Chapitre (?) Amina
Chapitre (?) : Amina
Amina changea tout pour toutes. Pour tous.
Il lui fallait des fleurs et du ravage. Elle réclamait fleurs et ravages. Et les hommes la haïssaient chaque fois qu’ils lui cédaient et toujours cédaient à cette femme brutale, amante et amant, qui ne connaît de limites que les récifs lointains et se prétend de toutes les forces minérales, frottant nue sa peau aux falaises normandes, imprimant sa peau couverte de peinture noire contre le blanc calcaire, son corps élancé, lancé avec violence contre ces olibrius de pierre. J’existe depuis avant eux. Une oeuvre-monde, Amina sans biographie, ni passé, ni rien d’humain. Elle débarqua, descendit du vent, d’un astre ou d’une pierre stellaire, les jours de rayon vert ou ceux prétendus tels elle dit maman, à la couleur rare et imprévue fendant le ciel. Voilà Amina comme elle se dit, chaque été, où la mer et le vent usent la roche elle ajoute aux éléments, Amina qui érode et répare. Sans histoire, elle peut tout être, princesse de Sabah ou sorcière des sabbats, crue sur parole parce que son être, devant ces vérités proférées, élève l’instrument de tous les bourreaux et qui veut son étreinte ne veut la vierge de fer.
Son passé remue dans un jeu de probabilités, des particules d’hypothèses jetées dans un ciel sans étoile, peint et rubicond, elle lie et rature toutes ces données. C’est Amina qui entre dans le monde imprévisible et cruelle pour ne rien laisser intact.
Amina dort parfois pour préparer dit-elle le prochain drame à quoi il faut se faire, sa peau noire qu’elle dit sainte ou maudite.
les allers retours entre le pays natal les cales des bateaux ouuuuh ouuuuh les chaînes de ceux qui n’en revinrent pas et qui hantent tout l’acier du monde. Elle dit quand le vent s’engouffre dans la Tour Eiffel que plaignent là ceux qui poètes et chamans s’évadèrent avant même de débarquer en enfer, ne rejoignirent pas les esclavagistes terriens ni les marrons des ambres et des loques ni leurs soeurs cadavres dévorées par le sel et les requins et des loques. Ils rejoignirent bien le vent et les palinodies.
Ceux-là, noms imprononçables qu’elle écrit d’une écriture fraiche et blanche, en trempant la plume dans sa gorge, écrire les noms avec la bile, ne reproduisant jamais un même nom, lisibles, dit-elle, ces noms pour le vent seul.
Vous les connaissez tous ceux que je rapporte, ils ne laissent de répit ni aux mines aurifères ni aux mineurs déguisés comme eux dans les sous-sols noyés, par le suif et la misère. Des moins que nègres, elle dit. Puis l’électricité, l’eau courante, l’épuisement des étoiles exorcisèrent la plupart de ceux-là. Les fantômes aussi meurent de vieillesse. Amina, dit-elle, les héberge, libres ils bougent en elle. Ca meugle.
Ne me croyez pas sorcière, elles maudites, cantatrices à la voix fausse, percez leurs ventres, une bête maligne en jaillit, rampante et gluante. Celles qui périrent aussi, sous l’enclume et le feu se détournent rougissantes de ces femmes poudrées de fausses cendres, cul-terreuses du sortilège, campagnarde provinciale de la magie, elles ignorent le coût du sang et pire ignorance, son goût.