tend à passer de mode. 
L'efféminé n'a pas su délibérément choisir, ou plutôt la nature n'a pas choisi nettement pour lui. Tel qu'il est, son ambiguïté est souvent imperceptible et peut passer inaperçue. C'est un homme qui n'a pas de poings mais parfois montre ses griffes. Il est assez chatte. Sa féminité est comme un rêve. Elle le saupoudre mais ne le défigure pas. »
Mais je ne t’écris pas pour ça, pour te montrer comme je suis coupé en deux « Le regard de certaines femmes coupe véritablement le cou » (c’est Aragon, mais il ne s’en souvient pas). Au chas de tes lèvres, un jour je suis mort, il y a longtemps, je m'appelais Océan Atlantique. Je t’écris parce que L’amour s’achève avec la pluie (Aragon bourgeonne) et tes deux lignes étaient de cette eau grise. Il est vrai rien de tout ceci ne m'étonna, j’entendais déjà ton fantôme cracher du jour –ainsi font les fantômes tuberculeux- se mouvoir péniblement jusqu’à mes songes –et je détestais ça, une nuit sans penser à toi, c’était une nuit sans être sensible. Mais je pouvais encore lutter, le ranimer avec du vent, de la brume, des feux de forêt. Mais voilà, tu es intervenue réelle et quelle folie ce monde dans ma tête où ta matière m’effraie et ton fantôme m’apaise. Je le pressentais, je t’ai envoyé alors ce livre chéri de moi Paulina 1880, pour ton faux air de Paulina –quand tu dors, tu ne sais pas, le crépuscule mortel de ton visage. Un livre anonyme, bouquet de pages (blablablaroque) je me disais à moi-même «plus basse forme de l’exaltation, mais encore exaltation». Jusqu'au bout j'aurai été moi-même.
Tout ça est du passé "Le passé restera dans ma bouche" (Aragon, en 1982, il va devenir le passé)
Désormais ton fantôme rejoint la cohue des fantômes et je ne sais si je peux visiter sans danger cette ville mentale, peuplée d’épouvantes anciennes où Marguerite rode, dangereuse et menace ma vie. Je ne puis tourner une rue et m’exclamer avec la nostalgie de Proust « mais c’est dans mon cœur » ; je crains d’être dévoré par des chiens cachés dans l’ombre.
Je ne peux dire combien de toi, Diane H., Paulina, D., Sarah, Lise, composa cette dérision, mais aujourd’hui il n’en reste rien, ce souvenir un peu calciné, l’éclair est tombé très près du cœur maintenant c’est la pluie, ce texte de cendres, un langage nocturne ; hiéroglyphes pour les chats et les chouettes.
Je ne t’aime plus (je conçois ce qu’il y a d’étrange à t'en faire part, mais j’ai toujours agi du côté de minuit ; vécu du mauvais côté des douze heures), et je sais dans les jours à venir des marches humides, couvertes de mousse, comme ces poèmes abandonnés où je glisserai –tu croyais toi aussi voir sur les photographies et les livres d’Histoire des faits, des événements hirsutes, des châteaux forts à l’apparence hantée et bien non, Diane, ce sont encore des poèmes, la poésie est partout derrière soi, vers où on ne regarde pas, on peut la nommer Histoire, Géographie, de ses noms de fleurs ou de ses noms de pierres, mais c’est la poésie quand je dis : Je gis dans la poésie.
Mais aujourd’hui... Artiste, quel mot ridicule, grotesque et grillagé. Artiste, je préfère mieux ivrogne, salaud, truand, je préfère trafiquant, suicidé, enfin, j’ouvre le code pénal et au hasard je jette mon âme, voilà je suis L211-1, nom d’artiste et matricule de bagnard, tout à la fois. 
A la fin des fins quand la pièce sera aux huées et que tout aura été pris, peut-être enfin faudra-t-il jouer son propre rôle. Ainsi début la tragédie. Cet instant là c’est la marche humide sur laquelle mon crâne se brise. Jadis je te disais « la vie ce n’est pas pour tout le monde » et hélas, il faut bien l’admettre ce n’est pas pour moi. Je rôde et j’erre, et je suis déjà fantôme et suicidé, pendu, égorgé, martyr, et les clous de l'an Trente-Trois percent ma chair mortelle. Je suis inapte à tous les métiers, à toutes les choses du corps et de l'effort (je déteste le labour moderne ; tous des paysans défigurés). Je ne supporte aucune contrainte, aucune loi. Je refuse désormais de vieillir, je distribue mon droit de vote et mes années au-delà de mes cinq ans (ainsi ni le malheur ni l'école, synonymes à cet âge, ne me sont obligations), je vois une foule si pressée d’être grave et laide, ce commerce me rendra riche et mort. Je suis poète, bon, mauvais, peu importe, je suis poète, alors je ne vieillis pas, je n’ai pas le droit, le ciel, mon seul maître l'interdit, je ne vieillis pas : je m’efface.
La pluie se calme, talons à pas lents piétinant ma vie, la pluie.
La première fois, t’adressant mon « je t’aime » je n’ai pu le séparer –par fierté, par bêtise, par honnêteté, par poésie- d’un «adieu». Aujourd’hui demeure seul le dernier fragment de ce cri. Piètre nageur que «je t’aime».
C’est à propos de toi, enfin de l’image de toi captive en moi ; de ce que je t’ai pris «ce qui ne te sert à rien, les pointes de tes cheveux, ton ombre, tes larmes, l’amour, tes expirations, la raison et les chansons».
Maintenant qu'il pleut
Surtout, Diane, ne prends pas froid.
« À chaque fois tout recommence 
Toute musique me saisit, 
Et la plus banale romance 
M'est éternelle poésie 
Nous avions joué de notre âme 
Un long jour, une courte nuit, 
Puis au matin : "Bonsoir madame" 
L'amour s'achève avec la pluie. »

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19 février 2013

Artiste pénal.

Mais aujourd’hui... Artiste, quel mot ridicule, grotesque et grillagé. Artiste, je préfère mieux ivrogne, salaud, truand, je préfère trafiquant, suicidé, enfin, j’ouvre le code pénal et au hasard je jette mon âme, voilà je suis L211-1, nom d’artiste et matricule de bagnard, tout à la fois.

C’est toujours ma langue nocturne et indéchiffrable, mes hiéroglyphes pour les chouettes et les chats.

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17 février 2013

Suicidé, j'ai trouvé mon pseudonyme.

- J'ai au monde désormais un calme de suicidé

- De suicidaire tu veux dire non ?

- De suicidé. L'acte est commis, seulement, il n'a pas encore retenti. Je suis un écrivain, un mauvais certes oui, mais un écrivain tout de même. Avec l'âme tout à fait en vrac et les yeux tragiques, oui un écrivain, avec tout le nécessaire à tragédie. Des yeux remplis comme jamais tu n'en vis et des doigts tremblants et une âme, oui une âme, une fragile, une mal coupée, un peu vulgaire, d'un bois d'incendie -mais qui finit en bûches dans l'âtre bourgeois. Voilà. Je me suis suicidé, je l'ai décidé et ma pierre tombale m'annoncera de travers, ah je me moque dans vos calendriers et j'évite vos dates, vos jours à passer un par un, se tenant la main. Je suis né posthume, funèbre, ouvre le dictionnaire des synonymes, ah la cascade des suffixes. Je suis la fin de tous les adverbes. Oui suicidé. Et suicidé même je ne l'aurai pas été comme il faut. Suicidé, je n'ai plus peur de rien. Suicidé. Je serre les dents, je n'ai plus peur, mes frayeurs de jadis qu'elles comblent d'autres cernes, emplissent d'autres mains.
Mon coeur remuait comme la porte battante d'un casino poussée par une main policière. Mon coeur te voilà calmé, tu fais moins le fier, moins l'inquiet tu ne joues plus tes tragédies d'amoureux. Désormais, tout s'est tu, les lumières et l'effroi. Je n'ai plus peur, mes sueurs froides  rosée irritante du matin. plus peur si je me lève pour aller à la ville, pour dire bonjour comme il faut, voilà ma voix a les cheveux courts. Voilà, mes manières et mon rire.
Désormais je n'ai plus peur, plus de rire, désormais, j'ai un ventre, oui, mais plus de coeur.

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01 février 2013

Et cet enfant dans le ventre du mot stérile

Il faisait ce matin en moi un temps de verglas et de miroir ; temps d'oubli et de mémoire.

Et le givre fredonne l'air prisonnier de la glace. La chanson muette des reflets.

Chanson muette


Et cette vie au vitrail, m’en souviendrai-je
J’étais le carreau en mille morceaux Le
rêveur désasoiffé aux eaux de mirage
A la croix se reconnait ce temps d’effroi
d’avant toi
Mon double de neige et de froid
Mon martyr.

Temps avant les miroirs


J’ouvrai les chambres où le plaisir
Sur le corps de femmes inertes
s'offrait contre quelques baisers


Ma voix

Mes baisers,
Femmes brutales
Pâleurs de ma bouche
Mes baisers
Cendres innocentes
Et tièdes
Baisers, mes poèmes sans rythme
Mes rimes de cyanose
Baisers
Mes vers mutilés
Mes paroles sans destin
Baisers
Mon vent des falaises
Ton prénom tracé dans l’écorce

Randonnée


Coeur où j'avançai
Petit à petit
De peur de briser la mince couche de glace
De peur de ces eaux de mémoire de nuits
De regrets
De peur des fantômes affamés
Sous la fine couche d’oubli
J'avançai petit à petit dans le dédale
De mon coeur
De peur des baisers


La nuit


Savez-vous les insomnies comme une pleine saison d’hiver
les chemins de silence
dans un décembre de cendres
Ni houx ni sapins au mois étrange des décombres
la neige fondue sous le pas de l’année enfuie
la nuit épaisse, les pièges, le grec ancien
Savez-vous

 

Je

moi
J’ai connu cette saison de pierre
Cette saison d’horreur
J’ai connu
ma toute puissance d’enfant
Face aux quatre lettres de
VIOL
Piétinée
cejour
As-tu
haï tes dents
As-tu
haï tes ongles
As-tu
Haï les baisers les caresses
Les tiens
Et puis les tiens que crois-tu
Ce sont les mêmes partout
Que veux tu que je te chante
un corps c’est un corps
Regarde les
La haine et l’amour et tes songes
Toutes tes faiblesses
Oui et tes songes
Où les quatre lettres de VIOL
Te battent dans ton sommeil
Ton corps ton ombre ton reflet
Tes doubles d'incendie, tes martyrs et tes saints


L’insomnie

 

Huit heures du matin, je te trouve au prieuré, fixant ta montre
Tu es venu jusqu’ici, et tu vois la lumière du jour, ton sauveur croyais-tu,
à l'instant mise en croix
Tu croyais t’échapper, en parcourant à vitesse d’insomnie la nuit
Tu te cachais dans tes cernes
Les paumes de tes yeux, les phalanges de ta tête
Les chansons, les airs bien connus
ce qui ne sert à rien


Savez-vous les insomnies comme une pleine saison d’hiver
les chemins de silence
dans un décembre de cendres
Ni houx ni sapins dans l'étrange mois des coutumes
la neige fondue sous le pas de l’année enfuie
la nuit épaisse, les pièges, le grec ancien
Savez-vous

moi
J’ai connu cette saison de pierre
Cette saison d’horreur
La Pâques du Givre
J’ai connu
ma toute puissance d’enfant
Face aux quatre lettres de
VIOL
Piétinée

cejour
As-tu
haï tes dents
As-tu
haï tes ongles
As-tu
Haï les baisers les caresses
Les tiens
Et puis les tiens que crois-tu
Ce sont les mêmes partout
Que veux tu que je te chante
un corps c’est un corps
Regarde les
La haine et l’amour et tes songes
Toutes tes faiblesses
Oui et tes songes
Où les quatre lettres de VIOL
Te battent dans ton sommeil
Toi, ton reflet ton ombre
tes doubles d'incendie tes martyrs

L’insomnie

 

L'alphabet obscène
Les quatre lettres
La couleur du jour
Regarde-les mourir



Je suis cette ville en sueur
Où le coeur prenant forme d'Eglise
Grava en place de devise
Les quatre lettres de mon sang de ma peur
V I O L
Et cet enfant dans le ventre du mot stérile
Aujourd'hui comme jadis oublie le ciel d'août
non je ne dirai pas les noms antiques le passé des autres gens
et je me souviens
il faisait en moi
un temps de miroir et de verglas ;
mon reflet tremblant toute ma mémoire
Je reconnus
les quatre lettres
l'ombre
et le givre
les portes fermées
Je reconnais
cette nuit
ces yeux bleus
Ma tragédie mon péril
Pour l'enfant que j'étais
Portez le deuil, baissez vos paupières

Posté par boudi à 03:17 - Commentaires [0] - Permalien [#]