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21 mars 2011

Mon silence a plus de dents qu'une nuit de guerre.

 

 

Chère D., ma peau


Il faut écrire. Toujours écrire.

Je n'ai jamais été amoureux comme ça. Ton rire est un pays qui m'est étranger. Tes dents y forment des barbelés fouineurs. Je m'y déchirerai bien un jour. En idée. Tes yeux m'ont ravi une part intime comme je te ravissais un recoin sinueux de secret. 'ai délaissé les joies, elles nourriront d'autres appétits que les miens. Je voudrais poser sur les lèvres un baiser comme une fleur de froid qui éclaterait sur la bouche, au milieu du rire. Je ne peux pas montrer de photos.

Mais elle a un visage très heureux, très tragique, un visage que je n'ai pas même sans sommeil, même vidé de joie. Je pourrais lui dire que sur ses pommettes Caligula faisait pleurer le peuple, et la tragédie inventait sa première tombe. Je l'aime d'un amour désintéressé, d'un amour qui ne souhaite pas tendre à des réalisations ordinaires, un amour où je refuse même l'exercice pratique du corps. Elle sait que j'écris, alors je ne lui écrirais pas de belles lettres anonymes, dans des caractères brûlés de mon stylo froissé. Je dois écrire, toujours. Sur elle, petit silence qui lit ici avec ses doigts jolis comme des siècles décrochés du temps. Je dois écrire.
Sur le mouvement. Sur l'immobile. Une obsession. Le vent froid du corps qui s'éclate contre l'air brûlant des rues d'été. Tout est sujet.
Sans fin. Sans fin.
Interminable. L'écriture. Les vitraux de cette cathédrale qui s'infiltrent dans le miroir des yeux. Vivre pour écrire. Le temps. La liberté. Cette chose gaie. On peut s'y égarer. On s'y égare.

Il y a tant de choses à dire sur les clients de mon corps. Une histoire, une vie à venir, une vie absente, des ongles manucurés, du rouge à lèvres abîmés, des manières bourgeoises, des fantasmes cachés, des cochonneries évitées, des enfants qui attendent, des corps suspendus, s'attardant devant une peinture, suant leurs talons, des "Bonjour" qui n'en finissent plus, des sexes qui meurent, des mains qui ont tout vu, des rêves qui éclaboussent les murs.

Le corps se froisse. Dans mes mots, mes regards, que je dépose dans les endroits comme des traces. Étrange. Geste inconnu. Je veux être haï de toi, d'une femme, d'un homme, d'un enfant. Je veux connaître toutes les sortes d'amour. Je sais être poli et patient. Je sais être ce qu'on veut de moi. J'ai plié mon corps à toutes les exigences.

Je pourrais entrer dans ce bar aux effluves de velours rouge. Me fondre dans les gouttes de thé resté au coin des bouches. Plonger mon corps dans l'odeur de café. Je pourrais rentrer, et m'asseoir à une table. Puis attendre. Attendre comme sait le faire le corps. Heureux. Attendre. Me diluer dans les bouches vulgairement bavardes. Je pourrais ensuite m'installer à une table et demander "Qu'est ce que je pourrais attendre ?".

Avant, je n'aimais pas mon visage, mon corps, c'est depuis qu'on m'a dit :"j'existe quand je caresse". Avant, je ne savais pas m'imposer, c'est depuis qu'on m'a dit :" j'existe quand je crie". Avant, je ne savais pas les corps des femmes, c'est depuis qu'on m'a dit :"j'existe quand je cherche". Maintenant, j'accepte tout ce qui me permettrait d'exister. Mon corps ne refuse plus. Il apprend. Marguerite, mon assassine. La vie s'écoule de ton souvenir. Gouttes à gouttes. Douloureuses. Epineuses, gouttes.

Quand j'entends le bruit de mes pas dans une ville, ce sont les garçons en vélo qui dérapent en moi.

Comment peut-on se plaindre d'un coeur qui bat trop vite quand on pense qu'un jour il ne battra plus ?

Margot dans la neige qui n'est plus que souvenir. Margot qui n'existe plus. En moi. Margot, que je retrouve dans mes lettres. Margot, pourquoi ? Pour rire. Toujours pour rire. Parce que le temps passe, les saisons nous abîment, parce que ma jeunesse est fleuriz, de bras et de jambes. Elegante. Elegante. Mouvement de l'impression des soirées qui restent là, à vous murmurer, que la vie est un rire hurlant qui grouille immense dans les drames des dames. Margot qui m'empêche de l'aimer. "Il n'y aura plus d'hiver".

Un peintre, Jadnov, peintre d'art brut, a dit : " Croyez-moi / vivez-moi / Je vous rénoverai ".

Je sais grimper. Je sais jouer. Je saurais écrire. Je peux tout entendre. Je peux me perdre. On me perd. Je rentre de mon corps. Je rentre de ce feu. Je me réfugie dans mes silences.De ce mouvement étrange. On me regarde. Je le sais. J'ai la peau étrangère, sans prénoms. Je ne sais plus. Je ne réponds pas. "Comment tu t'appelles ?". Je pourrais m'appeler semi. Moitié. Peut-être. Je pourrais m'appeler profond. Immense. Gouffre. Douleur comme ta jolie initiale. Eté. Automne. Hiver. Tout ce qui passe, éphémère. Toutes ces peaux. Sauf le printemps. Le printemps est éternel. Le printemps est partout. Dans tes bretelles qui tombent sur les épaules. Dans la moisson des corps. Le froid des pierres. La morsure des rues. Je ne m'appelle pas printemps. Je ne pourrais pas. Il faut crier, bouger, sauter, frapper et tendre. Tendre parfaitement son corps vers l'autre, vers la liberté, vers la vie, vers les cris hurlant de l'air, et la virginité de la nature. Je suis puissant, fragile. Immense. Immense. Immense. Je recouvre. Tout. Le décor. Cette obsession de la grandeur, de la profondeur. Je m'appelle Vertige. Mais je ne réponds pas quand on dit Jonathan. J'attends celle qui dira Bonjour Najib.

 

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  • une fleur qui a poussé d'entre les lézardes du béton, un sourire qui ressemble à une brèche. Des pétales disloqués sur les pavés à 6 sous. J'entends la criée, et le baluchon qu'on brûle. Myself dans un monde de yourself.
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