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7 février 2021

Cuisine

Atelier d'écriture : Thème Cuisine. 

 

Tu découvres un jour la mandoline ou le rasoir à légumes. L’économe toujours te faisait perdre ton temps. Il demandait une agilité formée depuis l’enfance et l’enfance tu l’avais passée sur les terrains de football. T’imaginant selon la saison Porato ou Ronaldhino  ; d’autres imaginations te traversèrent, évidemment, jamais celle du maniement de l’économe qui, par jour de disette, faisait office de rapière un peu grotesque pour les bagarres où dix mille Dartagnan s’affrontaient dans le battle royale de la récréation de 10h.
Le rasoir à légumes s’appelle Castor si tu en parles à de plus expérimentés, d’une autre génération, il y a longtemps qu’ils le connaissent et l’emploient sans jamais avoir rien dit de leur secret. L’économe, instrument de torture qui, plutôt qu’à la cuisine saine conduit au McDo. 

 

Comme tu n’es pas parfait, même retouché, tu as commandé le rasoir à légumes Castor sur Amazon. Petit appareil en inox au manche mal fichu…au début, franchement, tu n’as pas été convaincu. Parce que tu l’avais payé, deux euros seulement, certes, tu l’essaies et la peau des légumes, comme pétales arrachés par les prières d’amants, en délaisse la chair. La courge butternut c’est le boss final des peaux de légumes. Tu lis sur Internet, sur le blog d’amandinecooking ou des sites plus institutionnels comme marmiton qu’il faut passer la courge butternut au microondes pour affaiblir ses défenses extérieures et la bête encore chaude y plonger l’économe avec la vigueur de ton dartagnisme d’enfant. Tu vaincs cette croûte, c’est sûr, et à quel prix…Pyrhus ne connut pas de victoire plus aisée. 

Tu fais passer le rasoir à légumes castor, deux euros sur Amazon, le long de la courge butternut et la courge butternut cède comme cède à la flatterie les hôtes de ces bois. Nouvelle fable le castor et la courge, la caresse de métal et l’éclat de l’inox. 

Tu as aussi acheté un set de couteau allemand et un aiguiseur. Tu apprends, avec l’âge, que la longue tige, qu’on appelle un fusil, et contre quoi les cuisineurs bateleurs frottent leurs lames, ne sert à rien. Le fusil redresse la lame sans lui rendre son tranchant. Au final…il ne s’agit que de folklore. Ton aiguiseur impressionne moins, on glisse la lame dans une sorte de gaine et on frotte. Ca n’a pas le charme antique du fusil ni celui de la roue en pierre des forgeries. Minuscule outil qui ne va pas sans honte et qu’on dérobe à la vue. C’est que tu souhaites garder un peu de mystère. 

Comment veux-tu que je te blâme moi qui manie le micro-ondes avec une adresse inquiète m’étonnant chaque fois de ce que

Les micro-ondes sont des rayonnements électromagnétiques1 de longueur d'onde intermédiaire entre l'infrarouge et les ondes de radiodiffusion.

dont le miracle vaut, il faut le dire, l’acharnement inutile de la lame contre le fusil. 

Comment veux-tu moi qui passai ma vie à attendre à table que maman sorte du four ses trois heures de travail et moi qui rouspétait de la tiédeur du plat ou, plus criminel tu me l’accorderas, la surabondance de courgettes.
Maman, pour me faire passer le dégoût des haricots verts, disait du jardin comme si de venir de je ne sais trop quel arrière-cour de je ne sais trop quel arrière-pays m’éviterait le dégoût. Je me demande ce que l’on pourrait ainsi faire sortir du jardin ? Et si devant le juge dans sa douloureuse hermine je disais désormais mon crime venu du jardin ? éviterais-je ma peine ? Le code pénal, peut-être prévoit, une circonstance atténuante ou tout à fait exclusive pour ce qui vient du jardin. Comme l’abolition du discernement vous exempte de toute peine. Ainsi, criminels, gardez toujours sur vous un peu de terre au moment de vos meurtres expliquant que tout ceci, la terre et le geste, vient du jardin. 

Toi, tu n’en es pas là. Tu laves ta planche à découper le soir même, parfois. Le plus souvent à midi en pestant. La table du salon tu la laisse jonchée de restes de la veille. C’est une façon de te dire que tu as un passé, de maintenir de la veille, la réalité de ta performance. Tous les matins, on retrouve les reliefs des repas comme on écrivait dans la littérature du XIXème, tu expliques que ce sont comme des ruines, des témoins et si on t’objecte que ce ne sont jamais les mêmes, que les ruines n’ont de sens que dans la durée, tu rétorques, un peu méprisant, que ce sont des ruines de tes gestes et non de la chose. 

Tu soupires souvent à défaut de roter. Notre culture occidentale admet mal nos existences gazeuses. La civilisation Occidentale est lourde de ses pets retenus. Elle va, péter sur d’autres continents depuis longtemps maintenant, des voyages de Bougainvillier à l’invasion de l’Algérie et les tapis de bombe de la guerre irakienne. L’Occident, ah qui l’eut cru, une indigestion. 

 

Tu regardes d’un oeil la recette du soir. Tu as épluché tes pommes de terre, Belle du Fontenay, tu fais attention aux AOP, maintenant, je ne sais quoi en penser de mon côté, avec ton castor à deux euros de chez Amazon. La recette te demande de les rhabiller, elle dit en robe de chambre et hésite avec robe des champs. Tu enserres la pomme de Terre, nue, puis changée, en une nouvelle toilette. 

 

D’autres parleront avec abondance ou de fromage ou de truffe ou de sushis. Qui, à leur manière, sont des miracles. Miracles trop ordinaires, comme le fusil où étincelle pour rien la lame du couteau. Toi tu as choisi les petites choses qui ne demandent pas d’agilité particulière, les légumes simples du jardin et les tubercules que rien ne gâchent. Tu as fait le même choix en poésie, la chose simple et facile, dire tu à chaque ligne pour charmer l’oreille ainsi qu’on recouvre de sucre certaines fadeurs leur donnant un instant la couleur de l’amour. 

 

 

 

 

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  • une fleur qui a poussé d'entre les lézardes du béton, un sourire qui ressemble à une brèche. Des pétales disloqués sur les pavés à 6 sous. J'entends la criée, et le baluchon qu'on brûle. Myself dans un monde de yourself.
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