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24 octobre 2023

A la douche

Journées un peu étranges à la suite de deux nuits de quadrilles et de soûleries. Hier, ni douche ni café, pour expérimenter sur moi-même ces variations de l’habitude. Ordinairement, y compris les lendemains de soirée, je me douche et prends mon café. Hier, avec Jeanne, nous trainâmes au lit, somnolents et sursautants, faisant l’amour dans le premier réveil, de sept heures du matin, l’orgasme partagé, elle d’abord, moi ensuite — si ne suivant cet ordre son plaisr nous échappe. Jeanne aussi change d’habitude les lendemains des alcools béats, elle qui fume un paquet ou un paquet et demi — amusante forme de comptage, celle par paquets, demi-paquets etc — ne fume pas du tout alors. Bukowski, lui, ivre de bière, toujours, s’abstenait un jour par mois que, moins grâcieux que Jeanne, il passait à vomir et trembler. Un journaliste, je ne me souviens pas lequel, français je crois, racontait avoir voulu intervieser Bukowski et devait, chez le poète, naviguer entre les canettes de bières vides et écrasées, comme des bouées dans une marée de crasse. Le journaliste y voyait, avant tout, une mise en scène de la part de Bukowski, une volonté de ce que les biographes, se fondant sur l’article de ce journaliste, plus tard, le décriront comme ce naufragé, accroché à mille éclats rocheux, les cadavres de canettes de bière, des Bud’s, je crois, je me dis, sûrement, ajoutant cette ligne mystique à celui très tricheur, qu’il se choisissait la marque légère et la plus homonyme possible. 

Deux jours consécutifs sans me doucher, lorsque je ne me douche pas, moi qui alterne entre l’eau chaude et l’eau froide, et, dans le mouvement de ce dernier jet glacé, chantant, hurlant ou dictant, je me sens doucement engourdi et que, moins excité par la vie, collant d’une matière qui n’est pas un résidu de sommeil, je deviens calme. J’écris ce texte, à jeûn, sans douche depuis deux jours, après un jour d’abstinence de café — comblé aujourd’hui par l’expresso chez Jeanne et, chez moi, le doppio+ à quoi j’ajoutai un expresso simple. La lecture, dans cet état, me calme, je la pratique lentement, sans urgence, sans perdre le sens, les mots se succèdent, linéaires, mon regard, moins fou, ne se disperse pas sur la page, découvrant, dès la première ligne, quelques grappes des paragraphes plus lointains. Cet état me change, m’étonne, bientôt je prendrai ma douche, brosserai mes dents, avalerai je ne sais quoi. En attendant, j’écris ce texte, après avoir fini la lecture de la seconde nouvelle de Sciscia — Jeanne se moque de ma prononciation de l’auteur palermitain. Les oncles de Sicile, s’intitule le recueil, la nouvelle tout juste achevée, raconte le sort d’un soldat italien dépêché en Espagne, du côté des phalangistes, pendant la guerre civile. D’un soldat qui quitte, chômeur et mineur, son île pour se battre contre d’autres chômeurs et mineurs, du côté des propriétaires, des flics honnis. Il se bat, pour la solde, parce que c’est comme ça, et la colère monte au fur et à mesure de son récit, récit a posteriori, récit où la langue, où la colère, où le style, évoluent, au fur et à mesure du déploiement des souvenirs. Il parle, lui reproche son oncle, comme un avocat lui qui, quittant l’Italie, connaissait à peine le ba-ba. La prison réputée école du crime trouve une étrange jumelle ici, la guerre université des révoltes. Quand cette guerre lointaine, pour d’autres, un autre peuple, d’autres intérêts, aussi. Qui ne combleront ni sa faim, ni rien. 

Ecrire contribue à exciter mon esprit, le corps, toujours, délicieusement endolori, celui, d’une odalisque peut-être, à quoi me comparait, il y a longtemps désormais, Jeanne, dans le lit du Normandy. Lascif, ici, devant l’écran, sans désir, animé d’une pulsation mystérieuse, un battement de la peau, perdant, toute vigilance, c’est à dire, dans mon cas, toute inquiétude. Le monde, parce que l’eau chaude puis froide n’y ruisselle pas, glisse sur moi, ne s’emmêle guère dans les poils, couchés, calmement. Je délaisserai bientôt ces sensations qui, sensations, s’érigent à hauteur, de sentiments, de pensées, de perceptions, que, le monde, brutalement, dans le jet activé de la douche, changera, me changera. Mon corps tout plaisir, lent, très lent orgasme, différent, ici, de mon corps maniaque, peu reposé, dévorant, ces fois là, le manque de sommeil, excite mon appétit, ma bouche avide engendre les longues canines des vampires, Dracula ce cher insomniaque, commença ainsi sa carrière hémoglobite. A quoi comparer cette mollesse, elle s’approche des tapis persans, épais, chers à nos opiomanes du début du siècle passé, tous morts, à plus ou moins longs termes, intoxiqués ou d’âge vieux. 

L’étrange calme des mers d’huile, que je ne vis jamais autrement qu’en pensées, mers d’huile, je crois que je vois, ce calme là, seulement, lisant le mot, écrit, et, plus qu’écrit, condamné dans les dictionnaires, c’est pensant à ce mot, dans le Larousse, que je perçois, enfin, la mer d’huile, ennuyeuse à crever. Or, je ne m’ennuie pas ici, calme, à peine heurté, moi même, par le tac tac tac du clavier USB, ses touches profondes, bruyantes, que je ne vois que comme, le cornet grossissant du mouvement intérieur. Pas même la prémisse de mon moi à venir, inéluctable. Il faut bien en société se laver, avant, ce soir, de dîner dehors, Jeanne a réservé, un restaurant italien tout fraichement ouvert. J’y sentirai bon, je changerai de chemises, celle qu’avec plaisir je porte depuis trois jours, moi qui ne porte jamais deux jours consécutifs la même chemise. Temps d’exception, le soleil brille, la météo annonçait les grandes dépressions. Valentin, en ce moment, pour se défiler de toutes invitations, ne m’exprime pas son mal être, à travers les mots des psycho-pathologies, il m’envoie une carte du ciel, les dépressions atmosphériques. Pourtant il n’a pas une gueule d’atmosphère. Allez, à la douche, après avoir posté ce texte. 

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17 octobre 2023

A tout le monde l'asile

Chapitre asile 

Les crises d’angoisse, Sélim ne les connaissait plus depuis longtemps, depuis la thérapie qui se déroulaient dans d’autres locaux. Avant, pour lui, tout le soin psychique se déroulait dans le même immeuble, sur deux étages. Au troisième, la psychologue et la psychiatre. Au quatrième, l’hôpital de jour, la TCC, le lobby de l’hôpital de jour, sorte de point de départ des activités fournies du soin ambulatoire, puis le réfectoire où lui et ses compatriotes de folie et de perversion se trouvaient nourris. 

 

Aujourd’hui, il ne se rend plus jamais à l’hôpital de jour, Sââna ne l’admettait pas, inquiète pour sa santé à lui, ne mesurant pas ce que c’était, aussi, cette forme d’alitement dans une structure psycho-sociale. Il a rendez-vous ce matin avec le psychiatre et la psychologue, à 10h30, il doit prendre le métro, tôt, l’habitude du réveil perdu mais là, l’urgence le saisit, le médecin — Sélim ne pensait pas user de ce droit — lui signalait, après chaque rendez-vous de ne pas hésiter à appeler.

 

La crise d’angoisse violente de la veille, la colère éruptive maintenant qu’il sait, que certains mots, certaines assignations, certaines exclusions, il ne les méritait pas, ça a fait comme un contre-choc et la réplique des tremblements de terre impressionne autant que les premières secousses.

 

Devant le bâtiment du CMP, il trouve deux ouvriers en train de fumer leur cigarette, Sélim se dit qu’il pourra peut-être entrer dans le bâtiment sans les gesticulations d’usage, taper les chiffres 002 — il a mis du temps à comprendre avant — puis presser le pictogramme cloche avant que la secrétaire n’ouvre la porte. Raté, la porte est close. Il compose les trois chiffres puis presse le bouton d’appel. En vain. Le bouton fonctionne mal et le panneau d’affichage le renvoie à l’écran initial. Sélim recommence, enfonce plus fort toutes les touches — y compris les 0 0 2 fonctionnels. Enfin. Il appelle l’ascenseur après avoir parcouru le hall. L’ascenseur ressemble à celui d’un film d’horreur, des bâches jaunes le recouvre comme si un tueur préparait ici son crime et, par ces protections, éviteraient de répandre le sang et donc les preuves. Sélim ne trouve pas les touches pour employer l’ascenseur. Il ne peut pas utiliser l’escalier à cause de la porte verrouillée par un badge. Il déchire une partie de la bâche. Il trouve finalement, sous l’opaque transparence du plastique jaune, les commandes de l’ascenseur. Le psychiatre, comme toujours, aura du retard.

 

on te croit

c’est marrant, ça, parce qu’il ne pense pas sa situation identique — à peine ressemblante — à toutes celles semblables qui croient du besoin aussi d’être crues. Moins que cru : entendu. Pas. Ecouté. Le drame, depuis un moment déjà, il provient du silence imposé, de la part injuste de ce silence imposé. Maintenant, il faut traiter. Progresser. Parler. A Sélim on reprochait, par tous les côtés, d’exprimer publiquement ce qu’il traversait, de déblatérer de haine et de bave. Expression conditionnée par le silence imposé. Chacun parle d’où il peut et sans interlocuteur alors demeure la tribune. 

 

Le médecin emploie le mot dissociation est-ce qu’on peut dire enfin. Il explique que si certains gestes redondants provoque l’amnésie décrite il s’agit de dissociation. Le mot déplaît à Sélim, il lui paraît trop grand. Mais ce n’est pas un mot, c’est un diagnostic, un commentaire clinique d’une situation rapportée. Alors, il marche. Pourquoi, au contact d’une certaine partie du corps — les longs poils du pubis par exemple — une décharge le traverse, le déréalise, l’éloigne de la situation. Il vit ces instants à distance, comme si un autre les effectuait, comme dans un souvenir, dans un malaise.

 

Le médecin permet de franchir un pas, de, enfin, provoquer en lui une action. Il lui parle, à l’évocation terrifiée des cauchemars, du Cataprecan, qui sert, en ces cas, à les abolir. Le médecin l’exprime contourné, gêné. Le remède semble violent. Il appartient à la classe des alpha-bloquants, le médecin donne aussi d’autres caractéristiques du médicament, Sélim bloque sur alpha-bloquants, parce qu’il connaissait, par usage répété, les bêtas-bloquants — et il paraît logique que, bêta n’existe que parce qu’alpha le précède. Alpha, ça sonne effroyable, une paralysie centrale, plus en amont que celle provoquée par les bêta ralentisseur du système para-sympathique, alpha comme s’ils atteignaient l’âme ou son siège moderne, le cerveau, les fonctions les plus nécessaires à ce qu’un être humain se distingue de ses homologues primates.

 

Lorsque Sélim lui déplie sa situation, ce qu’il qualifiera, le médecin, de dissociation, le médecin lui reproche, malgré tout, l’envoi du message, dans sa situation — juridique et psychique — il eût mieux fallu choisir, pour l’instant, un traitement différent du problème. Le médecin vise juste, ici, Sélim souffre, de ce que le médecin nomme, des obsesssions et ces obsessions se doublent de compulsions. D’abord il y a l’obsession, le besoin de voir fait droit à ce qu’il estime mériter — ici le dialogue, pas la reconnaissance — et que cette obsession aboutit — il l’exprimait déjà à Sââna ce qui explique pour partie son silence, il le sait — à de mauvaises décisions, à de mauvaises formes. Le médecin, d’autres le lui dirent, lui rappelle que la raison, ici, n’a pas prise, n’aura, chez ces gens là plus jamais prise. Pourtant on te croit, s’il déplie calmement, objectivement, biffant les noms, dépassionnant le débat, les faits, personne ne peut lui dénier le droit à une explication et, éventuellement, à des excuses. Sa question est-ce que tu te rendais compte et sinon comment as-tu pu pour ne pas te rendre compte ?

 

La psychologue qui le suivît, pour la TCC, auparavant, n’exerçait que dans le cadre des soins ambulatoires qu’il recevait et qu’il a quitté. Le médecin lui indique — c’est comme si devant l’abîme toujours une main le tirait du néant de justesse il aimerait que la main n’attende pas si longtemps — qu’il va proposer des heures à la thérapeute au sein du CMP. 

 

Ce qui intéresse Sélim, dans l’affaire, maintenant qu’il sait, comme depuis le début de cette année maudite, que toute justice lui est désormais close — il réclamera son dû — c’est de s’apercevoir combien les causes sociales et environnementales se superposent et s’enchaînent. Sélim, peut-être, n’aurait pas (re)vécu ces actes avec autant de gravité placé dans un contexte social changé, que, parce qu’il dût se concentrer sur les violences sexuelles, sur l’omniprésence de celles-ci, sur, même, lui surtout, accusé de telles choses, les choses réémergèrent, le sens se réactualise, le récit se recompose. Il y a d’abord eu les cauchemars, le bassin écrasé. De l’autre. Il y a longtemps. 

Plus tard, surtout, il se rend compte qu’il suit un processus analogue à celui de Sââna, il réécrit une histoire, sans mentir ni truquer, en pondérant autrement les éléments passés. La décharge contemporaine n’en est pas moins vraie, notre passé porte toute sa vérité dans nos réactions présentes — elles demeurent mobiles. Sââna, par exemple, savait depuis le début, dans toute son extension, ce que Sélim avait fait. Aucune nouvelle information ne la frappa pourtant son opinion changea, elle réécrivit qui il était. Plus encore, plus avant, elle considéra, Sââna, que le contexte excusait que les promesses cessent. En réalité, l’intérêt, la seule chose importante. Pourquoi ? Parce que l’important pour Sââna aujourd’hui, au-delà de se perpétuer, c’est de ne pas reconnaître, de trouver, absolument toutes les diversions possibles, extérieures à elle — concentrée en Sélim — qui rendraient nul son récit. Elle y parvient, Sââna, accompagnée de mouche à merde, traiter l’autre de fou ou de pervers ne change rien, en réalité, à la réalité des faits. Leur nature, elle, de ces faits, se conçoit après, à deux, la qualification n’appartient à personne en propre. On y peut déceler, au mieux, des indices. Pas davantage.

Le pire des déments, la plus grande des ordures, une sainte peut le blesser. Sââna se protège, parce que si elle devait faire droit à la possibilité du récit de Sélim, alors son système de valeurs ne tiendrait plus, du moins, son inscription dans ce système, alors elle doit trouver une autre raison, un motif sordide et pernicieux, pervers ou fou. Selon, elle, il faut croire, se reconnaître, moins qu’une faute même, une responsabilité, reviendrait à la nier. Il se souvient, maintenant, quand Sélim subissait des hordes, des hordes réelles d’harcèlement, des incitations au suicide elle se déclarait, auprès des autres, une victime, parce que Sélim exigeait que la promesse soit tenue. Mais, comme elle lui expliquait le contexte avait changé et avec lui les devoirs associés. Le contexte a changé. Encore une fois. Cette fois-ci à son détriment.

 

En réalité, conserver sa place dans ce système lui était possible — l’est encore — il eût suffi d’admettre la possibilité du récit de Sélim. Là. Maintenant. Devant l’explosion de douleur qui domine tout. Pas après, pas comme V. le préconisait, en faisant de l’hypnose. Sélim réclame parce qu’il croit en l’honnêteté de Sââna, qu’elle adhère, vraiment et absolument à ce qu’elle prône, ne s’excluant pas, déglutissant, péniblement peut-être, devant ce qu’elle, aussi, joua dans la partie un rôle qu’elle voulut toute sa vie s’éviter. Ce qui épate Sélim là-dedans c’est combien, Sââna rendit l’ensemble grave, collectif, violent, en mobilisant ses amis, sa tentative de briser, en amont le miroir et demander aux autres de décrire les images véhiculées par lui. Alors, Sélim, aussi, demanda aux amis « suis-je fou, ne vous ai-je fait des déclarations comme quoi je me forçais ? ». Il n’est pas fou, pas, du moins, de cette folie là. Il n’a pas demandé s’il n’était pas, comme mouche à merde l’a déjà décrété, pervers. Son refus, comme tout déni, raidit les positions, c’est que, se dit Sélim, si elle nie à ce point, si elle cherche, absolument à éviter, ce n’est pas tant par peur (parce que cette peur ne suffit pas lorsqu’elle la rapporte à ses valeurs déclarées) ou alors, plus justement, parce que la peur en question revient à se voir comme elle ne voudrait pas se voir. Pourtant, les faits, indubitables, se présentent à nous. Des années. Est-ce possible pendant des années d’ignorer ? Si oui comment ? Et il eût suffit de répondre à ces questions pour tout aplanir. Sââna, comme trop souvent les gens désormais, n’imaginent pas combien Sélim accepte de les croire. 

 

S’il continue de remonter le fil du récit, dans la crise récente, Sââna pensait ceindre Sélim d’un privilège en l’excusant, comme en droit pénal est irresponsable le fou, à cause de sa démence tandis que, se faisant, elle lui ôtait toute agentivité, ses actes, entièrement, prenaient la couleur de la folie, de l’hystérie, il agissait en possédé. A ces qualités, aujourd’hui, s’ajoute, mais c’est de la même logique, la perversion. 

 

Il s’aperçoit de ça, qu’aujourd’hui, il vit ça avec tellement de douleurs parce que les actes portent en eux ce degré de gravité que, surtout, ce qui leur donne sur la psyché cette action, c’est leur qualification sociale actuelle. Tant qu’il vivait avec Sââna il pouvait les diluer dans le noeud complexe de tous les rapports les unissant. Après la rupture, dans les conditions horribles de la rupture, la complexité s’estompait, laissant place à des faits, plus bruts, plus clairs. Dans l’embrouillamis nodal les faits, les actes, sont une masse compacte, indiscernables, fonctionnant comme une totalité. Une fois défait les noeuds deviennent des lignes autonomes, indépendantes, et certaines de ces lignes, supportables dans le tout deviennent, surtout sous cette lumière sociale nouvelle, ignobles, douloureuses. Ou, du moins, le semblent. Ce qu’il demandait Sélim, à Sââna, c’est, tu avais remarqué, ça, ces fils là ?  

 

Heureusement il a parlé, avant, Sélim, à ses amis, il peut brandir, au moins pour lui-même, pour sa propre raison, ces paroles rapportées, fermes, indiscutables. Sélim sait que, autrement, sa parole jamais ne comptera. Sélim s’arme, le diagnostic, dissocié, à partir de quoi, en plus du mot de Sarah, il avance, il raye. 

 

le pervers celui qui dit pervers se dit « j’aurais mieux fait de le laisser crever ». Sélim est presque d’accord puis il entend le film d’horreur espagnol qu’elle regarde près de lui, il est heureux de vivre. Il avance. Il avancera. 

16 octobre 2023

Scathophaga stercoraria

Chapitre Bonus - Roman

 

il a écrit aujourd’hui sans son journal intime : n’ayez pas peur, comme toujours, je ne dirai rien de clair, rien qui ne soit discernable à qui déjà ne sait pas tout, il dit, pourtant vous craignez je ne sais quelles explosions, ma parole se contient dans les bornes que vous lui infligez.

 

Sélim, qui voit le passage insensé, le tirage infernal, les lecteurs scrutateurs, comme s’il s’apprêtait à rédiger une lettre ouverte à destination du monde, à dénoncer, cruellement, sans vergogne ni limites quelque acte dont il se sentirait la victime. Sélim ne pense pas à ça, pas une seule seconde, en fait, il ne pense que ce cas, individuel, singulier, ne mérite un traitement public. Il croit, encore, Sélim, que les conflits, souvent, se règlent, dans le huis clos des intimités. Tout intervenant extérieur, soutien partial d’un récit partiel — récit connu que de paroles rapportés et non des mouvements minuscules qui animaient une relation vécue quotidiennement — empêche la résolution sereine des disputes.

 

Sélim, six mois, après la rupture, la rupture relationnelle, d’abord, la rupture psychique, aussi il faut le dire, écrit à Sââna, il faudrait qu’on parle de notre sexualité…ces dernières années…comment ça s’est passé…je me suis forcé…tu en penses quoi toi ? Sélim rapporte le message, comme ça, il omet, sûrement, forcément, une partie de sa violence qui, plus que violence, est, douleur. La violence, qui sera appelée perversion, par des intrus, la

 

Whataboutism

 

30 langues

  •  C'est drôle, mais je ne me souviens pas que les médias aient été si énervés à propos de la décision tout aussi stupide de Barack Obama de retirer une force résiduelle d'Irak. » Rich Lowry, éditeur d'un magazine d'information républicain après la vague de critiques suscitées par l'annonce par Donald Trump du retrait des troupes américaines de Syrie le 19 décembre 201815.

 

 

douleur, conditionne les formes d’expression, plus encore que folie, il semble, qui prétend canaliser le cri ? Sélim se demande ça sérieusement. Est-ce que le cri de qui trouve à son coeur une plaie doit, avant de le pousser, en trouver la retenue ? Quand cette douleur tue depuis longtemps, purule, le sang coule par où il peut. S’il salit les vêtements neufs de la vertu retrouvée, il n’y peut rien, le sang, de perler ainsi. 

 

Les intrus, Sélim s’en convainct, n’eurent jamais du intégrer la discussion, sauf si Sââna, par leur délégation, cherchait l’absolution. Elle ne réclame pas leur analyse mais leur pitié, pas la justice mais le pardon.

c’est un pervers pour les montagnards, un fou pour les girondins. Quoi qu’il advienne, Sélim le sent bien, plus que sa parole sans valeur il est lui-même dépourvu de valeur. Sélim, après la rafale subie, la rafale de mépris, de déni, de silence, les mots de la vraie violence, s’excuse parce qu’il se dit, Sélim, que Sââna ne lui peut vouloir du mal — Sââna et ses amis, eux, la protègent en l’assurant qu’il lui veut du mal, qu’il cherche à la heurter, que sa motivation se trouve non dans la question posée, dans la réponse cherchée, mais dans les effets délétères de ceux-là.

 

Sélim écrit à son amie Sarah, très proche, qui reçut, un jour, des mots couperets (cruels, d’une cruauté indiscutable), elle aussi, de la part de son ex, il lui écrit, Sélim, à Sarah, parce qu’il redoute, depuis le départ, dès avant d’écrire le premier message il redoutait d’agir comme lui, d’envoyer, pour blesser, que, même, ça jouait, longtemps, dans cette retenue…ça cède un jour. Ca ne peut pas être sa faute à lui. Ca ne peut pas. 

 

sa réponse, la réponse de Sarah, quelque part, le rassure, parce qu’elle donne de la hauteur, que, surplombant, elle le replace, aussi, à la dignité humaine, non Sélim ne se comportait pas avec cruauté, barbarie. Sarah efface le mot pervers. Efface le mot fou :

 

Non je ne suis pas sûre que tu m'en aies parlé en ces termes. Mais je sais que tu n'avais plus de désir pour elle à un moment ou même très tôt dans la relation. Je peux imaginer combien c'est blessant d'entendre ça. Et en même temps si tu as besoin d'en parler tu as raison de l'exprimer. Faire une X c'est avoir des motivations sous jacentes malhonnêtes : blesser, reprendre. Et tu sais ce qu'il en est des tiennes non ? Toute motivation honnête donne des actes honnêtes donc ne t'en veux pas trop. Mais comprends sa position aussi : putain c'est dur d'entendre ça.

 

Ce dont Sélim s’aperçoit c’est bien ceci, il fait au mieux, et cette fois-ci, de façon indiscutable, il se trouve, et sont les autres qui établirent l’échelle ! du côté de ceux qui subirent, que, personne, il l’a assez entendu, ne peut supposer à sa parole un arrière-texte ou un fou-texte. Sélim s’incline, c’est un défaut, devant la force, il la confond avec la justice, parce que toute justice découle de la force, alors quand il se voit insulté de pervers avec vigueur, il y croit un instant. Sélim a besoin de temps pour reprendre contact avec sa réalité, avec son être, pour ne pas être entièrement absorbé par le mot. Pervers, comme si, chose en gestation, au prononcé, comme certaines formules magiques, le font éclore, le mot, en lui, le confondant, désormais avec lui. 

 

Devant le mot de pervers il se remit pourtant en question, d’où, le message à Sarah, la peur d’agir comme X, peur qui le tenaillait depuis le départ, Sarah le rassure en ce que l’anamnèse qu’elle le conduit à faire, l’éclaire sur ses propres intentions à lui, il en venait à douter, à ne plus savoir ce qu’il cherchait vraiment, quelle folie, il se dit, quelle folie, ce mot pervers ce qu’il fait…ça se pardonne, ça ?

Parole, la sienne, motivée par un besoin, besoin récent, bien entendu, demeuré secret, auparavant, un travail lent et permanent, accéléré ces derniers mois parce que lui aussi subît des accusations graves. Accéléré parce que Sââna le conduisit dans une cellule d’introspection, étroite, humide, violente, où des cauchemars renaissaient, où une vie engloutie, enfuie, pas grave, comme il le pensait à l’époque, enflait, la nuit, régulièrement, maintenant, au moment de s’endormir, il sentait un bassin s’écraser sur sa figure et il tombait dans le sommeil, asphyxié plus qu’endormi.

 

Sélim obéît, se cloîtra, s’interrogea. Personne ne peut lui dénier, alors, son courage. Sââna, et tous les autres, d’ailleurs, ceux qui le désignent sous le vocable de pervers, le menèrent à un certain endroit du monde, orientèrent son regard de telle façon à ce qu’il comprenne l’ordonnancement, le nouvel ordonnancement du réel en un sens qu’il ignorait ou se dissimulait, un endroit d’où on lui demandait de se voir, de se juger, voire de se condamner. On le traîna, ici, sous le couteau de valeurs pas tellement nouvelles qu’aiguisées plus que jamais.

Et, d’être traîné ici, lui aussi se met à revisiter, réécrire, reconstituer, avec leurs mots, leurs images, leurs qualificatifs sa vie à lui, sa vie dans laquelle Sââna prît une place, dans laquelle le corps de Sââna accompagnait le sien, que le corps de Sââna, réclamait, que cette exigence se trouvait des insistances diluées certes répétées surtout, les tu sens bon qui exprimaient son désir, les j’ai besoin d’être désirée pour me sentir belle les ça me rend malheureuse . Des années. Des années de ce discours, il éructe, Sélim.

 

Alors, celui qui le traite de pervers prononce la phrase perverse, hypocrite, une phrase sans prix, une phrase que Sélim n’oubliera jamais :

 

tu ne me feras pas croire qu’elle t’a mis le couteau sous la gorge. 

 

Ca interpelle Sélim, cette phrase, qui se voit placer un couteau sous la gorge avant un rapport sexuel ? céder n’est pas consentir il croyait qu’il fallait faire tout droit, toute honneur à cette phrase, qu’elle ne possédait pas de genre ou que, du moins, sa véracité ne dépendait pas des acteurs. Elle trônait, sommet des hiérarchies morales. Est-ce que c’est un couteau sous la gorge le jour où Sylvain insiste parce que Violette accepte de coucher avec lui ? Comment ça s’appelle ? Surtout comment ça s’appelle quand ça dure des années ? Parce que, Sélim le comprend, là, en train de flipper dans sa chambre, que le dur vient de la répétition dans le temps, de ce que est-ce que ce serait grave pour elle si elle savait qu’il se forçait et est-ce qu’elle pouvait le savoir ? Voilà les questions. Elle choisît de les traiter comme des prétextes. Sélim a pris rendez-vous pour 10h30 chez le psychiatre et la psychologue. Il y avait longtemps que ça n’avait pas éclos en lui, bouquet de fleurs funestes, tout un abri de lys, d’oeillets et de chrysanthèmes.

 

Le type a ajouté :

tu ne me feras pas croire que tu avais peur 

 

et ça, alors, je ne sais pas, se sentir coupable de ne pas donner du sexe c’est pas aussi une injonction ? Il se souvient qu’il a lu, ça, sur Instagram. Différentes formes, ces pressions. Au départ, au départ, il ne savait pas, comme s’il devenait convaincu à force d’être nié. Le processus de radicalisation…ahaha, avec un prénom comme Sélim, il se marre, radicalisé. 

 

Faustine dit à Sélim t’aurais du lui dire à ce mec qui te tetraite de pervers : va te faire enculer mouche à merde, c’est vrai. va te faire enculer mouche à merde.

 

Alors, Sélim, après la culpabilité, celle d’avoir heurté, mal dit, d’avoir peut-être ressemblé à X. explose, quelque part, il explose à retardement pour être sûr, il demande autour de lui est-ce que je suis fou, est-ce que je ne vous disais pas déjà ça à l’époque ? Ses amis le rassurent, plusieurs, d’autres il ne leur demande pas parce que, proches de Sââna, il ne veut pas salir son image, il ne veut pas ajouter à la conversation, cette fois non des intrus mais des amis, forcer, encore, à choisir un camp, ceux qui s’épuisèrent déjà, ou qui, préservés, méritent un calme identique.

 

Sélim réclamait, tout simplement, une écoute, une clarification, quitte à être contredit, il ne prétendait pas établir inaltérable son récit, attendant l’assentiment et la contrition.

Aujourd’hui, il est de plus en plus sûr, de plus en plus sûr en recomptant les témoignages, parce qu’aujourd’hui sa parole à lui ne vaut rien, qu’il doit convoquer sans cesse les tiers, les témoins de moralité, les images inaltérées, le parfait screenshot. Qui, pour preuves, ne constituent aux yeux des autres aucune vérité. Seules les croyances comptent. Et on ne le croit pas. Sélim ne peut pas écrire trop de messages à Sââna sinon, quoi qu’il veuille s’expliquer, Sââna se persuade, et les autres avec elle, qu’il la harcèle. Ca aussi, ça lui semble bizarre, sa peur, à elle. 

 

Le pervers lui avait écrit un jour bien avant

 

il y a des faits

 

Ici, Sélim, à son tour, de dire :

 

il y a des faits.

 

d’ajouter :

 

il y a aussi des témoins.

 

Sélim peste, alors, donc, cet endroit, cet endroit de moralité, où on le menait se gère selon une règle variable, défavorable, forcément à lui, qui, coupable une première fois, jugé tel, perd à tout jamais la possibilité, de se plaindre, de ressentir, que rien ne pouvait lui être épargné, même pas la réalité de sa douleur, même pas la vérité de son cauchemar. Alors, il demande, oui, Sélim, à ses amis, s’il n’est pas fou. Ils lui disent, ces amis, tous, tu n’es pas fou ou Oui, tu me l’as dit. Il envoie ça à Sââna qui partage à tous les autres intrus, convaincue, Sââna, et eux avec elle, que Sélim n’agit de la sorte que, pour, encore, l’enfouir sous des tonnes de son âme à lui, détritus organiques, quand, il montre, lui, par là, ce qu’il signifie tu vois bien Sââna, je ne te mens pas, je demande TA vérité. Parce qu’il sait, Sélim, depuis longtemps maintenant, le sort réservé aux coupables d’avance, inécouté, trop gravement affecté par la tache, lui confondu avec la marque, le stigma diabolicum. Des années, il dit, pourtant, des années de ça. Sélim repense, les images réapparaissent brutales, indiscutables devant le refus d’être discutées. La négation, les insultes, cristallisent plus assurément les faits, ils deviennent incontournables, durcis. 

D’abord les cauchemars, connexions nerveuses désagréables, se muent en réalité concrète. Alors, oui Sélim l’affirme, c’est de sa compétence à elle, Sââna, de sa compétence parce que de son fait, six ou sept années, de ces gestes répétés qui, aujourd’hui, explosent en cauchemars, relèvent de sa responsabilité à elle que son refus d’en discuter la rend responsable de ce dont, si elle avait répondu, eût été parfaitement — possiblement parfaitement — innocente.

Il ne partage pas, Sélim, les réalités matérielles, le contenu de ces réalités, les faits exacts, il ne le fait pas et peut-être de cette description imprécise, de demeurer dans l’état abstrait, se rend louche à leurs yeux, laisse un espace interprétatif à sa défaveur ? On n’imagine son silence une faille quand Sélim s’en abstient parce qu’il trouve que là, ce serait cruel, de décrire tout à fait exactement, secondes par secondes, ce qu’il ressentait, ce qu’il a vécu.

Il peut en faire le découpage 24 images/seconde, rapporter des textures, les rapprocher d’émotions et surtout, surtout, ce qu’aujourd’hui ça touche de concret en lui, l’obstacle réel dans sa sexualité, les gestes qu’il se met à éviter, les détours pris, les réminiscences, il ne dit rien de tout ça. Il ne dit pas parce qu’il sait que s’il entrait dans les détails — ce texte ne comporte aucun des détails dont il est question — alors, là, vraiment, il casserait quelque chose et que, ceci, oui, il en est sûr, n’est pas son but, il ne souhaite interrompre aucune vie, il souhaite continuer la sienne, la reprendre après qu’on le traînait là. A ce point du monde, qu’on dit meilleur pour tous. Il compte encore parmi le monde. Il a droit à sa part. 

 

Le monde déteignit sur lui et lui aussi, il déteint.

 

 

sélim se souvient amer des vidéos qui limitent sa responsabilité, la diminuent au point exact de sa déclaration. Pas en deça, il l’accepte, ça, toute l’étendue de ce « ça » mais pas plus cf. la vidéo, il se dit, cocidille mentale. sélim, à cet endroit là il se met à bouillir, le refus de tout élément, objectif même, dès qu’il provient de lui comme si lui Sélim putréfiait lui qu’importe que l’autre cette fille là la glaçante avouait explicitement explicitement

 

 

 

La définition du viol, Sélim le découvrait alors, changeait sans qu’elle n’affecta vraiment, ou sinon dans de vagues marges, c’est à dire dans le zèle de certains procureurs, la loi. Sa définition sociale, qui se confondait, avec plus ou moins d’exactitude, avec la définition légale, voulait, auparavant, qu’il y avait viol lorsqu’il y avait un violeur, c’est à dire une intention de violer. Il s’agissait d’une définition subjective, c’est à dire qu’il fallait découvrir si oui ou non, l’auteur avait souhaité violer par surprise, contrainte ou menace. Le viol ne pouvait être retenu en l’absence de ces éléments, la sensation de la victime ne pouvait y suffire. Ce qui, pour toute autre infraction, semblerait normal. Il n’existe pas d’agression sans volonté d’agression et la sensation d’avoir été agressée ne saurait suffire à le caractériser. Bien sûr, dans une société patriarcale, il était trop facile, de prétexter de l’étroitesse légale pour s’exciper de toutes poursuites et il n’est pas insensé de chercher d’autres indices pour s’assurer de la réalité du consentement c’est à dire de la croyance en ce consentement. Il pouvait admettre même qu’une différence d’âge significative — et la loi désormais le retient — 

 

Tout ça il pouvait le comprendre et le méditer. 

Mais voilà que, parce que tout ce discours se diffusait en lui, il se mit, lui aussi à réviser sa vie, à l’explorer sous cet angle, s’il analysait ses gestes et ses faits il devait, autant, analyser ce qu’il connût, lui, de l’autre côté des mains, c’est à dire dans la passivité de sa volonté ou dans l’extorsion de celle-ci. 

 

Le truc, c’est qu’après que lui même fut la cible de ces révolutions, c’est à dire qu’on lui expliqua, sous la menace et le harcèlement, mais des manières il passa outre, avec douleur et violence, que le viol ce n’était pas dans les actes du violeur mais dans la tête de la violée, il médita. 

il médita. 

Et celle qui lui répétait, longtemps, pour ne pas dire toujours, cette règle, il se demandait si elle-même, quelque part, ne pouvait être justiciable de ces dispositions. Il le lui dit, sans surprise ou presque, elle l’envoya chier, s’en ouvrit, gémissante, à son meilleur ami, qui fit une réponse atroce qui l’accusa, lui, de chercher à manipuler parce que le message qu’il écrivit ne pouvait relever que de la psychiatrie ou de la méchanceté. 

 

la psychiatrie ceci, il le reçut souvent, comme une annulation de tous ses propos, son énervement ne pouvait résulter que de la folie (avant de glisser, dans les jugements extérieurs, vers la cruauté, sans que rien pourtant ne l’altéra). 

 

Son Ami, De Gaulle, et ça, le plus cruel, le plus insupportable, aussi, se justifia d’en être instruit au prétexte que Sélim, lui-même, en avait avisé ses amis. Or, ici, semble-t-il, selon toutes les règles morales énoncées par eux. Ce ne valait en rien la même chose. Le parralèle était même surprenant. Sélim, lorsqu’il s’en ouvrit à ses amis, le fit avant tout pour s’assurer de n’être pas fou, d’avoir bien dit, au long de sa relation que, oui, il se forçait, que oui, pesait sur lui une grande culpabilité qui le conduisait à une sexualité contrainte, sans plaisir, voire angoissante. Il n’écrivait aux autres que pour s’assurer de la véracité de ce qu’il avait subi non pour accabler ou pour justifier, pour témoigner que, au passé, c’est à dire bien avant toutes les disputes et toutes les horreurs, ceci existait, sous l’oeil des témoins. Lui, De Gaulle, s’il avait été contacté c’était en guise de protecteur, non pour contre-argumenter mais pour simplement nier psychiatrie ou méchanceté. 

Il écrivit, après ce jugement moral, tu ne vas pas me faire croire que tu avais le couteau sous la gorge (…) et que c’est comparable à une accusation de sexualité avec une mineure. 

 

Puis il le bloqua

 

Sélim se retrouvait interdit, il devait d’une part se défendre, se justifier, expliquer, que, il n’est que rarement question de couteau sous la gorge qu’il s’agit plutôt de phénomènes rampants et implicites. Le sous-texte pour De Gaulle, c’est à dire la projection dans la psyché de Sélim, voulait que Sélim ne se prononçait de la sorte que par vengeance ou comme façon de s’absoudre d’où l’opposition qu’il formulait d’avec ce qui concernait directement Sélim. Au lieu de considérer que s’il existait en effet un lien entre ces évènements il tenait à ce que la révolution opérée dans le monde n’excluait pas Sélim de la discussion, la vie entière de Sélim, de chaque côté des gestes, des actes et du passé. Il intégrait son existence, comme une pièce de puzzle, à tout ce qui s’était passé. Ce tout le plaçait de chaque côté des règles Il ne comprenait pas à quel titre il devait se trouver exclu de la communauté des autres êtres humains, s’il n’exigeait aucune place au sein des martyrs il pouvait, au moins, espérer être entendu. Le refus signait, absolument, une exclusion de l’humanité. Et s’il en était chassé il n’en était pourtant pas le plus inhumain. Parce que, à la fin, possiblement, ceux qui révoquent l’humanité des autres ne se départissent que de la leur. 

 

 

 

Sélim subit deux reproches, de ne pas s’être exprimé convenablement et que donc il visait à manipuler ce qui semble curieux puisque la personne qui souffre, sa 

 

 

 

Il se souvient, maintenant, exactement. 

La difficulté qu’il a eu, quand il retrouvait un sexe couvert de poils, à le lécher ou le toucher même à cause de ce que ça se rapportait à des souvenirs douloureux, forcés, pour faire plaisir. 

Qu’est ce que c’est qu’une sexualité tournée exclusivement vers le plaisir de l’autre, mue, essentiellement, par la culpabilité.

je ne me sens pas belle si je ne me sens pas désirée 

 

 

Alors, à ce moment là, il comprit, il ignore ce qu’il comprît, la banalité de la lâcheté, certainement, de ceci, il est sûr ou presque, il a subi quelque chose comme l’on dit lorsque les mots, à cause de leur usage et de la gravité que celui-ci leur donne, ne peuvent plus recouvrir et décrire la réalité singulière. Il ne croit pas avoir été violé mais il sent qu’il a été forcé. 

15 octobre 2023

All play means no sex

Au lit, après la longue soirée d’hier, terminée à 6h du matin, avec Le Moine, électrisant jusqu’au matin le groupe, les lèvres parées de rouge, les sourcils madrés, nous discutons avec J., le rideau tiré, des gestes de séduction entrepris par les hommes, les certitudes qu’ils affirment devant le moindre signe d’intérêt d’une femme — politesse, gentillesse, crainte. Cassandra, aujourd’hui, ma très belle et douce ancienne amoureuse, ajoute Etoile sur Instagram qui, devenu fébrile, demande par DM « qui est cette charmante fille », J. répond, je synthétise, « l’ex de Jonathan ». Après ma sieste, je reçois de la part d’Etoile « c’est quoi ce bin’s avec Cassandra » J. « ils ont échangé, elle l’a bloqué ». Etoile, à qui je réponds « ? » s’étend, gentil laïus inquiet, persuadé, en réalité, ne me le rapportant que par détours, l’exprimant plus clairement à J. « on n’ajoute pas un compte privé par hasard (…) je suis doué pour repérer ce genre de choses », se persuade que cet ajout traduit un intérêt sexuel que, parce qu’elle le bloque, le motif vient d’une sorte d’embarras de sa part à elle — parce que nous la connaissons — et certainement pas de ce que lui a été relou, de ce que, son profil Instagram lui a été suggéré par l’algorithme et, elle, accomplissant le geste banal et distrait de l’ajout. De bien connaître Cassandra l’explication d’Etoile de la supposer retorse, inquiète d’entrer en relation avec des connaissances de son ex. 

 

Si je réfléchis à ceci c’est d’observer, régulièrement, ces processus étranges — accentués jusqu’à la démence ici par Etoile - de ce qu’une femme échange avec un homme que cet homme, de là, imagine un intérêt immédiatement sexuel. Récemment, nous buvions vers 23h, près de la librairie, avec Valentin, des verres avec José le libraire et Césarin, près de nous, deux filles inconnues, Louise et Anastasia, se trouvaient, l’une d’elles, Louise interpella Valentin de boire un café ce qui lui fit s’exclamer, de son regard joliment étonné « mais tu bois un espresso ? » qui amorça folle soirée, dialogues intempérés, mouvement jusqu’à la fermeture des troquets, puis passage, ensemble chez Valentin, le doux appartement de Valentin, l’émerveillement qu’il suscite, chaque fois, l’appartement. Les vagues accrochées à nos pas, moi, qui à 5h30 rejoint J. en Uber, Valentin, à 6:17 m’écrit « ils sont partis ». Le parallèle entre cette situation et celle d’Etoile c’est que passant moi à la librairie, au retour de Palerme — j’y avais laissé un livre pour Louise — José me dit « Césarin était sûr que Louise passerait à la librairie lui demander son numéro » ce qui m’interpellait parce que, d’être demeuré en rapports assez serrés avec Louise — Valentin de même — jamais elle n’évoqua Césarin — à qui elle fit lire ses poèmes, au café, mais Louise, son enthousiasme trouble les jugements plus encore ceux des maladroits en amour et en séduction — non par un embarras devant ses sentiments naissants à elle —elle ne dissimula ni ne retint, ultérieurement, son affection pour Valentin. José me dit « Césarin, allait, après que Louise l’aura contacté, couper court » se projetant, dans un scénario tout complexe de noeuds, d’une relation non-née dans laquelle, empereur, il baissait le doigt pour l’exécution. Amusé, je le rapporte à Louise qui, s’en agace, passant à la librairie, pendant mon séjour à Palerme, elle ne réclama pas le numéro de Césarin et trouva plutôt irritant sa manière. Disposant désormais de l’intégralité des éléments, je vois le système déployé — maladroit parce qu’incompétent — de Césarin. Convaincu, au cours de la soirée, d’une attirance réciproque il entreprit un jeu qui, croyait-il augmenterait le désir de Louise et par là son empire sur elle. Lorsqu’elle lui demanda son numéro, lui il faudra passer à la librairie le demander. Le Mystère se dit-il, il se dit le mystère, le charme poétique — il reproduit mon geste de tu récupèreras un livre à la librairie qui ne portait pas, le mien, de volonté mystérieuse ou de séduction, pur don — je comprends à l’instant qu’il reproduit parce qu’au moment du présent lui : t’es parisien…t’es parisien depuis toujours ? cette sorte, pour lui, alors d’aisance spontanée, de charme. Louise, je lui parle, plus tard, autour d’un Moscow Mule de ce que Césarin racontait à José et elle, à moitié décomposée et irritée, ah bon ? C’est que non, qu’elle trouvait sa démarche ridicule, que ce jeu de pistes ne présentait aucun intérêt, elle le trouvait sympathique — comme nous tous — et parce qu’enthousiaste se trouvait là de nouveaux amis, une plus grande diversité, pliure agrandie de l’éventail. Lui, prêt à couper court, imaginant, à cause d’un bonjour, une forte inclinaison, croyant, dans le vent d’automne qui empourpre le visage, peut-être, les premiers signes d’un amour, les rougeurs de l’amour. Au lieu de s’inquiéter devant le visage grêlé d’une adulte à la varicelle, il se suppose un grand triomphe, prêt, hélas, devant la pâmée à l’écarter d’un signe désolé. 

 

alors moi je me souviens, on parlait avec M., par Instagram, je n’avais pas de visage et elle je la trouvais jolie, ne souhaitant pas — constatant tout de même — couchant bien plus tard avec elle — entrer dans un rapport de séduction — de séduction sérieuse puisque je demeure toujours charmeur. Je, tout différent en ceci de Césarin, lui déposai, la prévenant, un livre Mary Calloway, dans un endroit secret, près du cabinet d’avocat où elle exerçait, le dissimulant, dans les fourrés, un mot inscrit à l’intérieur, un post-it collé sur la couverture noire suppliant qui le trouvait de le laisser s’il ne s’en sentait pas le destinataire — rendant plus visible le livre discret par cette excroissance colorée. Lorsque j’en parle à J., qui n’aime que les choses simples — à condition qu’elles soient belles — elle me dit — je le sais — « ah ça m’aurait soûlé » lorsque j’en parle à d’autres, femmes et hommes, ils en sont séduits. Souvenirs, aussi, pour faire mon intéressant certes là cette fois-ci, au premier rendez-vous avec Cassandra, au Andy Wahloo, apportant des fraises de chez mon bon primeur (ou Berrie’s?), dans un petit mouchoir, pour les étaler sur notre table, geste splendide parce que rare et précieux, parce qu’écho gourmand à celui plus banal des fleurs, s’y rapportant, en déviant — moi maladroit tout de même oubliant dans le uber qui m’y menait mon sac — courant à sa poursuite — arrivant suant au rendez-vous, mais digne, divertissant de mes cheveux humides par l’apparition miraculeuse des fraises juteuses. Revenant, sans réciter, à la légère improbabilité proférée par le poète. Avec mon corps de faon comme J. m’appelle depuis toujours. 

 

Je voulais dire, les hommes prennent toute curiosité pour promesses de batifolages, suçage de bites dans les toilettes les plus proches.

12 octobre 2023

S'exciper

Lorsque je rencontre de nouvelles personnes J. pense que je veux coucher avec elles. Parce que, depuis plusieurs années désormais, je ne supporte, exceptés les vieux amis, que les femmes. Détestant, maintenant, les façons viriles d’exister, ces histoires de coudes et d’épaules, tout ça me lasse ou me répugne. Souvent répété, de ceci moi nullement excepté. 

 

Drôle d’allure, il dit, Finkie quand J. lui montre les photographies de notre voyage en Sicile. Drôle d’allure, dit-il, J. l’imite, avec l’accent chevrotant de son âge, quand il voit en photo mes costumes colorés. Un air que j’imagine de surprise sans courroux et, J. me détrompera - je ne lui demande pas, allongée dans le lit, à cause de son jour douloureux des règles, regardant un film - une certaine forme d’assentiment étonné. Drôle d’allure, suspension, aussi-déjà, d’un jugement, une affirmation de forme interrogative, miscibles, ici, les … et le ?

 

J. parle de sa voix tranchante comme un rasoir - qu’à son goût ne rencontre pas assez souvent ma barbe - lorsqu’elle prononce cette phrase. J. croit, à raison, en son instinct et je me demande, alors, pourquoi ici elle fait erreur comme, à d’autres moments, quelles régularités dois-je identifier pour comprendre le point nodal de son instinct. Y réfléchissant la nuit, hier 

 

tu boudes me demande J. ? tu es fâché Miaouss ? Désolé Miaouss — sa contrition plus faite d’indifférence quant à ce désir qu’elle me suppose qu’à une remise de son jugement

 

je découvre. J. excelle pour déterminer des situations advenues ou, éventuellement, en train d’advenir, ce qu’on dit du flair or ne se sentent que les odeurs réalisées, que les parfums déposés. J. se trompe rarement quand elle décèle un mensonge, une pratique révolue, elle se trompe, cependant, accordant trop d’assurance à son acuité, lorsqu’elle croit découvrir un lien entre un discours et un acte. Pourquoi ? Parce que, très souvent, sûrement, certaines prémisses produisent des faits similaires. Ici, J. pèche, parce que - rare faille de sa fine psychée - elle projette sa psychologie dans le discours de l’autre - ou le sens habituel qu’elle observe - si moi je disais ça alors ça signifierait ceci ou version amoindrie lorsque les gens disent ça (elle ajoute je les connais - à raison) ça signifie ceci. J’échappe, depuis toujours, à ces catégorisations, mon discours traduit ma pensée, bien entendu, mes récits correspondent, jusqu’à un certain point, à une réalité banale, mais ma psychologie, comme mes notions de bien/mal, ne se confondent pas, loin s’en faut, d’avec celles ordinaires. Ce que me dit J., alors, me pénètre, puisque, si elle pense ça alors je dois faire attention aux signes attentif aux signes pour faire attention à elle, danger permanent des homonymes doublé de ma graphie maladroite. J., fait partie des rares personnes, à dépasser ma curiosité, qui, avant même, hors de ce qu’on dirait amour ou désir, maintient à son endroit mon plus grand intérêt, une excitation permanente, joie, évidente, surtout, surprise. 

 

Ecrivant, alors, depuis tout à l’heure, je l’admire, dans le lit, le pyjama la belle et le clochard (me montre-t-elle en permanence un miroir ainsi parée pour la nuit ?) sur le corps, la forme sinueuse de son corps, ses membres opérant de brefs virages à chaque endroit articulé, les images clignotantes de l’écran sur son visage, réfléchi dans le verre de ses lunettes (que je n’aime pas, les grandes lunettes Dior, rayées, qu’elles portent si bien pourtant). 

 

 

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