Fantômes.
Comment vont-ils les camarades, ceux le poignard brisé à force de lutter en pourquoi face à d’inaltérables murs, enfonçant la lame, la très vaine lame, sa rouille et sa croûte, ce qu’on appelle passé.
Le jeune amoureux avec sa badine lui traverse toutes les routes, à la rencontre de la prochaine belle, lui veuf éternel, qui, comme le phénix engendrant sa propre combustion, crée tout autour de lui son deuil permanent, un baiser, un adieu, une éplorée et pourtant c’est lui l’inconsolé, lui pourchassant encore l’amour par quoi, l’amour, toujours il se sent le dupé, c’est lui pourtant qui laisse aux larmes toute la foule de celles qu’il presse contre lui, comme il presse et relâche l’étreinte, effrayé, comme si — et c’est le cas — il tenait entre ses mains fines, aux veines apparentes — à pleurer j’ai usé l’épaisseur de ma peau — un cadavre. Il hurle, adieu, adieu et l’autre, la femme, l’aimante puisque pas l’aimée, la regrettée puisque à ses yeux à lui une dépouille, l’autre croit à un jeu, une de ses facéties pour lesquelles elle doit l’avouer il l’agaçait d’abord, lui plut ensuite, la rendit folle d’amour et de désir, par laquelle elle périt.
Triste pour un bouffon, quel plus grave affront et ce bouffon semant sa destruction de grelots, rires, cirques partout, une de plus, une de plus trapèze, cerceau, qui a bondi à travers le feu sous son commandement, un jeu croyait-elle, lui, assistait à son agonie à elle, la pleurait d’avance, la voyait dépérir, le matin, ses yeux clos lui le hoquet de douleur, une autre façon de dire je t’aime.
S’il reçoit d’elle, de la cohorte des elles, les lettres d’insultes ou le ronronnement douloureux des rumeurs, il tremble et prie, le voilà visité par des fantômes, il se demande quoi faire alors, s’il doit recourir aux anciens talismans - ce vice est de famille et pères et mères transmettent savoirs et exorcismes - ou convoquer le secours plus ancestral des fois consacrées, le viatique catholique ou la danse enivrée des derviches.
Le voilà injurié par l’une d’elles dans la rue, elle se rue vers lui, postillonne, il ne sent pas le crachat il le prend pour l’eau glacée du fleuve amnésique, il déplore à nouveau et, tout en larmes, ses propres larmes, il lui tend son visage dans l’espoir de la sauver.
sa joue rougit.