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28 octobre 2019

Abou

on m'a dit
j'adore ton sourire
cette joie ironique
cette façon
de plisser tes grands yeux ronds
un peu trop rapprochés
ça te donne des yeux comme ça
un air d'animal étonné
pas traqué
tu laisses
cet éparpillement
à Abou
qui connut
il n'en parle jamais
le naufrage
le bateau renversé le au secours
dans sa langue natale
qu'il ne veut plus parler
ce qui lui reste de son pays là bas
loin
où les noyés en sursis
happent le désert
ce qui lui reste
de sa mère de son père
du village
c'est l'au secours
l'au secours poussé en vain
qui
qui
quand l’eau tiède de la mer Méditerranée
gèle le corps
about qui crie au secours
dans sa langue plus nulle part
en rêve surtout pas
au secours il disait
au secours
ce n'était pas un chant
ce cri c'était un cri le cri
s'il fallait trouver au cri
la forme initiale
instable
le cri le premier cri
le cri du nouveau né
cette fois-ci extrait
du monde aquatique
rassurant
au secours
un nourisson
abou

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27 octobre 2019

Le rocambolesque

tu as passé l'âge du rocambolesque pour rien
tu ne détestes pas vraiment ce que tu es devenu
contrairement à ce que tu aurais cru d’ailleurs
même tu en tires une certaine fierté
on peut le dire tu t'épates toi même
tout n'est pas toujours facile
tu vis tu aimes tu bois tu danses
plus important que tout
tu ne travaille pas

la liberté tu la conquières
patiemment
tu ne te jettes plus pour rien
la poussière a perdu de son attrait
pas ton insubmersible désir
c’est ce qui t’étonne le plus
n’avoir pas perdu le goût du merveilleux
4 h du matin
obsédante rengaine
tu murmures du bout des doigts
4h du matin
seules cloches vaillantes

si tu entends quelqu'un dire
« je ne crée que dans la destruction »
tu souris
tu compatis presque
ce n'est pas vrai
« je ne crée que dans la destruction »
c’est faire une phrase pour rien
voilà tout
se donner un genre pas cher

pour le style pas besoin de ces artifices là
rue saint-lazare tu peux acheter une pochette en soie
multicolore
une jupe plissée un col claudine
alors les phrases…

tu ne crois pas à la nudité crue
au principe de sincérité et d'honnêteté
la vérité te paraît toujours trop précaire
pour être une affaire sérieuse
peut-être qu'un jour tu ne mentiras plus
tu te seras trahi, tu crois, ce jour-là
tu ne sais pas

quelle heure est il ?

Quand il n'y a plus de bruit
tu imagines que c'est 4h du matin
tu es heureux comme jamais
comme un fou on dit
un homme de vingt piges
on serait tenté de dire comme un fou
un adolescent
tu guettes tu tends l'oreille
ce bonheur tu le connais
tu sais ce qui le brise
la première note du premier geai
le matin
combien de fois ce chant strident
n'a t il heurté ta vie
ce bec s'enfonçait
dans ton cœur vrillant
puis c'était le jour
autre assassin
nouvelle blessure

4h du matin c’est ce samedi d’octobre comme il ne s’en fait plus guère
nous étions au printemps forcément
moi davantage que toi
d’ailleurs

quelques feuilles vierges
tombées des arbres
la poésie s’achève avec la pluie

16 septembre 2019

Désert

Tant de désert

une seule

gourde

13 septembre 2019

Fou, fou, fou

Je préfère dire fou il y a dans fou une grâce demeurée 

 

Je préfère dire fou et disant fou sortant le fou du monde pathologique et clinique 

De l’entretien individuel et personnalisé aboutissant à l'ordonnance

au parcours de soins coordonné

à la médecine ambulatoire

dire fou et sortant le fou

Du parfum brutal de l’hôpital des blouses blanches et de la chimie néfaste, produite en grandes et inutiles quantités par l’avidité (vraie maladie psychiatrique nécessitant traitement de choc crucifixions enfermements ou pire châtiment : psychanalyse) de grands groupes privés (toujours scandaleux)

Dire fou nommer fou, le fou,  pour rendre grâce au fou, celui qui par tous les autres sera, quoi qu’il en décide, quoi qu'il en sache, dénommé, connoté et par là, du simple fait de cette interpellation insulté, mutilé, diminué
Handicapé non de sa condition objective ; non même de son ressenti, handicap non de ses mains, non handicap, le fou, de la vision de ses yeux ; handicapé, alourdi du mot-croix ; du jugement-faix. La déflagration que c'est "malade".

 

L’arracher a l’humiliant jargon des enfermeurs légaux ; l’arracher autant aux communautés imbéciles et satisfaites ; à cette mode nouvelle de dire, pour neutraliser la folie : neuro atypique(jamais neutre, la langue, rien, nulle part, neutre, transparent invisible, nulle part, sauf le sperme translucide des trop masturbés et des stériles) ; « neuro-atypie » comme si cette singularité conceptuelle, ce pas de côté ce renoncement total à la voyance (la possibilité soi-même de devenir soi-même Simon le Mage -simon le fou - volant très haut au niveau des coucous, des ailes brûlées et des aigles étonnés) comme si ce mot rétrécissant comme si ce mot diminuait, ce que le fou le mot fou désespérément dans un effort insensé de pure raison démente agrandissait. 

Rapatrier, en réalité, le fou dans l'usage ordinaire de l'existence. Le sortir de son enfer pour l'envoyer à l'autre enfer. Celui de tous les autres.

Clore cette paupière qui ne savait se clore ; rendre à l’iris son mécanisme biologique, son programme typique. Celui. Qui. Veut. Que. Lumière. Rétrecisse. Iris.Que. Obscurité. Agrandisse. Iris. 

Le fou, le fou avec son regard mental, le fou et son regard mental - yeux du dedans, disent poètes de jadis - se refuse à ces obéïssances et ces bassesses et que toujours, surtout dans la pleine lumière d’août, fait l’iris se dilate au-delà des possibles. Sa raison, sa raison de fou, la seule raison véritable, le fou sa raison toujours sous le feu dansant des foudroiements ; raison dansante l’enfer, qui n’est qu’un excès de lumière, et la vie.


Et lorsque je dis fou, je dis moi.

Disant moi je dis nous.

7 septembre 2019

Je ne suis que présent.

(...)

    Et pourtant, regardant en arrière, je m'aperçois que cet été, comme toutes les choses de mon passé, m'apparait fictif. Comment croire en ce passé tandis même qu'ont disparu les émotions, joies, douleurs, qui en faisaient la certitude. Seules demeurent de vagues images que, pour les distinguer des fabrications humaines (oeuvre d'art etc), nous nommons souvenirs.
   Cet été, comme maintes choses de ma vie (toutes en réalité), ne m'appartient pas. Chose distante, rattachée à moi par un pur effort de raison. Cet été non ressenti profondément, non la vérité de la sueur et du vertige. Cet été qui n'est plus sensation, simple événement identifiable à moi-même selon une connaissance scientifique ; application d'une règle logique voulant que ce qui arrivait à Jonathan le 23 juillet soit, en quelque façon, consubstantiellement lié à Jonathan écrivant ceci (et ce Jonathan, écrivant ici, ressentant, hésitant, déjà, lui aussi, pour plus tard, un autre disparu qu'il faudra, par effort et logique, rattacher à cet inconnu, ce Jonathan, bientôt, survenant).
   Sûrement, comme certaines grâces n'apparaissent qu'en pleine lumière, je n'existe qu'au présent. Ainsi cet été, comme les autres virtualités, retrouve mon étagère bien logé entre Duras et Faulkner. 
(ce texte disposait de son propre passé non relaté ici et lui aussi, sans sensation, plante sèche ou malade)
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1 septembre 2019

Petit essai sur la mémoire et la poésie.

C'est amusant. Il m'arrive régulièrement - mais peu fréquemment - (une fois par an) de retourner lire et constater mes premiers écrits en portant sur eux un regard superficiel (comparé au tien), tantôt étonné, tantôt amusé. Sans jamais, cependant, avoir pensé à produire autour d'eux une sorte de divagation consciente. Sans les ramener, à des jugements tantôt moraux, tantôt esthétiques ; jugements qui réactualisant les poèmes les constituent en un nouvel objet. D'une certaine façon (absolument même) ils seraient réécrits d'être présentés là, maintenant et réécrits profondément d'être abondés par un commentaire de soi, maintenant.

Très intéressante, donc, cette démarche de les ramener au présent et d'apparenter (selon moi) ces poèmes réels à des fictions et les rattachent, involontairement (mon point de vue) à des poèmes fantômes. Prolongeant (élevant?) cette expérience parce que troublant un peu plus le rapport entre la diégèse et le réel (et je sais qu'on ne devrait pas dire diégèse ici, et je voudrais étendre le sens de ce mot, et le forum, à sa façon est un univers diégétique).

Fantômes parce qu'il s'agit de traces presque évaporées, ne demeurant que dans une matérialité creuse  d'avoir perdu l'intention qui les avait engendrés. Sans intention, donc, celle-ci ne pouvant pas être retrouvée (même pas approchée), juste reconstruite aléatoirement, avec tout ce passé qui s'est mis, entre-temps, entre ces écrits et son exégète et dont a du mal à croire (l'auteur y compris) que les deux "je" qui parlent puissent se confondre et dans le même temps aucun étonnement à voir que c'était "moi" qui disait "je.

Ce trop loin dans le passé (dix ans, seulement, pourtant) nous interroge, en même temps, sur la place de la mémoire dans nos biographies respectives, sur l'angle que l'on choisit lorsqu'on se présente (c'est à dire qu'on se reconstitue, qu'on se "refabrique", qu'on se "remonte") aux autres, au miroir, au journal, à soi-même. 


C'est un questionnement qui m'importe et je remarque que l'on se présente toujours aux autres dans une approximation cohérente qui nous fait - sans mentir pourtant - éluder certains aspects trop paradoxaux de nous-même, certains que nous ne parvenons pas à intégrer à cet ensemble (disparate, toujours, soi-même). 
Entendons nous bien : rien de définitif à ces reconstitutions, au contraire, parce qu'elles se refont, différemment (quoi que plus ou moins semblabement) à chaque moment, dans chaque contexte, à chaque interaction. Maintes raisons à ces manières là : certaines choses demeurent dans l'obscurité, inexplicables à soi-même, comment pourrions-nous (même au médecin du cerveau) les exprimer à d'autres sans faillir ?

On doit donc faire un choix et s'y tenir (plus ou moins) dans chaque contexte, dans chaque époque, avec chacun. Un choix qui de billets en billets changera. Constituera, si nous remontions le fil quand il sera plus peuplé, des "je" paradoxaux, contradictoires mais tout en même temps unis et cohérents. On s'étonnera d'avoir été "ceci", ce "je" là et on s'étonnera ensuite - et encore davantage - de s'en étonner.

Par exemple ici il est assez courageux de tenter de se rappeler de ce regard d'antan, de dire ce qu'il dissimulait à lui(soi?)-même (entreprise toujours injuste, on a tout à la fois une grande sévérité pour cet adolescent que nous fumes et toujours une très grande tendresse). Pourtant nous nous rappelons toujours de travers. Rendant imparfaitement compte de toute la finesse des processus alors à l'oeuvre. Cette simplification de son ancien regard est aussi une façon de se(le) liquider.  N'est-ce pas, justement, fixer le passé (dans ce contexte poétique, dans ce contexte social de la communauté d'écriture) et donc, par cette inscription, s'en débarrasser. Les choses fixes sont plus rassurantes pour l'être humain (mais devrait, pour prendre une position très mystique, inquiéter le poète)

Souvent, aussi, le poème devient un prétexte à dire quelque chose de plus général sur la poésie. D'inscrire aussi la poésie comme champ d'interactions sociales (les gentils bolosses, l'entre-soi) mais c'est un aspect qui m'intéresse moins parce que je le trouve assez peu opportun rapporté au reste.

Je conçois bien que c'est une façon d'étendre, le plus possible, le discours qui peut être tenu sur la poésie et donc, y compris, la poésie ici, conçue comme commune à tous, comme champ social avec ses règles tacites et ses injonctions. Comme toutes les règles celles-ci viennent avec des défauts que le temps rend de plus en plus rédhibitoires, parce qu'on ne finit par voir en elles que ce qu'elles empêchent et non pas, le reste, ce qu'elles permettent et ce dont elles nous préservent.


Et je me rappelle, replongeant, dans mon propre passé du pouvoir magique des mots. Certains, très précieux (pourtant cailloux et briques comme les autres), leur effet de déflagration, leur immensité. La jubilation et l'appréhension avant d'écrire "exutoire" qui était le mot le plus parfaitement chargé de sens, chargé de poésie, enceint de tout ce que je souhaitais dire et qui se disait malgré moi, dans le mot.
Certains mots étaient le monde, se confondaient exactement avec lui ou, parfois, le dépassait et l'enveloppait. Comme certaines images, plus tard, deviendront à leur tour le monde et son excès. La recherche obstinée, en ce temps-là (pour moi) du mot juste. Juste, non parce qu'il était le plus précis pour rendre compte d'une sensation, non parce qu'il était le plus adéquat à la réalité. "Juste" comme dev(r)ait l'être Dieu. Tout tournait autour de ce mot là, tout aboutissait à lui. Ce mot là était nombreux. Exutoire, insatiable, ineffable. Les mots de la poésie, de la vapeur, mais pas seulement, les mots durs et rares. 
Et quelque part, retrouvant (me souvenant par une sorte de rêverie qui devient suspension du maintenant) des frémissements de ce temps-là, il y a comme un regret de cette naïveté obstinée, de sa croyance toute suprême et enfantine en la force du mot. Comme plus jeune la toute puissante savante des parents, comme, encore plus jeune, la célébration amoureuse d'Allah, comme, plus tard, l'amour. Cette idée, dissoute (dissolue) d'absolu. Nous sommes environnés de ces fantômes, de ces ruines, de ces traces et que nous convoquons, avec mélancolie, espoir, envie dans notre maintenant.
7 août 2019

4h

Où ivresses d'antan s'épousaillent 
Souviens-t-en les temps d'avant 

 

la main glissant, éventail, 
le doigt pour dire encore
assurément le garçon
saisit du geste le sens 
unique 

aujourd'hui ton champagne et ton nikka sont passés de mode
on préfère les jus de tomates ou de concombre
ivresse de ton nombre sur la balance
non mon ombre sur verre
L'été pour toi avait un goût de terrasse
tu buvais sans en démordre
croquant le fruit accidentellement glissé
dans le cocktail
long Island 
fortement 
alcoolisé
combien de verres descendus dans telle ou telle capitale
d'Europe de l'Est où 
malgré leurs prémonitions de givre
l'été ressemble à l'été
Soleil haï des lendemains d'alcool
ces nuits qui n'en finissaient pas
l'horloge, tu regardes, c'est 4 h du matin
à chaque fois
et tu t'étonnes de cette précision diabolique
qui achève le jour ou plutôt le débute
tu dis à haute voix "il est encore 4h"
et c'est ta vie et ton espoir
tu dis aux fantômes qui t'habitent
"4h, c'est encore 4h"
qui se meurent à cette heure
4h du matin rue Pierre Sémard
combien souvent tu l'as remarqué
en t'étonnant 
4h fatidiquement 4h
l'été tu guettes 
tu entends déjà
les roucoulements
tous 
les cris
du merle et du martin-pécheur
souvenirs de tes insomnies
les oiseaux aquatiques
aux becs percés
4h bientôt
tu finis par redouter
cette heure
qui annonce déjà
le catastrophique à venir
le dévalement
des heures
qui pour toute la vie
seront d'autres heures
4h du matin ne survient plus.
et tu ne bois plus
ton ventre ton amour
ne te permettent plus
de boire
comme tu as bu tous les étés
l'alcool grelottant
qui fait des taches
à ton tremblement
comme tu as bu tous les étés
tu ne bois plus
plus jamais tu ne 
dis
à n'importe quelle ombre
"4h, il est 4h"
ton caleçon perdu
toujours
l'attente
fatidique heure matinale
Tu ne connais plus que l'éprouvant scintillement de 4h de l'après-midi. Cet espèce de parjure.
29 juillet 2019

Retour au pays natal

Valentine est revenue. 
Dire, revenue, rend trop mal compte de ce qu'ici on voudrait traduire.
Rentrer ? Valentine est rentrée ?
Elle s'en est retournée ?

Il y a, dans ces expressions du retour, un ton définitif impropre à la situation. Un retour qui ne connaîtrait plus lui-même de retour. Un retour qui ne tournerait pas sur lui-même.

Valentine dont je voudrais traduire la présence ici, actuellement, alors qu'elle fut ailleurs, neuf mois durant. Rapporter, en un verbe, une expression, cet éloignement géographique et social qui fut le sien. 
Combien cette distance ne se décomptait non seulement en kilomètres ou en années (ou alors des milliers) mais aussi en une sorte de distance symbolique et magique.

Valentine est revenue
et je voulais rapporter
son récit,
je voulais dire
qu'elle vivait à la Borie
d'un nom commun (qui veut dire plus ou moins corps de ferme ou domaine agricole, lieu de pierre ou étendue cultivable)
ils ont fait un nom propre
un lieu, une ville
Dire
(     )

Je voulais mais
je bute à la simple évocation de son retour
la présence physique
sa matérialité, lorsque Marie-Anaïs et moi l'écoutions,
au jardin des plantes, nous raconter
la Borie

Je voulais rapporter
en vers 
clairs et concis
l'expérience de celui qui n'a pas bougé
transmettre et dire
ce qui ne se dit
ni ne se transmet

Et je bute déjà
pour dire "elle, ici"
impression que je ne connus pas
au retour de Mehdi
qui passa pourtant un an
à Oman
comme si le but clair qu'il s'était fixé
et nous avait rapporté :
étudier les Omanais pour sa thèse
comme si d'avoir, a priori, circonscrit un objet théorique
rendait moins invraisemblable et son départ et moins encore son retour
je peux dire de Mehdi, qu'il est rentré
parce que Paris ou la France demeurent son chez lui
qu'il n'est parti qu'à concurrence d'une tâche à épuiser.

Valentine, partant (et le verbe partir souffre moins de problèmes que revenir ; par contre, celui de repartir, lui, bute sur la même chose) est-elle revenue vraiment ? 

Valentine, ici, par quel miracle de la langue, par quelle torsion verbale 
le dire
le dire dans quelque chose
qui voudrait dire
mais ne parvient à dire
demeure imprononcé

en lisière
comme
un mot
suspendu dans les lianes
accroché
à quelques branches des Cévennes
dans la cabane qu'elle habitat quelques jours
un mot dans la zone 
la poussière
entre les couvertures en laine
les matelas jetés au sol partout
un mot
qui ne passe pas la frontière
que la première autoroute
disloque entre les plaquettes de frein

"Revenue de loin"
et mal ajusté ce syntagme
à "elle, ici"
revenue de loin
qui
toujours fait signe
vers les expériences atroces
vers les femmes battues
ou les malades condamnés qui en réchappèrent
les soldats revenus de ce qu'ils ne pourront jamais décrire
revenue de loin
Valentine n'est pas revenue de loin
ou de plus loin
qu'être revenue de loin.

 

28 juillet 2019

La nuit et l'hiver.

Courbé·e plus que jamais courbé·e et la nuit batifole avec d'autres ; courbaturé·e cette chair incivile. Ma matière et mon bras traînant, impuissants à étendre le froid. Je m'évapore, je crois que je m'évapore. Débordé·e par frères et sœurs de chaque côté ; débordé·e, exclu·e. Moi qui me croyais lea plus fort·e. Ah nostalgie. J'aimerais dire à la nuit qui m'abandonne déjà, la nuit, sale nuit qui me délaisse, j'aimerais dire, souviens-toi des grands gels du passé, souviens-toi des pôles que l'on givre. Et je suis courbé·e et pour d'autres tu me trahis. Pour Été qui pourtant s'abîme dans le jour. Pour la mer, même, et les abysses ; obscurité dans laquelle tu crois te retrouver toi-même.

27 juillet 2019

Tout parait

J'avais les cheveux sales pourtant je m'étendais à perte de vue. 
J'étais blond et multiple et la sueur coulait d'un de mes fronts et les abeilles butinaient mes mille autres apparences. J'étais divers et le soleil me donnait des soeurs ; tournesol parmi les tournesols ; j'éclatais en ma multitude formelle ; là, inclinée, flore dyslexique, toujours à rebours de soleil ; dépérissant. Ici, martial, résolu à vaincre pucerons et pluies acides. Tournesol au milieu des tournesols ; bourdonnement des ailes et du vent ; et les lointains aboiements des chiens de garde. 
Et si je faisais un geste ample, au-dessus de ma tête, un geste du bras droit, tendu, partant de la gauche et remontant, comme une crête, au dessus de ma tête ; alors je suis tournesol incliné et martial ; tournesol rompu, triste et heureux. 
Si j'agite mon bras alors, tout à fait, je descends du soleil, et tout parait à nouveau possible.

 

26 juillet 2019

Tournesol parmi les tournesols je suis.

je crois que je suis assez ému de voir que malgré mon inactivité criante quelques lecteurs fidèles demeurent. Je me remets à écrire. La vie nest pas toujours facile et plus souvent qu’on ne croit risque de nous échapper. J’en reprends enfin  le cours. Tortueux, forcément, mais vers l'avant. Une photo de la vie retrouvée. Photo de famille : tournesol parmi les tournesols

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22 septembre 2018

Le suaire et toute lo'bscurité.

Vu le Père aujourd'hui. Sensation périssable. Quelques heures plus tard ne m'en reste que les accouphènes et quelques mots imprimés bouches, yeux, paysans, détresse ainsi que le halo périphérique de ces mots. 
Ma vie s'effrite. Le spectacle n'est désagréable ni à vivre ni à voir. La ruine a ceci de fascinant qu'elle laisse accroire une magnificience morte. Ainsi, ruiné, tout s'imagine. 
Probablement ne serai-je jamais tout à fait guéri. Aucune blessure d'où la douleur s'échappe. Une moue générale, une indifférence. A beaucoup trop j'ai renoncé et tout autant, un peu plus peut-être, j'ai refusé.
L'abîme se creuse. Pas une tombe. 
Je lis tout ce que je trouve autour de l'événement. Très méticuleusement, d'un travail d'archéologue patient, je tire de terre tous les fragments de temps constituant l'événement. Recomposant le squelette (est-ce moi cet acharnement d'os?) avec une minutie que je m'ignorai. 
Il faut vivre et revivre ces instants et ainsi les transmuter eux lourds d'horreur les faire d'une autre mesure ou d'un écho nouveau.

///

Je ne m'en sortirai pas c'est toujours le même regard hagard dont je suis prisonnier. Je revois toutes les images lentes ou prestes se composer devant. En ordre ou en désordre. Dans un sens ou dans l'absurde. C'est moi, lorsque je me lève au milieu de la nuit sans mes lentilles et que je cherche mon visage dans le miroir. Je palpe le miroir comme une matière de méplats. 

///

Il n'y a personne. Dans le vide je m'exprime. J'écoute toujours la même musique qui me rassure beaucoup. C'est un chant familier, une origine, une terre natale. Cette chanson me protège forme comme un sas entre la douleur et moi. 

///


C'est trop tard. Il aurait fallu prendre le furoncle à la naissance ; ne pas le laisser dégénérer jusqu'à cette forme totalitaire. Désormais je suis sous l'emprise d'un événement face auquel je suis impuissant. Aboulique. Je ne guette pas la mort en vérité je ne guette rien. De temps en temps je jette des mots, des au secours déguisés en rendez-vous. C'est le silence, ce n'est rien. Ces jets là débordent de vie et dans ce mouvement là des doigts parcourant la surface plane du téléphone il y a tout mon désir, toute ma volonté.

///

J'essaie de m'éclipser de ne plus me rendre visible. A rien ni personne. M'échapper dans le feulement du sombre. Me cacher, qu'on ne me sorte pas de cette retraite, cette lumière vaincue, ce moi dépéri. J'aimerais que l'on perde le souvenir de moi et ainsi, moi, à ma douleur mourir. Mais le soleil s'obstine à travers le rideau tendu. Alors j'existe. 

///

Comment fait-on pour se démettre du monde ? Démissionner pour une promenade de quelques années dans un grand coin de silence et de noir. Une extrêmité à soi. Ce bout du monde ? 
Mais il y a toujours des gens. Je me souviens de ces voyages en rase-campagne où malgré toutes nos précautions des humains surgissaient. Ravis, eux, autant qu'ils me déplurent. Ca grouille. Et les espèces animales, les herbivores, les carnivores, les insectes à huit pattes, les faons et les coléoptères tous, vivants, plein d'un liquide rouge, jaune, vert. Tous et qui me voient, me sentent, me craignent, me désirent, me parasitent.

///

Il n'y a aucune solitude.
Je ne guéris pas.
J'envoie mes mots au hasard 
qu'un bruit sourd renvoie
Ce sont des paroles ineptes
Des propositions pour rien en vérité
Rien n'est possible
Il faut prier l'ombre
Le fin fond des Eglises
Espérer sur soi le suaire
Et toute l'obscurité

21 septembre 2018

Egalemejt.

L'événement que je garde, le nommant génériquement, dans le trouble ne fut pas en réalité un cas isolé. Il m'arrivait mais beaucoup plus jeune. Tout à fait inconsistant en ce temps là. L'événement n'est qu'une redite. 
De le conserver sous ce vocable vague le rend tout à la fois plus impressionnant et moins menaçant.
Il est commun, banal, de vivre avec des blessures de proportion et de profondeur variables. C'est à ceci que l'adulte se reconnait lui-même un adulte. Qu'autrement, tous sauf quelques curieuses exceptions, demeurons enfants ou adolescents tout le long de notre existence. Ne serait-ce ces marques là. Dicibles ou non. Partagées ou non.
Ma tendance la plus naturelle me mène à la dissimulation, au secret et qui sont d'autres métamorphoses du mensonge. Ou, à l'envers, le secret et la dissimulation pentes du mensonge. 
Ce qui me surprend dans mes nuits avec une régularité risible. Ce qui me surprend dans mes nuits avec cette risible régularité mais sous des tas de formes qui ne voilent pas la nature de ce qui surprend.
Et moi, dans la nuit, je fais face au retentissement de mon cri à moi. Du cri qui n'a pas su être poussé lorsque le devoir de la gorge c'était de pousser le cri plus fermement. Dans la nuit où la présence avec une régularité de bourreau me survient j'amorce le cri qui aurait du retentir il y a des siècles et des siècles.

Tandis que je demeure, le soir, à veiller solitaire une grande fatigue m'entretient. Je consulte du bout des doigts les livres posés sur mon bureau ou la table blanche de mon salon. Je feuillette puis m'impatiente. J'oublie régulièrement de boire le thé qui infuse encore dans la théïère. Je m'abîme dans le jour dont je ne vois pas vraiment le jour. Il y a longtemps que je n'ai pas bu d'alcool ni fait la fête. Des serres des serres me lacèrent les chairs à chaque mouvement. A chaque mouvement je vois le thé infusant dans la théière et que je n'ai pas bu et ce liquide très froid et pas parfumé que personne ne boira si moi je ne le bois pas.

Si l'on me demandait l'heure il serait toujours très tard. Je pusillanime dans la nuit. M'aventurant peu loin. Ressassant les drames. L'événement n'étant, et c'est pourquoi on ne le distingue pas d'une majuscule, qu'un événement parmi les autres. Par ceci j'entends événement d'intensité douloureuse plutôt égale.

20 septembre 2018

Chemin de f(r)oi.

Toutes les nuits je me répète des mots terribles qui font le vacarme des chantages. J'essaie de dissuader un je ne sais quoi par le martelement de ces phrases là.
Le chemin vers la foi s'engage et je sens, déjà, sur ma peau l'eau baptismale. Cette fraîcheur d'imagination comme une blessure du sacré ou le cri du naissant.

Est-ce foi ou est-ce raison que de chercher à satisfaire  l'appétit en plongeant dans Dieu ? Est-ce foi véritable se jeter comme un assoifé dans la prière ? cette faim là cette faim inconsolable dans l'hostie enfin la taire ?
Toujours j'ai grouillé de ce Dieu indompté toujours débordé par des mers rouges
Et désormais que je m'avance moins frêle et plus sûr ? 
Dieu demeure furibond
Et pas encore son visage apaisé je le tins dans mes yeux
pas sa voix de tintement 
Ricanent encore les mots terribles 
qui gardent de l'effroi.


et la prière se murmure malgré moi mon coeur lui-même se met à la supplique. 
Chemin de foi pas à pas déroulé
De plus en plus clairement je sens des formes de Christ (est-ce ceci le saint esprit?) 

24 août 2018

SUIS_JE

Suis-je si fou de trouver au miroir un autre que moi
et réfuter cette existence sans renier la mienne

Est-ce folie encore de s'abstraire 
de soi former théorème incomplet

Démence de palper ses membres
et d'y chercher un tutoiement

Est-ce démence de tourner sur soi-même
pour espérer trouver la vie à contre-courant


Un matin tous les périls je les ai laissés de côté
Ils avaient perdu leur charme de révolution
et ne gardaient au teint qu'une bête insolence
d'élève des 4ème B

Beaucoup de monde passent dans beaucoup de vies
et beaucoup de ce monde se dissout dans ces beaucoup de vies

22 août 2018

Lilas

Quelque chose c'est quelque chose une voix ou une ombre agitée qui parle et me dégante.
Pourquoi tout tourne toujours au drame lorsque moi je m'en approche 
Suis-je fait de ce savoir exclusif de tout calme
Tout aura tourbilloné d'une si curieuse façon
on aura perdu le sens des aiguilles

plus encore gagné celui du naufrage

Dans ma vie la virgule n'a jamais trouvé sa place idéale
expliquant cette façon que j'ai, moi, de toujours être à bout de souffle

crises d'angoisses
Trachée écrasée par le dernier bouton de chemise
modalité dandyesque du remors.


J'ai vu des fleurs pareilles à des femmes 
fleurs grouillantes de guêpes affamées

Tu vois de ta fenêtre une grande montagne
Ici le récit biographique reprend son empire
le romanesque a ceci de terrible que s'y mêlent et sa vie et son imaginaire.

Si j'écris c'est pour toi et toute la nuit ton prénom je l'ai pris dans ma main comme ta main petite une nuit d'août avant
les longs voyages en train
ta main si petite tenant dans ma paume engourdie
c'était un mot d'enfant cette paume si petite
toute la force qu'on a à la fin 

Il y avait dans le soir des étoiles comme les ronces des roses

C'était Marc qu'on avait changé de figure pour en faire un Michel ; Michel et Marc autres métamorphoses de moi-même ; un certain style, peu de périples pareils nombres de périls

Vraiment ce n'était guère vivre

8 mars 2018

nlablablag

Tu retrouves le goût de ta peau, ta propre peau, la matière que tu étais, que tu demeurais dans le pire des tortures, ta peau tu redécouvres son empreinte dans le monde dans le volume d'air ou d'eau selon que tu t'amorces dans l'un ou dans l'autre
Tu te retrouves matière corps vivant et remuant déplaçant des masses abstraites
Comment si sousvent toi à toi-même te perds-tu ? Quelle obscurité saisissante te mène à ce mortel silence
Voilà que tu as retrouvé le goût et la langue ; l'être intime et la voix chuchotement.

19 février 2018

Areuh

On est tous restés areuh
au stade de l'onomatopée 
prétendant sophistiquer je
dans la syntaxe et le vrombissement
La signature elle tremble pareille
en bas des "signez ici" et le consentement
c'est ce gribouillis fait par hasard un jour
plus ou moins identique et raffiné d'années en années
effaçant
du lait maternel ou déshydraté
les traces émétiques 
Les genoux cicatrisés pour presque toujours
Sauf à Pigalle il y a deux ans les trous pile
à l'endroit des chutes d'avant après une bagarre
sans grand intérêt
Ce n'était pas à Pigalle mais à Montreuil
A pigalle j'exhibais la blessure 
d'où ruisselait le souvenir d'un cri d'enfant
Ce gribouillis à douze ans pour la première carte d'identité
qui se répand désormais dans un vertige d'areuh
21 janvier 2018

pierre-paume

Non la paume-pierre aplanissant le monde
mais l'oeil - droit ou gauche - abandonnant - mais l'un seulement - son écarquillement
monde
Non plus forme géométrique, angle, rayon, circonférence et volume
mais droite (perspective) coupant dans le visible - jusqu'au terme de la vision -
séparant beau et laid non tranchant-choisissant l'un ou l'autre
par morale
se tenant - la droite - au point de très exacte indifférence
segment sans parti pris

 

5 janvier 2018

Saison.

On t'abat tu veux quoi.
Tu te souviens il y avait le rire
C'était une après-midi
Il faisait un froid de mort-vivant

Tu étales des mots comme une carte sur la table ; tu tentes de former une phrase - une route - le sens.

L'égoïsme tu le connais, tu le pratiques avec une grande assiduité mais voilà que tu viens de renconter l'égoïsme-matriciel. Celui toujours à l'autre indifférent, changeant de pied à sa guise et tant pis pour qui ainsi se retrouve talé. 

L'égoïsme tu connaissais, tu n'étais pas champion du monde mais tu te débrouillais et soudain cet égoïsme mêlé de méchancetés. La promesse vaine. Pareil le mensonge tu en étais le familier de grandes et longues coucheries avec lui - tu fais des efforts mais ses seins d'odalisque tu ne sais pas dire non - mais voilà soudain la promesse toujours avancée et toujours niée. Tu portes une morte dans tes bras depuis 6 mois, c'est une promesse à la peau trouée - le poignard au manche de corail profondément enfoncé.

On t'a trahi, c'est comme ça, tu étais la portion congrue, sacrifiable. Toujours il y avait mieux à faire de sa force de son goût de sa vie. Toujours, puisqu'on souffrait pour soi, il y avait mieux à faire et ce n'était pas si grave, après tout tu portais de la culpabilité très lourde.

Soudain, tu t'en sors. Ne dis pas que tu retrouves et la vue et le souffle. Il y a beaucoup d'ennui dehors de ces monstruosités, mais tu en es sorti alors tu peux te reprendre toi que tu avais laissé tu ne sais trop pourquoi ni comment. Par amour, certainement, tu te tailles copeaux. 

On a bien ri de toi et tu as cru à l'amour c'est ainsi tout danse. 
On a bien ri de toi et c'est bien. 


Allez c'est rien copain ! Désormais le commun reprend ses sens. Il s'était anéanti dans on ne sait trop quelle torpeur. A la fenêtre la lumière électrique tape. Tu mets une belle chemise tu ouvres le volet. Voilà une nouvelle saison.

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boudi's blog
  • une fleur qui a poussé d'entre les lézardes du béton, un sourire qui ressemble à une brèche. Des pétales disloqués sur les pavés à 6 sous. J'entends la criée, et le baluchon qu'on brûle. Myself dans un monde de yourself.
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