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boudi's blog
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23 janvier 2026

Très automatique

  • Une toile de jute, ton coeur dans une toile de jute, ton corps une toile de jute, une paillasson du mauvais chanvre, les restes, ce qui reste après le passage des journaliers, des mauvais voleurs, ton coeur ça réside là-dedans, dans ce chiffon 

 

  • Très beau chiffon, très beau d’être composé de restes, tu m’envies toi…eh bien oui, on a foutu dans moi les esclaves qu’on tuait, le sang coagulait dans ma toile, puis on s’en débarrassait, mon coeur garde le souvenir de ces meurtres, tu peux me dire le coeur noir, voilà sa négritude, mon coeur, alors, dis ce que tu veux, ma peau, très fier moi de cette toile. Toi, peu m’importe d’or, d’acier, de fil de soie, choisis tes nobles matériaux, ton tissu précieux, très cher

 

  • Ahah, l’arrogance voilà l’arrogance mais je n’achète pas moi je ne revendique pas, pas toile de jute, soie coton de percale, moi, à la limite le hasard, taillé par et dans le hasard, à la table de jeu, le velours vert où je mise ton âme déjà mise en gage, tu paieras toujours plus tard, tu t’endettes auprès de ta dette qui sévère t'observe.

 

  • Ton esprit rapetissé, rapiécé, cousu de toutes pièces, fils laids pelote évidée, un patchwork, ta vie passée à prendre ce qui passait, entre tes doigts, un toi factice, il y a de quoi être fier, te voilà ne ressemblant à personne, composé d’un peu tout le monde, te chercherions-nous un centre que nous ne parviendrions qu’au trou pur, à la division par zéro. Partout en te trouvant nous heurtons le vide, le mur épais du vide, atteint à la vitesse Mach 10
     
  • Il ne t’arrive pas, toi, de trouver dans ta mémoire les vies d’autres, les vies d’autres réels, historiques, anonymes auxquels tu es lié, au nom de famille chari-varisé par les chaînes, les charrues, les traversées, les captures, les déplacements forcés, la tête coupée du chef rebelle, sans nom, d’un village reculé, dix hommes armés avec lui, les femmes taillaient les pointes de flèches, les hommes tués, les femmes, tu sais bien ce qu’on leur fait, le viol, les enfants contraints, contrariés, aimés tout de même, des enfants de pute en pire, payé du salaire de la peur, leur vie à ce prix. Tu appelles ça le vide, tu appelles ce tissu toujours sur l’ouvrage, le papier effeuillé à toute vitesse, Mac 10, comme tu dis, le colon maquereau 10 fois marquera cent fois, moque si tu veux ces tentations généalogiques, l’envie de faire remonter à la surface, de draguer le fond d’une mémoire pas transmise, pas écrite, on ne connaît pas le nom des arrière grands parents les archives sont toutes brouillées, il faut marcher dans le sable, imaginer les anciennes bâtisses, les demeures des princes, trouver dans les tombes les parures des familles puissantes, les complices du crime et les premières assassinées, toutes cousines, toutes liées à toi, la même tombe, la même décharge, excepté le roi du Maroc, ce murmure fétide dans l’Histoire. 

 

  • Tu ne m’auras pas comme ça, pas comme ça justifiant ta fausseté par ta noblesse, toi pas comme nous, toi pas d’ici, pas du vide, toi du vrai, du profond, d’un trou dans l’histoire, tu combles, tu combles tu dis, tu remues la terre des cadavres ah oui tu fais sortir de tes terres tes zombies qui te mettent à l’aise, tu les mets à table pour quelques poèmes, une conférence mais mon pauvre tu n’as que toi comme public, des comme ça j’en compte à la pelle, pas plus tard qu’hier, dans le rétroviseur du chauffeur de bus, le 29, celui de Roubaud, qui va à la porte de Montempoivre, j’en comptais sept, moins celui qui mourait parce qu’il sentait, là, dans sa peau, que tu le tuais, tu exerçais l’affreux pouvoir d’attraction de ta belle morale, de ton beau sentiment, lui vivant, tu le mettais sur le dos de ton chameau historique, il devenait poussière, tu léchais la décomposition, une encre toute fraîche. Tes cadavres, des vivants sur qui tu tires. Tu tires. Là, aussi, encore tu tires. Jusqu’à quel point tu tireras sur tes ancêtres, chevaux de trait, hongres ahanant, le mors vissé au dent, les détaches-tu jamais ? 

 

  • Au moins, quelque chose, quelque chose, tu me décomptes, fil, révolutionnaire, esclave, des professions à la pelle pour moi, autant d’identités, me voilà très gré tout aussi gai. Confondu avec toi, mon cousin toi aussi, oui, toi aussi lié aux mêmes profondeurs, aux mêmes histoires effacées, le sable pillé, toute une vie forcée foraine, regarde le ciel.
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20 janvier 2026

Petits jeux théâtraux

En un seul jet :

 

Une famille, un enfant deux parents. Un voisin.

Le père : Jacques, Jacques, Jacques fils de la Jacquerie

(il chantonne)

La mère : Jean, Jean, Jean plaie de mon ouïe

L’enfant : Ah, Ah, Ah ma pauvre vie

Le père : Oui, Jacques pauvre de toi, pauvre de toi, ton allocation de la semaine, couic

La mère : Tu seras privé de ton argent de poche, Jean

Le père : Ce n’est pas juste !

L’enfant : Pauvre Papa 

La mère : Et moi, moi qui me plains ? je devrais rendre mon tablier, pour qui vous prenez vous, quels grands airs vous prenez et toi, toi, toi surtout, derrière tes lunettes de vieillard, tu fais dix fois ton âge mon pauvre ami. Dix fois ton âge. Comment tu as pu me faire ça. Te vieillir de dix ans. Moi, je passe pour quoi…

Le père : Toujours, tes excès, tes abus, toi tu passes pour quoi, déjà, je peux te le dire, tu passes avant moi, tu passes toujours avant moi (regarde l’enfant) toi arrête de faire les cent battement de paupières…ça rend sourd.
La mère : Et pourquoi pas aveugle ?
L’enfant : Je croyais que c’était la branlette ça.
La mère : Le beau langage

Le père : dix ans 

La mère : Douze ans

L’enfant : Douze ans et demi

Le père : Ah, ça change quelque chose

L’enfant : Douze ans et demi
La mère : Il est trop grand pour qu’on compte en demi années…

Le père : C’est pas ça, tu penses bien, pas la demie-année, c’est la puberté, il peut bien dire branlette

La mère : Gros dégueulasse

Le père : c’est naturel…

L’enfant : C’est quoi branlette

Le père : Tu emploies des mots sans savoir ? C’est…

La mère : CE QUI REND SOURD ET AVEUGLE

L’enfant : mais ça veut dire quoi ? 

le père s’apprête à parler, la mère gifle le père

les parents partent

l’enfant à lui-même : ah c’est donc ça…maman me branlait souvent quand j’était petit. 

petit coup sur la porte, un seul, l'enfant ouvre.

un voisin : vous avez reçu ce colis

l'enfant : merci

un voisin : ce serait mieux que tes parents viennent...où sont tes parents ? 

l'enfant : ils sont fâchés, maman a branletté papa

un voisin : Ah, ça..euh.

l'enfant : elle me faisait ça aussi quand j'étais petit

un voisin (pensif, se parle à lui-même en se retirant) : qu'est ce que je dois faire ? j'ai vu que les africains faisaient ça...ils ne sont pas africains pour un sou..

dans la chambre des parents.

 

Le père : Toujours tu m’humilies, toujours tu dois m’humilier, le matin je ne trouve rien de prêt, le soir je ne trouve rien de prêt. Je me tue au charbon, rien n’est jamais prêt. Le rêve, les chaussons propres, neufs, la maison qui sent le propre, le linge propre, le pyjama repassé. Tu ne fais jamais rien.
La mère : Je te supporte, je t’endure, mon travail à plein temps. La ménagère parfaite nettoie, lave, de fond en comble tous les jours quand tu travailles je me lave de toi, je ponce, je déblaie, j’insiste, dans les moindres recoins, des recoins où tu te soupçonnes pas que s’y étende la crasse, ta crasse. Les hommes ça salit tout. Toi tu entres avec ton âme crottée, tu marches dans moi, avec tes bottes souillées, de tout ce que tu es. Tu ne le sais pas, ça. Je suis prête, je suis prête tous les jours, là, où ça compte.
Le père : Nulle part, nulle part le foyer, au travail, les dossiers qui tombent sur mon bureau, je les vois, je les vois à peine, à travers mes lunettes, mes lunettes de vieillard, comment ne devient on pas vite vieux, sans amour, avec des lunettes pour ne pas voir, des lunettes comme ça, ça marcherait du feu de dieu, pour tous les maris, parents, enfants, qui ne veulent pas voir, tout le monde, personne ne veut voir, il faut breveter l’invention tu allais dire, je le dis à ta place, ne t’inquiète pas, il suffira de te mettre en avant, tu deviendras une star, l’égérie, il suffira de te montrer pour que plus personne ne veuille voir. Tu n’auras qu’à te soucier de toi…

La mère : Ca y est ? Ca y est. J’accumule encore, l’ordure, les monceaux de pourriture, jusque dans…tous les coins de moi-même, je te rote, tu me fais horreur, tu me fais horreur. Si ce n’était…

Le père : Pour l’accident

La mère : Comment tu parles de ton fils

Le père : Comment tu en parles toi…de lui aussi tous les jours tu passes à te nettoyer ?
La mère : Lui, au contraire, il me préserve, il empêche les fondations de pourrir, de noircir, sans lui…sans lui, mon pauvre ami…oh, non, je ne t’aurais pas oublié, pas laissé tomber, pas parti avec un autre, pas partie pour une autre, oh non, tu serais dans la Seine. J’imagine les bulles que tu ferais…sous l’eau, coulé, noyé…

Le père : Sale comme elle est, pas à un déchet près la Seine. Tiens approche (elle n’approche pas) oui parfaite, je te superpose, je ne fais aucune différence entre toi et la boue. Vraiment…la boue et toi. Une belle photo de famille. (il prend le portrait de famille à la naissance du petit). Donne moi le marqueur. (Il cherche dans le tiroir un marqueur. Il ne trouve rien, il essaie de déchirer. le papier glacé résiste.)
La mère : Même ça tu ne peux pas, même détruire ta famille tu ne peux pas, moi, moi si je…si je t’avais pris à la gorge

Le père : Ca m’aurait plu
La mère : Comment ça ?
Le père : Je te dis : ça m’aurait plus.
La mère : Tu veux dire que tu attends ça ?
Le père : Je dis que ça me plairait. 

La mère : Ca te plaîrait toujours ?
Le père : Et toi ?
La mère : Oui 

Le père : Alors

La mère : Alors

 

la porte de la chambre grince 

l’enfant : quand est ce qu’on dîne

le père et la mère en même temps : l’accident…

L’enfant : Hein ?
Les parents rient 

Le père : Dien

L’enfant : Je comprends plus rien

La mère : tu as dit Hein, ton père a ajouté dien. Ca fait indien
Le père : On va manger Indien

 

L’enfant : Vous êtes bizarres…le voisin est passé pendant que tu branlettais papa

19 janvier 2026

Retard

  • Tiens, te voilà toi. Une demie-heure de retard, tu arrives comme si, comme si. Je m’étrangle en y pensant. Comme si ton temps seul importait, comme si lui seul valait la peine d’être compté
  • A peine arrivé, une leçon de morale. Deux minutes de tes racontards, tu ajoutes dix heures de dispute, parce que maintenant il faut dissiper ça, la dispute, expliquer le retard. Il faut l’ajouter à ton reproche et, désolé, diluées, ces trente minutes, ne pèsent pas lourd dans tout notre échange. En retard, la belle affaire. Eh bien tu aurais pu partir. 
  • Voilà, voilà, forcément à ce point là la discussion, tu aurais pu partir…tu aurais pu partir, comme si nous n’étions que des informations sans affects, sans codes ni conventions, soumis au seul instinct qu’à celui présent, que nous n’étions pas traversés par des engagements, des craintes, des espoirs. Que nous existions absolument et absolument à chaque seconde. Ca ne se passe pas comme ça. 
  • Ca ne se passe pas comme ça ? Tu déclares pour moi, pour toi, pour toi et moi. Toi, ça te regarde…je ne vais pas te dire de faire différemment, de penser autrement. C’est ton problème si tu te définis par ton code d’honneur ou quoi-je-sais-pas.
  • Attends, attends là, pourquoi tu pars ? Pourquoi tu pars. Tu me fais attendre, puis tu pars, tu pars. Explique-toi, au moins tu me dois bien ça
  • Oui, oui trente minutes de retard valent au moins une confession. A la prochaine. 
  • Ca ne se passera pas comme ça, non, ça ne se passera pas comme ça. 

 

La voix meurt, inutile. 

(je crève d’envie de m’excuser, de revenir sur ça, pourquoi n’ai je pas enduré , pourquoi y avoir mêlé ce sens de l’honneur du respect, pourquoi, puisque d’avance je perdrai, alors…mais j’ai le droit de m’exprimer, de dire ce qui me pèse, m’alourdit, l’attente, toujours l’attente qui ne se résout en rien…il part, me voilà seul dans la foule…excuse-moi, non, ne m’excuse pas, excuse toi, toi, biffons, reprenons…ça recommencera, ça recommencera, il y aura d’autres fois, tout l’avenir comprendra d’autres fois pareilles…des fois pareilles. Pardon, j’aimerais tout annuler, tout annuler ? devenir un autre ? Non, ça ne je ne peux pas, me renier, tout ce que je suis, non, pardon, pardon, ça toutes ces années, cette antériorité, cette mienne antériorité changer parce que, ce mélange l’amitié, l’orgueil. Il part, il part, ça bout, qu’est ce que ça bout, une insulte.).

-
Eh, eh connard, connard

 

le débit furieux, dans le combiné du téléphone, la tonalité parce que l’autre raccroche

 

  • Connard, connard tu m’emmerdes
  • Tu veux pas qu’on en reste là ? Tu me prends la tête pour une demie heure de retard. J’aurais toujours une demie-heure de retard. Tu veux quoi ?
  • Des excuses
  • Pardon, je suis désolé
  • Des vraies excuses
  • Je m’excuse vraiment
  • C’est pas ça, pas ça.
  • Apprends moi, à quoi ça ressemble s’excuser dans ton ordre, à ton ordre, si ça te fait plaisir, laisse moi m’y plier. 
  • Paye
  • C’est à dire ?
  • je ne sais pas, je sens que tu dois payer
  • Tu parles comme d’une rupture amoureuse, les relations s’épuisent, par politesse habituellement on les laisse mourir, on trouve un prétexte puis on s’abstient de répondre…ton prétexte c’est cette demie-heure, tu n’auras pas ce que tu souhaites.
  • Pourquoi ? Pourquoi ? Encore une fois, toujours, tu décides
  • Parce que tu ne sais même pas ce que tu souhaites, m’infliger une quantité de souffrance, que tu aies la certitude que ça me coûte j’imagine. Ca me rend triste si ça peut te satisfaire pour autant je ne vais pas changer. Une seconde je parle maintenant. Tu ne changes pas non plus, tu t’adaptes, tu soutiens. Tu t’adaptes jusqu’au point que tu veux ou que tu peux. Ce qui revient au même. Si tu ne peux plus, que tu n’en peux plus et que tu te mets à exiger alors c’est égal à ne plus vouloir. Je ne te demande rien, ne contracte pas de dettes en mon nom, je t’interdis de me prêter la monnaie de singe de ton amitié avant de me réclamer des intérêts. Personne, personne ne peut m’imposer ça. Je continue, tu m’as pris au piège des déblatérations au moins je précise, pour moi-même, pour tous les autres, pour mes je m’en fous plus tard. Toi tu viens convoquer un ordre incertain, je m’en fous de tes si tout le monde faisait comme ça alors…le monde ne va pas mieux depuis l’invention du cadran solaire ou de la montre-bracelet.
    Tu voulaies que je paie eh bien voilà, toute une année de cotisation, sans rien défiscaliser. M'as tu demandé comment j’allais, en arrivant, pourquoi j’avais du retard, si quelque drame n’avait surgi dans ma vie ? Tu t’es demandé seulement l’effort pour moi de me déplacer ici, à l’heure ou en retard, ce que j’aurais peut-être préféré, l’annulation de dernière minute à quoi tu as échappé ? Non, non parce que tu déplores, tu m’accuses d’égoïsme sans voir le tien, sans voir où partout ça se loge chez tout le monde, de façon anodine, de façon si commune que tu en fais une règle absolue, un point de départ, une convention à quoi je dois souscrire eh bien je ne souscris pas, je ne souscris pas du tout, quelque chose me dit que c’est d’abord pour ça que tu m’as aimé. Ca arrive au point de rupture, quand mes heurts, mes hésitations, ma maladie sociale t’a limé tout enthousiasme, je pourrais continuer longtemps, voilà ce que ça me fait, voilà ce que je porte et dans le même temps combien je m’en fous. Il faut me laisser tranquille, il suffit de ça, rencontrons-nous au hasard, contentons-nous du fortuit, là réside encore un possible miracle entre nous. 

 

voilà, j’aurais du me taire, combien j’aurais du me taire, sans force de révolte, je compte, pourtant, je compte avec lui je ne compte pour rien, je compte contre sa force, après sa force, je compte dans une autre vie, après tout ce qui le définit, qui l’impatiente…avec d’autres il m’arrive de lui ressembler, j’emprunte ses traits…nous sommes tous débiteurs

 

- J’en ai connu, je ne finis pas, attends, ne raccroche pas, n’ose pas raccrocher. Ceux qui jouaient avec la règle des dettes, des dons et contre dons, qui ne rendaient jamais. Je l’ai accepté, c’était pénible au début, je l’ai accepté, quand je n’ai plus pu alors je l’ai éconduit, aucun effort ne peut aller contre ça. Un crime, un assassinat, aller contre la personne. Nous ne nous harmonisons que jusqu’à un certain point, puis la chaleur de la vie dilate les instruments, ils ne parviennent plus jamais à résonner ensemble. C’est triste, bien sûr que c’est triste et c’est aussi la vie, le lien vers l’autre fois, la prochaine fois, les retrouvailles. Il y a des peut-être, profite des peut-être. Maintenant oublie-moi. 

12 janvier 2026

Brouillon 2 - Samir - premier jet -

Sans plus savoir parler, il entre, dans le sabir mélangé d’accents fléchis, de fatigue et de solitude. Sans cesser de parler, Samir bute sur les mots, déroule ses sentiments, clairs, eux, les sentiments, dans la confusion des mots. Son langage se trouve pris dans une marée, à l’endroit où les deux Océans, Pacifique et Atlantique, se touchent sans se mélanger. Il parle approximativement sans rien retenir pour autant, puisqu’il pense il parle. 

 

Samir vit en France depuis longtemps, jamais à la rue, jamais stable, lui aussi tourbillonne. Il ne mélange jamais à ses paroles ni à ses messages des mots arabes, il ne parle que français, français confus, sans béquille, à trois jambes, cavalant à sa seule manière, en centaure blessé, soigné par les plantes et lé béton frôlés. Sa vitesse le blesse et le soigne, il ne peut distinguer la plaie de sa cautère.  


Samir aime Estelle d’un amour que lui seul peut exprimer, dans cette langue, sa voix aiguë, il peut traverser Paris et un peu plus encore de distance, pour satisfaire à ses besoins, il n’attend pas d’elle un baiser ou le mariage, il veut sa compagnie, ses messages, il souhaite sa présence, uniquement sa présence. Bien sûr il peut rêver de plus, tout le monde, lui y compris rêve, il rêve alors d’une toute autre vie, s’il rêve d’une autre relation c’est d’abord en rêvant une autre vie, une autre histoire.


Samir décrit parfois sa tristesse, les sentiments contrariés qui l’engloutissent, le désarroi, ce que plus communément nous nommerions dépression, mot qu’il évite, bien entendu, parce que sérieux, grave définitif, parce qu’attestant de sa faiblesse, s’il devait l’ajouter à toute son instabilité alors quelle sortie lui resterait-il ? Quel regard sur lui-même ? Il en donne le contenu « moi, parfois je pas bien dans ma vie » il extrait souvent le verbe de son parler. En priorité les verbes l’incarnant, qui l’endosserait et le réduirait tout entier, ll n’est pas, nous ne sommes que pour les autres. Ce non-être lui permet de se redéfinir, une droite, commençait quelque part dans l'espace, sans s'achever nulle part.

 

S’il ne se limite pas aux modalités, devoir, avoir, être, sa vie le mène à toutes les embardées. Lorsque je le croise, il échange toujours avec des gens, toute sa vie trafique, il connaît toujours quelqu’un et toujours les gens, immédiatement, le prennent en sympathie

Il convoite le repos, parfois, comme tout poète comme tout saint errant. Un intérieur chaud et bourgeois, le coin du feu athée, un bon lit, une croix renversée.

Samir vit dans ces noeuds, se déplace dans routes, bois, chemins involontaires. Il fait.


Il y mène une vie étrangère à ma vie, une marge impossible à consolider, sans équilibre. Comment se vit on ainsi traqué et affamé, proie et prédateur, roux renard gracile redoutant le loup, désirant le paon ? 


Samir rend visite à Estelle pour lui apporter les médicaments délivrés, désormais, uniquement sur ordonnance sécurisée, obtenu sans qu’il n’en révèle le secret.

Il entretient le mystère, celui des contacts, qui donne une contenance à chacun, une légalité et une égalité. Il obtient et procure ce que celle, toute légitime, donc glorieuse et supérieure, désire. Il l’obtient par l’exercice d’un pouvoir, celui des contacts, il s’en faut de peu qu’il n’épaississe le mystère et révèle, se taisant, les forces obscures avec lesquelles il est aux prises. 

 

Les médicaments arrivent, avec lui, montant quatre à quatre les marches jusqu’au 4e étage, il tend le sachet de pharmacie, avec la boîte de médicaments, le langage mélangé, il en reste quelque chose dans chaque comprimé, chacun d’eux, avec la gorgée de Perrier qu’Estelle fait rouler dans sa gorge. Il l’enlace immédiatement, reprend son expression, un précipité confus, dense, j’amène à manger. Il ne cherche pas par là à prolonger le moment pour en jouir, il apprécie le plaisir qu’il procure, son utilité, là, là à sa place. 

 

 

8 janvier 2026

Ta-ta-ta

La neige tombe, les enfants l’amassent dans leurs paumes nues, les plus grands moquent les petits plus maladroits, leurs moufles qui ne leur font qu’un seul doigt. Les grands ont les mains roides de givre et de froid, ils aiment voir leur haleine fumer dans l’air, prendre le temps de sa dispersion, ce quelque chose, un pas grand-chose, devenu rien. Passant du visible au non-visible. Toute la vie les conduira à cet endroit, la vie les y mènera, chaude ou froide, elle les entraînera par tous les paysages, le sarclage moderne de la terre, l’évasion, l’ennui et l’amour. Tous connaîtront tout qu’à leur tour ils appelleront la vie. 


Les plus grands n’ont que neuf ans, eux aussi, mal assurés, visent mal, boudent, retiennent les larmes que les plus petits versent. Il leur faudra parfois dix ans pour retrouver les pleurs.


Marc reste débout dans un coin, à l’abri sous le préau, il trouve bête de se rassir les mains, comme son père dit, dans le froid, il vaut mieux rester dedans, où il fait chaud. A l’heure de la sonnerie il quitte la classe lentement, toujours faussement distrait, ayant oublié à son pupitre, son bonnet, son écharpe ou de capuchonner son stylo-plume. Tous ces oublis sont ses premiers regrets, mélancolique, plus tard, lorsqu’il se retournera sur ces curieuses années de sa vie, ennuyeuses, lentes à passer, il oubliera son regret, l'intention réelle, et ne se souviendra que de ce que les autres disaient de lui, tête en l’air. Il se présentera distrait, tête en l'air, ainsi depuis l'enfance. 

Les autres le trouvent bizarre sans l’embêter jamais, il les intimide, avec son joli visage de faon, son attitude toujours de danseur tout près du miracle. Aymeric l’aime, Anna l’aime, tous les deux parlent avec fièvre de lui, leur sujet préféré, ils roulent la neige dans leurs mains, ils expirent la vapeur, ils rient et entre deux sursauts, quand la boule touche, douloureusement, l’oreille glacée, ils parlent de Marc. Aymeric ignore ceci, qu’il aime d’un amour amoureux, égal et symétrique à celui d’Anna, il nomme ceci avec plus de légèreté, malgré la douleur la nuit, lorsqu’il pense à Marc. Anna possède un droit plus franc, plus évident, elle est amoureuse, ce qui étonne Aymeric, s’il décomptait sur ses doigts raides, les motifs de chacun et mesurait entre ses bras, les étendant de la plus grande largeur possible, la quantité d’amour, il ne souffrirait pas de la comparaison, trouverait même son avantage, privilège des vestiaires séparés, il connaît un peu le corps de Marc. Le grain de beauté dans la clavicule, il aime bien le creux et le plein de cet os là. Bien sûr, si jeunes, leur amour ne connaît aucune sorte du désir adulte, il tient en regard, en pensées, en plein et déliés, cet amour ne démange pas ni ne déchire les entrailles. Ils ignorent qu’ils ne le retrouveront jamais, jamais sous cette forme, qu’un intrus ou un invité, selon le talent et la chance, s’y mêlera. Alors, ils aiment, précieusement. Aymeric se dit qu’il aimerait mourir, là, tout de suite, en regardant Marc. On ne peut que lui souhaiter. 

TA-TA-TA-TA

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4 janvier 2026

Admirable Paresse

La fatigue celle

du jour après 

après quoi déjà

quelle amnésie s’en vînt te

tourner la tête l’ouvrir

sacrilège ah il dit sacrilège

épandant sur la terre son pas

fumier, les entrailles une marche

forcée de forbans 

martelant, martelant, martelant 

mutins, battus par les mots 

un capitaine, sa lame 

inclinée, ses gestes mènent

au tout avant, l’abord

juste avant la mort le misérable miracle

parfois tient en joug tous les passagers

aventuriers de peu de sens tentant 

leur chance où donc la même vie 

chère tout autour du monde l’amour

même partout les mêmes yeux ce regard

un adieu embué des traces de haine

d’inadvertance déposées lui aussi

renverse le broc d’eau les dix centilitres

d’amande amère, le bleu cyanure. 

la poésie où s’exercer soi forain 

élève teinturier qui pour maître

obéit à la paresse seule

l’admirable paresse.

 

 

enfant, heureuse joie tu minaudes joli

à l’heure du thé vert que le poignet honni

osseux et maladroit pilait la mère avec

Poussière ta maman petit corps vert sec

 

 

 

viendra 

3 janvier 2026

Sériel - brouillon

Tous les mardis, à dix-sept heures, il se rendait chez le serrurier pour reproduire sa très simple clé d’appartement et, dans le même temps, celle de la boîte aux lettres. Le serrurier ne manifestait plus aucune surprise devant ce rituel étrange, le serrurier l’attendait, le serrurier savait qu’il était dix-sept heures dès lors qu’il franchissait la porte de sa boutique. Comme à l’habitué d’un troquet, le serrurier reproduisait la clé, sans parler, le serrurier comprît rapidement qu’il ne percerait pas son mutisme. Le serrurier, lui indiquait, superflu, qu’il pourra revenir d’ici trente minutes. Ce qu’il savait déjà.

 
Pendant l’attente, chez le papetier, deux-cents mètres plus bas, il achetait un porte-clé dans le plastique duquel un petit papier comportant trois lignes s’insérait. Il y écrivait, alors, le nom et l’adresse d’une de ses connaissances. Il procédait par ordre anté-chronologique, ses plus fraîches…sympathies, jouissait de la primeur. Au début, à cause de l’espace réduit de l’encart, il ne parvenait pas à écrire très lisiblement puis il trouva la technique, la bonne façon, écrire en petites lettres capitales, déliées ce qui donnait :

 

JEAN FOUQUET
33 AV. Foch
Paris 75016

 

Il possédait, acheté sur Amazon, une multitude de badge magnétique qu’il programmait, chez lui, avec un tout simple appareil, qui permettait d’ouvrir toutes les portes d’immeuble. Universel. Il finalisait le porte-clé en y joignant ce badge. Il disposait ces badges dans un meuble à trois étages. Il programmait la livraison tous les six mois par Amazon de vingt-six badges.

 

Le mercredi matin il se levait à 5h, il méditait une heure pour choisir un lieu où déposer le porte-clé. Il utilisait une carte listant les coins mal famés de Paris ceux au taux de violences et de délits les plus élevés. Une fois l’endroit choisi, il déposait, de façon visible sans qu’il ne soit trop évident, le porte-clé. Pour éviter qu’un passant hors-sujet le trouve, que, tout empli de morale, ce passant le remette au commissariat ou, plus gênant encore, que ce passant rédige un post facebook ou une story instagram.

Il destinait ce porte-clé aux locataires des lieux affreux, aux relégués, aux négligés à ceux qui portent en eux, le revers de la société, une colère et une survie.

Puis, jusqu’au mardi suivant, il espérait de tout son être qu’un évènement vienne bousculer l’Existence, il fantasmait les espoirs de celui toxicomane ou cambrioleur opportuniste, il fantasmait le désespoir de l’occupant légal, qui trouvera — ou ne trouvera pas, sera informé par les voisins ou les sirènes de police — devant sa porte un de ces errants maladroits, cambrioleur débutant, se rengorgeant, légitime par la clé possédée. Prêt à protester d’un vibrant j’ai la clé.

 

Le voleur n’agissait pas en voleur à ses propres yeux de voleur, le voleur agissait en propriétaire, pour la première fois de sa vie. Il s’imaginait en bandant, cette scène, il en espérait le récit, un vous savez pas ce qui m’est arrivé devant lequel il ne feindra même pas l’indifférence, il ressentira toute la violence du moment, le bonheur de ce que l’évènement se range dans la catégorie des miracles et le saint même s’étonne, toujours, du miracle accompli, peu importe les murmures de Dieu, les paroles sacrées du prophète, le rituel exécuté au sacrifice près (suprêmes d'orange et ongles de pie inclus)

 

Il bande en imaginait le voleur enfonçant, impatient, la clé dans la serrure, imaginant, tout le long de son itinéraire le tout luxe à échanger pour une dose ou n’importe quel plaisir, le voleur se demandant auprès de quel receleur, traînard de Stalingrad, le lui voleur pourra transmuter son capital.

Il imaginait le piètre enfonçant la clé dans la serrure, comme une première fois, la première fois pour un homme dans une chatte —il imaginait des hommes seuls capables de cette fornication — ou dans un cul. Il le voyait nettement, de plus en plus nettement grâce à la combinaison de son imagination et des récits éparpillés qui depuis deux ans, presque 52 fois par an, vacances déduites, lui étaient rapportés. 

 

Le type insistait, s’y reprenait, s’accusait, reprochait à ses mains de trembler, leur demandait d’obéir parce que…derrière la porte, sans forcer, un bientôt, sans pied de biche, sans arme, sans violence. Le voleur perdait la notion du temps, reprenait son souffle, se refusait aux coups, aux gestes qui le rendraient visibles. Le type enfonçait la clé qui n’entrait pas dans la serrure à trois points de sécurité, parfois, vaguement, l’apprenti comprenait la duperie, que quelqu’un, il, s’était joué de lui, on-il l’avait abusé, sans mettre jamais, précisément, le doigt dessus.

 

La plupart, il en était certain, ne blâmaient qu’eux-mêmes. La plupart ne déplorait pas leur naïveté, ces quasi, maudissaient le mauvais sort, une fois de plus, la malédiction, l’habituel foudroiement les frappait. Victimes, encore une fois, du monde. L’injustice comme protagoniste essentiel de leur vie. Ne se voyant pas voleurs.
Pourtant aucun n’haussait les épaules, il en était certain, aucun ne pouvait tout à fait se résoudre, habité du même espoir que le joueur du loto à moins une minute du tirage. Tous insistèrent, tous y perdirent quelque chose. Il s’en persuadait.

Tu n’entreras pas ici mon banni, il aurait adoré installer un petit micro ainsi qu’un petit haut-parleur pour susurrer ces paroles. La technologie ne le permettait pas encore et ses compétences techniques se limitaient à la programmation des badges, ce qui déjà, assurait sa fierté.

Il espérait, pour ces garçons, la vie plus jamais la même tout en sachant, tout à fait, que leur vie continuerait, roulant ses épaules, grise, en guenilles. Pour ses connaissances, pour certaines de ses connaissances il en ira autrement. Surtout les femmes, les femmes qui trouvent, devant leur porte, un acharné aux yeux rouges, dont la violence sursaute en voyant la véritable occupante, où l’espoir accumulé se change aussitôt en rage. Une fois, une seule fois, un de ces en lambeaux, serra fort la gorge d’une femme, il le sût, avant tout, parce qu’un présentateur de télévision, racontait l’histoire. Il reconnût le phénomène, malgré l’allusivité du commentaire, il sent sa responsabilité. Cette nuit il jouît deux fois.

Là, il imagine les larmes de frustration couler des yeux de cet exilé qui pensait envoyer un mandat au pays, ça l’excite. Le Sri-Lankais qui s’imaginait baiser une pute, ses couilles le démangeant d’avance des morpions qu’il ne chopera même pas.

Il se dit que ça vaut mieux que tuer. Ou peut-être pas. Va savoir.
Haha.

2 janvier 2026

Même fil

Depuis combien d’époques, des trillions sûrement, je me mets face à l’écriture en me sachant devoir recommencer dans la maladresse, l’erreur, l’impossible. Puis, pire, retournant en arrière, lisant quelques extraits ou longues peines exprimées, mon élégance d’avant, mon tour d’esprit ou toute autre forme valable me reviennent et me disent, comme un vieillard retrouve sur une photo son visage de vingt ans sans rides, tout le perdu. A l’inverse du vieillard, le savoir écrire peut revenir sans procéder aux coûteuses douleurs de la chirurgie. Recommencer
pourtant, je souffre, au présent de mon absence d’aisance, des lourdeurs que seule la répétition peut dissoudre or rien de plus difficile, devant la difficulté du combat, que s’obstiner. L’écriture finit toujours par revenir, l’ancien style changé, bien entendu, certaines grâces perdues pour toujours, d’autres forces apparues par la vie entre temps vécue - ou son absence de vie.
Me voilà à nouveau, encore une fois, avec le même degré de douleur, à ce point de retour, au moment où la vie doit reprendre, après le cataclysme du mois passé, la dépression éreintante. Me voilà à devoir dire, reprendre forme et phrase…pourquoi pas ? En vain ?
La douleur, pour moi, est ici aussi de me dire ah que serai-je sans la coupure, à quelle hauteur de la langue me trouverai-je, plutôt que ce laborieux tour, ces coups de masse dans la terre rude et stérile — instérile, bientôt, à moi de la féconder ? A force ne devrais-je pas me dire que, voilà bien, je n’écris, ne lis, ne vis que par période, éclaircie et saison, que, plutôt que de me morfondre dans le regret, d’angoisser devant le paysage englouti puis, ce même paysage — changé par les années, les pierres roulées, les éboulis —reparu, suscitant la même angoisse, les rendre ces deux évènements uniment liés à moi, me composant tout à fait. Cesser, donc, de s’accuser des sursauts et des suspensions, se dire que ma rigueur va de ces périodes de gel, de sommeil à ces autres de fièvre et chacune, toujours, contient comme un filigrane, l’autre. Chaque fois, chaque session. Donc, concevoir ma vie comme mon écriture, en comprenant ces informations, cesser de me rapporter à autre chose, à autrement, de me comparer, fut-ce à moi-même, mes antériorités qui chaque fois m’approchèrent de la grâce de la gloire. Ne pas devenir un de ces, l’âge avançant, j’aurais pu ni si j’avais su.
Encore, cette ligne, encore toujours, écrite chaque fois, à chaque retour, à chaque coup semoncé sur la porte, cette ligne, ce grattage, moi la chatte en chaleur, ma saison, le ventre par anticipation pendant, les mamelles pleines, si j’avance la coulée laiteuse et mal famée ah…
Ici, voilà le point, 

j’écris, j’écris à nouveau

peu importe ce que ça contient, peu importe l’histoire, le style, l’adresse, de retour à ce point là, à ce nouveau point eh bien voilà, les constellations sont avant tout des étoiles dispersées, ce sont les autres qui tracent les lignes, les coutures qui sont aussi, surtout de blessantes lances.
J’écris. Pour rien pour faire pour ah quoi bon. Pour.
Reprendre, ce fil, même fil.

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  • une fleur qui a poussé d'entre les lézardes du béton, un sourire qui ressemble à une brèche. Des pétales disloqués sur les pavés à 6 sous. J'entends la criée, et le baluchon qu'on brûle. Myself dans un monde de yourself.
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