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29 décembre 2025

Brouillon d'angles

La dépression installée là depuis des semaines telle que je ne l’avais vécue depuis 2017, depuis avant le lamictal, depuis avant Jeanne la première fois. La dépression, celle qui harasse pour transformer vos journées en un bloc dysfonctionnel de 48 heures. A l’exécution de la première moitié un sommeil, sommeil de désert, peuplé de rien, sans songe, sans ombre, aucun secours dedans, aucun monde imaginaire, secours, toutefois, du temps passé, de dix (10), quinze (15), vingt (20) heures d’une étincelle engloutie. La seconde moitié, elle, se trouve du côté de la vie maniaque, folle et incessante, pendant plus de 24 heures je ne dors pas, n’en ressens que peu le besoin, alors la vie afflue, la vie différente, bien entendu, comme le sommeil lui aussi diffère. J’appartiens à un autre régime des mots et des actes, animé par une variation des thèmes communs, connus et appris. Il faut se débrouiller, là-dedans, dans ce brouillard nouveau — il dissimule des paysages inconnus — pour trouver une direction, malgré tout avancer sans rien détruire, sans rien abîmer, se poursuivre là-dedans, dans ce semblant-semblable. L’espoir, un peu. Espoir-à-peine.

De tout ça quels lendemains, quelles demeures, quels lieux, quels vagabondages ? Qui, familier de ceci, chercherait dans sa mémoire, secouée elle comme un grimoire poussiéreux recelant le miracle disparu, impie jadis, peu importe aujourd’hui la malédiction attachée au remède. La mémoire, quel épuisement d’en parcourir les sinuosités, remonter à la trace les fausses pistes, marcher les pieds boueux dans cette vie ancienne, hantée, jamais tout à fait la sienne puisqu’au passé, puisque déjà dix fois écrite et réécrite.

Comment m’en sortais-je ? Je ne le sais plus. Probablement parce que je ne m’en sortais pas, que ces époques de crise, chrysalide la vie et cette vie enterrée sous le béton armé du désespoir ne peut qu’attendre pour changer, muer une nouvelle fois, déformer jusqu’à sortir, par le plus mince espace de la coquille, se faufiler, abandonner, je ne sais, trois quart, ou neuf dixieme, de son ancien corps, n’en retirer qu’un centième puis de là, de soi avorton encore, recommencer. De ces anciens temps je ne garde aucun souvenir des remèdes parce qu’il n’en existe pas, ni le temps, ni les médicaments, ni l’affection, ni l’enfermement. Il s’agit de mourir en soi puis recommencer, dans un autre biome.

Douloureusement, s’apercevoir qu’aucun espèce d’espace ne s’habite, avec la solitude pour seul lot. Nous sommes abandonnés parce que nous n’appartenons plus vraiment à aucun groupe, tout se fait hostile, méchant, adverse.

Attendre, sous la pierre sèche, coupante soi, que ça casse.
Ne pas mourir, ne pas se corrompre, mesurer les excitations, se prémunir des dangers, de l’angoisse.
Attendre la vie nouvelle des anciens bûchers ce souvenir seul demeure, l'odeur de chair brûlée ancestrale, le premier et le dernier sort à la fois, transmis, d'os bouillis
Attendre.
Le reste, les miracles, les sorties, les invocations, tout ça je les garde pour les jours ou les nuits, où assises sur un divan ou debout, la tête contre le mur, à se la frapper de toutes ses forces, les patientes chercheront aussi leur issue de secours et ma voix les guidera, ma voix les guidera sous les lueurs factices, au son du tambour, un rite pourquoi pas, de dix séances ou d’un ou deux ans, à maintenir ces autres dans cet espace, ici, dix mille jours de déprime pour n’apprendre qu’à ériger des clôtures et les nommer safe place ou cabinet de diversion. Comme l’amour, un amour inoubliable.

J’attends, comme souvent. Je ne dois pas renaître, c’est au monde d'apparaître. 

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28 décembre 2025

De sale seulement

Demande toi, maintenant, si tu veux te perpétuer ainsi, si ta propre généalogie, la division de tes cellules et l’accomplissement du je, ton lendemain, s’annonce ainsi, de cette sorte là, proche de l’immonde du très peu, de tout ce qui plus jeune t’horrifiait, la paresse, le gluant, le plaisir trop facilement atteint et si cher - d’un prix encore celé - à acquérir. Veux-tu demeurer celui-ci, assurer ta pérennité sous cette forme là, dans ce présent-ci ? Que t’arrive-t-il chaque jour qui toi te recommence et te rétracte, t’annule. Tu diminues à vue d’oeil, triste miracle, où se trouve l’ancestral vacarme toi ton propre ancêtre, les pinsons, leur chant grec sur les très fines branches du peuplier, pareil à toi, arbre s’inclinant pour lui-même.
Reprends ta main, trace dans le ciel, la seule carte qui te mérite, que tu mérites, ta voie, creuse la, là, elle que tu dois creuser, le ciel pour toi est une matière dure et rugueuse que tes mains poncent et défoncent. Il est l’heure d’insister, à nouveau, après ce grand virage, presque vingt ans de détour, de fourrés, il faut bien le dire, ces buissons où l’amour à soi se présente. Ne dis plus rien, tu sais désormais toi même enfant comment à nouveau grandir en cancer et en joie, tu sais désormais, une fois de plus, la bonne cette fois, reprendre le fil d’une vie bien émondée. Oh, bien sûr, tu gardes en mémoire la vengeance, un peut-être, un enfant avorté qu’il faut oublier ou célébrer une bonne fois pour toute. Doit-on abandonner les anges ? De ça, tu n’es pas sûr. De ça seulement. 

18 décembre 2025

Pourquoi pas A quoi bon

J’aime à citer cette phrase ce Carver, que Mehdi découvrait en même temps qu’il me faisait découvrir Carver, J’ai 45 ans aucun emploi imaginez le luxe que c’est

essayez de l’imaginer.
Cette phrase me parût longtemps le seul destin souhaitable, vivre en se jouant de tout en jouant à n’être rien, quelques cris d’amours buissonnières pour toute vie promise. 


Puis, le temps passe, m’approchant de moins de dix ans, voyant plus nettement, sans flou ni mirage, la phrase dans ma vie, l’angoisse qu’elle provoque et le courage qu’elle exige 


Le voulusse-je encore, aujourd’hui, en ce 18 décembre 2025, après que les haines pacifiées ressurgissent ; montantes marées sans entrain ? Chassé de l’exil même, retrouvant pied pour le prochain élan, le futur vacarme, un drame à deux mains serrées. 

 

Une vie sans fatigue, sans sommeil et de tout à fait les deux.

L’angoisse de vivre éclaire ma vie à mesure que l’envie du suicide s’en éloigne. La mort rassurait, me gardait, elle endolorissait l’inquiétude du futur et de la conception commune, celle des autres, de la mort venant à temps ou par surprise.
La mort qui tous angoisse, elle, cette mort rôde dans la durée, elle hante et tue par l’omble au pas d’amble. 

Leur mort.

Fruit mort vert tout juste. 

La mort, pour moi, la vie de la même façon — la vie non comme un revers et plutôt comme une autre graphie, un idéogramme tracé vivement, d’un calligraphe confus, bientôt condamné à mort, il entra un jour de chaleur boire les eaux du harem rempli de femmes verdies d’attente  — plus qu’un organe encore, continuait mon corps, membre voussable à souhait, comme ma main, comme pour le danseur la maîtrise de l’espace en ses muscles cernés. 

 

La vie peut-être.
Le pourquoi pas 

remplace maintenant

l’ancien

A quoi bon. 

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  • une fleur qui a poussé d'entre les lézardes du béton, un sourire qui ressemble à une brèche. Des pétales disloqués sur les pavés à 6 sous. J'entends la criée, et le baluchon qu'on brûle. Myself dans un monde de yourself.
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