Bizarre le temps passé sur toi
le couteau froid sur ta gorge et ta paupière repliée
pour lui faire comme un parfum de sève
tu ne te ressembles plus aujourd’hui
et comment dis tu « je » encore avec ce visage là
depuis ce visage là
comment oses tu dire « je » avec cette figure ces yeux presque crevés et le violet perdu ah tu as dormi
tu as dormi quelle horreur
au moins quatre heures pendant la nuit
et à l’aube encore un peu même
des miettes
des miettes
non vraiment comment devant le miroir en passant tu te permets un geste dans les cheveux
tes cheveux le miroir obstinément répétant « tu toi » à cette paresse de ta vie
comment
je n’admets pas ce mot là sur tes lèvres
ce je
un mot du passé revenant d’une torture
ce je
revenu des routes de la poussière
revenu par ce chemin là entre les ronces et les pierres
et tu le prononces légèrement
en fumant une cigarette en buvant le café brûlant
tu dis « je »
comme on écrit « crime » à la une des journaux
un scandale bourgeois
on dirait que tu as tué
avec ce visage là
et tu es prête à recommencer arrête ce regard là tu ne me pièges pas garde le pour ton miroir effrayé
pour la rue les mots sales
à force de dire tu à cette bouche déformée d’angoisse
ah tu dis je
comme c’est obscène ce vêtement sur ta vie
l’horreur
l’horreur tu te souviens ces jours d’avant où les lumières de la chambre une à une cédaient
la misère alors et le froid de la chambre
le radiateur toujours éteint comme si la mort rodait dans les draps comme si
je te disais
dans l’obscurité glacée sur nous
je te disais
peu importe le nom sorti de tes lèvres
peu importe le nom dit
entrecoupé de ton gémir à toi
dans ce noir là était ce encore moi
ce geste sur toi
toute cette horreur vraiment pouvait on dire
de ceci
« Jonathan »
ceci sur toi mon prénom à moi
dans l’ombre et le rien du tout ce monde pour les aveugles
Tu te souviens
L’ombre l’ombre
derrière toi s’aiguise s’aiguise