23 mars 2011

Perso - Dans le jour je creuse encore la nuit. Et je dis "j'aimerais que ce soit le soir"

Mercredi, Il suffit toujours d'un détail, et peu importe lequel, il suffit
seulement d’un pigment pour que mon cœur s’empourpre, pour que mes bras se
crispent, pour qua ma tête tourne. Ma sensibilité est dérangée, complexe,
contradictoire. Dans des veines indifférenciées coulent un sang fragile,
venu d’artères vénéneuses. Dans mon corps s’affrontent le silence rieur et
la douleur sèche pour former ce visage de paradoxe. J’ai l’indifférence
amoureuse. Je sais que rien, ni personne, ne sent ce que moi, je crois
ressentir. Un jour, j'aurai mes propres mots, j'aurai mes paroles, j'aurai
mes cheveux, qui frotteront les séismes. Un jour, on comprendra, que ce
n'était pas des hallucinations, mais qu'il y a bien un renard, qui gémit,
dans le coin droit de mon œil gauche, qui gémit sur la poitrine de mes
cils, et qui se met à perdre l'équilibre à la moindre larme. Un jour, on
comprendra, peut-être pas n’importe qui, après tout.

Je ne sais rien des corps de l’Avenue de la Grande Armée. Parfois, j'en
croise un, qui m'est familier. Et alors, je l’évite. Les corps connus
m’embarrassent. Ils demandent toujours si mon coeur va bien. Mon coeur se
met parfois à s'agiter, à glousser, alors je comprends qu'il rit. Et je me
mets à rire aussi. A mon tour. Quand, certain que mon cheveu est défié, je
me mets à jouer. Je joue, je suis comédien, costume, je suis l'été, je
suis malade. Je me mets à jouer de cette couverture, et je souffre,
parfois, que l'intérieur de ce corps, soit orageux, affamé, calme, secret.
Je me mets, pour les regards de ce corps inconnu, à faire danser mes
entrailles dans un calme paisible et tragique, à sourire, timidement, à
faire des signes, à embrasser, à vivre, aimer, je me mets, à faire toutes
ces choses, en laissant, un soupçon du parfum qui règne dans mon ventre.
Quand, enfin, je sens, que le corps inconnu, se met à détourner les yeux,
je sais alors, qu'il a compris. Je sais qu'il a vu. Et je sais, qu'il a
su, qu'il ne pouvait rien y faire. Que c'était moi. Je sais, que je l'ai
découragée par mon silence, quand on m'écrit et que je fais celui qui n'y
comprend rien, qui répond sérieusement à des mots qui demandent, qui
attentent. Il y a des mots difficiles à prononcer. Facile à écrire. Il y a
des mots, horizontaux et immobiles. Mais aucun ne sont inoffensifs. Tu
vois, D., je ne t’écris pas, j’aurais trop peur de pouvoir t’atteindre, de
pouvoir me rendre, si je t’écrivais vraiment, que je te montrais, que je
disais, regarde maintenant, c’est ça une agonie, regarde encore, c’est ça
une douleur. De te dire, la guerre elle se vit tous les jours dans ma
peau, loin des livres d'Histoire, j'écris une alternative. J’aurais trop
peur de t’écrire, trop peur que tu puisses un jour où tes sens seront
fragiles, céder à la littérature et son corps d'angoisse. Je ne veux pas.
Tu sais être heureuse, ça se voit dans les baisers qui gercent dans ta
nuque, dans l'alcool qui sèche ts yeux t'empêche de mettre tes lentilles.
La littérature c’est l’interdit, la barrière rouillée où les ballons
d’enfant se percent, les ronces, la littérature, les chemins hors-piste,
on en revient différent. D. Je ne t’écris pas, je me contente de t’aimer,
et c’est déjà beaucoup de feu, de flammes, beaucoup d’incendies à regarder
défaire le monde, je te protège de moi-même. Si je t’écrivais, sûrement,
tu ne verrais rien, tu sourirais, tu dirais, c’est beau, mais tu
n’entrerais pas dans la littérature, tu continuerais à marcher toute
droite, toutep etite. Mais peut-être que si, tu entendrais le chant triste
qui entre dans les figues, et c’est ce peut-être insupportable qui
interdit à mes mots de franchir le store des conventions. Je ne veux pas
que ma lumière te tache. La lumière du risque. Ma lumière douloureuse,
épaisse comme du sang. Sûrement, tu ne peux pas m’aimer, mais peut-être
peux tu aimer les mots, et nous confondre les rimes et moi, nous sommes
presque jumeaux. Ils sont à peine plus vivants que moi. Alors, je ne
t’écris qu’ici, je tutoie ton absence, je déshonore ta présence. Je t’aime
toute entière, je te garde de la littérature. Mon silence-gantelet est ton
mantelet. J'ai le goût de l'arme cirée dans la bouche. C'est ta voix douce
D. "Ce sont les autres qui inventent nos peurs". J'apprends à tout voir,
j'apprends à tout entendre. J’ai peur que tu me dises "Tu fais vivre ta
propre vie en l'écrivant". Je cherche la forêt. Où embrasser tes
agissements. Je pourrais me mettre à genoux, et je n'en ai pas honte. Oui,
je te cherche. Mais quand tu approches, je veux partir, très loin, sous
d’autres ciels, quand je te vois dans tes habits noirs et que je
n’attendais pas, que j’avais donné rendez-vous à la musique à place des
Etats-Unis, et que tu arrives toute habillée de soies sombres et de
garçons amoureux, je veux partir hors de l’imprévu. J’espère que tu ne m’a
pas vu. Mon corps est recouvert de villes écarquillées de révolutions. La
colline sainte, où la révélation se fait, je sens l'archange Gabriel
piétinant mes rigueurs. J’espère que mon silence t’a faite détourner le
regard. Je suis un enfant, ce n’est pas pour rire. A 13 ans Marine était
l’amoureuse, Marine qui demande à Cyril, si je peux venir la voir,
derrière les algecos. A 13 ans, Marguerite m’avait appris l’amour, l’amour
adulte, vieux, l'amour des manies, des intentions, des gestes, des
colères. Je ne voulais pas voir Marine, je me disais "comment peut elle
vouloir les mêmes images, comment peut elle vouloir un corps, des yeux, un
regard dévissé, comment, pourquoi, veut-elle me faire crier, me faire
peur, mettre encore des cauchemars dans ma tête. Il n'y a plus de places
dans ma nuit pour les accueillir, les cauchemars en plus, la nuit n'est
pas assez longue pour souscrire à toutes mes larmes. Non. Non. Non.
Marine, je ne t’aime pas, c’est laid comme ils font les amoureux. Laiss-
moi retrouver des cris innocents comme des genoux écorchés, rieurs, où le
sang brille de graviers. Des cris de jeux. Je ne veux pas que tu vois ça"
Et pourtant, D. quelques minutes après, en te croisant dans le couloir des
arbres, j'ai aperçu dans un sourire des ailes de renards qui s'ébranlaient
dans la gencive du ciel. Une dent de lait.

Il y a des gens, qui en lisant, ce qui se passe ici, ont dit : "…" je n’ai
pas entendu. Pourtant, je sais que je peux porter à confusion, mais mon
coeur, est certainement, bien plus, du côté des cratères vivants. Et bien,
que je ne puisse écrire autrement, que je continue à parler de silences,
de D., ou des douleurs, de cette manière, que je continue à vivre dans
cette marre, et bien, qu'il soit bien clair, que je ne pense pas avoir de
maladies. Et que ça ne regarde personne.

J'aime bien profaner les bruits intérieurs de mon corps. Parfois, je me
bouche les oreilles rien que pour les écouter résonner.

Je pense qu'il y a des corps, qui peuvent prendre la forme molle de pleine
lune, et qu'il y'en d'autres, qui sont fous de nature.



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Perso - Sur la place des Etats-Unis, j'ai vu un Etat, l'état de la folie.

"Il a passé sur moi des heures et des heures
Je ne remuais plus tant j’avais peur de toi
Je me disais je meurs c’est moi c’est moi qui meurs"

Quand j'ai croisé l'Université au milieu de mes folies les fruits ont
cessé de gonfler leurs jus, de tendre leurs peaux, j'ai senti ma peau
frémir de colère. Un être dérangeait la musique bouleversée de dedans mes
artères....
" Que tu me déplaises n’est pas mon plaisir" le mot est charmant, élégant,
presque. Mais je ne me plie à rien que la littérature, mes mots sont
sales, ils roulent dans l’enfance, roulent, roulent, se retournent mais ne
veulent pas résorber, séduire, plaire. Je déteste le mot. Plaire. C’est le
mot des tortionnaires soumis, des équarisseurs. J’aime les clous des
martyrs. J'aime ma solitude. "Déplaire est mon plaisir"
La visite dans le square Thomas Jefferson : C'était une sorte de grande
bibliothèque où je lisais dans des gens toute l’existence couleur pruneau.
Une sorte d'entrée rétrécie comme des yeux usés de livres, avec des lampes
aux abats jours de jupes nègres, et une odeur de partition de Beethoven.
Tu parlais, j’imagine. Sur un ton impressionnant. Avec des mots sans
surprise, des mots que tu refuses au destin tragique de la poésie. Lire
n'est pas une consolation, je ne m'invente pas un monde en lisant ou
écrivant. Je retrouve le mien, qui je le sais, a déjà été un peu bâtit par
des mains fragiles mais belles. Inspiration personnelle, émotionnelle, et
philosophique. L'art de tes yeux, je ne le songe pas, je ne l’hallucine
pas, je suis ballonné de visions, mais ça, ton regard je ne l’invente pas,
je le mystifie, je l’abstrais, je le peins, mais la substance, l’évidence
première, le savoir originel, vient de toi, c’est ta vague que je capture
dans mes mots, l’impatience de ton sourire D.. Je veux reconnaître mon
visage dans la salle sombre de ton ongle peint avec une civilité d’enfant.
On m'a dit : " : "tu dois être possédé par les mots pour écrire en
marchant". Je me trouve stupide. D. n'aime que les voix neuves, et la
mienne est piégée de rythmes d'antan. La mienne rappelle que nous avons
vécu. Je ne lis pas d’écrivains modernes, pas plus que je n’enregistre les
numéros de téléphone des gens, je dis "je ne garde en mémoire que les
certitudes, les gens précaires, ceux qui accidentent la vie, je les
épargne" je ne sais plus la vie d'aujourd'hui. Vous savez, il n'y a plus
aucunes révolution qui vaille aujourd'hui, avant, on savait, et puis, je
suis une jeunesse qui avait beaucoup de choses dans le ventre. On pouvait
faire pousser deux beaux figuiers sans les abattre ensuite. Edgar Poe
avait un joli téléphone, sur lequel il a mis une chaussette noir, et
ensuite, un hibou mort, et depuis, je me suis mie à lire. Je lis, parce
que je ne sais plus. Je ne sais plus d'où vient le ciel. S'il y'a du vent.
L’Abstraction Lyrique et romantisme du suicide, la littérature a été pour
moi, une survie à laquelle j’ai sacrifié ma santé mentale. Le non
figuratif. D. tu sais, je suis malade, je vois des choses qui n’existent
pas, des choses sacrilèges, des dieux païens comme ton prénom, j’ai vu
quelque chose qui n’existe pas : la liberté. Il faut que l'enfant
réfléchisse la couleur. Vous aimez peut-être vous, mademoiselle, les
palettes de couleurs, vous avez une allure à vouloir vous intéresser à ce
qui vous entoure. A l'époque, l'art abstrait n'impressionnait pas.
Aujourd'hui, regardez-moi, j'impressionne car j'en possède. Quand on le
voit pour la première fois, un tableau abstrait paraît n'être qu'un
fouillis de lignes, de formes et de couleurs. Mais il faut se rappeler
que Borduas ne cherchait pas à peindre des sujets concrets. Il
recherchait plutôt un point de vue nouveau, libéré des conventions, sur la
culture et sur la société. Il tentait de peindre une autre réalité, celle
des émotions, des sentiments et des sensations.

"Tu dois te faire une raison". Souvent l’on me dit ça. Oui, une raison. Ca
se forge où ? Je n’ai pas l’outil utile.
Je prends deux lacets, je fais des nœuds, je danse et piétine sur mon
corps. J'écoute la musique des religieuses humides. Puis j'imagine des
guitares endormies qui se brisent contre des miroirs. Je mords ma lèvre
inférieure, en suçant un noyau d'abricot. J'ai l'odeur des matins heureux.
Je mets les lacets au poignet en guise de bracelets. Je plonge mes dents
dans ces fils. Et je me ballade, ainsi, accroupi, voûté, dans la rue. Je
sens que l'on me regarde, je m'en fiche : Je me suis fait une raison.

J'aimerais dire, ajouter, redire, remercier, D.
J'aime sa façon de me lire sans en parler, de se moquer de moi sans que
j’entende son rire, je le sais, parce que j’apprends tout. Il y a une
présence dans mes mots, mon corps est tous les objets inertes de
l’univers. Je décrète les droits de la folie, au square Thomas Jefferson.
C’est une indépendance.

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22 mars 2011

La poésie coeur prothèse des impotents.

« Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers, au loin, les suivent
Comme des soleils révolus »

Louis Aragon - Bierstube magie allemande

 

Quelle tristesse que ce serait qu'être réduit à sa nécessité, à son utilité pratique, concrète, sans admettre les qualités de sa réalisation égoïste, celle qui vient nier l'autre, toute sa substance refusée par le catégorique cri, le primitif rugissement romantique ce « moi ». Quand je dis « je » j'occupe un espace dont je prive le reste, je retranche à l'existence du reste, des communs, et des foules un vaste Etat, je mets mes membres dans un désordre de gestes, je saccage tout de cris, je repeins avec mes rages tout le paysage, je rabote les montagnes, j'humecte de salive les cyprès, le temps est au rythme rêveur de mon pas qui soulève les poussières des chemins et enfin, la voix, la voix et la musique que je siffle entre deux feuilles rigides des térébenthines. Mon vagir de Panzer investit la géographie, dessine sur les cartes des capitales. Tant qu'il en est suffisamment dans l'espace pour que chacun y prenne place, y fasse corps, j'épargne des guerres. Mon intransigeance, sévère, divise en invincibles légions chacun de mes déchirements. Mon « je » est une étendue aux progressions de désert, il se porte par le vent de Gobi, des tempêtes de sable, je me dépose en caprice sur les vergers plaints et sur les langes des jungles. Je suis le caprice lâche, qui devise des amours, de très en dessous du risque, je suis sous la mer, sous les roseaux, et quand tu passes, je t'épie, D., je ne supporte aucun silence, aucune violence, tout me défait, me déplace, me dévisse, et mes rivets mal noués, virent au loin passer mon futur, et il fallait quitter la cachette, la mystique, les odeurs, les fragrances de vanille. Je t'aime d'ici, de sous les eaux plates des vallées, avec le goût de café, béquille de mes nuits. Je t'aime, comme ça, sans rien attendre, sans désir ordinaire, je t'aime à l'extérieur de la chair, et ton corps je le croque en pensées, mes pages se mâchent, voilà l'eucharistie. Je boirais demain mon chagrin, pour faire ce vin des noces que nous ne ferons pas. Je suis un couard, depuis que je me sais mortel, que ma vie est fragile, que mes nerfs bouillonnent comme des folies. D, ton pas griffe les rodéos de mes effrois, tu froisses ce petit papier quand tes yeux bleus battent et secouent le vent. J'aime, la tragédie qui se joue en moi toujours. J'attends la liqueur tonitruante, son cri d'orgue quand sa libation vibre dans ma gorge. Je suis mortel, et je t'aime, tout en délire lointain. Ma voix s'en va, c'est un pas qui fuit la guerre. Je suis effrayé par les yeux percés de l'aiguille d'une pupille, et tu me changes dedans, la couleur. Aux dernières couleurs, tu ajoutes l'odeur, et à l'odeur tu couvres le goût, enfin, les dégradés. J'aime dans tes yeux le soupir de mon amour. Je vis très bien de loin, ma solitude est un silence recherché. J'ai des manies de poète, disait Marguerite, et dans ses mots émus, elle disait ça comme une qualité. J'ai des doigts déformés de rimes, et Marguerite ne sait pas, ce empêche de vivre. Je ferai une autobiographie comme un crime contre ma race, comme un suicide. « Ecrire » voilà le titre. Ecrire, pour ne pas voir la vie qui passe et sa carriole d'images, comme certains travaillent et peinent. « Ecrire » sans la peur du songe bariolé. Petite D., tes yeux me seront l'émotion pianiste, la gamme chromatique, et quand tu t'en iras à ton futur, que je serai sorti du destin. Les notes de ce coeur qui battait sans cesse, demeureront gravés par la pédale enfoncée, et se libérera, l'effluve piégée dans les corolles de la fleur ouverte par l'orage. J'ai deux lèvres, deux yeux. Je suis l'indifférente passion. Je t'embrasse avec cette bouche. Cette lèvre de mort, cette lèvre d'enfant. Je ne sais pas le goût de mon baiser, certainement la commissure de mes deux rougeurs prononce la vie. Je te regarde, aveugle. L'oeil borgne de l'indifférent ; l'oeil ébloui de l'amoureux.  

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Diérèse

Je me suis traduit avec les mots étrangers, j'ai fait rimer mon prénom à l'hémistiche de ton soupçon germain, ô petite cédille tu as les bas filés de tes versos, la navette des cyprès aux cimes incendiées par le jour passe par le chas de mes yeux. Ma braguette casse sur la vie, porte des patiences, la vie introduite avec ses dents d'écriture, avec sa cassure d'encre, de vitres et son grand crin joyeux, frisé. Il faut des adjectifs plein d'images, comme des soutes anglaises, il faut des chiffres d'arithmétiques, des chimiques pulsions, des présages de fièvre, des pressions sous les yeux où ma nuit laisse son souvenir blessé, son dernier sang amoureux. Oh, les cris, oh les paroles, oh la garrigue semée de chagrin fécond dans la terre infertile. Mon amie, mon amour, ô ma plainte, mes bras balayent l'horizon, il y a la pente de ton corps sur le chemin des visions, et tu es en travers des images avec les bosses de ton âme. Tu es belle, tu me déchires, tu m'entoures, tu m'entraves. Je rue dans le rêve et je bouscule tes narines de lune, je rue dans les songes que minuit alloue à mes crises nerveuses, le tatouage des délices coud l'arceau des libertés. Amour, lointain, arrête ma course dans le noir, où la brume monte en salants, noie mes pas et j'apprends à transmuter les figures en branchies, mes saillies, petite D., ce vent qui te coule autour de la gorge, qui frissonne dans ta nuque, c'est le baiser que mes mots frémissent, les lèvres de mes pages. J'écris mes textes avec la langue, je tourne dans les pages mes doigts saliveux, les horions horizontaux pleuvent sur ma poitrine quand tu me frôles. Tout est très étrange, au nadir d'une fuite, les ombres prennent l'apparence des fruits des arbres de cendres.
J'ai sous le regard le baiser décharné de ta nuit, les deux lèvres des cernes. Ma Douloureuse amante, qui s'en va dans le monde des matins, laisse sa trace, son souvenir, le travers de nos effrois, le fracas de mon corps contre la détresse, de cette marque mauve. Je crois que j'aime, ses yeux effilés et ses cils d'angine. Je voudrais embarrasser les siècles avec un de mes caprices, et faire peser sur les épaules invertébrées, sur tout ce qui dépasse, tout le supplément de mon âme. Je détourne l'axe de la terre du poids de ma vie, pesanteur innatendue, je suis arrivé, j'ai fait plier la Terre sous le sanglot long à traverser ma paupière. D. ma douleur somptueuse, gâchée, D; le prénom donné à la langue créole, qui siffle dans la rue l'air mélodieux des cacatoès rares. Tu es mon orpheline au cou ophidien, et les crochets de tes yeux diffusent le poison bleu dans mes veines

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21 mars 2011

Du regret j'ai tiré un pétale de Dipsacus, aujourd'hui j'aime, et c'est sans espoir. Ma croix a le prénom des dieux latins.

 

Ma petite Marion, ma douce Marion, mon souvenir de camphre, est ce que je te mélange avec la rigueur du droit. est ce que je m'imprègne de ta misère toute pleine de lâcheté ordinaire. Tu tintes dans demain avec un cri sombre de ta nouvelle parure brune. J'ai entendu ton murmure chuchoter dans les ombrages de mes mains, entre les stries de mes doigts où le monde cesse de battre. J'ai des ancêtres dont je sens encore le sang remuer, que mon existence naïve avive. Né en mai, je porte le printemps dans mes petits sanglots. Dans la tristesse en gris qui immobilise mes lèvres en l'ivresse saccadée. Quand je tourne une page d'un album photo de ma Kabylie native je sens une veine de ma mémoire qui claque comme un pas sur le pavé des révoltes. Oh, ma petite Marion, comme je m'en veux. Je n'ai pas su te détourner, je t'ai arrêtée, j'ai retenu la marée de ta vie et je croyais la changer, la réinventer, je me rêvais des pressions de Lune, des cratères astraux. Je ne suis pas même un barrage, l'écluse que la vie baisse dans le sanglot des rouilles oranges et qui remonte pour laisser bas les niveaux de tes pleurs. Je donne l'illusion de faire grossir les cours, ah le tumulte d'algues de mes manivelles hirsutes, dans les madrépores illusions, dans les circoncisions des vagues acronymes. Je te dis pardon Marion, pardon de t'avoir laissée à ton vide, d'avoir délaissé la vie de toi et de m'être pendu à tes silences, d'avoir balbutié des salives en or, à broder sur le corps du reste des filles-animales, l'adultère caustique. Les rescrits fusillent les lexicales brutalités, et ma petite Marion, je sais la pulsion qui soulève ton coeur, et la lenteur du sang qui bouche le port de tes cris. Ma petite Marion, tu es le silence qui craque sur la chaise en osier, le mouvement du mancenillier , égorgeant les rouges-gorges et qui rosit tes oreilles de deux perles irisées. Il y a le quartz d'une date imprimée sur tes reins, et quand j'embrasse les photographies de nous, les sangles de mes muscles ralentissent le mouvement de leurs brutales vigueurs. Ma petite Marion, je suis passé dans ta vie comme une intention qui ne change rien, comme un discours politique qui promet tout et altère ce qui va, et j'ai ouvert dans ton ventre la plaie des voyages, j'ai mis contre ton palais ma langue impatiente qui offrait le goût de la liberté. J'ai repris l'aliment dont le parfum t'empoisonne encore. Et je suis parti, parti dans les bras différents, des filles-hymnes aux corps de ricochets contre l'eau tendre et boueuse de mes yeux. Oh, Marion, j'ai trahi, comme à Margot, le loin là-bas, écorché les silos de l'habitude, sous les sillons profonds comme des tombes creusées par les manches des fellah. Ma petite Marion, je t'ai laissée dans la nuit noire sans te donner les torches du jour, sans t'offrir la carte du dehors. J'ai délassée le nœud de tes cheveux longs, dans des salles atroces, les portes bougeaient plus vite que tes petites jambes, et la liberté s'éloignait dans mon pas. Moi je partais, j'allais en dehors, j'allais retrouver le jour et le feu des fleurs, j'allais absorber les tiges des filles, et boire aux bouches des vierges l'eau neuve de leurs hymens fontaines, et tu débattais dans le noir ta vertu, tu te débattais et tes yeux bleus s'usaient, ma petite Marion, dans les chambres sans lumières où ton corps crispait les muscles jusqu'à la tétanie. Ma petite Marion, je t'ai oubliée dans la nuit de ma vie, et tu es devenue la nuit, ses sucs de couture te confondaient dans mon tard, et tu es devenue les heures finales de mes calendriers, tu es devenue la note ultime de mes tristesses, la dernière goutte de liqueur qui tachait mon pantalon de coutil. Ma petite Marion, je ne t'ai pas arrachée au gris de ton ordinaire, j'ai teinté ton ciel de ma salive sombre, j'ai couvert tes nuages des mèches aveugles qui me tombaient devant les yeux. Pauvre de toi, tu vivais dans un monde de brume, où tout se devinait sous les suaires amarrées aux voix, et je t'ai abandonnée dans le silence terrible, violent, brutal des crépuscules sévères. Tu peux tout tenter, tu es prisonnière et ton cri ne rencontre que d'autres cris, tu vis en absence, et je ne te trouve plus dans le noir où les mains des juges me poussent à retrouver l'innocence, les yeux de ma petite Anne n'éclairent plus assez loin la miette de notre regret, l'amour chétif qui nous reste encore sous la peau se dissout, se dissout, et déjà plus rien à nos oreilles que la douleur muette des deuils.

Je t'ai aimée, tu dois m'en pardonner.
Je t'ai aimée, et tu n'as pas pu y survivre.

Aujourd’hui je suis un amoureux sans espoir, d'une toute fragile qui a les yeux forts et le port grave, les ambitions sérieuses, je l'aime de tout mon être retranché de la voix, je l'aime de toute la force de mes silences. D., une toute belle, toute unanime dans moi, dont j'entends déjà le vivat s'en aller sous les allées d'autres ormes, d'autres gloires. Au dernier jour de notre communauté, avant qu'elle se range loin de l'horizon que mes regards accaparent, je lui glisserai sous le porche du front, un baiser parfumé de souvenir. Je lui dirai, c'est de ma lâcheté que je te ceins le front, le laurier du couard te baptise de sa triste audace, n'essuie pas s'il te plait mes lèvres sèches comme l'aubépine, dans dix ans, quand tu ne te souviendras plus comment l'on aime, quand tu auras oublié jusqu'à la profondeur d'un cerne, tu pourras sentir de ce germe que je glissais entre les rides à naître, de ce frisson cavalier, que quelqu'un loin ici, loin depuis le temps, loin depuis sa figure adolescente, sa laideur si particulière, que quelqu'un t'aimait différemment. Petite D., je t'aime de mes impossibles mes manières, de mon aveu incréé. Je ne peux pas m'heurter à la digue forte de ton refus, alors j'écris mon roman et mes poèmes imbéciles, et je t'en dédierai la gloire que je refuserai. J'ai dit adieu à toutes les solitudes, je ne conserve de caresses que l'éloignement douloureux de Loriane. Je me consacre à ton idée. C'est jusqu'où mon courage peut me porter, jusqu'où mes encres peuvent écrire. A la lisière de toi, juste derrière tes sens, sous l'imperceptible. Je t'aime comme un espion. De ce souffle ne retiens que ceci je t'aime comme on ne peut plus aimer. Quelqu'un qui t'aimait au péril de lui-même. Avec des gestes démodés et puéril. La lâcheté qui muselait le verbe, ce n'est rien, c'est la littérature, l'incapacité à vivre. C'est un geste pieux, tu ne m'en voudras pas, quand mes mains assembleront un dernier cri à l'odeur de figue sous la palmeraie de ton futur. J'ai été piégé par l'idée d'un destin, je ne m'en suis jamais remis.

 

Je t'aime petite lueur.

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20 mars 2011

Les stigmates du progrès

le roman inabouti (cliquez pour télécharger)

 

Le roman inabouti.

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19 mars 2011

Tsunami.

 

Aux japonais j'aimerais dire "regarde, c'est ça ta modernité, c'est pour cette fragilité que tu te lèves tous les matins." Laissez tranquille mes adolescentes ambitions moquer les agonies.

J'aimerais que les futurs cancéreux qui y bossent

Quand on leur aura diagnostiqué la mort. Se lèvent

Comme des condamnés à mort qu'on relacherait en pleine ville.

Des gens condamnés pour un crime qu'ils vont commettre.
Dire.

"J'ai sauvé dix millions de vie et mieux, plus précieux, j'ai sauvé vos habitudes"

je vous arrache dix vies.

Laissez moi tirer dans la foule. Je vous donne le crime à vous qui m'offriez le châtiment.

Voilà, j'applique vos lois, je protège jusque dans le vice vos moeurs.

Comme l'effroi qui stoppe le baiser de l'amant d'entrevoir sur la lèvre famine de l'amante le souvenir d'un amour.

"Si nous tenons tant à être artistes c'est qu'à l'image des esclaves d'avant, nous cherchons désespérement à posséder un nom".

Les riches ne peuvent pas comprendre. Et à deux pas d'un prénom tout entier à moi, j'ai fui dans la cachette d'un pseudonyme. Je suis une fille. Violez moi.

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11 mars 2011

Perso - Faites le mur.

« M'habituer, m'habituer
Si je ne le puis que l'on m'en blâme
Peut-on s'habituer aux flammes
Elles vous ont avant tués
Ah crevez-moi les yeux de l'âme
S'ils s'habituaient aux nuées »

Louis Aragon



Dans l’anodin, dans la marche qui mâchait les pas du mercredi
généreusement éténdu aux gazouillis crépusculaires du jeudi, avec le talon
gris dans le par terre dénié des gémir, les breloques d’arrondissements «
fracture du seizième que le quatorzième » ruisselaient de mélancolie, je
tirerai –bien plus tard- un plaisir étonnant, quelque chose doux, d’une
conversation où toute tension, écroulée, défaite, vague comme cette brume
dont les bas filés dissimulent aux visions myopes les crêtes des
montagnes, et voilent, même dans la gaze condensée de leurs tenues
friponnes, aux matins gras, sous les ailes blanches de papillons énormes,
les vallons étroits et les coteaux rugueux. Cette marche où le corps lassé
des passions –nom coloré des disputes- dans lesquelles me piégeait Loriane
n’était plus qu’à la tiédeur du temps, il était douze degrés de 23h54 à
00h30, et Loriane était bien trop loin, dans son cinquième arrondissement,
pour meurtrir mon corps de ses doigts de phénomènes chimiques. Je
marchais, je parlais, nous n’échangions pas, des mots par accidents
formaient des pensées qui s’heurtaient et dans l’agrégat de leurs cahots
menaçaient la torpeur indolente du soir d’un échange –affreux frisson,
avoir à me mêler de choses terrestres, à lester l’âme fragile du poids
inconsidéré des plastrons racés. Quand ces quelqu’un (ces quelconques ?)
emploient à mon adresse des mots et des concepts, j’y entends quelque
chose vieux, défraichi, austère, jouissant d’une autorité hiératique, d'un
titre de com(p)te. Vieux principes tendus comme quelques vieux forts
bordants la Normandie rendus inutiles par la molesse des civilisations,
mais butés là, souvenir inorganique, dont on admire l’architecture
complexe et les nœuds glacés. Ces gens là vivent dans ce principe de
frimas comme certains nostalgiques dresseraient leurs lits sur les dalles
froides des forts de pierre. Mes camarades vivent en retard.

Le paysage sous le pas grésillant avait quelque chose cartonné, chiffonné
du vent léger, timide qu’expirent les fleurs de béton toutes semées en
dentelles approfondies, en invisibles serrures, autour des désordres
semblables de mon marcher déraisonnable. Il était très amusant de devoir
retenir ce que je voyais nous entourant, les merveilles dans le ciel, la
hyacinte qui couvrait mon départ, le lierre entravant le mouvement de mon
ombre, le limon déposé sous l'eau sèche des trottoirs. Je ne disais rien.
Même de ses yeux bleus qui me terrorisèrent, une fois, me jetant un éclair
d'une rage édentée. J'aime malgré moi tous les yeux bleus, mais je
n'allais pas dire « montre comme ils écument de menaces tes yeux. Sais-tu,
les yeux bleus, je ne les vois pas comme des orbes de couleur délimitées,
si je les aime ce n'est pas par vieille habitude parresseuse, mais parce
qu'ils exhalent un anathème libertaire. Je les vois s'extraire de l'orbite
qui les range, et qu'aucune loi ne peut réintégrer dans leurs places
précises. Les couleurs vives m'assomment d'idéaux, flambant comme les
lumières de la Noël. Les yeux bleus -et tes yeux hélas n'échappent pas à
l'outrage- résonnent chacun comme des rimes amplifiées par un visage ».
J'avais le souvenir douloureux encore, du regard terrible qu'elle me jeta
tandis que je méprisais je ne sais quelle chose commune. Que je m'agaçais
d'un raisonnement mal fait. Vraiment. Un regard de la nuée qui couve les
séïsmes et les foudres cruelles. J'en ai été physiquement saisi. Trop
grande sensibilité à toutes les choses. Ce regard se dégrade dans ma
mémoire, il rejoint tous le reste de mes cauchemars, et tinte mes
nocturnes fièvres d'un pigment de Klein. Amusante peur, merci à ta menace
immaitrisée dont tu ne t'apperçus même pas.

Le plaisir m’est apparu - vers deux heures- sous la peau, circulant
invisible comme l’eau phréatique au bas de l’écorce, incapable de se mêler
à la sève de l'arbre, à la pression hydraulique impuissante à traverser en
rugissant les failles de mes muscles, de découvrir dans l’arrête de deux
articulations disjointes le bât. Ce plaisir, cette eau, ce sang
cristallisé en vin, en baiser de roche calcaire, a duré. Il s’est impliqué
en moi. M’a entraîné dans sa valse, partout, sur les méplats recoins de
moi, sur leurs vaillances du jeudi. Je suis heureux de mon jeûne chanoine,
où le café noir construit des intempéries furieuses, des mers boueuses
jetant des corps illicites, à la mâchoire en or. Je disais « Je ne sais
pas quoi faire l’an prochain, et je suis vide d’inquiétudes » et
lorsqu’elle me répondait « c’est de l’inconscience » je souriais en
silence. J’imaginais le propos tenu par Loriane sur le même tempo «
Jonathan, Jonathan, Jonathan, le futur, définitivement, ne te ressemble
pas ». Non, ce n’est pas de l’inconscience, c’est de la foi, mignonne.
J’ignore pourquoi, mais toujours, en toute situation, la plus dangereuse,
la plus instable, surtout la plus mortelle, j’eus de la chance. Lorsque
nous étions immobiles au milieu de la Scandinavie, sous les fjords
craquelés de froid –ce sont des vierges butinées d’hiver disais-je-
qu’Arik pleurait de ce cimetière de glace, de périr vierge encore, dans
nos seize ans liquides, me reprochant de graver dans la glace des poèmes
furtifs à l’heure de se chercher des subsistances. Son imagination
formalisait des détresses, organisait mille déceptions, contrefaçons
d’exister et je sentais venir, de l’angle mort de la mort, ma chance. Ma
chance, lente et ponctuelle, traînant son grand corps maternel, tendant sa
main prophète, gantée de sortilèges, dans les angles osseux de la mienne
incroyante. Un plaisancier de passage nous tirait de notre crique-prison.
La chance est inconscience, diront-ils. J’aurais pu tout être, c’est
entendu. 146. 146. Le nombre de mes folies qui côtoient névrotiquement mes
intelligences, tout comme au Mexique où la fête est voisine de la mort et
les confiseries brillantes de sucre inanimé ont la forme d’un crâne.

Nous marchions ; le bonheur alors seulement armait son geste :

J’avais la hâte, de trouver la rue où me détourner de la civilité, où
détrousser le chant malléable des oiseaux de papier, aux sifflets gais,
dans tel square, sur telle bouche. C’était au choix de mes capricieuses
envies, Maude près d’ici trainait ses cernes capricieuses au rebord ourlé
de son visage, je l’imaginais écrire sur sa Remington de poseuse
indisposée, tapant dessus avec le même snobisme que ces apprentis
photographes (Romain, c’est pour toi) avec leurs argentiques à deux
balles, d’où leurs doigts gourds ne peuvent pourtant pas immobiliser le
poil ivre de la passion, son contour burlesque, sa chair brûlée, sa bouche
de satin, le fil ras de ses membres écorchés, et tout le corps désuni,
fractionné en autant d’éléments qu’une apparence humaine compte
d’ornières, de villosités et de replis.

La « conversation » que j’eus alors, par son contraste, me recentrait sur
moi, je me suis privilégié au-dedans, sans me réinventer, j’ai rapproché
ma pensée de cette matière impénétrable, inviolable, quasi-sanctuarisée où
rien n’entre d’éléments extérieurs, où l’organisation des veillées
salutaires, des tours de garde interdit d’accès même par le plus faillible
des pores : mes principes. « Je suis très fidèle, je n’ai jamais trahi une
idée ». Dans le mouvement inversé, consonant, involontaire aussi elle
contribuait à me préciser, à grossir chaque angle mien, des instruments
d’optique, je devenais cette lumière isolée par les trois lentilles de la
logique –vertus théologales de la science-
La contradiction vous fait mieux qu’autre chose accoucher votre intimité.
Au toucher, ses mots charnus, archaïques étaient doux mais de la douceur
d’une étoffe usée, effilochée, prise dans un corset de dogmes et d’hivers
rigoureux. Une douceur résultant de l’ivresse, de la peau ridée des
vieilles âmes tendres.
En creux se dessinait l’affirmation de ma modernité résolue, moderne en
ceci que je me tourne vers quelque chose qui n’existe pas encore, dont les
frontières restent à nier –ce pays d’avenir que je m’espère, aux pourtours
parsemés de glaise, ne devrait se connaître aucune limite- à l’inverse, le
« présent », se cherche à imiter, à reproduire, sans l’instinct
mi-créateur, mi-destructeur de l’avenir. Les vies mornes, inutiles, les
bégaiements amusants. J’ai toujours trouvé terrible de pouvoir prévoir les
humanités, de sentir l’exacte disposition de leurs intentions, et d’éviter
les coups de les avoir vus cent mille fois déjà portés. « Tu es trop dans
la littérature ». « Certes. Parce que la littérature rehausse tout ce qui
est insuffisant. Pense, gamine, ce sont les talons aiguilles du réel »
A toutes ses affirmations, la voyant agiter sa nuque radieuse d’entorse,
je ne pouvais que sourire, du sourire vaincu du sauvage. Je ne parlais pas
sa langue. Entre nos deux lexiques tout un mur sordide d’impossibles
compréhensions, le geste ne suffisait pas à rapprocher nos idées. Je suis
un barbare. Véritablement. Un barbare. Ce que la plupart appellent
civilités, concessions ou cordialités, je les réunis sous le même dôme, je
les classe avec le même tampon indifférent du fonctionnaire :
compromission. C’est toujours se compromettre que se céder par méfiance,
sans raisons, au prétexte de l’irrationalité adverse, étrangère, celle
dont l’on doit s’accoutumer pour se préserver du dommage. Je n’ai pas peur
de la faim, du froid, tant que je reste près de moi, il y aura toujours un
refuge inviolable, toujours une ultime retraite. « je ». « je » fragile,
mais « je » déjà. Toute ma joie c'est ma différence. Tout mon bonheur se
fait alors qu'en écoutant une voix changée, j'entends bien que nous ne
sommes pas semblables.

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Perso - Exquise laideur

« Nous sommes les gens de la nuit qui portons le soleil en nous »


Louis Aragon.


Après que j’ai dit « moi je » tu as tout vu de moi. Mon corps ne va pas
plus loin que ça.
J’ai pris la folie des damnés, leurs yeux rouges de crimes à déposer dans
les gorges vallonnées, j’a ai jeté les regards bitumés, ils ont roulé,
répandant ardeurs et morts sinueuses, bruits sourds et aubes carillonnes.
Le monde est depuis la plaie mal fermée de notre baiser à naître. L’herbe
lente, sucrée, bouchée terrestre en cercle des gencives glycines, mortel
creux des mâchoires en roc. Les blessures neuves. Les cris laqués. Ma
tendresse : Une fureur féroce. Tes yeux ont roulé avec les souvenirs, avec
les musiques iambiques, ils ont fait des gestes les regards, ils se sont
noyés sur des cartes, sur des chemins, et tes souvenirs tendaient des
ponts de mémoire. Ils avaient des aventures plein les orbites, tes yeux
bleus, je les vois, et ils disparaissent, ce sont des pièges, des pièges à
poète, parce que j’écrivais, le poète confond son œil avec le croc du
loup. C’est le même déchirement. Tu claques la paupière pour déclencher le
mécanisme qui déchire la fuite. Regarde moi, je ne peux plus fuguer,
regarde moi, je ne peux plus partir, l’âme dans le marais de ta
pupille-détresse, tourbillon écrasé. Maelstrom pialant. Il y a des images
si puissantes qu’elles aveuglent la nuit, des images puissantes aux rayons
de glissades, à la carie motel les germes s’y reposent, reflet vert,
jaspe, irradie, uranium, centrale. Mon corps je le tends à l’aube d’hier,
sous la croute fossile des pioches nocturnes. Ma tendresse a des plaisirs
que l’enfer vous comptera. Pillez. Larmes de chiens. Marteaux. Fractures.
Prenez. Os bus aux Verts d’un taxi de la marre nœuds. OBUS A VERDUN ;
TAXIS DE LA MARNE.
C’est une écriture qui dépasse, une écriture plein de cheveux fous
cicatrisés, une écriture qui dépasse, on dira l’écœurement de la messe,
baise les pieds au sang caillé de l’abîme périlleuse, trempe tes langues
sacrilèges qui s’inscrivent en personnalité, le dégoût qui se surmonte,
qui prend des positions vivantes dans le miroir. Il étudie. Le dégoût. Il
fait des emprunts, le dégoût, il place. Il économise. Il sait comment
faire, comment orchestrer les veines qui se dessinent sous ses pas, dans
la brume des nues, la sueur qu’il laisse sur son chemin bave d’étymologie.
Suivez mes larmes elles mènent en enfer. Petit-Poucet a le front cornu et
sème des dents d’enfant pour retrouver Perséphone. Savoir la voix, la voie
de Savoie. Boire. Le verre de liqueur, soûl, chartreuse symphonie. C’est
plein de silence, une voie de chemin de fer, où filent les envies liesses.
Le dégoût, avec sa silhouette maussade d’étudiant russe, le verre qui
aplatit tes yeux. Le dégoût c’est comme la mer, ça n’abandonne rien, le
dégoût c’est sournois avec des pas de marées, qui détournent la faim, qui
se déboise, le dégoût ça couvre tout, c’est un manteau pour ambitieux. Le
dégoût. Ca imite. Ca imite mon ombre dans vos pas. J’entends. La nuit. Il
y a des figures d’algorithmes, il y a des courbes, il y a des courbes ce
sont des poitrines féminines gonflées de nausée, le lait maternel d’un
siècle qui dégouline dans leurs nuques. Des femmes ont des robes pleines
de déchirures et de paillettes, où la lumière entre par la fente déguisée.
Les yeux sont des cloches que l’on sonne, ton corps d’Eglise que je
maltraite, j’y dépose un baiser méchant, brillant de clous, j’y dépose un
baiser qui claque comme la chair de Christ sous la nuit bruyante de la
Passion, ô caresses brutales, ô virilités (vérités ?) immaculées.
Parfois, je suis une femme. Je prends son caprice, je le fais sortir comme
un biseau du stick, et je me maquille avec, regarde mes lèvres
rouges-sans-fin, mes pommettes déchirées par l’ongle des phares des
voitures vives, je prends le caprice et je me dis « je ne répondrai pas à
vos questions polies, insultez moi, maltraitez moi, tirez mes cheveux,
retenez l’eau du bain. Je suis une femme, et j’ai tiré l’homme par son
sexe pour le noyer dans l’eau souillée de nos crasses stasiées, là où nous
poussons, des ah, des han, des oh, sous l’herbe étroite et noueuse de nos
envies, nos désirs sordides d’ordinaires, j’ai voulu en inventant la femme
donner à la volupté un cœur, elle qui ne se savait qu’un corps, j’ai voulu
découvrir la chair jusqu’au plus sensible mystère. ».
Il arrive que l’on m’écrive, et je ne réponds généralement pas sauf à
puovoir déguiser dans ma réponse une ironie que je serai le seul à
comprendre, à écrire des messages dans une langue si particulière que l’on
ne devine pas le jeu glissé dedans. Quand j’écris un e-mail, il est rare
que je n’y glisse pas un exercice précis d'une langue particulière dont je
suis le seul à connaître le cryptage, en filigrane de mes impolitesses je
cache une rudesse. J’ai mes gestes trop plein de couleurs, j’ai peur, si
j’agite les mains, si je fais des kermesses avec les doigts, est-ce que ce
restera le maquillage, est-ce que la poudre ne fondra pas comme un glaçon
appuyé sur les ecchymoses en fièvre, qui ruissellerait dessus ? Personne.
La solitude me console plus que tous les alcools, toutes les drogues. Je
n’ai d’amantes que pour n’oublier jamais le désir blême que fait la
liberté dans un corps figé sous les gardes répétées des femmes-officiers.
Loriane est colonel, Marion folle, Wendy artiste, Sarah anorexique. Ce ne
sont plus des amours, ce sont des adjectifs...et ma solitude.
Je lis des poèmes. Qui me tuent. En écrivant ce texte. Plusieurs fois,
j’allais vomir. L’écriture me fait du mal.

- Pourquoi tu es douloureux comme ça ?
- Mon réel n’est pas votre réel, chaque son qui vous immobile, me
traverse et m’immole, me déchire et me recoud, je saigne partout d’un
vieux souvenir, tous les jours, je saigne des secondes, je les répands
derrière moi, je casse comme un immobile dans le silence du temps. Ma
blessure est un éclat de quartz.
- Pourquoi ? Tu ne peux pas être simple, normal…
- Bas, vil, sournois, traitre, laid, ignoble. J’ai déjà assez de ma
figure, longtemps demeuré ma hantise, l’inquiétude centrale de toutes mes
récréations. Mon visage. Les belles, je les mettais de dos, je me sentais
plein de honte. J’ai dit à Loriane « Pardon, de n’avoir pas le trait
parfait ». Je ne serai pas comme toi, je ne serai pas comme eux. Celui que
j’aime, que je cherche, curieusement, dans le noir usé de bâillements,
c’est moi, ce moi unique qui se refuse à vos dons.
- Jonathan, tu as tes beautés.
- Pf. Peu importe l’écriture, l’âme tout ça ce n’est que fuite. Ca
fait des morts de cinéma, les larmes coulent insincères sur les joues de
rosée d’un personnage. Je sais être moins laid mais je refuse. Souviens
toi je me suis proclamé « Narcisse défiguré », j’ai ceint de jonquilles (
Narcissus jonquilla) fanées mon front. Na- comme Najib, ce prénom mien,
celui en tête de mon passeport, celui de mon identité. Jonathan, c’est une
personnalité civile, un prénom d’espion. Je pourrais être mieux, avoir les
cheveux courts, être tout poli, habillé autrement que par les cadeaux
hétéroclites de Loriane, Hélène, Anna ou Francesca mais peu m’importe. Mes
traits particuliers, qui m’interdisent à la norme, j’en ai fait l’écurie
des hippocampes encrés, dans mon nez brisé, mes yeux purgés de vigueur je
trace les lignes courbées de vent. Je déteste ma laideur autant que je
l’aime. Elle m’a fait découvrir ce pays voilé.
- Moi je…
- M’en fous. Je m’en fous. J’ai fait un chapelet d’amantes avec
seulement des mots. Tu imagines si j’acceptais la gloire ? Tu imagines ?
Combien j’en ajouterai à cet Atlas ? La seule gloire que je souhaite se
répand du gaz enflammé du cadavre, le suicide, quel mot charmant,
cliquetant de métalliques embruns. Pourtant j’en tire des privilèges de
mon écrire, de la gloire que je sais mériter, que l’on m’a proposé dans
des conciliabules d’intrigues –écho moderne des couches où la comtesse
payait de sa matière un cardina-, un faux droit d’aînesse. Parfois je me
sens en droit de conseiller et de railler les inclinaisons artistiques des
autres (il ne s’agit que de s’incliner pour eux, il est vrai, c'est-à-dire
de ployer sous un vent d’époque, sous la plus forte des suggestions). Lui
« pseudo-photographe » elle « écrivaillone cacographique » eux « collectif
vaseux ». Je devrais me désintéresser mais mon dégoût est entremêlé
d’amour pour tous ceux là étrangers, je me sens depuis petit ce besoin de
tout sauver. Mais laissons les crever. Ce sera bien trop long. J’ai ma
mort de Christ à chercher.

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La décimale à Diane. Lettre nocturne

J'ai abusé de la nuit et le sommeil ne me le le pardonne pas.

On vous introduisait à moi en les termes que vous saurez sans que vous n'en soyez avisé. Les salons portent mal les bruits de rumeur, et je dois me fouler les muscles pour faire cahoter les paroles voilées jusque dans les politesses.

« je suis tombée sur une femme sur FB et j'ai presque cru que c'était toi. Elle écrit, un peu, et ça ressemble un peu à ce que tu écris toi. Avec beaucoup moins de talent, bien sûr, mais il y a quelque chose, de la colère, du dégoût peut-être, quelque chose qui me rappelle toi. Je me demande d'ailleurs si cette femme n'est pas un homme déguisé... On s'en fout, au fond, ça fait peu de différence.
Elle s'appelle Diane Elbach, si tu es curieux et veux t'y frotter. Attention, j'ai dit qu'elle n'avait pas ton talent, et c'est vrai, alors ne te vexe pas en la lisant. Elle emploie le mot narcissisme, et puis le verbe "baiser", avec colère, c'est ça, je crois, qui m'a rappelé toi. »

La violence me drogue, me coule dans le corps, je la retiens souvent d'un geste volontaire et vain, afin que comme l'eau violente des fleuves insoumis, elle vienne secouer la digue fébrile de ma mesure, et emporter le paysage d'un élan d'autant plus sauvage qu'il en a été retenu. Regardez ces fauves que l'on affame.
J'aime feindre les civilités, prendre les usages entre mes doigts, et en faire des pantomimes, jusqu'à tant que la poudre blanche craquelle entièrement sur le visage, que le geste muet devienne le cri fou, furieux, brutal, qui s'en vient assommer de sa bouche de carnage le public horrifié. L'ordinaire se déguise en monstre ; le monstre en l'ordinaire. Tout est affaire de perspective, les points de fuite sont changés selon que l'on est le personnage, l'artiste ou le spectateur.
Voyez. Je vous écris dans une vieille langue fatiguée, j'ai pris des mots quelque part dans les souvenirs éteints, j'ai ramassé la cire des cierges pour les coller à ce silence, parce que la flamme même des veillées funèbres était trop vive pour pasticher le gris du reste des existences.
Je ne vous cache pas que je suis intrigué par moi, par moi dans tous les débris que ma chute peut engendrer, dans tous les fragments que l'on retrouve et contre lesquelles par accident, l'on me rapporte l'horreur de mon reflet.
Je vous traite avec des gants bêtes qui abritent des mains jeunes, cruelles, qui voilent la chevelure auburn de mes véritables façons. Je dis bite, je dis sexe, comme je dis « moi » pour prolonger l'Univers, pour faire du reste des êtres vivants les cercles concentriques qui s'étendent depuis le céleste « je », l'indisponible « être », depuis l'intime, tout est de la racine originelle du moi, de son filament dangereux, de sa loqueteuse expression, de son hésitante radicelle. Voyez. Je sais crier, mais je ne veux pas pour lors, je retiens, je réserve, l'extase c'est après, nous sommes dans la politesse, pensez, la terrasse du café, imaginez une scène, voilà, vous jouez le rôle de l'ordinaire. Les mots ont des forces de marées qu'il est bon souvent de contenir dans la gorge sans espoir de les annihiler, il n'est pas assez encore de n'être que l'eau vive des torrents, il faut la conserver en gargouillis dans la stase de l'attente, dans la patience sournoise qui vient y faire pousser les plants vénéneux et unir leurs poisons violacés, menaçants, au courant de noyades. Voyez. Du lit faire la lie.
Enfin. Je vous regarde avec circonspection, je vous regarde d'yeux faussement myopes, derrière le monocle artificiel, de celui qui empèse son pas, qui en ralentit la cadence en le confondant dans la pensée râleuse, cette négation de la geste, cet ennemi de l'action. Voyez. Vous aimez Colette, et je déteste Colette. Vous aimez Lou Reed et je subis l'affront de l'avoir en concert, m'ennuyer de ses rauques malfaçons. Encore. Vous aimez Glenn Gould, et je veux vous déchirer les lèvres de passion. Je vous imagine le sommeil pénible, à l'entendre tamponner la beauté à toutes les particules d'air qui portent le son. Je déteste Yourcenar, et l'on écrit Jane Austin. Rilke me fait mouiller les sous-vêtements que je ne porte pas. Non, décidemment. Vous avez des choses communes à moi. Et d'autres ennemis. Nous pouvons nous croiser dans l'étroit couloir des forcenés. Je ne sais pas bien. Si je dois vous y assommer, vous aimer, ou vous ignorer. Je ne sais pas quoi faire de mes mains autour de la pensée de vous qui se façonne. Les posez dans le geste sacré de la prière autour de votre gorge souillée, joindre ferment les mains,donc, dans cette prière jusqu'à vous voir expirer Dieu, vous caresser du bout des ongles, ou bien m'en bouchez le nez. Dites moi.
Enfin. Ce message m'ennuie. Ce style me pèse, les bottes de métal je les laisse à ceux-là qui croient encore aux politesses des chevaliers imbéciles. Aux pucelles qui boutonnent à leurs âmes mortes des boutons de rose, des espoirs de mariage, d'enfants, des rêves de grand-mère, tous ces archaïsmes. Je sais une chose. Je suis moderne. Le monde pour lequel mon être a muté n'est advenu nulle part, j'ai tourné des pages d'Histoire, j'ai fouillé les détails, enquête dans les manuels d'anthropologies, et nulle part je n'ai ma raison. Alors, cette époque se laisse attendre, elle traîne à l'angle de la prochaine rue amoureuse, elle attend que je la trouve. J'ai déjà muté pour elle, en tout ce que j'ai de différent, d'inadapté à mon temps. Je suis déjà dans le plus tard. Chaque geste que je fais, qui paraît illogique à mes contemporains, trouvent une nette solution dans un temps proche, entier. Je laisse aux gens l'archaïsme. Vous savez, je suis au bout du Droit, là où la route se tend, où les ambitions prennent tous les plis des robes avocates. Je suis entouré par des médiocrités d'êtres humains, par des sténographes. Dans chacun d'eux il y a une leçon, de l'éducation qui ne survivrait à rien. Je les évite autant que possible, les automates me font peur depuis que je suis enfant. Expliquez leur les passions furieuses qui peuvent abîmer une âme et ils vous interrogeront sur le sens mystique de cette âme comme si vous étiez plein d'une fièvre malsaine. Ah. Parlez leur avec les boutons des fleurs éclatantes dans les fins de rimes, et vous les verrez rire cette langue inutile. Je peux leur dire, « la poésie me froisse la peau », ils s'étonneront. « Le papier d'accord, un muscle encore, mais la peau ? ». Pourtant, j'ai la peau froissée, tachée, aussi. S'y impriment les doigts de la nuit, quand sa tendresse trop vive, trop impatiente appuie la pommette fragile.

Revenons en à moi. Ce moi, réel, pas l'autre, là, le truqué, le mensonger, pas le malicieux qui feint, qui imite, qui dissimule ses crises et ses cris dans à peine de délire. Je suis un monstre honnête parmi le monde, tandis qu'en réalité, je suis plus sauvage, plus violent, moins bien coiffé encore que ceux qu'ils savent, mes yeux absorbent des volutes noires, des charbons irradiées de vice. Voyez.

Moi je parle de la violence folle, avec de la vitesse au lieu des mots, je dis des névroses qui crèvent comme des intestins cancéreux, ce que je dis, c'est l'accident purulentau fond de la phrase, le précipice à la suite des virgules, le silence qui suit la voix des acteurs, le platane du cœur où s'écrasent les amours. Quand je dis « j'écris » je veux dire « je bande » quand je viens mettre des typographies, ce que je tente, ce sont des attentats, des homicides, j'aimerais tuer d'une phrase. Le papier tranche si mal les gorges amantes. La poésie se contente de ce vulgaire sang translucide, cette lymphe à peine du regard troublé. Pouah. De la haine, voyez, de la haine, de la haine fantastique, de la haine qu'on boit par l'éclat luminescent, de la haine, voyez, qui s'agite sans fins, du haut de sa tour vierge, où le quartz qui transperce les hommes fait un sabre ironique « voyez, le temps tue, littéralement ». Crachez, vomissez, toutes les couleurs je les sens dans ma bile, venez faire se désunir, se fracasser la lèvre sur les miennes, à travers ma langue, unique, celle que je déforme, que je reforme, celle pleine des caprices de fillette vierge. Je mets les doigts jusque dans tous les intérieurs, l'intimité c'est moi, l'intimité je la délie. La pudeur je la moque. Sur les places publiques, des inquisitions ont tremblé à la lecture d'un nom, semblable au mien, ils se souvenaient, les papes éteints, se souvenaient les tisons de fièvre que je tirais de chacun de mes cheveux pour les faire gober par les yeux. Ah. Qu'elle est belle la violence quand ses cloques suppurent le venin de l'atroce, la laide esquisse des silhouettes. Un livre. Ça commence par une interrogation, ça commence par un lieu imprécis, qui se dessine à toute hâte. Vite. Des manières, des gens. Vous savez. Un texte c'est d'abord une ville déserte, abandonnée, qu'il faudra rendre à l'allitération diserte, c'est stupide, l'écrire, s'il n'y a pas de baves, de sperme, de rage, la reddition des morales, si les maladies ne viennent pas incuber dedans, faire tourner leurs bacilles nouveaux et s'inventer des gardes, des mantelets, attacher des souvenirs de morts à leurs poignets, je connais des mots, savez-vous, qui ont à leurs clous, des prénoms de femmes égarées, des qu'on ne fait plus aujourd'hui ailleurs que dans le marbre des tombes. Leurs visages est ici, dans mon écriture. Sentez. Certains hommes traversent l'existence sans odeur, et ne s'en découvrent une qu'aux lendemains du partir : le miasme. Ne se prennent une lumière que dessous la tombe : le feu follet. J'ai rencontré des peintres de rue, qui ont voulu me trafiquer, et j'ai saisi une ardoise blanche, je leur ai dit « voyez, mon visage c'est l'infini, mon visage il suffit de la feuille vierge pour le dessiner, je suis l'Univers extensible, ma taille est souple, ma colère et mon sexe se tendent jusque des frontières injustifiables ». Faites tourner les mots comme la langue dans la bouche amoureuse, suez par tous les pores, suez, noyez, que les sexes embaument de leur indécence les salles de classe, de théâtre, que sous l'archet du violoniste la sueur glace la note dans l'effroi terrible de la jouissance. Imaginez, un parterre de somnolents. Aux attitudes graves et mesurées, imaginez ce vieil homme public, aux accents de constances, à l'éloquence d'un laurier vieilli -dont le suc est le seul souvenir glorieux-, imaginez le soudain sorti de sa torpeur, se souvenant non du corps, non de l'âme, ces deux choses il a fallu bien tôt les vendre pour entrer dans les affaires, pour faire du droit, de la politique et des choses de finance, des choses « sans cause », se souvenant qu'autour de lui volent des insectes creusant dans les vagins des femmes des odeurs pointues, des insectes aux dards enjolivés, aux abdomens rougis dans des forges venus des temps antiques. Imaginez, celle-là, dont le corps se traîne d'abandons en abandons, et dont la beauté sent le plastique, la colle, l'hermine et l'humeur détestable des poudres angéliques, imaginez là avec sa pensée dévoilée ainsi formulée à ses miroirs cataplasmes « ma vie je l'ai dédiée au plaisir, le plaisir c'était l'argent, la robe d'avocate, les amants beaux, et les maris riches ». Imaginez là, dans son fauteuil de velours rouge, sous les ors de cet Opéra à la douleur morbide, imaginez là, se faire agresser par le plaisir véritable, celui des sens, qui perce le corps pour se ficher dans l'intérieur de la nausée, dans l'électricité qui stimule le nerf, dans la veine de la veine, sous le plastique du coeur. C'est d'ici que je parle, c'est ce cri que je raconte, que je fais, que ma bouche s'obstine à réciter. Le mantra, le mantra invoque des dieux, des chimères, des sorts, il y a des magies infernales à s'obstiner, il faut le savoir, il y a une chance qui jaillit, toute fatiguée d'être rappelée depuis le tard de son oubli, sous la voilure crépusculaire de son lointain gésir.
Ah. Des fontaines à boucher, des portes à clore, à voilà le sort de la modernité, ses mains agiles,sa censure gentille, tout ça est pour le bien, la paix entretient la servilité.
Faites la guerre, avec moi, vous y verrez des images graves, tremblantes, des photographies d'une bataille que nous ferons à deux, sur la frontière volage des infidélités.
Trahissons toutes les mesures.
A genoux dans la salive laquée
Des angelots de pierre aux fronts de crachat
Dans mon sommeil j'abuse les galaxies
J'ai enfanté, des astres, qui ont fait
Les yeux bleus des amours

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