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7 août 2026

Le livre à venir.

J’écris, depuis plusieurs mois (février 2026), un livre, débuté par hasard, à la suite d’un texte, plutôt court, à propos d’un Jean en qui confluait trois ou quatre hommes, dont moi.

 

Ce texte, qui se clôturait par un point vraiment final, gardait la perspective, si je le décidais de se prolonger en courte nouvelle. Il comptait une clôture et sa clôture une brèche.

 

Le hasard de sa perpétuation tînt à ce que Jeanne, en même temps, commençait elle aussi à écrire un livre et que j’adore commencer une activité en même temps qu’elle, mon monde, se faisant ainsi, s’harmonise, coulant dans son courant, le monde me paraît beau et sans effort.

Dans le même temps, tombant sur mon texte — sans que je ne le lui fasse lire — me rapporta que c’était bien écrit et, en effet, le texte était bien écrit, ce qui arrive rarement. Régulièrement, écrivant distraitement, j’apporte peu de soin à ce que je commets. Là, de la même façon que pour mon premier texte publié dans Dissonance(s), j’y mis du soin et le texte en témoignait, élégant et sans maladresse.

La conjonction de ces éléments : Jeanne écrivant un livre, le commentaire précieux, la possibilité du texte à porter une suite, me donnèrent envie de prolonger le geste. 

 

Aujourd’hui le livre compte à peu près 60 000 mots. 60 000 mots d’un récit dispersé, incohérent parfois, indécis à bien des endroits à cause de sa naissance hasardeuse qui me menèrent à des virages en direction d’impasses friables.

 

D’autres personnages se mélangent au personnage et le centre ne cesse de varier. Jean, qui devait être le sujet, l’endroit où tout convergeait cède rapidement la place à un poète dont la présentation, à l’origine, ne servait que d’élément de compréhension et de justification du personnage de Jean. 

 

Le Chien, ce poète, dans mon idée d’origine, précisait les contours de Jean, son rôle annexe et subalterne lui conférait un statut de fonction. Dans l’idée d’origine, Jean se rend à la lecture du poète pour tenter de séduire une fille. Il connaît de loin, Le Chien, veut utiliser cyniquement cette socialité. Jean devait s’enrichir, bien entendu. Il en alla autrement parce qu’il se rendît là-bas.

 

Or, si Jean, au lieu d’assister à la lecture du poète avait, par exemple, décidé de se rendre au cinéma et que par là, j’avais souhaité affiner son contour, Jean n’aurait eu à céder progressivement sa place Au Chien. Parce qu’au moment de préciser Jean, par Le Chien, Le Chien a poussé en moi et avec lui ses justifications, ses contours et, plus encore, son dedans, dedans que Jean, à ce point liminaire du récit, ne portait presque pas.

 

Les mots se mirent alors à converger vers Le Chien, à l’expliquer lui et, plus encore, à force de plonger en lui, de l’écrire lui et d’écrire en lui, d’explorer son passé, je tombe sur d’autres, des évènements d’abord, de l’ordre du paysage, qu’il parcourt en sujet principal, ou, en cohabitant avec les forces naturelles (montagnes ou parents) puis, à force d’écarter la jungle du passé, en tombant sur sa récentitude, un autre, encore, d’une envergure supérieure encore à lui, naît qui, à son tour, Merville pour le nommer, occupe la centralité du récit mais, parce qu’en même temps je me suis par trop éloigné de Jean, du début, de cette première élégance, Jean revient dans la partie, son histoire mérite à nouveau d’être dite et, après que toutes précisions assuraient son contour, les précisions maintenant, comme pour les autres, déterminent son dedans, son corps se peuple d’organes. Jean, Le Chien et Merville deviennent, ensemble, le groupe acteur du récit, Jean progressivement éliminé par Le Chien, grâce à sa primauté dans le récit, grâce à ce qu’il en fut la première nécessité, retrouve un espace, Le Chien, quant à lui, existe relativement à Merville qui existe, quant à lui, relativement au monde. Mais l’introduction Du Chien, qui resplendit par rapport à Merville, se voit doté d’attributs fantastiques, devient en partie incohérent à l’arrivée de Merville, puisque, pour faire exister Merville, Le Chien doit perdre en prestance mais perdant en prestance, sa première apparition devient excessivement belle et bonne. 

 

D’autres personnages d’ordre secondaire, tout à fait constitués, servent au déroulé de leurs intrigues, à leurs déploiements intérieurs et leurs investigations extérieures. 

 

J’essaie aussi de faire un livre actuel, donc qui ne serait pas, étranger au monde réel, le statut des femmes, le viol, la pauvreté, la dégradation du climat, y entrent

 

Mes soixante mille mots, écrits sur une large période, avec de longues interruptions, m’égarent. A cause de mon instabilité psychique, ma mémoire tremble et je connais mal mon histoire ce qui, du fait de la nature hasardeuse du récit déjà, accroît le risque et la réalité des incohérences. Certaines se règlent facilement, elle n’appartiennent qu’à la temporalité des évènements, à l’âge des personnages et se trouvent dans tous les brouillons. D’autres, plus terribles, sont des contradictions et en conséquence plus difficiles à résoudre, parce qu’elles impliquent des coupes, toujours douloureuses ou, pour le maintien de leur contenu, une recomposition à condition de bien connaître l’histoire que l’on raconte. A l’intersection des deux existent aussi des répétitions distribués à des endroits divers du récit et qui comportent des variations et des glissements qui les rendent ou contradictoire ou superflues tout en contenant, malgré tout, de nouvelles indications. La difficulté du processus de réécriture tient aussi au problème de structuration, la narration couvrant plusieurs histoires elle couvre plusieurs temporalités, je souffre, ici encore d’un défaut d’organisation. 


Pour maintenir la tension en moi, j’écris plusieurs chapitres en même temps, relatif à diverses sous-intrigues supposées se rencontrer, leur étanchéité constituerait une faute narrative, au-delà des incohérences éventuelles, tout deviendrait vain, parce qu’inutile. 

 

La relecture me conduit à insérer, dans chacune de ces sous-intrigues, les éléments d’une l’autre, processus paradoxal parce qu’il faut que dans mon écriture, ces sous-intrigues aient avancé pour compléter les autres qui…sont aussi en cours d’écriture. On voit le travail laborieux de passage et repassage or je n’excelle pas vraiment dans ces exercices minutieux. 

 

Si je suis partisan du fragment, le fragment implique l’éclatement d’une unité primitive, sa reconstitution a posteriori et le manque, nécessairement, de certains morceaux de cette unité première. En l’occurence, dans la littérature contemporaine, cette forme première n’a jamais existé autrement qu’à l’état de fiction, il n’existe pas un premier livre que l’histoire aurait dégradé ou qu’un coup de marteau aurait fendu, que l’on glane ensuite.

Pour autant, pour rendre ces récits disloqués intéressants (au sens narratif, encore une fois), il faut construire l’illusion de cette unité perdue. Les chapitres, s’ils devaient être autonomes ou ne se rencontrer que par de lointains échos, rendraient absurde l’idée de récit ou de livre et l’on se demanderait pourquoi, au mieux, l’auteur n’a pas écrit une collection de nouvelles ou, mieux encore que cet au mieux, ne s’est abstenu d’écrire tout court. 

 

Ces chapitres, d’être écrit au long cours, demandent en réalité à être ensuite démontés, redistribués et greffés dans d’autres parties ou sous parties, pour former un tissu cohérent.

J’éprouve la plus grande des difficultés à, une fois qu’ils sont achevés en tant qu’histoire, c’est à dire que j’ai épuisé une idée, à procéder à son découpage. Je devrais pourtant tout réorganiser, chaque fois.

 

C’est pour ceci, aussi, que je refuse la catégorie de roman et que je préfère, celle plus imprécise et permissive, de récit. 

 

Des fulgurances continuent de m’apparaître, des personnages au statut purement informationnel (le client d’un bar, un convive à un dîner ancien) prennent une ampleur inattendue, féconde pour moi. 

Par exemple, un des amis de Merville et du Chien, lorsqu’ils étaient plus jeunes, d’abord présenté secondaire, produit un récit dans le récit, je l’appelle du mot de mort en arabe en écrivant ce mot de mort dans les deux graphies (avec ou sans voyelles) selon ce qu’il dit, quand il le dit et d’où il le dit (dans les différents statuts de sa mort qui sera mort physique après avoir été exil)

 

Son récit s’enchasse dans ce récit principal, son départ s’explique par les guerres qui ravagent le moyen-orient et dont, en notes de bas de page, sont rapportés les évènements qui l’affectent.

On le croit tué et il se bat, les protagonistes n’en entendent pas parler et le lecteur, au contraire, si et les protagonistes, spécifiquement, ne le connaissent plus et pourtant, parce qu’il s’agit de l’Histoire réelle (la guerre, le génocide), il continue d’être parmi eux. Sans qu’ils ne le sachent jamais. 

 

Un autre, nommé Anonyme 2, rédige à l’intérieur du récit une longue histoire du massacre des amérindiens et cette idée, que je ne suis pas certain de la conserver, que je tente d’articuler chaque fois aux évènements de la narration principale, m’est venu dans la collision de deux évènements. D’abord, dès la première version, c’est à dire dès le texte originel sur Jean, j’évoquais, en métaphorisation d’un état mental, ces éléments de la conquête de l’Ouest, ceci, cet état mental, déjà en récit enchâssé, dont la première itération, dès la première page de ce qui n’était ni livre ni nouvelle, était 

 

L’Ouest d’après les massacres, 

les feux dans le désert, les chants guerriers 

mutilés mille fois par l’acier des fusils, 

les selles en cuir ou les bêtes montées à cru, charnier 

de Sioux, de bisons, de terres fertiles, la corruption de l’alcool,

 

 

Et ce récit enchâssé, se précise, maintenant, toujours écrit par Anonyme 2, qui n’a pas pour l’instant besoin de motivations importantes, devient l’histoire du dernier membre d’une tribu amérindienne, qui se nomme Ishi, dont j’ignore encore le sort narratif, contrairement à son histoire réelle, partialement rapportée — laissant assez de vides que le poète peut occuper. Et cet Ishi peut débarquer, à nouveau, au terme du semblant d’intrigue que j’écris puisque les personnages, appartenant tous à la production artistique contemporaine, peuvent dire et faire dire ce récit. Il peut, encore une fois, faire irruption par la bande et résulter du pillage, de la découverte ou du fragment.

 

Ces deux choses (Le mort et Anonyme 2), demeurent d’un statut inférieur à ma première idée : Jean, Le Chien Merville. Mais ces choses nouvelles, dont je dois penser encore la pondération, m’offrent l’envie de finir ce livre, que je tiens à finir, et, plus encore, de le défendre. Sans ces entailles, je l’aurais fini, je tiens à le finir quoi qu’il arrive, mais jamais, jamais je n’aurais pu le défendre. Parce que, toujours-encore, je ne veux pas raconter d’histoire, pourtant, finir ce livre.

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  • une fleur qui a poussé d'entre les lézardes du béton, un sourire qui ressemble à une brèche. Des pétales disloqués sur les pavés à 6 sous. J'entends la criée, et le baluchon qu'on brûle. Myself dans un monde de yourself.
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