IV.
Une autre performance, un peu oulipienne, de rédiger
:«",.:/+—'!?-"»
si l'espace qui précède demeure vide de mots c'est qu'il résume la totalité de ce projet. Le lipogramme qui consiste à exclure une lettre de sa rédaction que je décris, n'employant que la ponctuation, par accumulation et agrégat. N'y inscrivant que les caractères invariables, c'est à dire ceux de la ponctuation. Le texte croîtra.
Lorsque je dois convoquer les mots pour l'intituler ce sera sleeve.
TEXTE ENTIER CHRONOLOGIQUE ET ALPHABETIQUE
IV
Couillon, l’autre quelle bizarrerie, en sollicitant sa langue pour articuler cette phrase à Sylvie qui, Sylvie, trouve à son interlocuteur un charme brisé, en son milieu : une fente, une plaie qu’elle ne nomme pas ou seulement après quelques circonvolutions qui ne touchent jamais le nom, ne parviennent jamais après le surnom. Il, lui, projeté, silence brutal, Sylvie s’étonne, ainsi muette, marquée par cette aphonie.
Crains-moi, voilà qu’il parle comme ça, ça lui échappe, elle ne saisit pourquoi, cette phrase qu’il prononce, sous laquelle il s’efface, comme la proie traquée, parmi la fuite efface ses traces, comme la bête blessée, crée une fausse piste pour égarer le chasseur. C’est elle la chasseuse, titre qu’elle elle aime et qui l’angoisse,a la responsabilité qu’il implique. Comment, ce titre, la change, comment elle bascule, Sylvie, au coeur, en force, comme on entre, cette puissance, en religion, baptisée, sous la crosse vacillante que le prêtre agite en même temps que l’encensoir. Elle sent, Sylvie, la messe et la noyée, cette eau sainte mélangée à l’eau pleurale.
Sylvie, elle lui trouve toujours encore, le charme brisé, en son milieu une fente, sa part féminine, qu’elle retient — l’énonciation — sans prononcer, craignant que lui se vexe, elle, Sylvie, connaît, ou soupçonne, la susceptibilité propre aux hommes, cette longue cicatrice sineuse qui couvre leurs corps, qui commence à l’érection ou à son échec.
Lui, une plaie au milieu, une plaie, qu’elle nommerait bien souvenir si il pouvait y agréer, passé commun, involontaire, un mythe lu il y a longtemps sans s’apercevoir alors, qu’il les racontait, biographisée par le sable ancestral et par lui éparpillé, jusqu’à la.
Quelque chose s’ouvre entre eux, elle s’en assure, grâce au langage muet, celui facile pour elle à lire, grâce au pouvoir hérité, toute une généalogie, une chute générationnelle, elle recueille maintenant le sort, legs le plus précieux, celui qui lui permet, cette effraction sans haine, sans violence, sans meurtre.
Elle se vit — se vît — écartelée, comme si une brasse puissante la séparait en son centre, toujours, ce centre, mobile, lui ses bras l’ouvrant, une noix entre ses crocs acérés et brillants.
Pourtant. « »
Elle bute Sylvie, sur le silence épaissi, le nom, son nom à lui, qu’elle pensait, Sylvie, chérir, maintenant puis, longtemps, qu’elle appareillait au stupre, ce mot coupable comme une hostie mouillée par le sang projeté par l’animal rituellement égorgé, son sang clapote, le sang animal, son sang, à lui, inhumain et veau. En stupre, nouveau nom, pivoté par le mouvement, celui, le mouvement, une bille, circulaire, elle roule à l’intérieur et s’épaissit à chaque centimètre parcouru, amasse, la bille, toute sa vie à quoi s’ajouterait peut-être la sienne, En Stupre. Jeanne, c’est Jeanne l’ami celle, une autre vie, un antan qui conspuait ce mot lorsque J., le lointain J., l’imprécis J., l’incontinué ici sevré, l’employait pour elle qu’elle voyait, comme pourcelle, contre elle, qu’elle voyait le mot humiliant, rejetant le plaisir, cette forme que trouve le plaisir lorsqu’il alanguit les êtres, qu’ils sentent le sperme, la glotte, le vomi.
Elle, Sylvie, pense à nouveau à lui, le prénom, son prénom cabré, pris par l’aphasie, après, pourtant ce mélange presque-séminal, un enfant prêt à naître, sautant, enfant né par leurs lèvres, la fente qui sépare et rassemble.
Alors pourquoi, l’abstinence subite, une petite mort avant la petite mort usuelle et officielle, la petite mort ahanante, sa sueur, les larmes, toute une vie, une vallée gorgée jusqu’à…jusqu’à elle ne peut mesurer. Pourtant, ici, tout semble s’arrêter, tout semble s’arrêter, avant, juste avant, au point imminent, nommera-t-elle ainsi la relation naissante à ce point interrompu ? Pourtant, ça monte, ça continue, malgré le nom entré en brume, cette stase semblable à la peur, oui, voilà, c’est bien la peur, qu’elle commence, elle, avec son pouvoir nouveau, son titre, elle chasseuse, noblesse oblige, mener la battue. Pour lui le retrouver, lui qui prît la fuite, son nom, à lui, qui prît la fuite, parce que Sylvie se tourne vers sa gauche, elle le trouve, encore là, le visage mat, l’oeil certain, en lui aussi brille une antiquité, un pouvoir muet qu’elle saura, elle en est sûre, tout à l’heure ou bientôt, l’origine et le territoire.