03 juin 2010

Le roman sans titre.

Elle défaisait dans cette pièce ses cheveux à l'odeur de printemps et de lilas. Et d'avoir si fort cette odeur, le couloir devenait de lilas et de printemps. Dans son sommeil, j'ai tiré les tiges fragiles et les pétales odorescents. J'en embrassais la saveur lourde d'absence, la brise de printemps qui en moi faisait un poumon perforé ; un soleil d'émeraude étrange. Je partais dans ces rues qui sentaient l'urine des statues de bronze et de torture en emportant le printemps. Ces statues qui avaient été posées là par l'Histoire, un jour d'alcool ou de fièvre, pour se souvenir de la fureur des hommes qui désirent la marquer. Oh pauvre esclave, l'Histoire, pauvre esclave invincible, qui traverse dans les chaînes d'orgueil les existences de ses amours.
Ils ont voulu l'avilir ou l'honorer. Et qu'importe, elle les a tous enterrés, ces hommes, et elle en baise le front sur Paris, place de la concorde, quand elle voit des autos embouteillés qui forment le bicorne de Napoléon, où les marches forcées de César, elle rit l'Histoire de toutes ces femmes qui la défièrent dans la grâce, de Trébénéïa -brûlant d'or- qui voulut la gloire et n'en supporta pas la lumière, qui se tient debout sur le ventre de l'Histoire, a une petite place, un minuscule éclat comme les muses, les Chimène, les Roxane, à l'étroit dans des poèmes, toutes celles qui ont des points d'argent dans les cheveux, des cendres de diamant à la lèvre. Petites lépreuses, dit l'Histoire à son scribe.

Je pars. Il est l'heure, que l'ennui cesse enfin. J'ai dîné, tout de même, j'avais vingt ans, je ne les ai plus, j'en ai donné un morceau -la moitié- à Tina, à Tina qui me jouait avec les doigts Chopin, qui en cherchaient la note bleue pour se la mettre aux yeux, en faire un fard, de la note, et la maquiller, et la voir danser de cyan, d'azur, enfin, de tout ce qui peut rendre vivant.

Tina avait trop de nuit en elle ; trop d'années aussi, à nier qu'elle était née furieuse, fumée, ombre, tout ce qui de la vie est bouleversé. Les torrents, les tourbillons, les tornades, la Terre vue du ciel quand les nuages se massent et forment une étoile sans pointes, une simple trace de vie, forme engendrée par l'Univers un jour de colère.


J'étais trop pauvre d'abord pour voyager, pour découvrir les
continents et me prêter/m'offrir un destin d'aventurier, de marins à la bouche édentée et aux gencives énormes du scorbut ; il me fallait commencer en d'autres voyages, d'autres découvertes, des bateaux de fortune, des radeaux instables. Mes haines justifiaient ma lâcheté. Je crachais au bourgeois l'argent qui pouvait lui offrir tous les courages, tous les départs dont le crédit faisait un fil d'Ariane. Ces cris de haine paralysaient mes départs.

J'ai commencé autrement.

Je vais chez R, A, V, C et dans cette géographie d'initiales, de prénoms, il y a du voyage. Chacune est un État dirigé par un tyran derrière sa porte, celle de ses origines, de la rocaille de la voix, du r roulé qui tombe comme la mer sur le torse des bateaux, comme la pierre de l'avalanche dans les chemins qui montent au ciel.

De Frida, c'est l'Allemagne, les bottes en caoutchouc, et le pas haut des soldats, les frontières qui s'en vont et, plus loin que les frontières, c'est l'Histoire qu'elle forme dans ses yeux, dans sa voix, dans la langue « oh encore un souffle, dis moi « Guerre », et quand elle prononce Krieg, je vois dans le ciel des armées sortir des souffleries du ciel -d'éclair- se fendre les côtes, je vois, je vois oh, une cerise sur sa voix qui se tait et disperse les images. « Annexe-moi ; Anschluss » et je l'annexe. Toutes ces ombres d'Histoire. Il y a Nastasha au prénom de tsarine, à la peau blanche, et quand sa voix tombe avec son geste qui monte, quand elle me raconte au milieu des cendres du jour -la nuit- le bruit de départ que firent ses parents quand ils entendaient la rumeur des Révolutions, quand elle devenait la voix du peuple, la Révolution je crois que je cherche à la tuer, à lui faire chanter l'Internationale dans chaque cri d'extase que je lui arrache. Chaque porte est un pays ; et chaque pays un instant. J'ai mille États souverains, des qui ont disparu même de la géographie officielle et survivennet dans le souffle des historiens, je cherche avec la main, quand j'embrasse Songul, l'empire Ottoman, et je ne trouve sur le Bosphore que la Turquie, je ne trouve dans les Balkans qu'une nuée de petits États plus faibles que mon biceps.

Putain.

J'ai faim, il me faut trouver quelqu'un où m'inviter, quelqu'un qui sera heureux de me recevoir, qui dansera. Je vais appeler Guillaume, je vais le visiter, avec son nez qui s'allonge toujours plus que son sexe. C'est un être désincarné, il est science -et donc juif- parce qu'il est presque verbe. Le verbe est un cartilage, une articulation, le verbe c'est tout ce qui n'est pas comestible de l'être humain, tout ce que l'animal affamé jetterait s'il découvrait un homme dans sa famine. Et Guillaume n'est que ça ; intelligence sans corps, un adjectif : génie. Pas autant que moi. Moi, les mains des êtres me traversent quand elles le caressent. Mais Guillaume, Guillaume va me donner un bout de pain, et ce bout de pain, de mon corps transparent risque d'échouer sur la place Attila Jozsef, de me traverser.

J'ai mes vingt ans qui ne sont déjà plus vingt à offrir à des mères qui n'en veulent pas ; et si personne ne les nourrit je les avalerai pour en digérer vingt de plus. J'ai vingt ans qui s'épuisent de froid dans des parcs, des avenues, et se lassent d'être libres s'il faut avoir faim. J'ai vingt ans qui ont la tuberculose et crachent du sang sur les peaux de celles qui n'ont rien à m'offrir qu'un peu d'Histoire, une miette entre les dents.

Je vais rencontrer d'autres passés dans les rues.

Tiens. Salut Mikhaïl, il me raconte, comment il a la bouche plein de musique, et dans son pas lourd je vois qu'il a échangé la danse, je vois sa cuisse gonflée, je vois son corps qui grandit, je vois tout ce qu'il a éteint de lui-même pour être si plein de ce chant. Il n'a pas trouvé Wagner : il en serait revenu ébloui ; il n'est que bruyant. Bruyant Mikaïl, qui me dit, ce qu'il a visité de femmes et d'hommes, et tant qui l'ont aimé. Les hommes comme un orgueil de plus, qui viennent s'ajouter à ce qu'il pourrait appeler « morale hésitante » et qui est déjà trop morale et n'a d'outrance que de bégayer assez pour refuser la vertu. Elle ne dit pas « oui » au vice, elle n'a seulement pas le temps de dire « non » à orgie, qu'elle l'a déjà pris, et qu'elle danse sur des tables minuscules, avec les bras d'envie, avec les seins de luxure, et paresse est sa morale, et tous ces archanges noirs dont il me conte les baisers.

J'ai faim, et ma faim me fait briller dans le noir, elle me rend visible à tous les passants qui s'inquiètent d'un être pareillement phosphorescent. C'est que je brûle, regardez moi, regarde-moi, toi qui ne brûle pas, comment c'est d'avoir vingt ans et d'avoir faim. Regarde, comme j'ai faim, regarde comme mon ventre est rond de désir pour toi, comme il est prêt à se vendre, comme mes vingt ans peuvent t'offrir leur jeunesse pour un lit, un drap, pour un chiffon, pour un os à moelle. Laisse moi goûter le sucre qui coule à tes pieds, qui baigne ta bouche, qui s'égare dans la ville. Je vois le jour qui grimpe dans ces traînées de sucre qui y scintillent.

Et cette faim, ce bruit, cette voix, tout ça est mythologique, je veux dire la mythologie c'est l'habit de lumière de la réalité, c'est la croyance, la mythologie, c'est son obsession, son évidence, c'est la peau noire de l'esclave ; la jaune des mathématiques. La mythologie, c'est la poussière et le fracas qui nimbe la balle qui s'échappe du pistolet, c'est le cri que pousse l'agonisant, c'est tout ce qui est hors du corps, hors de l'Histoire, c'est tout ce qui prend de la place dans la bouche et n'en occupe pas dans la mémoire. Ce qui la sépare de l'Histoire, qu'elle nous habite le corps et abandonne l'intelligence. La mythologie, c'est la beauté du monde, c'est ce qui lui permet de durer, c'est enfin, quoi, la musique qui s'est soudain levée comme un vent pour porter les tambours de Napoléon et prendre Arcole ; c'est celle qui s'éboulait -soulevée par les Walkyries- sur les corps des génocides. Celle dont on se demandait, pourquoi elle ne s'est pas tue, pourquoi l'horreur l'a tant nourrie, pourquoi elle avait faim de drames, la misère, de violences, d'âmes brisées et de corps décomposés. Pourquoi la musique -l'art- est un tel charnier.

J'ai faim, je vois Anne pour. C'est déjà fait. Elle me met les yeux sous le nez, et me dit « regarde comme ils sont beaux » et elle adore ses yeux qu'elle montre comme des boucles neuves, comme deux immenses vanités. Ses yeux ce sont deux pierres bleus, des opalines, minéraux morts ou alors  cristaux de voyant. Je n'ai rien vu, d'avenir, de passé, d'émotion dedans. Elle me tend les yeux, et c'est comme si elle les caressait, ses yeux, comme si elle me disait touche comme ils sont doux et profonds,on dirait des sources -taries. Et je lui rétorque amusé, que la seule profondeur du monde est le sexe des femmes. Mais elle insiste, elle veut que je lui touche les yeux comme les hommes touchent, que je dise la naïveté.

Je ne l'ai pas dite.

Je préfère les prostituées, elles sont muettes. Muettes comme un criminel. Je crois que c'est ça, le crime rend muet. Il censure la parole inutile, puisqu'il y a un geste, un acte, ô un acte sublime, qui suffit pour parole.

J'attends le criminel qui ne parlera pas mais dont on saura qu'il a voulu parler alors qu'il assassinait, violait, pillait lorsqu'il s'est mis sous l'ombre de la Cour d'Assises qui finit toujours par s'étendre assez pour coincer la fuite avec l'aide du jour. Je veux qu'il dise qu'il voulait parler, mais qu'il était trop lourd de crimes, qu'il l'avait déjà en lui et qu'alors il ne pouvait rien dire, que sa bouche, refusant d'articuler, ne pouvait que mordre.

Je veux l'entendre -sans un mot- indiquer qu'il devait parler et qu'il devait le faire de tous les moyens, par tous les gestes, qu'il devait soulager son muscle du crime qui le tétanisait.

Alors il a tué. C'était sa voix. Ce geste. Son langage de signes.

Qu'il dise ça, enfin, sans un mot. Et que je l'entende.

La parole ne sert pas les gens beaux, qu'ils ouvrent la bouche pour lécher, embrasser, ce sera bien assez pour ceux que la poésie a déformé ou que la fortune a élevé. La beauté, chose muette, statue, qui jonche les jardins de rois.

(La belle bavarde)

Elodie, est une femme dont on se demande pourquoi elle n'est pas née en marbre ou figée dans le bronze qui moulait parfaitement son corps. Pourquoi merveille de chair et de formes était capable de mouvement, d'abandon et d'exercice -factice- de volonté ? Son corps ne devait être rien d'autre qu'un objet posé sur son socle de pierre -désir des hommes, qui traverserait le temps dans sa matière brute, dans son cristal primitif et éternel, dans la nuit blessée qui y coule comme une bouteille d'ivresse cassée sur son crâne, et ruissele de sa beauté violente. Ce devait être une autre nuit, une nuit basse, qui monterait de la Terre, tandis que la nuit haute y tombe. Elle devait être fleur -rose et pissenlit- mais se pensait humaine, croyait aux choses du bonheur, aux bassesses que sont les yeux des garçons, abandonnait vertus et vêtements dans des draps -mes draps- jusqu'à en devenir spectrale/vieille. J'ai connu sa peau et  mon cou a gardé la brûlure de ses lèvres. Elle était puissance et toute sa puissance était corrompue par ses tentatives d'esprit. Son humanité l'avait avilie. Quoi qu'elle fut elle a fini de l'être. (ici=gangrène ?)

Le crime dessine des muscles et sublime ; le remords défigure. Combien j'en ai vu d'amoureux, les jambes nouées à la place de l'accusé ? Combien sur ce trône, sis dans la majesté qu'exhalaient les regards réprobateurs des curieux, qui abdiquaient dans l'aveu. J'ai vu la couronne lourde leur tomber du crâne et l'hermine leur glisser des épaules, j'ai vu leurs traits se creuser, j'ai vu que le regret était la première ride dans la beauté et la beauté -qui n'est beauté que parfaite, inaltérée- était fatalement atteinte par le sillon (peut-être décomposée, lèpre, ou autre chose, qui défigure, comme l'empoisonnement aux radiations, quelque chose dont on peut dire qu'il fait «  tomber le visage » qu'il rend « humain », filer dans l'idée qu'il y a de beauté que dans tout ce qui n'est pas humain, que les plus beaux ont la cruauté des animaux, des plantes, des prédateurs, qu'ils ont leur appétit)

(intégrer mon truc sur mes yeux de bile ici qui recouvrent le monde)

Les avocats de la défense, quand le criminel avoue, ont un geste d'humeur qui n'est pas celui- vulgaire- d'avoir perdu une affaire, d'avoir taché une réputation ou envoyé en enfer un innocent mais celui de n'être plus amoureux, d'avoir aimé une grâce qui était faiblesse, faille que le juge, frappant de son marteau, fend. Les avocats ne défendent pas des clients mais des amants.

Je vais aller voir des criminels, des rangées, légions, bougres et bougresses, raides de principes et/puis voûtées de gloire. Ceux qui ont des trésors de papier journal ou, pour les plus agiles, de photographies en noir-et-blanc du jour où le jour les a révélé, où la nuit, lasse, a cessé de garder leurs corps et ceux dont on a trouvé aucun corps, que la justice a poussé d'une main plus faible en prison -et qui savent la séduire, de leurs muscles toujours là, qui lui remontent le bras, en baisent la main, et bientôt recommenceront.

Je veux visiter des prisons, m'égarer dans ce « corps social » où chaque être est déjà une cellule, je veux voir ce bâtiment gris qui fait un automne/une aumône à la ville où il a poussé, et toutes les caresses que s'adressent les prisonniers, ces caresses où personne ne fait la femme, mais où l'un des amants fait le mort. Comme les prostituées que j'aime tant de leurs silences qui se disloquent en autant de larmes, ces larmes qui ne percent pas, qui ont durci sur la peau, pour en faire une autre peau, douce mais rugueuse, à laquelle s'accroche les mille envies du monde.

Je suis en prison, dans mes nuits, et je sens la brutalité vile d'un homme trop grand, trop imposant, et je me sens fleur qu'abîme le gland qui chute de l'arbre, qu'écrase le pas sauvage. J'ai peur de sentir son envie qui traverserait la réalité. Peur, de sentir le sexe qui se dresse, peur que tout ça devienne une histoire, où le sperme lactescent qui jaillirait me crèverait le poumon et m'asphyxierait le coeur.

Je n'aime pas les hommes ; je désire des criminels, je désire ceux qui sont jetés là par la vie ou même parfois, par la seule pulsion primitive d'être nés siamois avec ce crime qu'ils ont attendu de réaliser, et qu'ils réalisaient déjà dans l'imagination, qu'ils ont commis cent fois d'un plaisir décroissant. Combien d'images et de corps fantasmé ont péri dans leurs bras avant que ne s'abattent le premier corps, avant que ne s'écrase la première victime.

J'essaie de leur ressembler parce que je voudrais être beau, j'essaie de me distinguer, de me farder les yeux de petits brouillons de crimes que sont les ruptures brutales, les adieux cruels, que sont les départs en sursaut des corps amoureux. Souhaiter avoir le poing qui serre un crime qu'on ne montre pas.

Je n'ouvre plus les doigts, je ne montre plus ma paume, parce que s'y tient un crime, que j'étouffe, et s'il se libérait, s'il venait à percer, à montrer son dos, ses épines au jour ferait tourner trop de têtes, évanouirait trop de corps. Je le chéris, jusqu'à ce qu'il dévore/crève ma main, que le crime m'honore de sa première souillure.

C'est ce qu'il faut dire au procureur qui énumère les victimes comme un mauvais comédien, c'est qu'il en manquera toujours un, que la police lui a remis un mauvais manifeste, que le décompte est erroné, il me manque « moi ». C'est secouer la tête en entendant le silence qui suit la prononciation du dernier péri, et reprendre avec tendresse ce pauvre acteur de boulevard. Lui dire « ce n'est pas grave ».

Et les criminels s'ils avaient encore une voix, une parole, le dirait. « Je suis le premier sang, la première blessure, la première plaie de ce crime qui gémissait en moi. Il faut le nourrir ce crime, celui dont on est enceint, qui jaillit de nous, plein de barbarie. Devrait-on laisser mourir de faim son enfant pour sauver l'humanité ? »

Il faut désirer.

Mais ces nuits s'épuisent ; et je m'endors la paume serrée sur un secret, le ventre tremblant contre le corps d'un prisonnier.

Aujourd'hui il me faut visiter un ami, savoir combien il me doit, recouvrer toutes mes créances pour partir, pour visiter la Hongrie et avoir faim et apprendre cette langue qu'un peuple fit sienne en entendant le diable tomber du ciel. J'accumule des centimes, des petits océans de monnaie qui se cherchent des affluents impurs.

Je pars. J'ai mes vingt ans, quelqu'un là bas en voudra, ou bien au moins de mon accent français, ou bien au moins de mon élégance, ou bien au moins, parce que j'ai un cul et une bouche, je n'aurai pas faim.

Je vais voir les amantes, avant, je vais m'habituer aux voyages, à l'Histoire que je connais de ces endroits, de ce pays qui se tenait -jusqu'à mon départ- derrière cette porte, rue Gallienni, Kristina est hongroise, et je vais savoir le bruit lourd des Csikos -qui sont déjà une poésie- dans ses mains qui m'attraperont le ventre, dans ses soupirs, dans nos corps mutualisés, dans ses cris. Dans quelle langue elle jouira ? J'en apprendrai les mots,  les sons, pour quand ce sera mon tour, là-bas, de jouir. Kristina s'endort ; le rouge l'abandonne avant moi. On dirait une morte. Une petite fille que le sommeil éteint, un néon essoufflé. Je lui murmure des mots doux ; puis des mots durs. J'attends une réaction, d'être sûr qu'elle est déjà plus loin que la réalité, quand je m'en assure, je me lève. Je fouille ses poches. Il y a des restes de panique dans mes gestes, et c'est pourquoi je me suis allongé sur son flanc, pourquoi j'ai souillé de vomissures son corps d'aube, pour apaiser mon corps, pour épuiser dans sa bouche tous les bruits qui me révéleraient. Les crimes se commettent de nuit parce que le noir va mieux au criminel. Je compte l'argent, fragmentés en pays -c'est un premier voyage- pounds, dollars, yen, yuan, dinar, pesos -et des taches de sang- les bijoux, je vole les diamants et tout ce qui brille -ce qui m'évite de lui prendre ses yeux. J'ai les poches pleines d'elle ; ses reins plein de moi. « Ô Balances Sentimentales ». Premier pas dans le crime, au nom doux à l'oreille : « délit ». Je fouille, je cherche, je racle, pour des trésors ici, une richesse, quelque chose qui luira, fera un plastron quand la faim tentera de me fendre l'estomac, quelque chose qui me rendrait immortel et vivant si je n'ai nulle part où dormir, si les bancs se dérobent, et que la prison me refuse son étroitesse. Je cherche une noblesse, une distinction. Un solitaire, là, pour manger, une chevalière frappée de grandeur. Oui. J'ai le corps mou de l'or chauffé pour que s'y impriment tous les blasons du monde...

Je suis obsédé par l'idée d'exister. D'apparaître au monde et m'assurer de n'être pas impropre à la réalité. C'est pourquoi il faut fréquenter dans les endroits de la foule qui pense faire du bruit et ébranler le monde quand elle y bruisse. Je couche avec C, que j'ai rencontré chez G., et le craquement qu'elle produit sur mon corps me fait penser à celui des feuilles mortes que je foule. Elle est l'automne sur lequel a marché l'hiver. C, A, V, F, D, sans poésie, ni musique.

Ça me facilite le silence, l'absence d'aveux, de commettre un crime dans une langue que je ne parle pas. J'ai la bouche cousue de l'assassin ; ouverte de l'affamé. J'ai trouvé cette noblesse chez Pauline à la bouche si close qu'elle ne s. pas.

Anthony, que j'ai appris dans le bruissement des foules, est le seul que je peux évoquer sans l'odeur de dégoût qui émane de moi ; sans l'odeur de désespoir qui émane d'elles. Il est une image de la sainteté en tout ce qu'elle a de naïve, de grand, de tendre. En tout ce qu'elle a d'immaculée, comme si toutes la sournoiserie du monde ne pouvait l'atteindre qu'il errait là, dans le monde, avec un corps qu'il savait expérimenter, mais sans que jamais, ce corps ne devienne une trivialité qui justifie la déliquescence. La malice du monde lui glisse sur l'âme comme les mains de l'homme sur le corps saphique. 

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30 mai 2010

Walkyries.

J'aimerais déposer mes mains sur tes hanches qui y feraient comme une hanse ou un vase d'où s'éleverait ton corps en fleur magnifique, en rosier bleu et blanchissant dans le jour. J'aimerais y poser les doigts qui feraient dix griffes, dix marques aux tailles différentes, dix traces de peau et de muscles où s'abandonneraient, brisés, mes abîmes sur ton abîme.

Quand la nuit tombe au hasard sur ma peau, qu'elle masque mon visage, qu'elle y fait une capuche aux allures de cataclysme, quand les garçons me parlent et que les filles -comme la nuit- se coulent sur ma peau et y durcissent, je pense à toi. Quand A. me prend la main, et la fait pleuvoir sur ses cuisses, et remonter en vapeur de paumes, qu'elle érige entre le monde et nous des murs et des serrures, je prends peur. Soudain. Quand sa peau brunit sous la lumière d'un lampion mon corps y disparaît, j'ai la main qui la touche sur ses vêtements, et la main qui sue son crime, sa haine, et sa honte, j'ai la main qui tremble de peur plus qu'une fille qui jouit.

Hier, quand tu m'écrivais ton drame, quand tu m'écrivais l'immonde que la nuit avait gémi près de toi, j'allais coucher avec une fille, et sûrement la faire plus jouir que toi, et sûrement y être maladroit, avoir le corps du marbre des statues, des tombes ou de palais, enfin le marbre dur, viril, agressif, qui brille, réfléchit où sémillent des lumières pâles et tremblantes où s'y découpent les extases à venir. Je n'ai pas pu, parfois c'est comme d'avoir une morale en plus de toi, une morale qui serait un autre être de moi, une entrave, une maladie qui enraye le geste, qui le stoppe avant qu'il soit définitif. J'ai eu peur, ou j'ai eu honte, et je suis parti, alors qu'elle me tendait de quoi protéger nos vices, de quoi ne pas trop les répandre, de quoi en faire un peu de l'immobile d'où grimpe l'odeur que j'associe au drame. Je ne pouvais pas la baiser alors que j'avais le sexe encore plein de ton odeur, je ne pouvais pas la baiser alors que j'avais sous les ongles des restes de peaux mortes, des carcasses de cheveux qui s'y dégradaient en paix.

Tu m'as rendu impuissant, et de cette impuissance j'ai un rond de latex comme souvenir et le mépris de ces yeux. J'aimerais savoir te faire l'amour comme je baise les autres, comme Lucie me rappelle l'éternité que sont mes instants de rage, quand elle m'écrit « baise-moi le temps d'un film » et que je la baise le temps qu'Hamlet meure, ou que le vent se couche sur Londres. Je n'ai jamais su avec toi, je ne saurai jamais, mais tu m'as rendu impuissant, alors j'aurai des excuses pour les extases moyennes, pour ne pas me sentir et jouir, et venir. Quand j'éjaculais en toi, hier, je ne jouissais pas, il y avait moins de cri, de parfums, de vie, que de soulagement dans ce liquide, c'était comme de saigner, de fuir en toi, sans contrôle, mon corps n'était pas mon corps, et je n'ai rien senti de sexuel, j'ai senti ta peau contre ma peau, j'ai senti ta chaleur et un peu de ta déception, mais c'était bien, et c'est tant pis pour l'orgasme pour le tien, pour le mien, ce sera dans une autre dimension, où mon corps est mon corps.

Quand j'écrivais la nuit et que tu visitais les caves de ton inconscient -mer de la conscience, qui recouvre la grève- je finissais par « réconcilie mon corps et mon être » et je croyais que te faire l'amour y suffirait pour les rassembler, pour défaire l'immortelle blessure d'où je me perds. Ce sera un peu plus compliqué.

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18 mai 2010

Luxure.

J'ai eu besoin de te chasser pour avoir à te réclamer. De te mettre hors d'atteinte de mon ombre, de mon sexe, et de mes doigts. De tout ce qui de moi est fleur, jardin et odeur, de t'éloigner de corps qui se brise en tige fine et parfumée, en suavité comme une femme de légende changée en roc sur la proue d'une île, et qui se brisant laisse apparaître des mondes aux contours de troubles, aux visages émaciés, où l'on se croirait dans tes temples de barbarie, où les flutes ne jouent que des marches funèbres, où l'on mène des peuples en moi, et les menant en moi les accompagne au charnier. Comme les larmes qui ne crèvent pas encore et se tiennent au rebord de la paupière sont un funambule transparent de grâce et d'hésitation, comme le condamné à mort qui attend sur les barreaux de son cachot que le verdict lui tranche la gorge, lui empoisonne le sang, lui brise la nuque ou bien lui leste de trépas les poumons, je t'attends.
J'ai besoin de te chasser pour avoir un peu mieux la cicatrice du criminel qui me part du cou, pour avoir de toi après que tu sois devenu un crime, crime majestueux, fille rose devenue blanche morte par le secours de mon être, en poussières de cristal, en brume, en souvenirs. Tu es, non la blessure que fait la balle qui s'anéantit dans le corps de l'assassiné, mais la poussière que soulève la balle, l'araignée de verre qu'elle laisse dans le miroir, la tâche brune, l'odeur de chair brûlée, le bruit du cristal qui tremble, du vent qui secoue, enfin, tu es un ensemble de choses qui se tiennent avant le sommeil, dans ce pays où tout est inconsistant, meuble, boue diamantée qui gicle sur le visage du rêveur, où tous les objets sont des mollesses, faits dans la matière du songe, avec un corps de fantôme abolissant tout désir, toute envie. Où l'on porte ses lèvres sur des monstres de vapeur, où l'on baise des souffles, où l'on aime des voix.

Tu n'es pas quelqu'un, et de ne pas être un individu, tu te confonds avec l'obsession, jusqu'à y prendre toute sa place, à remplacer dans mon lexique, mes définitions, mon dictionnaire, son mot, son terme, son évocation et sa puissance, tu y es installée comme la fièvre dans le front du pestiféré, tu as un empire de verbe, d'un verbe, qui se conjugue qui s'allonge, et où tu peux montrer tes jambes blanches, ta chair de peu, où peut tourbillonner toute ta salive, tes glaviots -tu voulais être, dans une autre vie, un homme, un bandit- qui forme dans le ciel une constellation où s'attache d'autres étoiles, planètes, cailloux, enfin cosmogonie du désespoir. Ce désespoir est parent de fortune, il en a la souplesse, le bassin tordu comme une hanse, un ventre. Il enfantera des fils terribles, aux mâchoires de fer et aux reins de pierre, et l'on appellera "malheureux" ceux que ces fils de nuées frôleront. Ils embraseront ce qu'ils toucheront, non pour en laisser des braises fumantes, mais pour voir la cendre qui leur succède. Et ce désespoir engendrera de sa bouche féconde trois-cent ombres douloureuses qui envahiront un ciel bleu devenu bas, un ciel qui plongera dans la mer pour survivre aux taches de feu qui y montent comme un lierre sur un mur abandonné.

Dans le terme d'obsession, que tu recouvres de tes boucles blondes, où tes yeux bleus y soufflent comme un vent et y changent comme un matin. Dans le terme obsession il faut comprendre ce que tu as d'ignoble, et d'ignoble que j'adore, comme ces gens que l'on fusille d'avoir vendu leur pays et où le plomb fait des belles plaies d'argent, comme Tarpeïa qui donna Rome aux Sabins et qui mourut lumineuse écrasée sous le poids de son avidité -brillante- et de leur or -baume. Tu es dans ma mémoire comme le bijou dérobé que glisse le receleur dans la poche du saint et finit par la trouer de culpabilité. Tu es plus lourde en moi que le pistolet arraché de la ceinture du maton et qui pèse tout son poids dans la cellule du prisonnier qui deviendra l'évadé. Lourde comme le sceptre que tient la main butée de l'enfant-roi, et la couronne qui lui broie le crâne. Plus lourde encore que la souillure bénie dans la bouche de l'enfant de choeur, plus lourde enfin que la pierre décrochée du ciel qui s'abime dans la mer, où plus lourde encore que Christ sur la croix coupable, croix gémissante, terrible d'akinésie, et qui voudrait libérer ce corps dont elle s'est épris, cette chair parfaite, parfumée de dieu, et aux yeux de nuit. Elle ne peut pas, la croix immobile, abandonner ce corps sublime que des mains d'ange -anges sans sexes, désirs, passions, anges comme des formes impropres à la réalité, ont gravé dans un muscle humain, ont soupiré dans une vie, comme je ne pus abandonner le tien. Et mes bras dépliés avaient cloué les tiens, comme un corps changé en monstre de pierre et qui ainsi durcit figerait tes vertus.

Il faut que tu comprennes, l'âge, l'ambition te tordent la grâce pour te rendre belle, pour te figer en formes invincibles, en sœur d'éternité. Et ce qu'il y a de grand dans ce corps neuf qui craque de partout et qui fuit des yeux jusqu'au ventre -pour répandre le jour, c'est la main de l'assassin et le tremblement de l'innocent. C'est la peur de l'un et l'envie de l'autre. La crainte de la pureté et l'espoir du vice.
Mais tu ne sais pas que les barreaux sont des roseaux de métal que ma bouche sait courber, et où s'enroule tous les espaces, toutes les mains gémissantes, tous les gestes altérés. La poésie les incline, et libère tout un jardin de criminel, des roses, coquelicots, épigées, lys, sexes, pétales, flétrissure, étamine, enfin tout ce qui jaillit à fleur d'eau, là où poussent les tiges des cellules.

J'ai besoin de te mettre hors de moi, de mon ombre, hors des rameaux que font mes cheveux si les mains froides du temps les assouplissent, hors du poison qu'exhale ma bouche, hors des victimes qui partout jettent leur fine pluie et dont j'accouche sur des lits de pierre. Je tiens dans mon ventre une comptabilité de morts, d'incertains, d'êtres aux allures terribles que le vent balance -comme le criminel étourdi sous le prêche de l'abbé, et qui ont toussé leur agonie dans mes poumons, agonie dont je sens la caresse aimable.

Il faut que tu restes à la périphérie de moi parce que je t'étranglerai, et tu rejoindrais ces tombes que j'honore de souvenirs tous les matins et où j'espère traîner des amantes, un jour, et y déposer sur l'épitaphe des rires semblables à des chrysanthèmes fanées.
La vie est bien trop grave pour être sérieuse, pour s'endeuiller et ne porter que des volutes noires, des chiffons sombres qui digèrent la lumière.

Il y a quelque chose de fantastique aux photos que je prenais de nous malgré mon manque évident de talent. Elles sont l'érotisme, la sexualité, avec son désespoir et ses joies, avec son regret et son vice, avec ses taches et ses couleurs. Elles montrent le désespoir et la violence, elles montrent ton visage qui a honte d'être abattu sous des muscles, sous des os, sous la verge de l'autre qui durcit, et que ta faim ne peut t'empêcher de serrer dans la paume ou d'embrasser avec toute la bouche. Tu as une pulsion au lieu d'un sexe qui durcit, et c'est ainsi qu'est ta queue, en forme de pulsions et d'invisibles. Tu as un sexe d'homme immatériel.
Tu as des pudeurs que tu masques sous l'appétit.
Tu es l'obsession ; tu es aussi l'avidité
J'étais le vice amputé de luxure.
Puis je t'ai trouvée.
Puis je t'ai perdue.

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16 mai 2010

Troué de foule.

Aujourd'hui tu es trop petite pour moi.
Il y a trop de gens qui font la cour humaine, et qui te saluent, d'un geste, d'un regard, d'une voix.
Je ne sais pas votre langue de ne m'exprimer que par parfums, que par l'odeur de désespoir qui s'élève de mon corps alors que je me sépare d'un autre corps.
Je suis trop vieux pour toi, aujourd'hui.

Il y a la nuit qui tombe en morceaux sur le trottoir
et qui baignent mes pas et chaussent mes pieds
De la pantoufle d'ombre qu'elle croyait mettre au ciel
Assoupi.

Tu es un précipice, et ton pays d'être si bas, si plat, ne connait que des vallées, la terre n'y monte pas, mais elle y descend, c'est comme voir un monde qui décroît.

J'ai besoin de ces dépendances, de savoir qu'il y a quelqu'un dans cet univers qui peut m'inspirer le geste, qui peut, alors que je froisse les draps -et je n'en froisse presque plus, j'ai perdu tout magnétisme, apparaitre en mouvements, en parfums, en expressions.
Je revois Elodie aux reliefs parfaits, aux traits de fusain, à la peau brune et à la voix sombre que fait sur les corps le soleil du Sud. Je la vois, et je l'embrasse. Il y manque la coalescence.
Tu es là, dans le cou des blondes qui transpirent, et transpirant abandonnent mon corps, mon être et ma saveur.
Ma haine est toute ma grâce, et je deviens poli. Je sais dire merci à la fin des phrases, je connais la ponctuation mondaine, les manières, les courbettes et les flexions qu'on peut trouver dans le langage.
Je n'adhère pas au reste des être, elles s'échappent, elle passent comme des fantômes vaporeux, des êtres immatériels que j'étreins et dont je replie les mains de tulle sur ma poitrine. Tu n'es pas là.
Quelque part, en toi, doivent surgir les même pensées, que le minuscule prestige de tes vingt ans écarte. Tu entends un toussotement qui est un pleur enragé et tu n'entends pas le bruit des fleurs qui éclosent, de ma main qui s'ouvre, de mes doigts qui s'allongent, tu n'entends pas mes ongles qui enlèvent la peau d'une plus grande que toi, d'une plus fine que moi.
Tu entends, les cahots des corps quand ils s'affrontent, quand leurs transes s'écoulent lentement en toi ; quand leurs liqueurs -tiédis de l'abdomen- s'écoulent lentement en toi et qu'ils viennent, ces corps, d'être ainsi vidées nous empoisonner le coeur.
Tu sais pleurer ; je suis sensible.
Je suis celui qui voit dans la couleur des membres, dans le bruit que fait l'extase par courte saccades, le venin qui passe dans la peau.
Les sexes qui se dressent sont beaux comme des lys vénéneux qui d'en trop approcher le nez nous souillent les lèvres.
Je voudrais qu'il y ait mes doigts qui jouent sur ta peau, la mélodie psalmodique qui s'en échappe.
Tu as sur le vent la note du chant des damnés, celui qu'on récite en balançant le corps comme sous un prêche.
Tes bras m'ont allumé les yeux.
Ils ne s'éteindront pas.
 
Avant que tu meures dans les bras d'un autre que moi, avant que l'on t'enseigne un nouveau corps de douleur, j'aurais du t'aimer comme tu me le demandais, en douceur, sans t'assassiner contre les murs des chambres d'hôtel qu'on fréquentait -combien d'écumes, de baves, de pleurs, de voix, de sang, y avons nous abandonné- mais te prendre sur mon corps nu qui serait l'ilôt dont tu espérais qu'il te fasse respirer. Au lieu de ça, je secouais ton corps, fragile esquif, contre les rochers barbares du mien.
Tu as coulé dans mes bras.
Tu coules dans ceux d'un autre.
D'autres coulent dans les miens.

J'aurais voulu encore savoir me replier autour de toi comme le filet de pêcheur abandonné au milieu de la mer et qu'habille une algue violette. Mais je ne sais pas faire, pas supplier, pas protéger, j'ai le corps trop frêle et les épaules transparentes. J'ai la nuque raide que la brise légère brise.
Je n'apprends qu'à disparaître, à m'échapper. Rendre ma peau incolore, inodore, insipide, pour que les gens me traversent sans frissons, qu'ils passent et ne sentent rien d'avoir pourfendu un être vivant. Je fais des armées d'assassin. Un régiment entier. L'on peut mourir mille fois.
Ma chair n'a plus que les apparences de la vie. Je t'écrivais, que nous nous croisions sans nous rencontrer. Nous n'évoluons pas dans les mêmes dimensions, chez moi, chez moi tout est odeur, musique, couleur. Il y a le bruit des sifflets et des hourras, le même quolibet qui est le vivat d'une foule, et je n'ai pas peur. Je n'ai pas peur, mon corps ne sue presque plus de peur, il ne connait plus la froideur de l'effroi qui roule en gouttelettes fragiles, en bruine glaçante sur la peau. Je ne connais que la tiédeur des gens qui me passent dedans. Je ne suis pas de leurs dimensions qui indolents me transpercent.
Je suis troué d'une foule.

Nous ne sommes qu'un orage.

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09 mai 2010

Mon bateau ivre.

Je voudrais que le soleil se couche dans tes yeux, qu'il y charge ses teintes. Dans l'océan des couleurs, sur le cercle chromatique au centre duquel tu danses, j'imagine une main qui vient les secouer, les disperser et mélanger l'aurore au crépuscule, les lisières aux grottes obscures. Je voudrais toi, dans mes bras, et ta peau de soie, ta peau blanche comme les foulards qu'on attache aux cous des veuves pour absorber toute ma tristesse. Je veux la voir qui sèche et bleuit sur ton cou, ma tristesse, mon malheur. Les taches de vin.
Je t'ai envoyée loin de moi, plus loin que les kilomètres qui déjà faisaient entre nous une citadelle imprenable de distance, plus loin que ces douves, ces herses, ces piquets, sentinelles meurtrières qui jonchent nos deux états "léthargie et transe". Tu es derrière mon monde, en-bas de la réalité.
Pourtant.
J'ai la poitrine lourde comme une bouche d'enfant, j'ai la poitrine lourde de dents qui vont pousser dans les gencives, les muqueuses, qui saignent et qui cassent. J'ai la main qui tremble. Je suis encore malade de toi.
Je saisis mon téléphone, et je compose les chiffres de ta voix.
00324956...et ma mémoire oublie les autres, les autres chiffres sont bien cachés, bien masqués, bien voilés. Alors tu me manques, et je ne t'appelle pas. Je n'entends pas ton murmure plaintif, je ne te récite pas les poèmes que je brûle pour toi, je ne te raconte pas la forme d'arabesques de mes mains, ni les voyelles qui s'y plient, ni les coups de l'enclume sur le fer des bouches ennemies, non, je ne t'en dis rien. Je suis un silence.
Parce qu'il faut tenir cet adieu, il faut lui donner un poumon, une force qui ne soit pas qu'une rage, il lui faut de la puissance pour passer dans les reliefs du monde, pour survivre aux laves et s'enfoncer dans les sables. Il lui faut des mollets d'ivoire et des souvenirs qu'il tiendra dans un serge de poussière. Afin de les garder du temps, je les isole en bouche, ils y murissent comme des acides.
Alors je ne compose pas la fin de ton numéro.
Je vois des 4 qui y dansent, je vois 5 et 6 qui valsent et je ne les adjoins pas, je me dis que si je les empruntais, que si une minute j'avais la faiblesse d'entendre la musique qui les fait bouger dans mes yeux tu me tueras.
Je voudrais qu'il y ait, dans mes bras, toutes les larmes de toi qui s'y épanchent et forment des routes, des voies larges comme tes reins quand la passion les ouvre. Je me souviens de ton corps qui avait la forme d'une agonie croquée dans la nuit, je me souviens de ton corps que je faisais, comme tant d'autres avant moi, trembler contre les murs de nos soirs. Je me souviens, de ton abdomen comme d'une géographie d'échecs, comme une accumulation de reliefs impropres, de côtes mal dessinés, de phares aux miroirs fendus. Je me souviens de ton corps qui brisait le mien, je me souviens de l'écume salée de ta bouche et la lumière de sémaphore qui, délicate, y courrait. Je me souviens de toutes ces fleurs empoisonnées qui germaient de toi quand tes vêtements fanaient à tes pieds. Je me souviens de mes mains qui s'ouvraient comme d'autres fleurs sous l'orage de tes larmes, de tes cris, sous le plomb de mon indifférence, je me souviens de mes mains sauvages dont chaque doigt était un pétale vénéneux.
Je ne sais plus qui a empoisonné qui.
Mais je crois que tu as gagné. Je crois qu'il y a dans ce chapelet de perles indiennes, dans ce chapelet qui te fermait le ventre et t'ouvrait les cuisses une perle de pacotille dont les rayures forment mes initiales. Je suis quelque part dans les cicatrices de ta verroterie.
Un jour, il faudra que je ferme la bouche à cet adieu, que je la ferme si fort qu'on entendra ses dents se briser, qu'on verra ses lèvres coupées cracher un sang bleu. Ce sera les vins que nous ne bûmes pas, et qui nous attendaient, ce sera les bougies dont il ne reste rien que la cire durcit sur des parquets de bois vieux.
Je suis malade.
Il ne me reste plus longtemps à errer, à calculer la trajectoire de mon corps qui s'écrasera dans son tombeau. Je veux viser juste, tu sais. Mais je ne peux pas sans ton souffle qui me gerce les yeux, je ne peux pas sans tes mains qui montent, et qui descendent.
Mon bateau ivre.

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08 mai 2010

Prêtre catholique

Et maintenant lorsque qu'on arrêtera un pédophile on pourra titrer dans la presse "il faisait des choses très catholiques"

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04 mai 2010

Tu sais qui.

Elle croit encore en des dieux tapageurs, en un salon bruyant qui engendrerait de ses sons, de son vacarme et de son fracas des arts, des mélodies et des sonates. Elle ne saura pas se garder silencieuse au milieu d'une foule et n'aura jamais ou l'intelligence ou le talent de soutenir le "non" qui y enfle ou le "oui" qui s'y éteint. Elle espérera mille fois plus du bourdonnement des mouches venimeuses, avides de sang, qu'en l'esprit qu'il y a dans la pluie. Elle ne créera pas avec son sang et n'en connait la couleur que de le perdre de son "immortelle blessure" trois jours par mois. C'est un fleuve impur et sans profondeur qui s'abîme contre les quais de pierre. Quais de pierre qui sont des hommes et qu'elle croit "amours". Oh, la pauvre pauvre petite chose, qui se cogne sur le béton des corps de garçon, sur les muscles et les os qui font des barreaux. Il faut lui dire que ça ne suffisait pas que sa vie soit une prison il lui fallait aussi la cellule. Alors toutes les nuits où elle ne sort pas, toute la nuit où elle arrête d'être une artiste bruyante, elle entend tomber de son plafonnier des voix d'affamés, elle entend comme un lustre de cristal que le vent secoue et qui de se cogner contre lui même, devient un bruit, un murmure, enfin une parole. Et c'est trop bas pour elle, c'est trop bas le silence qui s'habille de nuit. Alors toutes les nuits où elle ne sort pas, toutes les nuits sans corps masculins à étreindre, elle a peur. Ce n'est pas souvent. Mais ça arrive. Elle a la main vague qui déchire des mouchoirs dans ses poches, elle fait des petits bouts de carte avec ses larmes. Des chemins d'eau, de cendres, enfin quoi de son fard qui se délaye et durcit sur ses joues.
Elle a le masque des invivants.
Elle croit au tapage, au vacarme, elle croit qu'il faut du désordre dans le pas du danseur pour qu'il soit danseur. Elle s'imagine toujours sur son cou que surmonte sa vanité qu'une bouche d'amant deviendra une bouche de passion. Elle ne sait pas qui ils sont, ceux-là, qui peuvent d'un baiser laisser une brûlure qui dure l'éternité. Elle ne sait pas les garçons, mes frères, mes soeurs, qui n'ont pas deux lèvres mais deux morceaux de fer que les forges de l'enfer tordent et modèlent. Elle ne sait pas de ces baisers qui continuent d'empoisonner les vies. Moi je ne veux plus je ne veux plus ouvrir mes mains qui sont comme des fleurs vénéneuses qui éclosent, sur les hanches des amantes dont je n'aimais que les yeux ; dont je n'ai pris que le corps.
Je refuse d'être un fantôme, une apparence de la vie qui sera un écho, une loi de la mémoire pour asservir la faiblesse de l'autre.
J'ai une morale mais pas la vôtre, mes lois sont des jardins où les fruits ont la chair humide, où les peaux s'éffeuillent où les bouches dechirent avec la langue le parfum. J'aime regarder mourir la rosée dans l'herbe neuve, ça me rappelle toutes les filles éplorées, toutes les larmes primordiales que leurs yeux de matin clair abandonnaient.
Les jeunes filles en pleurs sont des fleurs que la rosée vieillit.

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03 mai 2010

Solitude.

Marianne veut coucher avec moi mais sa morale lui barre le corps. Je lui ai dit que je la libérais de moi comme j'ai libéré toutes les autres. Mes bras ne sont pas d'étreintes ils sont des chaînes qui pendent et oxydent le corps pâle et invisible à demi.
Je lui ai dit à Marianne que de moi ce qu'elle cherche avec ses sens aveugles c'est un visage de rage. Le visage qu'elle sent prisonnier de ses reins, contenu dans son corset qui déborde de vertu. Tu cherches ma face ou la colère a embrasé les yeux.

Je l'ai embrassée sur la bouche pour lui dire adieu d'un pieux baiser, un qui n'a pas de langue, en soupirant d'entre mes lèvres "Tu sais que je brûle mais de mon feu tu veux la fumée et non la flamme".

J'accumule les adieux ces jours. A travers des mensonges bénis. A travers de l'indifférence sans corps. J'en ai un monticule qui s'agglutine sous mes doigts. Encore combien d'amantes à briser ; d'amours à oublier. Combien de corps à voir se mélanger aux spectres des souvenirs.
En voilà une étoile morte de plus qui s'échoue dans mon ciel, en voilà une constellation qui compte un poignard de plus.

Je veux
La solitude.

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29 avril 2010

Au revoir.

Je sais que tu es là, et quand je froisse un prénom, que son odeur de lys blanc coule des pétales qui éclosent sans bruit, comme un trait de chiffon, je sens le poison de ton existence. Est-ce que tu m'épies ? Pourquoi traines-tu ta misère sur ces pages vierges de sons ? Il n'y a pas de musique, plus d'érotisme, il n'y a plus que moi -et moi vide, campé sur mes genoux qui ne grincent pas. Tu ne trouveras pas en moi, dans mon chaos, dans mon fracas, le bruit qui te tient éveillée la nuit. Il y a un peu d'ivresse, des gouttelettes qui roulent en rosée sur l'herbe lasse du matin, sur les branches éployées que secouent le vent. Tu ne trouveras pas en moi, dans mon chaos, dans mon fracas, le bruit qui fait sur la peau une armure de soif et une cuirasse de pus, je n'ai que des silences et pas ce qui dirige le monde les ordres militaires. J'ai un fusil, certes, dans les bras, un "tue-cheyenne", et je me balance sans bruit, en attendant que la clenche descende, en attendant qu'un souffle y pénètre, qu'un égaré y tâtonne, pour faire feu sur l'étranger.

J'ai chassé ma vie hors de mon corps. Je ne veux rien. Je ne veux personne qu'A.

Soyez célébrés dans les salons ; je vous vomirai aux latrines. Il y a dans mes intestins des couronnes de laurier qui vous sertiraient la vertu que le monde aura usé.
Aussi, quand je parlerai de vous, et je dis vous tous les artistes, et je dis vous tous les penseurs qui rêvent d'une stèle de présent, ce sera pour vomir.
Dans ce vous je dis toi, mais je dis aussi lui, je dis aussi elle, je dis Lara, je dis Carole, je dis Christophe, je dis O., je dis N. je dis tous ceux qui ont la gloire à portée de souffle, qui vont bientôt la planter, la gloire, avec les dents, avec les ongles, avec l'haleine affamée qui laissera voir de l'émail, de la salive, enfin une bouche quoi qui aura un corps, qui aura des mains, qui aura des doigts pour replier contre son torse blêmi par la vanité toute la gloire accumulée. Et tout ça, tout un individu de défauts en une haleine, en un souffle, en un soupir. Ce sera votre amante la gloire, et vos yeux, plaines de cendres, la veilleront. Et je vous cracherai dessus. Vous avez un appétit trop commun, une faim épuisée de vie, une faim d'où le monde, le bruit, la gloire auront exorcisé le génie.

Moi j'espère qu'un de mes amis antisémites écrira un livre, et que je dirai "il a eu la bonne idée d'écrire un livre contre les juifs et la mauvaise de le publier"

Je vous abomine.
Ne viens plus ici.
Plus jamais
Va-t-en au fond dans des sources pâles et étroites
Ces torrents qui sont des sexes de femme
Des cuisses entrouvertes, et le filet d'eau rageur, chaud
Qui se promène sur les doigts du marchand

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27 avril 2010

Meurtre en moi.

Je suis un cliché.
Un tueur en série avec toutes les règles du tueur en série.
Son intelligence.
Ses misères.
Ses manies.
Ses douleurs.
Ses hontes.
Je sens remuer en moi ce monstre de pierre et de vices. Que je croyais être le talent, qui n'est que du meurtre.
J'ai peur de tuer.
Ca arrive.
Je l'entends qui monte
Le meurtre.
Sur la soie de moi
Comme une odeur
Sainte
Comme l'onction des baptêmes
Qui engloutit
La puanteur
De la raison
et
De l'athéïsme.

Bientôt je ne serai plus, tout comme mes victimes.

J'ai peur et mon ventre friable, mon ventre inquiet.
Peur.
De ce que ces mains faibles peuvent faire.
Des respirations qu'elles peuvent capturer
Des fleuves qu'elles peuvent enfanter
pour noyer des passantes.
J'ai peur de raréfier sous mes pas
L'oxygène des filles de joie.
Un, deux, trois
Et je compterai les miasmes
Qui se mélangeront au vin
Je nouerai les crimes
A l'esthétique.
Pour faire
Naître des germes
Incendiées, des racines
Enchevêtrées
Un poème

J'ai ce monstre de pulsion, de gestes, d'envies, cette veine, ce sang qui bout, et bientôt je ne serai rien d'autre que cette pulsion, ce geste, cette envie, cette veine et ce sang qui bout. Ce jour là, gardez vos filles et, puisque  je suis un cliché, dites leur de ne pas couper par les parcs que le jour oublie. Et vous, mères, n'oubliez pas, dans vos ivresses, les sandales qui vous écarteraient de la foule. Je serai là, indistinct des ombres, sous les lampadaires qui ne s'allument plus. Je serai là, dans le creux de la ténèbre ensommeillée.
Je le sais, que je tuerai. J'aime tellement qu'on me supplie d'arrêter.

Je suis un cliché.
Qu'on arrêtera
Puis qu'on violera
Qui se pendra.

Je ferai des morts qui seront comme les alexandrins d'un sonnet, je choisirai leurs prénoms pour qu'ils fassent des rimes françaises, qui s'embrasseront, qui se répondront, qui s'entremêleront. J'en ferai quatre le premier mois, j'irai à la ligne le second quatre le troisième,  et je respirai le quatrième, trois le quatrième, et je dormirai le quatrième, trois le cinquième. Mes morts seront une oraison.

J'oublie qui je suis.

Je suis hanté par un crime.

Je ne peux le dire à personne que le plaindre sur un blog, que l'articuler ici, péniblement. Sans images, sans couleurs. Je dis, que je tuerai, parce que je le sens en moi avec le sac ouvert des vipères qui enveniment mon être, avec les rameaux de la folie qui barbouillent d'ombre la toile de logique.

Je ne peux pas en parler ni à mes amis, ni à ma famille, je ne peux rien murmurer de ce qui occupe mon coeur, de ce qui leste mes humeurs, je ne peux rien dire de la couleur que je vois à la nuit. Qui était brune, qui était tendre, qui a transmuté en possibilité. Quand je vois les passantes, je veux me déguiser en façades, je veux surgir de l'indistinct pour leur mordre les paupières.
Je les déchiquetterai, et j'ai peur de cette voix qui le dit, j'ai peur du métal qui enroue mes cris, qui fait jaillir ma peur et puis leur sang.

Je vais tuer.
Quand ?
Un jour.

Mes ruptures amoureuses étaient des brouillons de crime
en brisant des amantes, je m'habituais aux remords et à la peur. Je ne tremblerai pas, au moment d'abattre sur le cou mes mains mortifiées, gantées par l'usage de briser en pleurs, en eau, des âmes.
Je m'habitue à la culpabilité pour que le jour où le sang tâchera mes mains, où la mort envahira leurs yeux, ce soit doux  en moi comme une larme tiède.

Putain.



J'aimerais que tout ça ne soit que pour rire.
Que ce soit une farce.
Que je cherche de la folie dans ma raison.
Pourtant je sens cette vague brutale qui m'envahit.
Cette marée qui ne sait plus descendre de mon corps devenu grève devenu plage recouverte d'un voile d'écume séchée.
Oh, cette mer qui monte me chausse le pied.
M'habille de crime
Oh.
Je vais tuer.

Comme je suis intelligent mais pas trop je me ferai avoir, un jour, parce que je parle beaucoup, aussi. Parce que j'ai besoin de savoir que l'on sait qu'entre mes doigts roulent les péries amoureuses.
Le procureur dira de moi des choses, des trucs, avec des rires, et des éclats de voix, il se fera briller, grâce à la lumière de ma cellule à venir. Pauvre procureur que les plaidoyers ont usé, pauvre procureur dont l'habitude a fait une ride à l'émotion. Ride primordiale, sillon d'où rien ne germe que l'ennui.
J'aurai le corps luisant qui se réfléchira dans ses yeux éteints par la compassion. Il n'y a de lumière que des cyniques, lumière sombre, offrant au crime le repos.
Je prendrai mon temps. Je déglutirai comme on se prépare à rentrer sur scène. Peut-être ferai-je des vocalises pour bien donner de la contenance à ce corps qui ne m'appartient plus.
Lui, mon rival, celui qui veut l'assentiment du jury, ten,tera de lui donner des larmes, il énumérera les victimes, il leur donnera un nom, un corps, une famille pour qu'elles ne soient pas des taches de sang anonymes, quelconques, pour qu'ils en sentent le souffle finissant que j'arrachais, avec mes petits doigts, avec mes petits yeux.
Il dira qu'il y avait douze victimes, s'il y a douze corps. Alors je tousserai pour le reprendre. Je n'objecterai rien, je dirai simplement qu'elles sont treize, que cette chose qui grandissait dans mes poumons, qui y prenait la place de l'oxygène, fit de moi, de mon corps, de mes muscles, de mes facultés la première victime. Je dirai, que je suis le corps du crime. Que je n'ai rien souhaité. Rien voulu. Rien bandé. C'était un autre, un fantasme, avec mes traits, avec moncorps, avec ma voix, qui abattait les corps de filles. Ce n'est pas que je veux ; c'est que je dois. Et, sur le pas de ma cellule, sur la paillasse de pierre, se tiendront douze crimes pour me tenir chaud. J'entrerai dans ma cellule grave comme un roi et j'en sortirai souillé comme une pute.

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