12 septembre 2014

L'orme du val

 

l'âme éclot en moi le fit par chemins tortueux
Jonchés de ronces brûlantes
d'échardes vénéneuses et de pierres tranchantes
L'âme éclot en moi se fraya route à travers ce maquis d'ombre
cette douleur que fut ma vie pendant un an dur et amer comme un siècle de bataille perdue
dur et amer comme cent nuits d'insomnies.

 

Et je ne puis imaginer désormais votre langage autrement que bave gluante et mauvaise
votre bouche cloaque infâme où les moustiques paludiques grouillent et s'accouplent
comment imaginer désormais votre parole dépouillée de ce bourdonnement là
Dans les "bonjour etc" j'entends désormais ce bruit terrible et votre bave,

bave plus néfaste encore que les marais méphytiques 

coulant

toc

toc

toc

alors j'entends à chaque mot dit

"toc

Bzz

toc

Bzz"

oh le drôle d'Opéra appelons le "les copains d'abord" c'est à propos. 

Pour évoquer la puissance de la descente de croix de Rembrandt, Théophile Gauthier comparait sa vision à l'éblouissement de celui qui sortant d'une pièce sombre tombe sur la lumière vive de midi
et j'utiliserai pour décrire ces quelques mois de mon existence la métaphore tout à fait inverse
la réduction à rien de la lumière du monde
Et cette cage infâme d'obscurité où je me débattais en silence
Mes cris aphones toujours à buter contre le baillon de ténèbres
Le désespoir et l'impossibilité à vivre prisonnier du puits sans fonds
De l'abîme sans joie
Oh l'enfer est préférable à ce creux obscur
Le feu au moins y fait semblance de jour
Pourtant je l'ai dit sans cesse
La terreur en moi
Le janvier glacé dont j'étais hanté
Un janvier cruel
hiver gelé et sombre
A oublier la couleur du jour
A perdre le sentiment de l'aube
La misère et l'ombre enfonçant en moi leurs dents glacées

et moi j'ai traversé ces forêts infernales obscures et bruyantes de danger
à la fin de ce tremblement
au bout de cette nuit, oui j'ai aperçu un trou de lumière dans l'épais feuillage 
Oui entre les ventres gargouillant de faim des loups et les chênes à visage
J'ai vu de la lumière et je m'y suis jeté
Avec une force que je ne me savais plus
Je me suis jeté avec cette énergie qu'on dit toujours du désespoir
Et doucement dans ce corps exsangue la chaleur du soleil recommença son labeur
Doucement la vie et le goût de la vie en moi germant
Et cette florescence de moi
Ces roses ce printemps
Vous crachez dessus comme sur du chèvre-feuille
De vos mots criminels vous désherbez
Ah la bave 
La bave acide qui fane le lilas.

 

arraché au péril c'est de scandaleuse manière selon vos lois nulles
personne ces nuits terribles ne me chauffa de l'espoir même du jour
personne ne vint dans la chambre solitaire
contre les murs peints de noir
personne n'entra avec le souvenir du mois d'août
Alors j'ai survécu
Sans vous

et votre confort moral aheurté vous force à ces robes de juge immaculées et sur votre bureau propre
On ne saigne pas
On ne saigne pas et toutes les nuits une bonne passe son plumeau et débarasse les miettes d'homme assassiné
cet homme tous les soirs c'est moi
Débris de "je"
éparpillé
Et pour la lumière vous avez la lampe de chevet à abat-jour vert (il faut bien interrompre, tout de même ces lueurs, pour juger sévèrement, implacablement il faut pénombre, autrement l'homme apparaitrait parce que l'ami il faut le dire au premier jour du procès on lui arracha le titre et la tête; alors on comprendrait, on chercherait à comprendre).
Mais vous quittez le tribunal par la porte dérobée
et vous atteignez ce point de vous, on dirait, et vous la franchissez la main moite et la bouche sèche
Parce qu'on n'accuse jamais que pour se défendre, parce que 
Toi tu dis "on ne fera jamais comme ça, NOUS" et dans ce nous tu portes un crime immense
un camp d'extermination comme on en a plus vu depuis mes plus affreux cauchemars
et tu as tort.
Et toi c'est autre chose c'est l'indignation morale tu te sens floué par tous les gestes
Alors tu reprends toute mon histoire et tu changes un mot pour un autre tout le long chemin de toute ma vie
je deviens monstrueux
on me voit une moustache sèche et le début des cornes.

Pourtant vous ne savez rien
Drôle de tribunal où l'on invite jamais le condamné à s'exprimer
Drôle de sentence celle muette
Toujours surgissant pour meurtrir le corps absent
Et je n'imagine pas ce double de moi ce reste de mon ombre tant crucifié par vous et sottement
J'aime la croix et ne puis vivre sans son faix
mais ces gibets postiches
Ces imbécilités ennuyées gardez les hors de moi
De ma chair réelle et de mon être fantasmé
Vous n'avez rien compris depuis le début
Et cette histoire inventée me dégoûte bien plus que vous n'êtes dans votre aise morale
Qui d'ici ressemble à un cabinet sale
On a pas tiré la chasse.

Vous avez imaginé, inventé, parce que c'était vraissemblable et possible
Parce que parfois, même ce fut vrai
Vous avez imaginé et c'est barbare 

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03 septembre 2014

je t'écris

je t'écris pour feindre les grands sentiments amoureux et t'attirer la nuit (sans couteau, je préfère le crime à mains nues, une sorte de tradition religieuse) dans un coin d'ombre dangereux. Je ferai de grandes phrases lyriques Des tremblements de coeur Mes mains gémiront de joie à l'idée de toi mais tout sera faux c'est le métier d'acteur échappé de mes gestes et toi, naïve et dupe, tu te laisseras mener dans ces renfoncements mauvais et dangereux Le plaisir te laissera comme une morte puis dans un grand éclat de rire j'oublierai tout de toi les gémissements du soir la peur dans tes yeux et ta lèvre périe

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18 août 2014

Bis

Il me souvient

Tes doigts dans les songes

La peau douce
Etrangement parfumée

Tu sentais

Le rêve

Le pin brûlé

Ou bien

Toi-même, l'amour

(l'odeur de l'herbe blessée par

l'été affamé)

Tu sentais

Cette odeur perdue
Qui n'est pas l'odeur

Des lundis

Ni le son 

Métallique

Du dimanche

Ou les ongles 

Cassés

vernis

 

Il me souvient

Tes cheveux renversés,

immobiles

Dans le songe

Etait-ce alentour de toi (partout

autour)

L'eau d'une noyade (?)

La mer d'Avril

La sueur transparente

Des amants (beaucoup)

Ma main captive 

Des algues

 

 

Mes doigts au réveil

Remuant

Douloureux

Sur ta peau bru-

nie (saveur réglisse

La nuit)

Ta peau

Bru-

lée

(tendrement)

Par les baisers

Le soleil chaud humide

Dans la bouche

Le miroitement

Des dents

Les cent-douze blessures

De l'amour 

Mais nulle part le couteau

De l'amour

Le sexe honteux

La peau tue

Le café froid

Les apparences

De la mort

Cousin

Au cinquantième

degré

 

Tu dors encore, longtemps après moi

Tu bouges dans le lit en murmurant «pitié»

Toute la nuit l'horreur oubliée te remonte

Comme de la vase

De l'eau croupie

Le marécage de ton âme /

 

Refermées tes paupières sont bleues 

Et belles

Comme la nuit trempée

Humide 

De rosée

Tu as l'une des treize couleurs

Du sommeil

Quand tu dors

Mais que je ne dors plus

L'urine de la nuit empèse ton murmure

Elle vient sur tes lèvres dans un mouvement

De chatte

Et tu es tout son territoire

Gouttière

Chaton

Fauteuil

Tu es

Le peu importe

de mes poèmes 

 

 

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16 juillet 2014

Je suis prêt

Je sens à nouveau la respiration de la brume intime
M. remue comme la nuit ancestrale
et ses mouvements pareils à ceux des messes noires éveillent le volcan obscur
Le souffre d'éternité me monte aux prunelles
Je reprends le massacre interrompu il y a longtemps
de ces gestes là pareils à des pleurs carnivores

Je suis prêt

l'ambition l'ambition de toute ma vie passée

bat en moi comme le galop des orages

et je réapprends le cri de commandement face au miroir
Perdu un matin où le désespoir en moi s'assagissait
Je dormais bien

et les filles ne pleuraient presque plus jamais
les filles de ce temps là précieuses comme des mégots fumés deux fois

mais le soleil aride m'était entré dans l'âme

et je demeurai vivant et absent comme arraché d'une prise d'opium. Ni tout à fait intoxiqué, ni tout à fait éveillé
Nous attendions l'instant du manque Pour retrouver la vieille figure tragique le masque des rites horribles
Cette lèvre déchirée toujours par un cri

(un cortège d'oiseaux de proie)

Je retrouve mon âme et ses cent-dix mutilations, comme j'aime les blessures, comme j'aime les corps coupants

je rêve d'une femme nue et tranchante

statue de verre brisé pour lui faire choses d'amants

ce fut mon péché longtemps d'allumer dans les yeux et les cheveux de gamines inertes de grands brasiers pour m'y jeter

ah le délicieux bûcher allumé dans sa propre ombre

le feu qui partout vous poursuit comme un miroir d'abîme.

Le vertige dans toutes les courses

c'est toujours mordre et crier

 

Je me souviens de mon goût jadis pour la gloire et l'envie que j'avais de la faire toute petite contre ma poitrine pour la déchirer en tous petits morceaux et sur chacun de ces petits morceaux écrire "MERDE".

 

Je vois :

Un lac
S'y décomposent des plantes d'eaux à mille feuilles
elles tourbillonnent dans l'espace aquatique.

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13 juillet 2014

Danse des poètes

Je porte en moi un volcan affamé 

une lumière de tumultes bleus

toute la foule du monde

et sur nous la nuit avance semblable à un grand mât

j’ai senti parfois mon âme se fendre comme un glacier

dans un bruit d'orage

et la plaie immense

la béance articulée chaque jour de sa vie

la béance, chaque jour de toute sa vie

la douleur et la plainte

par où l'on dit "JE"

et la couture à jamais visible

et le poignard d'alors tremble encore dans le coeur

membre fantôme

il remue

ô ma douleur

ô ma mémoire

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02 juillet 2014

Une morte

Ton visage la nuit crispée ô ton âme déliée flamme

Grinçait dans ma nuit

Le miracle la vie sortie de torpeur, salive épaisse de la lèvre ocre

Blancheur à la crête du Je

Le vent piégé par les algues et le crissement du sable

T’appellent là-bas ; tu ouvres les bras, c’est l’horizon.

Vertigineuses absences

Au loin les paysages, miroirs étreints de feu ;

La nuit gonflait comme un lac, hésitante

Les doigts tendus, dans la gorge roulait la mélodie transparente

Sur la peau calcaire, des larmes

L’ombre d’une femme

Ton visage dessiné dans les linéaments de la terre

La lumière et le drap et ta peau écumes pâles

De cette aube morte

La main jetée de tous côtés ton absence, ma vie

Les paupières pareilles à des ongles sales,  yeux noirs

De la boue sèche, grattée par le regard

L’odeur d’au revoir de la route fraiche

Des arbres creusés de sang

Et des près mûrs de

Plus rien ne te ressemble ô chère morte

Tous les fragments de toi retrouvent leur air de tous les jours

La lande n’est plus ta peau ni lavande ta bouche

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Fumée beige

L'image de toi friable comme de la pierre sèche

Dieu mon dieu la minute-statue dans quel jardin déjà le soleil hardi
On vit c'est un jour de tempête
Le vent d'équinoxe dans des cheveux alphabet
Le bleu le jaune délavés des photographies
Comment s'appellent cet homme cette femme sans couleur
On ne voit plus les visages seulement la neige vide, un grand miroir aphone

Et tout ceci qu'était-ce déjà j'en perds mémoire, un rendez-vous manqué
Sur le bout de la langue
ce ne sera pas ce soir
Ce ne sera plus jamais le soir
Le vrai soir
Plein du silence de vivre
Les lèvres comme des ronces 

Un seul soir y vins-je le crépuscule remuant des. Ailes muettes
La lune bercée, mille chant d'ombres
On y plantera Dieu
Je germerai


Sur soi la nuit blanche
eau forte et douce
Aux figures froides
Le café ou bien le thé
Tu dis peut-être je ne sais pas
Et déjà je ne vois plus ta bouche en forme de
Peut-être ou je ne sais pas
À cette table
Il y a une place stérile
Comme un ventre vide

Ta place

Une image creusée d'oubli
Un grand vent disperse les lettres du prénom on cherche ses souvenirs dans le téléphone
Un mot s'écorche dans les cheveux
Les poumons vides, plus jamais

Monde abandonné
Feu de cheminée où brûlent les roses
Odeur de mai incendié
Sifflent les balles gémit la Seine
Contre le cœur, serrée, la neige fondue de toi

Le médaillon vide
Un trou dans la mémoire
De la taille d'un poème



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26 juin 2014

soi même le monde.

Hier, prisonnier d'une insomnie sans délivrance je me raccrochai à tous les visages de ma vie ; alors à toi je murmurai les paroles que voici. 

il y a en moi un murmure qui dit la trahison

l'infini desséché que je porte en moi

mais

c’est mensonge

je ne me suis pas résigné à la forme attendrissante du réel quotidien

des jours de la semaine

l'etc du monde

Un matin de mes mains somnambules j’ai déchiré l’absolu

de mes doigts sévères 

les yeux hallucinés

j’ai déchiré l’infini

pour arracher le vacarme en lui

le vacarme en lui

travestissement

duperie

maquillage d'une femme vraiment laide

rouge et obscurité dans la lumière des soirs

trompant le désir. 

 

Un mouvement dément, une nuit, où les dents tremblent jusque dans le coeur

et l’on entend soi-même

pénétrant dans le temple

avec des pas bruyants comme des épées

une haleine de vandale

tordant les vieilles idoles

et sous la pierre de ces croyances mortes

une forme éclôt

neuve, inconnue

ô l’étrange miracle

les statuent elles aussi muent

alors

alors

un miroir

soi-même

le monde

l’infini.

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21 juin 2014

"M#####"

Il y a dans les prénoms en M.
L'idée d'une parole étouffée
D'un baillon sur la bouche serrée interrompant tout l'amour

On entend dans, l'initiale avouée, ce Mhhh, des plaintes déjà
éteintes

J'ai connu dans ma vie une foule de ces M., femmes étrangement muettes
Haïssant le silence ; l'âme pourtant aphone.

Je cherche sur leurs lèvres ma douleur, mon chant précieux, le rouge et le cri formant dans la nuit étincelles
Bruit des épées sur le sol
Je cherche une couleur homicide, un tremblement des paupières une rage
Je passe sur elles, alors, mes mains brûlantes
Quel miracle 
De transmuer ces boules de cendre froides en brûlants incendies
Et le feu prend enfin à ces yeux éteints, à ces lèvres sèches
Enfin le soleil touche cette peau allergique au soleil
Alors, 
alors
Alors
Enfin je me jette dans les flammes du bûcher inventé par moi, pour moi
Ma chère brûlure mon incendie adoré
Quand dans mes songes vient ramper la braise brûlante
J'accueille dans toute l'étendue de mon sommeil ce soleil naufragé

Mais ces femmes toujours meurent
Cette lumière d'août à leurs pommettes se dissipe
Et revient la pâleur des matins de janvier
La neige
Et la drôle de couleur
de boue du dégel
Et on appelle cette boue
Les frimas noirs
"M#####"

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16 juin 2014

Psaumes brisés

Le feu prend dans des coins de ma mémoire
Comme j’ai besoin et comme je réclame mes nuits ser-
-ties de plaintes
Ma chère douleur
Ô ferveur
Ô endroits d’ombre
fraiche et mure
Contre ta pierre absente, je me jette,
Bouche sèche, mains amaigries
Yeux agenouillés

Et la foi comme un volcan tu
Crachant une lave couleur d’alcool bouilli
La foi sortant d’un lit où le vin sacrilège
tache les draps


Dans la lumière nocturne, naît l’abside
Eglise, de souffle et d’haleine ;
Diable et dieu hachés
Dans le fleuve de ma gorge

Je prie
Les poings serrés, durs, à s’en briser les psaumes

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