Orbite
Je lis la production récente de poésie sans pouvoir m’empêcher d’éprouver à son endroit un certain dédain si je ne maîtrise pas, paresse et manque de talent mêlés, à leur mesure la mesure, j’y lis surtout la vanité d’un rien dire en rythme. Je repense à l’expérience lettriste qui se voulût rapport pur au son, au rythme, gardant de la poésie son objet de langage sans lui
Lorsque je m’essaie, moi, aux vers je ne parviens, voilà ma limite, qu’à en dissimuler le défaut sous la brièveté, si j’en allonge la foulée j’en tords la cheville, le boitillement apparaît, sans que le pas ne ralentisse. Ainsi je vais, fredonnant, obstiné, corps blessé des longs membres, aux vers obsédés.
Je repense ici à Beckett à Molloy et Malone eux aussi aux corps meurtris se mouvant toujours en avant indifférent aux cisailles le monde que je vois comme un travail d’usine les gestes mécaniques à force de se répéter charclent nous vivons à distance de nous-mêmes comme le tourneur fraiseur dans la machine nous perdons un membre, dans notre cas, des organes, de la mémoire, prisonniers des machines, le temps qui ne s’arrête. Pas.
Puis, je lis ces gens sans qu’aucun ne puisse se proclamer Shakespeare, Sophocle, Racine ou Rimbaud, sans qu’aucun ne puisse se dire ni Louise Labée ni Marceline Desbordes-Valmore et pas Monique Wittig je vois passer une cargaison de bêtes de traits mastiquant ces bestiaux l’herbe jaunie, pour rendre le lait identique à celui du sein stérile de la mère affamée, une noire toute livide qui enfonce sa maigreur dans le visage sans vie d’un enfant. Pas le sien.
Ceux là, sans au-delà de la langue, piètre musique dépourvue du silence qui l’annonce et de l’après où se déploie la mémoire.
Or longtemps, il s’est agi pour moi, dans l’écriture, d’ensevelir le présent, peu soucieux du matériau employé, j’ai tiré des décombres ce que je trouvais, pierres de cimetière et l’acier tordu tiré du béton armé.
La morne plaine d’herbes un peu folles et ravies entre elles de se trouver dans la même étendue. Brins contre brins, distinctes simplement de longueur ou d’épaisseur.
Cette poésie me révulse. Rien ne se passe dépasse seul . Quoi qu’amoureux des interstices, ex-voyant revenu de son pouvoir obscur, je n’aime pas, en poésie, ces façons faméliques d’êtres. Le fantôme oui-peut-être, le cadavérique non-jamais.
Et
le miraculeux
Et
dont je cherche, le sachant, en théâtre nommé béquille, son appellation en pragmatique linguistique
dont j’apprends sidéré
qu’on dit
tic
qu’il s’agit déjà d’une mauvaise habitude
comme papa qui hurlait sur mon frère lorsqu’il s’amusait à loucher redoutant mon père de voir Yannis conserver à vie cette mauvaise habitude du coup la lui arracha avec succès
eusse-été si grave…
les bombes peut être se seraient tues déjà
si Yannis louchait aujourd’hui
Nous ne saurons pas.
Davantage de poésie
dans son oeil vert - parsemé de bâtonnets jaunes comme du soleil
jouant dans l’orbite
à l’infini