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15 juin 2024

II.

Une autre performance, un peu oulipienne, de rédiger

:«",.:/+—'!?-"» 

si l'espace qui précède demeure vide de mots c'est qu'il résume la totalité de ce projet. Le lipogramme qui consiste à exclure une lettre de sa rédaction que je décris, n'employant que la ponctuation, par accumulation et agrégat. N'y inscrivant que les caractères invariables, c'est à dire ceux de la ponctuation. Le texte croîtra.
Lorsque je dois convoquer les mots pour l'intituler ce sera sleeve.
 

TEXTE ENTIER CHRONOLOGIQUE ET ALPHABETIQUE

II

 

Ah, Mehdi se demande à ce qui lui à prend à elle, elle qui s’invite dans sa vie, avec violence et démesure, pour finir par dans le même claquement de langue, le commander et l’injurier. Il se dit ça en même temps qu’il tangue encore au comptoir, hésitant à la suivre, pensant tout de même, à cette promesse violente que sa langue à elle formule, ce qu’il entend, pressent, de cette injure finale exclamée. Ça lui donne à Mehdi, le souhaite tonitruant de sentir autour de son cou sa main à elle, Sylvie, son nom qu’elle lui lance, une griffe, flotte parmi les alcools réfractés, ses doigts, à elle, Sylvie, couverts d’éclats, d’argent coupants comme les vents d’une lointaine Russie. Il dessoule, à l’idée de ce que Sylvie, pourrait le marquer, il ignore ce que ça lui fait cette idée des marques, s’il se sent asservi à cette idée, si cette idée l’excite ou si l’idée, cette question, le plonge dans un état de méditation dont il ne peut connaître le terme à cause de son alcoolémie. La pensée, le désir, tout ça se disperse, devient, choses qui ne se saisissent pas, une fumée, sa pensée, elle se dissipe chaque fois qu’il tente de la saisir, la pensée, tourne sur elle-même, vaine et sans fin.

Il sent, la main antérieure, icelle dans les poils du visage, mêlés, ses doigts à elle, dans le gras du repas, elle s’enfonce, il a l’impression que c’est jusque dans sa vie qu’elle enfonce sa main, qu’elle enfonce, elle Sylvie, sa vie, dans sa vie à lui. Ça l’étonne. Parce qu’il cherche sur le comptoir, c’est à dire maintenant presque tous les jours de sa vie, son étiolement, l’effacement de sa personne, une transparence de vodka délavée.
L’alcool, il le vit comme ça, lui occulte toute profondeur, une serpe qui émonde toute épaisseur, l’étend, lui Meeeeehdiiiiii surface, simplifié à un plan unique. Réduit de la sorte, de cette tentative de réduction métaphorique, il s’imagine vivre traversé et transpercé uniquement traversé et transpercé, tout attouchement, déjà passage vers au-delà. Rien. Le vide ultérieur, comme il se nomme lui-même, il ne peut-être rencontré puisqu’on le dépasse aussitôt. Il n’existe plus de point de jonction entre lui, le monde et la relation qui les fait.

Elle, pourtant, Sylvie, le prolonge dès lors qu’elle l’atteint et le perce, sa main à elle, creusant en lui, dans ce vide ultérieur, un sillon, une profondeur, un accul. Ici, elle pénètre, il s’étonne lui Mehdi de la promptitude, de ce mouvement, de ce qui en lui ne résiste pas à cette poussée dans le vide, il s’étonne de ce détournement des civilités, de ce geste de l’infra, de la préhistoire, sa main, à elle, Sylvie qui se précise et se précisant en lui le précise lui-même, le triangule. Il existe.

Une serpe, encore cette image de la serpe, la sensation sur son visage, de sa main à elle d’une serpe, sa forme de lune fendue, qui passe sur son visage à lui, le grillage noir et complexe du visage haché par cette serpe ; une serpe, celle d’une eau non triée, cristaux purs et ronds, il le comprend, faite de larmes, les siennes, à lui.

Sylvie et Mehdi n’échangent pas encore de paroles autres que l’introduction de Sylvie, ils se réservent ça pour plus tard, pour quand le temps viendra, ils se laissent, toutes deux, couler, dans le moment, celui deux cours d’eaux hésitants entre tous leurs isthmes, celui, le cours, luttant contre son destin d’aval, regrettant son passé sinueux, destiné en ce temps, à tout les alors, où s’égaillaient les vies microscopiques, la plupart demeurées sans descendance, ni postérité. Celui, le cours d’eau, sa descente tonitruante, son emportement de torrent, d’étouffement, son esquive des caves miasmatiques des lacs ruisselants d’une vie parasite, celui le cours d’eau au repos, amoncelé, empilant tendrement sa force sur sa force. Ils hésitent, eux deux, non séparés, perforant chacun leurs vides, à la forme de leur union, quel mélange et dans quelles proportions, quel goût ça va avoir.

Mehdi, se dit que ce miracle n’existe que dans cet interstice des alcools du trop vite, du trop tard — de la perte des repères — que, tout à l’heure, trop vite, ça aussi, l’essentiel en sera dissout, qu’il n’en restera que le maugréement limoneux, un rejet de glaise gluante sur les rives.
Il en est, encore, lui, à cette main posée, celle de Sylvie, contre son visage, qui danse, sur sa figure, un air de harpe, elle joue ici, entre les notes graves de ce dîner qui ne se fond dans l’estomac que sous les hautes chaleurs, la fournaise des alcools Celsius.

Alors, Mehdi veut parler, il s’apprête à répondre à la proposition Viens de Sylvie, celle, qui lui conserve, à elle, Sylvie, du pouvoir parce que le primat, ce terme générique, de, elle, celle qui oriente et note.

Le mot de délicatesse excessive, dont elle le couvrait tout à l’heure, en tel décalage avec tout ce qu’il profère ici par son vêtement, son visage, tâchée sa chemise, et ses ongles en deuil, ce mot des élégances surannées et maladroites, à quoi elle associe, Sylvie, un commandement renversé, le féminin l’emporte.

Connaissent-ils quoi que ce soit de l’autre sinon cette intuition, ce parfum de chien et de chienne qu’ils dégagent, qui dilate les naseaux, je ne sais quelle odeur d’archives, une odeur de jeux aquatiques, de sel marin, une odeur rongée d’os rongé, de poussières et de viande décomposée. Il y a du sauvage qui ici éclôt, qui échappe, et si ceci échappe, c’est à eux deux, communs. Quelque chose dont lui Mehdi est le plus familier, ça lui évoque, quelque chose, une ancienne grâce, la sienne, ce qui reste sûrement et qui attira Sylvie à ce moment là, le vieux éclat, ces aristocraties, aux armoiries englouties sous les lierres, que n’égalent aucun travail, aucune charrue, aucun ministère.

Ca lui évoque aussi, les chaussettes qu’il enfilait prudemment à quatre heures du matin, quittant, clandestin discret, la couche d’une femme, il ne porte plus, comme plus jeune, souvenirs et regrets, le filin d’argent à son poignet où pendait les amours perdus c’est à dire tous comme il le signalait, Mehdi, à chaque amour recommencé, mot qu’il adressait avant tout à lui-même puis, peut-être, à la providence, pour la défier, elle, de faire ou non prospérer cette étreinte au-delà de cet instant.

Celui, instant, étiré parfois, dans son meuglement, jusqu’à ce que Mehdi manque le rendez-vous puis, la même litanie, celle connue de tous ou presque, la passion née de ces trouées et de ces éclipses, la lassitude, ensuite, de celle qui, après le chagrin et son essaim de douleur, disparaît, elle s’ennuie d’avoir attendu, asservie longtemps, elle, c’est à dire elles, se détache, ce sera pour toujours. Il n’aura été qu’un court et douloureux amour, la dernière expérience de la passion celle qui préfigure le plus jamais et la litanie, en réalité courue d’avance, de l’ordre.

Mehdi se retrouve là, impromptu, inadmis. Ce rendez-vous involontaire avec Sylvie, ce qu’elle lui impose par le geste de ses mains, incertain, ce geste, oscillant, entre la tendresse, la promesse et, ce qui le touche, le défi. Sylvie, elle, sent ceci, ce qui raidit dans cet homme. La surprise, Mehdi se demande, s’il n’attendait pas que ça, que, justement, ces rendez-vous manqués, la préférence pour le sommeil, les prétextes, ne venaient pas justement de l’effroi qu’il éprouvait face à toute préméditation qu’il n’admet que pour les meurtres. Là, il se trouve, dans les rêts durs à comprendre, d’un rythme qu’il ne dicte pas, cette régression aux premiers amours, aux premières tentatives, sa main qui ne tenait pas en place avant de revoir une amante, cette incrédulité, dont il ne se départît jamais totalement, chaque fois que sous sa main il sentait d’une femme le téton durcir, les lèvres dans ce devenir de déchirure, le parfum splendide de vanille noire qui emplissait l’espace du lit, du salon, du, le plus important, n’importe où.
Voilà ce qui se rejoue ici, dans ce lui, inapte, qui quoi que vertical, se sent le devoir de se redresser, de se tenir à la hauteur de lui-même. Ca le fait rire, ça, tiens, il se marre, Sylvie remarque ce sourire, elle continue, depuis quand ça dure, à passer la main sur son visage, la paume, pour commencer, mais plus loin que le commencement maintenant, aussi le revers de sa main, l’anneau serpent qu’elle porte à l’index se prend parfois dans les noeuds du visage, du visage de Mehdi, Sylvie détache sans peine, sans l’usage de son autre main, avec adresse, un geste d’amour, la queue du serpent de cet entrelacs noir-gris, l’anneau d’argent capture malgré nuit un peu de ce gris, elle détache la main de ce visage.
Elle : Tu es une nuit
(…)
Elle :Tu ne dis rien ? (…)
Elle : Pourquoi tu ne parles pas
(…)
Elle : Ah
(.)
Elle : Hé, Hé
(…)
Elle : Monsieur ! MONSIEUR !
Le serveur ou peut-être le patron : Oui ?
Elle : Un verre pour Monsieur (…) la même chose (…) j’imagine
Lui presque : Merci
Elle : AH, voilà tu parles…
Lui : C’est pas ça, c’est que, c’est le vide, pas le verre vide, je veux pas dire le verre vide
Elle : (…)
Lui : Je sens du vide là, là ça veut dire, partout, je suis soûl évidemment, mais je suis soûl depuis plus longtemps que là, que ce troquet, ou tu appelles ça comme tu veux hein Jean-Michel
Le patron : Denis…
Lui : Jean-Michel il est soûl lui aussi depuis…depuis quand Jean-Michel
(…)
Lui : Tu vois, il peut pas dire, il sait pas, ça aussi ça lui échappe, je sais pas s’il connaît ça, pareil, le vide, Mehdi, mon nom c’est Mehdi, si ça lui procure le même creux, ça suffit pas de dire le creux, le creux ça naît depuis que tu me touches, je croyais moi que je construisais ma disparition, que je l’organisais, à pas prudents, sonores un peu, le choc des verres et des couverts, il faut de la force, plus qu’on ne croit pour tout à fait se gommer, pour ne pas laisser de soi de traces. Puis quoi de plus normal, une vie d’illusionnistes, de trucages, laisser aux autres, en héritage, l’incertitude de soi-même, se confondre avec le rêve, avec la partie refoulée de l’être humain, se tenir dans les cuisses d’une femme quand elle souffre d’amour, devenir le point rond, dur, la crampe qui roule du cerveau, de la mémoire, jusqu’à cet espace du muscle. Après, après que la mémoire de ces femmes, toujours avec moi ce sera une histoire de femmes, tu verras, si tu as la patience, ça a été mon guide, les femmes, après quand dans ces femmes je ne demeurerais qu’une chose confuse, hallucinée, je sais, aussi, qu’à chaque pulsion d’elles…je sais ce que tu penses…que je m’avance pas mal…vers autre chose, quand elles traqueront de l’ailleurs parce qu’elles sentiront en elle une odeur de pourri, de regrets, un truc âcre en regardant leurs enfants ou la flacidité de leur mec, je sais qu’elles penseront à moi, ce type l’africain à peau clair, le maure, je ne veux pas dire à moi vraiment, pas à moi dans cette circonférence que je te présente, que un truc dans le cortex, le cervelet, je sais pas où ça se fixe pour de vrai, leur donnera un espoir, une pulsion, qu’elles vacilleront dans un truc qu’elles jugeraient le mal, que ça les soulagera, un plaisir solitaire pour certaines, les plus fatiguées, je peux déjà dire lesquelles d’avance, un truc partagé, pour

Lui : Je sais, là tu voudrais à ton tour parler, tu ignores ce que ça m’a fait quand tu m’as touché, là les mots ils reprennent de l’épaisseur à force que je parle, ils deviennent secs, aussi, ça colle contre le palais quand il cogne la langue, je veux dire l’inverse plutôt, oui, j’ai vu dans tes yeux, l’hésitation, à me reprendre, j’ai fait tout seul, merci, ce silence il compte pour moi, tu parviens partout à m’atteindre, c’est curieux ça, pas que j’avais renoncé, ce ne serait pas exact, plutôt j’avais choisi un périple d’une autre sorte, une mise en retrait, je veux pas dire la désertion, le séparatisme ou ces conneries gauchistes, je dis conneries, je les admire un peu, ils arrivent à faire groupe, masse, corps…moi je me dispense du corps, squasmes à squasmes, tu vois, les pelures quand tu passes fort sur ta peau humide le gant à poils drus. Pourquoi tu m’as touché ?

Elle : On ne te touche jamais ?
Lui : Pas comme ça
Elle : Ca veut dire quoi ça, pas comme ça ?
Lui : Ta main sur mon visage
Elle : C’est pas toujours comme ça toucher ?
Lui : Peut-être que ça devrait…peut-être qu’il y a une raison…sinon ce serait trop dur.
Elle : Pourquoi ?
Lui : Ca créerait un devoir à exister, soudain on serait moins…indépendant, on devrait rendre des comptes, des comptes de.. une dette
Elle : Tu te sens endettée là ?
Lui : Oui
Elle : Parce que je t’ai touchée ?
Lui : Pourquoi tu dis touché-e.
Elle : Pourquoi pas ? J’ai dit endetté-e aussi.
Lui : j’avais pas remarqué

Elle : Pourquoi tu parles plus doucement là ?
Le patron : et les perruches Pourquoi, pourquoi, pourquoi, pourquoi, vous m’emmerdez on dirait mon gosse

Lui : une dette en existence, ce que je cherchais à dire, une dette, ensuite on ne peut plus faire comme on veut.
Elle : C’est vrai.
Lui : Ah, tu
Elle : Non
Lui : Tu
Elle : Toi non plus tu m’as pas laissé en placer une tout à l’heure, là maintenant je vois où tu veux en venir, tu te sens content, plutôt, de pouvoir à ta guise délier ta langue, tu fais l’englouti, le péri, le noyé, pourtant quand tu te tiens là, on ne voit que toi, tu choisis, tu ne me feras pas croire que c’est malgré toi, la place des dissimulations feintes, cet angle le plus éclatant du…tu appelles ça comment ici toi ?
Le patron : Chez moi
Elle : Je peux pas dire ça, ça n’a pas de sens. Mettons…chez lui. Pour ce que ça change.
Le patron : Ca change que je peux vous dégager si…

Elle : Ecoute, tu verras ça plus tard, tu ne trouve pas que ça a l’air important ce qu’on se dit là, que
Le patron : tous les alcooliques c’est important ce qu’ils se disent, le lendemain ils s’en souviennent pas, ou alors ils ont honte, c’est con, hein, t’imagines comment 

Lui : ça serait mieux la terre
elle : Mais
LUI : tu te mets à prendre moins de place soudain, tu m’intimides moins maintenant que tu as éloigné tes mains de mon visage, maintenant que tu parles, ta voix je l’aime, elle me rappelle quelque chose, c’est un pays plus qu’un accent, avant je voyageais souvent.
Elle : Je prends la place qu’on me laisse, quand on ne m’oppresse pas.
(…)
Elle : La place que tu choisis, elle ne révèle que toi, tu dévores à cet endroit, à chaque geste que tu fais, à chaque tintement de verres et de couverts, tu sonnes ici, les vêpres, tu officies, sûrement tu le fais à l’instinct. Ce que tu prétends tu y crois vraiment, à 100%, ton effacement
Lui : Vide Ultérieur
Elle : Vide Ultérieur ?
Lui : Vide Ultérieur
Elle : Ton « Vide ultérieur » mais c’est négliger ton apparence, si on te remarque, surtout là, découpée 

Lui : Arrête de faire ça

Elle : Dans ce recoin, dans ce noir qui est comme un suaire, tu éclates, plein jour, la crête du soleil quand il y a l’éclipse. Tu fais cet effet, moi, je suis venue, je suis venue te sortir de cette scène où tu te réfugies, de ce spectacle que tu fais chaque fois que tu peux, l’air de rien, sachant tout à fait, comment pourrais-tu ignorer tous les yeux sur toi dirigés
Patron : Même moi je te mate
Elle : Tu te fais croire avec tes ongles sales, avec ta chemise tachée, tu te fais croire à ton indifférence, à ton exclusion de tout le fatras, comme si une serpe t’écumait
Lui : Serpe ?

Elle : On sent que tu aimes ça, ce qui tranche sans que ça ne soit ordinaire, sans que ce soit d’une forme attendue (…) Tu aurais préféré cimeterre peut-être ?
(…)

Elle : Non, pas une arme, quelque chose de plus sacré, voilà aussi comment tu te vois, malgré tous tes discours, cette place de fausse réserve, cette exclusion mise en spectacle, alors c’est la serpe que tu choisis pour raconter ton…destin, cet écorchage dont tu te fais l’outil et la chair.
Le Patron : Ma…

Elle : Je ne vais pas encore commandé ici pour moi. Je la trouve ailleurs ma fièvre en ce moment, dans ce qui ruisselle de ta peau, regarde dans le ventre du serpent, comme des filins d’argent, des carreaux d’arme médiévale, quelques traits gris, ils viennent de toi. Voilà pourquoi je t’ai parlée

Lui : Tu ne m’as pas parléee tout de suite.

Elle : Parce que je sentais que nous pouvions nous arracher à quelque chose, ou nous priver, pas dans une lutte sans merci, nous avons, dieu merci, passé ce temps des carnages, oui, je remarque aussi, le sang séché à tes lèvres, celles que tu as mordues, les tiennes et les autres, moi presqu’autant. Moi, m’arracher à cette noyade sans fin qui dure…qui remplit mes poumons à en crever. Toi à ces demi-deuils, à ce retrait de la scène qui paraît attendre enfin une main tendue, c’est pareil, c’est pareil, nous nous noyons juste dans des eaux pas identiques.
Le patron : Et moi je sers, je sers, je siffle et je sers, je siffle et je sers
Lui : Reconvertis toi dans la chanson. T’en feras des streams.
Lui : Tu proposes quoi, là, avec ta main, avec ta voix, explique moi pourquoi tu as fait ça
Elle : Je viens de le faire
Lui : Tu as parlé, là, comme moi j’ai parlé, tu as associé des mots, tu as tressé un joli collier après t’être moqu
é du

Elle : T’es chiant
Lui : mien. Je saisis ce que tu veux dire quand tu déclines tes reproches. Parfois, il faut être honnête, tu les ânonnes. Je te rappelle que tu ne connais pas, que pour l’instant, tu me résumes à des impressions, peut-être que tu as un peu raison, peut-être aussi que je suis un peu plus compliqué que ça, que moi-même je ne sais pas exactement ce que je fais ici, que je t’attendais, que là j’ai l’impression d’être à un rendez-vous dont je peine à déterminer la nature, si c’est chez le juge d’instruction, un quelque chose amoureux, ou un entretien pour m’engager dans la marine marchande, avec cette répétition de la noyade…il n’y a pas de canot de sauvetage dans ton monde ?
Elle : Non, évidemment que non, on nage ou on se noie.
Lui : Ce pessimisme…un rendez-vous avec la mort, c’est ce que tu proposes, si je sors avec toi, une camionnette de livraison de…de je sais quoi…viendra me faucher, c’est toi qui auras vécu mes derniers moments, ma dernière intensité, ne prononce pas mon oraison, je te l’interdis, je t’interdis de faire comme si tu me connaissais.
Elle : Je t’ai pas proposée de v…

Lui : Ca c’est fort, ça c’est vraiment audacieux, alors, là, madame vous me soufflez, c’est le premier mot, le tout premier mot que vous m’avez dit « viens » puis vous avez enchaîné avec piquant et certitude, je dirai même arrogance, comme si vous voyiez en moi, un oracle merdique qui cherche dans la merde sa vérité, ô divines auspices v
Elle : Tu es soûl.
Lui : oui, je suis soûl madame, évidemment que je suis soûl, je suis soûl pour supporter…supporter le passé, ce suaire comme tu dis où je me planque, ces conversations surprises, ça n’arrive pas souvent, mais on se prépare, on doit les redouter au fond de nous, ces gens qui veulent entrer dans notre âme, ces effractions, on regrette pas d’être soûl dans ces cas là. Puis ça fait prospérer Jean-Michel qui ne demande rien mais qui écoute.
Elle : Avant il matait.
Lui : Oui, d’ailleurs je paie pas, Jean-Michel, je paie pas !
Le Patron : Denis…Denis…
Lui : Inutile de lever ton poing comme si je devais redouter le poing d’un tenancier roux et maigrichon.
Elle : Il n’a rien fait.
Jean-Michel : Appelle moi comme tu veux.
Lui : Merci, merci…
Jean-Michel : Vous paierez pour lui.
Elle : Oui.
Jean-Michel : Tu vois garçon y a pas de

Lui : J’ai dit que je ne payerai, j’ai dit que je ne paierai pas, je ne veux pas la charité. Tiens, tiens.
Jean-Michel : J’en veux pas de ça, c’est quoi ça, y a de la rouille sur ton coupe-ongles, comment t’as fait ça ?


Sylvie, pose ses lèvres sur le front du patron, elle lui dit que c’est un accompte, qu’elle reviendra plus tard pour le solde, le tenancier lui dit qu’il est gay, Sylvie lui dit qu’elle ne pensait pas le payer en cuisses écartées ou lèvres arrondies, qu’il se rassure, non, je ne suis pas gay, il marmonne, c’était la première fois qu’il prononçait ça, cet aveu, il se demande pourquoi à son tour pourquoi il a dit ça cette vérité qui l’éventre.

Sylvie, prend Mehdi par la main, qui l’agrippe, sa main, comme un croc. 

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  • une fleur qui a poussé d'entre les lézardes du béton, un sourire qui ressemble à une brèche. Des pétales disloqués sur les pavés à 6 sous. J'entends la criée, et le baluchon qu'on brûle. Myself dans un monde de yourself.
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