27 juin 2011

J'ai des manières de loup poli.

 

Si le cœur se soulève, c'est que la nuit baisse dedans.

 

Si le cœur veut voir dehors, s'il veut explorer les fossés d'un autre corps, alors, laissons le faire, laissons le voir, ce qui se passe à l'extérieur de ces digues de matière. Laissons le regarder les fragilités des saisons qui à peine font tomber le temps, déjà se renient.
J'ai vu, des hommes avoir froid, et couvrir leurs mains d'un drap de folie, sur les motifs imprimés, l'histoire mâchait des mots anémiques. Le langage, c'est pour le cœur, une autre façon de battre. D'avoir les tourments, qui dans une minute frissonnent comme les ailes d'un angelot.
Ah. Le cœur a des devoirs, il faut aimer obligatoirement les beaux yeux d'une reine, il faut commander avec le sang, aux genoux de rompre sur le passage d'une tyrannique saveur.
Ah. J'ai des crampes aux gestes qui restent suspendus dans la saccade jouissance, d'une veine qu'on sectionne dans la tranchée des batailles oubliées. Je promène promptement les drames de la civilisation, dans la soie dangereuse d'un enfant sacré. Enfant sacré parce que mort. Avec son front tout ponctué de blanc, tout imbibé encore des mains maternelles qui se détachant le laissèrent suffoquer. Il a dit « j'ai respiré l'air du dehors, sans le filtre d'amour, d'une aimante, j'ai respiré les images de la vie, et l'orphelin ne savait pas les supporter. Mes paupières sont des bourgeons, que le jour ignore. Je suis aveugle ;».


Nous avons disparu, me dit ma jeunesse. Nous sommes partis, faire ailleurs, avec nos particules, nos ressentiments, et nos désirs, un autre monde, loin du visible et de l'invisible, nous avons sacrifiés aux impotents du sensible la vue pour sertir nos cous, nos fronts, et nos poitrines de ce cristal atroce, rouge, et brûlant qui balbutie dans la gorge, encore. C'est avec la bouche que nous vivons, c'est avec la bouche que nous agissons, c'est par là que s'exfiltre de nos prisons intimes les coups, les corps, et les envies. Si j'ai un futur il est depuis le parler muet que je fais dans la friction intense d'un corps amoureux.

Je ne sais pas, d'une description faire jaillir du plaisir. Si je raconte, le jeune homme qui dépliait dans l'arrête noire de la ville, la soie recouvrant les biscuits secs qu'il volait, qui entend son geste trempé d'inquiétude comme s'il était un matin se débarrassant, goutte par goutte de la rosée frileuse ? Qui sait, que dans son cœur des milliers de petites bulles craquent la membrane fragile qui les forme, et que le toucher du biscuit, fait à sa faim une tentation nouvelle et peureuse, qu'il a le souvenir de la voix de morale d'une mère quand il enfonce dans sa bouche l'hostie du forfait, qui peut comprendre en regardant la scène pourquoi ses lèvres sont toutes bleues des larmes du souvenir ? Qui peut comprendre, dans les quelques lignes froides d'un légiste ce qu'il y a de tragédie pour armer le bras qui dans l'étal marchand, vient prendre la nécessité, qui saisit les membres à nul autre pareilles qui se crispent de désir, de famine, et de dépit sur le vin qui fera un trépas aux fatigues ? Pourquoi décrire, ces événements sourds qui, dans chaque sensibilité, fêlent autrement les actes ? Pourquoi, vouloir, mettre à des hommes sensibles des prénoms insensés, pour faire qu'on se souvienne d'eux quand dans nos habitudes nous croiserons un voleur à la bouche si belle que nos gestes ne pourront retentir d'aux secours.
Ecrire, c'est savoir passer sur la grisaille d'un ordinaire, les mots des sensations, c'est à une photographie de presse, appuyer assez fort pour faire jaillir le sang, pour faire frémir la peau, et tout apprendre des yeux baissés, incolores sur une vie que déjà des anonymes condamnent aux prisons étroites de leurs lois, de leurs mépris.
J'ai des haines particulières pour ceux-là qui refusent de se souvenir, qui se détournent des images qui rappellent, qui sont pleines des alarmes puissantes, des boutons, et des blessures dont l'on sait qu'elles ont fait des orphelins et des injustices. J'ai une haine particulière pour ce métier d'assassin civilisé qui parce qu'il accélère le pas, fait sous son soulier des morts déshonorés. J'ai du mépris pour la vie, encore, que l'on force à durer avec cet acharnement médical quand la volonté a cassé ses souliers, que le mort même prie en fantôme sur ce corps et qu'il ne sert à rien, sinon aux obsessions, de se muer en tombe mouvante. Laissons aux morts le mouvement impavide, la fin des ricochets obligatoires sur le pavé des vivants. J'abandonne le monde, à ceux qui n'ont rien senti, ferai-je inscrire sur ma pierre tombale, et ce sera ma seule œuvre littéraire valable.

N'est ce pas assez d'avoir un souffle, un poumon, des organes, d'y avoir introduit l'amour, le vertige, l'odeur des femmes, le pleur d'un orphelin, la détresse du deuil ? Non, ce ne peut être assez, si cet amour ne chante pas, si ce cœur ne brûle pas, toutes ces choses des sens, tous ces émois, doivent se couvrir d'une nappe d'étoiles. La littérature ne décrit pas elle, elle couvre, elle voile, elle masque. Le corps exhale une odeur qu'il dissimule.

 

Pourquoi la littérature s'accroupit au-dessus des banales sensations, quand il faudrait s'acharner à trouver dans les replis d'une peur, la couleur du mot ? Invitons Novembre à la table du drame, je peux servir de bas aux monstres, aux personnages, couvrir d'insultes les limites. Inviter Novembre et le chapelet des fantômes qui avec chaînes et boulets illuminent le silence de leurs cris d'insulaires, de refoulés de l'autre bord du noir. Novembre ne part jamais, Novembre attend les pas des enfants-loups, pour leur glisser à l'oreille les secrets des avants. Il en est certains aux yeux plein d'images, et qui ne voient plus le monde autrement que de la couleur grenat d'une aube.

Si un livre n'éveille pas le tonnerre dissimulé dans soi, si la littérature ne fait pas s'indigner le jour, se secouer les ouragans, fleurir les lucioles que nous portons dans nos vestiges intimes, dans nos crépuscules internes, dans nos bouillonnements de sève. Alors, alors, ce n'est rien qu'un objet d'étude à disséquer, un cadavre pour légistes universitaires. Ne s'étudie que ce qui est mortel et la littérature est morbide, elle ramène dans la lumière les hontes de chacun, elles nous assombrissent les tempes, elles nous noircissent le sang. L'encre inonde la cave, couvre la berge de raison, l'encre avec ses lierres, ses fumées, ses parfums, avec ses sauvages, ses sagaies, ses drapeaux noirs, ses silhouettes maigres.

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25 juin 2011

l'Univers tient dans une strophe mais pas mon cri.

J'ai visité le crépuscule, les lèvres compactes d'une enfant-pie baisaient sa lumière. La lune tapie dans le nid de paille d'un automne, se croit l'oeuf du soleil. Le compagnonnage des muses enseigne la folie. La cathédrale des loups a bavé dans son sommeil le symbole rond d'une vierge enceinte. L'enfant viendra demain, les paumes en sang. La table du menuisier ne croit pas en Dieu.

Le prieuré se fâche avec la liturgie.
 

L'aube nouvelle me disait « Jeune homme, tes boucles à ton cou, on croirait de la nuit qui mousse. Le gloussement des vagues insolentes contre la gorge opaque de la nuque transparente. Mal'heur de vingt ans, tes cheveux sur ma bouche gisent avec les restes d'une femme par l'amour déchiré. Le vent sur toi se devine quand la musique bondit, quand la masse des noirs qui te teint le front tressaille. Tu as à la bouche un peu de cet éclat des baisers qui ne savent que resplendir ».

 

La rosée a les yeux de mon silence, et me regarde passer en riant.

De mes mots je fais des poèmes, des chants, des échos d'ombre de lumière. Leurs failles au désespoir secrètes. Nul bras pour la mélancolie dans la crue de ce fleuve. Ni par le bruit du torrent, ni par le saut des saumons. Et le désespoir ne sait quel pan de ma robe déchirer pour percer l'aurore.

 

J'ai dans le ventre la littérature des fleurs sauvages, des minéraux gercés, des astres immobiles, et des mensonges du ciel.

 

J'ai mis dans mes livres le désert des hommes. On y entend ruisseler le chant d'oiseau qui gonfle les cactus, et rien que le silence d'eau d'une ville habillée par le deuil. Si vous y croyez sentir une voix humaine, méfiez vous, ce sera celle d'un fantôme laissé là par le sommeil. Si les fleurs en bouton éclatent, paraissant un murmure, si des voix de fillettes vous prennent par les doigts, fermez les sens, c'est l'ourlet marin des muses qui s'assigne. Il entre dans la peau, il entre par la main, fait de la fierté du matelot l'impotence du poète. Plutôt qu'épuiser la vague, l'allonger dans l'encre...

Tout l'Univers peut tenir dans une strophe, mais il manque de place à la rime pour nos deux silences. Paul Celan, nous attend en haut du pont au change, il a deux tickets de théâtre qu'il n'utilisera pas cette nuit. Tu peux tendre tes mains pleines de pleurs et de pluie, il ne craint plus l'eau depuis avril soixante-dix et le vent mortel dessus le pont Mirabeau. Méfie toi des bourrasques, un soupir vient si vite de la voix d'un poète.

 

Je ne serai pas Nina A. ni Charlotte D. à coller mon visage sur le papier à musique pour composer avec ma peur des sonates et des berceuses, je préfère jouer de l'ongle sur la corde d'horizon, attacher à mon luth les efforts de la mer. Dans ma voix vous pouvez deviner l'humeur d'un Océan strié de morts. Parfois y gronderont les monstres d'antiquité. Souvent montera la plainte de l'animal mythique qui pouvait renverser des continents, mais qui pourtant voulait boire aux étoiles. La littérature est une échelle de songes, elle fait visiter les signes invisibles, goûter des nectars sans parfum...Voilà une misère, pour les heurtés du vrai. Un monde soulevé de jardins à l'odeur de papier, les fleurs y brûlent bien. Et ignifugé fond dans la flamme du briquet. L'étymologie n'a pas de sève. Le sens sécrété de l'encyclopédie n'a pas fait bouillir le coeur.

 
Ma poésie avait les veines pleine d'un peuple on aurait dit les fleuves d'une capitale. J'ai coupé la membrane, et dans le susurrement de blessure, les voix se sont penchées comme le blé de la moisson. Vous ne trouverez personne dans mes pages que des jonquilles malades : la mélancolie de Narcisse est mon pays. J'habite un vertige bleu. Faites attention en soulevant les paupières, vos yeux me sont un soleil navrant.

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24 juin 2011

Les yeux clos de Paris délaissent une vie de lumière.

Qu'est ce que je savais du printemps que les femmes promenaient dans le débris de leur âge ? Que des visages beaux allaient changer sous le crachat des saisons odorantes ? L'automne entre par mes yeux sans toquer aux calendriers. Il défait de lumière la nature tandis que changent les murmures des feuilles semblables à des femmes chargées d'étreinte. Les mots ont une autre couleur sous les crissements de Novembre.

 

Les mimosas éclatent sous les semelles du vent dans le silence d'une ritournelle de mimes. Les rues d'hiver se déguisent d'un pantalon de jute, le baiser des filles y fait des impasses de sortilèges et des avenues de drames. De ce geste malade assez pour engendrer sur la route des immeubles timides comme une ville de Province. Les femmes y passent, et leurs yeux encore maquillées d'une jeunesse ancienne récitent « visage âgé dont l'on devine qu'il était beau ». Cheveux blonds, on ne peut pas teindre une voix. Les grincements prudents du silence ouvrent le ventre de la ville, et s'échappe dans un demi-cri l'infini qu'on croyait gardé sous le rideau de fausse opaline.

 

Mon corps hâtait l'arythmie de l'Univers quand ses mains posaient les caprices sur les seins des mondaines, y glissaient des cages de baisers pour tresser à la nuit sa natte de princesse inca. Les collines des jolies font à leurs lèvres de cité un balcon puis un parvis. Un sous-sol et un toit. Ces filles sont des malheurs sans ciel, des joies sans terre, des trônes sans princes. Petites filles de Paris, de Londres, de Vienne ou de Madrid j'aime vos mains irritées, j'aime le blé fané de vos voix. La peinture que ma caresse accrpoche à vos voix paniquées a la couleur de la neige.

 

Pour une seule de ces minutes graves comme un baptême, j'ai mis les heures dans un chant, je les ai mêlées aux sérénades des moqueuses, aux froissements iodés de l'ombre d'un albatros. Pour un des silences que l'on achète à la fête, au bruit, à l'habitude, pour un de ses silences de messe j'ai mis mes genoux en gage aux usures monastiques, et ma voix libation des muettes prières des confréries timides. Quand mes paupières sonnaient les cloches des Pâques, j'ai senti la terre vibrer du prurit des femmes vulgaires, j'ai vu son grand cri couvert de ronces, de flèches, et de mer s'accouder aux avenues de la déroute, y boire au trottoir le vin transparent tiré du ciel.

 

Il était cinq heures moins dix à l'horloge de tes mèches quand sont venus frémir les envies et les soifs. Les images altéraient le teint ocre du désert jusqu'au mirage. Les murmures frissonnants paraissaient à nos sens des fresques prises dans le rêve, ils dansaient dans des accents antiques jusque l'étourdissement des sexes étrangers.

J'ai vu dans ce pays de sable et de songes l'âge grimacer sur les joues des femmes de douze ans. Et des garçons attachant à leur taille une certitude couleur d'acier grinçant. Rouges de soleil. J'ai vu des jeunes filles insoumises chercher dans le miroir le talisman d'un reflet, et accrocher au cou un bijou couleur de ciel, réfléchissant un peu de l'or d'ici : le soleil.

Un soldat mutilé contait les aventures de son avant, de quand sa barbe n'avait pas encore l'odeur de cent huit vulgarités, moitié spectres, moitié liqueurs. Le présent de ses muscles pleurait des souvenirs de légende, belles comme des filles-fées aux seins vierges de baisers, et la littérature faisait à ses mythes les yeux vairons.

 

La gouache tonnait d'une ode de miracle sur les dents du fantôme.

 

J'ai baissé le store du hublot pour fermer la bouche de l'infini. Bonjour Paris. Je vois tes nuits d'ici. Il est longtemps que ta voix est morte. Tu as crié tant de fois pour les Révolutions, et voulu mille choses sous tes pavés de sanglots, tes rues en sont rendues aphones. Tu dressais sur ton torse les symboles et les mots qu'on fusillait avant que ne pointe l'indignation du jour. Haussmann commettait son crime urbain dans le secret de tes ombres. Paris, tu voulais être une patrie, et déjà les traditions de Versailles étouffaient de manières ta démarche d'enfant sale. Des coiffeurs coinçaient dans leurs ciseaux les poux de tes bâtards, les bérets des Gavroches se portent en devanture des boutiques du luxe comme le trophée d'une victoire volée. L'hôtel de ville brûle dans les pages des encyclopédies et forme un coeur aux rêveurs. Paris, tu as des porte-voix qui soulèvent ta sueur muette jusque dans l'hémicycle aux nations, et l'on y entend l'accordéon jouer cette valse de défaite qui traînait dans les pleurs de Vallès qu'on mène une fois par an à l'échafaud de l'Histoire. Paris, au sommet du succès on n'entend plus battre le sang des hommes libres, les pleurs s'évaporent quand ils entrent à la Bourse. La poésie y sèche. Vieille fleur inutile. Lustre dépassé. Paris, Paris, Paris, on peut aimer des mortes, et tu as dans mes lignes ton arc de triomphe. Paris, ce siècle est ta défaite, tes yeux clos n'en sauront pas l'ombre ni le sang muet aux tempes de notre âge. Je pense à toi, Paris. Je pense à la gageure de ton insolence d'alors. Quand les empereurs fleurissaient sur les berges du Rhin, tu noyais les monarques dans l'eau d'absinthe de la Seine. Tu as le visage des jonquilles. Narcisse au front gris. Répète avec moi le cantique des offensés. «Nous pouvons rompre, jamais plier ».

 

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23 juin 2011

Le départ parfait.

Bien sur, vous attendez, le poing qui s'en va fissurer le miroir, la pluie qui vient effaçer le prénom inutile, la peau qui vient vous expliquer. Non. Non. Elle vous explique. C'était calme, c'était doux. C'était. Ca n'était pas comme ça. C'était sous terre. Sous peau. Je ne sais même pas si c'était. Taisez-vous. Je ne veux plus de questions. Les pierres par la fenêtre, ouvrent grand leurs oreilles. Il n'y a rien à entendre, il n'y a pas de bruits, il n'y a que des murmures, que ses murmures "Si je te laisse seule, maintenant, je me laisse seul aussi". Il n'y a que des nuits sages, des lumières faibles, ses cheveux qui coulent le long de mon épaule, ma main qui cherche son front, l'odeur des filles, il n'y a pas. Taisez-vous. Ce que vous attendiez. Le plafond laisse dégouliner ses curiosités. Non, retiens-tout, je ne veux pas, de ton liquide curieux, impatient. Il n'y a pas de violence. Retiens ton humidité, je n'ouvrirais pas la bouche la nuit, tu ne m'atteindras pas. Rien de ce que vous attendiez. Juste son sourire derrière ces petits airs de petite fille, des petites mains qui regardent les miennes, juste un silence poli à travers les draps, juste un baiser pour la nuit, juste des yeux qui ne sont pas perturbés par une frange trop longue et insolente. Il y'a juste, des choses qui s'ajoutent, qui se déplacent. Il y'a juste, son amoureuse, et son sourire que j'imagine se mélanger sous les doigts de Doriane Il n'y a pas. Elle dit peu. Elle a le silence épais. Il n'y a pas. Jusqu'au départ. Il y'a le départ. Taisez-vous, laissez moi finir. Il y'a le départ. Là, je dois réussir à l'écrire. Il y'a juste la violence du départ, caché. Pourquoi. Je ne comprends pas pourquoi. Laissez-moi l'écrire. Laissez-moi me dire que vous ne me lirez pas. Je ne comprends pas pourquoi, partir. Partir comme ça. Non, je ne peux pas. La gare est inondée. Les visages sont en attente. Les vitres du train nous regardent. Les costumes des hommes se déchirent. Les souliers des petites filles ont les lacets défaits. Les rouges à lèvres s'écaillent. Les salives retournent dans leurs gorges. Le ciel passe son œil à travers des gouttes de pluie d'argent. Les braguettes s'ouvrent. Les mains se cherchent. Les corps sont en attente, haut perché, ils nous scrutent. Les ampoules se cassent, en silence, leurs débris s'écoulent dans les décolletés. L'hiver s'éteint, s'installe, tranquillement, il attend, le moment venu, il attend, c'est son film, son histoire, son manuscrit, son scénario. Il prend son temps, il nous regarde, il s'impatiente de son moment. Les parfums sont brisés, les amoureux se séparent, les ventres se tordent de nervosité, le vent suit notre mouvement, inconscient. Pourquoi je suis parti. Pourquoi je suis parti comme ça. Les hanches se brisent. Les trains attendent de démarrer. Les valises se vident. Inconscient, je suis inconscient, de partir, comme ça. Non, je ne peux pas. Laissez-moi, attendez, je n'ai pas fini. Je dois pouvoir l'écrire. Je dois pouvoir retrouver. Partir, comme ça, pourquoi, je ne peux pas, c'est impossible, je ne peux pas m'oublier à ce point, je ne peux pas nous oublier, je ne peux pas. Alors pourquoi. Qu'est-ce qui me prend. Qu'est-ce qui me prend de partir comme ça, avec ce sourire, avec ce calme. Avec ce sac sur mon épaule qui s'attarde lourdement, ses cheveux décoiffés, ma frange qui ne se met pas en place à cause de l'humidité de la pluie, ce manteau sage qui tombe, mon parfum qui ne se remue pas. Partir, comme ça. Calmement. Pourquoi. Je ne connais pas mon rôle, je ne reconnais pas mon texte. Je ne devais pas. Je ne devais pas jouer ce rôle là. Moi, je devais jouer la force, je devais recevoir la gifle, je devais ouvrir les bras. Comment ça se fait. On s'est trompés. Pourquoi. Rendez-moi, mon texte. Je ne suis pas dans mon jeu là. Le décor va tomber. Moi, je devais. Alors pourquoi je ne le fais pas. Pourquoi je pars comme ça. Il y'a un problème, on s'est trompés. Revenez, donnez moi les mots, les phrases, donnez-moi l'ivresse, donnez-moi les pleurs qu'il faut, donnez-moi le visage qu'il fallait. Pas celui-ci, pas celui de l'indifférence, pas celui du départ indifférent, pas celui que j'ai en ce moment. Donnez-moi les gestes, de la puissance. Ceux qu'on m'avait réservé. Attendez, ne partez pas, et vous, les trains, ne démarrez pas, attendez, je vais trouver, quelqu'un qui pourra me donner, mon rôle. Mon rôle qui m'était réservé. Attendez, non, ne partez pas. Je n'ai pas encore fait ce qu'il fallait. Redonnez-moi les baisers qu'il faut, l'événement que j'avais inventé. Restez, ne partez pas, je vais trouver, faites-moi confiance. Pourquoi je pars comme ça. Ça ne fait pas partie de la scène. Je suis peut-être trop dans le désamour. Je suis peut-être trop dans la politesse. Je suis peut-être trop dans la politesse. Pourquoi. Vous, Madame, tendez-moi un texte qui bout dans les entrailles, une phrase, un geste. Venez. Partir comme ça, ça n'était pas pour moi. Partir, comme si, j'allais la revoir demain. Comme si, je ne l'avais pas aimé. Comme si. Alors partir, dans un rôle qui n'est pas le mien, avec un texte vide, partir, la regarder, savoir qu'au fond, on ne nous a pas enseigné, ce qu'il fallait, mais savoir qu'au fond, on savait, que le calme était déguisée, et dire ensuite "ce qui me manquait c'était le départ parfait

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21 juin 2011

Peindre le silence

 

Ecrire, mais c'est avoir, au lieu du sang, une voix rocailleuse et froide qui vous murmure toujours si bas, si bas qu'on croirait une chanson secrète, comme une prière venu de dessous les ruisseaux, comme un poème que les morts invitent avec leurs mains de transparents.
Ecrire, mais depuis la naissance, ça se multiplie dans les cheveux, ça prend racine au milieu des ligaments dorés, dans la ligature de l'os ancien, le déchirement de l'audace, ça pousse sous un soleil maladroit que la lumière décline en milliers de taches et de soupirs entre les volets mi-clos d'une bouche muettes. Les histoires c'est terminé, les amoureuses de vingt à trente ans, je les ai clouées dans mes paumes, et on les appelle les stigmates. Camille, Lucie, Loriane, Emma même. Blessures de rien, vous avez les cheveux des collines du Nord, ils tombent sur vos hanches par bouffées, et dessinent à vos gorges des dimanches de sommeil, l'été s'y repose, et les lucarnes de minuit sont noyées sous la crème de midi.

 

Il y avait Margot qui faisait mon mardi, et Lucie mon lundi, il y avait des prénoms d'almanach pour nourrir l'immense orgueil de mes vingt ans, de posséder des femmes si belles que mon rire les fanerait. Julie faisait Jeudi contre mes dents avant de déplier son mètre soixante-dix-sept sous les regards inquiets d'un photographe de mode, avant de coincer ses jambes sous l'objectif d'une ambition. J'entends encore sa démarche orchestrée par le déclic, le diaphragme congestionné, les réflexes éduqués, j'entends son pas soulever des filaments d'ombre, et le déclencheur de la nuit quand les cheveux descendaient jusque dans ma bouche.

 

Je suis une racine mauvaise qui se mâche sous les lampadaires avec un peu de jus d'étoile pour désaltérer les pulsions nerveuses des jolies, j'ai dans les cuisses plus de fureur qu'une troupe de traînées, et plus encore de vertiges sous ma cerne que les verres de vins des putains de l'Est. Si les filles aux yeux trop beaux, m'écrivent des choses de malheur, et que leurs mains paraissent sous mon costume graver des muscles, c'est que la nuit, je prends une position de constellation, que je me mets à ne plus résister à la foule des déchirements, à la puissance ravageuse d'une mer grondant de cent mille marins amoureux de son insouciance. Quand Marianne venait, sous le drap de mon corps, la première nuit, elle ne savait que mon corps de jour, ne savait que mes yeux de midi, ne connaissait que ma voix d'usage, mon teint encyclopédique, et quand la nuit pour nous garder du vent glissant, nous encombrait de son imperméable d'ombres, tous les silences du monde, toutes les craintes, et toutes les hontes du dehors, refluaient dans moi, et tous les sens de Marianne virent, étourdis, la toute puissance d'une folie aux yeux graves, à la voix de sirop d'aube. Marianne me sut dans la lumière trouble de mes cils durs comme des serres, sut les taches de boue qui couvraient ma voix de symboles menaçants, et tout mon être gonflé du sang des astres. La veine qui bout à ma tempe, et que je garde secrète sous mes boucles d'infortune. Qui peut voir, avant que la nuit n'ait bercé tous les fragiles, ce que ma poitrine contient de monstres, ces milliers de petites bêtes qui font des bruits de portes quand ils échappent à la surveillance du matin. Qui peut savoir, que sous la croûte de ma raison, se déploie un monde de l'intime, du scrupule, du vice, un monde où j'ai commis toutes les violences, où j'ai vu toutes les guerres, un monticule interne qui donne vue sur le scandale, les habits troués, et les corps déchirés.


J'ai mangé les verres d'alcool pour y trouver du bleu, j'ai cherché dans les terres monotones, un cri de révolte, j'ai creusé les toits avec mes ongles, la terre avec mes dents pour y arracher ses souvenirs qu'on dit des morts. J'ai voulu voir les étoiles trembler de froid en me couvrant du ciel. J'ai rangé à l'intérieur de mon ventre les vagues épuisées par la mer, qui déposent sur la grève leurs bouches noyées d'écume. Leurs crêtes flamboient mieux dans ma voix, quand sur le tard de la Vendée dans le toussotement de la lune qui toque au verre de ma venue, j'invite Aragon, à nous montrer les douze toises qui lui firent l'alexandrin un remède et un poison, quand dans le lit petit, je ferme les yeux, et que le ressac du jour crée une averse d'images iodées. Dans la Vendée, j'ai vu tes yeux Lucie, j'ai vu tes yeux quand je fermais les miens et que la nuit, tu sais, me dépossédait de l'imagination pour faire de ma paupière un cinéma muet.


J'ai su ta voix Camille, quand les gens dansaient, et j'interrompais mes gestes pour savoir la tendre folie que tu émanes, depuis Paris, je me disais le vent colporte la chanson de ton pas, jusque sous le toit mal famé d'une grange, entre le Würder de Tellemann et le vin de messe. J'ai entendu ta grâce de coquelicot chanter avec la pluie, et j'ai souri à ta venue quand le monde se réfugiait sous le porche, en voyant le ruisseau clapotait de ta présence intimidante.


Et Anja mon stigmate ruisselant, ma belle aux yeux gais, quand sous mes dents craquait le caramel des sucreries, je pensais à tes os qui sous l'assaut répété de mon désespoir, murmuraient comme des quatrains Oh l'ivresse de ma mémoire, oh l'alcool d'eau fraîche de tes parfums, Anja, Anja et le soufre de tes yeux noirs qui m'entourait le corps, quand les robes bleues, roses, jaunes, ou noires dérangeaient ma mélancolie... Ce chant d'enfant à la voix pareille à mes songes, tu as dans le regret hérité une crinière d'ombre, et je me disais dans la Vendée aux murs de pierre, aux chemins butés de passé, outragé par le présent, je me disais, ton regard me manque quand je pose le mien sur les corps sans organe qui font ma géographie précaire, mes repères involontaires, ces corps de garçon, et ces yeux de fille, et dans la foule des bruits étranges, comme un ventre malade. Oh, A. tes yeux sont une nuit que les horloges sucent et recrachent en minutes. Ta main est un cri de ma paresse, et la décoction de ma peur, ton odeur. Aux heurts se boiront le vert, le bleu, et de ta nudité j'en ferai des rires. Si tu permets, qu'avec entrain, nous passions sur la Seine nos doigts, pour voir le courant d'une vie noyer les innocences. Glisser dans les cheveux de vase et les cailloux de grès, d'un sourcil de nuage. Oublier qu'une Marguerite passa sur ma vie, une nuit d'enfance.

 

J'ai fait des voyages, j'ai mélangé mes pas, j'ai oublié mon corps, je ne sais plus dans quel lit je l'ai laissé. Alors. Alors. Alors. Un temps. Vous m'excuserez vous toutes, avec vos yeux beaux, et vos mains d'amoureuses délaissées, je vais faire acte de courage, et j'irai dormir sur sous la tôle des terrains vagues, avec la grippe des mauvaises herbes, j'écrirai depuis mon téléphone que je brancherai dans des cafés. Je boirai ma jeunesse avec l'appétit des misérables. Camille, tu ne le sauras qu'ici, j'oublie le confort de tes bras, j'oublie la fatigue de ta nuit, et j'apprends le ciel noir. J'apprends l'audace, j'exprime le peu de mort qui se secoue dans moi, c'est à peine un fond de verre, à peine assez de poison pour faire aux chênes un automne.

 

Et toi, qui revient ici parfois, je t'aime, mais je t'aime très mal, presque avec indifférence. Comme font ceux-là qui oublient que les muses ont leur indépendance et les yeux bleus des corps. Comme font les poètes qui creusent la vie avec des danses immobiles, quand les autres la font avec des pas militaires.

 

Je marche dans des rues où la vie penche

La nuit bat des paupières sur les bancs

La faim et la soif y secouent leurs cheveux blancs

Les chênes frémissent ma voix tombe sur les hanches.

 

Je marche dans le noir, et j'ai du jour plein les poches
Une cigarette brûle, c'est l'étoile de ma bouche
Le ciel de mes cheveux.

J'ai de la nuit à m'en faire une échoppe
Et un corps de marchandises.

 

On court le jour, on brûle la nuit
Et les belles images n'en finissent pas
De boire à la sève des hommes.

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20 juin 2011

;

J'ai la vie pleine de larmes.

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16 juin 2011

Peu importe les révolutions, les comme vous ça saura toujours refaire des habitudes.

     Je ne suis que roses, chants, pétales et paroles dans un siècle sans émoi. Je passe dans mon vêtement de fantôme, sous ces narines bouchées, ces oreilles mutilées et ces yeux crevés. Ne vous retournez pas, je me rends à la nuit, les mains liées d'un bourdonnement des fièvres passagères.

     Parce qu'un jour certainement, dans les débris de soufre de ton ennui tu repasseras ici. Tu repasses parfois, et ce fait des respirations très lentes à déployer chacun des gaz qui occupent les poumons et se compriment dans la bouche, tu mets du temps à les développer et les embarrasser de signes et de certitudes. Entre deux de tes respirations, j'ai le temps de m'endormir dans le repas de mes libertés, et de redécouvrir dans les chambres mouvementées qui m'accueillent d'autres visages, d'autres races, d'autres rages. J'ai longtemps cherché comment t'écrire, tandis que je n'étais plus capable de te voir, que toute ta réalité s'était dissipée sous l'encre. De t'avoir écrite je suis devenu aveugle à tes nerfs, insensible aux contours matériels de toi, et en disant de t'avoir écrite, je ne veux pas dire "m'être adressé à toi", mais aussi grammaticalement correct qu'est ma conjugaison, c'est à dire t'avoir résorbée en langage, t'avoir mis plus ailleurs nulle part que dans mes mots, dans la tanière d'un chant, et la devanture d'une rime. Ta matière est devenue inaccessible à la mienne, nous n'évoluions plus dans la même galaxie, sous le même ciel, nos corps, nos enveloppes ne sont pas régis des mêmes lois. A tout je désobéis, et aux ordres même des yeux clairs, clairs, clairs aux angles imprécis. Quand il arrivait ensuite que nous nous vîmes, j'étais insusceptible de t'apercevoir, j'avais la gêne angoissée de celui-là qui fait face à une morte et dont personne ne sait que la morte est à table, parce qu'elle a des gestes et des manies identiques à ceux-là de tous les autres. A ceux-là de nos souvenirs. Les mots ont des douleurs d'hiver quand je dois te parler, parce que ce n'est pas facile de s'adresser à une morte dont on a aimé les gestes, dont on s'est amusé à décrire les hiéroglyphes angoissants. Pas facile, le tard, au rentrer d'une soirée de croiser sur le XV ème le suicide ton geste sur la surface d'une route, et la gomme d'un taxi exhalant encore le regret de t'avoir déposée.

     On pourrait croire assez facilement que je t'ai aimée, que je t'ai mise dans ma poitrine et qu'après tout l'encrier, le lexique, et le coeur sont semblables pour qui se prétend du sommet et de la lie du poème. Qu'entre ces objets, ces muscles, et ces fantasmes, rien n'est différent que leur dégradation chimique, que la quantité de lumière qu'ils absorbent. Hélas, je t'ai plus méprisée qu'aimée, et s'il est vrai qu'il me manque de toi une étreinte, quelque chose solide, c'est que, mignonne, j'aurais voulu m'assurer de ta réalité pratique, du périmètre de tes os, de la souplesse de tes muscles. Cette étreinte remuait dans moi en tant qu'action physique ultime, geste d'amour, et de débandade, l'étreinte c'est tout ce que je peux consentir au corps en dehors de la poésie, je parle d'une étreinte sans pudeur, qui n'est pas litote de sexualité timide, c'est une étreinte en vêtements, une étreinte qu'on fait l'hiver sous la neige, sans dévêtir son corps de tout ce qui fait sa chape, son voile, son masque et finalement son symbole. Parfois, en me tournant, sur l'herbe sèche de Bordeaux, et trouvant ma ménade, je l'ai appelée de ton prénom, pour voir comme ce fait, des yeux bleus qu'une passion invoque.

     J'ai voulu t'écrire souvent quand, au sommet des tours, très profond dans les heures nocturnes, je balançais dans le vide mes jambes. Je voulais t'écrire "il est impossible pour le poète d'imaginer, quand il est minuit, qu'une clarté obéïssante puisse venir ronger ce ciel mutin ; je dois veiller pour m'assurer d'entendre scander les trompettes d'aurore et saccader ces nuages violacés de l'habit du bagnard, de voir cette bouche de paupière boire ces taches de vin, et ce jus d'étoiles".

     Il faut être toujours improbable, et à ta façon, sans que l'ordinaire ne le voit, sans chagriner le quotidien, tu es improbable, ton visage est improbable, ta folie est improbable. Radiguet répétait à Cocteau « il faut être précieux », et je sais assez bien être précieux, je vis sur la pointe des pieds, je ne courbe pas le dos, et j'ai le sourire qui proclame le refus. C'est quelque chose suffoquant, pour les nerfs sensibles que les miens, quelque chose qu'ils ne peuvent pas isoler, mutiler, et diminuer, et folie est là, avec ses serpentins de visage dont personne n'imagine les mains froides de répétition. Folie est là dans tes yeux que la géométrie trouble, et que tu ne regardes qu'avec détours, tu as été un objet amusant à manipuler dans le langage, un objet touchant et lumineux comme un jouet d'enfant qui dégage des bruits de guerre et des lueurs de phare. Mais je t'oublie, vraiment, et tu t'effaces, je ne me souviens que de ta voix...

     Mes jambes balancent toujours entre le vivre et le mourir ; cri et silence métaphorisés. Poésie silencieuse aux pas arqués dans le sable ; et chant révolutionnaire scandé sur le boulevard de l'amertume.

     Je ne cesse de m'effriter, les hautes falaises boivent le vent par leurs blessures. Les rivières qui coulent dans moi feront naître demain des jonquilles plus belles que le soleil. Ces visages inconnus auront changé mille fois d'âge, et l'on se souviendra d'un jeune homme élancé, qui n'a jamais pu dire oui aux obligations civiles, morales et athlétiques, qui a tressé sur sa bouche du silence pour le faire semblable à l'hymen pur du soir. Sur mes os je veux que des mains jouent du piano, et qu'avant de brûler de mon dernier soupir, que le ciel déplie des vagues abîmées par l'écume des nageurs. Si en rentrant, le pas ivre, de la fenêtre du taxi tu vois dans la nuit une tâche plus sombre que les autres, ce sera moi enfreignant les obligations du sommeil, du silence et de la mort, moi qui aura traversé ces strates d'une géologie imparfaite pour me manifester dans ma parure d'étole sombre.

      Je croyais tenir dans mes veines le discours de cent mille suicidés, et offrir à ces fragilités de la vie, à ces précieux fendus par le centre, un destin à hauteur de leurs cris. Et seulement, je suis un de ces échoués, la figure enduite de sable et d'argile, je suis pareil à leurs famines, pareils à leurs limites. La fêlure me vient dedans, je m'entends rompre, soyez attentif, le dernier poème arrive quand la voix rompt.

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10 juin 2011

Jusqu'à la dernière note, le piano mourra.

Des veuves de vingt ans portent
Le jour en son deuil gai
La liesse de l'accordéon
Se blottit sous les moiteurs
De la musique

Le ciel a joué ses arpèges
Jusqu'à sa dernière étoile
Et le jus du soleil
Emplit les poumons du chêne

Il est venu le jour noir
Avec ses paquets de soldat
Déposer sa gerbe et son minuit
Sur les parquets de désert.

J'ai cru voir Pablo
Chanter ses amours de mystère
Aux yeux immenses de midi
Noyées dans les mers du songe

Te souviens-tu, les hoquets
Des dix-sept ans
Qui sont les dents d'enfant, et
Parfum de marguerites

Les mèches de mon enfance
Sont un jardin assoiffé
De printemps.

Mon âge se décoiffe.
Te souviens-tu longtemps
La réunion secrète
De tes mains
Dans le chagrin
Des miennes ?

Le tablier recueillait
Les couleurs de neige
Des yeux gris
D'hiver

Te souviens-tu les débris
Réunis pour former
Notre jeunesse.

Notre âge est l'eau du désert.

Une seule minute
Dans le geste endormi
De l'amour qui tient
L'enfant aveugle
Aura suffoqué la nuit

Mes yeux déposent la rosée
Sur le front, sur les joues
Où dans la saison

Tu oubliais ton parfum

Il ne faudrait au décor
Qu'un peu de mort
Pour sembler un théâtre
A l'odeur d'enfant-âtre

Trois ans j'ai mordu
Des chansons aux reflets
De paupières renversées

Trois ans j'ai mordu
Tes mains de sureau
Et je n'ai goûté rien
De mieux que le regret
La couleur de la chaume
vague qui fait chauffer l'hiver

J'ai marché dans les rues
Où le quinquet pleurait
Des billes de lumière
Précieuses comme le feu
Du naufrageur.



Loin dans le paysage, tes doigts s'enfoncent pour faire des collines.



Oh, tu marchais toi aussi
Tu avais l'horizon pour
Te bruler les veines.

Les eaux sales de la nuit
Ont baigné tes mains
Dans l'auge d'une bouche
D'homme

Et parce qu'il te fallait un cri pour te savoir humaine, tu as marié ton corps à l'amour, et pendu ton sourcil au sortilège d'une pierre que les garçons portent sous la voix. Dans la brume défaite que le vent colporte en un message trouble, tu as choisi ton verre, ton lit, et ta liqueur. Sur le seuil de ces alcools, je suis venu poser mes lèvres, pour les tremper de cette liberté que ta grâce délaisse.

Je t'aime, je t'aime, je t'aime.

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L'oiseau sans branches, l'oiseau sans ailes, respire sous l'eau le parfum du nénuphar.

Que reste-t-il de mes amours mortes qu'un tourment aux reins, qu'un peu de parfum féminin sur les vêtements ébouriffés de plis, que reste-t-il que des photographies en couleurs, et des souvenirs sépia, de nos caresses d'alors quelles blessures durent encore et font voir leurs brûlures dans les reflets des yeux à venir. Quels prénoms à maudire, quels prénoms de prières ? Camille, Loriane, Lucie, Maude, Elodie, Gwendoline, Emma, que reste-t-il de vos pleurs quand dans la nuit j'allais vous trouver des fleurs séchées, pour vous dire de la beauté des odeurs qu'elles peuvent durer toujours si on en retient le scrupule vieillissant. Que sont devenues ces charmes que je trouvais, dans les quartiers inquiets de la nuit pour en déclamer sur nos fatigues leurs rimes de pétales froissés ? Ces parfums qui semblables au souvenir s'exhalaient toujours du corps fané qui les enfantait. Que sommes nous devenus, qu'ai-je fait de vos rires d'enfants, qui gisaient dans l'ardoise de ma nuque, que la faim de la nuit buvait comme le café d'aurore. Je me souviens mal, des danses que j'arrachais au soir, pour faire trembler vos corps, et la mousseline triste et rose qui masquait vos cous, et que je décrochais comme un appétit trop souvent rassasié. J'ai oublié vos nudités répandant leurs cruautés dans la salle sombre de nos désirs. Qu'ai-je fait de mon talent ? J'en ai fait du droit, et quelques petits fleuves d'or, j'en ai fait des amoureuses de rien et de vide, aux corps de Loriane, aux gémissements de nacre. J'ai aimé des silhouettes de ne plus distinguer les âmes qu'avec mes lèvres myopes. Qu'ai je fait de la poésie qui me servait de coeur, de foie, et filtrait du dehors les mauvaises fièvres, et la vie maussade d'habitude, traînant dans son grand manteau gris. J'ai mis à mon poignet les montres à grands cadrans qui ébruitaient la vieillesse, et assagissaient la jeunesse. Que reste-t-il de mon cri halluciné, que je poussais dans nos adieux, et qui vous nouait le coeur dans un pleur somptueux ? Il en reste un bégaiement, une peur, quand on me dit "je t'aime", quand je comprends soudain, que l'on m'aime. J'ai fait cent fois en moi les conversations que je leur attache, et chaque fois, les mots viennent dans le désordre déçu. Les gens ne valent pas mes attentions, et doucement, dans la nuit je m'endors, parce que j'ai voulu les yeux bleus, j'ai du supporter les corps bruns, blonds, les pétales et la fleur quand je ne cherchais rien qu'un parfum pour traverser l'ombre étouffante d'hiver.

J'ai agité des gestes, jusqu'aux confins de l'âme, et j'y ai vu le vide, et j'y ai vu des nuits, j'ai agité des gestes, et j'ai retenu le dernier, l'ultime, pour vous garder toutes près de moi, dans une Cour d'éternité inquiète. Je m'en vais déjà, dans le crépuscule crépitant qui depuis vingt ans est mon partage, je m'en vais dans le tonnerre de sa main prisonnière des noeuds des audaces. Je me rends dans la crête de ses vagues qui se replient dans mon être, de ne sentir plus qu'en moi le dernier frémissement des marées qui les engendre, et de se faire de mon coeur le refuge maternel. Et les vagues me murmurent dans la mort qu'elles m'abandonnent, me murmurent encore "c'est l'odeur de maman, l'odeur de chaos, l'odeur de tout ce qui semble toujours finir, et qui de la fin, puise l'énergie souterraine qui fait les lacs silencieux, et les lèvres séparées des rivières et des fleuves".

Je ne sais plus comment contribuer à l'espace de quels torsions aménager le vide de tous ces corps en recherche d'amour, et ceux-là se marient, et ceux-là ont un emploi, et je vais dans ma misère, dans le café qui fermera plus tard, dénouer les liens des mots capturés par la vie. Je viens libérer poésie, mort, et soupirs, de la catacombe où la peur les avait encloses. Je ne veux pas de la vie qu'on me promet, de la vie qu'on me décide, alors, j'ai retenu longtemps la respiration, j'ai retenu les mensonges, retenu les sortilèges, retenu les désirs, retenu les orgueils, et de les recracher un minuit de juin j'ai offert au monde le crime et l'amour dans ce liquide épais au les corps humides répètent avec moi "voilà la passion".

Je suis né de toutes les caresses de vous Emilie, Marion, Lo', M., W., Francesca, je suis les gouttes de ces sueurs que vous preniez aux corps des étrangers, je suis l'expérience panique et liquide de la passion, le résultat d'expériences chimiques dans le laboratoire de vos désirs secrets mais rutilants comme des rateliers.

J'ai peur du futur, peur de ces nuits faites à chercher un toit, peur de ne pas trouver dans mes affections assez d'espace pour ne pas pleurer, et rire avec mépris de la vie lâche que je menais. Je suis fâché avec le monde. Et dans cette chambre que tu m'offres j'écris ces mots, je déplie les pages.

Je suis libre, j'ignorais que ce rendait aussi silencieux.

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Poète de vingt ans.

Poète de vingt ans

Qu'as tu fait de ton talent

J'en fait des rimes à la bouche

Des amoureuses d'antan

J'en ai fait des roses de papier

Coloré du vin de minuit

 

Poète de vingt ans

Que fais tu du futur

J'en fais des rires d'enfant

J'en fais des fleurs mauves

 

Poète de vingt ans

Tu jetais de tes cris

Au temps le défi

De passer plus vif

Pour décoiffer le laurier

Que tu volais aux ombres

 

Poète de vingt ans

Par le temps assassiné

Je te laisse mes vers

Mes poèmes, et mes chants

Pour te faire dans la nuit

Qui est pour toujours ton refuge

Une berceuse qui durera toujours.

 

Poète de vingt ans
Qui s'éteint
Dans la flamme
Où brûle
Le jour.

 

Posté par boudi à 00:19 - Commentaires [0] - Permalien [#]