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17 mars 2023

Fukuyama

Comme une mécanique infernale

ce moi en moi-même

répétant revenant revenant répétant 

devenu moi devenu

Une phrase

la phrase de

Thomas Bernhard la phrase amplifiée sans cesse

retournant à son point de départ enrichie cependant

par la centrifugation

un pas de côté

une phrase la phrase de Thomas B.

enrichie à l’uranium 

verte brillante

la phrase

puissante

semblable non semblable

à moi la phrase de T. Bernhard

une danseuse 

en moi celui-ci uranium

par retour

rétrograde

chargé un uranium d’ordures

un uranium malheureux celui peut-être

des bombes sales

celles échouant au mauvais port

du cancer contagieux

mon uranium vert moi livide 

la figure pâle et verdâtre

du mort

transparent un peu

usé

le compteur geiger tremble devant

la phrase

de gêne d’embarras 

de peur

dans l’aller-retors des douleurs

l’écho, ce rebond

si la phrase de Thomas Bernhard augmente

la vibration le sens

au fur et à mesure du glissement

dans la répétition

la mienne

de phrase

si phrase veut dire vie

puissance désir

de départ en retour

s’amenuise il

n’en restera plus rien 

cette phrase de Jonathan B.

que la haie du bête clos

hé-

rissée

la bombe sale salement 

abîme celui vacillant là

moi ma phrase c’est à dire

la tenant toute proche

la phrase

comme sa vie salie

au contact de l’abdomen

la bombe sale au-dessus

de l'estomac

le diaphragme bat comme

le coeur

voilà l’endroit où se mesure

le pouls de la douleur

l’hoquet étrange

une respiration incontrôlée

la noyade aussi dans l’étang petit

un trou de boue disait rimbaud

putride pour sur la vase

la boue

du bois de boulogne

ou quelque coin d’herbe

et de pluie tu t’y rends

comme péri minuscule

nain devenu noyé dans la marre

tout devient crise et tout de go 

tu plonges dans l’eau rafraichie

les centaines de milliers de litres

où refroidit le petit soleil électrique

de Fessenheim

petit volcan endormi 

pour toujours

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16 mars 2023

bang

Je disais taire n’est pas tarir et moi jamais je ne peux m’imaginer partir si je dois partir 

sans un

bang

puisque dans ma foi nocturne

hulule le grand oiseau des bois 

celui-là yeux perçants serres pareilles

si je dois partir comme je glisse là maintenant

ce dérapage incontrôlé dans la pente

raidie 

je ne le peux sans éclat

parce que taire ne tarit pas 

petite boule de feu 

enfant sauvage

muet

désapprends maintenant

ton éducation si tu brandis

la brindille enflammée

que la foudre frappe si souvent

désapprends pour devenir 

le grognement 

la crasse

la nudité

que ton corps tout ton corps

recourbé

incurvé 

voûté

ton corps on dirait le corps d’un vaincu

d’un soumis

celui perdant là la partie la guerre

ton corps ton corps courbé un corps

ignorant voilà 

bipède débutant sauvage très pratiquant

non sans un bang de la torche incendiée 

le crépitement répété si moi je brûle moi

du feu intime précipice celui de ma nuit des temp-

êtes

phénix généreux j’étends l’incendie 

l’incendie sans limite

qui monte

volcan inverse

du gouffre où je m’enfonce

monte et si je tombe alors

s’élève du fond des fonds

toutes les morts

16 mars 2023

la tête roule

La tête par là

la tête en haut ça commence ça a commencé là

en descendant lentement épaisse

la douleur qui coule

magma

ou

sève à rebours

celle d’arbres factices

enchaînés aux terres vaines

des mondes d’artifices

la tête par là

en haut

que ça débute

jusqu’au ventre

comme une grande ligne

d’épines

toute droite 

avant

la mâchoire tendue toujours

pour à force

comme mâcher une douleur

qui ne se digère pas

ni ne se déchiquette

bâton de réglisse

on dirait

que rien n’épuise

le temps peut-être

la bouche inutile

sa salive

toute eau claire quoi

purifie rien

langue pourlèche

la plaie

langue salée

des landes glacées

le langage avant

le langage ce banni maintenant

le tabou cette sorte d’ultime interdit

tu sens la parole une condamnée à mort

toi pareil ô grand billot

ici attache la tête

où le pal passe tout à l’heure

cette longue lame

sa corde assortie

tu feras tout à l’heure

un joli pendu ta mine toute verte

tu ressembles je crois

ainsi paré

de chanvre et de fer

à la vase atlantique

le moment où l’écume

tape sur les berges

les algues dansantes

la tête douloureuse 

encore toujours

le bourdonnement 

celui 

tout en même temps

une rumeur un silence

tu sais ne sais pas

toujours la même mort guette

tu ne savais pas

la mort porte

l’habit des rumeurs

tu ignorais

sa parure

le petit bijou à sa main

qui tinte 

le mensonge

qui détruit, clos

et tue

le mensonge

assis sur ton visage

immobile

tout soumis maintenant

tu te noies dans une mare 

mon pauvre ridicule

vas-y. 

15 mars 2023

SOS amitié

Chose très étrange que, tentant de se renseigner sur le suicide, les premiers résultats, toujours, dirigent vers des numéros d’écoute spécialisés. J’ai, une fois, tenté d’appeler l’un de ceux-là, pour parler à quelqu’un, je crois, pour m’assurer, aussi, de ma volonté. Pester, peut-être ou qu’en sais-je. Me faire intéressant, aussi, histrion jusque dans la mort et laisser l’interlocuteur désemparé ou las devant le sinistre spectacle. 

 

Je me demande, toutefois, pourquoi et comment, ces résultats arrivent en tête, qu’importe les mots clés tapés en français « tailler ses veines » « pendaison » « suicide » « urgence danger » arrive en tête des résultats celui de : « SOS amitié » « Aide Disponible » et un numéro de téléphone pour les joindre. En principe le privilège d’arriver en tête, de façon aussi systématique, d’une recherche réclame un paiement.

S’agit-il de la part des moteurs de recherche d’une libéralité accordée aux organismes de prévention devant « l’enjeu de santé publique » qu’est le suicide ? Je l’ignore tout à fait. 

 

Fait inhabituel, et contraire à ce qui se présente pour les commerces, le numéro de téléphone apparaît en gigantesque, comme un hameçon, comme de l’inévitable, comme du « essaie ». Quelque chose de pressant à voir apparaître ce numéro et peut-être même est-ce pour ceci que, la dernière fois, je l’appelai. 


Le nom de l’association « SOS amitié » raconte, elle aussi, quelque chose. Le suicide, sa cause, l’une de ses causes, ne résiderait pas dans un élément objectif de la vie des individus, ne saurait être choisi comme solution rationnelle et, ce nom, donc, renvoie à l’idée que tout suicide trouve, en partie au moins, sa (dé)raison, dans la solitude. Il ne s’agit pas, bien évidemment, de parler avec un « écoutant »  pour obtenir sa psychanalyse mais pour retrouver pied dans le monde réel, vivant, sortir de soi, du noir, de la douleur où, enfermé trop longtemps, seul le péri existe. Si, depuis enfant, je voulais mourir, ce n'était pas de solitude que je crevais ou non pas celle-ci qui voudrait l'entourage un désert et ma vie une soif. Je voulais mourir - le veux toujours - à cause de l'absurdité d'être, et plus encore, de durer. Vieillir, dès l'enfance, me terrorisait et, aujourd'hui que ma barbe blanchit plus encore. Je voulais mourir, non parce qu'étendant la main je ne trouvais nul corps et que parlant je n'entendais nul écho, je voulais mourir parce que je ne parvenais pas à être conquis par la vie. J'ai rêvé des années durant de ne jamais me réveiller, m'endormant, pourtant, sans aucune douleur, martyr de rien du tout sauf, croix tarabiscotée de l'absurde où, le pénitent même, est cloué tout tordu. Cubisme du suicide. Si solitude celle-ci ne peut-être consolée, elle est un hors du monde, une étrangeté, un en-dehors que rien ni personne ne peut, n'a jamais pu, combler tout entier. Si pour tous une part du soi demeure toujours de l'inintelligible, du non, du pas, de l'inexprimable, je sens que, en moi, cette part déborde de beaucoup. Ce à quoi je n'ai pas su. Pas pu me connecter, cette rencontre impossible avec le monde, la société. Solitude. Non pas, solitude.  

Souvenirs de cette famille, du Nord de la France je crois, qui, suicide collectif, laissa une note « on a trop déconné ». Je m’interroge quant à l’exactitude de mon souvenir et formule, pour moi-même, des hypothèses. S’agit-il, comme parfois, d’un meurtre familial et du suicide de l’auteur ? Par une recherche google (encore!) je tombe sur un article du Figaro qui relate les faits. La lettre, manuscrite, « soumise à un examen graphologique » précise l’article : « On a trop déconné. Pardon ». J’ignore, encore, si la retranscription ici est exacte, je me demande, si l’auteur de la lettre a bien respecté la syntaxe en utilisant les majuscules. Les faits, conformément à mon souvenir, se déroulèrent dans le Pas-de-Calais, l’idée d’un meurtre dissimulé s’efface devant le récit du journaliste. Cette famille de quatre membres s’est pendue de façon simultanée. 

 

« En découvrant les corps, jeudi dernier, les policiers ont en effet constaté que le ragoût préparé par la mère de famille était prêt à être réchauffé. »

 

« Ils vivaient toujours à quatre», «on ne leur connaissait aucun ami» racontent toutefois des proches. »

 

Ainsi la solitude. La solitude à 4 ? 

 

En me rendant sur le site web associé au numéro de SOS amitié, je tombe sur une page où figurent plusieurs logos et, notamment, celui de « l’union nationale prévention suicide » dont j’ignorais l’existence. Une grande machine administrative, publique et, j’imagine, aussi associative, tente de prévenir le suicide en France et continue, contrairement à mes croyances intimes, à le refuser comme solution mûrement pensée. Chose étrange, par ailleurs, rapportée aux débats actuels quant à l’euthanasie. Ce paradoxe quant au droit à disposer de soi-même, jusqu’à sa vie biologique et le besoin que la gestion de cette mort se passe de façon institutionnelle et médicale. On ne peut mourir sauf si l’Etat, comme en cas de guerre finalement, nous le permet. Etrange, tirant le fil, de se rendre compte que le suicide, toujours, lorsqu’il échoue, entre dans le cadre de troubles psychiatriques et entraîne, en ce cas, un suivi voire un internement et donc, cette fois, non comme l’euthanasie qui traite administrativement de la mort, une gestion médicale de la vie.

 

Je tombe, en même temps que je divague ici, sur un fil tweeter que des hommes « appellent les hotlines de prévention du suicide pour se branler ». Ah. 

9 mars 2023

Ponts.

Moralement épuisé. Depuis mes douze ans le suicide, comme issue de secours ou appel hors de soi me prend. En 5ème, en cours d’arts plastiques je crois ou peut-être de SVT, je demandai à Cyril, mon meilleur ami à l’époque, s’il pensait parfois au suicide. Il me répondit que non, qu’il était heureux, avec sa Nintendo 64 et son amoureuse Dorothée. Alors je n’ai plus rien dit. Souvent, quand des chagrins trop pressants me prenaient, j’enfonçais ma tête sous l’eau dans la baignoire sabot de l’appartement de la rue Jean-Baptiste Lully. On ne se noie pas comme ça. Pour se noyer, je l’ai compris bien plus tard, il faut être vaincu par l’eau, être dominée par elle. J’ai essayé, parfois, avec de bêtes couteaux, de me tailler les veines sans succès, n’y laissant même pas des écorchures. Suicides, jadis, sans conviction, opérés surtout comme un délestage des douleurs et le scintillement, au loin, de l’issue de secours. 

 

En 2017 au plus fort de ma pire crise je ne m’endormais pas un jour sans l’idée obstinée du suicide. A ce moment là, admis à l’hôpital de jour du IXè arrondissement, il me fallait toutes les forces de l’équipe médicale pour tenir. Mais toujours, jusqu’à aujourd’hui du moins, connaitre le suicide était pour moi une façon de ne pas exécuter le mien, de savoir que, à tout moment, si je le désirais vraiment, toute la violence, dedans, pourrait se taire, définitivement. 

 

Le 1er mars en organisant mon suicide, véritable celui-ci, en déchaînant tout ce que je contenais en moi de chaînes frustrées, retenues, d’acier rouillé, je compris la terreur de la mort, pour la première fois de ma vie. Pour la première fois de la vie, je sentis avec effroi ce que ce pouvait ne plus être, de passer de quelque chose au néant. L’absence de « l’après ». Toujours ce passage m’avait indifféré puisque, n’étant plus rien, je ne pouvais souffrir moi-même ma disparition et pourtant…pourtant à ce moment-là, sur le quai de cette gare, elle me saisit la terreur de n’être plus et, étrange pour moi, reliquat de mes années de dévotion envers Dieu, j’ai pensé à l’après-monde, à la possibilité de l’enfer. Pas l’enfer religieux, lieu de pénitence et de punition, lieu, presque pire, où l’âme évaporée erre sans pouvoir se fixer nulle part, j’ai eu peur du tourment pour l’éternité. 

 

J’ai rêvé mille fois depuis ce jour là de ce train qui fonçait vers moi et dont j’étais sûr qu’il me percuterait et que j’en finirai que toute cette douleur, cette pression dans le crâne, ces mots crucifix, que tout ça d’un coup sec cesserait. J’ai eu peur. Peur du suicide, peur du passage de la vie à trépas, peur, je pensais le métal froid ou tiède, je pensais la maladresse de moi tombant à moitié sur les voies l’hémorragie mortelle des heures durant. Peur. Peur. Pourtant. Pourtant, quelque chose en moi d’un ressort s’est brisé ce jour là, d’un ressort, ce ressort là dont je parlais plus tôt, du suicide comme une idée et non un acte, le suicide comme possibilité abstraite et non réalité douloureuse, ce ressort là, je l’ai senti a cédé, j’ai entendu son étirement jusqu’à la brisure. Je pense au suicide de façon froide et arithmétique comme d’avoir cassé la première limite, le premier obstacle qui, en même temps, est le dernier. Que la prochaine fois, parce que je ne vois pas comment il ne pourrait ne pas y avoir de prochaines fois, j’approcherai plus près. Loin des voies ferrées cette fois-ci, bien loin, je pense au monde aquatique, à cette mort privilégiée des poètes. Cela ou Woolf. Les poumons malgré le pouvoir de la métaphore ne se changent pas branchies. 

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