22 février 2020

Roman 3 : HSBC

Mon Master 2 se déroulait en apprentissage. Du lundi au mardi cours à l'Université ou à l'ESSEC, mercredi, jeudi et vendredi et toute la semaine lors des vacances scolaires : HSBC.

Je bossais dans la finance, sur les champs Elysées dans l'ancien bâtiment du CCF. 

La vie qui se dessinait devant moi m'horrifia un jour / La maladie prit sur moi son avantage silencieux. Et plutôt que me rendre au travail, j’avais pris une place dans un des cinémas du 5e. C’était un film de Fassbinder, je ne me souviens pas le titre. Par un amusant hasard le personnage, lui aussi, quittait son travail qui lui promettait, tout comme à moi j’imagine, le désespoir, l’assèchement interne et pas mal de fric.

La maladie, que je nommais à l'époque, avec négligence, petite dépression, fut bien sûr la cause principale de mon abandon de poste.

A la suite de mon départ, l’un de mes professeurs qui se pensait littéraire et spirituel, avait choqué tous mes camarades en s’esclaffant « s’il préfère se faire enculer en lisant Rimbaud »

Son rire, cette sorte de rire de traître, je l’imaginai parfaitement de le lui avoir si souvent entendu. 

Ce type appartenait à la catégorie fort répandue des médiocres qui, pour paraître brillants, humilient les autres, souvent plus jeunes, plus timides en somme plus faibles.

Sa carrière académique ne valait pas grand chose. Il avait pu obtenir un poste de MCF en droit, accomplissement tout à fait honorable en soi. Ceci ne lui suffisait pas. Dans sa discipline il demeurait un inconnu, personna nullius.

Spécialiste de rien, bavard de tout. Incapable de la moindre hauteur

Il était, chose honnie par lui, banal. Alors, pour s’en consoler, comme souvent les frustrés, il humiliait les autres, passait ses nerfs sachant son autorité et son magistère sur les étudiants.

Ses bons mots ne valaient pas grand chose ; blessants, cruels…ouais. C’était tout. Il faisait rire l’assemblée, parfois, non de bonheur mais de terreur. On riait de la flèche évitée.

Ni Voltaire, ni Foucault…lui uniquement lui ce qui le satisfaisait au plus haut point et tout autant le désespérait.

Lorsque j’appris son injure (qui se doublait, belle grâce, d’homophobie) nous échangeâmes. 

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Que savait-il au fond ? Son mail, tout empli de cuistrerie, mon dieu. Que savait-il au fond de ma détresse profonde, de l’envie de crever, l’impression chaque matin de me lever les yeux crevés devant les peindre, croûte imitant la vie. Que savait-il lui qui avait raté ce qu’il convoitait, raté, expert en ratage, mesurant tout à l’aune de son ratage, docteur honoris causa de la nullité.

Lui, qui ne savait rien de ma détresse à moi et m’insultait tandis même qu’il savait ma maladie. J’avais déclaré, ignorant les subtilités du mal m’abîmant, une dépression. Sa basse cruauté, il devait encore l’exercer contre moi. Elle ne m’affecta pas. Le ridicule de sa rédaction, son style laborieux, qui se voulait élégant, le disqualifiait. Il ne pouvait rien contre moi - et pourtant faisait planer une menace si lui avait pu décider contre moi alors j’aurais vu ce que j’aurais vu.

L’enfer, c’était la banque. Les petits rituels grésillant en moi, malgré moi, négateurs de moi. J’avais les cheveux longs, broussailleux, assez peu admissibles dans ces lieux là. Tous les matins, je les passais sous l’eau pour leur donner une forme à peu près conforme. Tous. Les. Putains. De. Matin.

La banque inventait d’autres rituels, traçait dans notre journée des points de passage.

En arrivant les employés étaient soumis à une procédure de sécurité très semblable à celle des aéroports. Je déposais mon sac sur un tapis roulant. Un agent de sécurité contrôlait son contenu grâce au scanner à rayons X.

Puis je passais sous le détecteur à métaux. 

Par lassitude et parce que tout ceci m’apparaissait ridicule, je glissais souvent dans mon sac des sex toys et un coupe papier qui, sous le scanner, avait l’apparence d’une lame affutée. Rituels discrets, abêtissants. Le pire, comme pour toutes les soumissions, on s’y habitue. On s’habitue à cette discipline. Je ne sais à quoi elle nous prépare ni si même elle y parvient. Mais elle le fait.

Le déjeuner se donnait dans un autre bâtiment, à une dizaine de mètres. Le principe voulait que le repas soit pris en commun. Je ne crois pas que les notions de team building ou de corporate culture furent évoquées. Elles transparaissaient, s'avouaient de notre simple présence dans ce lieu ; comme la maladie mentale dans l’hôpital psychiatrique.

A ce déjeuner commun, je ne parvenais à m’astreindre. Les conversations me coupaient l’appétit, l’angoisse, terrible, toujours me saisissait. Alors, très vite je me suis abstenu. J’errais les rues, les cafés. Souvent je prenais le métro dans un sens, puis dans l’autre pour lire. Tout ce qui me séparait de la banque me sauvait. Me refusant à cette discipline du repas commun, on me regardait comme un paria, un étranger, un type bizarre ce qui, à n’en pas douter, j’étais. 

Les vendredis nous devions faire un reporting de l’activité financière de la semaine. Je m’y collais. Il fallait imprimer des documents pour les ranger dans une immense salle où dix années de documents s'accumulaient. C’était une obligation légale, on disait. Ce reporting. Il fallait tenir à la disposition du régulateur des marchés financiers, l’AMF, ces reporting. Sans tenir de registre, sans savoir à peu près ce qui figurait dans chaque classeur, je voyais mal quel type de surveillance pouvait être exercée. Un alignement de classeurs, de chiffres au sens perdu, de nombres égarés. Une bibliothèque d’absurde, constituée par les gestes répétés par des juniors, des stagiaires, des intérimaires. De ceux qui ne sont pas encore tout à fait comme il faut. Lieu, sûrement, de la discipline. Accomplir une tâche sans sens. Gestes fantômes, ayant laissé ici la trace de leur soumission. Moi-même je m’y trouve. Avec ma nombriliste lâcheté

Discipline et contrôle. C’est le maître mot du travail. La devise. Discrète, invisible, habituelle. Dès l’entrée. Dès le premier geste. Les cadres ne pointent pas. Payés au forfait il n’est nul besoin de mesurer leurs temps de présence. Mais la banque ne pouvait abandonner son pouvoir de contrôle sur les corps. Alors elle installa ces portiques, ces reportings, ces mots de passe - mots de passe à changer de façon régulière pour donner de l'importance à sa tâche, les déjeuners en commun. Ecrasés, définis par les objectifs, le rétro-planning ces mots réservés à ces lieux là que les open space engendrent et répandent ; ces mots là se diffusent, comme des virus, de boites mails professionnelles en boîte mail professionnelle. 

Ce dont je me souviens, soudain, c’est ma directrice de Master son époux, banquier chez Lazar, l’habituait aux réceptions et au luxe. Avenue Victor Hugo, elle portait aux oreilles de petites pierres précieuses. Son titre universitaire lui conférait aussi de sérieux avantages matériels, elle invitait ses étudiants à déjeuner. Enseignante-chercheuse, elle ne cherchait désormais que des tables où déjeuner et des apprentissages pour les étudiants. 

 

Mon boss, chez HSBC, Benjamin, incompétent notoire traînait sa misère dans son bureau. Il avait sept enfants, s’était retrouvé là à force d’échecs et de copinages. Ma présence, ici, disait aussi un échec. Mon absence, là-bas, dit encore l'échec. D'une autre nature.

Les employés des boutiques de luxe, des parfumeries, des galeries prestigieuses lorsqu’ils quittent, à la fin de la journée, leur poste sont passés à la fouille. On s’assure qu’ils ne dérobent rien et, dans le même temps on leur rappelle leur position éminemment subalterne. Le soupçon intangible pesant sur les pauvres « vous êtes des voleurs, nous le savons et nous agissons en conséquence, ne le prenez pas contre vous, vous n’y êtes pour rien en tant qu’individu c’est votre nature on ne dira pas classe, classe ça n’existe pas vous savez, c’est fini ce temps là des classes » langue des signes, les mouvements du vigile sur les corps.

Devant le client leur est imposé un style distingué, un dress code sévère qui les fait paraître, de l’extérieur, du dernier raffinement. La boutique close, sous les mains attentives de l’agent de sécurité, leur condition leur est rappelée. Brutalement. Sèchement. On les dépouille du chic artificiel. Les voilà, si tôt la journée achevée, renvoyés à leur condition de pauvres, de suspects ; renvoyés à leur salaire de misère. Renvoyés, pour les employés parisiens, à la grande banlieue. Tout signifie « vous n’êtes pas d’ici » vous êtes tolérés 35 heures par semaine. Pas une minute de plus sauf si elle est gratuite.

On les revêt un instant des atours du pouvoir et certains d’entre eux se prennent au jeu et agissent, dans la boutique, avec l’attention exquise qu’on leur exige. On les paie en symboles. La petite broche dorée de Sephora ou de Nespresso coûte moins cher qu’une augmentation de salaire, qu’une prime de fin d’année, qu'une réduction de l'amplitude horaire à salaire constant.

Il existe maintes formes de contrôles. Celui double, ici, du tailleur et de la fouille.

J’ai tenté de me prendre au jeu, et les premiers jours sûrement y parvins-je. De l’argent, quelque chose de présentable à montrer aux autres. Cadre supérieur à HSBC ou UBS ça en jette. Au moment de faire valider mon contrat d’apprentissage à l’Université mon interlocutrice, voyant l’entreprise où j’étais affecté, siffla d’admiration, elle a dit « c’est la classe, c’est pas La Poste ça ». Ou le LCL. Je ne sais plus exactement ; l’une des deux banques, c’est sûr.
Alors, pris au jeu, cherchant à rattraper je ne sais quel temps perdu, cherchant à légitimer ce qui m’arrivait - que je désirais aussi - je me conformais, je me rendais aux after-work notamment celui des champs elysées. L’Ice Bar, c’était je crois. Il y avait un open-bulles pour 15 euros. De 20h à minuit. De la bouffe aussi. Gratuite. De la musique, des gens en costume. Des gens qui se surveillent mutuellement, qui se sous-pèsent tentent de se deviner, de se mesurer, de se reconnaître ou de se méconnaître.

Oui, avant que nos organes ne se tordent, ne se déchirent, avant que l’air trop rare nous fasse s’évanouir l’âme ; on jouit. Danger commun, tous les plus âgés te le racontent, l’argent c’est un piège, c’est le confort. Plus vite qu’on ne croit on se change en chiens de garde, on peut garder des habitudes de loup. Sûrement, même ainsi, c’est pire. On devient alcoolique pour ce qui nous reste d’exercice de la liberté, d’hors-champs de ce champ clos.

dans certaines boites de nuit qui se veulent select les mêmes yeux se penchent sur soi. Au Silencio, j’ai pu faire l’expérience de ces regards là. Mêmes yeux, mieux habillés, parés d’un maquillage plus élégant. Les femmes plus belles, les hommes plus connus. Voilà.

 

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21 février 2020

Roman 2 - L'enfer


Il devait chercher un emploi, on l’incitait à chercher un emploi. Il fallait.

La médecin, la psychiatre s’il faut le dire avec précision et dégoût, ne pensait qu’à son insertion professionnelle. Il allait toujours assez bien, son état suffisait toujours pour sortir du protocole de soin et des aides sociales afférentes. L’emploi, contre-point matériel à la chimie bizarre du traitement. Touche finale de l’hygiène mentale. Cerveau lavé, poncé, rétabli ; sorte de taxi propre, révisé, qui désormais doit faire tourner à l'infini son compteur. 

Il pensait à ingérer toute une boîte de Xanax.

« Insertion professionnelle » ce syntagme répété à l’infini comme seule issue possible et durable à la démence progressive. Insertion professionnelle, répétée avec toutes les inflexions possibles de la voix. Autoritaire, douce, encourageante. On ne savait pas à la voix tant de registre. Voix. Mais. Insertion professionnelle. Par une sorte d’acte manqué institutionnel, la structure vers laquelle on le dirigeait s’appelait SPASM. Il ne concevait pas le travail autrement.

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« Insertion professionnelle ». Il se plaignait auprès des autres thérapeutes de l’insistance de la psychiatre. La stupeur et la détresse le privait de toute initiative, de toute ébauche de volonté et la psychiatre et à travers elle la grande machine administrative; répétait pourtant, trouve un travail, un travail, un travail et le mot, l'objet, le mot écrit, travail le mot prononcé travail lui provoquait désormais de violentes attaques de panique, se supperposait en tout, se déchiffrait partout. 

 

Un mot répété en boucle se transforme rapidement en une indéchiffrable vibration de l'air.
Nous avons tous fait l’expérience de cette dissolution du sens à force de redites. Il en allait autrement pour le mot travail dans le bureau de la psychiatre. Prononcé à l'infini, sa signification enflait et envenimait et si l'air vibrait au contact de ce mot, travail, le mot travail digérait tout l'oxygène de cette vibration. 


Alors le mot, le mot travail qui ne référait plus à rien se suffisait à lui-même, devenait sa propre fin. Ce mot concourait désormais au mal, s'insinuait traumatisme et nausée. 

Comme si le travail, le travail salarié constituait l’objectif unique de tout individu civilisé. Comme si, déjà, le travail s’assimilait au travail salarié qu’il n’en existait d’aucune autre sorte. Qu'ainsi, l'artiste des rues ne travaillerait pas, sauf s'il devient Jean Genet, qu'ainsi le bénévole qui sauve de la faim et du froid pourtant, ne travaille pas, qu'ainsi la mère élevant ses cinq enfants ne travaille pas et que cette liste s'étendrait à l'infini.

Cette idée de travail, conditionne, un certain mode de vie. Le suppose et le produit. Cette idée du travail...

Comme si entre la dépendance économique aux minimaux sociaux et le CDI ne figurait aucune variété d’occupation : comme si entre la solidarité nationale et le travail n’existait rien.

De l'art on pouvait parler comme d'une blague ou d'une fiction. Les artistes, pour la psychiatre, devaient appartenir au régime des hallucinations collectives, de l'expression fantasmatique du refoulement.

Une de ses amies, instable psychiquement, à laquelle n’était officiellement attribuée aucune pathologie mentale avait reçu :

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Obsession. Partout. Les mêmes prétextes pour encourager au travail, sans prise de distance. L'environnement humain d'un hypermarché E.Leclerc où les pauses, mesurées à la seconde près, font les caissières se pisser dessus.

Là où ça sent l'urine ça sent l’esclave.

***

En quittant l’hôpital de jour, il passe à la bibliothèque municipale. Se dirige vers le rayon poésie. Rangée de crève-la-dalle, de délaissés, de paranoïaques pourtant ici, ordonnés, cornés, tachés à force d’emprunts. (photo avec attila jozef, dans son ventre, là, représenté affamé, se verse tant et tant de mépris ; jusqu’à plus soif.

S’il avait fallu croire dès ce temps là les psychiatres, les normalisateurs&négateurs nous aurions peut-être des voitures volantes peut-être une colonie sur Mars mais pour l’âme humaine, la poésie ou la musique seulement les affichages publicitaires. Peut-être n’en serions nous pas désolés, peut-être même l’art et les artistes sont-ils un poison dispensable. Une sorte de trait d’union toxique entre l’animal et le surêtre.

***

Il faudrait se résoudre à cette croyance absurde ? Se résoudre, jusqu’à sa propre négation, que la détresse pourrait se dissoudre dans le contrat de travail ? Que le salaire viré le 27 du mois sauverait de la détresse ? Que le CDI protégerait des démences, que désormais aucune corde ne saura s’enrouler autour du cou ; qu’aucune lame ne pourra plus trouver la veine ; qu’aucune surabondance de benzos ne sera plus mortelle ?

Ce qu’on lui promettait c’était la mort à pas lents. L’ennui fonctionnel, le pourrissement attendri. Il ne s’agit pas, dans son cas, de moraliser le travail, d’avoir sur le boulot un avis général et péjoratif. Il admettait trouver un charme certain aux slogans de 68 "ne travaillez jamais". Son refus, pourtant, était sans lien avec une position politique - sauf à faire de son suicide une question politique.

On l’enjoignait à trouver un emploi et sur lui pesait la certitude de la mort à venir.

   Antoine, lorsqu’on lui disait que tout travail était affreux, répondait que, tous les mois, la somme sur son compte lui disait le contraire. Peut-être c’est vrai. Peut-être le bonheur commence le 27 du mois. Que le docteur ne veut que mon bien.

   Toutes les démences ne méritent pas l’internement psychiatrique. Il existe des structures ambulatoires appelées « hôpital de jour ». Les patients, après un entretien avec un médecin, peuvent y entrer ou s’y inscrire. On leur propose des activités culturelles ou ludiques. Des repas collectifs. Une sortie au cinéma, la visite de musées, des jeux de société…une sorte de centre aéré des malades modérés. Certains patients alternent leur présence entre l’hôpital de jour et l’hôpital psychiatrique en dur. Celui de l’enfermement, de la surveillance, de la privation de liberté, de l’absence totale de moyens et des violences plus ou moins grandes plus ou moins constatées. 

   Bertrand, le visage long, les lunettes sur le nez, deux mètres, cent kilos collectionne les étiquettes des bouteilles de coca-cola. 

Je lui demande s’il continue sa collection il me répond oui il me dit aussi qu’il les a jetées à la poubelle. 

La collection ne consiste pas, pour lui, à constituer un stock. Il n’entasse pas. Tout tient dans le geste de réunir et non dans celui de conserver.

Il vit dans un foyer dédié aux personnes mentalement déficientesDes éducateurs, formés à la gestion des adultes, organisent la vie du foyer. Un jour Bertrand m’annonça tristement "l'éducateur a pas voulu me donner l'étiquette pour ma collection" 

Je ne comprends pas ces cruautés gratuites.

De l'hôpital de jour la tranquille tiédeur menace. 

"Au dessus des citoyens s’élève un pouvoir immense et tutélaire qui se charge seul d’assurer leurs jouissances et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux” (mettre ça sur une photo de tocqueville mélangée à macron ou qqun comme ça de plus durable)

Mais un danger pire, plus insidieux, d’une autre sorte en vérité : se confondre avec la maladie. Devenir, ce que j’appelle contagieux à soi-même faire se multiplier le mot de la maladie à l’intérieur de soi, se laisser envahir par elle et se présenter, désormais, avec elle. Comme un titre nous précédant et nous annonçant. Comme Docteur mais en fou. Le faire inscrire sur sa boite aux lettres. 

Contamination accrue par cet environnement consacré exclusivement aux soins psychiatriques. Où l’on vous simplifie à l’extrême où vous voilà classé, rangé irrémédiablement du côté de la folie...sauf en cas d’emploi salarié.

- Je crois que c’est prématuré…parler d’emploi quand parfois j’ai envie de crever, quand mon humeur instable me donne des nausées…ou bien une énergie à renverser le monde

- Mais sans projet vous êtes dominé par vos variations d’humeur. S’inscrire dans le temps long…ça permet de plus être conditionné par ça. Ca fait deux ans et de ce côté là on voit aucun progrès.

- y a pas eu six mois de continuité dans ma vie depuis dix ans. L’absence de progrès…oui dans mon humeur pas dans mes projets

- le travail pourrait vous l’amener. Le travail c’est la continuité. Une responsabilité envers les autres. L’insertion.

- Oui mais ça c’est un discours que j’ai surentendu. J’ai déjà bossé et on m’expliquait que la dépression serait atténuée par le boulot, la répétition, l’ordinaire. Et moi je me suis barré après 17 mois. Sans prévenir personne.

- Ici vous êtes accompagné, c’est plus progressif…il y a de l’aide en cas de secousses.

- Ce n’est pas la question. Vous avez de bonnes raisons d’y croire. On a toujours de bonnes raisons. Tout le monde a toujours de bonnes raisons. Oui, dans une structure de soins on imagine bien des techniques plus adaptées… je suis pas le premier patient concerné ni le dernier à être en résistance…ça oui je le sais bien.

- Bon nous en parlerons une prochaine fois.

- Jamais, je ne le le prononce pas ce jamais. Je baisse la tête. Au revoir bonne journée a bientôt.

 La douleur de l’affaire c’est de se sentir considéré comme une statistique à déplacer d’une catégorie à l’autre. A qui fait on face ? Une soignante ou une conseillère pole emploi rémunérée au taux d'employabilité de ses patients ? L’importance c’est quoi ? Guérir ou occuper un emploi, c’est à dire avoir l’apparence de la rémission ; geler la maladie en soi et la laisser à la merci de n’importe quelle obscurité ?

Le projet ce n’est pas de rétablir les aptitudes du patient afin de lui permettre de s’auto-déterminer et de choisir patiemment, précisément ce qui lui conviendrait ; il ne s’agit pas de le réétablir dans son libre-arbitre mais de le faire dégager de là…

Devenir, soudain, je veux dire de la plus explicite des façons, sans les dissimulations habituelles, devenir oui d’un coup là, en pleine lumière psychiatrique, une catégorie et non un individu ; un anormal à déformer en à-peu-près-normal.

Il y a toujours urgence. Urgence à s’en sortir, par n’importe où, par n’importe quoi. Urgence à n’être pas ici. De pôle emploi à l’hôpital psychiatrique.

Urgence, oui, urgence du malade, du patient du suffoqué, urgence à vivre pour lui, urgence à cause de ce que demain se présente toujours incertain.

C’est à se demander ce qu’il adviendrait s’il avalait une pleine fiole de poison. Que penserait-elle ? Que c’est toujours l’urgence le SPASM, le CDI, les ailes retrouvées ? Se sentirait-elle coupable alors de ce corps mort ou ayant tenté la mort ? 

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   Beaucoup de malades comme beaucoup de pauvres ressentent une honte immense à leur situation. Il est rare que les patients indiquent leur « titre » de malade et aussi rare qu’il le leur soit demandé par d’autres soignés. Notre simple présence démontre notre maladie.

L’hôpital de jour du centre médico psychologique (18-20 Rue de la Tour d'Auvergne, 75009 Paris) accueille, chaque jour, ses patients. Parmi ceux-là : Martin. Martin ne paraît pas, aux premiers abords, privé de raison. Il converse, sans anxiété manifeste avec chacun, donne son avis, écoute celui des autres. Rit de ce rire social et faux des gens de raison. Martin apparait, à mes yeux inexpérimentés, comme un être socialisé, parfaitement intégré, capable d’interactions normales et banales ; ainsi sa présence m'étonne et doit avoir des raisons.

Martin porte toujours un polo lacoste - de combien il en dispose je l’ignore - et, sur lui en permanence, un parapluie. Un de ces petits parapluies noir gardés dans un étui de toile et qui se déplient plus largement qu’on ne l’aurait cru. Dans ce siècle d’été jamais je ne l’ai vu s’en servir. Dans ces recoins de chaleur des orages surviennent, c’est vrai ; rarement cependant. Prévisibles, aussi. Annoncés par les baromètres-smartphone. Indifférent à ces modes prévisionnels ; Martin garde son parapluie.

Ce comportement, dans tout autre contexte, paraîtrait une précaution amusante et toutefois de bon aloi ; une fantaisie d’un aloi le même.

Or l’excentricité, la différence, l’étonnement ; bref tout ce qui échappe à une hyper-rationalité, devient ici une anomalie. Le parapluie de Martin dans ces mois de juin-juillet est anormal. En toute logique le parapluie est utilitaire son usage, parer la pluie, épuise son sens ; il se réalise totalement dans son utilisation, sans résidus. Il n’y a rien à en tirer d’autre. (Sauf pour quelques freudiens voyant en tout objet plus ou moins phallique le signe d’un Oedipe mal résolu et d’une analyse longue et difficile et coûteuse).
Martin garde ce parapluie en plein soleil - non déplié ; non « en usage » ; vigilant cependant . En plein soleil pour qui fréquente - en patient - l’hôpital de jour ce fait signe vers la folie, ce indique - au sens d’indice criminel - la folie, la rend possible, en laisse deviner le commencement. Ce parapluie devient symbole, mystère à élucider - psychiatriquement. Son sens, parce que c’est Martin qui le porte en plein soleil, excède désormais largement sa fonction. Quelque chose, du trop loin, de l’étrange, de l’ailleurs, encombre cet objet. Chargé de discours, lourd maintenant le parapluie que Martin, au bout de sa main, agite.

La présence des individus ici présuppose toujours la démence. Chaque acte se rapporte à un comportement normal à une rationnalité modèle. Il y a un invincible préjugé de folie. Ce qui ailleurs : Névroses, psychoses, angoisses et tout le lexique des souffrances morales, touchent chacun. Partout. Ici, ceci devient TOC, bipolarité, border-line. Tout est qualifié donc jugé donc traité donc effacé contenu. Le parapluie de Martin est un artefact de la folie ; par lui Martin est fou.

Le ton général narratif et neutre que je prends est fallacieux ; prétendant synthétiser ici le discours clinique. Je suis celui qui regarde et soupèse ce parapluie, je suis celui qui confronte Martin, portant son parapluie en pleine chaleur, à une normalité sociale : le parapluie ne se sort que sous certaines conditions. Sorti en dehors de ces conditions - ciel nuageux, gris, pluie, orage, indications météorologiques - saille une étrangeté. Cette étrangeté est de la folie de la quasi folie dès lors qu’elle concerne un individu appréhendé par une catégorie psychiatrique. Bref un abrégé de ces topographies de la déraison : DSM et CIM.

C’est moi qui démembre Martin, moi qui isole de lui des parties qui doivent être caractéristiques de la folie - sinon pourquoi sa présence ici avec son air de tout à fait normal ?

Au déjeuner que nous prenons en commun j’observe parfois Martin qui garde son parapluie sur les genoux. Sa main tremble régulièrement d’un spasme intraitable que son visage ne laisse paraître. Si à ces instants ses mains demeuraient dissimulées personne ne pourrait lire sur son visage impassible ou souriant (ou d’un impassible sourire) ce qui le traverse (et peut-être le traduit?). Il se nourrit peu - n’est pas maigre - choisit sans logique les aliments qu’il ingère. Jamais je ne sais s’il ne le fait à des fins de conformité sociale - donc de dissimulation - donc d’indices, encore, de sa folie ; mange si peu, son parapluie sur les genoux.

De quoi le parapluie de Martin exposé au plein soleil est-il le fétiche ? Vers quel monde intérieur ce parapluie fait-il signe ? Ou quel ailleurs par l'objet médiatisé ? Jamais je ne le saurai. Lui demandant obtiendrai-je une réponse ? Cette réponse et cette demande ont-elles un quelconque intérêt ?

Désormais je pense à Jean-Hugues, l’oncle de Marie-Anaïs, toujours sociable souriant, dragueur plein de projets mis à l’ouvrage. Echouant, recommençant. A qui tout sourit et tout dépérit. On pourrait le croire, à observer sa contexture, comme un être sans angoisse - ce qui ne préjuge pas de son intériorité. Or à lui parler plus longtemps altéré - libéré ? - par l’alcool ou le cannabis c’est une fragilité comme les autres. Non, fragile en constance, mais révélant que ces choses là, ces actes grandiloquents ont pour lui, aussi, un coût. Plus capable que les autres d'assumer les risques sociaux 
mais courbé, lui, aussi par le poids de l’action ou de l’audace. Pour lui aussi c’est dur. A quel point faut-il que ce soit dur pour devenir patient de l'HDJ ? 

Nous sommes tous des Martin conservant un parapluie en plein soleil haha.

***

   Comme souvent, la honte force les patients à accepter des propositions insupportables, déplorables et inadaptées. On envoie Corinne, qui est intelligente et débrouillarde, en ESAT. Structure de réhabilitation par le travail, à ce qu’il parait. Elle voudrait apprendre la couture. Se former à quelque chose qui lui plairait un minimum. Elle emballe des paquets pour Amazon. C’est ça qu’on lui propose, par ça qu’on veut la réinsérer. Elle a un poste aménagé c’est à dire qu’on l’éprouve moins que ses collègues, je crois que ses journées s’achèvent plus tôt et qu’on lui permet davantage de pauses. Je suppose qu'un encadrant l'accompagne dans ses missions

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   Conditionnement. C’est ça le job qu'on lui confie. Du conditionnement. On croirait parfois que la langue nous jette de grands signes de phares, conditionnement, spasm et nous ne voyons rien de ces alertes.

Alors, main d’oeuvre bon marché, subventionnée, plus ou moins efficace mais on s’en fout. La loi oblige les entreprises à intégrer un quota d’handicapés de personnes en situation de handicap…alors toute chose comptable mesurée c’est rentable. Corinne est le produit de ces calculs. Elle emballe les paquets pour Amazon, Amazon est philantrope et sa générosité exemptée fiscalement. 

Corinne se convainc que c’est pour son bien mais tous les deux mois elle revient à l’hôpital. Je me demande comment ces variations de situations sont traitées administrativement. Si on la re-range dans la catégorie ratée, s’il en est une spéciale  "presque" pour ceux qui échouent de justesse ou si on s’en fout, on fait comme si de rien n’était, on demeure réhabilité dès lors qu'on en a fait la preuve une fois. La langue administrative connait bien des tours pour dissimuler la réalité ; pour s’assurer de ses succès. Se dire, à la réunion interministérielle pour l’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap « on est sur la bonne voie »

(ici remettre la citation tocqueville avec point d’interrogation)

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Je lui fais écouter Booba :

Tu voudrais que j'taffe pour le SMIC ? Garde la pêche !

En voulant chercher une citation du poète Raymond Carver, j’ai tapé sur google : « 50 ans aucun emploi poème » qui étaient les mots approximatifs du poème. Tous les résultats ou presque menaient au travail, à comment avoir un travail après 50 ans. C’est le destin, encore une fois, de l’être civilisé. Après 50 ans cependant, l’emploi parait chose un peu plus inaccessible…un accès restreint. 

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« J’ai 45 ans aucun emploi imaginez le luxe que c’est

essayez de l’imaginer »

Voilà la citation.

 

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20 février 2020

Roman 1 : MDPH

  Lorsque le papier lui arriva par la poste il ressentit un grand soulagement. L’angoisse, qu’elle que soit la réponse, cesserait. Il avait sollicité la MDPH pour obtenir une évaluation de son état psychique et, si celui-ci entraînait une « restriction durable à l’emploi », l’obtention de l’allocation adulte handicapé d’un montant de 900 euros, augmentée, à Paris, de 180 euros versés par le CSVAP. Ce qui lui permettrait de quitter la précarité terrible où il s’enfonçait depuis quelques années, devant vivre de rapines dans le supermarché du boulevard de Rochechouart, du RSA et de quelques combines maladroites et inquiétantes. Il n’avait pas le goût de la frugalité mais s’en accommodait sans difficulté. Il ne fumait pas mais tenait dans le revers de son manteau un paquet de sobrani, cigarettes multicolores au bout doré. Prodigalité, malgré la pauvreté. 

   La réponse, positive, le rassura. On lui ouvrait des droits jusqu’à 20 mars 2023. Trois ans. Il avait le temps, un peu d’argent, l’aspect matériel de l’existence moins angoissant. Il maintiendra une certaine quantité d’illégalisme dans son quotidien. Pourquoi s’en navrer ?

Il s’agit, au fond, de s’aménager des interstices de liberté face à un ordre économique scélérat.

Difficile à croire, ceci, que certains, par quelle étrange intériorisation du droit (et son assimilation avec le bien ; ou la crainte fictive de la matraque) se refusent à seulement imaginer le vol. Les plus riches, souvent, par l’ingénierie et la dissimulation, manquent à leurs obligations fiscales. Des juristes, des financiers, suisses ou même pas énoncent une poésie de la triche où le trust, sa plus parfaite expressionbatifole dans les eaux chaudes et généreuses des pays poivrés. 

Du côté des employés, des cadres moyens, de ce qui reste du monde ouvrier et paysan. Au niveau de ces tranches fiscales on ne triche pas ou peu. Et ces rares moments quels vertiges n'offrent-ils pas, vertige du parieur victorieux et culpabilité, aussi, de l'assassin débutant. 

Ne pas faire de vagues. Avoir honte. Leçon bien apprise. 

   Face à la procédure de surendettement qui les vise, les parents de Pierre refusent de mettre en oeuvre l'intégralité des moyens juridiques à leur disposition. Honteux, ils préfèrent se taire, ne rien demander. Ils craignent que, plus largement connue, leur situation  les humilie et les offense encore davantage. Ils redoutent les regards dans le village, ils redoutent l’officialisation administrative de la déroute financière dont ils s’estiment coupables. 

   Le père de Pierre s’est cassé la santé sur les chantiers. A la limite de l’accident de travail en permanence ; ne sollicitant jamais d’arrêt auprès du médecin, sûr que le travail paierait, sûr à cause de l’abnégation qu’intègre bien les pauvres. 

Pourtant, malgré son dos cassé, ses efforts à crever, il n’a rien. Il appartient à ceux-là dont on dit qu'ils ne sont rien. 

De la dépouille de la sécurité sociale - de ce qu'on a pas encore dépecé - il obtient quelques infiltrations pour l'aider quand la douleur le cloue sur place. Comme ce jour où, seul à la maison, voulant se déplacer vers sa voiture, la douleur le foudroya. Son téléphone...trop loin pour appeler au secours. Il dût attendre deux heures que la douleur se tasse pour se déplacer, en rampant, appeler le 15. Voilà ce qu’il a gagné.

Le misérabilisme ce serait de dire : ce sont de belles mains, des mains de travailleur, des mains de vivant. Mains abîmées, blessées. Mains exploitées et saignées. Et pour retraite le minimum vieillesse 10 838,40 € par an. Des dettes partout, des dettes de toutes les sortes, un écran 4K dans le salon qui trône ici comme une honte.

Lorsque je bossais chez UBS Cyril, le compagnon - saloperie - de Margot gagnait des fortunes. Plusieurs millions d’euros par an. Au moment de leur séparation Margot voulait une part du butin. J’entendais depuis notre bureau commun les manigances mises en oeuvre pour obtenir, sans fiscalité, le fric qui lui paraissait dû. Cyril, disposait d’avoir dans des coffres échappant à la vigiliance et aux inquiétudes de la DGFIP. Aussi, peu crédible que ce puisse paraître il faisait transiter des valises de billets par la frontière Suisse. Margot, cherchait un arrangement pour qu’on lui remette ces sommes à Guernesey. UBS se comportait comme un mauvais film.

Margot devait rencontrer Cyril dans les locaux d’UBS. Celui-ci arrivé, les hôtesses appelèrent Margot pour lui signaler l’arrivée de Cyril. L’hôtesse demande : que lui sert-on. Margot de répondre : du cyanure.
J’aimais beaucoup Margot. Pour cette phrase, là, à ce moment précis. A quoi ça tient... 

 

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Brèves de table basse - le fait divers

Au dixième cambriolage il a dit stop. La prochaine fois, je tire. Il n’a pas manqué à sa parole paysanne. En entendant le bruit des rôdeurs il s’arme. Descend, silencieusement l’escalier en bois. Il grince. En bas, il distingue au moins deux personnes. Le frottement discret de la lampe torche sur le salon. La hâte. Pas trop fébrile. Ce n’est pas la première fois pour eux. Alors Jean-Louis Leroux tire une fois. Il touche. L’autre tente de prendre la fuite. Y parvient. Alors Jean-Louis tire une seconde fois. Sans pitié. Sans remords. Le corps ne bouge plus.
Il appelle la police. Pas les secours. Il est arrêté. Mis en garde à vue. Présenté à un juge qui décidera de sa mise en détention provisoire. 



Brèves de table basse - Page 3 Captur41

Le juge a du mal à expliquer que le droit de tuer n’est le droit de personne. N'appartient en France à personne, ni individu ni institution.
L'imperfection du système judiciaire, l’évident manque de moyens de la police scientifique ne donne à personne le droit d’exercer la justice, surtout celle définitive de donner la mort. Il comprend qu’il n’en puisse plus. Mais il n’était menacé que dans ses biens, pas dans sa vie, ni même dans son intégrité physique. Il ne lui demande pas de comprendre les subtilités juridiques mais bien de peser si sa télévision vaut bien la vie d’un homme. Il vit dans un état de droit, fragile. C’est vrai. Perfectibe, beaucoup. Ca il l’admet. Regardez le nombre de dossiers que je traite et pour vous je suis navré  mais vous 
n’auriez pas dû j’aimerais vous rendre intelligible ceci, en dehors même du droit, on ne peut pas tuer sauf pour sauver sa peau, éventuellement. On sort de l’humanité lorsqu’on tue pour sa possession. Pour l’aspect  juridique, la définition de la légitime défense…même celle des biens. Non, ça ne peut pas être recevable. Oui, aux Etats-Unis il y a quelque chose de férocement individuel…oui on peut tuer là-bas. Je ne sais pas s’ils se sortent par là de l’humanité. Mais après tout c’est encore un droit que se réserve l’Etat. Alors le particulier considère qu’en lui aussi se dépose un peu de ce permis de meurtre. Oui, je dis meurtre. Meurtre à égalité pour le juré au Texas, la loi du Texas pour le Texan et pour vous. Vous êtes un meurtrier. Non, je ne veux pas savoir ce que j'aurais fait dans votre position. Ca ne change rien. 



Brèves de table basse - Page 3 Cambri10






Alors il fera encore feu. Et ce sera encore un meurtre. 

 

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15 février 2020

Booba.

il s’est    é 
dans l’étang
il y a peut-être écrit : néant                                        
il avait sur lui quelques papiers formels, une plaquette de photographies tirées par le photomaton de la défense.
Sur les 5 visages Il en manque un. A la place un rectangle vide.
Ou bien ceci, le vrai visage à venir, ce vide en bas à droite, après cette répétition de 4 fois le visage du pareil au même.
Il tenait dans la main
son C.V sur lequel, à l’aide d’un trombone, il avait attaché sa photographie. Qui colle d’un peu de salive.
pourtant son corps jeté là
immobile
on ne     t
   
sa raison ni pire son                ge
c’était un choix.
 
 
le pourtour blanc semble étouffer
ce visage immobile
4 fois répété
muet
la bouche enclose
de fleurs lacunaires
ni jeu ni pardon
le corps étendu
de ce soupir pour jamais
retenu
la photographie n’a pas de voix
le CV ne rend compte
de personne.
c’était l’étang près du bois de boulogne
où les moustiques mutilent
et zozotent
à toi je parle désormais
toi qui hante et hante
l’interligne
toi 
      
c’est
      
rituel
<<>><<<<<
prends soin de la mort en toi
elle te chérit plus que tous les professeurs
certifiant tes aptitudes à poursuivre d
   gues     des
la mort en toi t’attend patiente
te profondeur
s’étend
mains froides
pourlèche
ta bouche
ne juge pas 
mains aimantes
toi aussi
tu connaissais l’amour
  ois pas
ne te dis pas de tout le délaissé
le chien abandonné le 27 août
le 88 888e animal 
de l’année 2019
toi aussi tu sais
l’amour mâche
la terre prépare toi au baiser heureux
de boue de cendres prépare toi
au bois usé doucement
ta douce caresse
d’éternité
....
...
..
.
-
vois poignée de terre par poignées de mort
tu es couvert
jusqu’à
éternité
poids suspendu
dont tu hérites
ta richesse
toi aussi tu aimes c’est pour quelque
h
o
s
e
 

la mort
n’a pas d’yeux
sans visage
n’est pas
le SMS reçu
le 15 février
annonçant la mauvaise nouvelle
tu bouchais tes yeux tes oreilles
en vain
la terre meuble
déblayée depuis des jours
tombe tombe eau
du déluge
l’étang
bourdonnant
pas ternaire des coureurs à pieds
pam-pam-pam pam-pam-pam
l'entorse des chaînes des vélos
sur le poignet
le tatouage
un petit oiseau
triste et bleu
les cyclistes tournent dans le virage
eux aussi porteurs de la mort à venir
l’ombre des pinèdes
quelques morceaux de verre
le soleil dépasse
              ges
        de  on salaire  ‘  t    r as  rance vie oh
    a - b   lbi

 

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13 février 2020

Des goûts.

Le frôlement de l’alcool, je me l’épargne depuis deux semaines et demies aujourd’hui. L’alcool n’est pas pour moi une dépendance particulièrement marquée. Son absence ne me pèse pas, j’y pense parfois, l’évoque et deux semaines et demies pourtant passent. Pourtant, j’écris ceci a alambic où circule le mot-ferment. Qui n’est alcool d’aucune sorte.

 

A l’ivresse, lorsque sa possibilité se présente à moi, je ne résiste pas. Aussi et surtout du refus, absurde exercice, de retenue et de tempérance. 

Regardant avec dépit celui et celle qui se donnent à peine le mal de mer, disant, avec ridicule je suis pompette. Le mot même dissuade de se maintenir dans l’état de ce mot là. Pompette et que peut-on dire de pire parlant de soi-même. Pompette et l’on a entaillé profond, profond, l’estime à porter à soi-même. Pompette et je croyais désormais la honte et l’humiliation choses révolues et pourtant ce mot là les concentre. Pompette.


Je vais plus loin, dépasse le mot pompette, loin, l’évite même.

J’ai goût de l’aventure et des Amériques, je crois que sûrement, Collomb et la bande traversèrent autant l’Atlantique que des tempêtes de rhum.


A l’alcool je pense cependant douleur, ni atroce ni petite, ni frustration autre que celle énoncée à mes proches pour la farce et l’attitude lorsqu’eux boivent.

 

Ce week-end, sans le remarquer, je suis demeuré à la maison, dans la chambre, passant au salon à l’heure des repas, à la cuisine pour remplir ma bouteille d’eau, dans le bureau, un peu, pour ouvrir Là de Robert Creeley. Mais dans la chambre surtout. Inutilement immobile, attendant que le temps passe.

 

La coutume était de faire la fête et danser jusqu’au matin deux jours par semaine et voilà que, sans alcool, ce désir et cette habitude s’éteignent, exténués, indésirés. Devenue, la fête, consubstantielle à l’ingestion sur le comptoir des alcools forts ou des cocktails parfumés.

 

Sans alcool on peut très bien s’amuser, aucun doute à ce sujet, mais je ne le veux pas.

/

Ce par habitude et pour le goût du désordre que j’affectionne tant.


La nuit, ces nuits là, je ne me change pas autre mAais moi-même extrême et très indifférent. Trouvant grâce Ce geste, retenu, sobre, non par pudeur et peur, mais par la maladresse excessive des non-hallucinés.

On trouve dans l’alcool harmonie ignorée : niée par trop souvent. Sorte d’adéquation temporaire entre le geste et la pensée. La forme et le reste.

Des autres, alors, je m’indiffère. Pas du genre à 

me fendre de grandes déclarations d’amour envers les potes et les anonymes rencontrés dans le hasard des rues ou des miroirs.

Je ne juge pas qui prend ces pentes. J’ai d’autres chutes, recherche d’une forme de silence - le mien.


Quelques inconnu-es me parlent et je leur demande, souvent, de ne pas le faire. Sans morgue, en souriant. 

 

Si je vais au fumoir, seul lieu souvent où l’on s’entend, c’est pourtant davantage pour être vu, être avec les autres, que véritablement y fumer ma cigarette. Ce n’est pas être avec les autres mais près des autres.

Dans ce lieu là s’est inscrit quelque chose de très rituel et très ordonné malgré l’état de dépravation dans lequel je me trouve.

Je sors, avec délicatesse mon paquet de sobrani, cigarettes colorées, qui s’ouvre comme, du temps d’antan, la boîte d’étain où les cigarettes brunes poliment se rangeaient.

Puis j’insère la clope au bout doré dans mon porte-cigarettes, dont je ne manque jamais de préciser qu’il est en argent, serti de grenat, depuis la main d’un artisan d’Erevan. Souvent c’est la seule parole que je prononce.


Près pas avec.


Puis, c’est au tour de mon briquet saint-laurent ou des mes allumettes du Ritz de produire de mon geste la flamme finale. 

 

Lorsque Catherine s’approche de moi pour me demander mon prénom, K. s’agace et s’exclame « mais en plus ça marche » non que l’enjeu d’être regardé soit d’être ainsi abordé puisque je ne souhaite pas converser. Pourtant cette situation m’intéresse pour la sorte de sexisme de K. qu’elle éclaire. Où les femmes, encore, se conquièrent par artifices, trucs, que tout geste soit geste de cette finalité. 

 

 

La promenade de mes doigts, le mouvement du porte-cigarettes à mes lèvres, tout le rituel concerne autant mon libraire, Julien, que Catherine ; ma soeur que ce type d’1m90 qui m’aborde pour médire des grévistes, croyant, sûrement à la vision de mon apparence que macère en moi la même mauvaise matière qu’en lui, aigre, tourne, tourne.

 

(en boite de nuit je me méfie toujours des hommes en chemise et je vous conseille de faire de même. On les décompose en deux types, ceux très ivres dont on peut imaginer qu’ils fuient je ne sais quoi et portent mal la chemise, accostent bruyamment et méchamment les femmes ; les autres, toujours sobres, au premier cocktail, l’oeil toujours pernicieux et perçant, en chasse et répugnant. Ceux-là ce sont les pires, vautours voyant en la femme très ivre, charogne. Méfiez-vous de celà)

 

Errance. C’est au milieu de ces visions, moi (pour)suivi avec érotisme ou sans, que je me déplace. Je n’existe que sous ces lumières cernées, peintes ou pas, ébahies ou non.

(je suis un effet d’optique)

 

De moi je suis assez satisfait mais je n’y prête pas une grande attention et ceci fait partie de mon jeu. Faire croire à ma très grande habileté au soin extrême de ma démarche, on croit mon négligé chic et ce n’est que négligé. Mes chaussettes ont des trous aux extrêmités.

 

 

(suis-je sauvé par tant de cris auparavant passés, de ces nuits sans sortie, errant petit chien perdu, suis-je sauvé d’avoir expiré, au final, dans les cris, les larmes tout le poison qui me hantait, déguisait ma gêne en arrogance, me faisait passer pour tout autre chose. on parle souvent de manque de coordination pour les maladroits faisant sur leur passage tout déchoir et j’étais en ceci disharmonique me présentant mal à cause de la grande peur en moi et mon apparence trompeuse me faisait subir des autres ô les quoilibets )

 

Avec l’âge j’ai acquis une grande aisance sociale qui fait ma mise en scène la plus désintéressée du monde. Son objet et sa destination ce sont les yeux et mon paraître. Je m’arrête à ce rebord là, il me constitue pure matière, pure Apparence. 


La très grande confiance qui m’anime diminue d’autant le sévice de ma prétention - je suis ce que je prétends. 

Je me démontre en m’exposant. J’existe, ainsi. Je suis lumière trompeuse, comme très souvent les choses passagères, et la foudre impressionne par la brièveté de son éclat

 

Pour rire, en dehors de la fête, je proclame souvent que je suis devenu de la plus totale superficialité ne m’intéressant désormais qu’à mon extérieur, mes yeux peints, délicatement, au crayon noir, relevé du geste épais du mascara. De cette grande farce moi aussi je suis le joué, le dupé, cette extravagance à moi même piège ô étreinte de mon foulard rouge en soie tout autre chose multicolore.



Et puis quoi ?
Je ne veux excéder ma forme physique. Face aux intellectuels et aux débats intelligents et rigoureux désormais je m’ennuie. Je les trouve artificiels et inutiles. Sans extase et dévitalisé comme les dents très mortes - et les matelots atteints du scorbut en savent quelque chose, ce sont les pires, ceux qui débattaient sûrement sur le Santa-Maria de la légitimité de la monarchie espagnole.


Lorsque très heureux je me disais matière.
Je m’espérais alors, et je vous souhaite un jour de connaître le même espoir, étendue de peau pouvant absorber sur une plus grande surface tout le vent vivant.

 

 

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09 février 2020

Auto-Commentaire

Je commente mon dernier poème.
Puisque m'a été fait la remarque et que j'aime apporter des précisions, j'ai une tête de quatrième de couverture.

Ca formait un duo d'avec mon poème qui portait ce comentaire en lui (était programmé pour le recevoir) ; un peu comme le feu pâle de Nabokov sauf qu'au lieu de s'opposer à un écrivain fictif l'opposition réside sur la dualité texte/voix (langage écrit/langage oral). Qui est un autre dédoublement, autre hétéronomie, plus métaphysique.

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06 février 2020

Ce soulagé

Ce qui a sonné ce soir à ta porte

ce qui s’est brisé comme la planche en bois

une absence

sous le couteau à pain

tu as poncé la table brune

les sciures les copeaux de bois

clair

tu as vu dans les sillons

des visages

nombreux

passés présents

d’autres inconnus

à venir pour sûrs

tu les reconnaîtras dans la rue

tu diras toi je t’ai vu-e sous le frottement

du papier de verre

le regard un peu borné

ce pas décidé

de ces rouleaux

fins de bois

comme

une bouche

timide

 

ce soulagement parfois de la place vide

cet espace à ton côté

le vent nouveau trait sans trahir

transparence de la 

matière

frottée

le corps

frotté

jusqu’à l’usure

la transparence

l’érosion par les vers

par les vents

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20 janvier 2020

Instagram

Vous pouvez me trouver sur insta désormais : influx en sueur pour le jeu de mots influenceurs.
Les influenceurs, de nos jours, pour satisfaire leurs dépenses vendent des produits inutiles et parfois dangereux et en font la promotion à travers des "stories" (petites vidéos qui ne durent que 24h) en lisant souvent un argumentaire fourni par la marque.
ceci pour faire poésie partout et de tout ; comme des flèches le bois et le feu.
Je découpe à ma guise leurs discours versifiant la plus banale prose

Leur donnant la beauté inverse du but mercantile originel. La poésie étant gratuite par nature.


Parce que ce faisant on présente aussi une vision du monde marchand contemporain, les objets à vendre dessinent aussi l'être en devenir. Il s'agit d'une certaine apparrence, une certaine minceur, par exemple. Voilà ce qu'on dit du monde. Ce faisant, on trouve aussi des invariants stylistiques. C'est la langue de l'époque. Puisque les argumentaires, comme dit déjà, sont fournis par les marques. 
INSTAGRAM

 

https://www.instagram.com/influx_en_sueur/

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19 janvier 2020

A cet ami disParu

P.

 

En même temps que tes idées s’éloignaient des miennes tu t’es effacé. Quelle sorte de brume, de mauvais vertige, t’ont pris-e et dépris-e.
Un mois sans nouvelles de toi.


Par où entra-t-il le monde infect

quelle plaie creusée en toi

permit l’infection

de ce monde contagieux

le haut-mal

la lèpre de la tpete

 

D’un coup, face à moi, tu te tenais c’était un autre. Ton approximation méchante. Forme faussée, un peu plus épaisse, grâce à la fonte poussée à la salle mais dans les yeux et dans le verbe quelque chose d’irrémédiablement différent. Extinction de voix au niveau du regard.


Je pense à toi, parfois, lorsque l’OM joue un match de football et toi que je ne peux charrier ou féliciter avec une fausse humilité. 

 




Je regarde le score sur eurosport ou google

je demande à Siri

de me faire la conversation

ça me fout en l'air




Je crois que je t’aime encor

malgré tout

que l’amour jamais ne se contente 

chose si fragile

de mourir d’un rien

que l’amour

non pas

sensible

au mauvais vent

celui quadruple

et spectral

d’Ecosse

ne se ténue ainsi

 

serions nous

tas des poussières

amassés

dispersés

le geste las

5h 6h

trop tôt le matin

par les gens

d’entretien

?

 



serait-ce nous le pollen

d’avril 

l’éternuement de C.

serait-ce notre amour

fertile 

mais léger

?


mon amour enfle et te serre

de ta

coque de glace

j’attends le dégel

je sais qu’il ne vient

pas

sans

boue

 



quelques rues nous séparent

si je compte bien

c’est à peine 4

toi

la place où tu dors

le 6e étage

le lit récupéré 

tu te souveins

avec la fourgonnette jaune

le lit

monté et monté

le lit dans

ta chambre

collé à la fenêtre

par où on l'on voit en grand

le Sacré-Coeur

 

Depuis la dernière fois, j'ai bu, parlé, fumé dormi

très mal sans que ce n'eût rien à voir avec toi

mais voilà

je ne sais plus te serrer

écouter ta mauvaise musique

te voir chausser tes lunettes pour dire

que tu vas travailler

ton dual screen dans ta chambre

cet air sérieux inattendu que tu peux prendre

 

parce qu'un


un jour je ne sais quelle voix 

devint la tienne

l’accent

de Méditérannée

changé en


l’atroce inflexion

du plateau télévisuel

 

te saisit

fourche ta langue

la chaîne n°15


l’émission de 19h

chaîne 16

déforme ta voix



je t’aime et

je t’attends

4 rues plus bas

rappelle toi

tu descends d’abord

les 6 étages de ton immeuble

puis la rue

tu tournes à droite jusqu’au croisement

au boulevard puis

tu descends encore

ça va plus vite dans ce sens là

il ne faut que descendre

puis 

tu tournes à droite

encore

et tu arrives

le code 47B09

4 étage droite

si tu te souviens bien


4 rues

4 étages

pourtant entre nous

ce pays entier de froid

        

                           voilà comme tu es aujourd'hui

grand espace célinien

 

 

 

 

 

 

...

                                    

                  


                                                               



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