05 février 2011

Frissonne le remords

Je ne sais vraiment qu’une rime, qui débute au baiser
Frémit de silence, et joue sur deux lèvres accordées
Tes dents, ce cri, qui mordent dans la nuit
Et jouent cette sonate,

Tous les monstres, les bêtes, les mythologies, je veux bien céder ma nuit, je veux bien dessecher le plaisir si tu m’offres un peu de ta prière. Je veux y boire, dans ces grands cris.
Littérature de la première personne, insupportable.


Et la lumière ridée joue des castagnettes
Contre mon corps endolori, coule comme une rumeur
Et gonfle sous ma paupière à la façon d’une source
Lointaine.


Ce pays lointain, te souvient-il sa gloire, et ses hommes qui couronnaient des femmes
Rue Kahina, souviens-nous, s’il te plaît ton prénom, ta cour de musique et ton drap de pierre.
Souviens toi peuple de la soumission que l’on fit à tes membres, et la laideur à laquelle l’on forçat tes femmes. Peuple, vois sous la soie, sous la pudeur de tissus les beaux cheveux d’une mère qui roulent et frissonnent dans le bruit de la mer qui avance et odore le paysage. Regarde le cou de ta voisine, tachée de blonds, de noirs, c’est la nuit qui s’y défait lente et immuable, la marque de dents que laisse la marée sur le sable frémissant de nos grèves. Je rentre tard toujours, pour l'écrire, raconter à ces pages l'outrage petit que je laissais aux flancs d'une brune aux yeux bleus. Je sors visiter ma voisine à minuit et je pars à deux heures, dans le fredonnement de l'eau qui ruisselle de sa douche où je ne la rejoins pas. Au revoir mignonne, je suis amoureux de l'étrangère mais il faut bien que la nuit se passe et se partage. Deux moments comme deux ventricules au crépuscule qui palpitent et se fendent. Salomon divise mon soir en deux parties. Yeux bleux ; encre noire.

Sommeil tu ne venais pas. Je t’attendais, je veillais. Je tenais, et il n’y avait que la nuit, la nuit dans mes nœuds, dans mes colères, la nuit engluée dans mes boucles, la nuit infernale, et je l’ai su par cœur de t’attendre sommeil qui ne venait pas apaiser mes effrois. J'aime les yeux bleus et la lueur incertaine, tremblotante, poignante pour ma panique. J'ai peur de la nuit invariable, de la nuit obstinée, butée sur mon corps, arquée sous ma nuque. Quel rire, qu'écrire dans les draps à demi-inconnus, sur cette intimité déflorée d'ennui.

Je lis Rilke. Un autre insoumis du sommeil. Un de mes frères agonisé.

 

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04 février 2011

Artémis

Inspire moi les choses belles et cruelles qui pendent comme des lumières d'Opéra au bout des doigts salis des innocents. Raconte moi comme les mots vont te chercher au fond de toi avec leurs mains crochues, quand ils lèvent sur tes lèvres bosselées, des draps semblables à des drames. Inspire moi ce qui craque dans la peau quand les larmes retenues forment sous le visage un masque et un territoire où personne ne sait plus rien du visage que son immense barbarie. Raconte moi, dis moi que tes yeux ce sont deux gouttes de rosée que l'hiver a surprises en haut de tes cils et te les as offerts comme deux perles myopes d'où voir pour demain les offensés du monde. Inspire moi les mots qui débordent du crime que l'on soudoie avec des gestes pirates, et les manivelles qui se tournent avec ferveur comme des prières de charlatan et des superstitions. Raconte moi encore pourquoi tes yeux ne battent qu'avec lenteur, ce qui recouvre ton coeur plus que la peau, plus que la flanelle et le velours de tes paupières de Versailles, dis moi le souvenir qui y mordille tes sens et te fige le sang en un liquide transparent et silencieux. inspire moi, sois Lo s'il faut ou Lou si c'est trop court, mais soit celle contre ma langue là où le vocabulaire pousse comme dans un champ humide, sois la terre fertile mais jalouse qui réclame des semences de douleur pour jeter dans les cimes les écorces brunes et douloureuses de l'écrire. Sois la belle puissance qui tonne de mots comme la peau du tambour, sois avec tes yeux la nuée où s'abrite la sauvagerie des orages vibrant de peur dans les courbes rondes comme des joues du très haut tressaillis. Donne moi tes yeux que j'en fasse des mots.Toi oui, dont je sais le froissement et les mains qui dansent, et qui jouent de ces instruments d'Afrique, je t'imagine le corps facile des danseuses.

C'est que je ne suis pas un être définitif, c'est que je ne suis pas un être des stabilités et des subtilités ; des mesures, des contentements et des ruses, c'est que l'on ne bâtit rien sur moi. Ma vie dure le temps d'un fruit sucré. Je suis une parcelle infime de l'été. Je suis ce refus systématique des suggestions, cette colère perpétuelle qui s'est mise un voile islamique à la crinière cruelle.
Que je me fiche du bonheur, que je me fiche de la joie, je veux la chaleur dedans, passer tes mains sur moi et que tu sentes dedans les saisons réunies, ce mélange des quatre moments du temps qui ont fait de moi des mains de givre, et des yeux jaunes comme un foie malade ; et les mots dessechés d'été et la plaine découverte de printemps. J'ai tiré la terre aux morts, pour faire pousser des mots, et les voir luire. Ton manteau, ton hermine, voilà de quoi je les taille : de la mémoire et de l'Histoire. Dix mille ans se tiennent sur tes épaules de songe, mon infortunée, mon ignorée. Tu me rends le goût, et les sens. Mais je n'ai pas guéri de la nuit.

Ma voix d'affecté, quand je me penche au dessus-du silence, et que je fais remuer ton prénom comme une braise qui va lancer sa couleur. Tu ne le sais pas, comment pourrais-tu. J'ai mille amantes irriguées de ma solitude. Je joue des nerfs comme du violon, chatouille les cordelettes, le musicien sait faire hurler toutes les bouches, de l'écarquillée du violon à la charnue des fillettes.

Je veux que l'on dise de mes baisers qu'ils sont l'enfer, l'enfer en plus froid. C'est qu'il existe bien ce pays aux falaises abolies, aux tours monstrueuses jetant dans le noir, dans les sinuosités de l'ombre, dans ces rigoles de hasard quelque chose impossible. Comme aimer. J'ai fait tout un poème, qui est une ode, qui brûle bien entre mes doigts. Voilà ma lumière la nuit, pour supporter l'affront de son sépulcre. Voilà mon alcool pour oublier l'outrage de la femme-sommeil qui toujours se dérobe au désir abandonné ô sommeil J'ai conquis tes soeurs, bien sûr. Litanie de prénoms. Je vous oublierai.

Cette nuit, j'avais jusque deux heures, enroulé sur la bouche l'odeur mesquine de Francesca, qui avait les mêmes yeux clairs que toi, cette nuit j'avais son humeur vacillante contre mes doigts indifférents. Je l'ai déjà dit cent fois, je n'ai de virilité que mon écriture. D'ambition que mon cri.

J'aimerais te mettre aux oreilles, plus tard, de lourdes boucles en argent qui tintent comme des cloches d'Eglise pour te faire tout à fait céleste, pour qu'avec tes yeux très parfaits, très prisés, tu sois et tintement et lumière comme une messe.

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03 février 2011

Aux nuits impossibles.

Il y avait longtemps que ce cœur noueux, aux artères noircies de fureurs, n’avait pas frémi d’un souvenir humain. Qu’un visage tout centré dans le réel, sans les trucages de l’alcool, sans les audaces incertaines d’un corps tendu de vilenie, n’avait pas ému ma fatigue, n’avait pas débordé ma torpeur. Si longtemps qu’il me souvient mal mes conjugaisons, le temps y a creusé des morsures clapotantes comme la pluie au pavé des visages.
 
Si longtemps que mes lèvres ne fredonnaient plus que des habitudes, jusqu’à, jusqu’à ce que toute l’infernale machinerie, émue, se dissimule et tapisse ses rires dans les rimes qui se marient à la nuit qui les fait naître. Yeux bleus, j'aime les rivières qui chantent dans vos iris. J'aime d'avoir le corps promis à une destination de l'écho de félicité. De vous chasser vous, souillures, vous étrangères, inconnues, demie-femmes, fioles et folles. J'ai un amour qui ne le sait pas, qui ne le devine pas, et qu'il est bon le sang qui chauffe avec entrain dans l'artère, et son concert qui remue. J'ai un amour de loin, que je frôle avec la voix. Toi.
 
Je suis de ces maisons indolentes, qui flottent sous les arches que sont les tropiques, qui ceinturent à trois moments du monde les routes d’aubes. Qui découpent l’eau en part scélérates pour former océan et mers.
 
J’ai passé du temps à dériver d’esquifs en esquifs répondant selon des reins féminins, les bateaux d’aventuriers remuent toujours de l’œil bleu et souverain d’une belle. Deux mains dans l’écume ont creusé l’Amérique, Collomb et son corps de matière et son odeur de musc ; Santa Maria pleine d’échardes à l’haleine ivre de rhum. L’aventure prolonge le corps des hommes et débute à l’ombre des femmes. Je dérive dans le rein fragile, sur la côte taillée en presqu’île de mes amantes. L’amour est chose unique et réunit tous les délires, toutes les ambitions, ce frémissement que c’est qu’être en une passion, en une violence. C'est aimer qui barre le souvenir du reste, et éboule sur la mémoire le miracle du présent.
 
Qui me nourrit, qui m’inspire, qui réveille la faim en moi, qui donne à la soif l’envie de puiser dans les mirages l’eau soudaine et vive, n’est ce pas la rupture entre les fictions ; la fusion dans mes nerfs des  yeux pâles et de ma colère chaste? N’est-ce pas de savoir défaire avec les doigts qu’il y a dans la voix les ronces de mes cheveux où les images dansent comme des pendus ? Qui lève en moi la douceur insoumise et chasse l'indifférente d'un baiser brisé ? Je ne peux plus toucher d'humaine matière, un temps, le temps que tout mon être convergeant d'une audace n'aura pas apaisé son cri d'aimer. Le parler sentencieux au prieuré. C'est que je t'aime toi, dans tes voiles pudiques.
 
J’ai aimé les yeux clairs de croire toujours que ceux-là m’attendent de l’autre côté de mes nuits insoutenables, où dans mon corps le crépuscule se purge et le jour se tarit. Je les ai souvent rêvés les yeux bleus et gris tendus dans la nuée, avec toute la promesse du sursis et le sommeil ne venait pas. Je ne remuais pas, et j’attendais qu’il roule dans ses doigts indifférents toutes mes usures, que sa bouche panse mes nerfs vifs, aigus comme des psaumes. Je ne peux devenir que depuis la lumière qui gronde, tumultueuse, dans le roulis capricieux du jour qui taille dans la nuit les meurtrières de l’aube. N’est-ce pas ces chemins emplis de mystères, dans le creux d’une forêt, que moi ? Où les mythes mordent la terre et la foule. N’est-ce pas moi, que le silence la nuit, d’entendre le clairon des villes un à un tituber dans l’ombre jusqu'au néant? J’ai vu le visage humain du jour se lever du tombeau du soir, vu ses guenilles et ses épines. J’ai vu le visage du jour qui ne me ressemble pas disperser les restes de la nuit dans des vêtements chinois de deuil. J'attendais que le silence en finisse de moi, qu'il achève de railler mes fragiles scansions, que son rythme de soldat taise, taise, taise le sommeil ennemi. Celui-là qui me fuit, qui se trouve un complice pour le masquer. J'ai toqué à des portes, cherché dans les sexes des filles un peu de la part du sommeil qui me revenait. J'ai trouvé l'ennui dans les bras des amantes déguisées en feu. Je crois l'avoir cédé, le sommeil, confondu avec de l'âme. Je l'ai cédé une nuit de mars, il est longtemps, j'ai oublié. Oublié sa forme, oublié sa voix, oublié ses hymnes. Je ne sais pas. Je retourne le nulle part.
 
Que ce corps fragmenté en dix corps et sept prénoms que sont les amantes se trouvent une retraite. Qui sont des remèdes à la nuit ronde, amère, que j’avale comme un cachet d'aspirine. N’en faut-il pas des anesthésies pour bander le délice d’être ? N’en faut il pas des entraves au cri, en attendant d’aimer il fallait déjà brûler. Ne m'en voulez pas. Les yeux noircis comme des craies.

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31 janvier 2011

Les pleurs de vingt ans

J'attends minuit pour marier les rimeurs.
Aux petites filles cruelles.
J'attends la fermeture du corps-échoppe.
Pour braquer les virginités.
Dans les pleurs des garçons
Je fais des ablutions.
Dans le sang primordial de la fillette qu'on corrompt.
Je me baptse.
Mes promises ont des regards troubles de rouleurs.
Meely est une chienne dont deux enfants mordillent le regret.
Mélusine, ta voix est le fard de mes vies.
J'ai injecté dans la blessure faite avec les dents
Un peu de la salive de mon ventre.
Mon corps est une coque de métal.
Où l'eau pure des sources bataille.
Je suis infiltré de joie.  
Saleté de maladie !

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20 janvier 2011

Mignonne allons voir si les chaînes ont fâné.

          

        Je t'écris, parce que c'est la nuit, la nuit est son manteau de soie livide qui permet toutes les audaces. Je t'écris parce que c'est le tard qui commence à gonfler mes doigts de ce liquide opaque et dangereux qu'est l'outrance.
Quand je dis j'écris il faut entendre tout ce qu'il y a de musique dans un mot, celui-là qui du tiret casse en deux, libère trois odeurs distinctes et pourtant siamoises, mêlées dans un creuset ; tombes des corps ennemis et promesse de l'alliage.
L'amour sert de ce petit récipient d'argile, il unit les matières réfractaires, et mêle deux chairs-fictions qui vibrent en un sentiment béat, imbécile comme le serment des messes, qui rend les yeux beaux et les mains grises ; les doigts crochus de la caresse retenue et les cils courbés de la joie demeurée.

Une fois je t'ai vue, et la Loire coulait, elle coulait comme un crachat sur l'offense, elle y roulait, grouillante de vagues insensibles, on aurait cru le Rhin noir buvant aux flaches sombres qui mouillent les fauves des forêts, on les dit loups ou poètes, selon s'il fait assez noir dans la vie pour ne rien distinguer que leurs yeux d'éclair remuant. Il y avait la Loire, et la ville sentait le début de l'hiver, il y volait bas quelques signes de décembre, un cantique, un chant clos et le ciel pâlissant de son éternité. Il y avait toi quelque part, qui te tenait là, dans un murmure. J'ai le souvenir de ta voix ; une part mangée de ton reflet dans mes ivresses. Je n'offre pas de miroir pour les ombres de couleur, je mire les visages beaux comme des Pomone de velours dans les bouteilles vides de l'ivresse solidaire d'un partage : voilà mon pain chrétien, c'est du verre parfumé et sa mie recourbée, extrémités coupantes des brisures, boit à mon sang ce qui lui manque de rivière.

Je ne sais rien que les rimes insensées, retroussées comme des diphtongues ou des bijoux glissant le long des berges d'un corps éclot par le minuit. Fleur pâle gémit ses parfums, ta bouche s'ouvre, on entend la senteur impatiente qui brise ses longs doigts sur la peau d'un homme, et l'haleine de son envie te peint les reins, d'un zénith.

Je ne sais rien que les tourbillons qui brunissent les peaux, comme un soleil douloureux, comme un chant de Nerval qu'on harponne du fer d'un oubli, trois dents qui chacune représentent un espace, une dimension. La première est le ciel,d'où dévalèrent les premières lueurs, s'il lui faillait un nom ignoble on la dirait aube, la seconde ce seront tes yeux, il y peine deux amours du nom d'inconsolés, le dernier enfin, c'est mon ventre froid comme du marbre, il s'invoque d'enfer et demeure sous l'épaisse voilure des pas humains. Ces trois espaces, au bout de la harpe des musiques, forment l'Univers, l'auge bête où boivent les vies. Voilà la route des chutes, se meurtrir des trois dents de l'oubli, se couper de chacun des poisons qui s'y figent

Je ne sais rien que la nuit qui fume sur le bord du jour deux cigarettes comme les aiguilles d'une horloge, que le jour rétrécit comme des ombres dans le soleil cramoisi d'un midi qui grogne.

Le crépuscule se démonte comme une mer et les vagues qui montent, dans leurs crêtes d'encre ont des regards d'hypnose.
J'ai ajouté au langage les zones érogènes
Pour que l'on ne sache de mes mots
rien que le cri
Sans pleurs.
Parfois je veux dire "je" mais rien que le mot "déchirement" jaillit, comme dans ces terres que l'on creuse des ongles pour voir jaillir l'eau claire et chantante des amours et des soifs et cette terre fatiguée de doigts ne crache rien de pureté, et vomit des glaires : pétrole noire de cette nuit, belle endormie des croûtes terrestres. C'est comme un pus qui roulerait des yeux en place de la larme précieuse et funeste de l'oeil bleu comme une Loire guérie de la foule.

Mes yeux abritent comme des dômes les souvenirs plaisants.
Cette nuit
Dans la fatigue pleine de trous, de vides et de mots, c'est ton ombre qui y demeure, à la jointure d'autres ombres, proches de la cassure qui laisse voir ses sutures. dans ce dôme de paupières, où les yeux curieux sortent de leurs orbites voir le monde, gargouilles de la pierre flexibes, aux mouvements secrets, mamie crenelée.

Lucie, c'est un prénom dans ma bouche
délicieux comme la mûre sauvage
Du souvenir dont la liqueur
Parfume mes muscles.       

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16 janvier 2011

Aux endeuillés - le mépris

Je suis rendu au cynisme.

J'imaginais, moi, que les cheveux blonds qui percent

De douceur, dans la chair faible que la mienne feraient assez

De failles à la tendresse, que la cruauté toute sèche s'en émouvrait.

Il y a des algues dont on attend le parfum grimpant comme le lierre à la grève

Des sens. On entend bien, qu'elles chantent, les algues, quand l'eau se retire

De leurs pelages fibreux dans le cri incertain des marées qui écrouent

Les solitudes blêmes.

 

Oh.

La mort, frappe tout autour

De mes rires

Dans des habits de neige

La mort en décembre

Est gaie, elle porte

Aux décombres

Des jasmins, des odeurs

Des sirops d'orgeats

De l'aubépine

Des jardins

Tout entierLes tombeaux

De décembre

Ont la forme

D'une fleur-e

Innocente

Et les morts

Sont tout graves

Dans leurs peaux

De marbre.

 

La mort, attentive, quand elle ballade à ses cimes les crimes de l'hiver, veille à faire les cercueils de verre et d'odeur, ce sont de gigantesques serres où l'on éduque les miasmes discrets que l'on nommera alors fantôme.

ô la puanteur qui visite tard l'éplorée est celle du souvenir.

 

Les orphelins pleurent des langes de veuve, qui demain, seront les pétales des printemps.

En attendant ils toussent des allergies nouvelles, c'est la joie des saisons qui étouffe leurs généalogies opaques.

 

Quelle belle idée, décembre.

 

 

Ma joie semble le débris

D'une balle taillée

Dans l'éclat

Funèbre.

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13 janvier 2011

Fragments

[...]Dans mes bras je la sentais changeante, muer femme, devenir cruauté, ses cheveux cassaient, subtils d’odeurs retenues, comme des fioles de saveur fendues à la moitié, elle semblait la nuit qui abrite des aubes tranquilles. Des aubes à laquelle le temps, avec le soin de l'archéologue, dépoussière la cendre qui l’entrave la lumière. Nos caresses n’abimaient que moi, gerçaient mon torse si tendre que ses doigts à peine nubile le pénétrait, de sa part elles étaient tributs de l’admiration qu’elle me vouait, salaire généreux à mes délires la nuit sur la vie, la bourgeoisie et les révoltes[...]

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01 janvier 2011

Décombres

Les cendres de
Décembre
En ont fini
D'ici.

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28 décembre 2010

Lettres à l'outrage.

Tu as les yeux clairs des premiers amours, et les jambes pâles et invisibles qui rappellent aux
reins combien ça brûle un corps humain sous les engelures de décembre, Paris résonne de ta
voix : ce sont tes pas qui tonnent sur le bitume anodin de la ville grise. Tu es accompagnée
dans la vie de tintements et d’éclats blancs, il y a autour d’eux, pour désormais, un peu de ma
voix qui les enroule dans un lange de musique.
Tu as les yeux clairs des grands souvenirs qui se tiennent chacun à l’une des extrémités des
ciels inquiets : tu as l’aube et la nuit qui se regardent, interdits, immobiles, et aucun des deux
ne vient compromettre l’autre. Tu as les teintes oranges du jour dans l’agonie, et le blanc
automnal de la nuit qui s’en va, piétinée par les courses de rosée.
J’ai blotti trois mots aux tons fanés qui déploient des odeurs exquises dans des formes atroces,
ce sont les fleurs malsaines, arrachées des marais de la désespérance, trois mots qui sont les
dernières vigueurs du langage, son espoir infortuné.
Souvent, dans les buées qui bougent au bout de nos clopes, je me dis, comment elle est ta voix
très fine, très légère, comment elle ferait pour traverser nos hurlements d’imbéciles révoltés.
J’ai vingt ans que je porte aussi mal qu’un cœur, c’est un habit étroit, qui me moule des
épaules de fer, mes vingt ans sont deux choses : une douleur et une audace. Mes vingt ans
sont une fureur et une clameur qui ne savent pas passer, qui attendent de torturer l’Univers,
de l’aplatir sur la table à supplices et lui faire cracher ses injustices. Tant d’injustices qui
s’y morfondent dans le ventre de l’Univers et sa gorge profonde abrite tous les maléfices
ignobles, toutes les séductions dangereuses. J’ai vingt ans que je ne vendrai qu’au diable et
s’il n’en veut pas, je les brûlerai pour qu’ils ressemblent à ses filles aux couronnes infernales.

Mon existence se résume à trois ambitions, une trinité d’impie que je célèbre à l’autel des
orgueils :
Ecrire le conte qui reflétera l’enfer dans les yeux d’un enfant, construire l’Histoire qui
indignera le moralisateur et enfin, et surtout, vivre la vie qui fera pleurer jusque mes assassins.
Je pourrais en ajouter une dernière toute renforcée d’acier présomptueux : te dérober deux
baisers ; un pour chaque lèvre.
J’aime ce qui est excessif, et j’aime ton pas quand il va mourir dans le jour, j’aime quand
l’alcool qui vient faire gémir mes veines d’éclairs nouveaux et inconnus dérobent la part de
ton sommeil qui colle au mien ainsi qu’une miette de chaleur.
Dans la nuit, quand mes transes me mettent au lieu d’une voix un hurlement j’imagine tous les
jolis cheveux blonds qui percent la croûte de la nuit, ô combien de terres stériles n’ont pas vu
d’aube plus jeune que la folie blonde et bouclée qui meurt dans ta nuque constituée de tous les
iris fragiles que comptent les mains avides de la grâce.
Je me dis :
A quoi ça sert une bouche ?
A deux choses, je réponds
Au cri puissant, au baiser
Le reste c’est de la vanité, le dialogue c’est pour les idiots, se comprendre ça se passe dans
les gestes ou dans le cri, il faut éviter tous les mots superflus, ces escroqueries de poètes qui
trompent les foules.
« N’être pas dupe, c’est être méchant »
Chantait Verlaine
Et il tirait
Sur Rimbaud
La nuit a senti
Dieu le chien
Qui claquait
Des dents

Dans un éclair
D’acier.

Demain, j’aurais les ongles noirs de poudre, avant d’avoir les yeux fardés de sang, demain je
me maquille de terreur, je pose la lourde chair du crime comme un masque pressant sur mes
muscles d’enfant.

Je me dis, tu as le pas si leste que tes bottes ne te vont pas assez bien, et ta bouche s’est taillée
dans les minéraux rares des pays qui se tiennent dans les secrets recoins de la géographie, qui
sont comme un corps inquiet, dissimulé sous des brumes –comme la nuit pour le clandestin-
et des vents aux gorges de rochers. Tu t’abrites dans tes secrets et ton rire développe une
houle de joie qui chasse les inquisiteurs de la détresse, les traqueurs infernaux des tristes
solitudes. Ceux-là que tu ne laisses pas rentrer, ni demain de les avoir trop laissées hier
s’infiltrer dans tes failles, tu te souviens des bouches vénéneuses des amoureux de Province,
tu te souviens les amoureux loin derrière la cité bariolée

Je me fatiguais de Paris moi, j’en croyais connaître tous les parvis féminins, en avoir
décompté toutes les senteurs égales d’ennui, je m’étais dit « c’est fini, Paris, tu en as tout
bu la liqueur infâmante, tout bu le vice, tout dévoré la vertu » et je me disais ça, accablé
d’abandonner cette amante qui grouille de deux millions d’indifférences. Je crois que ce
sont tes yeux qui sont blottis dans ton visage qui ont réveillé en moi le mot sans la parole, la
voix sans le langage tout ce qui sert à traverser les individualités sans passer par la virtualité
niaise des mots préconçus, des phrases préparées, usées, salies, abîmées par les bouches des
galeux. Ah. Dehors, il y a le jour qui enfle, avec lenteur, il gonfle de lumière le ciel, comme
une voile. Il se bombe, le ciel, là haut, et il vient achever les rêves rachitiques qui habitent
la forêt monstrueuse du rêve. Dedans, ce sont des pins d’ombre qui tremblent comme des
déserteurs, ils enfoncent, les pins, chacun de leurs mots aigus dans le muscle tendu du songe
qu’ils percent comme la source brise la terre infertile qui retient ses fécondités, comme le dard
de l’insecte.
Je pense à tes yeux clairs qui éteignent la nuit, qui se brisent en les sept lumières imaginant le
spectre des bleus. Voilà Klein et le reste des armées aux muscles fêlées et tous les violets qui
patientent dans ma gorge que ma peau se défasse de mon corps…
AH. Comme tu es jolie, j’en ferai des poèmes à la gouache pour ton charmant visage.
J’invoquerai les mains célestes de la nuit et j’en déformerai ses chancres, je lui prendrai à
l’astronomie ses étoiles bariolées pour me les coller au front et avoir le soir qui prolonge le
soir, attacher des ficelles de soir en une longue corde qui pendra la misère.

Je sais où te trouver
Tu sais où me perdre.       

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20 décembre 2010

Almanach 2

Je regrette de n'avoir pas connu le temps où les putains étaient des femmes
Plus habiles que le fatras d'une foule d'inconnue. Où l'on tarifait mieux l'amour
Que le sexe, dans des culottes aux chiffres béats.
Je regrette de n'avoir pas connu ces putains, aux manteaux troués
De froid, qui parlaient de passes, et de littérature, et pouvaient raconter
L'histoire d'un amant mort à la guerre, et baiser sur leurs seins
Ce qu'il reste d'un uniforme.
Je regrette de n'avoir de putains, que l'almanach si déchiré
Qu'il n'en reste que les pages en lambeaux.

Il faut une certaine noblesse pour entrer
Dans les pages de mon calendrier
Il faut s'instruire des choses de l'astrologie
Le mouvement écarlate des étoiles
Aux yeux malsains.

L'almanach sent le benzine
La Seine et le Rhône.
Ce sont mes putains qui y entrent
D'Anne à Wendy, tout l'alphabet
Calendaire.

J'en exclus, certaines, qui servent d'encre
Aux rédactions de mémoire, ce sont les plaines
De neige.

Je regrette de ne rien savoir de ce temps
Où les putains savaient la géographie
Des Corps
Célestes
Comme l'astrologue
Suce les dates
Sucrées de ses
Drames.

Je veux dire, enfin, que j'aime d'être cet ascète de l'existence :
La lâcheté vit et se déploie dans le groupe
Le courage, lui, développe son parfum
Solitaire.

Où le mac n'est rien plus que le marchand quelconque de la tendresse
Sans le masque de cire qui va au criminel.

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