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28 février 2026

Chapitre 6 - Merville

Le Chien, s’il remonte sa généalogie pour trouver ses germinateurs, tombe, immanquablement, peu importe le chemin choisi sur Merville. Merville, qui se choisît ce nom de scène et noyade, comme il le dit, pour faire fourcher la littérature – sans monter sur aucune scène. Merville habitait un monde aquatique, ce qui plût certainement au Chien, révélé à leur premières rencontre. Lui-même, Le Chien se sentait possédé par l’eau, celle, lors de sa première naïveté des dryades, des nymphes, des naïades, de tout le premier vocabulaire poétique, qui tient, comme le comprendra Le Chien plus tard, davantage de la science scolaire, que de la poésie.

Merville, la première fois qu’il aborda, en présence Du Chien, l’aspect naval de son écriture, le fit par un mot qui marqua durablement Le Chien matéri-eau. Il ignore comment-encore, il entendit, alors que le mot s’avouait oralement, comment il en perçut la graphie. Merville marqua une pause, celle du point médian à l’oral, dans satisfait·es. Il noya le mot dans cette pause. C’était leur première rencontre, le meilleur ami de Merville étudiait le droit avec Le Chien. Rencontre ordinaire de jeunes gens bruyants, s’offrant mutuellement des verres, beaucoup d’espoirs et infiniment plus d’un langage enlevé, prêt à la révolte, qui hélas, feuillage soumis, s’effondrera aux premiers vents adultes. Matéri·eau.

Le Chien grandît à Colmar, une ville d’eau, une de ces nombreuses fausses petites Venises (Venise verte, Venise rouge, Venise fausse surtout-toujours) qui grèvent l’Europe, de villes qui ne se trouvant aucune justification intérieure, font de leurs canaux et de leurs marais – lagunes pour les plus chanceuses – des mélèzes, chênes, aulnes, pins, épicéas et ormes. Au lieu du Titien, les écoles des fausses Venises font éclore les moustiques à fièvres molles, à démangeaisons et quelques algues immobiles, comme de la vase et engendrent semblables êtres.

Le Chien, à Colmar, connaissait les triomphes habituels du beau garçon aérien et viril, ses goûts naïfs – dryades, nymphes, Daphné et Viviane le plaçaient au-dessus de ses contemporains locaux, puisque des goûts, déjà, il possédait. 
Lycéen soucieux de ses amours et de ses apparences il n’éprouvait pourtant que peu d’attirance pour la vie et plongeait mal dans les autres. Il vivait en surface de là sûrement naquît ou s’accrût, son obsession hydrique. L’auteur le plus fameux, qui le bouleversait alors – pour lequel il simulait des transes parce que pour lui la transe était la condition de l’art - était Albert Camus. Il s’en prévalût longtemps sans peine ni préjudice, y compris lors de ses premières années parisiennes. Il le citait sans cesse et se sentait affermi, loyal à la littérature, à chaque citation apprise et restituée de Camus, chaque livre plus confidentiel de l’auteur que les autres.

Merville brisa Camus. Vers 2 heures du matin, après la fermeture des bars de contrescarpe, et le dégoût, qui changea pour eux plus tard, des boîtes de nuit, Le Chien, voulût inviter la petite compagnie, ils devaient être cinq, chez lui, dans ce studio de la rue Descartes, dont il tirait fierté. Il payait un loyer deux fois inférieur à celui du marché, parce qu’il avait su charmer la propriétaire, une femme de deux fois son âge, d’alors (il avait 22 ans). Très belle. Il l’avait rencontrée en visitant un autre appartement, qu’elle possédait aussi, d’un loyer égal et d’une surface deux fois inférieure à celui qu’il occupe désormais. Il ne sait pourquoi, ce jour, sa première pointe vraiment poétique, le conduisît à lui dire, vous avez les sourcils tristes. Elle, qui n’était pas triste, spontanément, lui proposa cet autre appartement, lorsqu’elle le lui décrivît, d’abord, il se concentra sur la surface et sans besoin de calculer il sût que ce n’était pas dans ses moyens, elle le rassura immédiatement sur ce point. Devant cette femme, très belle qu’il imagina alors lubrique, il crût que quelque chose de with benefits, s’amorçait pour elle, que la contrepartie qu’elle souhaitait se voir versé, ne serait pas que pécuniaire. Il se trompait. Le garçon lui plût et l’appartement tenait un peu du taudis. Elle lui précisa, que c’était très sombre, puis, en riant, que c’était l’ancien hangar à vélo et avant, sûrement, une écurie où les ânes bêlaient, enfin, peu importe si les ânes bêlent ou aboient après tout. Très sombre, aussi, parce que l’appartement, au rez-de-chaussée donnait sur une cour exposée nord et que, de l’autre côté, l’appartement était construit contre les anciennes murailles de Paris. Que l’appartement nécessitait des travaux de la part de l’occupant. Qu’il semblait assez débrouillard, avec ses gestes vifs malgré sa grande taille – elle pensa la seconde partie sans l’exprimer. Le Chien, ne l’écoutait pas, elle le berçait, le berçait d’autre chose que cette promesse d’un appartement à 500 euros, de 40m2 près du Panthéon, ce qui aurait pu bercer tout étudiant. Il aimait regarder cette femme et détestait la sentir s’éloigner de son désir, s’être mentalement embarqué dans l’étreinte et la commune confusion des sensations. Alors, il fit une approche, lui proposa de boire un verre pour la remercier, qu’il prenait l’appartement sans le visiter si elle voulait. Ce qui comptait, pour lui, c’était de se présenter sous un jour heureux. Il avait l’appartement. Puis eu la femme. Avec laquelle il entretînt un tendre rapport, sans retard de loyer, ni pénalité affective. Le Chien, pense à cette femme, la remercie, de ce bizarre rapport il se dit que, de tout ce qu’il vécut jeune homme, cela s’approchait le plus de l’amour.

Lorsque la bande se retrouva dans cet appartement de la rue Descartes, ils interrompirent la conversation, impressionné par l’appartement, décoré non sans goût ni élégance. Le Chien tenait ça de sa mère, les étoffes, les rideaux, les tapis, les lampes anciennes et de dixième main. La conversation abandonna vite les grandes luttes politiques pour se concentrer, à nouveau, sur le sujet qui les obsédait tous alors, tous s’espérant un destin littéraire de quasi-Rimbaud. Toi, tu aimes Camus, c’est ça, lui demanda Merville. Le Chien répondit par l’affirmative, pût commencer à formuler l’éloge qu’il connaissait par cœur, commençant par la fin de son œuvre, tellement triste, il est pas parvenu à la solution, à l’amour, fauché par une voiture. Il admirait déjà Merville et espérait, par-là, sans paraître trop fanfaron, obtenir une réciproque. Pendant, qu’il parlait Merville balayait des yeux les étagères de la bibliothèque, Le Chien, très organisé, classait ses livres par ordre alphabétique, Merville trouva facilement Camus. Se saisit de Noces. Ne prononça aucun mot. Sortit de son sac un stylo plume à encore noire. Il réécrivit le titre Noces devenant Neauces. Puis déchira les pages, une à une, patiemment. Ne laissant intacte que la couverture. Le Chien ne défendit rien ni ne se défendit. Il se laissait bercer par sa violence, envoûté par les gestes brusques et assurés de Merville, des gestes qu’il ne connaissait, en lui, qu’exclusivement dans leur principe, dont il savait la théorie sans parvenir à l’exercer vraiment . Publiquement il savait dissimuler, cette incertitude, la démotivation de son geste, l’écart entre le geste réalisé, extravagué et l’intention, elle, somnolente, angoissée. Le Chien connaissait cette propriété de lui-même. Merville la perçut immédiatement, à leur première rencontre, à sa façon de se faire intéressant par poses et imitations.

Le Chien ne lût plus jamais Camus. Pas immédiatement, par orgueil, par défense de ce qu’il sent, par le devoir envers soi-même, son passé. Avant d’atteindre notre présent balbutiement, nous résistons un temps, maintenons notre croyance défaite pour feindre d’avoir changé par nous-mêmes.

Mais Le Chien ne revendiqua Camus plus que rarement, calculant le moment de tout à fait l’abjurer.
Aujourd’hui, si l’occasion se présente, Le Chien, prend la parole contre Camus. Sans se référer à Merville, il a acquis une détestation réelle pour le Camus politique, partout politique, le Camus raciste, que dénonce Kateb Yacine.
Il a déplacé la justification mais l’origine, la graine première vient de ce jour-là.
Lorsqu’il se prend à contester Camus, il revoit Merville s’acharner sur le livre, déformer le stylo plume, l’abandonnant, ensuite chez lui, la plume défoncée, les deux bords métalliques séparés, la pointe recourbée en bec d’aigle. Lors de ses performances, il lui arriva d’emprunter, puis de voler ces actes, celui-ci précisément, puis l’idée génératrice de celle-ci. Les gants de boxe en bois vernis en viennent en partie, en partie nourris par ces actes. La plume brisée ne devînt pas une relique, il s’en débarrassa peu de temps après l’esclandre. Merville aurait sûrement aimé qu’il la conserva pour se moquer de son fétichisme. Ensuite. Le Chien empêcha la prise.

Le Chien oublie Merville, le repousse loin, dans sa mémoire, dernière vaguelette de la pierre déchirant l’ondée. Merville, pierre certaine, dont l’écho meurt aussi. Meurt encore.

Il le délaisse puis l’oublie parce que Merville ne se montra pas à la hauteur, il décrût, une sècheresse envahit l’espace, puis tout brûla. Le Chien ne pardonne pas. Comme il abandonna Camus, il abandonna Merville. Il est plus difficile de quitter un corps physique, un souvenir réel. Il y parvînt. Le Chien ne serait pas devenu le Chien sans Merville. Si Merville avait été une femme, il aurait pu écrire un livre Sans Merville. Nous écrivons difficilement sur autre chose que les veuvages amoureux. A l’admiration et la jalousie manquait le désir, la pulsion sexuelle, l’inoubliable torture de l’obsession physique, nue.

Merville pense aussi au chien, il pense au mépris qu’il ressentait et comme ce mépris avec les années, le mouvement de cette roue, inversa les termes, comme ces calendriers sculptés dans des pierres rondes, qui changent l’envers pour l’endroit.
l’effort de chacun se déplaça, les termes s’inversèrent. Merville en conçut une brève amertume et une courte haine. Tout ça ne dura pas, convaincu de quelque chose, en lui, d’une foi et d’une force inébranlable. Maintenant, il se sentait devoir lui prouver quelque chose, prouver quelque chose par orgueil blessé, d’abord. Puis, cette motivation changea, la pointe se dirigea autrement, elle devenait reconnaissance, direction. S’il voulait d’abord devenir pour se venger, il le voulait maintenant pour retrouver une sensation, un temps d’herbes, de soleils, de longues promenades, toutes les autres choses de la jeunesse, tous ces ébruitements, passés dans le vacarme d’un train de marchandise et de bétail.

Merville, plus souvent malin qu’intelligent, souffrit des limites que la malice porte à la création, que les détours, un jour, se paient parce que, c’est sur la longue et âpre route de l’effort que les artistes récoltent fleurs, fruits et pensées. A force de ruses, il ne parvenait aux termes des promenades que las, ricaneur et déformé.
Ce qui sauvait Merville, au-delà de la lucidité quant à son état, venait de son génie, qui se mesurait à une intuition se démentant peu, une capacité à combiner, avec peu d’éléments – diminués de son atonie et de sa paresse – des formes. Il perçait. Les années passant, le génie seul, la faculté à créer à partir de peu, ne provoquait plus de fortes impressions auprès des autres. Mais Merville ne pensait pas, alors, aux autres, il pensait à lui, à tourner contre et vers lui ce génie, à en concentrer les ondes dans une sorte de travail, d’épreuves. Il savait, il sentait que cet ouvrage s’approchait, il en sentait le souffle, l’oxygène regagnant sa rive humide. La sécheresse finira un jour.

Pour renaître Merville prétendît à la perte d’un poumon que du vide ici laissé, poetrinaire comme on mourait  aux temps d’avant potrinaire, il sculpte un lieu, bouge et bordel de la poésie. La première tentative échoua. Ce lieu intérieur se dessécha, l’esprit rejeta cette prothèse. Il revenait au désert. Dans un acte ultime de bravoure Merville fit publier au JO la liquidation judiciaire de son poumon. Il s’y reprit à trois fois avant que, distrait ou convaincu par l’insistante - répéter un acte lui donne à balancer entre le harcèlement et l’amour - demande, un fonctionnaire s’en acquitta. Il avait liquidé une deuxième fois son poumon et, en ceci, plus martyr que le poumon de Christ pleural, pleura. 

Merville désespéra-t-il jamais hésitant entre la ligne et la corde. Ne choisissant pas et donc ne vivant pas. Il se tient, au moment du récit à l’endroit de son inaptitude.

 

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22 février 2026

Jean - Chapitre 4

 

T’es une bite, il se dit à lui-même, t’es une bite, une bite, pas une bite, un phallus, dressé, mou, ver de terre bâton de réglisse mastiqué jusqu’à l’absence de suc, un manche, une bite, un con, crétin, imbécile, qu’as tu fait et comment tu t’obstines vers ce rien, pas grand chose, l’éternel inutile désir, la complexification extrême de ton code ADN, au Han-Han aurait du succéder le Ouin-Ouin, lâche, tu tournes te détournes, afin de hululer tes penchants si ordinaires, t’es une bite si au moins tu prenais le courage que sais-je, une croix de Saint-André, un coup de fouet, la bite trempée toute la journée dans la cire chaude qui fait mal sans blesser, toi tu vas du han-han, le pantalon sur les chevilles, le caleçon, tu n’es même pas sûr qu’il s’agit d’un autre que la veille, tes airs, t’es une bite, tu peux bien serrer ton poing, cogner, cogner, cogner, tu rends un son bien vide, rond, creux, voilà ton empire, tes mains vieillissent, tu devines les premières taches de ton âge, tu les devines en formation, pour l’instant à l’état d’embryon, leur état ouin-ouin qui s’amorce, tu ne peux pas couper court, aspirer ou bien si tu peux à quel prix, par quoi…t’es une bite. Tu devrais saisir un canif, te l’enfoncer dans le coeur, même ça tu ne peux pas, même dans l’imagination de ton meurtre tu te choisis le petit instrument, la lame prudente, même mourir tu t’y jettes sans amour.
 

Pourtant, il a aimé.

21 février 2026

Jean - Le Chien V2

Ce soir, Le Chien, un pseudonyme, donne la sixième lecture de ses poèmes, qu’il appelle analogie, rétrospection. Jean connaît Le Chien, de loin et depuis longtemps, leur rencontre remonte à 2007, presque vingt ans. A ses débuts, leurs débuts, aimerait défendre Jean. Seulement Jean ne continua pas. Il noua avec lui, Le Chien comme avec beaucoup d’autres, une relation distante et muette, de  présence permanente et effacée. A force de répétition, de lieux partagés, des je revois les mêmes têtes, il parvînt à entretenir une familiarité, forme reconnue des intimités mondaines, telles qu’elles existent depuis probablement que les tribus d’hommes croisent d’autres tribus d’hommes, autour du premier feu, des restes éclatés de silex et de siècles.

 

Depuis toutes ces époques, ce langage se compose d’une combinaison limitée de signes, salut, ça va ? à bientôt ou, si la voix ne porte pas, c’est à dire le plus souvent, d’un sourire distant ou d’une main levée, d’un assentiment général à l’autre. Leur relation tient dans l’absence de rejet. 

 

Le Chien est résident à la maison de la poésie, c’est à dire qu’elle le rémunère et, qu’en échange, une fois par mois, au moins, il lit de la poésie, échange son temps et sa culture contre un peu, enfin, de stabilité économique. Tout le monde n’a pas les Médicis, lui dit Gleb chaque fois qu’il quitte son appartement Moscovite pour Paris. Le Chien lui répond, qu’est ce que je t’offre à boire ? 

 

Pendant le Printemps des Poètes, Le Chien organise tous les évènements de la Maison, intervient, accueille le public scolaire peu familier de la poésie — comme la plupart des adolescents — tend à élaborer une poésie universelle, joyeuse et collective. Une poésie sans limite, dont le point de départ, pendant cette semaine, bien malgré lui, parce qu’il faut bien partir de quelque part, serait la Maison de la Poésie, que la poésie, à partir de cet endroit continuerait en droite infinie, germinée en paulownia éclatante blanche et mauve. 

 

Il y croit. 

 

Le Chien, parvient, le plus souvent à quelque chose, à dire et faire dire quelque chose. ll aère son oeuvre, par ces entailles, dans l’espace souvent clos, l’entre soi, le cénacle, toutes ces habitudes enthousiasmantes des rivalités et des congratulations qui tuent. Il signe tous les écrits élaborés au cours de cette semaine A.R.

 

La poésie, pense-t-il en lui-même, se définit toujours, par son écart avec le langage pratique qu’elle veut rendre le plus inutile possible, le plus arbitrairement étranger au parler civil et marchand. Au-delà de la moue qu’inspire cette définition, il remarque que tout entre-soi, finit par faire converger son langage, sa pose, son tour en une seule manière figée, commune, utile. Alors, il signe. A.R.

Il n’oublie pas, pendant qu’il est A.R, son oeuvre, son autre identité, déclinaison, déjà d’une encore-autre identité. A.R et Le Chien entretiennent un rapport de suffisance et de dépendance. Chacun contre-poids de l’autre, mémoire et charge. Premier segment de son analogie, rétrospection. Il ne se discontinue pas. 

 

Il ne pense pas cette aération comme un jeu badin, une facilité comptable, pour respirer entre sa vraie oeuvre et la vie, il conçoit ce moment comme une surface de travail et d’exigence poétique, un rappel, pour lui, de tout mêler à l’acte créatif, le personnel, ce chatoiement de sa biologie, le dépôt des expériences, rêves, lectures, et collectif, avec les individus, le quotidien, la vie des autres exprimée par eux-mêmes, autres dans leur totalité d’autre, leur langage total, surprenant et autre. 

 

Il se veut, cette semaine là, lier la poésie, une idée de celle-ci, à son point primitif, et changer le public en acteur. Il ne veut pas renouer le social brisé, ou servir de pont entre l’institution et la vie. Cette question du lien par l’art, posée du moins en ces termes, ne l’intéresse pas, il ne la théorise pas, il affirme une ligne à laquelle il croit et comme la vague que la mer engendre, il croit que ce qu’elle emportera, ramènera et rejettera d’alluvions, de dents de profondeurs, de sang et d’algues, vaudra quelque chose et pour quelque chose. Il laisse s’exercer une force qu’il active.

 

Ainsi, Le Chien, collabore au réel. Pas plus et certainement mieux que d’autres affichant leur programme révolutionnaire, social et franchement rébarbatif.
Il sait son jeune public contraint d’être là, qu’entre eux et lui la présence la plus institutionnelle est la leur. L’Etat, l’éducation Nationale, à travers eux, fait ses devoirs.

 

La Maison de la Poésie, pendant cinq jours accueille de 16 heures à 19 heures des élèves que leurs professeurs conduisent ici pour montrer la poésie en chair, rendre le cours vivant. Entre trois et cinq professionnels du livre se succèdent sur scène. Le Chien inaugure chaque séance, seul. Une centaine d’élèves participe à chaque séance, environ trois classes de lycéen, chahutant et silencieux. 

 

Chaque jour pendant une semaine, Le Chien interpelle, dans la salle de la maison de la poésie, construite comme un théâtre, l’élève le plus distrait, le plus volontairement, manifestement distrait. Le Chien fait confiance à son flair et son expérience pour toujours trouver, parmi ces cents celui qui permettra quelque chose, l’un de ceux qui permettra quelque chose. 

L’adolescent peut refuser, mais Le Chien, encore une fois, fait confiance à son flair. 

 

L’air bravache, toujours, cependant de l’adolescent, s’efface, il s’efface y compris chez celui qui bravache tenant sa bravoure en lys éclatants — ainsi que Le Chien voit les choses, il prête à chacun, dans ses mouvements, un bouquet de fleurs, il voit les êtres humains chair et fleurs — approche chancelant de l’estrade. 

 

Le Chien entend souvent entre les dents, je m’en tape, jamais va te faire enculer. Les lieux de culture comme ceux de justice, qui rendent la justice / qui rendent la culture intimident, ils affirment la supériorité d’un espace sur l’individu, s’enrichissent de symboles, estrade, scène, noms anciens, passage Molière, magistère de l’acteur. Autant d’apprêts nimbant l’exécution et la sentence.

 

L’adolescent devient enfant, s’étend en même temps qu’il rétrécit sous le poids de l’invitation. Cordiale, ferme. Le Chien mesure deux mètres, a la voix grave, la peau sombre et des costumes couleur épicéa. Au micro qui occupe le centre de la scène, il suspend des gants de boxe rouge, vernis dont on ignore l’usage. Les gants brillent sur la scène éclairée, gants factices, de bois vernis, pour peser de tout leur poids, de toute leur couleur peinte et doubler, en une autre matière, la solennité de l’instant. Scénographie minimale, le micro et les gants de boxe au milieu, à leur droite une table de jardin, ronde, blanche, rouillée en fer forgé, un vase rempli d’eau à moitié, un bouquet de fleurs du jour, de préférence jaunes, oranges sinon, une chaise à peu près neuve, au dossier noir et à l’assise molletonnée, grise. Tout ça, pense pourtant Le Chien y voyant un bric-à-brac, un ordonnancement bavard. 

 

L’adolescent ne sait pas comment se hisser sur la scène, s’il existe un accès simple ou s’il doit atteindre la scène depuis la salle et exposer son agilité à un possible échec. Le Chien n’y avait pas pensé, la première fois, maintenant qu’il le sait il attend de voir l’adolescent hésiter, il lui indique avant qu’il ne s’inquiète, le petit escalier, à l’extrême gauche de la scène, qui mène à ses côtés. L’adolescent, emprunté, l’emprunte, reconnaissant, sans percevoir même que déjà il joue est joué, et suit l’écriture du poète.

 

A peine l’invité monté sur la scène, Le Chien s’écarte, se rend dans la coulisse, l’adolescent se tient seul, ses pensées en bataille, il aimerait trouver un mot d’esprit, plus souvent que Le Chien n’imaginait d’abord, l’adolescent parvient à réagir d’un simple Wesh, il fait quoi ou, élaborant, Il a cru que j’étais son chien ?. La salle hue, complice, l’adolescent ou le poète, huée indiscernable, touchant la situation.

 

Tout ça ne dure qu’un instant, Le Chien revient rapidement, installe la chaise, beaucoup plus modeste que celle qui se trouve déjà autour de la table. Une chaise en bois, usée, avec la paille défoncée ce que la salle ne perçoit pas mais que l’adolescent voit très bien. Le Chien s’installe sur la chaise défoncée et invite l’adolescent à s’asseoir à son tour sur l’autre chaise. Celle qui était la sienne, auparavant. 

 

Le Chien demande, encore, tu as quelque chose à nous lire ? l’adolescent, même lorsque d’évidence son téléphone contient des chansons qu’il écrit ou des bribes de ses pensées, hausse les épaules puis dit rien. 

 

Alors je te propose.

 

Le Chien ne demande pas aux adolescents de lire un texte qui leur soit étranger, il demande à l’adolescent quel est son chanteur préféré, idéalement en français. Le Chien, s’il ne le connaît pas, ce qui survient rarement tant il veille sur l’actualité, cherche rapidement sur son ordinateur, projeté en miroir sur l’écran au fond de la salle, la chanson. Le public s’en aperçoit à l’instant, ce que le public trouve assez cool ou maladroit — puis totalement et uniquement cool. Il agit de la même manière s’il connait le texte.

 

Il se tourne vers l’écran passe cette chanson deux fois, si l’on peut dire. La première fois, parce qu’il dispose d’un logiciel programmé pour ceci, sans que l’on n’y entende les instruments. Seule la voix du chanteur envahit l’espace, coule en nappes sonores, enveloppe le public, voix nette et juste, texte pur, libéré et pesant de silence. Ceci à la surprise de tous, leur ébahissement et ce silence fait de chuchotements étonnés. Puis il passe la même chanson. Sans les paroles cette fois. L’adolescent, venu ici, sur place perd ses habitudes tout en demeurant dans des lieux connus, comme si, ayant inversé longitude et latitude, en gardant exactement leurs coordonnées, il se perdait dans un espace instable, le connu-inconnu à la fois le mystère et le danger, les félins défrichées de la jungle affamée.

 

https://soundcloud.com/jonathan-boudina/audio-vocals (PNL AU DD)

 

Cette fois, Le Chien, lui demande de se tourner à son tour vers l’écran et de lire les paroles, sans les chantonner, de les lire aussi fort que possible parce qu’il doit les lire sans micro, parce qu’il est dos à la salle et qu’il faut bien qu’il soit entendu. L’enfant l’ignore, mais il est filmé en même temps et projeté en direct, sur deux écrans latéraux, dirigés vers le public. Il ne sait qu’il est vu. Au milieu du texte, qui essouffle le jeune lecteur, Le Chien, ajoute depuis son ordinateur, des bribes de poèmes, des siens, d’autres classiques. Le geste technique, maîtrisé, se remarque à peine. Les passages apparaissent à l’écran, s’intègrent sans reliefs ni accroc au texte. 


Rimbaud J'ai horreur de tous les métiers, qui coule si bien dans ces chansons, Je suis assis, lépreux, dans toutes les chansons d’amour, de rage, de trap et d’électro tous les vices, colère, luxure, L’adolescent s’aperçoit le déraillé, - magnifique, la luxure le public, moins, mais pris par la sidération du moment, il intègre sans maudire les brûleurs d'herbes les plus ineptes ces passages hors sujet. L’expérience de lecture dure environ deux minutes trente qui lui parurent, à l’enfant, des heures.

 

Bats les couilles d'l'Himalaya

Bats les couilles, j'vise plus l'sommet

Mon cœur fait « oulalala"

horreur de tous les métiers,

Crime passionnel que j'commets

Sur ton cœur j'fais trou d'boulette

J'fais tâche de sang sur le pull

brûleurs d'herbes les plus ineptes

J'désire nullement vous connaitre

Ni toi, ni ces fils de putes

Je suis assis, lépreux

J'me tire d'ici si j'm'écoute

Sang corse mélangé bougnoule

La Lune, j'l'aime plus, j'vous la laisse

tous les vices, colère, luxure

J'm'endors sous doré, sous gnôle

J'suis ni chez moi ni d'chez vous

Elle veut la bise, elle veut qu'j'la baise

magnifique, la luxure

 

 

Le Chien s’enquiert de lui, le public applaudit, le public applaudit toujours, l’adolescent, lui répond que non, ça va, que c’était facile, il ajoute quand même que c’était bizarre à des moments, qu’il ne reconnaissait pas le texte. Le Chien le remercie, lui dit de regagner sa place, il la regagne sous les vivats du public, des camarades. On est toujours célébrés pour son courage. La scène fabrique maints héros. 

 

Le Chien leur dit alors que la poésie, pour lui, c’est ça, ce moment où la langue déraille, où nos habitudes défaillent, que la poésie c’est rater une marche dans un escalier, se rattraper quand même et passer cette journée hanté par cet espace qui cet espace devient une pensée et cette pensée une phrase ou un récit. Toi, tu viens de connaître ça. J’espère. Peut-être ton premier rapport, à cette façon de faire de la poésie, proche et lointaine de celle de tes cours de français. J’espère que cette découverte te hantera, plus qu’une marche manquée, c’est vrai. Ce qui serait déjà bien, n’est-ce pas ? Après tout ce que nous en avons dit. Tes camarades te voyaient, de très près réciter ceci, ils se moqueront peut-être bientôt, n’oublie pas que tu étais là, toi, que pour toujours tu auras été là, dans ce minuscule et intense moment, tu le sais, je sais que tu sais. Au centre, au coeur de la poésie, d’une certaine poésie, de ce que j’appelle poésie que tu appelleras poésie un jour, peut-être. Le travail de vos professeurs est difficile, ici, il n’y a que le luxe, le jeu. 

 

Il retire les fleurs du vase, il les secoue, ça laisse sur le sol ciré de la scène une trainée d’eau, des gouttes fécondes, comme il se dit. Il se déplace jusqu’à l’adolescent, il parcourt à son tour son tracé pour lui offrir le bouquet qu’il tire à peine du vase.

 

Tiens, les fleurs, elles sont pour toi. C’est un petit souvenir. Avec mon livre. Tu peux en faire ce que tu veux. Tiens, donne moi un chiffre entre 1 et (il regarde jusqu’à quel page son livre va) 87. Quand l’adolescent répond 25, Le Chien déchire la double-page 25-26, il en cerne les tiges humides des fleurs qui mouillent le papier transparenté. Ca vaut plus qu’une dédicace, si un jour je suis connu…enfin tu seras connu avant moi. La salle fait ce qu’elle veut, à ce moment, s’il se sent d’humeur il demande à d’autres élèves d’intervenir, il se désintéresse de la suite. D’autres intervenants qu’il a choisi lui succède, il quitte la salle. Par politesse, les premières fois, il s’asseyait parmi le public. En plus de l’ennuyer il remarquait l’agitation maintenue dans la salle à cause de sa présence. Le Chien quitte la salle, autre chose commence, qu’il a contribué à organiser, de loin. Il invite qui veut venir, pour un salaire dérisoire, qu’il ne détermine pas et au fond il s’en fiche. Les réunions ne l’intéressent pas, la sélection de ses collègues, la plupart du temps, il s’en fout. Parce qu’il se trouve trop souvent entouré de deux groupes difficiles à supporter et qui ne se supportent pas entre eux. Les Grands Poètes et les Pauvres Poètes. Deux postures politiques dont il conspue la radicalité affectée qu’il considère comme s’imitant, se défiant toujours l’une l’autre, se définissant, surtout l’une par l’autre.

 

Bien sûr, s’il se trouve à cette place c’est qu’il la doit à quelques-uns, il le reconnaît sans peine. Pour autant il ne supporte pas les Pauvres Poètes, s’il y réfléchit un instant de plus c’est avant tout parce qu’il trouve leurs écritures faciles, passives et satis-fates. Quant aux Grands Poètes, la détestation se justifie du titre même qu’il leur attache.

Les Pauvres Poètes écrivant au ras-du-sol sans étudier ni le ras, ni le sol et encore moins l’union des deux. Il tient en haute estime quelques écrivains, une bonne trentaine, tout de même, s’il doit les compter rapidement. Plus s’il y embarque ceux dont il estime la bravoure, les tentatives sans parvenir à apprécier le résultat.

 

Au cours de cette semaine, la Maison de la Poésie met en vente les ouvrages des participants. Il s’en vend peu. Parfois aucun.

Un jour, un élève, un de ceux sur scène, lui demanda s’il streamait sa poésie. Il y réfléchit. 

 

 

Pendant cette semaine, Le Chien, change un peu la vie, la poésie et la vie se confondent, la poésie cesse de se morfondre dit jalousement Jean à l’ouvreuse, qu’il répète inlassablement, comme son seul et plus précieux mot d’esprit.

Jean ressent le besoin de raconter les allées et venues du chien, à l’ouvreuse. 

 

Jean marmonne :

 

Il se présente : je suis Le Chien, immanquablement, quelqu’un aboie dans la salle, celui-ci il le repère, au cas où, rarement est-ce celui qu’il convoque, toutefois. Parce que cet aboiement ne raconte pas assez de l’attitude intérieure de chacun, de ces jeunes gens qui cherchent à s’impressionner mutuellement et dissiper l’ennui et le malaise de leur présence. 

18 février 2026

Jean - Suite Le Chien Brouillon 1

Le Chien - Brouillon 1

 

Ce soir, Le Chien, un pseudonyme, donne la sixième lecture de ses poèmes, qu’il appelle analogie, rétrospection. Jean connaît Le Chien, de loin et depuis longtemps, leur rencontre remonte à 2007. A ses débuts, leurs débuts, aimerait défendre Jean. Seulement Jean ne continua pas. Il noua avec lui, Le Chien comme avec beaucoup d’autres, une relation distante et muette, de  présence permanente et effacée. A force de répétition, de lieux partagés, des je revois les mêmes têtes, il parvînt à entretenir une familiarité, forme reconnue des intimités mondaines, telles qu’elles existent depuis probablement que les tribus d’hommes croisent d’autres tribus d’hommes, autour du premier feu, des restes éclatés de silex et de siècles.

Depuis toutes ces époques, ce langage se compose d’une combinaison limitée de signes, salut, ça va ? à bientôt ou, si la voix ne porte pas, c’est à dire le plus souvent, d’un sourire distant ou d’une main levée, d’un assentiment général à l’autre. Leur relation tient dans l’absence de rejet. 

 

Le Chien est résident à la maison de la poésie, c’est à dire qu’elle le rémunère et, qu’en échange, une fois par mois, au moins, il lit de la poésie, échange son temps et sa culture contre un peu, enfin, de stabilité économique. Tout le monde n’a pas les Médicis, lui dit Gleb chaque fois qu’il quitte son appartement Moscovite pour Paris. Le Chien lui répond, qu’est ce que je t’offre à boire ? 

 

Pendant le printemps des poètes, Le Chien organise tous les évènements de la Maison, intervient, accueille de jeunes gens peu familiers de la poésie — comme la plupart des adolescents — tend à élaborer une poésie universelle, croissante, joyeuse et collaborative. Une poésie sans limite, dont le point de départ, pendant cette semaine, bien malgré lui, parce qu’il faut bien qu’il se trouve lui, quelque part, serait la maison de la poésie, que la poésie, à partir de cet endroit continuerait en droite infinie, germinée, comme cette fleur, la paulownia blanche et mauve, connue pour éclater comme une grenade à sous munitions. 

 

Le Chien, parvient, le plus souvent à quelque chose, à dire et faire dire quelque chose. ll aère son oeuvre, par ces entailles, dans l’espace souvent clos, l’entre soi, le cénacle, toutes ces habitudes enthousiasmantes des rivalités et des congratulations, il s’aère. Il se déplace hors de la phraséologie commune, sans perdre le souvenir, la charge, le contre-poids, de son oeuvre ininterrompue « toute » analogie, rétrospection. Il continue d’être lui-même, ne se discontinue pas d’avec Le Chien Oeuvre. 

La poésie de l’entre-soi, cette rupture volontaire, assumée et proclamée avec le langage commun, en se renfermant dans le groupe restreint des sophistiqués, redevient un langage lisse, ordinaire. 

 

Le Chien tente d’échapper à ce marais, d’autres s’en sortent avec génie, il refuse ce risque. Il suffit de peu pour se réveiller un matin en poète-sénateur et mourir pareil. Des grands poètes se moquent de lui, pour eux, qui préfèrent eau d’égout et champagne, il est déjà sénatorial.

Il ne pense pas cette aération comme un jeu badin, une facilité comptable, pour respirer entre sa vraie oeuvre et la vie, il conçoit ce moment comme une surface de travail et d’exigence poétique, un rappel, pour lui, de tout mêler à l’acte créatif, le personnel, ce chatoiement de sa biologie, le dépôt des expériences, rêves, lectures, et collectif, avec les individus, le quotidien, la vie des autres exprimée par eux-mêmes, autres dans leur totalité d’autre, leur langage total, surprenant et autre. 

 

Il se veut, cette semaine là, lié, entre la poésie, une idée de celle-ci, à son point primitif, et son public. Il ne veut pas renouer le social brisé, ou servir de pont entre l’institution et la vie. Cette question du lien par l’art, posée du moins en ces termes, ne l’intéresse pas, il ne la théorise pas, il affirme une ligne artistique à laquelle il croit et comme la vague que la mer engendre, il croit que ce qu’elle emportera, ramènera et rejettera d’alluvions, de dents de profondeurs, de sang et d’algues, vaudra quelque chose et pour quelque chose. 

Ainsi, Le Chien, collabore au réel. Pas plus et certainement mieux que d’autres affichant leur programme révolutionnaire, social et franchement rébarbatif.

Il sait son jeune public contraint d’être là, qu’entre eux la présence la plus institutionnelle est la leur. L’Etat, l’éducation nationale, à travers eux fait ses devoirs.

 

Pendant cette semaine, chaque jour pendant une semaine, Le Chien interpelle, dans la salle de la maison de la poésie, construite comme un théâtre, l’élève le plus distrait, le plus volontairement, manifestement distrait. Le corps rejetant, la bouche prête à mordre, celui qui provoque et attend d’être provoqué.

Il l’invite sur la scène, il lui demande, d’abord s’il veut venir lire quelque chose, quelque chose de particulier, question de pure forme, il ne compte pas laisser le choix à l’adolescent de refuser. Les réactions, dans un intervalle prévisible, varient. L’ambiance de la salle ou la coquetterie de l’adolescent interpellé peuvent modifier l’approche du Chien. Il n’a jamais connu de refus et à peine quelques résistances.

 

L’air bravache, toujours, cependant de l’adolescent, s’efface, il s’efface y compris chez celui qui bravache tenant sa bravoure en lys éclatants - ainsi que Le Chien voit les choses, il prête à chacun, dans ses mouvements, un bouquet de fleurs, il voit les êtres humains chair et fleurs — approche chancelant de l’estrade. 

 

Bien entendu, Le Chien entend souvent entre les dents, je m’en tape, jamais va te faire enculer. Les lieux de culture comme ceux de justice, intimident, ils affirment la supériorité de l’espace sur l’individu, s’enrichissent de symboles, estrade, scène, noms anciens, passage Molière, magistère de l’acteur. Autant d’apprêts qui donnent le pouvoir au médiateur.

 

L’adolescent devient enfant, s’étend en même temps qu’il rétrécit sous le poids de l’invitation. Cordiale et ferme. Le Chien mesure deux mètres, a la voix grave, la peau sombre et des costumes couleur épicéa. Il suspend au micro des gants de boxe rouge, vernis dont on ignore s’il prévoit de les employer contre les enfants pas sages. Les gants brillent sur la scène éclairée, gants factices, de bois vernis, pour peser de tout leur poids, de toute leur couleur peinte et doubler, en une autre matière, la solennité de l’instant. La scénographie est minimale, le micro et les gants de boxe à droite d’une table de jardin, ronde, blanche, rouillée en fer forgé,, un vase rempli d’eau à moitié, un bouquet de fleurs du jour, de préférence jaune, orange sinon, une chaise en bon état, au dossier noir et à l’assise molletonnée. 

 

L’adolescent ne sait pas comment se hisser sur la scène, s’il existe un accès simple ou s’il doit atteindre la scène depuis la salle et exposer son agilité à un possible échec.. Le Chien n’y avait pas pensé, la première fois, maintenant qu’il le sait il attend de voir l’adolescent buter devant la tendre épreuve, il lui indique avant qu’il ne s’inquiète, le petit escalier, à l’extrême gauche de la scène, qui mène à ses côté. L’adolescent, emprunté, l’emprunte, reconnaissant, sans percevoir même que déjà il joue est joué, et suit l’écriture du poète.

 

A peine l’invité monté sur la scène, Le Chien s’écarte, se rend dans la coulisse, l’adolescent se tient seul, ses pensées en bataille, il aimerait trouver un mot d’esprit, plus souvent que Le Chien n’imaginait d’abord, l’adolescent parvient à réagir d’un simple Wesh, il fait quoi ou, élaborant, Il a cru que j’étais son chien ?. La salle hue, complice, l’adolescent ou le poète, huée indiscernable, visant la situation.

 

Tout ça ne dure qu’un instant, Le Chien revient rapidement, installe la chaise, beaucoup plus modeste que celle qui se trouve déjà autour de la table. Une chaise en bois, usée, avec la paille défoncée ce que la salle ne perçoit pas mais que l’adolescent voit très bien. Le Chien s’installe sur la chaise défoncée et invite l’adolescent à s’asseoir à son tour sur l’autre chaise. Celle qui était la sienne, auparavant. 

 

Le Chien demande, encore tu as quelque chose à nous lire ? l’adolescent, même lorsque d’évidence son téléphone contient des chansons qu’il écrit ou des bribes de ses pensées, hausse les épaules puis dit rien. 

 

Alors je te propose.

 

Le Chien ne demande pas aux adolescents de lire un texte qui leur soit étranger, il demande à l’adolescent quel est son chanteur préféré, idéalement en français. Le Chien, s’il ne le connaît pas, ce qui survient rarement, cherche rapidement sur son téléphone, projeté en miroir sur l’écran au fond de la salle, la chanson. Le public s’en aperçoit à l’instant, ce que le public trouve assez cool ou maladroit — puis totalement et uniquement cool. Il agit de la même manière s’il connait le texte.

 

Il se tourne vers l’écran, lit à haute voix les paroles de la chanson. Puis, passe cette chanson deux fois, si l’on peut dire. La première fois, parce qu’il dispose d’un logiciel programmé pour ceci, sans que l’on n’y entende les instruments. Seule la voix du chanteur envahit l’espace, coule en nappes sonores, enveloppe le public, voix nette et juste, texte pur, libéré et pesant de silence. Ceci à la surprise de tous, leur ébahissement et ce silence fait de chuchotements étonnés. Puis il passe la même chanson. Sans les paroles cette fois. L’adolescent, venu ici, sur place perd ses habitudes tout en demeurant dans des lieux connus, comme si, ayant inversé longitude et latitude, en gardant exactement leurs coordonnées, il se perdait dans un espace instable, le connu-inconnu à la fois le mystère et le danger, les félins défrichées de la jungle affamée.

 

https://soundcloud.com/jonathan-boudina/audio-vocals (PNL AU DD)

 

Cette fois, Le Chien, lui demande de se tourner à son tour vers l’écran et de lire les paroles, sans les chantonner, de les lire aussi fort que possible parce qu’il doit les lire sans micro, parce qu’il est dos à la salle et qu’il faut bien qu’il soit entendu. L’enfant l’ignore, mais il est filmé en même temps et projeté en direct, sur deux écrans latéraux, dirigés vers le public. Il ne sait qu’il est vu. Au milieu du texte, qui essouffle le jeune lecteur, Le Chien, ajoute depuis son ordinateur, des bribes de poèmes, des siens, d’autres classiques. Le geste technique, maîtrisé, se remarque à peine. Les passages apparaissent sans rien altérer. 


Il aime à insérer des morceaux de Mauvais Sang de Rimbaud J'ai horreur de tous les métiers, qui coule si bien dans ces chansons, Je suis assis, lépreux, dans toutes les chansons d’amour, de rage, de trap et d’électro tous les vices, colère, luxure, L’adolescent s’aperçoit le déraillé, - magnifique, la luxure le public, moins, mais pris par la sidération du moment, il intègre sans maudire les brûleurs d'herbes les plus ineptes ces passages hors sujet. L’expérience de lecture dure environ deux minutes trente qui lui parurent, à l’enfant, des heures.

 

Le Chien s’enquiert de lui, l’adolescent, mettons pour cette fois-ci Enrique, lui répond que non, ça va, que c’était facile, il ajoute quand même que c’était bizarre à des moments, qu’il ne reconnaissait pas. Le Chien le remercie. 

 

Le Chien leur dit alors que la poésie, pour lui, c’est ça, ce moment où la langue déraille, où nos habitudes défaillent, que la poésie c’est rater une marche dans un escalier, se rattraper quand même et passer cette journée hanté par cet espace qui cet espace devient une pensée et cette pensée une phrase ou un récit. Toi, jeune homme*, tu viens de connaître ça. J’espère. Peut-être ton premier rapport, à cette façon de faire de la poésie, proche et lointaine de celle de tes cours de français. J’espère que cette découverte te hantera, plus qu’une marche manquée, c’est vrai. Ce qui serait déjà bien, n’est-ce pas ? Après tout ce que nous en avons dit. Tes camarades te voyaient, de très près réciter ceci, ils se moqueront peut-être bientôt, n’oublie pas que tu étais là, toi, que pour toujours tu auras été là, dans ce minuscule et intense moment, tu le sais, je sais que tu sais. Au centre, au coeur de la poésie, d’une certaine poésie, de ce que j’appelle poésie que tu appelleras poésie un jour, peut-être. Le travail de vos professeurs est difficile, ici, il n’y a que le luxe, le jeu. 

 

Il retire les fleurs du vase, il les secoue, ça laisse sur le sol ciré de la scène une trainée d’eau, des gouttes fécondes, comme il se dit. Il les offre. 

 

Tiens, les fleurs, elles sont pour toi. C’est un petit souvenir. Avec mon livre. Tu peux en faire ce que tu veux. Tiens, donne moi un chiffre entre 1 et (il regarde jusqu’à quel page son livre va) 87. Quand l’adolescent répond 25, Le Chien déchire la double-page 25-26, il en cerne les tiges humides des fleurs qui mouillent le papier transparenté. Ca vaut plus qu’une dédicace, si un jour je suis connu…enfin tu seras connu avant moi. La salle fait ce qu’elle veut, à ce moment, s’il se sent d’humeur il demande à d’autres élèves d’intervenir, il se désintéresse de la suite. D’autres intervenants qu’il a choisi lui succède, il quitte la salle. Par politesse, les premières fois, il s’asseyait parmi le public. En plus de l’ennuyer il remarquait l’agitation maintenue dans la salle à cause de sa présence. Le Chien quitte la salle, autre chose commence, qu’il a contribué à organiser, de loin. Il invite qui veut venir, pour un salaire dérisoire, qu’il ne détermine pas et au fond il s’en fiche. Les réunions ne l’intéressent pas, la sélection de ses collègues, la plupart du temps, il s’en fout. Parce qu’il se trouve trop souvent entouré de deux groupes difficiles à supporter et qui ne se supportent pas entre eux. Les Grands Poètes et les Pauvres Poètes. Deux postures politiques dont il conspue la radicalité affectée qu’il considère comme s’imitant, se défiant toujours l’une l’autre. Bien sûr, s’il se trouve à cette place c’est qu’il la doit à quelques-uns, il le reconnaît sans peine. Pour autant il ne supporte pas les Pauvres Poètes, s’il y réfléchit un instant de plus c’est avant tout parce qu’il trouve leurs écritures faciles, passives et satis-fates. Quant aux Grands Poètes, la détestation se justifie d’elle-même. Les Pauvres Poètes écrivant au ras du sol sans étudier ni le ras, ni le sol et encore moins l’union des deux. Il tient en haute estime quelques écrivains, une bonne trentaine, tout de même. 

 

Dans les salons, Il lui arrive de vendre des livres, que la librairie de la Maison de la Poésie vende certains de ses livres. Ce n’est pas encore dans les usages, dans leurs usages. Un jour, un élève, un de ceux sur scène, lui demanda s’il streamait sa poésie. Il y réfléchit. 

 

Bien entendu, le protocole pourrait ne pas fonctionner. L’adolescent choisi pour monter sur scène se faire& écraser par le dispositif, Le Chien aura mal choisi le gamin qui swingue de la classe et du groupe.

 

Le Chien n’a pas besoin de trouver le plus adapté, saltimbanque de la bande, il lui faut assez d’assurance naturelle, et que lui, Le Chien, avec les différentes étapes de sa proposition, le mène jusqu’au point souhaité, l’entraîne dans la direction qu’il fabrique, ces rails qu’il fait suivre sans donner l’impression de guider.

Il part du principe, toujours valide, que la légitimité nourrit l’envie, que les félicitations et les compliments donnent du courage. Qu’ils sont rares ceux qui demeureront fermés, par détermination. Au contraire, le plus fermé du fait de sa détermination, sera sur scène le meilleur témoin de son succès. C’est autre chose qui peut rater. L’infatué. Celui-ci, quoi qu’il veuille, Le Chien le déteste. Il désespère de le détester, puis s’y fait. Aucun adolescent ne le fut encore. Le poète, aussi, contient ses haines, son injustice sauf…et aucun nom ne lui vient. 

 

*(n’importe quel prénom)

 

Pendant cette semaine, Le Chien, change un peu la vie, la poésie et la vie se confondent, la poésie cesse de se morfondre dit jalousement Jean à l’ouvreuse, qu’il répète inlassablement, comme son seul et plus précieux mot d’esprit.

Jean ressent le besoin de raconter les allées et venues du chien, à l’ouvreuse. 

 

Jean dit :

 

Il se présente : je suis Le Chien, immanquablement, quelqu’un aboie dans la salle, celui-ci il le repère, au cas où, rarement est-ce celui qu’il convoque, toutefois. Parce que cet aboiement ne raconte pas assez de l’attitude intérieure de chacun, de ces jeunes gens qui cherchent à s’impressionner mutuellement et dissiper l’ennui et le malaise de leur présence. 

17 février 2026

Hypothèse

Herbe flottante, vie fourrée, l’osier un bouquet d’os et de bois, un coussin blanc, du sang, sur l’assise, douze rayons partent du regard pour se réfléchir dans le miroir et revenir dans le regard qui se révolte à son tour et se déclare lui le miroir et le monde l’image première, miroir qui lui de tout garde muet l’intégralité des traces. 

 

Sa bouche toute pliée dans la main, le garçon aux mains toujours froides serre, toujours plus fort, ses bras, son dos le lancent, les coups défensifs, tus depuis quinze minutes, commencent à faire mal, après-pendant la mort, après les dernières décharges d’adrénaline. 

 

Une dépouille souffre, sait, anticipe. Ses gaz accumulés accumulent la douleur de ceux lui succédant dans les coups, dans la prévision de la mort. 

Echo des battus battant toujours, plainte amplifiée, rémanente, avant de choir, demeure, demeurera toujours, sous son permafrost, dans la vie toujours, en acouphènes ou cancer. 

 

La mort, inspirée, frappe aux côtés des bourreaux, elle le rue lui le garçon de coups qui eux brutes terrifiées s’écartent, laissent la mort seule frapper, la mort élargissant la mort de la blême victime. 

 

Le garçon ne bouge plus, plein de sable, il ne rêve plus aux vagues, la peau demeure étrangement blanche, les coups, linceuls, l’absolvent. Il devient un plus jamais. Dans le même temps, sa mort l’habille de blanc, s’étonne de le trouver sans bleus. Passe, la mort alors tomba ce jour un fracas, la foudre et son reflux, un grand pardon. 

 

Mort sur le coup de la mort marcheuse acharnée, lui, le gravier dispersé sous ses roues, un char acharnant l’écharpant. De lui ne reste rien que l’à venir, le crissement du prêtre priant, précipité là, haïssant la mort, parce qu’il doute depuis longtemps maintenant, du paradis pour les innocents et de l’enfer pour les coupables. Il pleurera, le prêtre, durant la cérémonie, d’une émotion incertaine, les ouailles endoutées retrouveront la foi devant la foi manifeste des larmes manifestes. Il faut bien que Dieu existe, disent-ils, pour que l’homme à ses ordres, vagisse. Il doit exister beaucoup sinon, sinon, rien ne compte. Au deuil endouté le prêtre confirma dix croyants, leur réservant une place dans l’hypothèse.

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8 février 2026

Des J., partie 1.

A l’endroit où la barrière de fer forgé du passage Molière, qui donne sur la maison de la poésie, la fait ressembler à un coupe-gorge, Jean se tient. Il guette, il attend, il fume, il cherche ce qui lui donnera un air et l’air tout court. Dans la rue coupe-gorge à couper le souffle Jean rêve.

Avant de quitter son appartement de la rue Quincampoix, il réfléchit à ses poses futures, aux attributs que ce jour là il devra mettre en scène. Toujours, c’est à la même chose qu’il cède, sur le portant, en même temps qu’il fume à l’intérieur, fenêtre close, sa vogue, il n’éclate jamais la bille mentholée dissimulée sous la tige, il saisit son costume, deux pièces, noir, le pantalon à la bande satinée, la veste noire, brossée, les souliers en cuir de veau qui renvoient des reflets bleus et gris. Ils aiment à les décrire, les chaussures, boréales, attendant chaque fois l’effet précédant, par là, une question que nul n’imaginait.

 

Il dispose encore du sens du trucage, un tour qui ne s’abîme pas, les générations succédant aux générations, la masse humaine toujours reproduite, mouvante, accouchant. Marée à marais, il se débrouille, respirant dans ces sous-sols, ces sous-bois. Sa main jubile encore. Souvent, prétend-il, parfois, sait-il. 

 

Jean incline son miroir, il vit dans un studio de 20 m2, dont il tirait fierté à 25 ans, qu’il se forçait à aimer à 35, qu’il dévoile tout en justifications, euh et billes mentholées écrasées à 45. Il sait qu’il ne peut rêver plus haut, son revenu de professeur certifié ne lui permettrait pas de s’acquitter, confortablement, de plus. Il dispose, par ailleurs, d’un petit héritage obtenu à ses 32 ans, cinquante mille euros, qu’il utilise méticuleusement aux fins de sa conservation : le pressing, les vêtements de seconde main soigneusement triés, la lime à ongles, les sorties nocturnes, les premières seulement, fosse dans laquelle il jette la plus naïve, dont il joue entre ses doigts, ronde gomme à la surface sèche. Jean, doit calculer d’avance, dressant trop souvent mal l’équation, la forme de la relation, le moment de la rupture, pour les rendre folles. Jean souffre parfois d’amour qui, en réalité, a la proportion exacte de son désir. Il souffre de ne plus pouvoir convoyer ses mains sur la peau nue et blanche de Sarah qui l’aimante et qui elle, déjà, n’en peut plus-en-peut-encore. Avec Sarah il manque à sa loi, celle qui veut, qu’au fond de chaque bouteille de vin, demeurasse un fond, l’imbuvable lie. Lorsqu’il échoue, il accueille en sueur cette détresse, tend et rétracte sa main, ne se lie à aucune promesse. En dénombrant les autres, il s’en tire bien, lâchant juste à temps l’ivresse, ébahissant la jeune fille abandonnée, un au-revoir-adieu, toujours au même endroit, sous les arcades de la Place des Vosges, pour incruster un peu plus dans la mémoire de la délaissée son miracle, d’autres abandonnent en injures ou en diamants, lui le fait dans le tintement du verre de Chablis, offert. Symétriquement à la première rencontre, celle d’opulence. La relation, elle se passe en des termes plus médiocres, plus chiches, mais voilà, le souvenir qu’il laisse ces deux signes de parenthèses, ouvrante et fermante. Marie, Faustine, Erika, toutes, s’y (em)ploie-t-il, se souviendront de lui, se référeront à lui par cette ponctuation. Sarah, non. 

 


Il accélère ses préparatifs, pour se rassurer, il décrit l’extension des logements de ses amis, décrit leur nouvelle masse adipeuse qui, proportionnellement, croît à mesure que les mètres carrés de leur appartement s’accroissent, à moduler des enfants nés, source de bonheur intense et de diminution du plaisir quoi qu’ils en soient, au moins en partie, le fruit. 

 

Son orgueil se situe ailleurs, les femmes, toutes celles évoquées, défumées qui, moins qu’orgueil deviennent, demeurent, obsession, maladie. Les femmes embrouillamis indépétrâbles qui ne causent ni joie, ni peine. L’amour, un passe-temps pour qui, lui, ne fait plus rien.

 

Aujourd’hui, devant le passage Molière, appuyé contre le mur, il joue l’indifférent ayant étudié et répété toute sa vie, les 25 dernières années de sa vie au moins, cette indifférence soignée. Il ne change que peu le port, adapte légèrement ses discours, il habille d’autres intonations les mêmes manières celles qui chez les tricheurs existent, pareilles, depuis le goudron et les plumes de l’ouest sauvage américain. L’ouest d’après les massacres, les feux dans le désert, les chants guerriers mutilés mille fois par l’acier des fusils, les selles en cuir ou les bêtes montées à cru, charnier de Sioux, de bisons, de terres fertiles. Jean, malgré tout, constate que le temps a trop vite passé sur sa vie, il clôt les paupières, sent le khôl lui brûler l’oeil, il vient de lire, au musée de minéréalogie, la pierre qui entrait dans la composition originelle du khôl, il aimerait utiliser cette information, trouver un endroit où l’exprimer, entre deux bouffées de sa cigarette, négligeant, l’oeil rougi.

 

Jean, par répétition, noue des amitiés et des fidélités, assez distantes pour ne rien révéler de lui, assez fréquentes pour s’obtenir des faveurs et entretenir l’illusion. La maison de la poésie. 

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