05 novembre 2013

Ta mère la pute

Je ne serai jamais comme il faut

aux ongles sans ombres

les gestes sans angles

jamais je ne serai

purgé du sauvage en moi

l’être impur de pensées de fièvre

et d’hiver

le sauvage en moi retenu par les barreaux des cils

la cage du sommeil

le rebelle en moi au parfum d’incendie

de sang de poudre et de meurtre

le rebelle aux pas de ciel

(sans bruit il marche dans la mousse

comme une pluie pure tombant sur le monde 

le monde épais, dur

sans bruit encore

évaporé, presque

comme un amour qui s’achève dans

le rêve

comme la soif désaltérée 

par l'eau du miroir)

Le sauvage sous les cils

le sauvage luttant contre le froid de la paupière

(la paupière dure comme du marbre précieux)

c'est l'oeil

l'oeil amoureux

l'oeil pareil à une rangée de loups

(et de louveteaux)

 

Mes doigts approcheront, vous prendront glacés

Vous peindront, reflets de rages

sortilèges malades

parfum au matin de toute la nuit gâchée

par des mains des paumes des grincements de nerfs

Je ne serai pas comme il faut, avec des pas droits et une voix sans

l’hésitation des je t’aime, du vertige, et des falaises coincées dans la gorge

comme d’immenses hurlements au bord de la mer

je serai moi aiguisé comme un soleil moi et mon ciel brûlé moi d'incendie moi jusqu'au bout quand la nuit déliera ses cheveux d'enfant muet

quand tombera sur le monde un cauchemar 

quand

tout autour de nous paraitra la forêt brûlée

le monde en miettes les ruines et sans faire exprès un baiser

 

J’irai parcourir les déserts intenses

le peuple des fièvres

et des images mystérieuses

j’irai par-delà l’hallucination

ô gémir s’il faut et pleurer encore

creuser le désert des chagrins

et des joies

des mordillements de lèvres 

(c’est du sang coulé de ces plaies là qu’un jour naquît le soleil)

j’irai jusqu’à buter sur la première ville et à la rencontre de la première foule

hurler la rage la haine envahir de sable de cendre toutes les habitudes

répandre sur le monde usé le feu passé

 

j'irai où l'on me ressemble

les sens interdits

les sorties de secours

les soleils navrés

l'amour en chantier

j’irai

traverser la plaine épaisse de brume

l’haleine des filles belles comme des

draps froissés

J’irai où le jour brille brûle

Où le jour sera un portrait de femme

la lumière reflétée sur des dents tremblantes

où les lèvres disent peut être et je t’aime dans la même secousse

si le jour n’est pas spasme

un bégaiement

une sorte de rôle oublié

si le jour n’est pas une galerie 

effondrée

un monstre lumineux et fier

un éclair troué cent fois par les ongles

alors le jour n’est pas

 

il faut le monde hors de lui avec un visage de damné

fou peint au plomb si tu veux peint peint des sévices des joies de tout l’infini mis en rage

 

Viens me voir quand c'est en même temps midi minuit les heures d'éclipse les prunelles brûlées ah l'amour ou l'une de ses métamorphoses mais au matin dis s'il te plaît "enfin la vie"

 

AH

REGARDEZ

(c'est un montreur de lions qui avance dans une cage un langage sauvage, un barbare au nez peint, une sorte d'Attila imberbe)

REGARDEZ

comme "aimer" est beau aujourd'hui, ensanglanté, massacré

Ah l'amour on l'a échangé contre l'adjectif

le mot doux du plaisir et sa soeur aux jambes nues

l'extase

l'extase et le plaisir 

et la nuit et les gémissements des filles

oh la cendre d'aimer

l'écume

le rien d'aimer

VOILA CE QUI RESTE MAIS ON DIRAIT QUE JE FAIS DE LA MORALE CHANGEONS DEJA DE VISAGE DE VOIX DE CORPS CHANGEONS DE SCENE ET LES YEUX CHANGES DES FILLES COMME SI C ETAIT DEJA DEMAIN

Changeons oui voulez vous

de portrait

de salles 

de classe

de musées

changeons entrons dans les dédales neufs, les premières fois

dans le reste du monde

 

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lalala

Je ne renierai pas
le soleil en moi

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15 octobre 2013

Un poème nul

Vous dites :
"Je veux l'infini les grandes images les vertiges les abîmes"
Et vous aplatissez de vos paumes dures l'idée même des rimes
vous vous contentez du trois fois rien imité
une pièce de musée rapportée
une étoile ratée
Vous dites 
et vos gestes à contre-courant de votre parole
vous mènent en ces endroits du monde
vastes comme des déserts épuisés
vous mènent à ce point insensible du ciel
et c'est toujours l'hiver
la glace, la boue mêlée
tout un pays de mensonges

Je dis

soyons capricieux
renversons toutes les choses humaines
Les concepts les phrases les figures

sur la table de vivre :

(une cigarette neuve
la fumée intacte
les assiettes vides
les couverts propres
l'absence)


Soyez malades de cette drôle de maladie des chiens, des loups et du soleil
attrapez la rage mentale
du coeur
des mains
du baiser
et tremblez toujours comme si c'était le premier jour
une naissance l'interminable courroux
d'exister enfin

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30 septembre 2013

Tes doigts dans les songes

Il me souvient

Tes doigts dans les songes

La peau douce
Etrangement parfumée

Tu sentais

Le rêve

Le pin brûlé

Ou bien

Toi-même, l’amour

(l’odeur de l’herbe blessée par

l’été affamé)

Tu sentais

Cette odeur perdue
Qui n’est pas l’odeur

Des lundis

Ni le son 

Métallique

Du dimanche

Ou les ongles 

Cassés

vernis

 

Il me souvient

Tes cheveux renversés,

immobiles

Dans le songe

Etait-ce alentour de toi (partout

autour)

L’eau d’une noyade (?)

La mer d’Avril

La sueur transparente

Des amants (beaucoup)

Ma main captive 

Des algues

 

 

Mes doigts au réveil

Remuant

Douloureux

Sur ta peau bru-

nie (saveur réglisse

La nuit)

Ta peau

Bru-

lée

(tendrement)

Par les baisers

Le soleil chaud humide

Dans la bouche

Le miroitement

Des dents

Les cent-douze blessures

De l’amour 

Mais nulle part le couteau

De l’amour

Le sexe honteux

La peau tue

Le café froid

Les apparences

De la mort

Cousin

Au cinquantième

degré

 

Tu dors encore, longtemps après moi

Tu bouges dans le lit en murmurant «pitié»

Toute la nuit l’horreur oubliée te remonte

Comme de la vase

De l’eau croupie

Le marécage de ton âme /

 

Refermées tes paupières sont bleues 

Et belles

Comme la nuit trempée

Humide 

De rosée

Tu as l’une des treize couleurs

Du sommeil

Quand tu dors

Mais que je ne dors plus

L’urine de la nuit empèse ton murmure

Elle vient sur tes lèvres dans un mouvement

De chatte

Et tu es tout son territoire

Gouttière

Chaton

Fauteuil

Tu es

Le peu importe

de mes poèmes 

 

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27 septembre 2013

Le vent, le vent sauvage

Il est très difficile d'écrire sous ce ciel changeant, cette lumière pleine de caprice (une lumière féminine, un regard tremblant de fillette) où rien, jamais -un peu comme le pouls de ta poitrine- n'est définitivement à sa place. Tout remue, et le soleil est un coeur humain, agoni, si pareil au tien qu'on me surprend déjà à lui murmurer les paroles infâmes et toute ma force
J'aime les choses fragiles
Les baisers imperceptibles
Déjà effrités 
Comme les pierres sèches
Antiques
Qu'on retrouve dans quelques légendes
Celles là même lues dans tes paumes
Alors s'ouvrait un abîme chantant
Une faille gigantesque où des oiseaux sensibles
(d'ombre, de peur, de rire)
Hurlaient une musique inhumaine
Cela commençait je crois
Par des mots de fête
Et des verres d'alcool
semblables
au geste à l'instant
fait
Des portes s'ouvrent
Toujours les mêmes
Sur l'absence
Le sommeil
L'angoisse
Après tout...
J'aimerais dire 
J'aimerais te dire 
Mais sitôt écrites, c'est à dire sitôt arrachées au songe
Au terreau humide des images
les choses
paraissent fleurs fanées
Porcelaines débrisées
Monde en miettes
Et je dois en hâte
plonger
dans la terre primordiale
dans le feu étrange où tout renait
jungles de sang
lianes des voix
(les vertèbres de ton dos
pareilles
aux dents du couteau
déchirent le coeur)
J'aime l'idée d'approcher de toi, par le langage, de t'attraper par des mots étroits, maillés finement, brillants, coupants
et fragiles comme
Des dents d'enfant.
Te prendre au piège sensible
Toi
Doux refrain
Filant dans la mémoire
Et tu cherches à te faire oublier
A n'être qu'un air sur les lèvres
Des paroles à moitié sues
pour les jours de panique
humide
pour les jours
de noyade
d'océans 
de ravages
et la flamme 
la
première flamme
te passe sur le front
te brûle comme une bougie
Tes yeux alors
prennent la couleur
des plantes étranges
tropicales
ont cette couleur
amoureuses 
dans l'incendie
Tu me manques de cette drôle de façon
familière de mes matinées
Tu me manques comme ces mains inventées
Tendres, douces
Captives douloureuses de mes rêve
effacée par le réveil assourdissant
Comme si la rosée tendrement
Broyait leurs os
 d'encre
Je pense à toi
A ta bouche mutine
et ton regard à la fois,
je ne sais comment tu fais ça
le ciel et l'enfer en même temps
ton regard fier et inquiet
et c'est comme si alors on devinait dans tes yeux
Le monde, le monde infini
des gestes recommencés toujours par les mêmes gens
et les phares des métros
et le bruit de la ville
comme si le monde infini
était pour toi en même temps
mort et naissance
mers et périls
tendre douleur
et 
joies furieuses
Je pense à toi 
à mes doigts tremblants autour de toi
et je ne parle pas encore
je ne parlerai plus même
de ta peau mortelle
de ton dos de ton ventre
de tes seins
je ne parlerai plus de tes baisers
et du désordre de tes cheveux
et quand j'écris mes doigts tremblants autour de toi
c'est autour
de ton coeur nu
déshabillé
offert
gigantesque et fuyant
comme un soleil désolé
de s'être trompé d'heure
de saison
et s'écarte humilié
par la nuit
la pluie
la neige
c'est de ta mémoire
le grand minuit logé en toi
et les aiguilles éternellement figées
à l'heure des désastres
où je vins peut-être
te rendre visite, et pousser de toute la force de mes hurlements
de ma cruauté de gosse insoumis
les heures immobiles
et nous sommes arrivés au matin
Jusqu'à quand ?
Ne t'excuse pas
Ne t'excuse plus jamais s'il te plaît
Devant personne 
Ferme ton oeil soumis
Garde ouvert la moitié fière du regard
Et dévore le monde
De tes cils violents
Comme le vent du nord
L'aquilon les mauvaises nouvelles
oublie moi même
ignore moi
en te moquant
ris aux éclats
de mon souvenir malade
de mes mots
de mon désir d'enfant
étrange
de tous mes gestes ratés
peureux
le mal de mer
à l'approche de tes côtes 
Tremble et sois plein de cette force sensuelle
qu'à minuit tu prends à ce je ne sais quoi
invisible à mes gestes (des farces) d'enfant
Avance et durcis tes cuisses, quand tu marches à la rencontre
de ce drôle d'infini libéré par toi quelques minutes par jour
emprisonne le sous tes ongles courts
dans tes bras durs
Ecorche le
Et ris, ris, ris toujours de ce qui ne vaut rien
les promesses des hommes
l'ennui de leurs souffles
tout leur corps parfois si semblables à un immense
Ronflement
Ou
Bâillement
Selon qu'ils ont joui
ou pas.
Je veux te voir pour te dire
Comment bougent mes mains dans une mémoire
Et comme il faut se méfier de la pluie imitée
De la salive des étoiles
Je veux rire
et lire
avec toi
Tout ce qu'il y a de terre stérile dans le monde
et dans un mouvement acharné fabriquer des fleurs de sable
Puisque nous savons aujourd'hui que rien plus jamais ne poussera

 

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13 septembre 2013

Quand le vent dans la neige

Je veux toutes les choses au fond de vos yeux au fond de vos bouches au fond de vos veines

Le chemin calciné de vos voix

L’iris dilaté par la peur et la langue humide de nuit

La belle angoisse quand tu renverses ton corps et l’alcool

Le frémissement de ton haleine quand tu approches

La buée de tes bras autour de la taille
Toi, drôle de brume d’une saison qui n’existe pas

Je te veux
Toi et

Les cris et les baisers et les pleurs et les joies et l'infini et le ciel effondré des paupières

Les traces du chant dans la peau les ongles dépeints la pierre effritée des lèvres

Je veux le

premier balbutiement

De l’alphabet, la musique

Le saccage des montagnes et les mers calmées

Les bec cloués

les corbeaux gaspillés

Par la foudre et la chasse

Le feu roulant des baisers

Le cri de mitraille quand deux corps

S’aiment se délivrent se perdent, se cherchent

Dans le noir complet, partout

Eclairé par la bouche ouverte

Rouge-rose-pourpre (lumière à la fraise, à la braise, au poivre)

 

J'ai entendu souvent la promenade nocturne

des chauves-souris

accrochées peut-être à des ronces mentales

à des épines de roses prises pour les cheveux longs parfumés des filles amoureuses

 

et je connais le drôle de murmure qu'on dit toujours quand il est la nuit

qu’on a retenu les pleurs en se croyant hier

Sur le calendrier
Je connais le mot dit à l’heure erronée

Le prénom maudit qui blesse la bouche

Brûle la langue

 

Souvent comme dans un rêve passèrent devant moi des amoureuses avec sous les bras une porcelaine en miettes, une sorte de coquillage brisé très semblable à un coeur

Souvent des amoureuses passèrent devant moi

Comme les étoiles du rêve

Pâles déchirées hésitantes

Malades de cette drôle d'angine blanche qu'on attrape

Dans la saison glacée des cauchemars

La sueur crépusculaire

L'effroi la terreur

L'hiver muet

Sans même un murmure de chaleur


Je veux moi l’interminable
Profondeur des pupilles
Le souffle chaud

Dans les paumes glacées

La vie passée comme une insomnie

Toutes les formes étranges du rêve et

les gestes inconnus du veilleur

Trésor indéchiffrable des somnambules

Enfin dehors la lumière recommencée du jour

Et le soleil se lève lent élégant pareil 

Au pas épuisé de l’amoureuse, le lendemain

Du verbe

 

 

La lumière recommencée du jour les yeux fermés le coeur vivant

Je suis amoureux des images et j'irai à travers tous les déserts, ces sortes de miroir, à la recherche des mots dangereux où l'amour se baigne. Je ne crains rien des tempêtes de vivre quand le vent dans la neige trace la mémoire

 

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27 août 2013

Le chant et la cendre

Il y a dans le monde un chant

Et pour le dire
Le ciel est comme enroué par le vol des vautours
Des étoiles fanées
Des nuages du mois d'août
Je ne sais si déjà tu fus témoin de ces pluies là 
Quand la lune se courbe
Sous le poids des fleurs
Quand la nuit démesurément enfle et
Dure comme si l'Univers en entier
Fermait les yeux. 
Je ne sais si tu connus tout ceci 
Mais peut être es tu comme tout le monde
Et tu as oublié 
Oublié le froid enfantin
Si semblable à la peur
Qu'on tremblait pour l'un en imaginant l'autre
Depuis l'hiver nous terrifie, par habitude
La neige est couleur de l'angoisse 
Et la vie comme une chanson oubliée
Le seul refrain souvenu
La danse très lente à finir des lèvres 
Les paroles devenues la soif
Le sens perdu des pensées
l'heure du sommeil
Et ses divagations dangereusement désamorcées au réveil
La vie
comme une voix pleine du givre mourant des murmures. La voix, cri , chuchotement peu importe tous deux également bannis. 
Le ciel n'est aujourd'hui qu'un souvenir
Et le cœur se précipite à chaque pas, chaussé de bottes de sept lieux, pour parcourir en hâte toute la mémoire. 
Mais toi ton visage est ailleurs formé et tes yeux me prennent pour cette sorte de dément
Tu imagines peut être mes ongles contre la réalité dure
Tu vois ma vie comme
La tentative insensée d'écailler le sang par dessus toutes les choses 
Alors tu crains de voir
Je ne sais quoi
Un miroir peut être 
Mais désert 
Comme si ton reflet et ta vie avaient mieux à faire que t'attendre ici
Je connais ces images il m'arrive avec elles de rire comme entre petites filles. 
C'est une forêt de songes
Pour les baisers les secrets
Les ruisseaux s'écoulent dans des crues de flammes
Et personne n'entend la foudre tendrement tombée 
Le clapotis du cœur
Le pouls des dessins dans l'écorce 
La vie 

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26 août 2013

L'angoisse

On sort de l'angoisse
Comme d'une pièce étroite
Fermée du double-tour
De l'imagination et de l'oubli

On sort de l'angoisse comme d'une cage
et
le gêolier, distrait par l'été peut-être
Ebloui par la foudre, oui,
N'en a pas tiré la chaîne

On sort, un matin, sous le ciel neuf
Et des bottes de sept lieues à chaque
Battement de coeur
Font entrer le bonheur
Dans la vie

On sort de l'angoisse
Comme d'une caserne
Une permission offerte
par on ne sait quel lieutenant
Invisible
Mais on ne s'échappe qu'un temps
de l'uniforme


On sort de l'angoisse
Comme l'agonisant,
Parfois s'arrache à la douleur de son mourir
Et adore ces quelques secondes comme un Dieu

Il
Hurle les mots, les mots du miracle
et des pages déchirées
Jette toute sa force un instant revenue
vers le ciel
Enfin miséricordieux
Et ne se doute pas alors écarter par chaque geste
Les bras
Comme pour mieux retrouver
La croix

On ne sort qu'une seconde de l'angoisse
Comme le rêve n'échappe à la vie
Que le temps du sommeil

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19 août 2013

"Que m'importe les délices du monde ; je sens en moi toutes les Douleurs de l'Univers" Jésus Christ

Il y aura bientôt pour moi aussi une
Espagne des miracles

Au monde je suis déjà le spectateur d'un
Guernica moral
Une toile lacérée où
Les visages fument entre-espacés
Par de grands morceaux de vide
Une habitude dit-on, cette mitraille invisiblement
Tombée d'un interminable or-
Age
Toutes les figures ont perdu le sens du mur-
mure.


Je bouge devant la grande grande grande peinture
Cette lanterne magique, le monde
Cette gare bondée
Où sur les écrans publicitaires
la même image; toutes les secondes, reparaît :
Et l'on entend le survol des avions allemands
Les paniers renversés par la hâte
Des femmes raides, belles
Comme des forêts brisées par le

Feu


Les enfants à peau mate
Souriants
En chemin vers la mort
La drôle d'agonie
Pareille à la première extase

La ville transpercée
Le front malade
De l'aube

Et


Le poème mis en cendres
Avant d'avoir été écrit
Comme fermer les yeux
A l'approche des miroirs
Pour ne jamais voir 
Le reflet raté
La rime d'être.

(et d'autres disent
Comme fermer les yeux
A l'idée d'exister)

Il y aura pour moi aussi un
Chili

J'entends dans la mer les R roulés, 
scandés
L'accent souleveurs de jupe des buveurs de mezcal
Le mot amor tourmenté par une vague
J'entends sur la mer
Les pas
De ce Christ pour rire
Ce réincarné du sable et du sang
D'Atacama
(étonné par l'ombre gigantesque d'un Rio Brûlant, il lève la tête et découvre son visage gigantesque, mais habitué qu'il est à se mirer dans le ciel, à peine la surprise passée, le voilà à nouveau dans la poussière du monde)
Ce pélerin des grandes étendues gelées
Ce marcheur dans la toundra moderne
Parcourant le coeur humain, cette
Sibérie de marécage, tremblant
En ses paumes gelées il croit sentir
Les clous de l'an trente trois ressuscités avec lui
Et lui-même charnel encore et mortel encore
Mais à l'instant de la mise en croix
Alors se dit-il
"A nouveau l'immense chemin"
Et la foule revenue 
reconnaissable à cette puanteur toujours la même depuis
Deux mille ans
L'enfer même n'y changea rien.
"Mon père pourquoi m'as-tu abandonné"
Et il ne peut être le sauveur ; il n'y a plus rien à 
Sauver
Pas même moi.

 

J'ai le sens du

Destin

Et

Les boucles du 
Christ

Cette toute puissance étrange que
"JE"
Inquiet seulement devant les miroirs
brisés,
La mystérieuse prophétie
du reflet
Cet autre soi-même
Mis en miettes


Que m'importe le monde
En ce moi-même changeant
Prisonnier du chant et de la fable
L'Univers 
Mue Rampe Reflue
Bouge
Interminable
D'images

Je serrerai les dents cinq ans peut-être et quand l'habitude croira m'avoir pris à son piège, quand le monde entier, ce Guernica comme j'ai dit déjà tentera de me donner un rôle dans la difformité, quand tout sera asséché par tous les COMME IL FAUT du présent, quand tout aura l'air enfin à sa place et que la pièce -cet étroit chemin qui se jette dans une mer d'ordures- débutera, je m'en irai loin là-bas, dans mon
Espagne miraculeusement sortie des flots de l'âme.
Avec la marque solaire des vivants
Le coeur battant.


Cinq ans, j'étoufferai la voix, j'étranglerai le chant, cinq ans durant s'accumulera en moi la haine des plus pures altitudes. Cinq ans, je serrerai les dents aux railleries des copains qui diront "alors, ça y est, tu es là bas" cinq ans j'entendrai ricaner ceux qui diront "alors tu vois, finalement tu es comme nous, viens ici lécher nos bubons infections, partager nos perversions, te repaître de l'horreur confite". Cinq ans durant, oui, je serai exilé de moi-même, cette seule Patrie valable, où tout depuis toujours m'étonne et m'enchante, cinq ans j'irai hors du refuge de solitude, hors mes dents de loup, hors mes ongles de carnage, hors, hors moi-même pour aller au monde dépouillé de ma chaleur. J'irai oui, hors du naufrage intérieur pour accoster ces rivages sevrés de prières, pour toucher les pierres desséchées et inutiles des hautes chose, dans un monde où l'on ne bâtit de cathédrale plus que pour sanctifier les choses banales.


Cinq ans oui, et qu'importe le cérémonial du temps qui passe, le tic-tac, les points lumineux dans les cadrans, les chiffres digitaux, le rituel, les pages froissées des almanachs mais ah on s'est trompé d'époque, les commutateurs célestes -non des pièces au plafond bas!- tournés, je dis cinq ans parce qu'il faut désigner dans le ciel une étoile, je dis cinq ans comme une quantité mesurable et c'eût pu être une quantité de soleils, de précipitations, de cheveux, de larmes, de désespoirs, de théâtre mais quand débute le décompte, je perds l'instrument des mesures sensibles : mon âme. Cinq ans durant, je délaisserai l'âme (et elle ira son chemin profond, raviné, rencontrant peut-être d'autres formes infinies, le Dieu enfui du ciel depuis si longtemps et caché par un long manteau pour regarder les nuages nus -Dieu aussi a ses perversions. L'âme creusera le monde souterrain et muet aussi proche de la mort et du silence que de la nuit, découvrira au rebord de chaque instant des endroits dangereux, découvrira peut-être ce lieu d'obscurité totale imposée par la poésie élémentaire. Et l'âme reviendra en moi la peau brûlée des gemmes du ciel, les mains dures comme une pierre fervente, l'âme reviendra en moi, agrandie, blessée, immense amoureuse) (oui, je laisse à mon âme les yeux où se versent les soleils aux muscles brutaux : où marchent les pluies odorantes ; où la menthe fraiche pousse et rafraichit le rêveur un instant menacé par ses songes).
Le calendrier en voilà une chose comme il faut et sa face de notaire. Lui aussi , je le trahirai, et avec quel courage. Enfin, je trahirai avec le corps présent, je trahirai comme Christ se sacrifia, comme il se jeta sur la croix je me lancerai dans l'abîme, par ma chair vivante, mon hurlement et ma colère. J'imagine, dans cinq ans, la face des hommes contrefaits, lorsque dans un éclat de rire ou peut-être par un baiser sur le front, je dirai Voilà l'Espagne, et pour être compris de tous, j'emploirai les mots officiels selon la religion "Adieu, Démission, Meurtre, Suicide". Personne ne comprendra jamais (sauf, l'AMoureuse, mais elle est dans ce monde intérieur, elle vit en moi, sans aucune parole, et son absence, ah torture sensible, mais cinq ans durant j'aurai une complice muette, une AMoureuse, toujours présente dans le complot immense tracé dans une écorce inexistante) et l'amitié à l'inverse de l'amour ne confond pas les individus en une substance unique, ne les mêle pas en un seul nerf sympathique, ils demeurent déterminés en leurs individualités hostiles, en leurs puanteurs propres, en leurs haleines inutilement différentes, distincts toujours, distants hélas (et cette distance infranchissable est celle qui séparera toujours le juge de la justice ; la distance d'un baiser. Le juge n'a pas de lèvres)
L'amitié s'apparrente à l'entrée d'une pierre dans l'eau calme ; l'ami alors est le cercle concentrique le plus proche du point de pénétration mais sans jamais pouvoir être confondu ni avec la pierre, ni avec "l'endroit brutal du choc" (c'est à dire respectivement l'être du dehors et l'être du dedans). L'ami le mieux intentionné, né d'un heurt ancien dans une source toujours neuve ne comprendra pourtant jamais tout. Parce qu'il ne peut, étant lui-même, pierre, c'est à dire "JE" admettre qu'un autre choc, qu'une autre force, qu'un autre poids, entre dans le monde avec un fracas au moins égal et le produise lui, ami, comme conséquence alors qu'il est convaincu depuis toujours d'être la cause de tout, la pierre dans l'eau. Enfin, l'incompréhension tient à ceci que chacun, même le moins violent des hommes, pénètre dans l'eau à sa façon, avec sa forme sensible et son poids particulier lourd ou creux de toute une Histoire propre. Toute substitution est rendue impossible, par cette seule spécificité, et l'empathie entre des choses si différentes par leur nature, leur force, leurs allergies, devient impossible. Et le baiser, seul apte, à tout réconcilier n'est plus possible depuis si longtemps qu'on se demande si les hommes ne s'embrassèrent jamais.


Alors. Cinq ans durant, les camarades pris comme des soi de rechange (un soir qu'on crut de pleine lune, mais on y voyait seulement grâce aux pierres blanches, semées partout), s'écarteront en mots en gestes, leurs visages s'entrecouperont de ces sortes de rides qu'ils croiront eux des paroles et des gestes, mais que je saurai moi entendre comme la forme concrète de leur incompréhension. Le cercle concentrique le plus lointain fut un jour le plus proche. Cinq ans, je répondrai et se peindront sur leurs lèvres droites tendues (la forme épaissie du mépris) une espèce de dégoût inspirés par ce qu'ils nommeront je crois UNE TRAHISON.
Tandis. Que je n'agis ainsi (le mouvement a débuté en moi, et je vois la couleur tiède des changements envahir le matin, avec son front d'enfant malade) que pour l'infini le plus haut et je trouve des indices de l'infini dans ce monde infect, A SA PUANTEUR MEME, JE TROUVE DANS LES EGOUTS DANS L HUILE USAGEE UNE TRACE DE LA BRULURE PRIMITIVE.
Mais je n'agis jamais qu'en moi-même
Pour moi-même
Afin de satisfaire toutes les images
Oui
Accueillies, offertes, Douloureuses
Quand les Narcisses de Pacotille s'admirent dans les miroirs minuscules du poudrier
Je vais me mirer
Dans l'Océan
vidé
(tout est découvert)

Cinq ans pour fouiller tous les désordres tranquilles, trouver la force incroyable, cinq ans pour arracher à ce désert de la vie le mirage puissant, l'eau du cactus nourri de songes et l'ombre des femmes empoisonnées. Cinq ans, je boiterai comme tout le monde, claudiquant de l'âme, de la parole et du destin. Digne d'Espagne, je m'inspire des pas mortels du toreros et à la fin le sang m'éblouit.
Quand il faut crier, je tremble. Je sens en moi cette révolte du sang, la tension de la force. Cinq ans, oui, je serai un misérable, une de ces formes soldées du vertige, je grimperai par l'ascenseur la falaise imitée pour arriver au plus vite à cette hauteur FALSIFIEE, et au sommet je l'éboulerai sur le monde qu'elle toise. Le néant écrasé par le néant. 


Cinq ans, pour trouver
Mon Espagne
Partisane
Fasciste
Que m'importe
Tant que l'Univers remue encore

Eclate en deltas profonds
Se sépare
En branches chargées
Des couleurs d'amour

Tant que l'Univers dévale les monts calmes
jusque dans le Je, infini
Torrentiel

Mais la jeunesse renaîtra autrement
J'en ai gâché la première forme
Qui me tomba dans les mains
Sans que je ne sus quoi faire
De toute cette beauté desespérée
Mais l'Espagne, dessine doucement
Sur la carte mentale
Ses frontières nouvelles
Et la jeunesse, ma jeunesse
Se forme
Dans cinq ans l'enfant aura la force
Du voyage
A travers le grand désert
Des âmes

 

 

 

 

 

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15 août 2013

A l'horizon, ., ton image

J'exige les baisers cruels
jamais offerts
ou
Si parfois, peut-être, dans une vie à ce point oubliée
Qu'en se penchant pour y voir
La nuque se tourne, douloureuse et
La vue vient à manquer

Des baisers
d'il y a si longtemps
Qu'on ne s'en souvient plus que par les
Photographies

 

L'eau chante dans la bouilloire, l'expression te ressemble, elle a ton âge
Et le percolateur (ou l'amour) t'est aussi familier qu'à moi-même
Le café instantané

Le temps a emporté les nuits de ta jeunesse
Hors du monde et de ta mémoire
Hors du monde et de ta mémoire
Tes nuits démolies, démodées
Ont été emportées par le temps.


Tandis qu'en moi
L'inspiration
monte, monte comme une nuit vengée, un crépuscule sauvage
Les crocs du fauve dans le langage
La grande carcasse du ciel
La crinière tachée
de mélancolie parfois
De grêle et de fleurs demain.

 

Ici, le sang s'arrête un instant. Tout à l'heure, autrement métamorphosé, il reprendra l'histoire. 
Tout à l'heure, les mots paraissaient la mauvaise herbe d'une mémoire, la pierre effritée des vies trop longues, les mots semblaient...mais
Les voilà changés par la maladie ; la mauvaise saison débute où tout se change en désert. Une suffocation. La toux tonne dans tout l'acte et les tuberculeux, en retard, enfuis du sanatorium prennent la place vide du choeur. Enfin, de la musique.

 

 

Je reconnais ton odeur et je remonte la piste avec les doigts mais déjà tu te méprends tu imagines à mon geste je ne sais quelle intention
frivole
comme si une
Caresse maladroitement
Prononcée
déliait mes phalanges

Tu imagines mon doigt parcourant l'espace entre nous
A la recherche d'une réalité
D'un de ces débris,
un mot de tendresse
le langage cal-
-caire
Tu imagines tout ceci
Parce qu'un jour tu m'as entendu
Demander le retour de mon enfance partie dans je ne sais quelle foule
Avec mes premières dents
Tu m'as entendu demander les gestes de la sensation
Pure
Tu as cru tout comprendre
De mon vouloir des baisers cruels
Mais je les exige exaucés par des lèvres
De drame
Une bouche
Tendrement bleuïe par la marée
des songes
je veux cet instant de toi
Où tes paupières changent
en la pierre
Stricte des Morts

J'aime l'odeur dans tes yeux, cette pourriture extrême qu'on appelle
L'âme humaine
Une eau bénite
Dans une Eglise déserte


et toi accroupie dans ce silence lointain, toi dans cette nef sans bruit,
tu n'entends pas le froissement de mes os contre l'idée de tes mains
Tu n'entends pas ma prière sans cesse interrompue par l'aube
Ni la nuit errante, pourchasée par le jour.


J'ai suivi ton parfum jusqu'en

La fin étrange du monde

Cet endroit de miroir, infranchissable
Eau close à la force, la colère et toutes les chaleurs
A l'infini encore je bute sur l'ombre de moi-même
Reflet de vivre
Triste reliquat d'exister
Un "Je" manqué.

 

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