29 avril 2010

Au revoir.

Je sais que tu es là, et quand je froisse un prénom, que son odeur de lys blanc coule des pétales qui éclosent sans bruit, comme un trait de chiffon, je sens le poison de ton existence. Est-ce que tu m'épies ? Pourquoi traines-tu ta misère sur ces pages vierges de sons ? Il n'y a pas de musique, plus d'érotisme, il n'y a plus que moi -et moi vide, campé sur mes genoux qui ne grincent pas. Tu ne trouveras pas en moi, dans mon chaos, dans mon fracas, le bruit qui te tient éveillée la nuit. Il y a un peu d'ivresse, des gouttelettes qui roulent en rosée sur l'herbe lasse du matin, sur les branches éployées que secouent le vent. Tu ne trouveras pas en moi, dans mon chaos, dans mon fracas, le bruit qui fait sur la peau une armure de soif et une cuirasse de pus, je n'ai que des silences et pas ce qui dirige le monde les ordres militaires. J'ai un fusil, certes, dans les bras, un "tue-cheyenne", et je me balance sans bruit, en attendant que la clenche descende, en attendant qu'un souffle y pénètre, qu'un égaré y tâtonne, pour faire feu sur l'étranger.

J'ai chassé ma vie hors de mon corps. Je ne veux rien. Je ne veux personne qu'A.

Soyez célébrés dans les salons ; je vous vomirai aux latrines. Il y a dans mes intestins des couronnes de laurier qui vous sertiraient la vertu que le monde aura usé.
Aussi, quand je parlerai de vous, et je dis vous tous les artistes, et je dis vous tous les penseurs qui rêvent d'une stèle de présent, ce sera pour vomir.
Dans ce vous je dis toi, mais je dis aussi lui, je dis aussi elle, je dis Lara, je dis Carole, je dis Christophe, je dis O., je dis N. je dis tous ceux qui ont la gloire à portée de souffle, qui vont bientôt la planter, la gloire, avec les dents, avec les ongles, avec l'haleine affamée qui laissera voir de l'émail, de la salive, enfin une bouche quoi qui aura un corps, qui aura des mains, qui aura des doigts pour replier contre son torse blêmi par la vanité toute la gloire accumulée. Et tout ça, tout un individu de défauts en une haleine, en un souffle, en un soupir. Ce sera votre amante la gloire, et vos yeux, plaines de cendres, la veilleront. Et je vous cracherai dessus. Vous avez un appétit trop commun, une faim épuisée de vie, une faim d'où le monde, le bruit, la gloire auront exorcisé le génie.

Moi j'espère qu'un de mes amis antisémites écrira un livre, et que je dirai "il a eu la bonne idée d'écrire un livre contre les juifs et la mauvaise de le publier"

Je vous abomine.
Ne viens plus ici.
Plus jamais
Va-t-en au fond dans des sources pâles et étroites
Ces torrents qui sont des sexes de femme
Des cuisses entrouvertes, et le filet d'eau rageur, chaud
Qui se promène sur les doigts du marchand

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27 avril 2010

Meurtre en moi.

Je suis un cliché.
Un tueur en série avec toutes les règles du tueur en série.
Son intelligence.
Ses misères.
Ses manies.
Ses douleurs.
Ses hontes.
Je sens remuer en moi ce monstre de pierre et de vices. Que je croyais être le talent, qui n'est que du meurtre.
J'ai peur de tuer.
Ca arrive.
Je l'entends qui monte
Le meurtre.
Sur la soie de moi
Comme une odeur
Sainte
Comme l'onction des baptêmes
Qui engloutit
La puanteur
De la raison
et
De l'athéïsme.

Bientôt je ne serai plus, tout comme mes victimes.

J'ai peur et mon ventre friable, mon ventre inquiet.
Peur.
De ce que ces mains faibles peuvent faire.
Des respirations qu'elles peuvent capturer
Des fleuves qu'elles peuvent enfanter
pour noyer des passantes.
J'ai peur de raréfier sous mes pas
L'oxygène des filles de joie.
Un, deux, trois
Et je compterai les miasmes
Qui se mélangeront au vin
Je nouerai les crimes
A l'esthétique.
Pour faire
Naître des germes
Incendiées, des racines
Enchevêtrées
Un poème

J'ai ce monstre de pulsion, de gestes, d'envies, cette veine, ce sang qui bout, et bientôt je ne serai rien d'autre que cette pulsion, ce geste, cette envie, cette veine et ce sang qui bout. Ce jour là, gardez vos filles et, puisque  je suis un cliché, dites leur de ne pas couper par les parcs que le jour oublie. Et vous, mères, n'oubliez pas, dans vos ivresses, les sandales qui vous écarteraient de la foule. Je serai là, indistinct des ombres, sous les lampadaires qui ne s'allument plus. Je serai là, dans le creux de la ténèbre ensommeillée.
Je le sais, que je tuerai. J'aime tellement qu'on me supplie d'arrêter.

Je suis un cliché.
Qu'on arrêtera
Puis qu'on violera
Qui se pendra.

Je ferai des morts qui seront comme les alexandrins d'un sonnet, je choisirai leurs prénoms pour qu'ils fassent des rimes françaises, qui s'embrasseront, qui se répondront, qui s'entremêleront. J'en ferai quatre le premier mois, j'irai à la ligne le second quatre le troisième,  et je respirai le quatrième, trois le quatrième, et je dormirai le quatrième, trois le cinquième. Mes morts seront une oraison.

J'oublie qui je suis.

Je suis hanté par un crime.

Je ne peux le dire à personne que le plaindre sur un blog, que l'articuler ici, péniblement. Sans images, sans couleurs. Je dis, que je tuerai, parce que je le sens en moi avec le sac ouvert des vipères qui enveniment mon être, avec les rameaux de la folie qui barbouillent d'ombre la toile de logique.

Je ne peux pas en parler ni à mes amis, ni à ma famille, je ne peux rien murmurer de ce qui occupe mon coeur, de ce qui leste mes humeurs, je ne peux rien dire de la couleur que je vois à la nuit. Qui était brune, qui était tendre, qui a transmuté en possibilité. Quand je vois les passantes, je veux me déguiser en façades, je veux surgir de l'indistinct pour leur mordre les paupières.
Je les déchiquetterai, et j'ai peur de cette voix qui le dit, j'ai peur du métal qui enroue mes cris, qui fait jaillir ma peur et puis leur sang.

Je vais tuer.
Quand ?
Un jour.

Mes ruptures amoureuses étaient des brouillons de crime
en brisant des amantes, je m'habituais aux remords et à la peur. Je ne tremblerai pas, au moment d'abattre sur le cou mes mains mortifiées, gantées par l'usage de briser en pleurs, en eau, des âmes.
Je m'habitue à la culpabilité pour que le jour où le sang tâchera mes mains, où la mort envahira leurs yeux, ce soit doux  en moi comme une larme tiède.

Putain.



J'aimerais que tout ça ne soit que pour rire.
Que ce soit une farce.
Que je cherche de la folie dans ma raison.
Pourtant je sens cette vague brutale qui m'envahit.
Cette marée qui ne sait plus descendre de mon corps devenu grève devenu plage recouverte d'un voile d'écume séchée.
Oh, cette mer qui monte me chausse le pied.
M'habille de crime
Oh.
Je vais tuer.

Comme je suis intelligent mais pas trop je me ferai avoir, un jour, parce que je parle beaucoup, aussi. Parce que j'ai besoin de savoir que l'on sait qu'entre mes doigts roulent les péries amoureuses.
Le procureur dira de moi des choses, des trucs, avec des rires, et des éclats de voix, il se fera briller, grâce à la lumière de ma cellule à venir. Pauvre procureur que les plaidoyers ont usé, pauvre procureur dont l'habitude a fait une ride à l'émotion. Ride primordiale, sillon d'où rien ne germe que l'ennui.
J'aurai le corps luisant qui se réfléchira dans ses yeux éteints par la compassion. Il n'y a de lumière que des cyniques, lumière sombre, offrant au crime le repos.
Je prendrai mon temps. Je déglutirai comme on se prépare à rentrer sur scène. Peut-être ferai-je des vocalises pour bien donner de la contenance à ce corps qui ne m'appartient plus.
Lui, mon rival, celui qui veut l'assentiment du jury, ten,tera de lui donner des larmes, il énumérera les victimes, il leur donnera un nom, un corps, une famille pour qu'elles ne soient pas des taches de sang anonymes, quelconques, pour qu'ils en sentent le souffle finissant que j'arrachais, avec mes petits doigts, avec mes petits yeux.
Il dira qu'il y avait douze victimes, s'il y a douze corps. Alors je tousserai pour le reprendre. Je n'objecterai rien, je dirai simplement qu'elles sont treize, que cette chose qui grandissait dans mes poumons, qui y prenait la place de l'oxygène, fit de moi, de mon corps, de mes muscles, de mes facultés la première victime. Je dirai, que je suis le corps du crime. Que je n'ai rien souhaité. Rien voulu. Rien bandé. C'était un autre, un fantasme, avec mes traits, avec moncorps, avec ma voix, qui abattait les corps de filles. Ce n'est pas que je veux ; c'est que je dois. Et, sur le pas de ma cellule, sur la paillasse de pierre, se tiendront douze crimes pour me tenir chaud. J'entrerai dans ma cellule grave comme un roi et j'en sortirai souillé comme une pute.

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25 avril 2010

Wendy bis.

On a pas changé, pas du tout.
On sait mieux dire.
Mieux faire semblant.
On sait mieux se mélanger
Et s'oublier, aussi.

Mais c'est toujours la même ombre
qui enveloppe et sape nos carcasses
Ca déboutonne nos soifs
Ca nous met nus
De chaleur
Dans des lits étrangers
Sur des corps vagabonds
En gardant sur le ventre
L'habit de crépusucle
Qui saigne de nous
Je suis un ruisseau
Tu es un ruisseau
De vin
De lait
D'oubli
Tu es
Je suis
Le
Styx
Avec des mains de squelette
Et ta faim
Et ma barque
(Et l'or
Des pièces rondes.)
Légère
Qui est ton corps
De roseau.
Où s'en vont
Mes
Lèvres
D'où viennent
Tes pleurs.
Qui enfoncent
Dans l'eau tiède
La nuque
De nos
Joies.

Tu sais, j'essaye, pour la douleur, de me souvenir de tous les prénoms qui sèchent dans ma mémoire, de tous ces fantômes suspendus qui m'ont fait oublier les contours de la solitude. Celle que tu laissais en abandonnant mes mains pressées qui, paumes affamées, pèlent sur des corps et, laissent à la place des ventres et des cuisses, les stries blanches de ton absence.
Toutes ces femmes ; tous ces hommes sont des alcools, des eaux fortes qui rongent cet acier, ce métal fragile duquel on a jailli. Tous les deux. Que des forgerons d'éclairs, dans les forges flamboyantes de l'enfer, ont séparé en deux corps, deux douleurs, deux solitudes. Toi. Moi. Et cette frontière, cette blessure recousue de guerres, de luttes, a formé deux pays. Deux villes. Qui se regardent de loin et se désapprouvent. C'est Carthage qui marche sur Rome ; c'est Rome qui écrase Catharge.

Tu y arrives mieux que moi.
Tu y arriveras toujours mieux que moi.
A vivre.
Tu seras heureuse, et ce sera loin, tu m'enverras des cartes de là-bas ? De tes rires où tes boucles blondes plongent, où tes amours veufs se racontent comment il était lui, avec des mystères et des mensonges au lieu des mains ? Ce sera moi, et j'hanterai ta cave, parce que je ne peux plus grimper les escaliers qui montent vers la lumière.

Je voudrais
Me réchauffer
Dans tes yeux
De glace
Je voudrais
Y mettre
Tout mon corps
Que tu regarderas
Comme tu le couvais
Avant.
Au temps
Où les chambres
Fugitives
Nous enchaînaient.
A l'heure
Où les horloges
Immobiles
Nous chassaient

En moi brûle le feu
De l'inquisition.

Je ne t'oublierai jamais
Peu importe mes prisons
Peu importe mes fracas
Que le bruit du monde
Me viole entier
Et qu'il laisse dans mon crâne
Ma dépouille
Cette carcasse
Que tu aimas
Mes sens
Son bourdonnement
Infernal
J'aurai toujours ta voix
Pour pleurer le soir
dans l'étroitesse
De mon vide
J'appellerai
Cette chambre
Où je coucherai
Les amantes
"Le manque"
Je la baptiserai
Des fluides
Larmes
Eaux basses
Des corps
De femmes.
Et peut-être
Pour la musique de toi
J'accrocherai au plafond
Une
Winchester
Qui fera feu
Sur un air de Wagner
Où les Walkyries
S'abîmeraient
sur
des
Wagons
D'effroi.

Ô terres gelées.

Un jour.
Par accident.
Un jour.
Si tu m'aimes
Parce que tu es
Lasse
Des amours
Qui t'abandonnent
Des clés que tu n'entends
Pas
Tordre la serrure
Un jour
Tu te rappelleras
Quand l'ombre
Obèse
T'emplira
De moi.
Et je serai là
A t'attendre.
Le long des berges que j'aurai cent fois souillé
De reins adverses
Qui n'avaient pas l'odeur
De tes boucles
Mal peignées.

Et pourtant.
Tu ne peux plus m'aimer
Mais tu ne peux pas m'oublier.

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Wendy.

Je suis soucieux des balances sentimentales ;  je t'interdis d'en jouer.
Ma quête d'équilibre quand elle aura fini de couler au fond de ce godet
de cuivre et d'or, de remplir ce graal de mon sang,
tu n'auras de moi que les silences
que le vide, l'air, le vent
tu entendras
murmures
entre
les
feuillages
du crépuscule
la voix de l'abandon.
Se faufilant indolore
entre les miettes de toi
Je tiens à ma mémoire ;
Pas à ma vie.

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20 avril 2010

Fleurs de cuivre

Dans la pierre des remparts poussent des fleurs de cuivre aux tiges sauvages de corde et de lin qui, au contact brûlant des cigarettes, s'embrasent en vomissant la mort. Elles poussent dans le terreau des meurtrières, ces petites fenêtres, que les ongles d'alizées creusèrent dans le béton des villes, devenant parfois des serges de pierre pour servir d'habits aux péris. Ces fleurs d'écarlates y gisent, souvent, la bouche éventrée de trop d'odeur, quand les bras pressés des tempêtes en arrachent les pétales de cendres, et que leurs mains précoces les terassent.

Ces fleurs lourdes –qu'aucun vent n'incline- aux pistils de poudre, aux arômes carminés, ont des boutons de plomb qui montent de leurs ventres et creusent dans la boue des lits pour les amoureux. On y voit les soldats, habillés de ciels de flanelle ou de matin gris, rougir sous les parfums vénéneux qu'elles exhalent. Certains, même, se touchant le flanc, pâlissent en retirant de leurs côtes une main tachée de vin.

Quand leur corps se fait pluie et se gante de trépas, quand leur corps de bruine et d'ombre se met à sangloter comme une femme on les voit qui, entendant les cailloux de fer s'enfoncer dans la terre,  viennent y verser de gros flots rouges et espèrent voir sourdre de l'immortelle blessure des rosiers bleus et malades.

Pourtant, de ce crépuscule de balles et de reins brisés, de faims et de vide, de ces corps agenouillés, fuyant comme des tonneaux d'eau et de vie, fleurissent des arbres d'argent.

Quand les fleurs de fer fanent on entend pourrir, dans les plaines barbares, des douilles déformées dont on devine la voix de tumulte.

Les soldats immobiles –allongés- tiennent dans leurs mains éteintes ces gerbes de cimetière et de fracas, et dans le noeud de leurs bras forment avec l'étreinte terrible des cuirasses rouilées les racines des batailles.

Quand le bruit finit de décroître, en même temps que le jour s'en va, en même temps que la nuit enveloppe les carcasses, on voit, répandu autour des agonisés, des plombs ronds formant un enclos et des médailles tressées en couronne mortuaire. Les guerres ont leurs tombes de hasard où des fantômes aux mains de vent sèchent les pleurs des parents et murmurent dans le bruit de leurs loques qui passent sur leurs yeux "Ne pleurez pas sur ces marbres de boue ; je n'y dors pas"


Les murs des cités s'ébrèchent en fumées mortes et se brisent dans le ciel pour y pendre, aux aiguilles des nuages barbelés, des larmes de brume et des cris d'assassinés.

Dans la ville assiégée –qui va tomber, qui tombe, qui est tombée-, où les femmes cherchent, dans les bas des mégères, des pièces rondes où se mirer, les enfants dansent au bruit du feu, et s'amusent des canons qui s'animent ou s'épuisent. C'est une musique sauvage, mal peignée, d'un rythme décomposé comme les corps qui veillent de l'autre côté de la vie, dans la mélodie de laquelle les voix naïves embrassent les ordres des généraux. De son front où glissent des gouttes de poison, où Antchar étend l'ombre de ses rameaux, s'agitent des rides qui, semblables à la terre, sont le logis des balles.

Les enfants dansent, et ne tombent pas. S'ils tombaient ce serait à jamais. Ils sont trop petits pour que les glaives des adultes frôlent leurs cous que la misère noircit. Trop petits pour que les boulets leur entrassent dans le ventre et les déchirent.

Pourtant, à leurs lèvres, où perle la liberté, se massent déjà en buée blanche des baillons de chiffon. On entend leurs voix vieillir, leurs rires s'espacer comme entre l'amplitude d'un pas d'enfant devenant un pas d'adulte, comme une ombre qui se promène sur un cadran solaire à midi. Il y aura dix jours de deuil ; dix jours de fête.

Ces villes voient dans le soir brûler au ciel des lys blancs, qui montent et se répandent en lumière pâle. Il y a mille lunes de fer qui se désagrègent pour prendre dans leurs éclats froids la couleur du soleil.

Une ville en guerre est un jardin de métal.

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Le persil de ta cage ; les fleurs de tes chaînes.

Et l'on a vu des pauvres
Offrir à de plus riches,
Aux particules abolies,
Une miette de chaleur
Pour tenir au ventre.
On les a vus
Avec leur enfance
D'usine ou d'acier
De contes et d'ailleurs
Déciller des grammairiens,
Nourris de manières,
Le savoir et la beauté.

Tu étais trop commun
Pour la douleur
Qui ne voulait pas
De toi.
Tu étais,
Avec tes yeux,
Absinthe éventée,
Un minéral érodé.
Tu étais,
Espérant des larmes de poison
Abreuvant la pâle verdure
De tes rameaux,
Un vent essoufflé.
Tu étais,
Sous ton coeur
Altéré,
La banalité
Cirant
Les luths
Des génies.

Tu cherchais Circé
Luttait, en vain,
Dans les eaux basses
Du jour.
Tu retournais
Les pages
D'Histoire
Tu fouillais
l'épopée
Et apprenait le grec
Sur lès bouches hellènes
Pour y trouver la voix
De l'aveugle.
Tu demandais pardon à la foule
Tu espérais d'elle qu'elle ouvre,
S'écartant,
Un chemin
Aqueux
Pour faire apparaitre
En trainée
D'écume
Ou de lumière
La route
D'Itaque ;

Tu ne connaîtras jamais
Son palais
Ses femmes
Ses enfants
Tu n'en sauras rien
Des secrets

Ni ;

Des ouvrages
Qui mettent
L'éternité à
Tisser
Les empires.

Tu as l'âme trop lourde
Le corps trop dense
Pour passer ses ports
De brouillard.

De vent

D'obscur.

(Tu n'es pas d'éther)

Ou de Troie

Tu es d'en bas.

(D'un corps Profane)

Du souffre de la boue
Et des cendres
de la terre
mugissant.

Je te ferai tourner de l'oeil
Quand tu sentiras
Mon parfum
De rue,
D'enfant,
De
Caniveau,
Avec des doigts
Jaunis
Comme des pages

Noircies

et en moi
Sur moi
Tu aurais pu
Lire
Ce que la nuit
Dit de toi
Quand dans ton lit d'écorce
Ton agonie s'image.

Mes mains prophétesses
Anéantissent ton souvenir.

Je te chasse de ma mémoire.

Je n'haïs rien.
Je suis indifférent.
Et j'agonise
La banalité
Sans émotion.

Tu étais un poncif
Au prénom long
Comme un sanglot.

Quand j'irai dans les rues hongroises
Chercher les pas du poète
Et trouver les mains des putains
Quand j'aurai sur mon ventre,
Que m'arracheront les bandits,
Des syllabes de cent ans d'âge,
Liqueur amère,
Dans une phrase,
Dive bouteille,
En une langue,
cave fraiche,
-qui dansera
Dans un feu et dans une flamme
Qui te sont inconnus-
Je chanterai des mots qui se briseront
En chants
Qui éclateront
Rapsodies
Aux mille cicatrices de profondeurs
(Tu en enviras les marques
Sur ta peau vierge de drames)
Et offrent aux yeux inquiets
Les cimeterres Ottomans
Les épices de la sublime porte
Les voyages dans les coiffes
De sultans épuisés
D'empires serges de lave.
De ce pays de brume
De nuit
D'ombre
De sortilèges
Les voix
Magyares
Jailliront,
Comme la cendre
D'Islande
Qui innonde le ciel
Et
S'y
Amoncelle
En y faisant
Tourner ses angelots
En mousselines noires
Que le ciel huant
Baise au front.
(Là-bas)
Une langue qui déliera
Ses mains
Pour y faire
Taire les poussières,
Voltiger
Les nuages et ;
Les débris qu'épuisent
Les sabots des Csikòs
Et de leurs cathédrales
Mordre le vitrail
Aux couleurs
Fatiguées

Je tiendrai Joszef dans mes mains
Comme une eau qui dort
Et qu'on ne brusque pas
Qui dort et dont on lit
L'enfance des sommeils.
Et tu croiras toujours
Que c'est un homme en fer
Quand il est de brume
Tu diras que tu l'as vu
Tenant le marteau ou l'enclume
Sur le drap rouge de l'Histoire
Tandis qu'il tenait la plume ;
Tandis que le tenait la faim
De ses vingt ans.

Je te dis adieu, déception, adieu petit prénom fortuit, adieu androgyne sans couilles.

Et de voir prendre forme cette gifle, de donner à ce geste d'écrire qui m'échappe une paume et d'y sentir pousser les doigts, aiguilles de chair, qui te piqueront. Je regrette de n'être pas malade pour qu'au bout de mes épines de peau et de cals, je t'empoisonne.

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10 avril 2010

Tu ne peux plus m'aimer et pourtant tu ne peux m'oublier

Et soudain
Je me
Souviens
De mes dégoûts

Tu n'as nulle part
Où venir
Dans mes bras.

Tu avais les yeux qui donnaient la lumière ;
J'aurai toujours ceux qui la dévore.

Je ne me souvenais pas
de l'ennui de toi
de tes pas
de tes mains
de gênes
où dans tes paumes
coulaient
la cacophonie
Des cacographes

Ta vie
Est une fatigue
Qui m'ensommeille.

De toi je ne me souvenais
Que
Des ellipses
de carmin
que
des paraboles
de cyan.

Je t'ai souhaitée hier
Toute la nuit, quand j'embrassais
Une bouche de cornaline
Qui bruissait
Se froissait
Comme ta peau
De capeline
Quand
D'envie
Meurtrie
Je serrais
Ses seins
Sur mon
Torse
Je voulais
L'ombre
De
Toi
Pour
Suffoquer
L'absence
de
Toi.

Je t'ai rêvée, je t'ai souhaitée, je murmurais ton prénom, comme une petite prière qu'on fait avant d'aller à la guerre. Guerre de muscles, de chair, où il pleut. C'était une femme qui était venue de ce pays où tu t'uses les jambes, et qui me mettait la mousson sur les doigts, dans les draps.

Maintenant je couche les filles dans ma chambre, et je leur dis de faire du bruit.
Ca m'empêche de jouir.
Un jour je tuerai
Tu sais
Une fille
Qui aura joui
Je mettrai
Pour la tâcher
De
Foutre
Mes mains sur son cou
Pour étouffer
Non son souffle
Mais sa voix
Qui contient
L'oxygène
Et
Elle succombera
Entre mes
Bras
Trop
Maigres.

Ô mon amour
Je ne t'aime pas.
Ô mon amour
Laisse moi te ranger
Avec les pièces
AVec la reine, le roi
Dans les échecs.

Tu m'ennuieras toujours
J'ai trop de fièvre
Pour un seul
Corps
Je te briserai encore
Demain
Je ne sais faire que ça
Ta peau de verre
Ta cape d'angelôt
Dans le matin, les cloches
Qui sonnent
L'angélus
et sont
Des
Mots
Blessés.
Je ne suis chez moi
Que dans la douleur
Et le bruit
De l'enfer
Qui monte
La plainte
Qui longe
les os
qui cassent
La soie
Déchirée
Lange
Funeste

Tu sais qui je suis ?
Quoi je suis ?

Où ?
J'habite un vertige
Tu ne peux pas y entrer
Tu as trop de colère aujourd'hui
Pour les sphynx
Les oracles
Les vandales
Tu ne peux pas entrer
Et ma solitude
suce ton ombre
Bleue
Comme Chopin.

Un lambeau de souffle
Une respiration manquée
Une aile brisée.

Je suis la Belgique, deux régions ennemies.

Je m'allonge, et je l'allonge
Je grandis
Parce que
Je
Suis
Une
Ombre
Qui s'allonge
Sous la lumière
Qui lui arrive
Ses degrés
de Chaleur
D'angles
Morts
Et Obtus
Qui déforment
Ta voix
Claire
Et aiguë

Mon amour.
Si tu me vois,
Si je te vois
Suce moi
De ta bouche orpheline
De tes larmes opalines.

SI je te croise dans les rues
D'Paris
Suce moi
Mets moi.

Avale moi.

Parce que nous ne sommes pas des mêmes réalités, nous évoluons dans des dimensions qui se croisent, se remplacent, mais ne se mélangent pas.
Tu es l'eau bleue, calme, transparente ; je suis l'huile brune, épaisse qui s'embrase sur les reins de feu.
Et-Tes-Rots-Gênent.

Tu sais.
Ton noir.
Je te l'évapore.
Comme ma vie.
Comme ton bleu
Comme tes larmes.

Et les souvenirs coulent
De la mémoire blessée
Ton souvenir s'écaille
Sèche, et fane, il remplit les bouquets
Sans odeur, les bouquets où le sang
De ton absence, déjà, a coloré les fleurs
Blanches.
Comme les joues d'une enfant qui flâne.

Je t'aime
Et tu sais
Je crois que je vais mourir
Pas tout de suite
Pas demain
Juste bientôt

Je vais me jeter sous les rails
Parce que je n'en peux plus
Que d'entendre l'existence
Qui a un bruit de machine
DE wagon, de mécanique
De rouages, de prison
Ma vie est monotone
Comme le chant du métro
Qui la broiera.

Ca fera, crac, et ça ne se giclera pas.
Mon sang est sec.

Je vais mourir.
Je vais dire une date
C'était quand ?
En mai
Le 17
Pour qu'il n'y ait plus jamais
De printemps.
De fleurs
De lilas
D'amour
Qu'il n'y ait
Que des automnes
Des journées grises
Et des pas dessus
Qui les feront craquer
Ces journées là
Seront des feuilles mortes

Pas de fleurs, pas de pleurs, pitié, juste des feuilles mortes en bouquets, en couleur, des feuilles jaunes et veinées.

Je m'en vais pour toujours.

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31 mars 2010

Aux petites choses

Avant de s'anéantir
Les étoiles
Brûlent
Désespérées
Comme un amour
Qui s'en va
Mais qui s'embrase
Dans les bras
D'un amour
Qui ne s'en va pas

Et cet amour
(Qui demeure)
Pareil à un ciel
Aux étoiles déchirées
Gomettes qu'une bouche d'enfant,
Rose et vivante, avait posée
Que des mains aux formes d'adieu
Grattent et
Décollent.

Cet amour
Pareil au ciel de
Florence
Fronce sa peau
Noircie
De fleurs
Et d'épines
Et pleure
Les amours
mortes.
Comme le ciel
(étiolé)
Pleure
Les étoiles éteintes

395/

Et sur ton ombre j'ai replié les bras
En cherchant les contours de ton corps
En imaginant tes lèvres.
Demain, je les oublierai, je baiserai en vain
Le souffle qui les fait naître ; l'alizé des soupirs
Du fantôme de toi.
Ma Maudite.

Sur ton souvenir j'ai tracé des pays
A la craie rouge, aux parfums de nulle part
J'ai cherché dans l'identité la différence de ton odeur
J'ai remué des pavés, fouillé le fond des révolutions
Pour avoir sur les paumes un peu de ton prénom
Qui s'échappe d'un conte, d'une histoire, d'un poème
OU
Les cristaux des voyantes
Semblables à tes yeux
Troublent le passé.

(Pour avoir un peu de ta saveur morte dans le ciel
Pareille à l'étoile bleue qui s'est éteinte, et s'éteignant
Gèle les galaxies, les coeurs des amoureux épris
Tremblent.)

Je t'ai écrit dans ce que tu liras bientôt,
Quand la poste fera son office, à trainer
Eboueur des poètes,les déchets de mes nuits,
Que tu as peur la nuit ; que j'ai froid la nuit
Qu'on ne sait plus bien quand nos corps se désunirent
Qui frissonne de peur ; qui frissonne de froid

Mes mains ont bleui, ce sont des taches de vin
Posé sur ton corps de nacre
Que le blanc des draps décolore.

Tes cheveux sont des algues de tourments
Qui nouent entre eux les rondins
des radeaux
Et noient les fuyards aux adieux prononcés.
Tes lèvres sont des anémones qui s'enroulent
Sur un squelette de fer, et se déplient
Comme un drapeau qui claque
Pour étouffer mon murmure.
D'adieu.

Tu es un piège de pâleur,
Un piège assiégé d'hiver.
Sur le ventre, et sur lequel je coule
En blanc, en clair, tu m'as appris
A pleurer en couleurs.
Seulement je ne pleure pas.

Tu es un caillou froid qui borde le rhin
Et tes reins sont le courant
qui jettent en leur sein les mains des amants.
Je ne sais plus de quel côté est la nuit
De quel côté est le jour
Alors je marche sur le bord de l'horizon
un jour aube, un jour noir
Je suis debout sur un trait de lumière
qui brunissant
M'enterre.

Et je m'en vais.
Je te laisse mon ombre
Que tu attacheras à un autre.
Avec tes boucles de ciel
Avec tes algues d'ombre
Tu en prendras un autre
Qui jettera l'ancre
Sans pouvoir la lever
Au fond de la vase
Noire comme le fond
de
L'Univers
Où se voile ton coeur.
(Un autre
Qui sera un souvenir
A t'attacher au cou
A faire une perle d'oubli
Un diadème
Pour danser.)

Dans la nuit tu trouveras des corps
Mais tu n'y trouveras plus
L'amour.
Qui, pareil à la mort,
Enfante dans le ventre du poète
Les vers.

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29 mars 2010

A.

J'ai la poésie de Desnos qui fait des miracles dans mes abîmes
Qui les écarte, ces failles du verbe, qui y engouffre
Le vent, les alizés, l'odeur indistincte de la mer.
Je pense à toi, je te dis, A., que je m'ouvrirai les veines
Pour mettre sur ton ventre blanc, un peu de mon sang.
Oui, comme une bouteille d'un vin sacré, qu'on brise
Et qui tâche la nappe des noces, et des festins
Avec le verre qui coupe les doigts curieux
Comme la bouteille qui imprègne toute la joie
Qu'il y avait dans les pas des danseurs,
Sur la robe de la mariée
Je serai cette tache de sang
Sur ton ventre blanc
Sur ton corps
Transparent
Sur tes
Nerfs
Invisibles
Je serai,
La blessure, le fantôme au milieu des fantômes qui mangera ton ombre, avec les doigts courbés comme des gouttes de pluie.

Je cherche ta bouche, A., ta bouche qui bleuît comme les lacs
Que l'hiver gèle, comme la neige qui pare les sapins verts.
Tu sais. J'ai la chaleur d'une étoile qui s'en va, j'ai sa couleur
Rougeoyante.

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22 mars 2010

Amours mortes

Je cherche des bras
qui me tiendraient chaud, pour toute la vie.
Comme ça n'existe pas.
Je tue.
Pour qu'à la crémation,
j'ai chaud.
Rien qu'un peu
De chaleur humaine

Posté par boudi à 03:21 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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