20 janvier 2011

Mignonne allons voir si les chaînes ont fâné.

          

        Je t'écris, parce que c'est la nuit, la nuit est son manteau de soie livide qui permet toutes les audaces. Je t'écris parce que c'est le tard qui commence à gonfler mes doigts de ce liquide opaque et dangereux qu'est l'outrance.
Quand je dis j'écris il faut entendre tout ce qu'il y a de musique dans un mot, celui-là qui du tiret casse en deux, libère trois odeurs distinctes et pourtant siamoises, mêlées dans un creuset ; tombes des corps ennemis et promesse de l'alliage.
L'amour sert de ce petit récipient d'argile, il unit les matières réfractaires, et mêle deux chairs-fictions qui vibrent en un sentiment béat, imbécile comme le serment des messes, qui rend les yeux beaux et les mains grises ; les doigts crochus de la caresse retenue et les cils courbés de la joie demeurée.

Une fois je t'ai vue, et la Loire coulait, elle coulait comme un crachat sur l'offense, elle y roulait, grouillante de vagues insensibles, on aurait cru le Rhin noir buvant aux flaches sombres qui mouillent les fauves des forêts, on les dit loups ou poètes, selon s'il fait assez noir dans la vie pour ne rien distinguer que leurs yeux d'éclair remuant. Il y avait la Loire, et la ville sentait le début de l'hiver, il y volait bas quelques signes de décembre, un cantique, un chant clos et le ciel pâlissant de son éternité. Il y avait toi quelque part, qui te tenait là, dans un murmure. J'ai le souvenir de ta voix ; une part mangée de ton reflet dans mes ivresses. Je n'offre pas de miroir pour les ombres de couleur, je mire les visages beaux comme des Pomone de velours dans les bouteilles vides de l'ivresse solidaire d'un partage : voilà mon pain chrétien, c'est du verre parfumé et sa mie recourbée, extrémités coupantes des brisures, boit à mon sang ce qui lui manque de rivière.

Je ne sais rien que les rimes insensées, retroussées comme des diphtongues ou des bijoux glissant le long des berges d'un corps éclot par le minuit. Fleur pâle gémit ses parfums, ta bouche s'ouvre, on entend la senteur impatiente qui brise ses longs doigts sur la peau d'un homme, et l'haleine de son envie te peint les reins, d'un zénith.

Je ne sais rien que les tourbillons qui brunissent les peaux, comme un soleil douloureux, comme un chant de Nerval qu'on harponne du fer d'un oubli, trois dents qui chacune représentent un espace, une dimension. La première est le ciel,d'où dévalèrent les premières lueurs, s'il lui faillait un nom ignoble on la dirait aube, la seconde ce seront tes yeux, il y peine deux amours du nom d'inconsolés, le dernier enfin, c'est mon ventre froid comme du marbre, il s'invoque d'enfer et demeure sous l'épaisse voilure des pas humains. Ces trois espaces, au bout de la harpe des musiques, forment l'Univers, l'auge bête où boivent les vies. Voilà la route des chutes, se meurtrir des trois dents de l'oubli, se couper de chacun des poisons qui s'y figent

Je ne sais rien que la nuit qui fume sur le bord du jour deux cigarettes comme les aiguilles d'une horloge, que le jour rétrécit comme des ombres dans le soleil cramoisi d'un midi qui grogne.

Le crépuscule se démonte comme une mer et les vagues qui montent, dans leurs crêtes d'encre ont des regards d'hypnose.
J'ai ajouté au langage les zones érogènes
Pour que l'on ne sache de mes mots
rien que le cri
Sans pleurs.
Parfois je veux dire "je" mais rien que le mot "déchirement" jaillit, comme dans ces terres que l'on creuse des ongles pour voir jaillir l'eau claire et chantante des amours et des soifs et cette terre fatiguée de doigts ne crache rien de pureté, et vomit des glaires : pétrole noire de cette nuit, belle endormie des croûtes terrestres. C'est comme un pus qui roulerait des yeux en place de la larme précieuse et funeste de l'oeil bleu comme une Loire guérie de la foule.

Mes yeux abritent comme des dômes les souvenirs plaisants.
Cette nuit
Dans la fatigue pleine de trous, de vides et de mots, c'est ton ombre qui y demeure, à la jointure d'autres ombres, proches de la cassure qui laisse voir ses sutures. dans ce dôme de paupières, où les yeux curieux sortent de leurs orbites voir le monde, gargouilles de la pierre flexibes, aux mouvements secrets, mamie crenelée.

Lucie, c'est un prénom dans ma bouche
délicieux comme la mûre sauvage
Du souvenir dont la liqueur
Parfume mes muscles.       

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16 janvier 2011

Aux endeuillés - le mépris

Je suis rendu au cynisme.

J'imaginais, moi, que les cheveux blonds qui percent

De douceur, dans la chair faible que la mienne feraient assez

De failles à la tendresse, que la cruauté toute sèche s'en émouvrait.

Il y a des algues dont on attend le parfum grimpant comme le lierre à la grève

Des sens. On entend bien, qu'elles chantent, les algues, quand l'eau se retire

De leurs pelages fibreux dans le cri incertain des marées qui écrouent

Les solitudes blêmes.

 

Oh.

La mort, frappe tout autour

De mes rires

Dans des habits de neige

La mort en décembre

Est gaie, elle porte

Aux décombres

Des jasmins, des odeurs

Des sirops d'orgeats

De l'aubépine

Des jardins

Tout entierLes tombeaux

De décembre

Ont la forme

D'une fleur-e

Innocente

Et les morts

Sont tout graves

Dans leurs peaux

De marbre.

 

La mort, attentive, quand elle ballade à ses cimes les crimes de l'hiver, veille à faire les cercueils de verre et d'odeur, ce sont de gigantesques serres où l'on éduque les miasmes discrets que l'on nommera alors fantôme.

ô la puanteur qui visite tard l'éplorée est celle du souvenir.

 

Les orphelins pleurent des langes de veuve, qui demain, seront les pétales des printemps.

En attendant ils toussent des allergies nouvelles, c'est la joie des saisons qui étouffe leurs généalogies opaques.

 

Quelle belle idée, décembre.

 

 

Ma joie semble le débris

D'une balle taillée

Dans l'éclat

Funèbre.

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13 janvier 2011

Fragments

[...]Dans mes bras je la sentais changeante, muer femme, devenir cruauté, ses cheveux cassaient, subtils d’odeurs retenues, comme des fioles de saveur fendues à la moitié, elle semblait la nuit qui abrite des aubes tranquilles. Des aubes à laquelle le temps, avec le soin de l'archéologue, dépoussière la cendre qui l’entrave la lumière. Nos caresses n’abimaient que moi, gerçaient mon torse si tendre que ses doigts à peine nubile le pénétrait, de sa part elles étaient tributs de l’admiration qu’elle me vouait, salaire généreux à mes délires la nuit sur la vie, la bourgeoisie et les révoltes[...]

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01 janvier 2011

Décombres

Les cendres de
Décembre
En ont fini
D'ici.

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28 décembre 2010

Lettres à l'outrage.

Tu as les yeux clairs des premiers amours, et les jambes pâles et invisibles qui rappellent aux
reins combien ça brûle un corps humain sous les engelures de décembre, Paris résonne de ta
voix : ce sont tes pas qui tonnent sur le bitume anodin de la ville grise. Tu es accompagnée
dans la vie de tintements et d’éclats blancs, il y a autour d’eux, pour désormais, un peu de ma
voix qui les enroule dans un lange de musique.
Tu as les yeux clairs des grands souvenirs qui se tiennent chacun à l’une des extrémités des
ciels inquiets : tu as l’aube et la nuit qui se regardent, interdits, immobiles, et aucun des deux
ne vient compromettre l’autre. Tu as les teintes oranges du jour dans l’agonie, et le blanc
automnal de la nuit qui s’en va, piétinée par les courses de rosée.
J’ai blotti trois mots aux tons fanés qui déploient des odeurs exquises dans des formes atroces,
ce sont les fleurs malsaines, arrachées des marais de la désespérance, trois mots qui sont les
dernières vigueurs du langage, son espoir infortuné.
Souvent, dans les buées qui bougent au bout de nos clopes, je me dis, comment elle est ta voix
très fine, très légère, comment elle ferait pour traverser nos hurlements d’imbéciles révoltés.
J’ai vingt ans que je porte aussi mal qu’un cœur, c’est un habit étroit, qui me moule des
épaules de fer, mes vingt ans sont deux choses : une douleur et une audace. Mes vingt ans
sont une fureur et une clameur qui ne savent pas passer, qui attendent de torturer l’Univers,
de l’aplatir sur la table à supplices et lui faire cracher ses injustices. Tant d’injustices qui
s’y morfondent dans le ventre de l’Univers et sa gorge profonde abrite tous les maléfices
ignobles, toutes les séductions dangereuses. J’ai vingt ans que je ne vendrai qu’au diable et
s’il n’en veut pas, je les brûlerai pour qu’ils ressemblent à ses filles aux couronnes infernales.

Mon existence se résume à trois ambitions, une trinité d’impie que je célèbre à l’autel des
orgueils :
Ecrire le conte qui reflétera l’enfer dans les yeux d’un enfant, construire l’Histoire qui
indignera le moralisateur et enfin, et surtout, vivre la vie qui fera pleurer jusque mes assassins.
Je pourrais en ajouter une dernière toute renforcée d’acier présomptueux : te dérober deux
baisers ; un pour chaque lèvre.
J’aime ce qui est excessif, et j’aime ton pas quand il va mourir dans le jour, j’aime quand
l’alcool qui vient faire gémir mes veines d’éclairs nouveaux et inconnus dérobent la part de
ton sommeil qui colle au mien ainsi qu’une miette de chaleur.
Dans la nuit, quand mes transes me mettent au lieu d’une voix un hurlement j’imagine tous les
jolis cheveux blonds qui percent la croûte de la nuit, ô combien de terres stériles n’ont pas vu
d’aube plus jeune que la folie blonde et bouclée qui meurt dans ta nuque constituée de tous les
iris fragiles que comptent les mains avides de la grâce.
Je me dis :
A quoi ça sert une bouche ?
A deux choses, je réponds
Au cri puissant, au baiser
Le reste c’est de la vanité, le dialogue c’est pour les idiots, se comprendre ça se passe dans
les gestes ou dans le cri, il faut éviter tous les mots superflus, ces escroqueries de poètes qui
trompent les foules.
« N’être pas dupe, c’est être méchant »
Chantait Verlaine
Et il tirait
Sur Rimbaud
La nuit a senti
Dieu le chien
Qui claquait
Des dents

Dans un éclair
D’acier.

Demain, j’aurais les ongles noirs de poudre, avant d’avoir les yeux fardés de sang, demain je
me maquille de terreur, je pose la lourde chair du crime comme un masque pressant sur mes
muscles d’enfant.

Je me dis, tu as le pas si leste que tes bottes ne te vont pas assez bien, et ta bouche s’est taillée
dans les minéraux rares des pays qui se tiennent dans les secrets recoins de la géographie, qui
sont comme un corps inquiet, dissimulé sous des brumes –comme la nuit pour le clandestin-
et des vents aux gorges de rochers. Tu t’abrites dans tes secrets et ton rire développe une
houle de joie qui chasse les inquisiteurs de la détresse, les traqueurs infernaux des tristes
solitudes. Ceux-là que tu ne laisses pas rentrer, ni demain de les avoir trop laissées hier
s’infiltrer dans tes failles, tu te souviens des bouches vénéneuses des amoureux de Province,
tu te souviens les amoureux loin derrière la cité bariolée

Je me fatiguais de Paris moi, j’en croyais connaître tous les parvis féminins, en avoir
décompté toutes les senteurs égales d’ennui, je m’étais dit « c’est fini, Paris, tu en as tout
bu la liqueur infâmante, tout bu le vice, tout dévoré la vertu » et je me disais ça, accablé
d’abandonner cette amante qui grouille de deux millions d’indifférences. Je crois que ce
sont tes yeux qui sont blottis dans ton visage qui ont réveillé en moi le mot sans la parole, la
voix sans le langage tout ce qui sert à traverser les individualités sans passer par la virtualité
niaise des mots préconçus, des phrases préparées, usées, salies, abîmées par les bouches des
galeux. Ah. Dehors, il y a le jour qui enfle, avec lenteur, il gonfle de lumière le ciel, comme
une voile. Il se bombe, le ciel, là haut, et il vient achever les rêves rachitiques qui habitent
la forêt monstrueuse du rêve. Dedans, ce sont des pins d’ombre qui tremblent comme des
déserteurs, ils enfoncent, les pins, chacun de leurs mots aigus dans le muscle tendu du songe
qu’ils percent comme la source brise la terre infertile qui retient ses fécondités, comme le dard
de l’insecte.
Je pense à tes yeux clairs qui éteignent la nuit, qui se brisent en les sept lumières imaginant le
spectre des bleus. Voilà Klein et le reste des armées aux muscles fêlées et tous les violets qui
patientent dans ma gorge que ma peau se défasse de mon corps…
AH. Comme tu es jolie, j’en ferai des poèmes à la gouache pour ton charmant visage.
J’invoquerai les mains célestes de la nuit et j’en déformerai ses chancres, je lui prendrai à
l’astronomie ses étoiles bariolées pour me les coller au front et avoir le soir qui prolonge le
soir, attacher des ficelles de soir en une longue corde qui pendra la misère.

Je sais où te trouver
Tu sais où me perdre.       

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20 décembre 2010

Almanach 2

Je regrette de n'avoir pas connu le temps où les putains étaient des femmes
Plus habiles que le fatras d'une foule d'inconnue. Où l'on tarifait mieux l'amour
Que le sexe, dans des culottes aux chiffres béats.
Je regrette de n'avoir pas connu ces putains, aux manteaux troués
De froid, qui parlaient de passes, et de littérature, et pouvaient raconter
L'histoire d'un amant mort à la guerre, et baiser sur leurs seins
Ce qu'il reste d'un uniforme.
Je regrette de n'avoir de putains, que l'almanach si déchiré
Qu'il n'en reste que les pages en lambeaux.

Il faut une certaine noblesse pour entrer
Dans les pages de mon calendrier
Il faut s'instruire des choses de l'astrologie
Le mouvement écarlate des étoiles
Aux yeux malsains.

L'almanach sent le benzine
La Seine et le Rhône.
Ce sont mes putains qui y entrent
D'Anne à Wendy, tout l'alphabet
Calendaire.

J'en exclus, certaines, qui servent d'encre
Aux rédactions de mémoire, ce sont les plaines
De neige.

Je regrette de ne rien savoir de ce temps
Où les putains savaient la géographie
Des Corps
Célestes
Comme l'astrologue
Suce les dates
Sucrées de ses
Drames.

Je veux dire, enfin, que j'aime d'être cet ascète de l'existence :
La lâcheté vit et se déploie dans le groupe
Le courage, lui, développe son parfum
Solitaire.

Où le mac n'est rien plus que le marchand quelconque de la tendresse
Sans le masque de cire qui va au criminel.

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08 décembre 2010

Les almanachs

Je connais des femmes qui ne connaissent pas d’hommes. Qui sont irriguées, disent les astres, par des solitudes viriles. Des solitudes aux mains de musc, le matin. Qui, aux premières aurores, disparaissent comme des étoiles perdues dans un jour naïf. Je connais des femmes qui ont faim par tant de bouche que l’écume ruisselle de leurs ventres, je connais des femmes qui psalmodient des prénoms d’hommes entre deux pendaisons à leurs nerfs, de plaisirs. Je sais des femmes aux yeux mesquins, où ont dormi des corps de nuit et de meurtre, qui se sont couchés là, expirant des crimes dans les creux du sommeil, qui ont mis des boues dans les fioles de la bonté que la rosée transpire.
Je sais, des marins, qui viennent percer les mers et les putains aux baisers malsains. Je sais des marins, qui ont vidé les océans des maladies qui verdissaient le ciel.
Ils sont venus, et ils ont dit « nous avons écrasé de nos torses fiers, gonflés de rhum et de grippe les sacrilèges du ciel, cueilli des touffes d’enfer rayonnantes et baiser les fronts charmants des princesses infernales ».
J’ai su les femmes aux chants émus qui ratissaient les villes de leurs gestes en cherchant sur le rire d’un enfant, le visage d’un amour. J’ai su des femmes qui avaient les yeux gorgés de batailles, tant de batailles qui avaient bu toutes les joies, que leurs rires fondaient en des sucreries de sable.
J’ai vu leurs cris tremblants dans le jour comme un soleil d’hiver leur sortir du corps et tomber en une grêle de lumière. J’ai vu ces femmes aux corps vains, qu’elles exigeaient d’un marbre musical, se fendre les muscles et dire entre elle « Je suis la Vénus de Milo, et mon âme est brisée ». J’ai vu des hommes qui au soir, laissaient trainer un chant de vigueur sur les grèves des gorges, et des cantiques monter des brèches de l’enfer, vu les pauvres gavés de misère et d’humiliation, arrondir leurs bouches en des cris souillés de huit-mille soumissions.
Vu des filles aux yeux bleus infiltrer l’espoir dans le cœur de ceux qui ne croyaient plus, des filles aux yeux bleus qui se déshabillaient en chemin. Ces filles devenaient légères du poids d’une éducation qu’on excise, d’une retenue qu’on digère, légères de l’air chaud de l’excès qui chassait l’air froid des tendresses.
Il me souvient Hannah et son journal de misère « il faut écrire pour ne pas disparaître », il me souvient de Marie qui mourait pleine d’horreur, couverte de vengeance, dans mes bras.
J’ai vu, des pays où la mer glisse et roule des cigarettes grises comme une âme.
J’ai vu mes haines s’arracher d’un poème, tout surpris d’avoir accouché d’un monstre aux yeux de vin. Vu des villes qui n’existaient, et visité des corps qui n’existent plus. J’ai parcouru les géographies du sensible, j’ai eu soif sur la peau de désert de F., j’ai eu froid dans les yeux de décembre de Wendy, j’ai pleuré dans le mensonge que mâchait Marion, j’ai ri de ceux-là qui pliaient Margot comme du papier journal et j’ai joui dans les quatorze ans étroits d’Hervé-Ly, ses seins ronds comme des yeux et ses hanches sans audace.
J’ai vu tout ce qui se cache derrière la vitre du jour, vu les hommes qui aiment d’autres hommes se parfumer de secret en se dérobant aux ongles du jour, senti leurs haleines mortes de hontes vieilles. Vu, mon corps aux sueurs féminines d’avoir déshonoré toute la nuit les filles de Foi. J’ai su que l’école usait la vertu mieux que les femmes quand le murmure de la nuit, remuait les secondes comme de la terre fébrile.
J’ai vu, les sots poser sur d’autres sots des trophées gorgés de pouvoir et vu des femmes défaire leurs corsets trop serrés pour donner au mal le droit de respirer, vu leurs ventres radieux s’exposer aux brûlures de doigts avides. J’ai connu des femmes qui n’avaient plus que des ciels pour toit, des ciels vidés de dieu, où se perdaient les échos des plaintes et des souhaits, ils montaient comme des fontaines avant de redescendre, inertes et usés, résonnant aux sols comme la défaite.
Dans le ventre d’une mère il y a neuf mois de désespoir qui iront piller l’enfance. J’ai vu tant de choses dans mes nuits d’orgueil, au milieu des reins des pouilleuses, mettant au bagne les galantes et m’inclinant le corps entier aux veines de porcelaine.
Il y a des cheveux blonds, au matin, qui percent de l’angoisse, raclent d’une voix de tuberculeux, et viennent exciter mes humeurs, ils se baladent en longs fils de lin pleuvent des musiques polychromes sur mon torse blanchi d’aube. Je les entends qui secouent des personnages d’imaginaires aux pointes de cordelettes souples comme des doigts d’enfant. Il y a des cheveux blonds qui promènent dans mes matins des marionnettes de songe, rembourrés de cauchemar.
J’ai vu la mer glacée se retirer des pays chauds et envahir les terres moisies de la mort. Vu la mer glacée couvrir les sonnets arides de Boileau qui a bu tout sec les océans et sa bouche réclamait encore des ivresses.
Vu, l’aigle de Meaux planter ses serres dans l’Histoire et Napoléon le mettre dans une cage de fer qu’on appelait concordat.
Vu, tous les bavardages de l’Histoire qui suit le temps en se moquant de lui dans le son des trompettes de victoire et lui dire, entre deux baisers de princes réconciliés, « Le temps est à l’Histoire, ce que le langage est à la littérature : son esclave ».
L’Histoire en liesse couvre de pétales de neige, de fleurs de sel et de myrrhe des fils innocents. Elle ceint les fronts de baisers merveilleux, et ils dansent, les fils innocents, ils dansent étourdis de liesse.
Tandis que l’almanach déchire ses pages aux prénoms multiples. Les amours durent un jour.


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30 novembre 2010

Aux épouses

Pour écrire j'ai besoin de prétextes.
Ces prétextes ce sont des femmes. Des femmes haïssables,aimables, des qui ont les yeux clairs des déroutes, celles qui ont les cheveux sombres des linceuls. Je me nourris d'elles, et quand je les ai bien bues, que mon pas va tremblant répandre son ivresse sur les vallons, j'en aplatis le souvenir sur un mur et c'est soudain un paysage gai ou pittoresque. J'en aplatis les formes comme des fruits murs et j'en bois la liqueur incolore.

Mon ciel je le fore de leurs plaintes angoissées. J'ai des amours -je sais leurs noms- dont toujours je devine les larmes. Je prépare avec soin des éprouvettes pour recueillir les chagrins et fabriquer de leurs chimies inquiètes des philtres de joie. Quand je rate, que l'alliage de mes sciences et de leurs pleurs forment un liquide épais, je bois le breuvage mystéieux et je m'empoisonne. Chaque jour, un peu plus, aux lendemains des crises de filles, j'ai le coeur engourdi.

Tant de femmes. Tant de femmes qui m'ont aimé ; tant que j'ai baisées. Je baise si mal, et pourtant je vois leurs yeux émus et leurs visages bouleversés de couleur, ce sont des fleurs, oui des fleurs peintes à la hâte par l'amour.
J'ai croisé tant de femmes dont j'ai brisé les hanches top lourdes, les nez trop longs pour les faire enter par les portes étroites de la littérature. J'ai croisé tant de femmes dans des couloirs étroits, que je n'ai aimées que le temps d'une effluve lente à se perdre. Tant. Tant. Tant de lames en suspens, au premier stade de la composition d'une peine, tant de larmes attentives au premier jet criminel du chien.

D'elle j'espérais un enfant. Je me lève Elle dort. J'entends quelqu'un qui hurle. C'est moi. J'accouche. C'est un personnage. Encore. U,n personnage baigné de placenta noir comme de l'encre.
Je cherche partout des femmes, pour écrire. Faites moi écrire. Toujours écrire. Autrement je meurs. Je meurs ici.

Je ne sais pas mentir.
Toute mon écriture est ma vie. Quoi que j'en fasse, je ne décris que mes amours, mes amantes et mes haines.
Je décris tout en démesure nos transes idiotes. Je décris le voile qui tourne, et la nuit qui ronge le vêtement, je décris, le corps tout bleuï de froid et mes deux mains innocentes qui réchauffent le corps ami. Je me souviens, là, les draps aux mains de luxure qui nous entravaient les reins. Je me souviens, oui, des premiers gémissements que les miens. Ils rôtaient comme des enfants en colère. Il me rappelle la musique que faisait ma voix gorgée de rires quand nous tombions du lit. Les écorchures que laissent l'amour avec le corps quand on a dix-sept ans. Les cheveux roux de Tiffany au milieu de nos baisers comme des aurores toussantes.
Les caresses hésitantes des jours de la Toussaint.

Toute ma vie n'est qu'une quête. 
Ce sont des femmes que je rabote en muse.
Je diminue la volonté, je baisse la lumière juste assez pour que leurs visages de minéraux morts soient des statues.
Je les rentre dans des fours, leurs mains d'argile sèchent en des gestes définitifs. Il n'y a plus rien qu'à attendre que le jour les peigne.

Ma mémoire est un musée
Des amours de marbre
Se reposent sur ses dalles usées
Le temps les biseaute.

C'est bête.
J'ai tout fatigué le corps des jolies pour des caprices littéraires.
J'ai encore faim.

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27 novembre 2010

Lettres à la haine : n°1 - Mot pour Emilie D.

En moi tu remues les haines de celui qui a eu faim. Il y a tous ces  corps perdus, brisés de supplications qui prennent le mien pour amplifier des plaintes. Je ne t'écris pas ; je t'outrage. Tout ce que tu es je le maudis en des prières inventées pour le sacrilège des fortunes. Mon sang te renie dans son lent murmure qui chante des cantiques d'enfer. Le monde me semble un poème trop étroit pour deux bassins si ennemis que les nôtres. Je te hais. Je hais toi et tous ceux de ta race qui savent survivre dans leurs démesures d'insignifiants. Pour  moi. Vous êtes le meurtre. Le meurtre fier et angoissant, tapi dans les  replis des lois, agissant toujours avec le secours des autorités crânes et odieuses. Vous avez à vos crimes, mis les grandes robes des lois et des soirées.

La richesse vous marque de son sceau invincible, c'est le  péché originel du siècle que de naître riche. Il faut des baptêmes de  misère, des douches de soufre, des maquillages d'angoisse pour espérer faire tressaillir sa peau de ce crime primitif.

Mais tu  pleures, tu pleures ? tu as l'orgueil de la tristesse ! Hé ! Ne touche pas nos luxes de tes mains gantées d'argent, tu es déjà riche, laisse nous les cris, ils ont suffisamment à  faire pour nos gorges, les cris, suffisamment à faire pour nos corps  meurtris, suffisamment à faire pour occuper la place de l'espoir et de la faim dans nos chairs. Je te hais Parce que c'est le moyen que j'ai de  briser le sceptre honni des pouvoirs et des riches capricieux. Quand je te hais  c'est un milliardaire de fantasme qui meurt, son corps de carreaux  brisé des pavés d'enfant.Je te hais, de la haine de celui qui a eu  faim, la nuit, quand la tienne s'abimait de lumières exotiques. Je te hais de celui qui a eu faim quand tes yeux s'armaient d'aurores. Je te  hais de celui qui a eu faim quand ton corps joyeux riait sur des tables  pleines de gâchis. Je te hais avec la main du mendiant qui se tend plein  de peine vers tes yeux moqueurs. Dans ma haine  il y a trois quart d'orgueil et un quart de damnation que je te promets.J'ai fait des  études pour donner à ma haine une profondeur et un paysage. J'ai fait  des études pour donner à ma haine des raisons. Je n'ai pas cherché de  tempérament à l'ardeur. L'ardeur ne vaut qu'audacieuse, violente, toute  farouche de chaleur, je n'ai cherché qu'à la motiver et la faire durer.  C'est un brasier allumé sous un pont, mais le pont,vois-tu étais-là, et  il se serait mis en branle, avec des muscles de miséreux galériens, il  aurait avancé. Quoi qu'il advienne jusqu'à renverser vos fortunes et vos corps. Je te hais pour ce qui transparait du monde à travers le véhicule de ton corps. Je  te hais et je voulais te le dire. Pour que tu saches que ceux de ma  race extermineront jusqu'aux derniers de la tienne. Si vous êtes plus  forts nous sommes plus nombreux. Si vous êtes mieux armés nous serons  plus braves.Nos rangs tremblent de fatigue de n'avoir le soir que  des trous de verdure où coucher la haine mais n'oublie pas, n'oublie pas  que nos ventres sont vides, que les armées d'affamés vainquent toujours  les soldats repus. Tu seras Rome ; je serai les Huns, les Vandales, les Francs, je serai le déferlement de la faim. Nous jeunons tous les jours déjà  pour que l'appétit frustré aiguise nos colères. Fais attention le matin  aux premières formes qui se soulèvent des cendres de la nuit. Ce peut  être mon frère qui tue l'un des tiens. La lumière qui s'arrache du gris  parisien ce peut-être le muscle phosphorescent d'un impatient de la  rage. Le clapotement de la fontaine, place de la Sorbonne, méfie-t-en comme du pas d'un  de nos éclaireurs cavaliers. Nous avons des haines qui ne sont jamais rien d'autre que le nom de nos dignités et de nos fiertés .Nous avons refusé votre réel insuffisant. Refusé nos ventres gonflés de vos odeurs.Nous  avons dit, d'une voix fêlée comme la cloche d'une Eglise, notre refus de vos existences. Vous aurez beau veiller. La nuit est un complice patient. Toutes les dates des calendriers elle fera le  guet au dessus de nos gestes maladroits. Tous les crimes elle couvrira  nos fuites de ses langes de soie. Fais attention. A toi. Parce que je te hais.Que demain, ou les fêtes à venir, l'un des miens emportera l'un des tiens, jusqu'à ce que ce soit toi.Nous sommes plus nombreux, nous sommes plus courageux, nous n'avons plus peur.Je  t'enseignerai jeune fille qui vit dans le luxe et l'espace,  l'étroitesse d'un tombeau, creusé pour un, où l'on se jette à deux. Je  ne prendrai pas de place, parce que j'ai faim. Le cadavre de ton crime  gésira tout près de l'innocence du mien. Je te hais Petite.      

Tu verras la douceur meurtrière des ailes d'un utopiste quand au sortir de ton cours de russe une voix de révolution t'emportera la bouche. Tu apprends une langue dont je t'enseignerai un mot : goulag.

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16 novembre 2010

Faim.

Je trouverai bien dans mes faims
Une main de charité
Douce
Comme la caresse d'une mère
Qui m'offrira une béquille de pain
Un drap de soupe chaude
Pour couvrir
Ce corps
Malade
Glacé
De 
Poésie

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