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boudi's blog

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20 juin 2013

Comme un estomac

Dans cette longue nuit qu'on prend parfois pour la vie
Nulle voix pour arracher à la terreur, un peu de lumière.
Il est trois heures

j'ai très faim

j'ignore le nom du repas pris si tard.
Peut-être déjà est-ce le matin
Un matin d'hiver, dehors il fait noir, et la lune brûle 
sans bruit
Etrange combustion
du silence.

C'est le matin peut-être
mais d'une autre saison
et j'ignore toujours le nom 
de mon geste inconnu
Parcourant la nuit tiède
Humide
Solitaire
Comme un estomac

Affamé.

 

 

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17 juin 2013

Coeur saisi .

Je c'est le début de l'Univers
La première phrase du désir
De l'angoisse et du rire
C'est moi
Moi au moment de pousser la parole
Hors de mon corps
Ce corps, blasphème.
J'aime les putes
aux grands yeux de carnage
Les filles pleine des brûlures
Amantes des miroirs

Au rire si vite changé en eau
D'un geste d'amour pur.

 

Le grand néant de l'Univers
c'est à dire
Le regard des femmes
et leur sexe.

13 juin 2013

Et la bouche des blasphèmes

Déjà j'ai sacrifié à l'au-delà du miroir, une ligne de trop. J'en reviens au pouls de l'Univers. JE infect et beau comme l'amour trempé d'Avril.

Mon narcissisme, plus courageux que toutes les choses béates dont on pare les héros, suffoque et désespère HEUREUX (il est trop facile d'avoir de grands gestes sur le champ de bataille, au rebord de l'abîme, dans la chute des falaises et il est autrement moins aisé de s'arracher à la tourbe, au monde lent, enfin, d'aller gesticuler dans la poésie, quand le ciel est si bas. Dans un monde de carnage, de cendres et de bombes, de choléra et d'infection, l'infini tombe de lui-même dans les paumes du dormeur. Le ciel se dresse comme un condor, s'éploie gigantesque.
Aujourd'hui tout le monde nous assomme d'écologie, de réchauffement climatique, de couche d'ozone raréfiée, mais le ciel dans sa clôture, l'infini à l'asile et l'enfer au ban ah, ça personne ne s'en soucie, même on est soulagés. On a des guenilles de ciel, de manuel scolaire pour en parler).



Je ne crains pas l'obscurité des hommes, cette grande solitude au bout de toutes les nuits, quand chacun déjà somnole d'avoir cherché -en vain, toujours- son âme. Cherché dans l'alcool, dans les regards étrangers, au terme d'une caresse, au nadir d'un baiser, au zénith d'une parole, dans la haine du désir. Cherché nulle part et tout figure pourtant au même lieu prisonnier des songes, reflet tranquille, mer démontée des images. 
Je me fiche des cages, des prisons, des solitudes terribles, des grandes pestes physiques et des incendies humains, si me demeurent les miroirs. Peuple de verre, de quartz brisé, de roches transparentes, peau des morts, un monde de moi-même ; de moi-même mis en miettes, en cendres, en poussières, moi rayé, violé, brisé, fendu, entier, double et triple, moi poussé à toutes les extrémités, brûlé à la bouche, enflé jusqu’à l’enfer, rompu à la première neige. Univers de mon âme en souffrance, galerie des «JE» sensibles, palais des enfances mortelles.
Je ne m’enferme dans nulle case, je m’en vais dans les miroirs, derrière les paupières. Je suis libre pour toujours si je peux fermer les yeux, parler à moi-même à l’instant fragile de sommeil, à l’instant de la longue peur.

Puis je sens la haine, le corbeau malade

 

Et la bouche des blasphèmes, pria

24 mai 2013

La nuit du boxeur

Je viens ici hisser mes hurlements
Très anciens et fameux jadis
(prisonniers de missels hérétiques
on les murmure encore parfois
aux bûchers prisonniers des 
Songes)
J'ai été habile crieur (écumes, morves et pitié)
et piètre rieur
Arrachant à l'infini les
Pourrissantes fleurs d'agonies
Aux parfums de pluie et de rimes
Piétinées.

Je reviens depuis très loin, depuis derrière la nuit très amère. Ma mère peut-être ou mon enfant mort-né, la nuit. Je viens exposer mes lèvres brûlées, mon langage saccagé de bonheur (couleur des matins d'hiver, de la bûche trop vite dévorée par le feu de la Noël).
Depuis un an, je vis dans la lumière, la lumière fameuse du Gel (l'ombre) et de Dieu (le corps). La lumière calme, pâle murmure de la mer insomniaque.

Je viens ici pour retrouver ce mot minuscule, imbécile : écrire. Je viens le trouver avec toutes ses chaînes, ses boulets, la fureur, le chagrin, l'alcool jamais assez.
Je viens ici vous prendre votre part de nuit, votre couleur de cerne, votre goût de manque.

Je cherche la nuit où mon âme (yeux crevés, crucifiée à la grande ourse, lueur impossible du cauchemar) se tord et gémit.
Je cherche la nuit, la nuit immense, sans espoir. La nuit des sortilèges manqués, des amants trompés, la nuit impatiente (vierge de soleil). 
J'avancerai, craintif mais heureux jusqu'à atteindre le point le plus sombre, le plus cruel de la Nuit, fut-elle la Mort impudique. 
J'avancerai dans la nuit oubliant le matin.
J'avancerai dans la nuit à la recherche de l'obscurité, des ténèbres de la légende
J'avancerai dans la nuit jusqu'à mon anéantissement.
Je suis de ceux dévorés par les dessous de velours
De la nuit.

23 mai 2013

Le sexe d'Antonin Artaud

Quand Artaud emploie le mot "Sexe" une odeur criminelle, absolument criminelle s'en dégage. Quand il utilise le mot "Vierge", aussi, celle-ci n'étant que le crime à rebours. La vierge d'Artaud, fausse-sainte, putain en gésine, crucifie la chasteté originelle.

Sexe lorsque moi je le dis, je veux alors signifier l'important l'essentiel, la chair par où elle compte et non toute la matière excrémentielle : ongles peints, cheveux teints, dents vernies.
Je dis "sexe mutilé"
et je dis encore, cette fois avec des mots souterrains, "sexe méprisable" et donc encore mutilé mais mutilé autrement, par une autre forme de rage.

Les rêves sans sexe sont des rêves sans
Images
Des rêves muets, éteints, gris
Etendue de néant, préface de la
Mort
Où le sexe absent
Rampe dans le Rien.

Sexe a chez moi un sens particulier qui pourrait s'approcher de celui de "virilité" s'il n'était exclusivement masculin. Sexe, je le prononce toujours à regret, afin d'indiquer l'absence, la grande zone calcinée de l'être humain non fait de ciel.
Je dis Sexe, comme je pourrais dire : Coeur.
Sexe, voilà, une façon de Coeur Obscène.

Coeur après minuit, mon sexe

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15 avril 2013

Sors de ton corps.

Ci dessous : 
Artaud in fragments oubliés
ce sont les écrits sortis de sa mémoire lorsque les docteurs posèrent sur son crâne leurs électrodes dangereuses
ici on a pu récolter le langage prisonnier des décharges
et on le restitue tel que
avec son odeur d'orage
de mort
de torture
et de foutre

 

 

Vous haïssez la Vie (sanguinolente à l'extrême ; c'est à dire sensible)
Avec vos mots qui sont aussi vos âmes
Précaires
Et vos corps
Insalubres 
Parfaits pour des âmes comme les vôtres 

 

 

On trouve dans votre bouche l'état le plus avancé, le plus forcé de décomposition
Une forme de putréfaction intime
Cette maladie mentale, la morale et 
Votre langage suinte le
Sommeil
le sommeil atroce, lent, morceau choisi de la mort votre sommeil
Loque d'éternité
Mutilé de son sexe, de ses songes et de ses peurs.

 

Lâches, incapables d'assumer cette progéniture, votre langue, vous inventâtes en place de généalogie mot plus criminel encore
Etymologie
Le dictionnaire : coffre de votre saleté

Saleté
Gardée, protégée,

 


Je remplace toute langue par le cri funeste, l'immense hurlement, la sainte mélodie : JE JE JE JE JE JE JE JE.
Te-Deum des miroirs et des incendies ; des livres ouverts à l'endroit d'exister
Je écrit en tout à fait sang, en brûlures et soleils.


Je suis pour la vie émue jusqu'au
Mal et son ombre le diable
Pour les lèvres douloureuses de tous les amoureux
Trahis
Puis
Trahis
Encore
Et
Enfin
Pendus


N'avez vous jamais envié l'angoisse du ciel
Le soleil humide comme un coeur brisé
A l'instant de crépuscule ? 

Jamais ? Comme ça vous ressemble, ce mot, jamais. Jamais on dirait tes mains, ton visage, ton sexe. Toi et toute ta famille, ton étymologie.
Chaque fois qu'il fût question d'infini vous mîtes entre lui et vous une croix, un désert, une constitution, vos deux mains obstacles et toute votre perversion. Chaque jour, pour exister, vous creusez de nouveaux et très originaux charniers.
(certains dit-on tentèrent d'y enfouir le soleil, le saisir de leurs mains insensibles, mais lui agile s'enfuit très haut dans le ciel)
J'y ai gémi plus qu'à mon tour, moi exilé de toutes les terres
Banni du ventre
Maternel.

Moi


Apprends toi-même ton propre hurlement c'est je crois la maxime de Delphes, déformé par les siècles et les philosophes.
Allez. Remue de l'âme, sors de ce corps, cette rue, cette
Impasse.

22 mars 2013

L211-1

Aujourd'hui l'on guillotine avec des mots
Mais on ne trouve plus de vivants nulle part
Pour tromper leur ennui les bourreaux jouent entre eux
Le rôle des fantômes Le rôle des victimes
Assis sur le billot, dans le panier de Mort

Quelquefois on entend se débattre le Temps, la Nuit
On devine
L'Aristocratie du crime et quelques gueuses
On reconnait croit-on la République
Non, dit l'Amour, ses souliers sont trop propres.
Sa bosse trop exemplaire
"C'était le Vice, son demi-frère."

Et éclatent de rire les guillotines
Peuple de ce désert Etrange
Nommé jadis La Vie
Ou Le Sang.

 

Nous allons être avocats
Toi, tu seras -comme il faut toujours en droit et dans la vie- notre témoin.
Toi, désigné par mon Toi, tu es le ciel mourant ; un monde d'algues inquiètes.
Toi ce sont toutes les heures alentour de moi
Paniquées de ne pas parvenir à me briser.
Les heures fauves étranges
Aux dents ébrechées
Aux rugissements éventrés
Aux crinières brûlées par la cire des bougies (au XVIIème siècle quand tant de chefs-d'oeuvre se firent par les flammes ; je ne dis pas à la lueur des mèches, mais en Enfer, ainsi est devenue bien plus tard une oeuvre d'Art la main de Van Gogh cette immense brûlure trempée dans la lumière)

Nous allons être avocats.
Il faut chaque fois une sainte, demie-traînée (demie signifiant ici "pour rire" car on y entend glisser par on ne sait quelle ruse le même air qu'il y a en disant "Dieu") très ébouriffée et ce sera toi. Prends, si tu veux jouer bien ton rôle dans cette grande scène sans lumières, ces gueunilles, ces baisers. Je veux dire alors par tous ces mots étranges, prends la marque, fissure de mon coeur, cet éclair tombé à l'endroit du désir, toujours à courir et toujours revenant sur ses pas. Interminable routine de l'orage.

Les concepts et les mots trouvèrent ma Chair Infaillible close à double tour, marquée par les caresses du diable
Je suis l'Intact aux yeux purs ; les étoiles un jour d'Enfer -ces jours où tu pleures, toi, et où toi aussi, et où toi tu meurs parce que tu ne savais pas durer- vinrent me les crever de leurs "NOIRS BRASIERS" (ici tintent les éperons d'une homophonie étrange)


Trop pur hélas, je ne puis te donner tout ce que tu mérites, le pus d'un destin, les maladies vénériennes (le mariage, la pire de toute). Ces armoiries de l'amour.
Ni la vie ni la mort ne tournent plus autour de moi leurs doigts ensanglantés.
Un temps où "je" se disait de toutes les syllabes du mauve, une main creusa dans moi jusqu'au refuge d'ambre de la vie et de la mort (traquées me dirent-elles par les religions, et on entend derrière elles remuer les ombres inquiétantes, les torches de la Saint-Jean et les mains iconoclastes de la Mecque). Main si belle je ne pus m'en défendre. Et les lèvres de la vie et de la mort pour la première fois se délièrent, articulant l'Homme, le Mal toutes les gargouilles qui depuis Dix Mille Ans hantent le monde et les cimetières ( à l'entrée desquels on aura peint à l'encre sympathique : sortie de secours)

Nous allons être avocats.
Epuisé, dans cette forme solennelle de l'Homme aux yeux cernés, je dis : MERDE.
Je me prépapre au jour des serments à réciter cette prière des regrets. A prononcer ce sédiment de vie et de mort ; les injures de vivants, des bruits de foudres (qui sont des bruits d'invasion), de feu refleurissant.
Merde dirai-je devant ce peuple de disparu qui ne me fera pas face.

Mes lèvres ce jour là peintes en presque soleil
Où l'aube revenant de sa promenade des bords de Seine
Se promènera encore.



10 mars 2013

Les Majuscules

Ainsi par exemple parce que nous sommes poètes et poètes exclusivement de tout autre genre (citoyen, ouvrier, condamné), nous n'avons ni Patrie ni Nation nous avons la Majuscule. VINGT SIX quand nous sommes éveillés, plein de l'alphabet législatif et cent-soixante-dix-neuf au plus profond de nos sommeils stupéfaits

19 février 2013

Artiste pénal.

Mais aujourd’hui... Artiste, quel mot ridicule, grotesque et grillagé. Artiste, je préfère mieux ivrogne, salaud, truand, je préfère trafiquant, suicidé, enfin, j’ouvre le code pénal et au hasard je jette mon âme, voilà je suis L211-1, nom d’artiste et matricule de bagnard, tout à la fois.

C’est toujours ma langue nocturne et indéchiffrable, mes hiéroglyphes pour les chouettes et les chats.

17 février 2013

Suicidé, j'ai trouvé mon pseudonyme.

- J'ai au monde désormais un calme de suicidé

- De suicidaire tu veux dire non ?

- De suicidé. L'acte est commis, seulement, il n'a pas encore retenti. Je suis un écrivain, un mauvais certes oui, mais un écrivain tout de même. Avec l'âme tout à fait en vrac et les yeux tragiques, oui un écrivain, avec tout le nécessaire à tragédie. Des yeux remplis comme jamais tu n'en vis et des doigts tremblants et une âme, oui une âme, une fragile, une mal coupée, un peu vulgaire, d'un bois d'incendie -mais qui finit en bûches dans l'âtre bourgeois. Voilà. Je me suis suicidé, je l'ai décidé et ma pierre tombale m'annoncera de travers, ah je me moque dans vos calendriers et j'évite vos dates, vos jours à passer un par un, se tenant la main. Je suis né posthume, funèbre, ouvre le dictionnaire des synonymes, ah la cascade des suffixes. Je suis la fin de tous les adverbes. Oui suicidé. Et suicidé même je ne l'aurai pas été comme il faut. Suicidé, je n'ai plus peur de rien. Suicidé. Je serre les dents, je n'ai plus peur, mes frayeurs de jadis qu'elles comblent d'autres cernes, emplissent d'autres mains.
Mon coeur remuait comme la porte battante d'un casino poussée par une main policière. Mon coeur te voilà calmé, tu fais moins le fier, moins l'inquiet tu ne joues plus tes tragédies d'amoureux. Désormais, tout s'est tu, les lumières et l'effroi. Je n'ai plus peur, mes sueurs froides  rosée irritante du matin. plus peur si je me lève pour aller à la ville, pour dire bonjour comme il faut, voilà ma voix a les cheveux courts. Voilà, mes manières et mon rire.
Désormais je n'ai plus peur, plus de rire, désormais, j'ai un ventre, oui, mais plus de coeur.

1 février 2013

Et cet enfant dans le ventre du mot stérile

Il faisait ce matin en moi un temps de verglas et de miroir ; temps d'oubli et de mémoire.

Et le givre fredonne l'air prisonnier de la glace. La chanson muette des reflets.

Chanson muette


Et cette vie au vitrail, m’en souviendrai-je
J’étais le carreau en mille morceaux Le
rêveur désasoiffé aux eaux de mirage
A la croix se reconnait ce temps d’effroi
d’avant toi
Mon double de neige et de froid
Mon martyr.

Temps avant les miroirs


J’ouvrai les chambres où le plaisir
Sur le corps de femmes inertes
s'offrait contre quelques baisers


Ma voix

Mes baisers,
Femmes brutales
Pâleurs de ma bouche
Mes baisers
Cendres innocentes
Et tièdes
Baisers, mes poèmes sans rythme
Mes rimes de cyanose
Baisers
Mes vers mutilés
Mes paroles sans destin
Baisers
Mon vent des falaises
Ton prénom tracé dans l’écorce

Randonnée


Coeur où j'avançai
Petit à petit
De peur de briser la mince couche de glace
De peur de ces eaux de mémoire de nuits
De regrets
De peur des fantômes affamés
Sous la fine couche d’oubli
J'avançai petit à petit dans le dédale
De mon coeur
De peur des baisers


La nuit


Savez-vous les insomnies comme une pleine saison d’hiver
les chemins de silence
dans un décembre de cendres
Ni houx ni sapins au mois étrange des décombres
la neige fondue sous le pas de l’année enfuie
la nuit épaisse, les pièges, le grec ancien
Savez-vous

 

Je

moi
J’ai connu cette saison de pierre
Cette saison d’horreur
J’ai connu
ma toute puissance d’enfant
Face aux quatre lettres de
VIOL
Piétinée
cejour
As-tu
haï tes dents
As-tu
haï tes ongles
As-tu
Haï les baisers les caresses
Les tiens
Et puis les tiens que crois-tu
Ce sont les mêmes partout
Que veux tu que je te chante
un corps c’est un corps
Regarde les
La haine et l’amour et tes songes
Toutes tes faiblesses
Oui et tes songes
Où les quatre lettres de VIOL
Te battent dans ton sommeil
Ton corps ton ombre ton reflet
Tes doubles d'incendie, tes martyrs et tes saints


L’insomnie

 

Huit heures du matin, je te trouve au prieuré, fixant ta montre
Tu es venu jusqu’ici, et tu vois la lumière du jour, ton sauveur croyais-tu,
à l'instant mise en croix
Tu croyais t’échapper, en parcourant à vitesse d’insomnie la nuit
Tu te cachais dans tes cernes
Les paumes de tes yeux, les phalanges de ta tête
Les chansons, les airs bien connus
ce qui ne sert à rien


Savez-vous les insomnies comme une pleine saison d’hiver
les chemins de silence
dans un décembre de cendres
Ni houx ni sapins dans l'étrange mois des coutumes
la neige fondue sous le pas de l’année enfuie
la nuit épaisse, les pièges, le grec ancien
Savez-vous

moi
J’ai connu cette saison de pierre
Cette saison d’horreur
La Pâques du Givre
J’ai connu
ma toute puissance d’enfant
Face aux quatre lettres de
VIOL
Piétinée

cejour
As-tu
haï tes dents
As-tu
haï tes ongles
As-tu
Haï les baisers les caresses
Les tiens
Et puis les tiens que crois-tu
Ce sont les mêmes partout
Que veux tu que je te chante
un corps c’est un corps
Regarde les
La haine et l’amour et tes songes
Toutes tes faiblesses
Oui et tes songes
Où les quatre lettres de VIOL
Te battent dans ton sommeil
Toi, ton reflet ton ombre
tes doubles d'incendie tes martyrs

L’insomnie

 

L'alphabet obscène
Les quatre lettres
La couleur du jour
Regarde-les mourir



Je suis cette ville en sueur
Où le coeur prenant forme d'Eglise
Grava en place de devise
Les quatre lettres de mon sang de ma peur
V I O L
Et cet enfant dans le ventre du mot stérile
Aujourd'hui comme jadis oublie le ciel d'août
non je ne dirai pas les noms antiques le passé des autres gens
et je me souviens
il faisait en moi
un temps de miroir et de verglas ;
mon reflet tremblant toute ma mémoire
Je reconnus
les quatre lettres
l'ombre
et le givre
les portes fermées
Je reconnais
cette nuit
ces yeux bleus
Ma tragédie mon péril
Pour l'enfant que j'étais
Portez le deuil, baissez vos paupières

29 janvier 2013

Un jour, il y a longtemps, cette chanson dans la Seine.

Un jour tout de même. Il me faudra vous atteindre et vous connaître. Je ne veux pas dire avec mes muscles postiches et ma chair périssable, mais avec plus précieux, plus intime, plus profond. La chair véritable et secrète. Le murmure du pouls et les dents claquant de froid. Il me faudra parvenir à votre voix -pas celle de votre gorge, celle la, non, je la découvrirai bien assez tôt si mes rêves m'en disent- celle de votre course à travers la Nuit, forcement la nuit. Toutes les choses décisives -et j'espère votre vie à ce nombre- prennent force et rouage à l'abri des bonnes gens, quand leur cœur terne, mort est scellé dans la prison des ronflements. A cette heure tardive je sens dans mon âme monter un bruit d'eau, de noyade, un air triste et doux comme ce souvenir d'un thé à la menthe d'il y a trop longtemps. Dans la tienne je devine, de plus loin peut-être, ce même pas d'algues, de marées et de coquillages brisés.

J'aime beaucoup et ta fougue et votre calme (j'approche la fougue avec beaucoup plus d'insolence que le calme. Les eaux immobiles et glacées sont plus captieuses que les houles sauvages. Je crains moins le lion que ses songes ; dompteur et pietre dormeur). Et le même ciel -ta vie-abrite l'orage et la lumière ; la grêle et l'été.

J'ai connu et aimé un jour, une femme de votre semblance. C'est un peu le pourquoi de tout ce chant qui cherche la rime à l'hémistiche ; la bouche à l'air qui y entre.

Dans certains de vos élans, par vos grands yeux noirs, étirés comme des baisers, je retrouve un peu de son haleine. Quelques syllabes de son prénom embuent encore la vitre de ma vie. Je n'avais pas vingt ans et ce grand monstre constellé, ce ciel méchant à dévorer de mes dents de loup, jusqu'au tremblement, jusqu'à perdre le sentiment de la raison.

Je me fais sourire en écrivant toutes mes bêtises, parce que me reviennent en mémoire les quelques reproches de ses mains si le plaisir ne la clouait pas tout à fait aux draps. Si mon ravage se montrait moins pur que l'alcool.

Moi et mes façons. Mes gestes frileux et violents  "De vrais gestes de poète !". Le corps tendu vers le ciel. Le ciel nourriture du muscle déversé : le coeur. J'ai délaissé mon corps et ma bouche. Jusqu'à la plus solennelle maigreur je me serai gorgé de baisers, d'amour et de ciel.
Le ciel toujours le ciel et pour aimer je consumerai même le dieu du ciel.
Oui le ciel disait-elle, moqueuse et vos yeux me sont souvenir de son rire, ah belle Madeleine, Angelique -je les imagine humides, vos yeux. Les larmes enchantent toutes les femmes. Les femmes tragiques. Les seules qui comptent.

Le ciel encore le ciel, je n'étais pas fait pour la vie régulière des moissons. Pour le cycle des marées.
Et je ne connais du blé que la blondeur des filles. À moi baisers d'equinoxes, soifs de solstices et caresses. d'infini. Aucune de ces faims sordides et monotones...combien de repas oublié pour une miette -un éclat je veux dire l'Univers est immense brillant- d'infini.

Ah le parfum des roses fanées monte en moi, j'ai dans la tête le vertige de tant de fleurs épouvantables, des espèces d'imagination aux parfums de carnaval.

En pensées -c'est à dire secrètement- je glisse un peu de ces végétaux d'ombre à vos cheveux, espérant voir ce lierre fossile s'épanouir et s'étendre jusqu'au cœur ou jusqu'à l'enfer. Ce qui au fond est la même ardeur douloureuse.

Parfois je regarde ton visage Angelique, et je me souviens : j'ai souffert par où tu as souffert. Et je regarde les stigmates de mes mains, ces brûlures adolescentes qu'on nomme encore du nom d'amour, et je te les devine quelque part sur toi, ou dans toi. Et je sais les cages où tu hurles, les nuits interminables de délire, profondes, ravinées, si terribles ces tranchées que nous doutâmes même d'avoir jamais connu le jour. J'ai perdu la raison, dans une de ces nuits introuvable, et depuis je vis avec cette mutilation mentale. Un jour je l'exposerai, je me mettrai sous verre "Poète après l'amour" et devant moi, les jeunes parents, montreront d'un doigt tremblant mon prénom et se demanderont muettement, cherchant dans leur mémoire -c'est à dire tout ce qu'il leur reste de corps- semblables brûlures.

C'est très bête ce que je dis. Mais voilà. J'ai lavé souvent ma mémoire de l'alcool des baptêmes et de retour dans ces dédales d'éther, rien n'a bougé. Voilà tes peines et les cendres à ta lèvre meurtrit où le feu refleurit déjà.

Oui c'est très bête. Parce que je me suis souvenu jolie Angelique, la poésie ce trois fois rien, ce baiser mutilé toujours abandonné dans les memes abîmes. Oui c'est très bête mais tout ceci n'a pas d'importance, comme un air longtemps oublié -un air de défaite et de cris- revenu sur nos lèvres nous rend pourtant content.

Il fait doux dehors et j'approche ton image mentale, je me blottis dans cette chair froide et douce de ton fantome. une chanson triste et lente se forme dans les mots et je ne sais si c'est de toi fantôme ou de moi ombre.

J'espère Angelique qu'il y aura dans ta vie intime encore de ces feux de forêt qui saccagent tout comme des ivrognes. Ces feux rares et précieux comme les reflets à ton miroir. Ah ces feux qui te pourchassent jusque dans tes songes et te rongent sans te laisser ni dormir vraiment, ni mourir enfin.

Parce que j'ai vingt ans encore je tourne sur mes talons avec insolence et je te dis ces petits mots de minuscule audace, déjà dit un jour à un autre fantôme.

Je t'embrasse sur les yeux
Mon amour.

25 décembre 2012

Sachez la foudre par coeur 2

Sachez la foudre par coeur enfants de la tragédie. Touchez par vos mains brûlés chers enfants, voyez par vos yeux brûlés chers enfants. Jetez vous contre ces femmes, débris insensés de la lumière. N'acceptez de philosophie que prononcée à quatre du matin par les vitraux. Récitez l'amour en comptant un deux trois vos brûlures les lendemains de la peur. Trouvez votre reflet non dans l'ondée tranquille des lacs mais dans les incendies de forêt. Dans le crépitement entendez votre pouls, chers enfants, chers et douloureux enfants. Enfin, à la fin de ce drame, à la fin de vos pleurs, à la dernière cendre étrange de votre bouche, alors enfin peut-être vous aurez aimer. Dieu, l'infini, un autre mirage.

 

23 décembre 2012

Sachez la foudre par coeur

Ma tragédie débute si Aragon écrit «Elsa entre dans le poème», et salaud, Aragon, le dit.
Libre, Elsa glisse et danse du poème au réel ; inchangée dans l’encre ou dans l’amour. 

Mais toi du poème la gisante, toi sa prisonnière, toi engendrée dans lui, nourrie par lui. Toi à y pouvoir fleurir sans périr, toi. Ailes immobiles dans la volière. Toi captive semblable au regard sous tes paupières repliées -anémones paniquées sur l'infini.

Nous sommes de la même vérité, du même ciel. Mais le mien, sombre et glacé, cauchemar de janvier, plane, vautour lugubre ; mais le tien, doux juillet des chansons, bleu de l’amour brûle et pleure, l’Univers lui tient la main et les rossignols déraisonnent.

Le tutoiement de mes «je t’aime», t’entoure de ses doigts malades, dessine une ombre qui n’est pas l’ombre connue de ta chair mortelle et désirable et méprisable et aimée. Ce tutoiement, c’est toi mêlée de ma démence, toi fusionnée de rime et de chagrin, toi victorieuse de mon amour à moi.

Tu montes en moi, vacarme des marées, tu grimpes en moi, lierre assoiffé, tu prends au drame toutes les couleurs du mystère, voilà ton visage, arc-en-ciel de déraison. 

Mais si l’on m’annonçait ta mort demain ? J’y serais aussi indifférent qu’à ta vie réelle, ta vie fragile, ta vie insignifiante si je ne t'aime pas.

Dans mon existence intime, par chaque frémissement de mes tortures sensibles, tu deviens métamorphose des parfaits : la terre, le feu, le ciel, l’amour, et toi-même.

Je te sais depuis ton commencement, je t’ai faite de toute éternité ; soupirs et buées. 

J’ai pleuré à toutes tes naissances, à toutes tes blessures, à tous tes rires et à toutes tes fatigues. Je connais le goût de sueur de ta nuit. Ombre inexacte mastiquée par la lune, repue de soleil, trempée de lumière, tu vis en moi veillée des vertiges, première fois du regret.

Tu meurs en moi chaque jour. Tu prends toutes les formes imaginables, lumineuses et lugubres. 

Je sais le spectacle face au miroir, tous les matins, quand tu croises ton image ce reflet grandiose et insensé de lumière.

 

 

 

 

 

 

18 décembre 2012

Inexacte s’il me fallait te ranger dans un mot,

Inexacte s’il me fallait te ranger dans un mot, te prendre à son piège de sable mouvant, inexacte. Ombre changeante, tourmentée par le soleil, maquillée de saisons ; Inexacte, mon amour.
Dans la neige dure et glacée, inexacte. Inexacte où tu ne t'enfonces pas, inexacte dans l'eau qui te prend et ne te change pas.
Inexacte mon amour, quand tu es loin de moi.

10 décembre 2012

La vie, enfin

"Enfin j'avais pu trouver un sens à ce cœur porté partout -asiles, baisers, opéras- douloureux et malade. Voilà sa vérité éclatante, voilà sa lumière déchiquetée : souffrir. 
Toute la vie je m'étais préparé à aimer, comme tous les maigres j’y cherchais mon appétit, ma force, ma colère. Je savais la nuit, l'ombre, les pleurs et toutes ces choses sensibles. J'ai lu les plaintes des poètes...mais je ne savais pas encore être poète.

Et puis que peut-on face à son goût du miracle, quand on joue depuis toujours à basculer son siège en arrière à la recherche du point prodigieux du vertige -malgré l'inquiète colère de la mère. Là où le coeur retient son souffle, où le ventre brûle de peur. Toute ma vie j'ai cherché ce moment de tension, cet instant de danger et de déraison.
Alors je me suis préparé à aimer (ou prier, ce qui pour les faillibles du coeur n'est que la conséquence la plus naturelle) avec ce soin de l'actrice dans la loge quand elle sent à ses mains faibles et son corps lâche que c'est pour la dernière -déjà- fois qu'elle joue. Pour ce dernier acte -de sa vie et de sa gloire mais sa gloire et sa vie se sont mêlés comme le monde et la scène confondus en l'espace qu'elle occupe (toujours scène, et toujours monde)-, elle rallume ses gestes et trouve dans sa volonté une nouvelle jeunesse -précaire, brûlante. La voilà qui se lance dans le feu, elle n’est plus que brûlure. "
1 décembre 2012

A n'avoir que toi d'horizon

L'amour est une forme -la plus hésistante, la plus nécessaire- de perfection.

30 novembre 2012

Maintenant je joue au mort.Artiste, pf, titre

Maintenant je joue au mort.
Artiste, pf, titre d'ivroge, d'infirme, titre de raté. Accessoire stylistique du mort de faim, litote de la misère.

26 novembre 2012

L'infini

C’était tout notre pouvoir, l’infini et nous n’eûmes jamais rien eu d’autre à offrir. Et l’infini ça ne se tend bien qu’à des amoureuses mouillées de froid, tremblantes de faim. Aux peureuses, aux repues, aux désertiques ? Jamais. Pour elles on a fabriqué des cinémas et c’est bien assez de démence pour contenter leurs poitrines effrayées, bien assez de sentiment pour remplir leurs coeurs tièdes et ratés. Qu’y feraient-elles dans cette grande étendue de désastre, ce rectangle de toutes les saisons ? Au bord des balcons, à ces corniches urbaines, tu les vois inquiètes comme des somnambules. Leur vertige s’atteint à cette hauteur ridicule.
Bien entendu, si tu amènes une de ces quelconques ici, à l’infini, je veux dire. Elle cherchera frénétique un miroir, et s’étonnera de n’en trouver aucun. Elle te reprochera l’infini «c’est donc ça ? Je préfère mes cabines d’essayage.»
Laisse leurs maladies du coeur, de l’âme, leur sale maladie mentale : la morale.

16 novembre 2012

Musique

J'écoute de la musique
Laquelle ?
Ton coeur qui va battre
Tes ongles sur ma peau
J'écoute
Un deux trois
Le silence de mort que tu laisses
Quand la porte claque
Tout.
J'écoute la musique du monde
Tes petits pas sur le plancher parce que tu n'as pas enlevé tes talons
Tous les soupirs de ma gorge.

j'écoute le bruit de tes baisers
Parce qu'enfin ta lèvre est lourde, est mûre
de ce fruit.

La poésie entre partout, impolie, les mains sales, les souliers crottés et lorsqu'elle se met à chanter -faux- tout est pardonné, et sa voix, et sa bouche cramoisie et son corps maigre. Tout. La poésie s'habille de ciel, elle se déverse dans les lits, sans le bruit grossier de l'amant. Elle occupe par le chant toute la place vacante.

Si toi aussi tu veux tenir ce rire content, cette façon de rester jeune mieux qu'avec tes liqueurs, tes crèmes de jour, de nuit, vient goûter dans mes bras les insomnies primitives. Celles qui mettent le feu à tout, à ton petit ventre capricieux, à tes mains à aimer. Oh, ce ne sera pas long, la nuit passe si vite quand on est le bout d'une rime, mais ah, fille, femme, ou tout ce que tu veux pour qualifier ton sexe je te rendrai de la couleur des pierres noires et parfumées...Ce n'est pas grand chose la poésie. C'est une infirmité, une blessure, mais voilà, une glorieuse, une de nouveau combattant, d'une guerre, d'où l'ont revient changé, la peau tannée, le coeur plein et brisé.

Toi, tu peux venir chanter avec moi, les mains levées, sans les poings serrés, les révolutions, pf, je les laisse à ceux qui ont dans le ventre une pourriture à épuiser. Mon ventre est pur, pur...comme une biche effroyable.

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