16 juin 2013

Mes pas dans la nuit

Tu es belle, belle, belle.
Oui je te tutoie et je fais de petits rien avec les mots d'enfant. Un langage si petit qu'il ressemble aux chants ou aux peurs de jadis.
Qu'importe, qu'importe.
J'ai vingt ans, il me reste plusieurs éternités à épuiser ce soir, à faire rompre contre mon corps dur et en colère.
En colère contre le ciel jamais assez haut et les baisers trop vite las...
A vingt ans, on découvre le sentiment, le sentiment gigantesque, avec ses forêts de drame et ses incendies : la haine. La belle haine, fantastique, avec ses animaux de toutes les couleurs, ses lacs où mille fois je me jette et me reflète
Vingt ans, et tu es belle, belle, belle, de l'autre côté du siècle où tu es née, et de la mort rôdeuse délicieuse déjà autour de toi.
J'aime ton parfum, ton parfum de brume et d'haleine de la mort.
La mort oui que tu croises parfois sans savoir, à côté de laquelle tu couches et qui de ses gestes obscènes et somnambules parfois te touche.
C'est le secret de tes yeux, les doigts de la mort sur tes paupières.
Belle, belle, belle
Donne moi ton prénom pour les murmures de ma nuit
Pour les cauchemars de tout à l'heure
Pour l'ivresse du vendredi soir
Quand j'irai dans les cafés
Le chanter
Accompagne moi s'il te plaît
de ton prénom dit
murmuré
comme sur un violon
Brisé par l'amant

jaloux.

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19 février 2013

Artiste pénal.

Mais aujourd’hui... Artiste, quel mot ridicule, grotesque et grillagé. Artiste, je préfère mieux ivrogne, salaud, truand, je préfère trafiquant, suicidé, enfin, j’ouvre le code pénal et au hasard je jette mon âme, voilà je suis L211-1, nom d’artiste et matricule de bagnard, tout à la fois.

C’est toujours ma langue nocturne et indéchiffrable, mes hiéroglyphes pour les chouettes et les chats.

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23 janvier 2013

Brouillon du 18 juin 2012

J'ai fui tant de bras qui faisaient si mal quitter la nuit, qui ne menaient que médiocrement au jour. Tous les amours se désagrègent dans le concept de leurs voix, cheveux, odeur. Je déteste ces amoureuses dont le coeur est pareil à ce mortier dont on fait les théorèmes  Quand tu trouves le théorème d'une amoureuse toujours il faut partir. 

Si un jour la lumière de la nuit se trompe en se posant sur moi et pour le temps qu'elle dure me fait femme. Si elle me fait mon sexe le chant heureux des nymphettes. Si la nuit pose sa magie incrédule sur mon front et me charge du parfum mystique de toutes les démentes. La poésie est un travesti élégant, qui porte une robe fendue et un dos-nu et rit toujours en fumant de longues cigarettes d'ombre. Tu viendras cette nuit là ? Quand le crépuscule m'aura mal fléchi-fichu et que mes bras ficelles feront le piège d'horreur que tu veux ?
Je connais  les baisers dérisoires comme des mains polies. Des baisers plus humides que tendres et la bouche à peine émue. Ceux-là je les hais et tant de fois j'ai voulu dénoncer leur plaisir dérisoire...mais ce sont les complices des lois et de l'ordre et pour te dire "non" le poésie te mouille les levres de la pluie fade des siennes. 
J'ai souvent apres l'amour un gout de feu glacial sur la langue dont je ne sais me défaire qu'en me mordant les levres jusqu'au sang. 
Moi je voudrais embrasser avec la langue froide de mes ongles
J'ai tant parcouru de mains imbéciles. Tant vu de gestes imités. Tant connu ces tendresses de faux émoi. Ce brillant insignifiant d'une peau peinte par un artiste maladroit. 
J'ai trouvé quelques jours des baisers magnifiques ils avaient l'arome des noyades. Le gout informulable de la douleur. Je me souviens à cette bouche imprécise j'étais beau et triste comme un naufragé. J'entendais le bruit de suçon de la mer et le carnage heureux de ses bras. J'ai connu quelques jours des baisers fabuleux, des bouches marines comme un coquillage fané. Quand la mer t'appelle de ton prénom d'étranglé. Ces filles qui disent je t'aime comme un râle d'etrangle.
J'ai attendu immobile la main timide. La main humide. Celle qui te ressemble et t'imite. 
Le fard ne masque pas les tremblement de ta voix 

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30 juin 2011

N'a plus peur du voyage qui aime en silence.

 

Tu as une odeur de poudre et de plomb en stase, et dans tes veines, dans le bain de tes muscles, c'est le vin des victimes qui trempe et qui s'écoule en fredaine, c'est le cri de martyr, c'est la couverture du condamné à mort qui grelotte de froid dans un coin de la chambre. Mes mains, sur ta nuque, se serrent amoureusement. C'est la forme de corde d'un pendu mon étreinte. Tu donnes aliment à la nuit quand tu t'abandonnes à la fête, à l'alcool et aux jours en bouton.

Sous tes paupières le jour impressionné ne bouge plus. Tes dents claquent et déposent de l'écume de lumière. Ta chambre est un matin raté quand entre les stores de tes dents le soleil d'hiver veut s'y faire une place. Il a bu à des étoiles impotentes, il a bu des lueurs stridentes pour t'être reflet. Pour être au miroir même miracle que tu es à la vie.

 

J'ai vu avant toi bien des choses, et je les disais des amours, j'ai cru leurs yeux de poèmes, de rimes et de strophes et je ne savais rien la couleur délicate des filles de sacre, de la peinture d'huile farouche qui te monte sur le teint, des tons qui te dissolvent, qui te dilatent, et le blond, le bleu, l'auburn, les polissures des cheveux à ton cou, agenouillés à tes lois et pour ta grâce dociles.

 

Chaque matin, ce qui m'éveille, avant le balbutiement de l'aube, avant le ricanement des tramways, et les poumons d'encre des oiseaux, chaque matin ce qui m'éveille, qui me surprend dans mon sommeil,c'est la joie de te savoir faire de ton pas des gestes de peintre. De puiser dans les forges enrouées de Jijel des actions et des mouvements. Dans ta voix est venue la note primitive du chant grégorien, dans l'étuve de musique de ton corps, du sanglot sacristain de ton foie, avant que les rossignols ne viennent déranger la nef de nuit, c'est toi qui parjure le jour, toi qui couvre d'une eau neuve le sifflement brun de l'angélus..

 

Tu es à ma bouche le tourment des langages oubliées, le caractère muet du sanskrit. Cette sorte d'asile où mes hurlements à tes seins capitonnés bondissent, se résorbent, se réduisent, tu es mon audace malade où la folie diminue, s'éclaircit comme un ciel en juillet. Dessus les lèvres, la peau se couvre du duvet d'espoir, la truelle du peintre répand sur la palette les couleurs du bientôt, quand la confluence de l'encre et des larmes creusera un lac de doux matin. Que les pigments arrachés de soir quitteront les saisons pour faire des flanelles une demeure où l'on ne vit qu'à l'étroit. Tes yeux devinent tous mes gestes, les crachent lentement, les caresses je les donne mille fois, dans le désordre de mes cheveux fiers, je les donne en aveux, je les donne en prophéties, je les donne en effroi.

 

Je me souviens des lundis d'avril, tu faisais succomber la folie publique, avec tes rires soyeux. Sous tes semelles j'ai trouvé des baisers d'enfants interdits et des hommes étonnés de ne t'avoir ralentie, tu as marché dans tant de villes, que tes pas craquent du paysage toscan, on entend des murmures flamands dans ta course, et un peu du tambour d'Arcole. Tu fumais des Craven A et tu disais dégarnir tes poumons de la vie lourde à garder, tu voulais en raccourcir la natte pour la porter plus légèrement. Parfois tu tendais un verre de miracle, et je croyais que tu y avais pleuré. Je le buvais comme un vin de messe, psalmodiant les prières qu'on lit bien, les yeux étonnés d'absinthe. Au liquide consacré tu offrais ton mégot, pris d'ivresse il jetait son masque d'aurore. Le vin déboutonnait ton chemisier, les cigarettes rendaient tes doigts d'audace. Et moi avec des reliquats d'enfance, je tournais la tête, je disais « je crée, je crée, s'il te plaît  je crée, je dois fermer les yeux pour jeter des images de rêve ». Ce monde inerte, accompli, fatal, tu l'as transmuté en un espace de possible, enchevêtré au sommeil, pris dans une ronce de délire. Avec tes airs de garçon manqué, tu t'es mise en moi, tu as gonflé de morsures mes petits pas timides. Je crois, tes dents sont de rage. Tu es en moi, je suis incrusté de nuit, ça se soupire longtemps cet amour, ça fait de longues foulées autour d'un monde perpétuellement rénové. Qu'est ce que sont les kilomètres quand on sait s'aimer en silence...

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