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boudi's blog

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23 juin 2011

Le départ parfait.

Bien sur, vous attendez, le poing qui s'en va fissurer le miroir, la pluie qui vient effaçer le prénom inutile, la peau qui vient vous expliquer. Non. Non. Elle vous explique. C'était calme, c'était doux. C'était. Ca n'était pas comme ça. C'était sous terre. Sous peau. Je ne sais même pas si c'était. Taisez-vous. Je ne veux plus de questions. Les pierres par la fenêtre, ouvrent grand leurs oreilles. Il n'y a rien à entendre, il n'y a pas de bruits, il n'y a que des murmures, que ses murmures "Si je te laisse seule, maintenant, je me laisse seul aussi". Il n'y a que des nuits sages, des lumières faibles, ses cheveux qui coulent le long de mon épaule, ma main qui cherche son front, l'odeur des filles, il n'y a pas. Taisez-vous. Ce que vous attendiez. Le plafond laisse dégouliner ses curiosités. Non, retiens-tout, je ne veux pas, de ton liquide curieux, impatient. Il n'y a pas de violence. Retiens ton humidité, je n'ouvrirais pas la bouche la nuit, tu ne m'atteindras pas. Rien de ce que vous attendiez. Juste son sourire derrière ces petits airs de petite fille, des petites mains qui regardent les miennes, juste un silence poli à travers les draps, juste un baiser pour la nuit, juste des yeux qui ne sont pas perturbés par une frange trop longue et insolente. Il y'a juste, des choses qui s'ajoutent, qui se déplacent. Il y'a juste, son amoureuse, et son sourire que j'imagine se mélanger sous les doigts de Doriane Il n'y a pas. Elle dit peu. Elle a le silence épais. Il n'y a pas. Jusqu'au départ. Il y'a le départ. Taisez-vous, laissez moi finir. Il y'a le départ. Là, je dois réussir à l'écrire. Il y'a juste la violence du départ, caché. Pourquoi. Je ne comprends pas pourquoi. Laissez-moi l'écrire. Laissez-moi me dire que vous ne me lirez pas. Je ne comprends pas pourquoi, partir. Partir comme ça. Non, je ne peux pas. La gare est inondée. Les visages sont en attente. Les vitres du train nous regardent. Les costumes des hommes se déchirent. Les souliers des petites filles ont les lacets défaits. Les rouges à lèvres s'écaillent. Les salives retournent dans leurs gorges. Le ciel passe son œil à travers des gouttes de pluie d'argent. Les braguettes s'ouvrent. Les mains se cherchent. Les corps sont en attente, haut perché, ils nous scrutent. Les ampoules se cassent, en silence, leurs débris s'écoulent dans les décolletés. L'hiver s'éteint, s'installe, tranquillement, il attend, le moment venu, il attend, c'est son film, son histoire, son manuscrit, son scénario. Il prend son temps, il nous regarde, il s'impatiente de son moment. Les parfums sont brisés, les amoureux se séparent, les ventres se tordent de nervosité, le vent suit notre mouvement, inconscient. Pourquoi je suis parti. Pourquoi je suis parti comme ça. Les hanches se brisent. Les trains attendent de démarrer. Les valises se vident. Inconscient, je suis inconscient, de partir, comme ça. Non, je ne peux pas. Laissez-moi, attendez, je n'ai pas fini. Je dois pouvoir l'écrire. Je dois pouvoir retrouver. Partir, comme ça, pourquoi, je ne peux pas, c'est impossible, je ne peux pas m'oublier à ce point, je ne peux pas nous oublier, je ne peux pas. Alors pourquoi. Qu'est-ce qui me prend. Qu'est-ce qui me prend de partir comme ça, avec ce sourire, avec ce calme. Avec ce sac sur mon épaule qui s'attarde lourdement, ses cheveux décoiffés, ma frange qui ne se met pas en place à cause de l'humidité de la pluie, ce manteau sage qui tombe, mon parfum qui ne se remue pas. Partir, comme ça. Calmement. Pourquoi. Je ne connais pas mon rôle, je ne reconnais pas mon texte. Je ne devais pas. Je ne devais pas jouer ce rôle là. Moi, je devais jouer la force, je devais recevoir la gifle, je devais ouvrir les bras. Comment ça se fait. On s'est trompés. Pourquoi. Rendez-moi, mon texte. Je ne suis pas dans mon jeu là. Le décor va tomber. Moi, je devais. Alors pourquoi je ne le fais pas. Pourquoi je pars comme ça. Il y'a un problème, on s'est trompés. Revenez, donnez moi les mots, les phrases, donnez-moi l'ivresse, donnez-moi les pleurs qu'il faut, donnez-moi le visage qu'il fallait. Pas celui-ci, pas celui de l'indifférence, pas celui du départ indifférent, pas celui que j'ai en ce moment. Donnez-moi les gestes, de la puissance. Ceux qu'on m'avait réservé. Attendez, ne partez pas, et vous, les trains, ne démarrez pas, attendez, je vais trouver, quelqu'un qui pourra me donner, mon rôle. Mon rôle qui m'était réservé. Attendez, non, ne partez pas. Je n'ai pas encore fait ce qu'il fallait. Redonnez-moi les baisers qu'il faut, l'événement que j'avais inventé. Restez, ne partez pas, je vais trouver, faites-moi confiance. Pourquoi je pars comme ça. Ça ne fait pas partie de la scène. Je suis peut-être trop dans le désamour. Je suis peut-être trop dans la politesse. Je suis peut-être trop dans la politesse. Pourquoi. Vous, Madame, tendez-moi un texte qui bout dans les entrailles, une phrase, un geste. Venez. Partir comme ça, ça n'était pas pour moi. Partir, comme si, j'allais la revoir demain. Comme si, je ne l'avais pas aimé. Comme si. Alors partir, dans un rôle qui n'est pas le mien, avec un texte vide, partir, la regarder, savoir qu'au fond, on ne nous a pas enseigné, ce qu'il fallait, mais savoir qu'au fond, on savait, que le calme était déguisée, et dire ensuite "ce qui me manquait c'était le départ parfait

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21 juin 2011

Peindre le silence

 

Ecrire, mais c'est avoir, au lieu du sang, une voix rocailleuse et froide qui vous murmure toujours si bas, si bas qu'on croirait une chanson secrète, comme une prière venu de dessous les ruisseaux, comme un poème que les morts invitent avec leurs mains de transparents.
Ecrire, mais depuis la naissance, ça se multiplie dans les cheveux, ça prend racine au milieu des ligaments dorés, dans la ligature de l'os ancien, le déchirement de l'audace, ça pousse sous un soleil maladroit que la lumière décline en milliers de taches et de soupirs entre les volets mi-clos d'une bouche muettes. Les histoires c'est terminé, les amoureuses de vingt à trente ans, je les ai clouées dans mes paumes, et on les appelle les stigmates. Camille, Lucie, Loriane, Emma même. Blessures de rien, vous avez les cheveux des collines du Nord, ils tombent sur vos hanches par bouffées, et dessinent à vos gorges des dimanches de sommeil, l'été s'y repose, et les lucarnes de minuit sont noyées sous la crème de midi.

 

Il y avait Margot qui faisait mon mardi, et Lucie mon lundi, il y avait des prénoms d'almanach pour nourrir l'immense orgueil de mes vingt ans, de posséder des femmes si belles que mon rire les fanerait. Julie faisait Jeudi contre mes dents avant de déplier son mètre soixante-dix-sept sous les regards inquiets d'un photographe de mode, avant de coincer ses jambes sous l'objectif d'une ambition. J'entends encore sa démarche orchestrée par le déclic, le diaphragme congestionné, les réflexes éduqués, j'entends son pas soulever des filaments d'ombre, et le déclencheur de la nuit quand les cheveux descendaient jusque dans ma bouche.

 

Je suis une racine mauvaise qui se mâche sous les lampadaires avec un peu de jus d'étoile pour désaltérer les pulsions nerveuses des jolies, j'ai dans les cuisses plus de fureur qu'une troupe de traînées, et plus encore de vertiges sous ma cerne que les verres de vins des putains de l'Est. Si les filles aux yeux trop beaux, m'écrivent des choses de malheur, et que leurs mains paraissent sous mon costume graver des muscles, c'est que la nuit, je prends une position de constellation, que je me mets à ne plus résister à la foule des déchirements, à la puissance ravageuse d'une mer grondant de cent mille marins amoureux de son insouciance. Quand Marianne venait, sous le drap de mon corps, la première nuit, elle ne savait que mon corps de jour, ne savait que mes yeux de midi, ne connaissait que ma voix d'usage, mon teint encyclopédique, et quand la nuit pour nous garder du vent glissant, nous encombrait de son imperméable d'ombres, tous les silences du monde, toutes les craintes, et toutes les hontes du dehors, refluaient dans moi, et tous les sens de Marianne virent, étourdis, la toute puissance d'une folie aux yeux graves, à la voix de sirop d'aube. Marianne me sut dans la lumière trouble de mes cils durs comme des serres, sut les taches de boue qui couvraient ma voix de symboles menaçants, et tout mon être gonflé du sang des astres. La veine qui bout à ma tempe, et que je garde secrète sous mes boucles d'infortune. Qui peut voir, avant que la nuit n'ait bercé tous les fragiles, ce que ma poitrine contient de monstres, ces milliers de petites bêtes qui font des bruits de portes quand ils échappent à la surveillance du matin. Qui peut savoir, que sous la croûte de ma raison, se déploie un monde de l'intime, du scrupule, du vice, un monde où j'ai commis toutes les violences, où j'ai vu toutes les guerres, un monticule interne qui donne vue sur le scandale, les habits troués, et les corps déchirés.


J'ai mangé les verres d'alcool pour y trouver du bleu, j'ai cherché dans les terres monotones, un cri de révolte, j'ai creusé les toits avec mes ongles, la terre avec mes dents pour y arracher ses souvenirs qu'on dit des morts. J'ai voulu voir les étoiles trembler de froid en me couvrant du ciel. J'ai rangé à l'intérieur de mon ventre les vagues épuisées par la mer, qui déposent sur la grève leurs bouches noyées d'écume. Leurs crêtes flamboient mieux dans ma voix, quand sur le tard de la Vendée dans le toussotement de la lune qui toque au verre de ma venue, j'invite Aragon, à nous montrer les douze toises qui lui firent l'alexandrin un remède et un poison, quand dans le lit petit, je ferme les yeux, et que le ressac du jour crée une averse d'images iodées. Dans la Vendée, j'ai vu tes yeux Lucie, j'ai vu tes yeux quand je fermais les miens et que la nuit, tu sais, me dépossédait de l'imagination pour faire de ma paupière un cinéma muet.


J'ai su ta voix Camille, quand les gens dansaient, et j'interrompais mes gestes pour savoir la tendre folie que tu émanes, depuis Paris, je me disais le vent colporte la chanson de ton pas, jusque sous le toit mal famé d'une grange, entre le Würder de Tellemann et le vin de messe. J'ai entendu ta grâce de coquelicot chanter avec la pluie, et j'ai souri à ta venue quand le monde se réfugiait sous le porche, en voyant le ruisseau clapotait de ta présence intimidante.


Et Anja mon stigmate ruisselant, ma belle aux yeux gais, quand sous mes dents craquait le caramel des sucreries, je pensais à tes os qui sous l'assaut répété de mon désespoir, murmuraient comme des quatrains Oh l'ivresse de ma mémoire, oh l'alcool d'eau fraîche de tes parfums, Anja, Anja et le soufre de tes yeux noirs qui m'entourait le corps, quand les robes bleues, roses, jaunes, ou noires dérangeaient ma mélancolie... Ce chant d'enfant à la voix pareille à mes songes, tu as dans le regret hérité une crinière d'ombre, et je me disais dans la Vendée aux murs de pierre, aux chemins butés de passé, outragé par le présent, je me disais, ton regard me manque quand je pose le mien sur les corps sans organe qui font ma géographie précaire, mes repères involontaires, ces corps de garçon, et ces yeux de fille, et dans la foule des bruits étranges, comme un ventre malade. Oh, A. tes yeux sont une nuit que les horloges sucent et recrachent en minutes. Ta main est un cri de ma paresse, et la décoction de ma peur, ton odeur. Aux heurts se boiront le vert, le bleu, et de ta nudité j'en ferai des rires. Si tu permets, qu'avec entrain, nous passions sur la Seine nos doigts, pour voir le courant d'une vie noyer les innocences. Glisser dans les cheveux de vase et les cailloux de grès, d'un sourcil de nuage. Oublier qu'une Marguerite passa sur ma vie, une nuit d'enfance.

 

J'ai fait des voyages, j'ai mélangé mes pas, j'ai oublié mon corps, je ne sais plus dans quel lit je l'ai laissé. Alors. Alors. Alors. Un temps. Vous m'excuserez vous toutes, avec vos yeux beaux, et vos mains d'amoureuses délaissées, je vais faire acte de courage, et j'irai dormir sur sous la tôle des terrains vagues, avec la grippe des mauvaises herbes, j'écrirai depuis mon téléphone que je brancherai dans des cafés. Je boirai ma jeunesse avec l'appétit des misérables. Camille, tu ne le sauras qu'ici, j'oublie le confort de tes bras, j'oublie la fatigue de ta nuit, et j'apprends le ciel noir. J'apprends l'audace, j'exprime le peu de mort qui se secoue dans moi, c'est à peine un fond de verre, à peine assez de poison pour faire aux chênes un automne.

 

Et toi, qui revient ici parfois, je t'aime, mais je t'aime très mal, presque avec indifférence. Comme font ceux-là qui oublient que les muses ont leur indépendance et les yeux bleus des corps. Comme font les poètes qui creusent la vie avec des danses immobiles, quand les autres la font avec des pas militaires.

 

Je marche dans des rues où la vie penche

La nuit bat des paupières sur les bancs

La faim et la soif y secouent leurs cheveux blancs

Les chênes frémissent ma voix tombe sur les hanches.

 

Je marche dans le noir, et j'ai du jour plein les poches
Une cigarette brûle, c'est l'étoile de ma bouche
Le ciel de mes cheveux.

J'ai de la nuit à m'en faire une échoppe
Et un corps de marchandises.

 

On court le jour, on brûle la nuit
Et les belles images n'en finissent pas
De boire à la sève des hommes.

20 juin 2011

;

J'ai la vie pleine de larmes.

16 juin 2011

Mes pas dans la nuit

Tu es belle, belle, belle.
Oui je te tutoie et je fais de petits rien avec les mots d'enfant. Un langage si petit qu'il ressemble aux chants ou aux peurs de jadis.
Qu'importe, qu'importe.
J'ai vingt ans, il me reste plusieurs éternités à épuiser ce soir, à faire rompre contre mon corps dur et en colère.
En colère contre le ciel jamais assez haut et les baisers trop vite las...
A vingt ans, on découvre le sentiment, le sentiment gigantesque, avec ses forêts de drame et ses incendies : la haine. La belle haine, fantastique, avec ses animaux de toutes les couleurs, ses lacs où mille fois je me jette et me reflète
Vingt ans, et tu es belle, belle, belle, de l'autre côté du siècle où tu es née, et de la mort rôdeuse délicieuse déjà autour de toi.
J'aime ton parfum, ton parfum de brume et d'haleine de la mort.
La mort oui que tu croises parfois sans savoir, à côté de laquelle tu couches et qui de ses gestes obscènes et somnambules parfois te touche.
C'est le secret de tes yeux, les doigts de la mort sur tes paupières.
Belle, belle, belle
Donne moi ton prénom pour les murmures de ma nuit
Pour les cauchemars de tout à l'heure
Pour l'ivresse du vendredi soir
Quand j'irai dans les cafés
Le chanter
Accompagne moi s'il te plaît
de ton prénom dit
murmuré
comme sur un violon
Brisé par l'amant

jaloux.

16 juin 2011

Peu importe les révolutions, les comme vous ça saura toujours refaire des habitudes.

     Je ne suis que roses, chants, pétales et paroles dans un siècle sans émoi. Je passe dans mon vêtement de fantôme, sous ces narines bouchées, ces oreilles mutilées et ces yeux crevés. Ne vous retournez pas, je me rends à la nuit, les mains liées d'un bourdonnement des fièvres passagères.

     Parce qu'un jour certainement, dans les débris de soufre de ton ennui tu repasseras ici. Tu repasses parfois, et ce fait des respirations très lentes à déployer chacun des gaz qui occupent les poumons et se compriment dans la bouche, tu mets du temps à les développer et les embarrasser de signes et de certitudes. Entre deux de tes respirations, j'ai le temps de m'endormir dans le repas de mes libertés, et de redécouvrir dans les chambres mouvementées qui m'accueillent d'autres visages, d'autres races, d'autres rages. J'ai longtemps cherché comment t'écrire, tandis que je n'étais plus capable de te voir, que toute ta réalité s'était dissipée sous l'encre. De t'avoir écrite je suis devenu aveugle à tes nerfs, insensible aux contours matériels de toi, et en disant de t'avoir écrite, je ne veux pas dire "m'être adressé à toi", mais aussi grammaticalement correct qu'est ma conjugaison, c'est à dire t'avoir résorbée en langage, t'avoir mis plus ailleurs nulle part que dans mes mots, dans la tanière d'un chant, et la devanture d'une rime. Ta matière est devenue inaccessible à la mienne, nous n'évoluions plus dans la même galaxie, sous le même ciel, nos corps, nos enveloppes ne sont pas régis des mêmes lois. A tout je désobéis, et aux ordres même des yeux clairs, clairs, clairs aux angles imprécis. Quand il arrivait ensuite que nous nous vîmes, j'étais insusceptible de t'apercevoir, j'avais la gêne angoissée de celui-là qui fait face à une morte et dont personne ne sait que la morte est à table, parce qu'elle a des gestes et des manies identiques à ceux-là de tous les autres. A ceux-là de nos souvenirs. Les mots ont des douleurs d'hiver quand je dois te parler, parce que ce n'est pas facile de s'adresser à une morte dont on a aimé les gestes, dont on s'est amusé à décrire les hiéroglyphes angoissants. Pas facile, le tard, au rentrer d'une soirée de croiser sur le XV ème le suicide ton geste sur la surface d'une route, et la gomme d'un taxi exhalant encore le regret de t'avoir déposée.

     On pourrait croire assez facilement que je t'ai aimée, que je t'ai mise dans ma poitrine et qu'après tout l'encrier, le lexique, et le coeur sont semblables pour qui se prétend du sommet et de la lie du poème. Qu'entre ces objets, ces muscles, et ces fantasmes, rien n'est différent que leur dégradation chimique, que la quantité de lumière qu'ils absorbent. Hélas, je t'ai plus méprisée qu'aimée, et s'il est vrai qu'il me manque de toi une étreinte, quelque chose solide, c'est que, mignonne, j'aurais voulu m'assurer de ta réalité pratique, du périmètre de tes os, de la souplesse de tes muscles. Cette étreinte remuait dans moi en tant qu'action physique ultime, geste d'amour, et de débandade, l'étreinte c'est tout ce que je peux consentir au corps en dehors de la poésie, je parle d'une étreinte sans pudeur, qui n'est pas litote de sexualité timide, c'est une étreinte en vêtements, une étreinte qu'on fait l'hiver sous la neige, sans dévêtir son corps de tout ce qui fait sa chape, son voile, son masque et finalement son symbole. Parfois, en me tournant, sur l'herbe sèche de Bordeaux, et trouvant ma ménade, je l'ai appelée de ton prénom, pour voir comme ce fait, des yeux bleus qu'une passion invoque.

     J'ai voulu t'écrire souvent quand, au sommet des tours, très profond dans les heures nocturnes, je balançais dans le vide mes jambes. Je voulais t'écrire "il est impossible pour le poète d'imaginer, quand il est minuit, qu'une clarté obéïssante puisse venir ronger ce ciel mutin ; je dois veiller pour m'assurer d'entendre scander les trompettes d'aurore et saccader ces nuages violacés de l'habit du bagnard, de voir cette bouche de paupière boire ces taches de vin, et ce jus d'étoiles".

     Il faut être toujours improbable, et à ta façon, sans que l'ordinaire ne le voit, sans chagriner le quotidien, tu es improbable, ton visage est improbable, ta folie est improbable. Radiguet répétait à Cocteau « il faut être précieux », et je sais assez bien être précieux, je vis sur la pointe des pieds, je ne courbe pas le dos, et j'ai le sourire qui proclame le refus. C'est quelque chose suffoquant, pour les nerfs sensibles que les miens, quelque chose qu'ils ne peuvent pas isoler, mutiler, et diminuer, et folie est là, avec ses serpentins de visage dont personne n'imagine les mains froides de répétition. Folie est là dans tes yeux que la géométrie trouble, et que tu ne regardes qu'avec détours, tu as été un objet amusant à manipuler dans le langage, un objet touchant et lumineux comme un jouet d'enfant qui dégage des bruits de guerre et des lueurs de phare. Mais je t'oublie, vraiment, et tu t'effaces, je ne me souviens que de ta voix...

     Mes jambes balancent toujours entre le vivre et le mourir ; cri et silence métaphorisés. Poésie silencieuse aux pas arqués dans le sable ; et chant révolutionnaire scandé sur le boulevard de l'amertume.

     Je ne cesse de m'effriter, les hautes falaises boivent le vent par leurs blessures. Les rivières qui coulent dans moi feront naître demain des jonquilles plus belles que le soleil. Ces visages inconnus auront changé mille fois d'âge, et l'on se souviendra d'un jeune homme élancé, qui n'a jamais pu dire oui aux obligations civiles, morales et athlétiques, qui a tressé sur sa bouche du silence pour le faire semblable à l'hymen pur du soir. Sur mes os je veux que des mains jouent du piano, et qu'avant de brûler de mon dernier soupir, que le ciel déplie des vagues abîmées par l'écume des nageurs. Si en rentrant, le pas ivre, de la fenêtre du taxi tu vois dans la nuit une tâche plus sombre que les autres, ce sera moi enfreignant les obligations du sommeil, du silence et de la mort, moi qui aura traversé ces strates d'une géologie imparfaite pour me manifester dans ma parure d'étole sombre.

      Je croyais tenir dans mes veines le discours de cent mille suicidés, et offrir à ces fragilités de la vie, à ces précieux fendus par le centre, un destin à hauteur de leurs cris. Et seulement, je suis un de ces échoués, la figure enduite de sable et d'argile, je suis pareil à leurs famines, pareils à leurs limites. La fêlure me vient dedans, je m'entends rompre, soyez attentif, le dernier poème arrive quand la voix rompt.

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10 juin 2011

Jusqu'à la dernière note, le piano mourra.

Des veuves de vingt ans portent
Le jour en son deuil gai
La liesse de l'accordéon
Se blottit sous les moiteurs
De la musique

Le ciel a joué ses arpèges
Jusqu'à sa dernière étoile
Et le jus du soleil
Emplit les poumons du chêne

Il est venu le jour noir
Avec ses paquets de soldat
Déposer sa gerbe et son minuit
Sur les parquets de désert.

J'ai cru voir Pablo
Chanter ses amours de mystère
Aux yeux immenses de midi
Noyées dans les mers du songe

Te souviens-tu, les hoquets
Des dix-sept ans
Qui sont les dents d'enfant, et
Parfum de marguerites

Les mèches de mon enfance
Sont un jardin assoiffé
De printemps.

Mon âge se décoiffe.
Te souviens-tu longtemps
La réunion secrète
De tes mains
Dans le chagrin
Des miennes ?

Le tablier recueillait
Les couleurs de neige
Des yeux gris
D'hiver

Te souviens-tu les débris
Réunis pour former
Notre jeunesse.

Notre âge est l'eau du désert.

Une seule minute
Dans le geste endormi
De l'amour qui tient
L'enfant aveugle
Aura suffoqué la nuit

Mes yeux déposent la rosée
Sur le front, sur les joues
Où dans la saison

Tu oubliais ton parfum

Il ne faudrait au décor
Qu'un peu de mort
Pour sembler un théâtre
A l'odeur d'enfant-âtre

Trois ans j'ai mordu
Des chansons aux reflets
De paupières renversées

Trois ans j'ai mordu
Tes mains de sureau
Et je n'ai goûté rien
De mieux que le regret
La couleur de la chaume
vague qui fait chauffer l'hiver

J'ai marché dans les rues
Où le quinquet pleurait
Des billes de lumière
Précieuses comme le feu
Du naufrageur.



Loin dans le paysage, tes doigts s'enfoncent pour faire des collines.



Oh, tu marchais toi aussi
Tu avais l'horizon pour
Te bruler les veines.

Les eaux sales de la nuit
Ont baigné tes mains
Dans l'auge d'une bouche
D'homme

Et parce qu'il te fallait un cri pour te savoir humaine, tu as marié ton corps à l'amour, et pendu ton sourcil au sortilège d'une pierre que les garçons portent sous la voix. Dans la brume défaite que le vent colporte en un message trouble, tu as choisi ton verre, ton lit, et ta liqueur. Sur le seuil de ces alcools, je suis venu poser mes lèvres, pour les tremper de cette liberté que ta grâce délaisse.

Je t'aime, je t'aime, je t'aime.

10 juin 2011

L'oiseau sans branches, l'oiseau sans ailes, respire sous l'eau le parfum du nénuphar.

Que reste-t-il de mes amours mortes qu'un tourment aux reins, qu'un peu de parfum féminin sur les vêtements ébouriffés de plis, que reste-t-il que des photographies en couleurs, et des souvenirs sépia, de nos caresses d'alors quelles blessures durent encore et font voir leurs brûlures dans les reflets des yeux à venir. Quels prénoms à maudire, quels prénoms de prières ? Camille, Loriane, Lucie, Maude, Elodie, Gwendoline, Emma, que reste-t-il de vos pleurs quand dans la nuit j'allais vous trouver des fleurs séchées, pour vous dire de la beauté des odeurs qu'elles peuvent durer toujours si on en retient le scrupule vieillissant. Que sont devenues ces charmes que je trouvais, dans les quartiers inquiets de la nuit pour en déclamer sur nos fatigues leurs rimes de pétales froissés ? Ces parfums qui semblables au souvenir s'exhalaient toujours du corps fané qui les enfantait. Que sommes nous devenus, qu'ai-je fait de vos rires d'enfants, qui gisaient dans l'ardoise de ma nuque, que la faim de la nuit buvait comme le café d'aurore. Je me souviens mal, des danses que j'arrachais au soir, pour faire trembler vos corps, et la mousseline triste et rose qui masquait vos cous, et que je décrochais comme un appétit trop souvent rassasié. J'ai oublié vos nudités répandant leurs cruautés dans la salle sombre de nos désirs. Qu'ai-je fait de mon talent ? J'en ai fait du droit, et quelques petits fleuves d'or, j'en ai fait des amoureuses de rien et de vide, aux corps de Loriane, aux gémissements de nacre. J'ai aimé des silhouettes de ne plus distinguer les âmes qu'avec mes lèvres myopes. Qu'ai je fait de la poésie qui me servait de coeur, de foie, et filtrait du dehors les mauvaises fièvres, et la vie maussade d'habitude, traînant dans son grand manteau gris. J'ai mis à mon poignet les montres à grands cadrans qui ébruitaient la vieillesse, et assagissaient la jeunesse. Que reste-t-il de mon cri halluciné, que je poussais dans nos adieux, et qui vous nouait le coeur dans un pleur somptueux ? Il en reste un bégaiement, une peur, quand on me dit "je t'aime", quand je comprends soudain, que l'on m'aime. J'ai fait cent fois en moi les conversations que je leur attache, et chaque fois, les mots viennent dans le désordre déçu. Les gens ne valent pas mes attentions, et doucement, dans la nuit je m'endors, parce que j'ai voulu les yeux bleus, j'ai du supporter les corps bruns, blonds, les pétales et la fleur quand je ne cherchais rien qu'un parfum pour traverser l'ombre étouffante d'hiver.

J'ai agité des gestes, jusqu'aux confins de l'âme, et j'y ai vu le vide, et j'y ai vu des nuits, j'ai agité des gestes, et j'ai retenu le dernier, l'ultime, pour vous garder toutes près de moi, dans une Cour d'éternité inquiète. Je m'en vais déjà, dans le crépuscule crépitant qui depuis vingt ans est mon partage, je m'en vais dans le tonnerre de sa main prisonnière des noeuds des audaces. Je me rends dans la crête de ses vagues qui se replient dans mon être, de ne sentir plus qu'en moi le dernier frémissement des marées qui les engendre, et de se faire de mon coeur le refuge maternel. Et les vagues me murmurent dans la mort qu'elles m'abandonnent, me murmurent encore "c'est l'odeur de maman, l'odeur de chaos, l'odeur de tout ce qui semble toujours finir, et qui de la fin, puise l'énergie souterraine qui fait les lacs silencieux, et les lèvres séparées des rivières et des fleuves".

Je ne sais plus comment contribuer à l'espace de quels torsions aménager le vide de tous ces corps en recherche d'amour, et ceux-là se marient, et ceux-là ont un emploi, et je vais dans ma misère, dans le café qui fermera plus tard, dénouer les liens des mots capturés par la vie. Je viens libérer poésie, mort, et soupirs, de la catacombe où la peur les avait encloses. Je ne veux pas de la vie qu'on me promet, de la vie qu'on me décide, alors, j'ai retenu longtemps la respiration, j'ai retenu les mensonges, retenu les sortilèges, retenu les désirs, retenu les orgueils, et de les recracher un minuit de juin j'ai offert au monde le crime et l'amour dans ce liquide épais au les corps humides répètent avec moi "voilà la passion".

Je suis né de toutes les caresses de vous Emilie, Marion, Lo', M., W., Francesca, je suis les gouttes de ces sueurs que vous preniez aux corps des étrangers, je suis l'expérience panique et liquide de la passion, le résultat d'expériences chimiques dans le laboratoire de vos désirs secrets mais rutilants comme des rateliers.

J'ai peur du futur, peur de ces nuits faites à chercher un toit, peur de ne pas trouver dans mes affections assez d'espace pour ne pas pleurer, et rire avec mépris de la vie lâche que je menais. Je suis fâché avec le monde. Et dans cette chambre que tu m'offres j'écris ces mots, je déplie les pages.

Je suis libre, j'ignorais que ce rendait aussi silencieux.

10 juin 2011

Poète de vingt ans.

Poète de vingt ans

Qu'as tu fait de ton talent

J'en fait des rimes à la bouche

Des amoureuses d'antan

J'en ai fait des roses de papier

Coloré du vin de minuit

 

Poète de vingt ans

Que fais tu du futur

J'en fais des rires d'enfant

J'en fais des fleurs mauves

 

Poète de vingt ans

Tu jetais de tes cris

Au temps le défi

De passer plus vif

Pour décoiffer le laurier

Que tu volais aux ombres

 

Poète de vingt ans

Par le temps assassiné

Je te laisse mes vers

Mes poèmes, et mes chants

Pour te faire dans la nuit

Qui est pour toujours ton refuge

Une berceuse qui durera toujours.

 

Poète de vingt ans
Qui s'éteint
Dans la flamme
Où brûle
Le jour.

 

5 juin 2011

Chez les Yézidis.

Quand l'insomnie se fait tendre et longue, que la nuit étend son ramage jusqu'au bosquet de ma fatigue, il me souvient qu'à Paris, je n'aurai à dormir nulle part ailleurs que sous des ponts. Il fait doux assez, et je ne mendie jamais rien. Ma fierté, ce sang Kabyle qui fait bouillir mes veines dans l'odeur âcre de l'enfer m'interdit les demandes. J'ai violemment tiré mon corps hors de chez Maude parce qu'elle exigeait à ma présence des étreintes polies dont j'étais incapable d'être le parent. Je n'irai pas chez les hystériques groupies. De ne pas vouloir me mettre à gueuser me fait du même temps interdire des amis, des amours, le secours attendu. Je dissimule à ceux qui pourraient me prêter un lit, une chaleur, un recoin ma condition, et je refuse de ceux parce qu'elles ont des sexes de femmes agités de prurit, la tendresse. Je quitte l'Irak dans des vêtements de prince, de grâce, et de beauté pour venir ici dans la loque du mendiant, du sans domicile, de l'avorté du plaisir.

Paris, m'attend, avec les bancs de ses parcs clôturés. Je laisserai mes affaires dans une consigne comme dans les temps d'avant, j'irai boire ce qu'il me reste d'infortune dans du vin tiré à minuit, je pourrai pleurer dans mes cahiers orange, en écrivant aux filles de mes souvenirs "c'est que j'ai cru que je pourrais vous aimer toujours".
Paris m'attend, et pour retrouver son ciel, je lèverai ma tête sous la chapelle ardente d'une nuit torturée. Ma chance s'est passée. J'ai presque froid.

27 mai 2011

Bagdad, première semaine.

Le soleil est devant la porte d'entrée. Il ne fait pas assez froid pour écrire dans mon haleine le prénom des amoureuses qui enlacent leurs amoureux à Paris, alors, dans le sable, sur les lignes obscures des cahiers, je trace vos prénoms de saintes. Toute la cosmogonie de vos yeux bleus qui pour m'avoir ému un jour, un mois, ont impregné leur odeur de chamaille dans le torrent de ma vie. Pour toujours je vous aime, de vous avoir enduré dans ma poitrine. Vous que j'eus dans mes étreintes, et vous qui vous y dérobèrent. Vous qui eûtes déjà des mariages en loques dans les mains, et vous dans votre solitude. A toutes je dédie mon voyage, à toutes je dédie ce qui me reste de vie à imbiber de poèmes. Je vous aime, et une dont je ne dirai rien du prénom, bien plus que les autres.

Je n'écrirai pas souvent ici, le temps a la mâchoire brisé, et je suis là pour en réparer les rouages muets. La nuit n'a jamais la longueur qu'on veut. Je me soigne de ce que la vie m'a fait, de ces choses sur mon corps qui forment des chemins de ronces où les doigts des filles se font toujours prendre. On m'a trop abimé, je l'ai déjà écrit cent fois, et la tête à peine hors des roses, les membres joints sur la chapelle des désespérés, je prie que toute ce crépuscule dans moi finisse par un matin mouillé. Je suis arrivé en Irak dans la nuit de lundi. Tout est silencieux à Bagdad quand passent les convois militaires dans le rythme liturgique de leurs chaussons cadenassés. Je me sens comme la nuit d'être ainsi sous l'ombre des fusils, comme la nuit qui traîne sous son pas excusé le silence des villes et le blottit sur les toits bas des maisons ouvertes. J'ai eu peu l'occasion de parler avec mon escorte, malgré mon goût de la conversation et de la rime amusée, leurs bouches ne servent qu'à manger et jurer. Mes mots ricochent contre les drapeaux. Les attentats sont réguliers, ils ponctuent les semaines mais n'atteignent pas les tranchées occidentales, notre "green zone". Derrière nos murs fortifiés, nos portes blindées, nos caméras infrarouges, nos jeeps tous-terrains nous ne risquons pas d'être tués, nous avons la garde d'un remblais d'adjectifs. A l'intérieur, partout sont des checkpoints. Le pays est très beau, pourtant, hors des barbelés, le jour. Nous avons déjà eu la chance de nous rendre au Kurdistan Irakien où Quentin a fait de merveilleuses photos.
J'aimerais rapporter plusieurs objets de cette expédition, j'en ramènerai au moins le souvenir d'une journaliste américaine avec laquelle je passe la plupart de mon temps hors de nos missions respectives, brillante docteur ès lettres à Paris IV, et amoureuse de Jean Genet (oui ses yeux sont "plein d'azur et d'étoiles", oui elle a la nuque que voilent des mèches blondes). Si je ne m'étais pas juré, depuis que je n'aime plus rien que des fantômes et donc des astres, de ne plus être dans les limbes d'une fille, j'épouserais cette Emma dans quelque chapelle faite de poutres, de désert et de nos silences. Hier soir, nous vécûmes notre première étrangeté intime, mon premier mutisme bouleversé. Parce que je n'ai pas pu l'embrasser même quand elle jetait suppliante ses lèvres tout en face des mes manies de poète, quand le silence est venu, qu'il fallait désormais trouver à nos bouches un autre usage que le verbe humide de matin. C'est un épisode commun de mon carnage depuis quelques mots de ne plus pouvoir me frotter à une existence réelle. J'ai abandonné une Elodie sur les bords d'un lac, parce que son geste était débordé de vulgarités ordinaires. Je suis prisonnier de ces muses célestes, de ma gestuelle rimée, je suis fidèle à mes amoureuses douleurs, toutes ces formes humaines que j'ai faites des personnages, je les chéris à l'exclusion de tous les corps humains, je ne recèle rien, c'est le tribut que j'accepte de payer à la poésie. Ma virilité est une force sacrifiée à la poésie, j'y consacre toute l'énergie à écrire. Plus jamais. Lucie dirait que c'est depuis que j'ai refusé le bonheur dans les draps de Sarah, Camille dirait que c'est depuis que j'ai réduite D. en poudre de mots sans jamais mettre en fonction l'usage organique d'un désir, Loriane me dirait c'est depuis mon cri d'adieu dans Grenoble, que mes impossibles stupeurs viennent de si loin, si loin que le prénom est celui de Margot, Lara, remuerait plus de terre encore de ma poitrine dénudée et me souviendrait les pleurs de Marion sur la courbe de Wendy, et moi, moi je suis plein de berges bouillantes sans contenir ce sang, ce geste, ce désir entre les digues plus prosaïques du désir et je ne peux pas embrasser Emma, je ne peux pas la caresser autrement qu'avec des lettres, j'aurais autremement la sensation de violer un interdit, de réciter le sortilège dangereux qui plonge l'âme dans le gouffre d'une certitude. Pour ne pas laisser voir cette impuissance neuve qui me couvre, j'ai joué d'un jeu que ma mèche brune de poète justifie et grandit, j'écris les mots des actions que son corps attend sur des papillons adhésifs, et je les lui colle sur les lèvres, sur l'abdomen, sur les seins. Là, j'ai mis "bouche", là "mains". "Je t'aime avec la pointe des mots".

De la grande histoire de la Mésopotamie il reste de la poussière, je ne sais pas si l'on peut reconnaître la grandeur passée d'une civilisation à la quantité de poussière de ses rues, de ses déserts, si c'est le cas, l'Irak est une grande civilisation dont témoignent ses poumons de cendres.

Je fréquente aussi quelques militaires. J'écoutais hier soir, un jeune capitaine me raconter son évasion d'un camp d'insurgés. Revenu à Bagdad après avoir serpenté dans le désert et la soif, il souffre de platitudes et regrette l'aventure. Il a peur que la guerre cesse, de revenir aux bruits des automobiles sur le bitume, à l'ordinaire de sa Californie. Tout est fini, quand il voit la caserne se vider, quand il entend le pas des pelotons qu'on ne relève pas. Le sommeil de la guerre. Le problème se pose plus loin que pour ces soldats sans destin, sans futur, elle se pose pour toute une jeunesse qui, ne se doutant pas qu'il existe des guerres internes, des prisons internes, des évasions internes, des dangers mortels et des supplices intimes, qui, ne sachant pas ce qu'est vivre, n'en a qu'une idée accidentelle et ne croit plus vivre puisque les circonstances ne lui en offrent plus les moyens. Ce sont tous ces gens qui vivent leurs relations sans cruauté, sans passion, mais parce que parfois une joie les saisit, une douleur les morfond, parce que dans un restaurant, dans un magazine, parce qu'au milieu d'une foule, ils se sentent tendus vers ce corps qu'ils disent celui du "petit-ami", parce qu'ils se sont habitués à ce froid de l'existence se croient des fièvres dans la tiédeur d'une caresse morte. Ce sont tous ces gens qui confondent vivre, avec des parodies de faire, d'agir et n'ont de vivre qu'un fragment brisé, un reste de fresques dans la langue incomprise des premièes audaces latins. Ces militaires sont pareils aux jeunes gens de partout. C'est une vie menée sans être précieux, précieux comme les émeraudes qui brillent dans ma chair tourmentée, dans les orbites troubles des filles aux yeux bleus. Ma solitude n'est pas d'ailleurs, elle est d'ici, de ne pouvoir me mêler qu'à des matinées grises. Ces gens là, ont le bonheur éduqué, et comme les militaires qui craignent la fin des guerres, ils craignent le chômage, ils ont besoin d'agir pratiquement sur le corps qui les supporte, et qui loin de les contenir est lui-même le contenu. Si je penche la tête vers la tache d'or de la lune, percée par les aiguilles du vent, je raconte comment j'aime moi, quels tumultes je fais naître, avec quelles chaleurs je fais fondre les poutres métalliques qui sont le barrage de tous les corps pour les faire enfin un coeur, un cri, un être. Je suis différent, et tous les pays du monde me souviennent cette certitude : je sais aimer.

J'ai pu parler aussi avec une religieuse. Les femmes qui ne prient pas les morts la révoltent. Le moindre confort la choque. Une femme élégante lui est une insulte. Elle me reproche de fréquenter Emma, cette journaliste aux yeux clairs, aux mains douces. Elle, ne se doute pas que c'est l'instinct maternel qui la manoeuvre et qu'elle en fait une autre dépense, faute d'être mariée et d'avoir des enfants.
J'ai longtemps pensé que la guerre était une chose de poète que les militaires et les politiques avaient solicité pour la souiller en s'en saisissant. Par goût de la formule, évidemment. Ici, je vois par quoi une guerre est néfaste si elle ne tue pas. Elle communique aux uns une énergie étrangère à leurs ressources, aux autres elle permet ce que les lois défendent et les forme aux chemins de traverse. Elle exalte artificiellement l'ingéniosité, la pitié, l'audace. Toute cette jeunesse s'y croit sublime et retombe lorsqu'il faut tirer de soi un destin qui échappe aux commandements martiaux. Ce sont comme des jeunes gens de l'Université, ils y ressemblent par certains angles, quand l'alcool est fort, et que la nuit est basse.
J'écris beaucoup ici, je donne chair à ces mots que je laissais à l'abandon, dans leurs corps de verre à Paris. J'ai toute une quantité de sang mêlée de poussière pour fabriquer des personnages, c'est plus que Dieu n'avait pour former Adam. Je peux fréquenter, pendant les cours de Quentin, des irakiens méfiants. Ils ont tous mille fois plus de talent que ces gens que je m'obstine à accoquiner dans notre monde civilisé, ceux-là près de qui j'apprends à faire ma place. Revenir à Paris sera difficile, retrouver la grande gestuelle de nos artistes ici dont le premier des prestiges est de prétendre. Qui s'inquiètent dès lors que le flot des mécenats se tarit, qui se nouent autour du ventre de la tragédie pour se dire des créateurs mais n'ont rien de dangereux, de menacés dans eux, rien de vivant. La surprise de ces exilés du drame serait grande s'ils découvraient que les épisodes tragiques dont l'interruption les laisse au bord du vide, ce vide en est peuplé comme eux-mêmes. Qu'il suffirait de descendre en eux et d'en faire les frais au-dedans au lieu de les faire au-dehors. De se montrer, de passer son énergie sur des feuillets bavards, dans les bras des filles idiotes. J'ai fêté mes vingt-et-un ans à Londres, et depuis j'abîme ce qui reste de vingt ans en Irak, à Kirkouk, bientôt, pour le sacrifice de mes mollets feux. Mes muscles commencent à saillir, le médecin est admiratif de ma constitution physique, et s'inquiète de me voir si vite m'adapter aux exigences métaboliques d'ici. Je sais me fondre partout, et c'est étrange, de passer mes mains sur mon torse, et d'y senti partout des aspérités nouvelles, des rigidités abdominales.
La guerre n'éclaire pas sur les moyens de s'employer ensuite à son propre compte, elle n'est pas une académie, mais un camp de dressage. Elle présente un prétexte à vivre tout comme à sa façon la société de consommation et la véritable vie leur apparait, ensuite, comme une mort. Cette vie que je mène. Je suis content d'avoir délaissé l'Université, et je suis triste d'arriver dans un chenil.
Si j'écris ces mots, si je mêle dans la même boue le militaire, l'artiste parisien l'Irak, les femmes de ma vie, c'est en ce qu'ils sont identiques. Toute leur vie est dirigée vers l'extérieur, à forer des puits audacieux, creux.

Je plonge dans les eaux de la vérité, noires mêmes elles ne m'effraient pas. Je crois que mourir en musique me serait une très belle fin, un très beau moment. J'ai des envies de ballets russe.

27 mai 2011

Bagdad, première semaine.

Je n'écrirai pas souvent ici, le temps a la mâchoire brisé, et je suis là pour en réparer les rouages muets. Je suis arrivé en Irak dans la nuit de lundi. Tout est silencieux à Bagdad quand passent les convois militaires. Je me sens un peu comme la nuit en étant dans l'ombre des fusils, qui traîne sous mon pas excusé le silence des villes. J'ai eu peu l'occasion de parler avec mon escorte, malgré mon goût de la conversation et de la rime amusée, leurs bouches ne servent qu'à manger et jurer C'est un peu triste. Les attentats sont réguliers, ils ponctuent les semaines mais n'atteignent pas les tranchées des occidentaux. Derrière nos murs fortifiés, nos portes blindées, nos caméras, nos jeeps nous ne risquons pas d'être tués. A l'intérieur, partout sont des checkpoints. Le pays est très beau. Nous avons déjà eu la chance de nous rendre au Kurdistan Irakien où Quentin a fait de merveilleuses photos J'aimerais rapporter plusieurs objets de cette expédition, j'en ramènerai au moins le souvenir d'une journaliste américaine avec laquelle je passe la plupart de mon temps hors de nos missions respectives, brillante docteur ès lettres à Paris IV, et amoureuse de Jean Genet (oui ses yeux sont "plein d'azur et d'étoiles", oui elle a la nuque que voilent des mèches blondes). Si je ne m'étais pas juré, depuis que je n'aime plus rien que des fantômes et donc des astres, de ne plus être dans les limbes d'une fille, j'épouserai cette Emma dans quelque chapelle faite de poutres et de désert. Hier soir, nous vécûmes notre première étrangeté. Parce que je n'ai pas pu l'embrasse même quand elle jetait suppliante ses lèvres. C'est un épisode commun de mon carnage de ne plus pouvoir me frotter à une existence réelle. Je suis prisonnier de ces muses célestes, je suis fidèle à mes amoureuses douleus. Camille dirait que c'est depuis que j'ai réduite D. en poudre de mots, Loriane me dirait c'est depuis mon cri d'adieu dans Grenoble, que mes impossibles stupeurs viennent de si loin, si loin que le prénom est celui de Margot, Lara, irait plus loin dans le passé et me souviendrait le rire de Marion, et moi, moi je suis plein de berges bouillantes mais je ne peux pas embrasser Emma, je ne peux pas la caresser autrement qu'avec des lettres. Pour ne pas paraitre de cette impuissance neuve qui me couvre, j'ai joué un jeu, drôle, j'écris les mots des actions supposées survenir sur des post it, et je les lui colle sur les lèvres, sur l'abdomen. "Je t'aime jusqu'à la pointe des mots".

De la grande histoire de la Mésopotamie il reste de la poussière, je ne sais pas si l'on peut reconnaître la grandeur passée d'une civilisation à la quantité de poussière de ses rues, de ses déserts, si c'est le cas, l'Irak est une grande civilisation dont témoignent ses poumons de cendres.

Je fréquente aussi quelques militaires. J'écoutais hier soir, un jeune capitaine me raconter son évasion d'un camp d'insurgés. Revenu à Bagdad après avoir serpenté dans le désert et la soif, il souffre de platitudes et regrette l'aventure. Il a peur que la guerre cesse, de revenir aux bruits des automobiles sur le bitume, à l'ordinaire de sa Californie. Tout est fini. Le problème se pose pour toute une jeunesse qui, ne se doutant pas qu'il existe des guerres internes, des prisons internes, des évasions internes, des dangers mortels et des supplices intimes, qui, ne sachant pas ce qu'est vivre, n'en a qu'une idée accidentelle et ne croit plus vivre puisque les circonstances ne lui en offrent plus les moyens. Ce sont tous ces gens qui vivent leurs relations sans cruauté, sans passion, mais parce que parfois une joie les saisit, une douleur les morfond, parce que dans un restaurant, dans un magazine, parce qu'au milieu d'une foule, ils se sentent tendus vers ce corps, parce qu'ils se sont habitués à ce froid de l'existence se croient des fièvres dans la tiédeur d'une caresse. Ce sont tous ces gens qui confondent vivre, avec des parodies de faire, d'agir et n'ont de vivre qu'un fragment brisé, un reste de fresques dans la langue incomprise des premièes audaces. Ces militaires sont pareils aux jeunes gens de France.

J'ai pu parler aussi avec une religieuse. Les femmes qui ne prient pas les morts la révoltent. Le moindre confort la choque. Une femme élégante lui est une insulte. Elle me reproche de fréquenter Emma, cette journaliste aux yeux clairs, aux mains douces. Elle, ne se doute pas que c'est l'instinct maternel qui la manoeuvre et qu'elle en fait une autre dépense, faute d'être mariée et d'avoir des enfants.
J'ai longtemps pensé que la guerre était une chose de poète que les militaires et les politiques avaient solicité pour la souiller en s'en saisissant. Par goût de la formule, évidemment. Ici, je vois par quoi une guerre est néfaste si elle ne tue pas. Elle communique aux uns une énergie étrangère à leurs ressources, aux autres elle permet ce que les lois défendent et les forme aux chemins de traverse. Elle exalte artificiellement l'ingéniosité, la pitié, l'audace. Toute cette jeunesse s'y croit sublime et retombe lorsqu'il faut tirer de soi un destin qui échappe aux commandements martiaux. Ce sont comme des jeunes gens de l'Université, ils y ressemblent par certains angles, quand l'alcool est fort, et que la nuit est basse.
J'écris beaucoup ici, je donne chair à ces mots que je laissais à l'abandon, dans leurs corps de verre à Paris. J'ai toute une quantité de sang mêlée de poussière pour fabriquer des personnages, c'est plus que Dieu n'avait pour former Adam. Je peux fréquenter, pendant les cours de Quentin, des irakiens méfiants. Ils ont tous mille fois plus de talent que ces gens que je m'obstine à accoquiner dans notre monde civilisé, ceux-là près de qui j'apprends à faire ma place. Revenir à Paris sera difficile, retrouver la grande gestuelle de nos artistes ici dont le premier des prestiges est de prétendre. Qui s'inquiètent dès lors que le flot des mécenats se tarit, qui se nouent autour du ventre de la tragédie pour se dire des créateurs mais n'ont rien de dangereux, de menacés dans eux, rien de vivant. La surprise de ces exilés du drame serait grande s'ils découvraient que les épisodes tragiques dont l'interruption les laisse au bord du vide, ce vide en est peuplé comme eux-mêmes. Qu'il suffirait de descendre en eux et d'en faire les frais au-dedans au lieu de les faire au-dehors. De se montrer, de passer son énergie sur des feuillets bavards, dans les bras des filles idiotes. J'ai fêté mes vingt-et-un ans à Londres, et depuis j'abîme ce qui reste de vingt ans en Irak, à Kirkouk, bientôt, pour le sacrifice de mes mollets feux. Mes muscles commencent à saillir, le médecin est admiratif de ma constitution physique, et s'inquiète de me voir si vite m'adapter aux exigences métaboliques d'ici. Je sais me fondre partout, et c'est étrange, de passer mes mains sur mon torse, et d'y senti partout des aspérités nouvelles, des rigidités abdominales.
La guerre n'éclaire pas sur les moyens de s'employer ensuite à son propre compte, elle n'est pas une académie, mais un camp de dressage. Elle présente un prétexte à vivre tout comme à sa façon la société de consommation et la véritable vie leur apparait, ensuite, comme une mort. Cette vie que je mène. Je suis content d'avoir délaissé l'Université, et je suis triste d'arriver dans un chenil.
Si j'écris ces mots, si je mêle dans la même boue le militaire, l'artiste parisien l'Irak, les femmes de ma vie, c'est en ce qu'ils sont identiques. Toute leur vie est dirigée vers l'extérieur, à forer des puits audacieux, creux.

Je plonge dans les eaux de la vérité, noires mêmes elles ne m'effraient pas. Je crois que mourir en musique me serait une très belle fin, un très beau moment, un dernier ballet.

19 mai 2011

Dans mes yeux.

Dans mes yeux il y a cette détresse
De l'enfant qui, la nuit, regarde le ciel noir
Que ne dilue que les yeux bleus
Des Ménades de Bordeaux

9 mai 2011

Rimbaud.

Parfois, avec le Rimbaud que je m'invente, je veux pleurer du linge rouge.

1 mai 2011

Bavard

Je parle
Mais je ne dis rien
Mon oeil gauche
Me Gratte
Comme si
une chienne
Y fouillait ses petits

29 avril 2011

Rimbaud à Bordeaux

Rimbaud chantait déjà, dans les doigts sucrés de poésie de Verlaine, les amours votives. Uranus, dessus leurs gestes tendres d'humus, faisait pleuvoir son ombre fautive. Dans leurs deux sexes, l'urètre s'ouvrait comme une morte, et partout leurs sanglots lumineux et blancs essuyaient leurs détresses sur les pages saintes d'une Bible d'hôtel. Rimbaud, c'est le sexe de matin râblé, c'est le sonnet irrévérencieux, plein d'autant de talent que le rire d'un enfant. Ses yeux embarrassés de bleus, gênés de beauté, ont fait claquer des dents le pistolet de Paul Verlaine, aux mots chauves comme le rythme. Et dans la poitrine maigre, mais vivante de Rimbaud la déchirure s'ouvrait, par là où s'écoule l'âme, par ces deux lèvres d'aube. D'un coup de feu, par la galerie creusée dans la jeunesse, toute la poésie se mettait à crier, à danser, et à suffoquer. Voilà l'arme du crime : l'amour, ci-gît un poème inachevé, ponctué de la poudre d'un adieu ; du sperme d'un bonsoir, sous la nuit-fossoyeur.

Mallarmé, écrivait, du charbon de son regret « le pays de neige » l'éloignant de Rimbaud. Un pays épuisé de toute une époque d'hiver, formé d'hier, d'histoires, et de tout ce que l'ange bot, mit de sang dans la poésie, lorsqu'il écornait cette vierge frivole.

Rimbaud, c'est l'enfant, aux yeux clairs dont l'ombre déborde de couleurs.

Si tard, ont joué les musiques qu'hier ne passait pas sous l'orage juteux du luth vaincu. Hier, ce ressemblait à la nuit sévère qui tient les insomniaques du côté de l'éveil, eux qui guettent encore le matin à venir ; sceptiques comme un juif face à Christ, hirsutes de misère sur le bord de l'aube pour se faire la certitude du jour à naître. Hier, ce semble cette tache qui fulmine dans le ciel, et sous laquelle les éléments se déchaussent, cette béance dans le noir, ce sombre dans l'ombre d'où Rimbaud ne sort pas dire ses audaces. Nous crûmes, que cette tache labile au faîte de l'obscur, dans les planches recourbées des étoiles, bâtiraient l'estrade au fantôme de Rimbaud, pour l'entendre détacher chaque verset de son eau glacée, venir nous montrer toutes les larmes à l'intérieur de sa tombe « Ma poésie fait pleurer même les vers » récite-t-il dans sa retraite enchantée de pourriture.

 

Le sistre embaume la nuit, et rien sur le pavé qu'une idée immobile. Hier, le trou noir a tout bu du jour. Rimbaud n'a pas chanté, les pistolets ne claquent plus des dents. Rimbaud a fermé la bouche et hier le trou noir a résorbé toute la lumière de l'Univers, demeurent les feux minuscules...les phares des tramways.

27 avril 2011

Manifeste de la déchirure - Je fais des lauriers mon dîner.

 

Ce que je suis, ce que nous sommes nombreux à être, c'est d'être des déchirés. Nous sommes les fracturés de cette modernité, et si la sociologie commençait par nous inclure dans la même représentation que ces êtres distribués en deux existences conflictuelles d'avoir reçu une éducation secondaire mordant méchamment dans la socialisation primaire, eux décrits comme scindés en deux être complets, qui n'ont rien à voir entre eux qu'habiter le même corps : celui-la social (participant des études et de l'emploi) ; et celui la familial. Où les deux mondes ne se répondent plus dans la même langue, ne se vêtent pas du même tissu, perdent leurs accents comme des dents de laits, entendent et répètent des hymnes et des normes distincts, celui qui rassemble dans lui cette antinomie doit amorcer ce mouvement dialectique particulier, celui du fou. Il contient le maitre et il contient l'esclave selon le contexte d'emploi du corps qui les recouvre.

Encore, il paraît un truisme d'aller répétant que l'on ne peut jamais se détacher tout entier de son éducation, et plus justement de « ses éducations », nous ne recevons jamais une éducation cohérente, toute éducation, parce qu'elle est contrainte, « je suis éduqué malgré moi » disait Foucault, entraine une violence, et toute violence crée son traumatisme et sa névrose. Mon éducation me marque, je peux résorber les ecchymoses, maquiller les souvenirs, j'en conserve en dépit de mes efforts les conséquences, à commencer par la première « moi ». Ces individus là, donc, sont en guerre entre deux existences, guerre lente, guerre de tranchées, guerre froide, guerre de tous les épithètes, mais guerre totale.

 

Ces deux blocs qui sont réunis pour s'affronter sur un champ plus étroit dans le corps déjà décrit, ces deux façons c'est à dire les dominés et les dominants s'opposent en tout ce qu'ils sont des « formes », ne développent de commun rien parce qu'ils ne sont pas dotés des mêmes facultés, de la même capacité à croître dans un sens déterminé. C'est du même sac de graine, de la souche identique qu'ils sont pourtant. Leurs apparitions réelles sont toutes distinctes et reconnaissables, cependant ces deux cercles qui font l'étirement, la tension de « l'héritier méritocratique », prennent naissance depuis un limon commun, une inspiration unique. Celle-là qui joint le « bien », le « juste » au « pouvoir » et donc au posséder. Il s'agit pour eux, chez eux, de faire correspondre sa capacité, son adaptabilité, sa souplesse à la concrétisation de ce but : « avoir ». La tension n'est jamais étudiée en ce qu'elle peut être un refus général, massif, de cet accomplissement de l'avoir. Il est toujours admis comme un préalable, parce que chez ces tuméfiés l'éducation primaire n'infirme pas ce but : « être riche », elle constate, chez les « pauvres », ne pas y être parvenu. Le code socail qu'ils transmettent, est un code lacunaire, qu'ils complètent, ce sont ces ajouts, ces « préjugés » qui, potentiellement, entrent en conflit avec l'éducation secondaire celle qui doit permettre d'être riche. Celle dont on a, exagérément, déterminé qu'elle était condition de réalisation de l'objectif social. S'il y a bien une inspiration commune, une aspiration commune entre ces deux « strates » sociales, les manifestations pratiques en sont différentes, et celui qui vient de la plus basse pour atteindre la plus haute (telle que considérée dans cette forme hiérarchique) est occupé du basalte d'en bas, doit feindre partout, parce qu'il est devenu une complexité inattendue. C'est une existence contrariée.

 

Si je dis, nous sommes des déchirés, c'est pour n'être pas embrassés par ces lèvres là d'écartelés, pour ne pas avoir à me rassembler dans ces autres qui ne sont pas moi, qui ne sont pas nous, ceux de mon espèce, de mon genre (genre qui n'est pas performatif, qui est descriptif).

Nous ne sommes pas de cette extraction, de cette sorte d'adversité, s'il arrive que nous soyons en conflit avec le cercle familial de ne partager aucune des idées qu'il déploie, ce n'est pas de là que nous tenons notre blessure invincible, cette déchirure qui est notre partage.

 

Nous sommes des déchirés d'être apatrides. Ceux là ont deux pays, qui se confrontent, qui se refusent et se rejettent, et nous ne sommes d'aucun à confondre. Voilà, nos intelligences ne peuvent pas se mettre au service de l'ambition commune, normée, calculée et protégée par des lois, des ordres et des hiérarchies, nous sommes des déchirés parce que nos pas n'ont pas d'empressement à se calfeutrer dans des habitudes hygiéniques, parce que nous aimons à ralentir nos marches jusqu'à faire du mouvement sa propre fin – tout comme la danse – sans qu'il ne soit plus véhicule d'une intention sordide, d'un moyen d'ordinaire pour se rendre en un lieu déterminé, nous réconcilions dans notre déchirure, par le sang caillé, fatigué qui fait brûler nos veines comme du caramel, la contemplation et la modernité. Nous aimons à vivre autrement que comme l'on nous commande, nous sommes des déchirés, parce que nous disposons des facultés objectives pour être des puissants, ou pour au moins pencher du côté des dominants, mais que nous nous dérobons à cette obligation, à ce destin forgé par des mains étranges, étatiques, lépreuses. Nous ne savons pas obéir, parce que nous ne comprenons pas les raisons profondes qui nous y commanderaient et devinons les seules qui nous indignent, dans nos nappes phréatiques, dans nos hymnes souterrains, dans le secret de nos motifs particuliers, nous chantons, nous écrivons, nous rions, nous avons des feuillages qui scrutent et filtrent l'ombre, nous avons nos douleurs que psalmodient le long des murs vierges nos gestes, nous avons des bibliothèques dont nous tournons, avec l'avidité d'un banquier ses créances, toutes les pages. Nos iris sont fragiles, et ne supportent la lumière que naturelle, précaire, dans la nuit nous fuyons les brumes fausses, les reflets électriques qui pataugent dans les verbes mous, nous abandonnons ces lieux où nous crûmes trouver un pays, où nous ne reconnûmes qu'un désert surpeuplé, perdant même sa seule vertu. Nous avons pour nous nos aspirations propres, singulières, nous avons les fleurs à respirer, les champs à semer, la faim à oublier, l'amour à suffoquer et surtout, surtout la vie à épuiser partout où elle se trouvera, et ce n'est certainement pas attaché à la menotte en plastique d'un bureau, aux vociférations d'un supérieur, aux formules comptables d'un argent à venir, aux montages fiscaux que nous trouverons nos subsistances. Notre bonheur n'est pas dans le travail, il ne réconcilie rien, et plutôt que nous découvrir des passages forcenés, il recouvre de sa ténèbre l'existence, il n'est même plus une peau satisfaisante à exhiber, un paraître suffisant pour en supporter l'agression. Voilà un vêtement laid qui gratte et que l'on nous vend à prix prédateur. Le travail, le travail salarié s'entend, le travail absurde, trop long, obsédant, obstiné, n'est plus rien. Pas même une hantise, pas même une crainte, l'objet des mépris. Voilà le travail, si vous pouvez encore le voir dessous nos crachats constellés. Nous sommes des déchirés, de pouvoir nous mélanger partout, sans nous reconnaître dans aucune fonction officielle, dans aucun acte pré-rédigé, de n'être reconduit dans aucun procès-verbal. Nos existences sont imprévisibles ; nous n'avons rien à avouer. Si des lois nous jugent coupables, c'est que ce sont de mauvaises lois parce que nous sommes innocents, nous ne pouvons être qu'innocents. J'ai écrit « nous commettons le crime que nul n'ose plus commettre, devenu crime par désaffectation, vivre ». Nous sommes insusceptibles d'être de ces « éléments productifs » nous refusons de négliger nos sensibilités, mutiler nos membres fébriles, gangrénés de génie, pour nous assurer des orgueils de confort, pour nous plonger dans ce bain de sénescence.

Nous avons des âmes d'artistes et plus rarement hélas le talent qui leur va, qui les coiffe, et permet à cette fièvre sauvage, ruisselante au dedans de nous, de faire durer nos écorces.

 

Nous sommes les déchirés qui ne refusons pas la modernité , soit le monde, mais les hommes qu'elle dessine. Nos souhaits ne s'éternuent que tard, et au dehors de nos sommeils rares, nous pouvons nous exclamer plutôt que : « j'ai bien dormi » « j'ai bien vécu ».

 

Nous sommes des déchirés parce que mus par une ambition plus grande, plus impérieuse que celle d'être riche : être libre.

 

21 avril 2011

"Où etes vous"

quand je reçois le mail de mon supérieur, auquel je ne réponds pas, qui m'interroge sur ma localisation géographique, me prends l'envie d'y rétorquer sous un joli tour "Là où vous n'irez jamais, là où vous n'avez pas été, dans la vie, sous le soleil, dans les promenades, dans le tard, et l'absence de peur, je suis dans tous ces endroits que vous avez caché, voilé, privé, je vous sais vous êtes un geôlier, comme D., comme tous les autres, vous gardez les cellules bienétroites du monde."

 

 

20 avril 2011

Vivre, c'est où déjà ? Comme l'Atlantide

Très simplement il y a des façons plus amusantes qu'HSBC pour gâcher sa vie. Je les ai choisies.
20 avril 2011

Statistiques : autre

- A quoi tu joues - A etre vivant. Je reprends la vie famélique entreposée dans les voyages. Dans les fêtes. Dans la foule. Je reprEnds la vie maigre, fragile que je cédais pour quelques joies douces. J'ai épuisé ce qui glosait ici. J'attends autre chose, plus loin, plus dangereux. Je n'ai pas besoin de courage pour retourner à mon esclavagisme ; j'avais besoin de courage seulement pour m'en départir.
5 avril 2011

Le soupir d'aimer

 

De me dire « je suis tout ça » quand j'appréhende avec les mains, l'entièreté de mon corps. Je suis tout ici, ma géométrie vient glisser sur la surface plane du monde, je suis l'altération sensible des ordres, je suis le dérangement dans l'organisation, je suis l'invention des éléments neufs, je compense les cris des morts avec ma vie, je pousse dans le monde, et le reste des fleurs regardent avec jalousie ma vie qui éclate de tous côtés. Je suis le bouton neuf des fleurs invisibles, le parfum grave des dahlias bleus. Je répands mes gestes, en mille tiges, et au bout de mes doigts sans pétales, jaillissent les odeurs santes, la beauté des émois, les timbres à promettre sur les enveloppes placides. Et. Et. Et. Et. Il faut toujours pouvoir hurler, et s'exproprier de sa propre voix, le cri est la réunion de toutes les autres voix, le cri est la réunion de toutes les hontes, tous les gémissements, toutes les retenues, toutes les écritures, se tiennent dans le cri, tous les sens s'arrangent du cri, se mêlent dans le bloc serré de sa flamme régressive, mortelle caresse que la brutalité du cri. Comment dire que la magie d'une étreinte, que la tendresse de l'amour, peut transmuter le corps vivant, aimé, en une figure morte, et gisante, comment, affirmer, encore que l'amour a le geste assassin, et la fatalité d'une destinée est la vibration de la passion, son remous dans la poitrine, les secondes qui tonnent dans l'horloge du corps, les plumes dans l'aorte, et les mésanges aux ailes de papier, qui volent, qui volent quand j'ouvre ma fenêtre je sens des pensées qui s'envolent, quand j'ouvre ma fenêtre les pensées vertes et bleues que j'accroche à mon mur se libèrent, se desserrent, quand j'ouvre ma fenêtre je sens le vent sous leurs plumages aériens, je sens les couleurs sous leurs paupières ourlées de saveurs, mes pensées sont des insectes ailés. Qui viennent gémir dans le ciel qui passe par ma fenêtre, cette morsure des cadres blancs, et plastiques, où le ciel crève son iris.

 

Ce qui est délicieux chez toi, ce n'est pas ton être, pas ton odeur même, mais le parfum que tu laisses quand tu t'en vas, ce regret qui traine dans l'espace que ton corps abandonne. C'est sur cette effluve que j'écris, c'est cette vapeur que je rassemble, c'est par là que prennent effet mes mots. Dans cette intuition sensible du langage, dans ce côté anguleux, sous l'ange mouvant du visage disparu, dans son bord inaperçu, son sourire toujours plein qui encombre tout entier le visage, et ne laisse aucune place aux misères, dans le reflet iridescent de tes genoux et qui remonte jusque dans la perle de tes oreilles, et les mains, les ongles, les yeux, le nez, les choses, tout ce qui habite, occuper un visage, tout ce qui le possède, qui l'entoure et le nimbe, toutes les balles qui passent et flottent, suspendues autour de toi, comme autant d'idées funestes qui se rejoignent dans ta traîne, qui t'accompagnent, et qui t'entourent, sans pouvoir t'atteindre, et au contact de ta peau la mort même se dissout. Ton immortalité est celle des muses de poème. Tu as une odeur de poudre et de plomb, en stase, et dans tes veines, dans l'auge de tes muscles, c'est le sang des victimes qui coule et qu'on boit, c'est le cri de martyr, c'est la laine du condamné à mort, et le vrombissement d'étoupe de la corde qui se colore d'une vie trop amoureusement serrée, les stores bariolées, qui éloignent la lumière dans la chambre du condamné, les dents, trop proches, trop lointaines, et sous mes paupières le jour impotent gueuse des rires, importe le mot qui se dépose et sous la crainte d'un soupir, il y a des impressions de matin raté, des délicatesses en couleur, des huiles, qui se dissolvent, qui se dilatent, et le bleu, le vert, le blond, l'auburn, toutes les myriades, les pluies grises composées par le geste du peintre au fond du puits de ses façons, avant même que son pinceau baigne son action filamenteuse dans le creuset des forges navrantes même la note première étanche de musique, avant que le chant sournois hôte de la vapeur au menton -trois poils de pillards- avant que les halogènes hallucinent des étoffes, avant que des crises ne sortent de l'asile, et s'étourdissent dans le mur capitonné de la chambre malade, dans les boucles farfelues de l'espoir, et les cordons de soie des rideaux, avant même que tous les muscles des doigts se soient détendus pour étouffer l'outil dans la croûte amoureuse de l'artiste, avant même que toutes les couleurs ne se soient accrochées aux fragilités des pigments, à l'anathème du mouvement, dans l'oeil du peintre toutes les couleurs piétinées par l'Art s'assemblent, et ses yeux recrachent lentement tous ses gestes. Eux se dirigent dans la toile, ne ruminent, ne heurtent plus rien que cette grande folie blanche à maquiller de son propre délire, de cette folie publique, la recouvrir de sa colère propre, distincte, de sa chhaleur personnelle, de son ventre en furie, de son pli de voyageur qui passe sur tant de terres qu'aux semelles il y a des indices de langues, des syllabes phonétiques, des phonèmes venus de toutes les jouissances parcourues par l'acte, et la gestuelle, toute création est une danse, un mouvement ondulant dans la grave lueur capiteuse, dans le masque gonflé de bile, dans le poumon dégarni d'air, méché dé cendres, dessus la plaque immobile des eaux buvant aux lèvres de la nuit, dans la coupe de ses fumets, de ses vapeurs, des brouillards insistants qui perturbent le grondement du corps. L'Art, c'est toujours le cri, c'est toujours la réunion de toutes les langues, de tous les chants qui viennent s'incliner, déposer, la lie des boissons de miracle jusque dans la gorge entrouverte, jusque dans le cuivre du godet, où coulent, par petits palliers, par pluvieuses allusions les massacres maugréés. Il y a des héros pleins de notions bouleversées, de punaises, et d'escaliers, de chemisiers déboutonnés, et d'audace en flanelle, il y a des nuisances qui se tendent jusque dans l'enfant apparu, jusque dans le stylo armé, et l'encre écoulée, écroulée, sur la feule de mon visage. Créer c'est d'abord, avant tout, en luisance en premier acte, altérer, c'est transformer l'espace irrémissible, inerte, fini et accompli, et tailler avec ses sensibilités, que ce soit son sexe, son talent, que ce soit sa rage, c'est y creuser, de grandes colères, y forer pour sentir les liquides internes du monde en vagir et brûler dans leurs brumes noires d'une essence enfin mise à feu, d'une pensée embrassée par les briquets de nos consignes, de mon infirmité qui vient écraser le mégot de mes consistances dans le papier de sable, dans la liqueur épaisse, épaisse, que les dents y mordent, y laissent leurs traces de cravate rouge, de noeuds en soie, je me suis pendu aux mains grouillantes d'un enfant formidable, comment la mort peut avoir si beau visage, qu'on la laisse entrer dans soi, comme un acheteur, comme un client dans sa boutique secrète, tu es entrée dans moi comme une prière, une croyance, tu es entrée dans moi comme la foi, la mort qui vous gonfle de son liquide imparfait, et déborde dans vos yeux ,jusqu'à la larme, le pleur, jusqu'à ce sang, et quand tu m'as regardé, je n'ai pas pensé touché mon flanc, et le touchant y portant les mains, y brodant mes gestes, j'ai senti de la plaie s'écouler l'âme douloureuse, et sur la bouche toute ouverte au dessus du rein, les lèvres blanches, blêmes, les lèvres de mort, gémissaient d'hélas. Hélas, la vie est passée, voilà) tout ce qu'il en reste « une blessure » de laisser rentrer en soi, les criminels, les assassins, et le meurtre enflait contre mon foie, devenait un organe supplémentaire, je produisais la mort, son sang verdâtre, je le croyais un copain, qui gargariserait mes veines, qui entraînerait mes gestes sur les autres corps, les autres vies. Et le voilà, ce copain, aux dents traitres et la morsure s'éboule et ma vie se tait. Il y a quelques lumières encore au dehors, quelques lumières et mes paupières les annulent, plus lentes à éclairer, plus lentes à entrer dans mon corps, dans mes yeux, tout est incrusté de nuit. Par foulées complètes, les bougies s'éteignent, et sous mes yeux durent le souvenir de ce qui brûlait. C'est long à soupirer une âme entière.

 

Quand je crois épuiser ton existence, je te découvre deux nouveaux prénoms, deux marches dans la pénombre vive et pluvieuse, quand je croyais avoir tout bu ton parfum, je le vois se mélanger dans deux autres complexes, inventer des théorèmes où ces trois chants se mêlent, dans le rythme insensible des symphonies, se détachent et forment l'infinité des formes qui les unit, les fractionne, les assemble. Quand je croyais ton existence un bois sec d'avoir déjà brûlé dans mes mots moqueurs, je te sens une existence sous le masque calcaire, dessous le carbone visible, et qui au contact des noms propres enflamme mes nerfs, et s'embrase cette nouvelle idée dans moi, les cierges de veillée sont des bougies nouvelles, aux figures arithmétiques, aux vigueurs destituées. Tu es toute présente en moi, dans la pression contre mes muscles, dans le geste fatal où se déploient tes trois prénoms, chacun corrompu de sa douleur propre, altéré de son manque, de son creux, et qui lorsque se superposent trois folies donnent à voir aux autres, un air de raison que trahit un regard qui grince. De tes trois petites folies nouées, tu fais autour du cou une toile vierge, où toutes les couleurs prennent, et ta folie pleine d'appétit, les absorbe, les résorbe, et du songe ne reste rien que l'ombre, et les taches sur la grande figure de la folie douce, qui dévore, avec des petites dents de chatte suave, avec les sueurs mélangées des trois fleuves de l'enfer, mis dans la fiole d'un seul corps, et trois senteurs unies tiennent dans un poing clos, déchiré par les pétales. Tes trois prénoms, sont un seul germe, une seule graine, un seul destin qui entre les failles du poing libère les corolles qui entrave le jour en grammes et devant lui passent en silhouette. J'épuisais un prénom, avec le rire, d'un bonne nuit, je l'épuisais sur un banc allemand, et deux autres derrière nous, indifférents comme toi que j'usais sans que tu ne t'intéresses longuement à mes façons, devisaient. Ton pas ne maltraite pas le sol, ton pas le gracie, à chaque pas que tu fais, les chaînes gesticulent et fanent autour du monde, et la mélodie de ta course, est le chant de la liberté. Tu coures dans le rythme fier. Ton existence rend libre. Je t'aime à nouveau.

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  • une fleur qui a poussé d'entre les lézardes du béton, un sourire qui ressemble à une brèche. Des pétales disloqués sur les pavés à 6 sous. J'entends la criée, et le baluchon qu'on brûle. Myself dans un monde de yourself.
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