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boudi's blog

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3 septembre 2014

je t'écris

je t'écris pour feindre les grands sentiments amoureux et t'attirer la nuit (sans couteau, je préfère le crime à mains nues, une sorte de tradition religieuse) dans un coin d'ombre dangereux. Je ferai de grandes phrases lyriques Des tremblements de coeur Mes mains gémiront de joie à l'idée de toi mais tout sera faux c'est le métier d'acteur échappé de mes gestes et toi, naïve et dupe, tu te laisseras mener dans ces renfoncements mauvais et dangereux Le plaisir te laissera comme une morte puis dans un grand éclat de rire j'oublierai tout de toi les gémissements du soir la peur dans tes yeux et ta lèvre périe

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18 août 2014

Bis

Il me souvient

Tes doigts dans les songes

La peau douce
Etrangement parfumée

Tu sentais

Le rêve

Le pin brûlé

Ou bien

Toi-même, l'amour

(l'odeur de l'herbe blessée par

l'été affamé)

Tu sentais

Cette odeur perdue
Qui n'est pas l'odeur

Des lundis

Ni le son 

Métallique

Du dimanche

Ou les ongles 

Cassés

vernis

 

Il me souvient

Tes cheveux renversés,

immobiles

Dans le songe

Etait-ce alentour de toi (partout

autour)

L'eau d'une noyade (?)

La mer d'Avril

La sueur transparente

Des amants (beaucoup)

Ma main captive 

Des algues

 

 

Mes doigts au réveil

Remuant

Douloureux

Sur ta peau bru-

nie (saveur réglisse

La nuit)

Ta peau

Bru-

lée

(tendrement)

Par les baisers

Le soleil chaud humide

Dans la bouche

Le miroitement

Des dents

Les cent-douze blessures

De l'amour 

Mais nulle part le couteau

De l'amour

Le sexe honteux

La peau tue

Le café froid

Les apparences

De la mort

Cousin

Au cinquantième

degré

 

Tu dors encore, longtemps après moi

Tu bouges dans le lit en murmurant «pitié»

Toute la nuit l'horreur oubliée te remonte

Comme de la vase

De l'eau croupie

Le marécage de ton âme /

 

Refermées tes paupières sont bleues 

Et belles

Comme la nuit trempée

Humide 

De rosée

Tu as l'une des treize couleurs

Du sommeil

Quand tu dors

Mais que je ne dors plus

L'urine de la nuit empèse ton murmure

Elle vient sur tes lèvres dans un mouvement

De chatte

Et tu es tout son territoire

Gouttière

Chaton

Fauteuil

Tu es

Le peu importe

de mes poèmes 

 

 

16 juillet 2014

Je suis prêt

Je sens à nouveau la respiration de la brume intime
M. remue comme la nuit ancestrale
et ses mouvements pareils à ceux des messes noires éveillent le volcan obscur
Le souffre d'éternité me monte aux prunelles
Je reprends le massacre interrompu il y a longtemps
de ces gestes là pareils à des pleurs carnivores

Je suis prêt

l'ambition l'ambition de toute ma vie passée

bat en moi comme le galop des orages

et je réapprends le cri de commandement face au miroir
Perdu un matin où le désespoir en moi s'assagissait
Je dormais bien

et les filles ne pleuraient presque plus jamais
les filles de ce temps là précieuses comme des mégots fumés deux fois

mais le soleil aride m'était entré dans l'âme

et je demeurai vivant et absent comme arraché d'une prise d'opium. Ni tout à fait intoxiqué, ni tout à fait éveillé
Nous attendions l'instant du manque Pour retrouver la vieille figure tragique le masque des rites horribles
Cette lèvre déchirée toujours par un cri

(un cortège d'oiseaux de proie)

Je retrouve mon âme et ses cent-dix mutilations, comme j'aime les blessures, comme j'aime les corps coupants

je rêve d'une femme nue et tranchante

statue de verre brisé pour lui faire choses d'amants

ce fut mon péché longtemps d'allumer dans les yeux et les cheveux de gamines inertes de grands brasiers pour m'y jeter

ah le délicieux bûcher allumé dans sa propre ombre

le feu qui partout vous poursuit comme un miroir d'abîme.

Le vertige dans toutes les courses

c'est toujours mordre et crier

 

Je me souviens de mon goût jadis pour la gloire et l'envie que j'avais de la faire toute petite contre ma poitrine pour la déchirer en tous petits morceaux et sur chacun de ces petits morceaux écrire "MERDE".

 

Je vois :

Un lac
S'y décomposent des plantes d'eaux à mille feuilles
elles tourbillonnent dans l'espace aquatique.

13 juillet 2014

Danse des poètes

Je porte en moi un volcan affamé 

une lumière de tumultes bleus

toute la foule du monde

et sur nous la nuit avance semblable à un grand mât

j’ai senti parfois mon âme se fendre comme un glacier

dans un bruit d'orage

et la plaie immense

la béance articulée chaque jour de sa vie

la béance, chaque jour de toute sa vie

la douleur et la plainte

par où l'on dit "JE"

et la couture à jamais visible

et le poignard d'alors tremble encore dans le coeur

membre fantôme

il remue

ô ma douleur

ô ma mémoire

2 juillet 2014

Une morte

Ton visage la nuit crispée ô ton âme déliée flamme

Grinçait dans ma nuit

Le miracle la vie sortie de torpeur, salive épaisse de la lèvre ocre

Blancheur à la crête du Je

Le vent piégé par les algues et le crissement du sable

T’appellent là-bas ; tu ouvres les bras, c’est l’horizon.

Vertigineuses absences

Au loin les paysages, miroirs étreints de feu ;

La nuit gonflait comme un lac, hésitante

Les doigts tendus, dans la gorge roulait la mélodie transparente

Sur la peau calcaire, des larmes

L’ombre d’une femme

Ton visage dessiné dans les linéaments de la terre

La lumière et le drap et ta peau écumes pâles

De cette aube morte

La main jetée de tous côtés ton absence, ma vie

Les paupières pareilles à des ongles sales,  yeux noirs

De la boue sèche, grattée par le regard

L’odeur d’au revoir de la route fraiche

Des arbres creusés de sang

Et des près mûrs de

Plus rien ne te ressemble ô chère morte

Tous les fragments de toi retrouvent leur air de tous les jours

La lande n’est plus ta peau ni lavande ta bouche

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2 juillet 2014

Fumée beige

L'image de toi friable comme de la pierre sèche

Dieu mon dieu la minute-statue dans quel jardin déjà le soleil hardi
On vit c'est un jour de tempête
Le vent d'équinoxe dans des cheveux alphabet
Le bleu le jaune délavés des photographies
Comment s'appellent cet homme cette femme sans couleur
On ne voit plus les visages seulement la neige vide, un grand miroir aphone

Et tout ceci qu'était-ce déjà j'en perds mémoire, un rendez-vous manqué
Sur le bout de la langue
ce ne sera pas ce soir
Ce ne sera plus jamais le soir
Le vrai soir
Plein du silence de vivre
Les lèvres comme des ronces 

Un seul soir y vins-je le crépuscule remuant des. Ailes muettes
La lune bercée, mille chant d'ombres
On y plantera Dieu
Je germerai


Sur soi la nuit blanche
eau forte et douce
Aux figures froides
Le café ou bien le thé
Tu dis peut-être je ne sais pas
Et déjà je ne vois plus ta bouche en forme de
Peut-être ou je ne sais pas
À cette table
Il y a une place stérile
Comme un ventre vide

Ta place

Une image creusée d'oubli
Un grand vent disperse les lettres du prénom on cherche ses souvenirs dans le téléphone
Un mot s'écorche dans les cheveux
Les poumons vides, plus jamais

Monde abandonné
Feu de cheminée où brûlent les roses
Odeur de mai incendié
Sifflent les balles gémit la Seine
Contre le cœur, serrée, la neige fondue de toi

Le médaillon vide
Un trou dans la mémoire
De la taille d'un poème



26 juin 2014

soi même le monde.

Hier, prisonnier d'une insomnie sans délivrance je me raccrochai à tous les visages de ma vie ; alors à toi je murmurai les paroles que voici. 

il y a en moi un murmure qui dit la trahison

l'infini desséché que je porte en moi

mais

c’est mensonge

je ne me suis pas résigné à la forme attendrissante du réel quotidien

des jours de la semaine

l'etc du monde

Un matin de mes mains somnambules j’ai déchiré l’absolu

de mes doigts sévères 

les yeux hallucinés

j’ai déchiré l’infini

pour arracher le vacarme en lui

le vacarme en lui

travestissement

duperie

maquillage d'une femme vraiment laide

rouge et obscurité dans la lumière des soirs

trompant le désir. 

 

Un mouvement dément, une nuit, où les dents tremblent jusque dans le coeur

et l’on entend soi-même

pénétrant dans le temple

avec des pas bruyants comme des épées

une haleine de vandale

tordant les vieilles idoles

et sous la pierre de ces croyances mortes

une forme éclôt

neuve, inconnue

ô l’étrange miracle

les statuent elles aussi muent

alors

alors

un miroir

soi-même

le monde

l’infini.

16 juin 2014

Psaumes brisés

Le feu prend dans des coins de ma mémoire
Comme j’ai besoin et comme je réclame mes nuits ser-
-ties de plaintes
Ma chère douleur
Ô ferveur
Ô endroits d’ombre
fraiche et mure
Contre ta pierre absente, je me jette,
Bouche sèche, mains amaigries
Yeux agenouillés

Et la foi comme un volcan tu
Crachant une lave couleur d’alcool bouilli
La foi sortant d’un lit où le vin sacrilège
tache les draps


Dans la lumière nocturne, naît l’abside
Eglise, de souffle et d’haleine ;
Diable et dieu hachés
Dans le fleuve de ma gorge

Je prie
Les poings serrés, durs, à s’en briser les psaumes

7 juin 2014

Ses vices

Mais je comprends ton soulagement, la façon dont tu vis cet enfin, et tu préfères c'est hélas un très commun défaut, les chambres d'hôtel éclairées et régulières aux grandes aurores boréales succédant aux nuits terribles
Tu préfères la constance d'un monde toujours égal à ces grands sévices

Le feu te fait peur s'il ne sort du briquet ou de la cheminée
Un effroi te saisit quand la flamme monte dans l'âtre
Ce début d'incendie banni de ton coeur venu là comme un fantôme vengeur
Et le rouge et le jaune forment contre toi, un doigt accusateur, tremblant et maudissant
Mais enfin tout se tait soudain
La bûche brûle doucement
On dirait une comptine
Enfin, tu es tranquille, le feu est réduit à la braise et la cendre


Tu egrènes ta vie comme un rosaire, et sur le fil tu remues des perles de poussière
Je comprends tu sais
Je comprends ta peur
Et ton goût pour ceci
Les paupières à demi closes
La lumière à peine
L'obscurité toujours consolée par l'éclairage public
Mais je ne suis pas de cette sorte.
Je ne veux pas vivre comme une comptabilité

28 mai 2014

Mais jamais

 

1548157_10152211847658001_5300977239893464539_o (1)

Ah une amoureuse de l'ignition
c'est très bien, il y a au rebord des falaises de grands feux douloureux
où l'on peut crier vivre de toute sa gorge
et le ravage des mains et les ongles dépeints
la promesse trahie en franchissant les lèvres
le baiser truqué qu'on donne à cinq heures du matin
les bas filés, la jupe ouverte
par le septième verre de vodka arrangée
bu en en perdant le compte

Le ventre défait dans l'aube pluvieuse
les mains blessées contre les grands corps rêches
La cendre de la nuit essuyée contre le hasard
D'une rue pour la première fois traversée
toute sa mémoire déposée au fond
D'une bouteille de vin
- les tanins -

T'appelles-tu encore aux premières heures du jour
Tu t'appelles, froissements, sommeil, silence,
Tu t'appelles à jamais
"Oh, Ah, iH" s'il nous reste la moindre force
Tu t'appelles eau tiède sur le carrelage des salles de bain
Bruit dur des talons sur le sol
Claquement de porte

Parfois,
Café amer
Miettes
06 etc

Mais jamais

Battements de coeur
Crises d'angoisse
Impatience muette
Jamais
Amour

 

18 avril 2014

un soleil devisé

toujours étrange le parcours encore du fil de sa vie. On le suit la nuit, en rentrant de très loin, de si tard. et remontant le noir, évidant l'obscurité les orages etc etc etc c'est le jour retrouvé et l'aube d'abord et les roses la première fois (avant la menace des gestes et des amoureux)

Toute la journée je la passe dans des éclats de rire, sous ce soleil tendre et à moi seulement;
Au balcon, je dis je et encore je
je suis l'amoureux de ce peut-être et
souvent je m'obstine mentalement à etrouver la nuit à laquelle je ne parviens pas 
tu es ombre buée sur les vitres
mais déjà l'hiver passe
et le prénom s'efface
quelle tragédie
chaque fois je voudrais t'écrire comme on converse
dire bonjour comment ça va l''été passé je passai comme une ombre
un soleil devisé
une dent fendue
20 mars 2014

humanité

l'humanité reconnue

par où l'on tremble et pâlit
et
ce tremblement là
cette pâleur encore
l'humanité même

19 mars 2014

l'orphelin éclatant de rire

Quelle étrange voix ta voix, tu entres ici
c'est par le carreau brisé
je t'en prie, ne te coupe pas
garde encore intacte ta bouche
tout à l'heure il faudra la blesser en prononçant les mots d'avant
douloureux comme un souvenir d'orphelin
Tout à l'heure tu diras
les récitations anciennes
et le sens presque perdu
des mots en ruine et
les prières de jadis



5 mars 2014

ô versailles

On se souvient le mot d'amour blasphème au mot d'amour
Tous les matins de tout son passé
Ce n'était avant toi que la lumière changée 
Jetée 
sur la vie
Ampoule blanche bleue mauve
C'était toujours se regarder soi même dans le verbe aimer
Toujours soi-même
Le prénom Diane ou Marion
degré d'inclinaison du miroir et c'était je toujours contre la surface
Du miroir de poche du psyché dans la chambre
Un angle du miroir
Celles qu'on appelait amour
Diane Marion
On aurait pu dire
30° ou 70°
C'eût été même chose désigner
Au mieux l'amour alors
Un palais des glaces
Des reflets partout
Des reflets de je
ô versailles

 

31 janvier 2014

titre

 

Tout à l'heure l'emploi comme un feu refroidi ou sans danger poser les mains

siècle étrange et raté où le feu sans douleur sur la vie passe

âme ratée ce costume froissé

sentant l'obéissance et la fin de l'amour

un parfum éventré

30 janvier 2014

L'ombre s'aiguise

Bizarre le temps passé sur toi

le couteau froid sur ta gorge et ta paupière repliée

pour lui faire comme un parfum de sève

tu ne te ressembles plus aujourd’hui

et comment dis tu « je » encore avec ce visage là

depuis ce visage là

comment oses tu dire « je » avec cette figure ces yeux presque crevés et le violet perdu ah tu as dormi

tu as dormi quelle horreur

au moins quatre heures pendant la nuit

et à l’aube encore un peu même

des miettes

des miettes

 

non vraiment comment devant le miroir en passant tu te permets un geste dans les cheveux

tes cheveux le miroir obstinément répétant « tu toi » à cette paresse de ta vie

comment

je n’admets pas ce mot là sur tes lèvres

ce je

un mot du passé revenant d’une torture

ce je

revenu des routes de la poussière

revenu par ce chemin là entre les ronces et les pierres

et tu le prononces légèrement

en fumant une cigarette en buvant le café brûlant

tu dis « je »

comme on écrit « crime » à la une des journaux

un scandale bourgeois

on dirait que tu as tué

avec ce visage là

et tu es prête à recommencer arrête ce regard là tu ne me pièges pas garde le pour ton miroir effrayé

pour la rue les mots sales 

à force de dire tu à cette bouche déformée d’angoisse

ah tu dis je

comme c’est obscène ce vêtement sur ta vie 

l’horreur

l’horreur tu te souviens ces jours d’avant où les lumières de la chambre une à une cédaient

la misère alors et le froid de la chambre

le radiateur toujours éteint comme si la mort rodait dans les draps comme si

je te disais

dans l’obscurité glacée sur nous

je te disais

peu importe le nom sorti de tes lèvres

peu importe le nom dit

entrecoupé de ton gémir à toi

dans ce noir là était ce encore moi

ce geste sur toi

toute cette horreur vraiment pouvait on dire 

de ceci

« Jonathan »

ceci sur toi mon prénom à moi

dans l’ombre et le rien du tout ce monde pour les aveugles

Tu te souviens 

L’ombre l’ombre

derrière toi s’aiguise s’aiguise

23 janvier 2014

Le café brûlant

Bien enfin tu rentres
Je trouverai d'ici ton retour des poisons pour t'enlever
Des complices et des chambres sombres
Où hurler le prénom
Un endroit de sauvagerie ah enfin
Le café brûlant et la bouche sur la bouche.

3 janvier 2014

Les lèvres sales.

 

Je ne sais plus bien ce que je voulais écrire, ça a traîné plusieurs fois dans ma tête, chaque fois c’était autrement recommencé

peut-être le bégaiement des po-poèmes d'Aragon et ma la-langue à moi abstraite et tortueuse (delta éclaté c’est le fil bleu sur la carte d’Egypte, on le suit de l’ongle et le Nil brusquement se sépare et le doigt doit choisir son chemin entre tous les embranchements ou stopper sa course ; mon écriture est un de ce doigts qui refusa le choix et poursuivit les routes toutes en même temps, tu imagines l’étrange cohue dans la bouche, tu imagines les lèvres indécises l’étrange accident des sons tu imagines). 

 

Je parle une langue

dans une perpétuelle agonie

en cours d’anéantissement

une langue

de fragment

de théorème

et il faudrait y ajouter les formules mathématiques

la clé

de l’équation

mettre fin au mystère par je ne sais quoi

cette sorte de formule qu’on trouve la première fois en 4ème

le vertige immense (tu t’en souviens peut-être) le premier x mis à la merci d’une méthode et torturé jusqu’à l’aveu sa vérité son chiffre son matricule de BAGNARD

et

la béance dans le ventre quand x

bascule du côté des choses nommées identifiées 1 2 3 4 5 6 7 8 9 

comme

une lumière allumée dans la chambre d’enfant au milieu du cauchemar

la sainte sortie du couvent (visage enfin sans voile)

 

ah ma langue théorique inventée pour le ciel de la nuit

et demain j’en changerai

c’est un habit taillé à la main et ma langue

a des vêtements étranges

peut-être sont-ce des mains de femme

(ongles peints vernis et toute la douceur du monde)

ou un peu de soie fanée

 

Ecrire

(je devrais ici ajouter les italiques  prétentieuses, les italiques du concept inventé, écrire en la langue penchée sorte d’hébreu prénatal et tout alors aurait l’air d’importer on pourrait écrire

pâtes

ainsi

et l’on penserait à autre chose autre chose que le blé tordu dans les machines et l’eau bouillante

autre chose que la faim à peine consolée

autre chose

ce serait

pâtes

mot sortilège

formule

et tout autour serait réduit

à ce mot là

tout alors n’existerait qu’attraction répulsion de ces : 

pâtes

soleil d’occasion

à la gravité insolente

et l’on a encore faim

le soleil ce n’est plus ce que c’était)

 

écrire et pour ceci partout j’élève de petites scènes

un prétexte quelque chose où figer la voix

une cible

c’est une cible, un endroit à viser atteindre percer de cris

enfin un public et le cri le cri tout puissant

on s’en souvient on naquit jadis avec ce cri là

jaillit

écrire face à ce public

fut-il virtuel

une pensée

une image

(déformée par le miroir

un autre moi qui me ressemble

vieille photographie cornée

on ne sait dire le prénom

on bute sur sa mauvaise mémoire

sur les traits changés

on bute

avait-on en ce temps là

-c’était un temps maudit peuplé de jeunes gens baroques-

un frère un jumeau

un autre soi

prisonnier des glaces

l’air encore heureux

la vie c’était une autre vie

qui fit chemin dans ce visage là

la bouche on reconnait le goût des baisers

bientôt

ceux qu’on prononça donna reçut

on ne sait dire

la mémoire la sale mauvaise mémoire

et le passé était-ce un rêve

dérangé par le réveil-matin d’aujourd’hui huit heures)

 

j'écris pour ajouter de l'ombre à la nuit et trouver un refuge de noir un crépuscule étrange un oeil noir de fille ou plutôt son maquille coulé le jour qu'on l'a trompé

c'était il y a longtemps une rue un sourire et le verre vide et la bouteille même déjà, c'était une nuit froide à fuir comment était-ce déjà le nom du cauchemar jadis

Ah l'angoisse, c'était l'angoisse avec ses caractères glacés (rutilants, une guillotine)

on fuyait ceci

avec les mots dans la nuit

avec la bouche ouverte pour y faire de la lumière

(Barthes dit la parole est un langage brûlé, non pas brûlé mais en train de brûler, une consomption si tu veux)

pour mettre le monde en feu

comme imagine, toi IMAGINE

une grande forêt incendiée (et le spectacle retient le pyromane

prisonnier de son geste -crime et oeuvre en même temps- c’est ce peintre anglais insatisfait à la fin de la toile, il y manque quelque chose c’est du sang de la vie de la chair il dit et va chercher dans sa cuisine un hachoir, il tranche sa propre main et l’accroche à la toile « enfin » il dit c’est toujours lui qui parle c’est cette voix de fou et Van Gogh loin là-bas dans son siècle rougit de honte c’est trois fois plus d’audace que je n’eus -étrange comptabilité des peintres et des fous)

le hurlement sauvage du désastre

oui l’enfer

on dit

l’enfer

parce que

 

Je ne parlerai jamais une langue audible

prisonnière des définitions concepts immobilisés

d’une des deux mille cinq cent cinquante sept pages du dictionnaire

JAMAIS

une langue intacte comme une

morgue

jamais

les mots banals

trahis

ceux dont on fait les « bonjour madame »

les « combien ça coûte »

« comme il est mignon »

les mots de tous les jours

fatigués

de passer en hâte de bouche en bouche 

de siècle en siècle

ah tu remâches toi le chewing-gum passé entre toutes les dents

le chewing-gum craché ramassé toujours ce geste là d’horloge

toujours ce mouvement des morts

et moi je ne meurs pas pas

Il y avait cette fille

Diane son prénom c’était Diane et je me souviens elle vivait dans cette langue atroce

cette langue de tous les jours

le parler banal

elle parcourait la peau le corps comme tu fais peut-être d’un digicode

cherchant dans le râle une réponse

le bip

le « d’accord »

et pousser une porte

un corps pour elle 

c’était la même chose

c’est

le vide

toujours

le vide l’absence

derrière ces portes ouvertes avec ces mouvements là

et mon dieu j’avais peur en ce temps et c’était février dehors et les arbres toujours nus et les journées à peine rallongées


J’allais dire les mots comme il faut

j’allais me laisser distraire de moi-même

être pris au piège du langage du papier journal

les « ah c’est ceci cela c’est très intéressant et quand est ce que etc » et puis pourquoi faire il y a la télévision tout l’ennui quotidien les salles de classe avant

alors je continue je porte ma voix à moi

théorique

je t’ai dit je l’invente chaque fois et je ne dis pas

je tente de dire

tant mieux si l’on est compris et autrement

tant pis on a craché du ciel

son ciel son propre ciel

pris à aucun autre

tout est tentative 

tentative de correspondance

entre le dedans et le dehors entre

ces bruits sans pensées

le pouls de la langue c’est :

(le pas des gens rêvés

tu les rencontras je suis sûr

ces gens là

aux visages inconnus beaux comme la fatigue

au coin du rêve

c’était avant les sursauts du matin

avant la sonnerie du téléphone portable

avant le retour de la ville

les vrombissements les moteurs

la pluie sur la vitre

les pas des enfants

et sous la douche

sous l’eau tiède 

-qui ne chante pas-

tu tentes ce visage là

le recommencer avec les gouttes d’eau sur l’émail

tu tentes sa reproduction

choisissant la mèche 

brune ou blonde

et tu ne te souviens de rien

ni les yeux ni la bouche ni la voix

sauf peut-être

la semelle et le bruit

contre le pavé du rêve

de ce pas là

toute la journée dans les sons du monde

tu cherches la trace

le reflet

un débris

rien

)

 

 

La nuit souvent les gens paraissent des ombres

et par quel miracle

atteignent-ils à la densité des êtres humains

un prénom

un mot échangé

un de ces mots décisifs

un mot

en italique

avec la bouche dite

(pensée amusante) 

des éclats de rire et le vin renversé à quatre heures du matin

c’est étrange

les lèvres tachées de voix de ces autres

ombres presque humaines

et le danger là-bas un soir c’était Claire

Un autre c'était VOUS

un soir je veux dire une nuit il était l’heure 

où l’on hésite

recommencer ou pas

croire ou finir

et l’ombre au matin s’évapore

c’est étrange cette rosée de gens

séchée par le soleil

(ou les phares d’automobile ou les bruits de métro

ou toutes les choses là en attendant)

tous ces prénoms de fille agglutinés en moi

ce grand creux d’ombre

et souvent je nomme en souvenir

et c’est la première fois que je fais autrement

souvent je nomme en souvenir

dans mes phrases dédaléennes

souvent en souvenir je les nommes

C.
D.

E.

M.

comme le langage crypté par quoi on désigne 

les stupéfiants

et je me souviens

LSD

c’est

les visions le soir dans la forêt de Rambouillet

(nous marchions Valentin Louis Yan MOI éclairés par les pierres pâles)

et les trois prénoms en désordre de Diane (Diane Sarah Lise)

autant de cheveux décoiffés

le matin après

après les gestes saints

et puis saints encore

et enfin

païens

athées 

débaptisés

crucifixion renversée

les gestes de l’hérésiarque dans l’église

le rire les larmes quand il remplit la coupe de cendres et de salive

les genoux jamais fléchis

libre comme une femme divorcée

 

 

 

 

 

 

Je dis souvent

vieillir ne me ressemble pas

comment pourrai-je devenir moi

avec ce je porté à ce point d’incandescence ce je

comme une flamme toujours refleurissante

c’est le printemps du feu toujours autour de ma bouche

comment pourrai-je moi vieillir et ne plus croire

en l’infini aux soleils convulsés d’aimer

comment pourrait-elle finir la vie avec ses syllabes

impromptues son sens neuf

avec mes cheveux à moi et ma voix à moi

non jamais un regard de vieillard ça ne me ressemble pas et pourtant

je ne crains plus le noir

à quel moment était-ce

les lumières éteintes et l’indifférence

aux formes aux bruits devinés

dans l’espace clos menaçant jadis

ah revenez peur d’enfant revenez pensées effroyables

revenez par pitié rendez moi l’effroi des premières fois

quand

dans ma bouche les dents fragiles mortelles

mâchaient avec difficulté les morceaux de la vie

on se retourne un soir tout à fait 

on refuse de travailler et personne ne nous croit à ce point inapte

aux habitudes (LA VIE MUTILEE 50 HEURES PAR SEMAINE)

on refuse pourtant et le monde le monde entier

l’univers

avec

les barbelés

de toutes les galaxies

et l’étoile la plus lointaine

lointaine au point d’être morte avant d’arriver

te pousse jusque là bas

tu résistes en serrant tes dents d’adulte

tes dents

je dis mes dents de loup

alors il faut déchiqueter la réalité

partout répandre la maladie

la rage qu’on a 

 

et pourtant

on a vieilli au jour où le mot 

artiste nous effraya davantage

que le noir complet

 

 

 

Et après tout ça quoi dire

rien on a gorgé le monde de soi-même

Aragon : « Je suis plein du silence assourdissant d’aimer »

Après

face à ceci

on est le public paralysé

comme devant le spectacle dodécaphonique

cette musique sans faire exprès de la musique

du bruit partout envahissant à ceci semblable ma parole

et ainsi je vis ainsi j’écris

la forme ininterrompue jusqu’au sommeil

ah

je te joins je crois des poèmes d’Aragon qu’on trouve sur Internet

sinon lis si tu veux respirer des fleurs inconnues

si tu veux savoir l'odeur jamais racontée par personne :

la mise à mort

théâtre/roman

lis aussi Aurélien pour pleurer ça fait du bien

et puis ses poèmes :

Les poètes

Le roman inachevé

Le fou d’Elsa

c’est beaucoup

c’est vrai

 

Puis il y a Guyotat à lire aussi le formidable Eden, Eden, Eden

mais il y a une vie à vivre (hélas ?) avec des formes mouvantes là bas

du vin à boire 

et peut-être lire c’est vivre ailleurs

je crois

mais c’est vivre dépeuplé de sa chair

asséché de son double mortel

c’est vivre dans une cave où entre le soleil

pur certes mais à peine aussi et

il y manque les baisers

qui sont aussi des soleils purs

28 décembre 2013

Des mains glacées dans le miroir

Le vertige parfois prend des chemins inattendus.
Un visage inconnu la nuit
Des mains glacées sur un miroir
Trois phrases sans verbe
(J'écris pour dire un étrange ailleurs, la promenade des mots à travers un Golgotha imaginaire tout est croix et nuit ; je parle longtemps avant de parvenir enfin hors de l'eau, du reflet, de l'image fragile mais quand enfin parvenu à la surface des choses quand enfin la brume se dissipe voilà le soleil suant comme un silex entré dans
Un cœur amoureux-le premier crime passionnel)

Et entre nous tu dis 
Il y a toute une époque et un pays entier de neige alors je réponds
Nous pourrons donner des mondes à voir (plus jeune j'eus dit des enfers mais on change son goût à force de vin et de drogue je crois ; on se plait soudain dans le ciel peuplé d'orage et les éclairs intacts entrent dans les yeux)
Tout prend alors un parfum d'enfant de neuf ans
Ce n'est plus la chair le sang le foutre
Mais
La nuit l'angoisse le feu
Il n'y a pas d'âge pour avoir faim d'infini
C'est tout ce qui m'importe au fond
Que dans ta bouche luisent ces dents là
De diamant
De louve en chaleur
Des dents qui déchirent la réalité et laissent
Dans le jour
Une plaie profonde malade un soleil en chantier
Un crépuscule peut être je cherche ceci
Dix huit ans c'est joli ça sent
Mon dieu je cherche dans mes cheveux cette odeur là et par miracle je la retrouve
sous les ongles
Quand la nuit parfois et bien on fait ceci cela jusqu'au murmure au cri
C'est encore le vin la drogue on dit merci et une autre fois peut être 
Puis on crache 
On est libre. 
Alors 
Alors et bien je ne sais comment on peut vivre comme j'écris moi
Il faut fuir les hurlements
Les démangeaisons des fous des loups (dans l'asile un jour je vis un de ces fauves au pelage ras aux yeux mortels vêtus d'une camisole ; et qui peut dire s'il s'agissait de l'hallucination d'un dément ou de la vision d'un loup alliené)

19 décembre 2013

Enfin

Mais pourtant encore tu cherches et tu veux ce sourire là sur ton visage

cette chose comme un mot

on dirait un "je t'aime" au bout de sa course

un

un

peu de la terre natale

de l'

Enfin

la nuit achevée par le jour

le jour plus jamais cru

moqué dans la nuit

sali en propositions infernales

en superlatifs 

Oh j'aimerais dire

"je suis ce jour-là"

ce jour des bords de nuits

ce jour des fins de l'hiver

ce jour de dégel

"je suis alors viens"

mais je suis d'une autre pâleur

je tiens de la bouche mûre sanglante

une flamme petite minuscule

toute infime 

Dans la nuit fleurie

Hélas

Je suis seulement là

à ce point de feu, un début de brûlure (une étincelle, l’intention du pyromane le soir dans son lit) et la pluie tombe déjà (sonne le réveil vient le sommeil), tu as entendu cette nuit

Il a plu

L'incendie n'a pas transformé le crépuscule en jour

l’éclipse n’est pas la nuit

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  • une fleur qui a poussé d'entre les lézardes du béton, un sourire qui ressemble à une brèche. Des pétales disloqués sur les pavés à 6 sous. J'entends la criée, et le baluchon qu'on brûle. Myself dans un monde de yourself.
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